Résumé: Dans le pavillon chinois, la présence de Mihai a mis fin à la spirale de violence et de morsures douloureuses entre Severus et Harry; elle a aussi permis au vampire de comprendre beaucoup de choses et au nouveau calice de se reposer, mais ils ont à présent besoin d'être seuls pour renouer une relation correcte. Et les premières tentatives de Severus pour y parvenir ne sont guère concluantes.
The last one! Profitez! ;)
.
.
Assis dans le canapé, un livre ouvert sur les genoux, Severus ne lisait pas une ligne. Il était ailleurs, perdu dans ses pensées, dans une introspection douloureuse et mortifère... Il avait beau s'interroger, regarder au plus sombre de lui-même, se confronter à ce qu'il détestait en lui, à ce qui s'y trouvait de plus méprisable, il ne comprenait pas comment l'impensable avait pu se produire.
Des pulsions primaires, animales, qu'il n'avait même pas cherché à maîtriser, un renoncement aussi facile qu'aberrant, une façon de se complaire dans la violence, la douleur, la cruauté, la résurgence des heures les plus noires de sa vie, une obscurité en lui digne de Voldemort, le souvenir de ce qu'il avait fait autrefois... Il avait cru avoir changé, évolué, il avait cru s'être racheté, mais ce n'était pas vrai. Ni Vladimir, ni la créature en lui, n'étaient responsables de ça. Il n'y avait pas l'excuse de l'influence d'un autre vampire, ni de la transformation, il n'y avait que lui et ce qu'il était. Comment pouvait-il vivre après ça ? Comment pouvait-il regarder Harry en face et espérer reconstruire quelque chose avec lui ? Comment pourrait-il affronter le regard de Lucius qui savait tout de lui et même ce qu'il n'avait jamais pu avouer ?
La honte était sur ses mains, sur son âme, et il ne pourrait jamais se pardonner. Il ne pouvait qu'espérer réussir à se montrer autrement devant Harry, montrer qu'il n'était pas que ce monstre qui l'avait mordu de force, violé et frappé. Sans parler de paroles dont Severus ne voulait même pas se souvenir... Non, Harry ne pourrait jamais le pardonner. Et il comprenait parfaitement. À la place de Harry, il aurait tué son vampire, quelles que soient les lois et les règles qui l'empêchaient de le faire... Même s'il avait fallu mourir pour cela.
Et pourtant quelque chose au fond de lui ne pouvait s'empêcher d'espérer.
.
.
Sur le pas de la porte, Severus observait Harry dormir. Un sommeil relativement calme, paisible, que ne venaient troubler que quelques frissons de temps à autre.
Après leurs premiers mots « civilisés » tout à l'heure, il avait entendu Harry s'habiller et feuilleter les livres qu'il lui avait portés. Puis il avait lu peut-être, ou ruminé son désarroi... en tout cas, la chambre était restée plongée dans le silence près de deux heures. Le repas arrivé, Harry avait mangé, bien plus lentement que les fois précédentes, comme s'il avait pris conscience qu'il avait le temps de savourer les plats. Puis il avait pris une douche rapide et s'était mis au lit, bouquinant à la lueur d'une lampe jusqu'à ce que le sommeil se fasse sentir.
À présent, cela faisait longtemps que sa respiration était devenue ample et un peu plus sonore. Harry dormait profondément... Severus aurait voulu penser en toute confiance, mais il doutait que ce soit le cas.
Sans bruit, il s'approcha pour aller délicatement s'asseoir sur le bord du lit. En tendant le bras, il aurait pu toucher Harry mais il s'en abstint. Il ne voulait pas le réveiller, et encore moins l'effrayer... Cette proximité silencieuse était déjà beaucoup. Même si l'appel du sang était plus prononcé en étant si près de son calice, sa simple présence restait appréciable. Cela l'apaisait, et même la créature en lui en était presque satisfaite. Après la distance imposée par Mihai, être dans la même pièce, si près l'un de l'autre, tenait de l'impensable.
Le mouvement de Harry fit sursauter Severus. Il tourna la tête d'un côté puis de l'autre, frotta son nez sur l'oreiller, frissonna, puis se tourna pour se mettre sur le flanc, le dos presque collé contre son genou, contre sa cuisse, l'épaule à proximité de sa main appuyée sur le drap... Mihai avait dit que même dans son sommeil, Harry le cherchait... Le reconnaissait.
Sans trop réfléchir, parce qu'il ne fallait surtout pas réfléchir, Severus se releva, se déshabilla rapidement et se glissa sous le drap. Sans s'approcher trop près, mais avec un nœud d'émotion et d'espoir dans le ventre. Si Harry le reconnaissait comme son vampire, il viendrait de lui-même... Et c'est ce qu'il fit quelques instants plus tard.
.
.
Avec un bonheur indescriptible, Severus sentait le corps de Harry contre lui. Les épaules collées aux siennes, le dos aux côtes trop saillantes contre son torse, les fesses amaigries presque au contact de son bas-ventre... Il se retenait de glisser un bras par-dessus le corps de son calice, pour l'enlacer et le rapprocher un peu plus près, mais c'était encore trop tôt.
Mais il avait Harry près de lui, sa chaleur, sa douceur, et le contact légèrement piquant de sa magie à fleur de peau. Son odeur aussi, si familière et qu'il sentait à nouveau pour son plus grand plaisir. Severus aurait voulu goûter sa peau, le lécher, l'embrasser, éprouver son velouté sous la paume de sa main, retrouver les cicatrices qui le marquaient, la ligne de poils sous son nombril dans laquelle il aimait tant glisser ses doigts, le renflement souple et si fascinant des veines qui parcouraient ses bras... mais il lui fallait encore attendre.
