Une nouvelle vie

Un an c'était écoulé depuis que les Dursley avaient été arrêtés. Peu de temps plus tard, Harry fut tout d'abord emmener dans un hôpital spécialisé dans le soin des enfants, aussi bien au niveau psychologique que physique. Les médecins lui firent avalés dans un premier temps ce qui lui parut être une centaine de cachets et de médicaments en tout genre par jour ainsi que des plats tous plus dégoutant les uns que les autres. Cependant de cela il en avait uniquement conscience à cause des plaintes des autres enfants. Pour lui, il s'agissait de la meilleure nourriture qu'il n'ait jamais goûté. Il se vit ainsi reprendre rapidement du poids.

Harry eut rapidement l'autorisation de sortir de son lit afin de faire un peu d'exercice et de muscler ses membres auparavant habitués à travailler toute la journée. Depuis qu'il avait été enfermé dans la cave de son oncle, il avait peu à peu perdu ses maigres muscles et devait donc tout reprendre depuis le début. Harry reçut également l'autorisation de se promener dans le jardin de l'hôpital à condition d'être en présence d'un adulte, il ne faudrait pas non plus qu'il s'échappe. Ainsi son teint passa rapidement de maladif à pâlot puis à légèrement bronzé, ce qui n'était pas plus mal selon lui.

Mais le plus amusant selon Harry était de se rendre tous les deux jours chez la psychologue, puis une fois par semaine. Au départ, il avait été impressionné par la femme au regard strict, mais il avait rapidement réalisé que celle-ci ne le blesserait jamais. Alors il avait décidé de s'amuser. Parfois il ne disait pas un mot de toute l'heure que durait généralement la séance ou alors il lui récitait un passage d'un livre qu'il avait lu la veille. C'est d'ailleurs de cette façon qu'il s'était rendu compte de sa capacité mémorielle bien supérieur à celle des autres enfants. Il pouvait ainsi retenir presque tout ce qu'il voyait ou lisait pendant plusieurs semaines voire mois s'il relisait plusieurs fois l'extrait.

Mais aujourd'hui il en avait marre de cela. Si au départ cela était amusant de voir la femme faire de son mieux pour garder son calme face à lui, ils étaient aujourd'hui arrivés à un stade où cela ne stimulait plus ni l'un, ni l'autre. Alors il s'assit en face de la dame et prit son courage à deux mains.

«Mrs Pi, je dois faire quoi pour qu'on me laisse partir d'ici?

- Me parler et prouver que tu es assez mature pour pouvoir te trouver une famille.» Voyant que l'enfant ne savait pas qui dire, Michelle Pi continua. «Et si tu me racontais ta journée.

«Et bien, comme tous les jours je me suis réveillé à cinq heures. J'ai allumé la lumière et les gars ont râlé. Du coup je suis allé lire dans la salle de bain. Après j'ai prit mon petit déjeuner et je suis allé dehors avec Miss Garren et d'autres enfants mais je ne sais plus leur nom. J'ai bronzé. Après on est rentré pour manger le midi et j'ai fait du badminton avec d'autres enfants. J'ai gagné. J'ai pris une douche et je suis venu ici. Voilà.

- Pourquoi est-ce que tu te lèves aussi tôt Harry?» Demanda la dame, voulant relancer la discussion.

«Un cauchemar, sur ma cicatrice.

- Tu veux m'en parler.» Le garçon sembla peser le pour et le contre avant de lui répondre.

«Si j't'en parle, est-ce que je partirai d'ici plus vite?

- Je ne sais pas Harry. Je ne veux pas que tu te sentes forcé de me parler uniquement parce que tu veux partir.» Une nouvelle pose de l'enfant.

