Quelle était l'obscure raison qui l'avait poussé à m'embrasser ? Je n'en savais rien. Je ne savais pas ce qui lui était passé par la tête à ce moment et à vrai dire je n'étais pas réellement sûre de vouloir le savoir. Il m'avait embrassé. Il avait posé ses lèvres sur les miennes, délicatement. Comment un monstre tel que lui pouvait-il faire preuve d'autant de douceur pour l'instant d'après agir avec tant de cruauté. Comment un être humain pouvait il agir de la sorte ?

J'étais perdue. Je devais être démente. Il n'était pas revenu depuis et je pouvais aisément dire que ces quelques jours de répit m'avaient fait le plus grand bien. Mais, étrangement, chaque matin je regardais fébrilement vers la lourde porte de bois, attendant qu'il vienne. Espérant.

Je me haïssais d'attendre sa venue. Pourquoi voulais-je le voir pénétrer à l'intérieur de mon cachot après tout ce qu'il m'avait fait endurer ? Je devais être masochiste ou tout simplement aliénée pour espérer une telle chose. Ou peut-être était-ce tout simplement cette solitude si pesante qui me poussait à le vouloir.

D'après mes calculs, bien qu'imprécis, il devait être environ midi maintenant. M'apporterait-il quelque chose à manger cette fois-ci ou laisserait-il encore cet affreux elfe de maison me jeter un bout de pain rassis par la meurtrière. Dire que je m'étais battu durant mes années à Poudlard pour que des elfes comme celui-là puissent bénéficier de droits. Ca en était presque drôle. Presque.

Ce maudit gnome tenait certainement son caractère de son maître, il était méprisant et cruel et agissait même de son propre chef parfois. Peut-être se disait-il qu'en me torturant un peu plus il gagnerait les faveurs de son propriétaire. Si c'était le cas, il remplissait ce rôle à merveille même si ses tortures à lui n'étaient pas physiques. Il venait parfois se poster face à moi uniquement pour me faire sentir le doux fumé d'un poulet bien cuit et il prenait aussi un malin plaisir à faire atterrir ma portion de nourriture dans les flaques d'eau qui recouvraient certaines parties du sol. Je détestais cette créature répugnante.

J'entendis un grincement puis le verrou se débloquer. Je relevai la tête en direction de l'entrée du cachot et attendis que quelque chose se passe. La porte resta immobile l'espace d'un instant puis, quelques secondes plus tard, elle s'ouvrit finalement, dévoilant le responsable de ma captivité à la lueur des torches. Je me collai un peu plus contre le mur glacial, effrayée. Cela faisait longtemps qu'il n'était pas venu en personne et j'avais maintenant peur qu'il se rattrape en m'infligeant une double ration de coups. La porte se referma, lentement. Il fit quelques pas en ma direction et s'accroupit, se mettant ainsi à ma hauteur. Ma tête était basse et mes mains tremblaient mais il ne s'en formalisa pas. Il saisit mon menton entre ses longs doigts cadavériques et à ce moment, les souvenirs du baiser infligé me revinrent en mémoire. Mon regard était fuyant, je ne voulais pas croiser une nouvelle fois ses iris glacés mais lorsqu'il resserra brutalement ses doigts sur mon menton, je sus qu'il fallait abdiquer.

- Je vois que tu as appris à obéir, susurra-t-il à mon oreille, c'est bien.

Une larme roula, creusant son sillon le long de ma joue creuse. Il l'essuya à l'aide de son pouce et son autre main passa de ma tempe à mon épaule, caressant du bout des doigts le chemin qu'elle avait parcouru. Je fermai les yeux, incapable de rester imperméable à cette inavouable caresse.

- Mais qu'est-ce que tu veux à la fin !? Lui criai-je soudain, rouvrant mes yeux étincelants de colère.

Je le repoussai avec force et me relevai, prête à ardemment me défendre si il le fallait. Il se releva à son tour, me toisant d'un air moqueur.

- Que comptes-tu faire Granger ? Me frapper avec tes petits poings ?

Il ricana méchamment et se rapprocha de moi.

- Tu ne peux rien faire contre moi et tu le sais, Hermione.

Ce n'était pas tant l'emploi de mon prénom que la cruauté perçant dans sa voix qui me fit tressaillir. Il était maintenant là, à un pas de moi. Et comme je l'attendais, il m'asséna une gifle si puissante et douloureuse que je m'étalai de tout mon long sur le sol crasseux. Tenant ma joue toujours endolorie, mon regard n'aurait pu être plus haineux mais il n'en avait cure. Il agrippa brutalement mon poignet et me força à me lever. Les larmes étaient maintenant abondantes et je ne pouvais les empêcher de souiller mon visage meurtri. Mais la douleur et ce désagréable goût de sang dans la bouche n'était rien comparé au regard empoisonné qui me jaugeait à présent. Je fermai les yeux, priant pour que quelqu'un me vienne en aide mais il en avait décidé autrement ;

-Regarde-moi ! M'ordonna-t-il, le ton impérieux.

- Non… Arrivai-je à articuler. Non… Je ne veux pas…

- Parce que tu crois que ta volonté est en cause ici ? Ne me fais pas rire ! La seule chose qui importe ici est ce que MOI et moi seul désire.

- Et qu'est-ce que tu veux !! Qu'est-ce que tu veux bordel ?

J'étais une nouvelle fois en train de crier, une nouvelle fois en proie à une colère sourde. J'arrachai mon poignet de sa main et reculai d'un pas.

- Qu'est-ce que tu veux ?! Répétai-je inlassablement. Me frapper ? Vas-y ! Fais donc !

Je lui tendis la joue mais rien ne vint.

- Alors quoi ?!

Attendant vainement sa réponse, je me débarrassai finalement de mon débardeur et de ma jupe pour les jeter dans un des coins de la pièce. Me retrouvant ainsi en sous vêtements devant lui.

- Peut-être que c'est ça que tu veux, hein ?

Tout en lui posant cette question, je m'étais avancée vers lui et le regardais désormais fixement dans les yeux, un air furieux greffé sur le visage.

Je ne savais pas réellement ce que j'étais en train de faire, je ne savais pas ce qui allait se passer. Etais-je complètement folle ? Certainement. Je ne pouvais prédire ce qui allait se produire. J'étais là, à moitié nue en face de mon ennemi juré. J'étais là, espérant un miracle qui ne viendrait probablement jamais.