Le plus difficile était sans doute la proximité de son propre visage avec le cou de Harry. Severus ferma les yeux. L'appel du sang était violent. Un besoin primitif, animal. Qu'il devait repousser. Et pourtant là, juste sous la peau, à portée de ses dents, il entendait le bruissement léger du sang propulsé dans les artères, il visualisait le trajet des gros vaisseaux le long de son cou, il voyait l'endroit rêvé pour poser ses lèvres, sa bouche et apaiser la faim immense qui le torturait... Il aurait pu le mordre... mais Harry dormait. Et Severus le voulait conscient et consentant.
.
.
Une odeur de pain chaud lui chatouillait les narines. Une autre plus piquante de jus d'orange et de fruits... Et une odeur plus épicée que Harry n'arrivait pas à identifier. Cela lui disait quelque chose pourtant, mais il n'arrivait pas à mettre la main dessus. Tant pis, il verrait bien en découvrant le plateau...
Tout ça était fort appétissant, mais ce matin, il n'avait pas très envie de se lever. Le cocon que formaient les draps autour de son corps était d'une douceur et d'une tiédeur exquises. Il se sentait bien. Parfaitement reposé et détendu. Avec l'envie impérieuse de prolonger ce moment de bien-être tant que la faim – ou la gourmandise – ne devenait pas insurmontable.
D'un mouvement léger, Harry frottait son pied contre le drap, appréciant la finesse soyeuse du tissu, puis il bougea sa jambe à la recherche d'un endroit plus frais. Jusqu'à toucher une peau glacée. Il sursauta et se retourna brusquement, presque effrayé de cette présence inhumaine.
Severus était là, juste derrière lui, allongé sur le côté comme lorsqu'ils s'enlaçaient autrefois... Nu ! Et ses yeux fermés ne feignaient pas le sommeil, mais accompagnaient son soupir de résignation.
Harry s'écarta vivement, le cœur battant la chamade, puis finit par se retrouver debout à côté du lit, tirant le drap vers lui pour se couvrir.
– Qu'est-ce que tu fais là ?! s'écria-t-il. Tu m'as mordu ?!
D'un geste réflexe, il passa la main sur sa gorge, à la recherche d'une douleur, d'une plaie, de sang... Il n'y avait rien.
Severus rouvrit les yeux, fuyant son regard, puis se leva rapidement.
– Non. Je ne t'ai pas touché.
Penché vers le sol, Severus ramassait ses vêtements et se rhabilla en quelques secondes, dissimulant sous son pantalon une érection conséquente, tandis que Harry restait figé, abasourdi. En lui, il cherchait une douleur quelconque, le souvenir de ce qui avait pu se passer, la sensation résiduelle d'une morsure ou d'une pénétration. Il ne pouvait pas croire que Severus ait été là sans rien faire. Et de toute façon, même sa présence dans son lit était insupportable. Il avait profité de son sommeil pour s'approcher de lui, pour s'approcher de son corps et faire il ne savait quoi ! Et même s'il n'avait rien fait, c'était déjà trop !
Harry frissonna dans la fraîcheur de la chambre, réalisant que Severus était déjà parti sans un mot de plus. Du regard, il balaya la pièce à la recherche de quelque chose d'anormal pour tomber sur le plateau du petit-déjeuner. Malgré sa faim, le repas attendrait. Il avait besoin de se laver.
.
.
Il s'était enfui comme s'il était coupable de quelque chose... Severus s'en mordait les doigts. Comme s'il avait fait quelque chose de mal, alors qu'il s'était contenté de s'allonger près de son calice, sans même le toucher davantage que le contact que Harry était venu chercher de lui-même. Il ne l'avait pas caressé, ni même effleuré alors qu'il en mourrait d'envie. Il ne l'avait certainement pas mordu ou pénétré, même si son corps en avait inlassablement exprimé le désir. Il s'était contenté de respirer son odeur, de ressentir la chaleur de son corps et de rêver à des jours meilleurs... Ce qui n'était pas près d'arriver, vu la réaction de Harry !
La mort dans l'âme, Severus patienta le temps que son calice prenne sa douche, puis qu'il s'attable pour le petit-déjeuner. Il ne pouvait pas laisser cette situation en suspens, il ne pouvait pas supporter que Harry ait des doutes, des soupçons, alors qu'il essayait autant qu'il pouvait de se comporter de manière exemplaire. Aucune équivoque, aucune défiance ne devaient subsister entre eux. Pas s'il voulait que Harry lui fasse à nouveau confiance.
Quand il fut certain que son calice avait bien entamé son repas, Severus frappa un coup sur la porte à peine entrebâillée et la poussa doucement. Il ne voulait pas s'imposer outre mesure, mais il n'allait pas non plus attendre que Harry lui dise d'entrer... ils n'étaient tout de même pas des étrangers l'un pour l'autre !
En l'apercevant, Harry leva les yeux vers lui et fronça les sourcils, davantage en signe d'interrogation que de colère. Le plateau était presque vide, il ne restait plus que quelques toasts et une mangue que Harry était en train de couper avec une envie non dissimulée.
– Je suis désolé, fit Severus avec toute l'humilité qu'il lui était possible. Je t'assure qu'il ne s'est rien passé cette nuit. Je suis juste venu m'allonger avec toi, je ne t'ai pas...