«Tante Pétunia me faisait faire le ménage, la cuisine et plein d'autres corvées. Mais j'aimais bien jardiner et faire à manger alors ça allait. Tous les matins, je me levais une demi-heure avant elle pour préparer le petit-déjeuner. Elle mangeait toujours beaucoup le matin, parce que personne ne la voyait, c'était un peu comme si devant oncle Vernon elle ne devait pas trop manger. Je lui préparais tous les matins dix petites tartines de confitures et un yaourt nature sucré. Après elle buvait un smoothie et terminait par son thé vert, elle le prenait toujours avec deux sucres et à la fin du repas. Alors je devais toujours le faire chauffer très fort pour qu'il soit à la bonne température lorsqu'elle le boirait. Elle prenait aussi toujours cinq minutes pour m'observer tous les matins à la recherche d'une bêtise que j'aurais fait. Mais ce matin-là elle ne m'a pas observé et a commencé par son thé. Elle s'est brûlée la langue. Et après elle s'est levée et m'a jeté son thé dessus. Je n'ai pas crié, mais ça faisait mal. Elle était en colère et elle m'a fracassé sa tasse sur la tête, j'ai eu du verre dans les yeux.»

L'enfant s'arrêta. La psychologue pensa que son histoire était terminée et voulut reprendre la parole pour lui changer les idées. Elle fut cependant coupée par la voix de l'enfant, toujours aussi froide et sans émotions. C'était comme s'il racontait une lointaine histoire qui ne le regardait en rien.

«Je n'ai pas crié. J'étais juste un peu étourdis, je crois que ça l'a mise encore plus en colère. Elle a allumé la gazinière et a mis mon bras dessus.» Comme pour prouver ses dires, il releva sa manche et Mrs Pi put en effet voir les traces d'une ancienne brûlure sur son avant-bras.

«Après elle m'a envoyé dans mon placard sous l'escalier en attendant que mon oncle vienne me punir. Il m'a frappé avec sa ceinture. Je préférais les punitions de mon oncle, au moins je savais ce qu'il allait faire.» nouvelle pause. «Pas longtemps après il m'a jeté dans la cave et ne m'en a sorti que deux mois après pour me vendre au policier. Il faisait tout le temps sombre, il n'y avait plus de lumière.»

Pi regarda son patient d'un air fier, mais aussi attristé par le passé qui se cachait derrière ses cicatrices. Le garçon parlait de tout cela comme si ça avait eu lieu plusieurs années auparavant, mais elle savait que tout cela devait encore être frais dans ses souvenirs. Ce genre de blessure ne se refermerait certainement même jamais. Elle félicita chaleureusement l'enfant et accepta de le libérer lorsque celui-ci lui demanda s'il pouvait sortir.

Cinq mois. Harry avait dû attendre encore cinq longs mois avant de pouvoir quitter ce centre stupide. Il avisa le couple qui se tenait devant lui et se dit qu'il n'aurait pas pu être plus différent de lui, la peau pâle, les cheveux roux et les yeux bleus. Tant pis, il s'en fichait de ça.

Au départ, il avait cru être heureux de pouvoir enfin avoir une maman et un papa rien que pour lui. Mais cela l'agaça rapidement. Lui qui n'avait jamais eu personne pour le coller toute la journée, à part peut-être son cousin pour pouvoir le martyriser, le voilà servit. Sa nouvelle Maman, Isabelle, ne faisait que le surprotéger et lui demandait constamment s'il allait bien. Tandis que Marc, l'homme de la famille, n'osait jamais l'approcher à moins d'un mètre sous peine de l'effrayer ou de le casser s'il venait à le toucher.

Bordel! Il n'était pas une foutue poupée et Harry en eut rapidement mare. Il ne leur sourit plus, même si cela avait toujours été de fausse expression, les deux adultes avaient semblé heureux de le voir sourire auparavant. Il ne leur parla plus, il ne les regarda plus et finit par les ignorer tout simplement. Il s'ennuyait. Il voulait retourner au centre. Il voulait voir Mrs Pi.

Pendant ce temps, Isabelle et Marc devenait de plus en plus anxieux. Leur petit Harry changeait petit à petit pour devenir de plus en plus froid. Il ne savait plus quoi faire pour l'aider. Dès qu'il essayait de lui parler, l'enfant se détournait et se réfugiait dans sa chambre. On les avait prévenus qu'une période de transition pouvait mal se passer, le changement d'environnement étant souvent trop brusque pour qu'un enfant le supporte. Mais ils ne pensaient pas que ce serait aussi dur à surmonter.

