CSI classe verte.

Nos jeunes amis sont devenus de vrais petits monstres en grandissant, mais ils n'en sont pas moins affectueux. S'ils sont turbulents, ils ont appris à respecter leurs proches et leurs amis. Depuis que Don protège Adam, les autres enfants le laissent tranquille, trop effrayés par les regards noirs que leur lance le grand brun.

Danny, quant à lui, traverse une période où il déteste profondément Adam, l'accusant de lui avoir volé son meilleur ami qui passe plus de temps désormais à jouer aux échecs qu'au ballon. Oh qu'il le déteste à présent ! Adam, toujours fourré chez Don peu importe l'heure, de jour comme de nuit parfois. Et même s'il sait que les parents de Don sont d'un naturel sévère, ils ont bien laissé le jeune garçon en sa compagnie et ce, plus que de raison. Et pourquoi ? Parce qu'il est le meilleur élève du lycée. Il n'est pas obsédé par le fait de devenir joueur de baseball professionnel. En clair, il n'est pas Danny.

Le jeune blond a maintenant 14 ans et n'en démords pas. Il n'est pas doué pour les études, il sera donc joueur de baseball, un point c'est tout ! Au diable les crises de nerfs de son père, les pleurs de sa mère,... Il a déjà perdu l'amitié de Don, lui semble-t-il alors autant tracer son propre chemin. Lorsqu'ils étaient enfants, ils avaient comme projet de devenir cowboys. Mais quand leurs parents leur avaient dit que cela ne se pouvait pas, ils avaient voulu devenir flics, pour les armes bien sur ! Et pour attraper les « méchants ».

Mais il doit bien se l'avouer, Don lui manque. Leurs jeux, leurs rires et leur façon de refaire le monde lui manquent. Et quoi de plus agaçant que de voir un ami tous les jours sans pouvoir l'approcher parce qu'on lui est devenu indifférent ? Il était dans un sens bien content que les deux lascars soient partis en classe verte. Cela lui permettait de souffler et de faire le point.

Cela fait un petit temps que ça le travaille, cette histoire avec Don. En fait, ça fait un petit temps que Don l'interpelle, tout simplement. Danny est un ado et comme tous les ados, il ne sait plus très bien où il en est. Bien sur, étant qualifié de tombeur, il a déjà eu des petites amies comme Charlène et Emma. Il a déjà embrassé toute une panoplie de filles, peut être un peu trop au goût de ses parents. Mais son meilleur ami ? Pourquoi était-il quasiment obsédé par son meilleur ami ? Etre proche de lui, voilà ce qui lui manque terriblement. Savoir qu'il peut aller sonner à sa porte à n'importe quelle heure s'il ne se sent pas bien ou qu'il n'a pas le moral et lui parler sans qu'Adam soit dans les parages. S'il n'a pas eu la certitude que son ami est hétéro, il se poserait vraiment de sérieuses questions.

De leur côté, loin de se douter des questions que se posait Danny, les deux amis profitent de la dernière soirée libre de leur classe verte. Le quotient intellectuel supérieur d'Adam lui a permis de toujours rester dans la même classe que Don et de l'aider à évoluer. Maintenant, la moyenne du jeune homme est considérée comme correcte.

Pour tout avouer, ils ont hâte de rentrer chez eux mais pour différentes raisons. Adam se sent un peu perdu et isolé, ne se sentant en sécurité qu'en présence de Don. Le jeune homme, quant à lui, aimerait avoir une discussion sérieuse avec Danny qu'il n'a que trop longtemps évité. Il s'en rend bien compte maintenant et se rappelle le regard triste que lui a lancé son ami lorsqu'il a refusé qu'il l'accompagne à la gare.

La nuit est fraîche et il fait sacrément froid sous la tente. Même le feu de camp allumé juste à l'entrée n'arrive pas à les réchauffer. Il crée cependant une lumière douce et agréable qui incite aux confidences.

-'Danny m'aime pas trop, je pense.' Lance Adam sur un ton évident. Il sait très bien pourquoi le blond ne l'apprécie guère et propose à Don de se faire plus discret quelques temps. Don, quant à lui, ne sait pas comment prendre ni considérer la chose. Il a envie de retrouver l'amitié qu'il avait avec Danny mais il n'a pas envie de perdre celle qu'il possède avec Adam. Il devra user de toute son intelligence, et il s'en sent capable, pour les accorder tous les deux autour de lui.

-'Ca lui passera.' Répond-il simplement, plaçant ses mains derrière sa nuque. Ses paupières se font lourdes et même s'il est fatigué, il n'a pas envie de s'endormir.

Adam fait cuire des marshmallows sur le feu qui crépite. L'air s'emplit de cette délicieuse odeur sucrée qui a tôt fait de réveiller l'appétit phénoménal de Don. Il s'en lèche déjà les babines rien que d'y penser. Les yeux fermés, il ne peut pas voir le regard que lui lance Adam et c'est peut être finalement une bonne chose. Parce que le jeune garçon a tout juste l'air de vouloir croquer autre chose que des marshmallows grillés. Il regarde Don avec envie, comme s'il était un bonbon. Des cheveux noirs comme la réglisse, la peau pâle comme un nougat et des lèvres rondes et roses comme un cuberdon. Tout se bouscule dans sa tête comme une particule dans un accélérateur. Merde, il a treize ans ! C'est un ado timide et un peu rondouillard qui n'a jamais eu de petite amie et qui se demande honnêtement s'il aime les filles ? Les garçons ? Les deux ? Et Don... Don est un véritable canon de beauté qui n'aurait rien à faire d'un garçon comme lui. Justement, d'un garçon, merde ! Qu'est-ce qui lui arrive ?