– Peu importe...
Severus serra les dents en réfrénant son amertume. Non, pas « peu importe » ! C'était important ! Il faisait des efforts qui méritaient d'être reconnus, il réussissait à réprimer sa faim au prix d'une souffrance permanente, il se faisait violence pour ne pas se laisser submerger... c'était important qu'il n'ait rien fait cette nuit.
Harry se comportait comme si rien n'avait changé, comme si aujourd'hui était une prolongation de ces jours noirs du début, comme si Severus allait à nouveau le mordre de force, lui faire mal, le baiser sans aucune considération, le frapper... le laisser inconscient et à moitié exsangue sur le lit ou sur le sol... Harry attendait simplement le prochain accès de violence, alors que pour lui, tout avait changé. La prise de conscience avait été brutale, la faim était implacable, mais Severus tenait bon et il ne voulait surtout pas retomber dans ses premiers travers. Au contraire, il s'efforçait de montrer qu'il respectait son calice, qu'il attendait son accord pour boire ou même le toucher, qu'il ne voulait plus s'imposer... mais Harry semblait ne pas comprendre que la situation avait changé. Et Severus ne savait comment l'exprimer.
.
.
Méthodiquement, Harry traçait dans sa mangue de longues rainures qui s'entrecroisaient avant de la retourner pour faire ressortir la chair.
– Si tu peux attendre au moins cinq minutes avant de me mordre, que je finisse mon petit-déjeuner, fit-il en croquant un morceau du fruit. Ça fait tellement longtemps que j'en ai pas mangé...
– Je ne veux pas boire...
– Avec des yeux pareils ?! fit Harry en levant un sourcil dubitatif et légèrement narquois.
Severus ferma les yeux et soupira.
– Je ne veux pas seulement boire... Je voudrais refaire le rituel, insista-t-il avant de tourner les talons pour rejoindre le salon.
.
.
– Pourquoi c'est si important pour toi de refaire ce rituel ?
Harry se tenait dans l'encadrement de la porte, appuyé de l'épaule sur le montant de bois, les bras croisés. Pieds nus, comme souvent. Diablement sexy dans son pantalon noir et sa chemise vert foncé, couleur de sous-bois obscur, couleur de ses yeux quand il était en colère... Severus se fustigea mentalement, et s'efforça de se concentrer sur le visage de son calice. Harry avait l'air reposé, bien plus en forme que ces derniers jours et surtout, ses repas pantagruéliques semblaient lui être profitables. Il avait repris en peu de temps une partie du poids qu'il avait si rapidement perdu.
– Parce que j'ai espoir que ça change les choses entre nous.
Espoir... En voilà un mot surprenant dans la bouche de Severus. Severus avait des certitudes, des sentiments très terre à terre, très ancrés dans le présent, des idées concrètes. Mais de l'espoir ? Des incertitudes ? Des hésitations sur l'avenir ? C'était nouveau !
– Quelles choses ? fit Harry d'un ton ironique.
Severus soupira. Visiblement, son calice avait décidé de le provoquer sciemment.
– Tu sais très bien de quoi je parle. Ne te fais pas plus idiot que tu n'es.
Hum... Ce n'était peut-être pas la meilleure stratégie à adopter... Et l'attitude butée de Harry le lui confirmait. Incapable de tenir en place, Severus se leva et partit se poster devant la tenture qui cachait la baie vitrée, tournant le dos à son calice. Il devait mettre des mots sur ce qui s'était passé, s'excuser, essayer de faire amende honorable, mais parler était une torture. Il n'arrivait déjà pas à s'avouer certaines choses à lui-même...
– Depuis... depuis le rituel, et même depuis ma propre morsure, tout est allé de travers entre nous... J'ai été... Je ne peux même pas expliquer ce qui s'est passé, je ne sais pas pourquoi ça a pu se passer. Mais je suis désolé. Je regrette. Aussi bien ce que j'ai fait que ce que j'ai pu dire... Ça n'aurait jamais dû arriver, et surtout pas à toi...
Severus baissa la tête et se pinça l'arête du nez en soupirant.
– Je suis vraiment désolé... J'ai espoir que refaire le rituel remettra la situation à plat entre nous, que ce sera plus facile pour toi, que notre relation soit plus « normale »... Mihai pense aussi que c'est nécessaire. On ne peut pas passer toute notre vie de cette façon.
Du coin de l'œil, il vit Harry hausser les épaules et cette résignation lui fit plus mal que toute la colère et la rancœur qu'il aurait pu déverser sur lui.
– Tu pourras refaire le rituel que ça ne changera rien à ce qui s'est déjà passé.
Severus se mordit la lèvre avant de s'apercevoir que ses doigts jouaient machinalement avec le sortilège d'argent. La douleur comme expiation... il se savait masochiste, mais cela confinait peu à peu avec une névrose.
– Et si je refuse ? ironisa Harry avant qu'il n'ait le temps de répondre.
Severus ne pouvait même pas envisager cette possibilité. Poursuivre des années durant cette non-relation faite de violence et de mépris n'était pas concevable.
– J'essaierai de te convaincre...
– Et tu vas refuser de me mordre jusqu'à ce que j'accepte ? ricana Harry. C'est un petit jeu qui peut durer longtemps !
Severus se retourna brusquement pour découvrir le sourire narquois de son calice. Une vengeance... Une façon de reprendre le pouvoir, de le manipuler, de le faire souffrir.