Ils attendraient quelques jours et s'ins n'arrivaient pas à régler la situation seuls, ils feraient appel à la psychologue de l'enfant.

Soudain un bruit de fracas se fit entendre dans la cuisine. Les deux adultes se précipitèrent vers celle-ci et découvrirent avec horreur que Harry s'était planté un couteau dans la et s'était effondré sur le sol. Isabelle courra vers lui et l'emprisonna dans une étreinte puissante pendant que son mari appelait les secours. La femme sanglotait en tenant son fils tout contre elle tandis que Marc fixait l'enfant droit dans les yeux. Un frisson d'horreur lui parcouru la colonne vertébrale lorsqu'il décela une pointe de satisfaction et de sadisme dans le regard hétérochrome de l'enfant.

Lorsque Harry se réveilla, il était de retour dans son ancienne chambre d'hôpital. Ses nouveaux parents n'étaient pas là. Il sourit.

«Bonjour Harry.»

Il tourna la tête et découvrit avec surprise Mrs Pi qui lui souriait gentiment. Cependant il devinait dans son regard qu'elle voulait des réponses. Il soupira.

«Je veux plus de parents.

- Isabelle et Marc ne sont pas gentils avec toi?

- Si et c'est ennuyeux!» s'énerva l'enfant. « Ils font tout le temps la même chose, me demandent tout le temps si je vais bien et j'ai l'impression qu'ils pensent que je vais me casser dès qu'ils me touchent. J'aurai aimé avoir des parents comme ça quand j'étais petit. Mais maintenant je trouve juste qu'ils ont l'air de deux pots de colle. Ils ont besoin d'un enfant normal, pas un bizarre comme moi. Je veux rester ici.

- Harry tu n'es pas un anormal contrairement à ce que tu sembles penser.» Voyant que ce sujet ne mènerait à rien, elle poursuivit sur autre chose. «Si tu ne te plais pas dans cette famille Harry, on peut essayer de t'en trouver une autre. Une qui te correspondra plus et qui aura plus l'habitude de s'occuper d'enfants comme toi.»

Harry ne répondit pas. Il ne voulait d'une nouvelle famille, il voulait rester seul. Mais cela ne semblait pas être important pour ces foutus adultes qui étaient persuader de penser mieux que tout le monde. Voyant que Mrs Pi attendait une réponse, il se contenta de hocher de la tête.

Quelques heures plus tard, Isabelle et Marc le serrèrent pour la dernière fois dans leurs bras. Ils auraient aimé que ça se passe mieux avec cet enfant qui avait tant vécu. Harry, lui, songeait plutôt qu'il n'y avait aucune chance pour qu'une nouvelle famille veuille l'adopter, qui voudrait d'un balafré.

«Dis-moi Harry, es-tu satisfait de ta nouvelle famille?

- Oui Mrs Pi » répondit sincèrement l'enfant.

La psychologue écarquilla les yeux. Cela faisait trois ans qu'il avait quitté sa première famille et c'était la première fois que Harry, maintenant âgé de dix ans, lui affirmait être satisfait de sa famille. Le petit garçon avait voyagé de famille d'accueil en famille d'accueil tout en passant par la case orphelinat pendant de courte période. Alors elle s'attendait à ce qu'une nouvelle fois, l'enfant lui énumère tous les défauts de ses nouveaux tuteurs. S'il avait répondu non, elle aurait certainement abandonné et l'aurait alors laissé en orphelinat comme il le souhaitait.

«Mrs Annie s'occupe bien de moi. Et Patrick est gentil, je suppose.» Pourtant quelque chose clochait, elle le sentait, mais la psy n'aurait su dire de quoi il s'agissait.

«Bonjour Jack Doxton!» Sourit Harry lorsqu'il reconnut le policier qui l'avait sauvé quelques années auparavant devant sa porte. «Est-ce que je peux vous aider M'sieur.»

Jack n'eut aucun mal à reconnaître le petit garçon. Il n'oublierait jamais la touche de folie qui se dégageait de son regard, la même folie qui l'avait habité lorsqu'il avait éclaté de rire en quittant la cave des Dursley.