-'Don ? Tu dors ?' demande-t-il alors que son ami n'a pas bougé depuis cinq minutes, le temps qu'ont pris les réflexions d'Adam.

-'Non.' Répond-il simplement, les yeux toujours clos, le sommeil commençant à le gagner.

Il y a des choses comme ça, dans la vie, qu'on ne commande pas. Comme le geste d'Adam à cet instant précis. Comme lorsqu'il se penche vers Don et effleure du bout des lèvres celles de son ami, sans réfléchir, comme ça. Ca dure trois secondes qui semblent interminables, comme dans les contes de fée que la mère de Don raconte à sa petite sœur. Comme lorsque le prince embrasse la princesse, sauf qu'ici, ils sont princes tous les deux. Décrire les sentiments qui coulent dans ses veines est mission impossible et même Don, qui s'est retrouvé figé dès l'instant où il a senti la chaleur d'une peau contre la sienne, se croit en plein rêve. Oui, ça doit être ça... il rêve. C'est son inconscient qui lui joue des tours. Il faut qu'il ouvre les yeux... C'est ce qu'il fait.... Merde ! Il ne rêve pas !

Le visage d'Adam est à trente centimètres du sien et s'il n'avait pas remarqué le jeune garçon rougir violemment, pour sur, il aurait vraiment cru à un rêve. Il ne sait pas quoi dire ou quoi faire et Adam n'ose même plus le regarder. Les marshmallows brûlent sans qu'ils ne s'en rendent même compte.

Et soudain la raison rappelle Don à l'ordre. Ses jambes se remettent en marche, sous le commandement de son cerveau qui lui ordonne de se lever. Et il s'écarte de son ami, de l'homme... non – du jeune garçon – qui l'a embrassé. Oh, à peine effleuré certes, mais merde !

-'Don... je suis désolé...' l'implore Adam, trouvant la force de plonger son regard dans le sien. Don voit qu'il est tout aussi perdu que lui et même triste. Le remords emplit ses yeux.

Il tend la main vers lui dans un geste que Don n'arrive pas à nommer.

-'Ne... tu... je... m'approches pas !' bégaye-t-il avant de s'enfuir de la tente, la panique prenant possession de lui. Il ne se retourne pas. Pas même lorsqu'il entend les sanglots de son ami.

Il est trop confus pour même décrire ce qu'il ressent à cet instant précis. Il court à travers bois, à en perdre haleine, sans même savoir où le conduisent ses pas. Ils sont adolescents, l'âge de toutes les découvertes et de toutes les bêtises. L'âge où l'on apprend après s'être fait mal, après un échec. L'âge où chaque expérience est nécessaire pour déterminer qui l'on est et ce qu'on désire vraiment. Ils en sont à l'âge où l'on triche aux examens, où l'on fume un joint en cachette de ses parents et où l'on matte ses potes dans les douches, où on les embrasse parfois aussi, juste pour voir ce que ça fait...

Don s'arrête. Il n'en peut plus, il est déjà loin. Il ne sait même pas où il est ni si ses pas le reconduiront au camp. Il a froid, il a faim en repensant aux marshmallows qui cuisaient sur le feu. Il a envie de sa couette bien chaude et tout ceci se mélange avec le baiser d'Adam, ses lèvres et ses mains. Il associe le jeune homme à tout ce qu'il apprécie. C'est son carré de chocolat, sa friandise réconfortante. Le genre de chose qu'on a envie d'avoir près de soi lorsque les choses tournent mal. Comme à cet instant...

Puis il pense à Danny et les choses se compliquent encore. Il s'en veut de l'avoir abandonné, de l'avoir presque trahi, lui qui a toujours été là pour lui sans jamais rien demander en retour. Et il sait qu'il les aime tous les deux, il ne sait juste pas de quelle façon. Il est en revanche certain qu'il le saura un jour. Dans l'avenir... dans très longtemps, peut-être. Il a seize ans et toute la vie devant lui.

Il prend le temps de se poser cinq minutes et de réfléchir comme Adam le lui a enseigné. Ce prénom lui revient sans cesse en tête, quoi qu'il fasse. Adam par ci, Adam par là... Adam, Adam, Adam... Il en devenait fou !

Et sa voix qui revient sans cesse à ses oreilles... Le jeune garçon le cherche et le trouve. Don prend un instant pour l'observer et voit ses yeux d'habitude si bleus rougis par les larmes qu'il a versées. A cet instant, Don ne sait plus où se mettre et se sent terriblement coupable de l'avoir blessé.

Ils n'échangent pas un mot mais Don comprend, en voyant le sourire qu'arbore Adam, à quel point il a eu peur pour lui. Et pour la première fois de sa vie, il se rend compte qu'il est heureux que quelqu'un se soucie à ce point de lui. Il se sent aimé, même désiré peut-être. Alors il se lève et comme un enfant l'aurait fait à la maternelle, il lui prends la main et lui offre un petit sourire. Il les ramène au bercail.

Il ne sait pas de quoi demain sera fait. Tout ce qu'il sait, c'est qu'il n'a envie que d'une chose en ce moment. Il a envie de dire à Adam combien il est désolé de l'avoir blessé. Il a envie de le serrer contre lui, de partager un peu de leur chaleur et de s'endormir en sachant qu'ils se réveilleraient pour rentrer chez eux et que tout – ou presque – serait comme avant.

FIN.