– Combien de temps tu vas tenir ? ricana à nouveau Harry. Et ça fait déjà combien de jours que tu n'as pas bu ?! Qu'est-ce qui va se passer si tu attends plus longtemps ? Qu'est-ce qui va se passer au moment où tu vas craquer ? Tu vas te défouler sur moi ? Merci bien, mais je n'y tiens pas ! J'aime autant que tu me mordes tout de suite et avoir la paix!... Et si jamais mon sang coulait, suggéra-t-il avec un regard vicieux, qu'est-ce qui se passerait ? Si tu sentais cette odeur... si tu le voyais ruisseler sur ma peau... quel effet ça te ferait ?... Tu craquerais, n'est-ce pas ?
Les yeux écarquillés, Severus voyait Harry avancer lentement vers lui, pas à pas, comme un chat à l'affût, un sourire acide sur les lèvres. Menaçant.
Sans qu'il sache comment cela s'était produit, Severus se retrouva brusquement avec un couteau entre les mains, celui-là même que Harry tenait entre ses doigts une demie-seconde auparavant et avec lequel il avait fait mine de s'ouvrir le poignet. Magie sans baguette... cela ne lui arrivait pas souvent. À moins que sa condition vampirique ait influencé sa magie conventionnelle...
Mihai l'avait prévenu que Harry pourrait tenter de le manipuler, de l'obliger à le mordre et qu'il n'aimerait pas ses méthodes... Il était en plein dedans !
– Inquiet, Severus ?
Le regard fiévreux, Harry leva la main droite au-dessus de son bras gauche, la magie affleurant en volutes vaporeuses dans sa paume.
– Ne fais pas ça ! s'écria Severus, affolé.
– Pourquoi ? ricana Harry. Ça ne t'a pourtant pas gêné, l'autre jour, de me lancer un sortilège de découpe et de faire couler mon sang.
– Ne fais pas ça, je t'en prie...
– Sinon quoi ?! Tu vas craquer et me sauter dessus ? Tu vas devenir violent ?!
Pour la première fois depuis des jours, Severus avait Harry dans ses bras. Dans ses bras. Les mains autour de ses poignets pour l'empêcher de se faire du mal. Et le contact de sa peau était comme une immense décharge électrique qui parcourait son corps de plaisir.
– C'est possible, murmura Severus. Et je ne veux pas que ça se passe comme ça...
– Quelle différence de toute façon, fit Harry qui avait cessé de se débattre.
– Je te promets qu'il y aura une différence. Il y a déjà une différence...
Le dos de Harry était contre son torse, son souffle haletant, rapide, son cœur qui battait la chamade, la résignation de son corps et de ses gestes. Son odeur enivrante...
– Il n'y a aucune différence ! Tu restes un vampire et je reste ton calice. Je serai obligé de te donner mon sang jusqu'à ma mort. Et toi, tu as droit de vie ou de mort sur moi. Je ne comprends pas ce qui pourrait avoir changé...
– Tout a changé, murmura Severus dans les cheveux de Harry. J'ai longuement parlé avec Mihai... J'ai pris beaucoup de recul depuis ma transformation et son aide m'a été très précieuse... Tu peux détester le fait qu'il soit venu, mais il t'a peut-être sauvé la vie.
– Pour en faire quoi de toute façon ?
– Je t'en prie, ne dis pas ça, supplia Severus en resserrant ses bras autour de son calice. Il y a plein de monde qui t'attend dehors... et en premier lieu ta fille et Lucius.
La résignation de Harry confinait au fatalisme, au renoncement... L'envie de mettre fin à cette situation était là, juste sous la surface, et Severus ressentait son désespoir comme un coup d'épée qui le traversait de part en part.
– Je ne sais pas s'il y a plus cruel que de parler d'elle ici et maintenant, fit Harry d'une voix amère et voilée.
– Plus vite nous aurons recréé un lien, plus vite tu pourras sortir d'ici, murmura Severus. Qu'est-ce qui t'effraie tant dans le fait d'essayer ?
Harry avala péniblement sa salive en s'abandonnant un peu plus contre le torse de son vampire. Comment pouvait-il expliquer cela ? Dire que se laisser faire et essayer d'endiguer la violence n'était pas la même chose que de consentir à être abusé... Qu'il lui paraissait impensable d'accepter quelque chose de cet engrenage de sang et de douleur... Que s'il arrivait à se résigner, il ne pouvait pas non plus adhérer au comportement de Severus, qu'il cédait sans pour autant acquiescer, que sa passivité n'était pas une acceptation... Mais Severus ne comprendrait pas la nuance.
– Et si ça ne marche pas ? gémit Harry. Et si c'était pire après ?!
– Ça ne peut pas être pire, répondit Severus très spontanément. Ça ne peut pas être pire que toi qui me détestes et qui as peur de moi.
Lentement, Severus relâcha les poignets de son calice et remonta ses mains le long de ses bras, en le caressant avec le plus de tendresse qu'il pouvait y mettre. Pendant quelques secondes, il profita encore de cette présence inespérée, de cette étreinte bouleversante... Harry était abandonné contre lui, sans résistance, la tête légèrement penchée de côté comme un appel inconscient. Severus ferma les yeux et posa ses lèvres glacées sur la peau si chaude du cou de son calice.
Et au lieu de le mordre, il l'embrassa doucement.
– Je ne te ferai rien de force... Je ne te ferai rien sans que tu ne sois d'accord.
Puis il écarta légèrement les bras, se sépara de ce corps si chaud qu'il adorait toujours tenir contre lui et recula d'un pas.