«Bonjour Harry.» Lui répondit-il en espérant ne pas faire transparaître son malaise face à ce gamin. Il en avait croisé quelques-uns maintenant, qu'ils soient violents, paniqués, apeurés ou même juste mornes, il n'avait jamais ressenti la même sensation désagréable face à un enfant. «Est-ce que tu pourrais me laisser entrer?»

L'enfant rigola et le laissa entrer.

«Vous savez M'sieur, si je ne savais pas que vous êtes de la police je pourrais croire que vous êtes un pervers qui veut rentrer chez un enfant.»

Doxton déglutit, quel garçon étrange. Faire ce genre de blague alors qu'il avait failli être vendu à un réseau de pédophiles. Les deux garçons rejoignirent le salon où une femme devant dépasser de peu la cinquantaine buvait un thé.

«Harry, pourrait nous laisser seul un instant s'il te plaît.»

Harry hocha vigoureusement de la tête, toujours souriant. Il se doutait de la raison pour laquelle Jack était là. Quelques semaines plus tôt, Harry avait fait un peu de magie accidentelle devant sa nouvelle tutrice et dire que Annie ne fut pas enchantée était un euphémisme. Alors dès le lendemain matin, lorsque son mari parti travailler, Annie appela son école pour prévenir son institutrice qu'il était malade. L'enfant ne comprit pas tout de suite, mais la réponse fut évidente lorsque la femme empoigna la vieille canne qui trainait depuis des mois dans le vestibule. Harry retira son t-shirt par automatisme et les premiers coups ne tardèrent pas à s'abattre sur lui, Annie ne faisant que répéter en boucle qu'il fallait faire sortir le mal de son corps. Foutu chrétien.

Mais cela ne le dérangeait pas. Il avait enfin trouvé une famille normale. Une famille comme les Dursley.

Lorsqu'il monta les escaliers pour attendre dans sa chambre, il tomba nez-à-nez avec Patrick. Ce dernier se laissa tomber à genoux devant l'enfant et le serra dans ses bras. Il aurait dû le remarquer plus tôt, il avait été indigne de son rôle de tuteur. Il avait fallu qu'il tombe sur un bandage recouvert de sang jeté négligemment dans la poubelle de la salle de bain pour comprendre que son fils était blessé. Mais ce qui l'avait le plus répugné fut les dires de sa femme. Harry n'était pas le fils du mal, la sorcellerie n'existait pas.

Mais comme pour le démentir, Harry se détacha de lui et le fixa de son regard si particulier. Son œil droit étant aveugle, il ne reflétait plus aucune émotion ce qui ne faisait qu'accentuer celle de son œil gauche. Il était en colère, mais pourquoi?

«Je suis un monstre. J'avais enfin trouvé une famille qui me voit comme je suis et il a fallu que tu gâches tout.» cracha-t-il d'un ton qu'un enfant de dix ans ne devrait pas employer. Et soudain, Patrick vit les cadres accrochés aux murs du couloir trembler en réponse aux émotions de l'enfant.

Sa femme avait raison, il était l'enfant du démon.

Harry était encore une fois de retour à l'orphelinat.

Mais cela n'avait pas d'importance, il rentrerait à Poudlard dans dix mois et alors il pourrait apprendre à utiliser sa magie.

Cependant, ce qu'il n'avait pas prévu fut d'utiliser sa magie accidentelle alors que des garçons l'avaient poussé dans les escaliers. Le petit garçon s'était retrouvé soudainement en bas des marches sans aucunes blessures. Depuis la rumeur selon laquelle Harry était un monstre s'était rependu comme une traînée de poudre dans tout l'orphelinat et les moqueries étaient devenues synonymes de routine.

Harry avait mal, mais il ne crierait pas, il ne leur ferait pas ce plaisir. Deux garçons étaient assis sur ses jambes tandis qu'un autre lui maintenait les bras fermement plaqués sur son matelas. Autour d'eux, une dizaine de garçon criait des insultes et Marius, un enfant de trois ans son aîné, les inscrivait dans la chaire de son dos avec un petit canif qu'il avait volé la veille à leur surveillant.