– J'attendrai... Tu me diras quand tu seras prêt.
Harry fronça les sourcils. Severus était déjà reparti s'asseoir, et lui, il avait froid et il frissonnait. Machinalement, il frotta son cou là où Severus l'avait embrassé. Pour effacer la trace, pour réchauffer sa peau... Peut-être qu'une bonne douche très chaude lui rendrait cette chaleur et un peu de quiétude.
.
.
C'est un bain que Harry aurait voulu prendre. Se sentir enveloppé par l'eau, enserré dans un flux chaud et mouvant, porté, caressé... Mais la salle de bains était trop petite pour y mettre une baignoire. Une douche brûlante ferait l'affaire.
La vapeur avait déjà recouvert le miroir et la paroi vitrée qui séparait la douche du reste de la pièce. Même le carrelage des murs ruisselait de la condensation de l'humidité. Harry s'était assis par terre, adossé contre le mur, savourant cette pluie brûlante et bienfaisante qui tombait sur son visage et sur son corps. Il se sentait bien. Réchauffé, lavé, purifié... Nu et vierge de toute trace. Presque serein. Pour un peu, entre la chaleur et l'humidité, il se serait cru dans sa forêt, mais ici, c'était presque encore meilleur : même la pluie était chaude. Pour un instant parfait, il aurait voulu se baigner dans la piscine intérieure du Manoir... Bientôt, peut-être.
Un instant, Harry songea à la « proposition » de Severus... Il allait accepter, bien sûr. Parce que s'il y avait une infime chance que la situation s'améliore, il n'allait pas passer à côté. Ils allaient refaire le rituel, mais il ne se faisait pas beaucoup d'illusions... De la même façon que Severus avait promis de ne plus lui imposer des choses de force, mais il ne voulait plus croire à ses promesses. Harry n'avait plus confiance en lui. C'était horrible et pourtant c'était la réalité : il n'avait plus confiance en Severus. Quand il s'interrogeait, quand il regardait en lui ce qu'il ressentait en pensant à Severus, il n'y avait plus que de la méfiance, de l'inquiétude; pas de peur comme il l'avait dit, mais une prudence suspicieuse et l'envie de se tenir à distance. En revanche, l'attachement, les sentiments, la satisfaction ou le plaisir de sa présence... tout avait disparu.
Enfin... C'était plus compliqué que ça. Harry savait que le calice en lui avait apprécié de se trouver dans les bras de son vampire. Il avait adoré le contact électrique de leurs peaux, la sérénité de se tenir près de lui, le sentiment de sécurité que procurait sa tendresse... Son cœur s'était serré à ce baiser si doux à l'endroit qui d'habitude n'était que douleur sous la morsure. Il savait aussi qu'il avait froid en permanence et qu'il frissonnait sans cesse quand Severus était trop loin. Tout comme il savait qu'il avait admirablement bien dormi cette nuit parce que Severus était venu dans son lit... Mais tout ce qui, en lui, n'était pas ce calice ne ressentait plus aucun amour ni aucune tendresse envers Severus. Et dès qu'il le touchait, Harry se sentait sale.
Il n'était pas idiot, il savait bien pourquoi il avait recommencé à se laver plusieurs fois par jour... La même répugnance envers lui-même, le même sentiment d'impureté permanent... Après sa captivité, cela avait mis plusieurs semaines à disparaître, mais cette fois ?... Alors qu'il allait être au contact de Severus toute sa vie durant ?... Harry soupira et renversa la tête en arrière, les yeux fermés sous la pluie chaude de la douche. Il faudrait bien qu'il s'en accommode... Et puis Severus avait promis de ne plus le forcer.
Harry frissonna malgré la chaleur, partagé entre un mince espoir et une profonde tristesse. Bien malgré lui, ce qui s'était passé l'avait troublé. Ressentir à nouveau la tendresse de Severus, entendre ses promesses et ses regrets, éprouver ce qui restait de son humanité... et avoir peur que tout cela ne disparaisse encore... C'était plus cruel que d'avoir fait une croix dessus depuis des jours et de s'y tenir. Il aurait pu continuer à se résigner indéfiniment, mais avoir ce sursaut d'espoir pour tout perdre à nouveau, il n'était pas sûr de le supporter.
Plus que sur Severus, Harry fondait quelques espoirs sur leur sortie du pavillon chinois. Parce qu'un jour, tout ça s'arrêterait, n'est-ce pas ? Il n'y avait pas de raison qu'ils restent enfermés beaucoup plus longtemps. Severus n'était pas sous l'influence de Vladimir, Harry le sentait, sa magie le sentait, il n'y avait pas de liens entre lui et son créateur, et Mihai devait le percevoir aussi... Mais qu'est-ce qui se passerait quand ils regagneraient le Manoir ? Comment Severus allait-il pouvoir regarder son mari en face, après ce qu'il avait fait ? Et comment lui, Harry, pourrait-il également faire face à Lucius ? En cachant ce qui s'était passé et en ravalant sa honte ?
Comment pourraient-ils reprendre leur vie habituelle au Manoir ? Les repas, avec Severus qui ne mangeait plus et lui qui mangeait pour trois ? Les nuits, alors que Severus ne dormait plus ? Les soirées dans le Petit Salon, la Librairie, les petits matins dans la piscine à nager jusqu'à avoir mal aux muscles, ses potions dans le laboratoire, les dossiers de Lucius qu'il traitait avec Mark ? La famille ?! Comment Severus allait-il pouvoir faire face à Draco, à Matthieu ? Justifier ce qu'ils étaient devenus, liés à vie par le don de sang et pourtant plus distants l'un de l'autre que jamais... Comment lui-même allait-il pouvoir expliquer cet éloignement incompréhensible, les sentiments disparus, le chemin de croix qu'était devenue sa vie ?... Et comment se passeraient les morsures ? Alors que Lucius serait là, alors que les elfes seraient là?!
Un instant, Harry se prit à rêver à ce qui aurait pu être... À la tendresse retrouvée. À Lucius qui aurait veillé sur eux. À une étreinte partagée sur le canapé du Petit Salon, au coin du feu, lui à demi allongé dans les bras de Severus, comme autrefois, et à une morsure très douce, très intime, comme l'avait été celle de Mihai... À un film dans la salle de cinéma, un rire complice sur des images suggestives, une morsure pleine de désir sous le couvert de la pénombre... Une morsure dans la piscine, à l'aube, dans ces étreintes tendres qui suivaient l'effort, aussi apaisante qu'un accouplement... Et même une morsure dans l'antichambre, un summum de plaisir pour son corps immobilisé dans les cordes... Harry savait que c'était possible. Ç'aurait pu être possible... Son rire amer résonna dans la salle de bains tandis qu'une larme roulait sur sa joue, noyée dans des dizaines de gouttes d'eau. Il n'avait sans doute pas choisi le bon vampire.
.
oooooo
.
– Je vais me coucher. Tu peux venir...
Harry avait passé la journée à tourner en rond et à ressasser ses pensées, la porte de la chambre close sur le salon où se trouvait Severus, à se demander dans quel état il serait une fois qu'il l'aurait à nouveau mordu. Combien de temps allait durer sa faiblesse extrême, comment il allait résister à la douleur maintenant qu'il était mieux nourri, s'il resterait inconscient plusieurs jours comme la dernière fois... Et surtout dans quel état serait Severus après avoir bu ? Est-ce que la violence reviendrait, plus excessive encore ? Est-ce qu'il allait le baiser de force, est-ce qu'il allait se venger de ces jours de diète imposés par Mihai et par leur situation ? Est-ce que sa bestialité allait prendre le dessus sur le peu d'humanité qui lui était revenue ?...
De toute façon, Severus devait bien boire à nouveau un jour... Le seul moyen de ne pas attendre que la faim s'empare de lui était d'accepter de refaire ce rituel. Soit... il n'avait pas vraiment le choix, au final.
Severus avait froncé les sourcils, surpris, puis s'était levé tandis que Harry partait se déshabiller de l'autre côté du lit, aussi loin de la porte que possible.
– Ça veut dire que tu acceptes de refaire le rituel ? Réellement ?
Harry hocha la tête, mais il tournait le dos à Severus.
– Oui, affirma-t-il avec un peu plus de force.
– Je... Tu es sûr ?
– Tu essaies déjà de me faire regretter ? ricana amèrement Harry, la gorge nouée d'une émotion qu'il ne comprenait même pas.
– Pas du tout, affirma Severus en présentant ses mains en signe d'apaisement. Je veux juste être certain de ton choix.
Harry haussa les épaules, incapable de parler, puis se glissa entre les draps.
– C'est ce que j'ai décidé. Viens et fais ce que tu as à faire.
Severus grimaça de dépit. Il aurait préféré que leur union soit le fruit d'une envie plutôt que d'une décision, mais il se contenterait de ça. Harry exprimait son choix... cela suffirait à ce que le rituel fonctionne correctement; le reste dépendait de lui... Et pour commencer, il devait proposer une dernière chose à son calice.
– Si tu le souhaites, si ça te met plus en confiance sur mon comportement, je peux demander à Mihai d'être présent pendant le rituel. Pas dans la chambre, mais dans la pièce à côté... Comme un garde-fou que tu pourrais appeler si...
– Je ne veux pas qu'il foute un pied ici ! trancha la voix de Harry étouffée par l'oreiller.
Severus se mordit la lèvre devant la crispation évidente de son calice. Harry n'avait pas digéré ce qu'il considérait comme une humiliation extrême... Que quelqu'un ait été témoin de sa déchéance était pire pour lui que le comportement que Severus avait pu avoir. Il regrettait presque d'avoir posé la question mais il le devait, ne serait-ce que pour lui offrir le choix...
.
.
Devant lui, Harry était allongé sur le ventre, caché par le drap qui le recouvrait jusqu'au milieu du dos, les jambes écartées et le visage enfoui dans un oreiller qu'il tenait entre ses bras. Une parfaite position de soumission qui fit soupirer Severus. Il ne voulait pas de ça, mais c'était ce à quoi il l'avait habitué depuis le premier rituel... Le chemin s'annonçait long et difficile pour reconquérir un minimum de spontanéité et de tendresse.
Rapidement, Severus se déshabilla et se glissa à son tour dans le lit. Il ne fallait plus tergiverser. Il n'entendait que trop bien les battements de cœur affolés de son calice, il percevait son appréhension, son inquiétude, la tension qui raidissait tous ses membres... Il s'approcha tout en gardant un peu de distance avec son corps immobile, mais il posa immédiatement une main sur son dos.
Harry frissonna violemment, retint son souffle de longues secondes, puis quelque chose en lui lâcha prise. Le calice avait reconnu son vampire et appréciait sa présence. Rien n'était gagné, mais cela allait l'aider.