Soudain, tout cessa, Mr Hartmann était là. Les enfants se dépêchèrent de sauter par la fenêtre qui donnait sur les escaliers de secours. Le vieil homme soupira et fixa quelques instants l'enfant blessé, ne sachant ce qu'il devait faire. Il soupira une nouvelle fois et ordonna à Harry de le suivre jusqu'à l'infirmerie, une légère grimace échappa au surveillant en avisant les blessures qui s'ajoutaient désormais au plus anciennes sur le corps de l'enfant. Il aurait aimé pouvoir l'aider, mais l'enfant avait déjà eu trop de seconde chance en foyer d'accueil pour qu'une nouvelle famille puisse s'intéresser à lui. De plus, il savait très bien que s'il punissait les enfants qui s'en prenaient à lui à Harry, alors ces enfants ne feraient que devenir plus violents encore.

Severus Snape était contrarié. Le directeur connaissait très bien son planning de vacances et que celui-ci était entièrement consacré à la création de ses potions personnelles. Il lui fallait donc une concentration totale puisque la plupart de ses expérimentations étaient dangereuses et très sensible.

«Vous m'avez demandé Albus.»

Albus fixa quelques instants l'homme face à lui par-dessus ses lunettes en demi-lune. Visiblement satisfait par ce qu'il voyait, il annonça enfin la grande nouvelle.

«Le jeune Potter n'a pas répondu à sa lettre d'admission, j'aimerai que tu ailles chez lui pour lui en demander la raison.

- Sans vouloir vous manquer de respect, le règlement indique que les élèves doivent répondre avant le 31 juillet. Or nous sommes déjà le 2 août, je crains donc que si cet enfant n'a pas répondu c'est qu'il se croit au-dessus de tous et qu'il a voulu faire l'intéressant. Je pense que ne pas le contacter lui donnera une bonne leçon.

- Severus!» Gronda le directeur, prouvant ainsi qu'il lui manquait effectivement de respect en discutant ses ordres. «J'aurai aimé envoyer Hagrid accomplir cette tâche mais il a attrapé un vilain rhume à force de trainé toutes les nuits dans la forêt Interdite. Et comme tu le sais Minerva et Pomona sont parties ensemble visiter l'Islande.

«Bien, Mr le Directeur, j'irai voir ce qu'il en est cette après-midi.» Accepta avec rancœur le professeur de potion.

Il attrapa du bout des doigts le morceau de parchemin que lui tendait le directeur avec l'adresse de l'enfant écrite dessus et s'en alla en claquant la porte derrière lui. Foutu Survivant, même pas encore à Poudlard et il lui gâchait déjà ses vacances.

L'homme descendit à pas rapides les nombreux escaliers qui le séparaient de ses appartements tout en marmonnant des insultes bien colorées à l'encontre de son directeur. Une fois dans sa chambre, il se dévêtit rapidement et enfila à la place de ses lourdes robes noires une chemise et un pantalon simple de la même couleur. Il n'aurait pas besoin de veste.

Severus remonta les nombreux escaliers qu'il venait de descendre et se pressa pour atteindre les limites des barrières anti-transplanages de l'école. Une fois assez loin, il lu l'adresse et se concentra sur celle-ci pendant quelques secondes. Il disparut dans un pop sonore. Severus réapparut dans une rue déserte à cette heure-ci de la journée. Il longea la route jusqu'à arriver devant le 4, Privet Drive. Une grimace de dégoût apparut sur son visage lorsqu'il remarqua qu'ici, toutes les maisons étaient les mêmes, c'était de si peu de goût. Il fixa quelques instants la porte de la maison avant de finalement prendre son courage à deux mains et d'avancer sur la petite allée de pierres. Il toqua. Une jeune femme d'une vingtaine d'années lui ouvrit. Etrange.

«Bonjour, que puis-je faire pour vous?

- Je cherche Harry Potter. Un ami commun m'a dit qu'il habite ici.» La femme fronça ses sourcils.

«Votre ami a dû vous donner une mauvaise adresse. Cela fait quatre ans que j'habite ici et je n'ai jamais entendu parler d'un Harry. A moins qu'il s'agisse des anciens propriétaires?