Severus s'approcha un peu plus, pas tout à fait enlacés – ce serait inespéré ! – mais il touchait l'épaule de Harry avec son torse, ses hanches avec son genou et surtout sa main sur son dos se mit à le caresser doucement. De simples cercles concentriques, lents mais continuels, qui remontaient peu à peu entre ses omoplates et descendaient jusqu'à ses fesses. Severus n'avait pas besoin de cacher ses intentions; Harry savait qu'il allait le baiser... Il fallait juste que ce soit le plus doux et le plus délicat possible.
.
.
Harry ne se décontractait pas mais il ne fuyait pas non plus. Il attendait que les choses se passent, immobile et résigné. Doucement, Severus se colla un peu plus contre lui, un peu plus bas dans le lit, et sa main glissa franchement dans le sillon chaud entre ses fesses. Harry se raidit une seconde, ses bras crispés autour de l'oreiller, puis retrouva son état initial : tendu mais qui se laissait faire.
D'un murmure, Severus lança un sortilège de lubrification avant que son majeur ne vienne caresser lentement l'anus de Harry. Une caresse douce, humide, une ronde d'effleurements sur les plis serrés de la chair, assez longtemps pour que les fesses de son calice se relâchent peu à peu et que la légère pression de son doigt ne déclenche plus de crispation.
Allongé sur le côté le plus près possible de Harry, Severus savourait sa position, leur proximité, le parfum suave et la chaleur de son corps. Devant sa lenteur, la respiration de son calice s'était calmée, tout autant que les battements de son cœur... Harry attendait, mais il était plus calme que tout à l'heure. Il se crispa un instant lorsque Severus introduisit son doigt un peu plus profondément, avant de se relâcher sous la caresse douce des parois de son corps.
Severus ne cherchait pas à faire des mouvements de va-et-vient ou à gagner en profondeur, il voulait juste que Harry s'habitue à l'intrusion et qu'il se détende complètement pour ensuite l'accepter lui. Il se savait large; si Harry se crispait, ne serait-ce qu'un peu, il allait avoir mal... Et vu leurs derniers rapports, il avait toutes les raisons de se crisper. Mais Severus ne voulait plus qu'il y ait de douleur.
Pour refaire le rituel, il avait décidé cette fois-ci de prendre les choses à l'inverse de leur première fois. Plutôt que de privilégier la morsure et sa faim, il voulait commencer par le rapport sexuel. Prendre son temps pour pénétrer Harry, pour l'y préparer, pour que les choses se fassent en douceur, sans violence et sans brusquerie... L'échange de sang viendrait après. Ce n'était peut-être pas très orthodoxe, mais cela lui semblait important. Et Mihai n'y avait vu aucune objection.
.
.
Quand il sentit les sphincters de Harry complètement relâchés autour de son majeur, Severus murmura à nouveau un sortilège de lubrification et introduisit un deuxième doigt. Peut-être parce qu'il avait compris ses intentions, cette fois, Harry mit beaucoup moins de temps pour se détendre. En quelques secondes et quelques mouvements circulaires pour assouplir son anus, l'intrusion était parfaitement acceptée. Il avait même bougé la tête pour la poser sur l'oreiller, et non pas l'enfouir. Et ses bras étaient simplement glissés sous l'oreiller, et non plus crispés dessus. Il semblait avoir un peu plus confiance et être prêt pour la suite.
Severus retira délicatement ses doigts, jeta un nouveau sortilège de lubrification, y compris sur son propre sexe, et se positionna au-dessus de Harry. Il le vit respirer profondément et déglutir, mais il restait relâché. Du moins, autant qu'il le pouvait...
D'une main, Severus guida son sexe vers l'entrée de son calice, y posa son gland, puis exerça une légère pression. Harry avait besoin de quelques secondes, mais il allait s'ouvrir comme une fleur et accepter sa présence. Severus sentit qu'il progressait lentement, puis une fois le sphincter franchi, il s'immobilisa le temps que Harry s'habitue. Au bout de quelques secondes, il reprit sa lente poussée et s'arrêta quand il vit une grimace d'inconfort sur le visage de son calice. Il ne servait à rien de chercher à aller plus loin. Tout ce qu'il voulait c'était s'accoupler avec Harry, et surtout lui faire comprendre qu'il ne cherchait pas son propre plaisir, mais pour eux deux, la même sorte d'apaisement et de sérénité que lors de leurs accouplements. Avant...
– Mets-toi sur le côté..., murmura-t-il.
Doucement, Severus avait passé son bras sous le ventre de Harry et il l'incita à basculer sur le côté gauche, toujours enfoui en lui mais immobile. Sa main caressa tendrement le torse de son calice jusqu'à ce qu'il se détende à nouveau et accepte de se tenir contre lui, réellement enlacés cette fois.
Dans le mouvement, Severus avait glissé son bras gauche entre l'épaule de Harry et l'oreiller, puis il ramena sa main devant son visage. D'un sortilège, il entailla son propre poignet et le présenta devant la bouche de son calice.
– Bois.
Des lèvres hésitantes se posèrent sur sa peau, si chaudes, légèrement sèches, mais la langue qui vint frôler un instant sa plaie était humide et douce. Harry déglutit une première fois. Le sang ne venait pas vite, Severus n'avait pas bu depuis trop longtemps pour qu'il en ait encore beaucoup en lui, mais ils n'étaient pas pressés. Au contraire... La lenteur était un signe de patience.
– Bois encore, murmura Severus quand son calice voulut retirer sa bouche.