- Je vois… Dans ce cas je m'excuse pour le dérangement.» La femme lui souhaita une bonne journée et referma la porte.

Foutu Potter, il allait encore gâcher longtemps ses vacances?

Il fallut plus d'une semaine à Albus pour retrouver la trace de Harry. Il avait d'abord voulu se rendre chez Arabella Figg, mais il apprit alors que cette dernière était malheureusement décédée quelques années plus tôt à cause d'une mauvaise chute dans l'escalier. Un cou du lapin est si vite arrivé. Il dut ensuite faire appel au voisin du garçon qui ne lui apprirent seulement que le petit avait été placé dans un hôpital non loin de là et que les Dursley avaient été arrêtés pour avoir participé à un trafic pédophile et pour maltraitance envers un mineur.

C'est donc de plus en plus inquiet que Dumbledore continua ses recherches. Si seulement il avait lu l'adresse sur l'enveloppe envoyé au jeune Harry, alors il n'aurait pas besoin de tant chercher. Albus dut donc faire le tour de plusieurs hôpitaux et faire usage de quelques sortilèges pour obtenir l'adresse exact du gamin. Son teint avait d'ailleurs pris une belle couleur cadavérique lorsqu'il comprit que l'enfant avait vécu dans un orphelinat une partie de sa vie. Cela lui rappelait de mauvais souvenir, un garçon du même âge et ce qu'il était devenu. Il secoua sa tête, il ne devait pas penser ainsi. Harry n'était pas Tom, ou en tout cas pas encore.

Le vieil homme soupira et Severus, alors assit en face de lui, pensa qu'à ce moment-là, le directeur faisait vraiment son âge.

«Severus, veux-tu bien m'accompagner.» Le ton était suppliant alors Snape accepta.

Les deux sorciers se rendirent devant l'orphelinat dès le lendemain matin. Contrairement à celui dans lequel Tom avait vécu, l'orphelinat Wool, celui-ci était d'une peinture blanche entretenue et un petit jardin prenait place au côté de l'allée menant à son entrée. Lorsqu'ils se présentèrent à l'accueil, un vieux monsieur souriant les accueillit et leur demanda la raison de leur visite.

«Bonjour Mr, nous sommes là pour rencontrer le jeune Harry Potter. Je suis Albus Dumbledore, le directeur de l'école Poudlard et voici l'un de mes professeurs, Mr Snape.» se présenta Albus tout en faisant un signe vers Severus. «Les parents du garçon l'ont inscrit à sa naissance dans notre école et nous souhaiterions obtenir sa réponse quant à notre proposition d'admission. Il devait nous répondre pour le 31 juillet.»

Une expression de surprise passa sur le visage du vieux concierge. «Oh, alors il ne mentait pas.» marmonna-t-il tout en leur faisant signe de le suivre.

Les trois hommes traversèrent quelques couloirs et montèrent deux escaliers jusqu'à arriver devant une large porte entrebâillée. Le guide l'ouvrit un peu plus et fit signe aux adultes de se diriger vers le dernier lit, puis il repartit en fermant la porte derrière lui cette fois-ci, certainement pour leur donner un peu d'intimité. Albus et Severus s'approchèrent doucement du lit où lisait un enfant, trop plongé dans sa lecture pour remarquer leur arrivé. Pour l'instant ils ne voyaient que son profil gauche et les deux hommes pensèrent qu'il était aussi beau que ses parents au même âge, bien qu'il ne leur ressemble pas vraiment.

Dumbledore toussota afin de faire savoir sa présence, mais le garçon ne releva pas les yeux. Peut-être qu'ils les avaient tout de même remarqués depuis leur arrivé. L'enfant termina sa phrase, prit un mouchoir en tissu qui était posé à ses côtés et s'en servit pour marquer la page. Il reposa le livre sur la table de chevet et finit par prendre la parole.

«Bonjour, Mr le directeur. Je suis désolée de ne pas avoir répondu à votre lettre, mais je n'ai pas de hibou et le votre s'est envolé avant que je ne puisse lui donner ma réponse.