Un peu plus franchement cette fois, Harry vint sucer la plaie et le sang qui coulait lentement. Il déglutit à plusieurs reprises, son souffle paisible venant effleurer le poignet de Severus, tandis qu'il caressait tranquillement son ventre. Son sexe toujours enfoui dans le corps chaud palpitait doucement, tout comme le cœur de Harry. Le moment était parfait, et pour la première fois depuis des jours, Severus se sentait presque en paix.
Harry avala encore plusieurs fois, mais le sang se tarissait, emportant Severus dans une douce somnolence. Il devait mordre son calice maintenant s'il ne voulait pas sombrer dans un état de trop grande torpeur. Ramenant sa main vers le cou de Harry, il dégagea lentement les cheveux qui s'y trouvaient, dévoilant la peau nue qui manquait de soleil.
– Respire... Ne te crispe pas, murmura-t-il. Je vais essayer de ne pas te faire mal.
Il sentit Harry inspirer profondément et pencher un peu plus la tête, résolu à ce qui allait suivre. Severus se redressa légèrement, pris d'un étrange vertige, puis posa ses lèvres sur le cou de son calice, sur cette peau si fine qu'il sentait presque le goût du sang sur sa langue avant même de l'avoir mordu. Entrouvrant la bouche, il posa ses canines proéminentes sur la peau puis exerça une légère pression. Le sang jaillit enfin, un nectar si divin qu'il aurait pu mourir là, maintenant. Et lorsqu'il avala la première gorgée, ce fut un plaisir inhumain qui parcourut son corps. Plus puissant que tous les orgasmes qu'il avait connus... Un plaisir qui unissait et l'homme, et le vampire.
Mais Severus refusait de se laisser emporter. Il ne voulait en aucun cas perdre le contrôle et risquer de commettre des actes qu'il réprouvait viscéralement. La paix avec le vampire en lui était précaire et il ne pouvait pas se permettre le moindre dérapage. Il s'octroya une deuxième gorgée, céda sur la troisième, puis s'obligea à rétracter ses dents et à éloigner sa bouche. D'un coup de langue, il referma la plaie avant de s'apercevoir que Harry était tétanisé entre ses bras.
– Harry, est-ce que ça va ?
Un gémissement à la limite du sanglot s'échappa de la gorge de son calice et l'affola.
– Harry ?!
Un frisson de peur parcourut Severus, instinctif, irrationnel, un besoin violent de protéger son calice, de le rassurer, de comprendre ce qui n'allait pas, une pulsion qui aurait fait passer la vie de Harry avant la sienne.
Mais avant même qu'il puisse réagir, Harry s'arrachait déjà à ses bras, à son sexe, il était debout, tremblant et fuyant, et la porte de la salle de bains claqua dans le silence.
.
Severus ferma les yeux et soupira. Bascula lentement sur le dos. Tout ça n'avait servi à rien. Ils avaient recommencé le rituel, il avait eu l'impression que tout s'était mieux passé, il avait éprouvé un plaisir inconnu, foudroyant, mais pour Harry, cela ne semblait pas être le cas. Dès que possible, il s'était éloigné, enfui, et le bruit de la douche que Severus entendait signifiait qu'il était déjà en train de se laver pour effacer toutes les traces de ces quelques minutes entre ses bras.
Ce n'était plus son cœur qui pouvait se serrer ainsi, puisque tout était mort en lui, mais la douleur était la même : une peine immense, abyssale, qui le clouait sur ce lit. Une impression d'échec paralysante : non seulement, il n'arrivait pas à protéger son calice, mais il continuait à lui faire du mal... Tout ce qu'il faisait était néfaste. Nuisible. Même sa simple présence faisait du mal à Harry...
Péniblement, Severus se leva et se rhabilla. Il aurait tellement aimé pouvoir rester au lit après le rituel, tenir son calice dans ses bras et partager un long moment de tendresse... mais l'eau de la douche coulait encore et encore. D'un sortilège, il refit le lit, parce que Harry n'apprécierait sans doute pas de voir les draps défaits et chiffonnés par leur union. Puis il retira l'alliance qu'il portait depuis plusieurs jours à l'auriculaire de sa main gauche et la posa sur la blancheur des draps. Il avait eu espoir de pouvoir la remettre un jour au doigt de son calice, juste après ce nouveau rituel dans ses rêves les plus optimistes, mais cette eau qui coulait le contredisait cruellement.
Sur son doigt, la chair se reconstitua lentement, laissant un cercle en creux là où l'argent l'avait brûlé trop longtemps. Un souvenir amer. Mais le garde-fou de cette douleur lancinante lui manquait presque. Severus jeta un regard désolé vers la porte de la salle de bains, obstinément fermée entre son calice et lui, puis sortit de la chambre.
.
.
Merci à tous de votre lecture et de votre assiduité pour ce dernier chapitre! N'hésitez pas à laisser un commentaire... ;)
La prochaine fois, nous retrouverons Lucius pour l'épilogue de ce livre 3, au terme de quelques 515000 mots et 750 pages! Tout un marathon entamé depuis juin dernier et qui je l'espère, vous aura fait vibrer de temps en temps... Merci d'avoir tant aimé Mark et Mihai, qui étaient un peu mes chouchous de ce tome, et de leur avoir fait un si bon accueil! Et merci de garder encore un peu d'espoir en Severus; il est faillible mais il n'est pas si mauvais que ça...
Avant de clore ce livre 3, je vous donne donc rendez-vous très bientôt! ;)
Au plaisir
La vieille aux chats