- Ce n'est pas grave Harry, cela arrive de temps en temps.» Un soupir de soulagement échappa à l'enfant.

Severus commençait à s'agacer du comportement effronté de l'enfant. Tout d'abord il les ignorait puis leur tournait à moitié le dos pour leur parler. Quel petit insolent! Albus dut sentir son énervement puisqu'il lui jeta un regard noir par-dessus son épaule et cela était encore plus effrayant que d'avoir un Voldemort en colère face à soi, selon Snape.

«Est-ce que tu as ta lettre mon garçon?» Un violent frisson parcouru Harry, il détestait cette façon de l'appeler, la même que Vernon.

«Non Mr, je … je l'ai perdu. Mais je me souviens de tout ce qu'il y avait écrit dessus Mr.» Ajouta-t-il précipitamment.

Snape renifla méchamment derrière eux. Ce gamin était vraiment insolent, perdre sa lettre, mais quelle honte. Lui, il ne l'avait pas quitté jusqu'à sa rentrée scolaire et la relisait tous les soirs avant de se coucher. Le gamin était comme son père. Dumbledore lui affirma que ce n'était pas grave car comme il était le directeur, il avait lui aussi une copie des affaires de classe demandées aux premières années.

«Si tu le souhaites Harry, nous pouvons nous rendre dès maintenant sur le Chemin de Traverse.

- Chemin de Traverse?

- C'est une rue sorcière où tu trouveras toutes tes affaires de classe.

- Je n'ai pas d'argent Mr.» marmonna l'enfant, prenant visiblement cela pour une faiblesse. Snape renifla une nouvelle fois d'un air condescendant, un Potter sans le sou, voilà une bonne blague.

Dumbledore ignora une nouvelle fois l'intervention de son collègue et préféra expliquer à l'enfant que ses parents lui avaient laissé de l'argent après leur mort et que cela se trouvait dans une banque appelée Gringotts. Harry écouta attentivement ce que lui racontait le vieil homme et absorba chacune des informations qu'il lui donnait. Lorsqu'enfin le vieil homme réitéra sa proposition, Harry accepta sans encombre et demanda aux adultes s'ils pouvaient l'attendre à l'extérieur le temps qu'il se vêtisse plus convenablement. En effet, le vieil uniforme de l'orphelinat n'était peut-être pas la meilleure tenue pour aller en ville.

Une fois les deux hommes partis, Harry se permit enfin de soupirer. Qu'il était dur de faire semblant d'être timide et effrayé par deux adultes. De plus les reniflements dédaigneux constants de l'homme aux cheveux noirs l'agaçaient de plus en plus. Harry soupire une nouvelle fois et finis par descendre de son lit. Il tira la malle rangée sous son lit et en sortie la chemise verte et le pantalon noir que Vernon lui avait offert quelques années plus tôt. Etrangement, l'ensemble avait suivit sa croissance, restant constamment à sa taille et sans s'abimé.

Lorsqu'il fut habillé, Harry fixa quelques instants sont reflets dans l'un des miroirs mis à la disposition des garçons. Une grimace déforma son visage lorsqu'il avisa les cicatrices qui barraient son visage. Alors il réouvra sa malle et en sortit un gilet à capuche. Ainsi s'il baissait constamment les yeux, alors les hommes ne verraient pas son visage. Il ne voulait pas encore que ce très cher Dumbledore voit le résultat de son abandon chez les Dursley. Il ne voulait pas non plus prendre le risque de lire de la peine, du regret ou de la pitié dans son regard.

Une fois prêt, Harry attrapa son sac de court qu'il vida sur le sol et poussa le tout sous son lit. Puis il rejoignit les deux adultes qui parlaient des commodités de sa scolarité avec le concierge et la directrice venue pour l'occasion. Les deux Moldus souhaitèrent une bonne journée aux trois sorciers et ceux-ci s'en allèrent rapidement.

Les deux adultes guidèrent l'enfant dans une ruelle et le professeur Snape empoigna le bras de Harry et les fit transplané. Le garçon trop surpris par l'action de l'homme n'eut pas le temps de se défaire de sa prise forte que déjà il était aspiré par le nombril dans une myriade de sensations toutes plus désagréable les unes que les autres. Lorsqu'enfin se pieds retouchèrent la terre ferme, il se dépêcha de tirer son bras à lui et de s'éloigner de l'adulte. Il ne manqua cependant pas le ricanement moqueur qui s'échappa de la bouche de l'homme, ce con osait se moquer de son malaise en plus!

Quelques secondes plus tard, Dumbledore arriva dans toute sa splendeur et Harry nota avec dégout que le vieillard avait troqué son costume violet pour une robe bleu nuit avec des petites étoiles et des lunes dansant dessus. Snape eut un hoquet d'effroi derrière lui, au moins s'entendaient-il pour dire que ce sorcier avait des goûts vestimentaires plutôt … immonde.

«Minerva vient de m'envoyer un Patronus pour me dire qu'une urgence m'attend à l'école, je vais devoir vous laisser. Tiens Harry, voici la clé de ton coffre à Gringotts. Passez une bonne journée les garçons!» babilla joyeusement le directeur avant de disparaître aussi vite qu'il était apparu.

Severus jura pendant quelques longues minutes à propos de «vieux glucosé au citron» et d'«emmerdeur à la con» avant de se souvenir qu'il y avait un enfant à côté de lui et de se taire brusquement. Une fois son calme retrouvé, il fit signe à Harry de le suivre et ils sortirent de la ruelle pour rejoindre un vieux pub miteux. Décidément, Harry allait commencer à croire que les sorciers aimaient les endroits glauques.

L'adulte ne lui laissa pas le temps d'observer plus attentivement qu'il disparaissait déjà par la porte de derrière. Une fois dans le local à poubelles, Snape frappa sur quelques pierres du mur et celui-ci s'écarta pour laisser place à une allée remplie de magie et de couleur. Lorsqu'il se retrouva devant des boutiques vendant des balais magiques, des potions, des baguettes magiques et même des animaux étranges, Harry sut qu'il avait bien fait de supporter toutes ces années de souffrance, ça en valait la peine. L'adulte ne fit vraiment attention à l'enfant, au moins il aurait une bonne excuse pour rentrer chez lui s'il se perdait. Il n'aurait qu'à dire que l'enfant avait préféré faire ses achats seul plutôt qu'en sa compagnie. Il ne regarda derrière lui qu'au moment de franchir les portes de la banque, il constata alors avec déception que le sale mioche était toujours derrière lui, la tête toujours baissée.

Après un claquement sec de la langue pour encore une fois montré son agacement, Snape se dirigea vers un comptoir et y abandonna le gamin dans la file.

«Je vais chez l'apothicaire, c'est la boutique juste en face. Vous n'aurez qu'à me rejoindre lorsque vous aurez terminé, Mr Potter.» Puis il s'en alla, son pas pressé claquant sur le marbre de la banque.

Harry se contenta de hausser des épaules et de se tourner vers l'étrange créature qui attendait sa demande de ses yeux perçants.

«Bonjour, j'aimerai retirer de l'argent de mon coffre s'il vous plaît.

- Quel nom?

- Harry Potter, Mr.

- Votre clé?» Harry la lui tendit.

Le gobelin fixa la petite clé en or pendant quelques instants avant de la lui rendre et de lui désigner un gobelin à sa droite qui lui faisait signe de le suivre. Harry aima beaucoup la petite balade en chariot.

Une fois devant son coffre, Harry fut subjugué par la pile d'or entassée au centre de la pièce. Il demanda d'une voix chevrotante combien valait un gallion au gobelin qui l'avait accompagné et ce dernier lui répondit qu'une pièce d'or valait 5,12£ (8,08). Il était millionnaire.

Soudain l'ébahissement laissa place à la colère. Il était millionnaire et pourtant, il avait vécu toute se vie dans la misère. D'abord dans un placard, puis une cave et enfin dans un orphelinat. Qu'avait-il bien pu faire pour mériter un tel traitement. Rien, il n'avait rien fait, Harry en était sûr. Tout ça parce que les adultes étaient tous stupides.