Une petite suite.... en espérant qu'il y ait des lecteurs dans le coin!
Chapitre 4
Le visage de Laurie se ferma subitement, il pâlit et un voile de tristesse passa devant ses yeux. Il avait soudain l'air beaucoup plus vieux, et Jo regretta vivement ses paroles, regretta d'être forcée de lui faire voir ce qu'il ne voulait pas.
Elle avait depuis longtemps réalisé à quel point les relations étaient tendues entre les deux Laurence. Des relations tendues, malgré les efforts de Laurie, qui avait cédé à bon nombre des désirs de son grand père dernièrement, en allant à l'université, en étudiant les affaires, laissant de coté les disciplines artistiques qu'il affectionnait tant. Tendues au point que leurs voisines guettent, inquiètes, les coups de sang de Laurie, quittant en furie la maison de son grand père pour se refugier dans le grenier de Jo, la colère trop visible sur son visage expressif.
Et à en juger par l'expression sur son visage quand Laurie reprit la parole, il ne savait tout cela que trop bien.
« Je me doute, » commença t'il calmement, pesant chaque parole, « que le vieil homme ne va pas apprécier de m'accompagner à Paris, à Naples, pour s'apercevoir que j'ai finalement décidé de suivre le chemin scandaleux de mes parents. »
« Je… » Jo ne savait pas quoi dire pour le consoler, ou pour lui montrer son soutien. « Je suis désolée que les choses… »
« Ne soyez pas désolée pour moi Jo… » répondit-il, les mots presque insouciants Si Jo ne le connaissait pas si bien, et depuis si longtemps, elle n'aurait pas réalisé à quel point il lui en coutait. « Ca ne me dérange pas de souffrir pour l'Art, Jo… même si cela signifie qu'on me coupe les vivres. Mon seul regret….. »
Elle ne pouvait pas ne pas voir sur son visage, lorsqu'il la regarda, toute la peine, le désespoir, et la tendresse immense de son regard.
Jo aurait pu croire que son cœur avait quitté sa poitrine pour venir se loger quelque part dans sa gorge.
« Si on en arrive à cette extrémité… c'est peut être une des dernières fois que l'on se voit, Jo, du moins avant que l'un d'entre nous gagnent assez bien sa vie pour voyager d'un continent à l'autre. »
Elle contempla son visage si pâle, et se figea dans ses bras l'espace d'un instant. La seule pensée d'être séparée de lui, non pas pour quelques semaines, ou même quelques mois, le temps qu'il voyage sur le vieux continent, mais des années, juste à ce qu'ils puissent s'offrir un billet l'un vers l'autre…
« Je… » commença-t-elle, essayant désespérément de ne pas lui laisser entendre la faille dans sa voix « Oh, Teddy…. Je suis sure que vous exagérez ! Votre grand père vous aime… et... vous êtes tout ce qu'il lui reste ! Il ne pourrait pas… il ne vous laisserait pas… »
Il l'arrêta, posa un doigt sur ses lèvres, et l'heure était si grave que Jo ne ressentit pas l'invasion de papillons habituelle en réponse à son geste si tendre, et elle ne songea même pas à le repousser.
Quand il répondit, il y avait une tristesse résolue dans ses yeux, et Jo sentit son propre cœur se serrer en le voyant si résigné à l'idée de leur prochaine séparation.
« Peut être… mais il en est tout à fait capable. C'est ce qu'il a fait à mon père, lorsqu'il est parti, alors pourquoi ne me ferait-il pas la même chose ? Saviez vous que mon grand père n'a même pas réussi à voir mon père une dernière fois, avant que lui et ma mère ne meurent en Italie ? Il a fait aussi vite qu'il le pouvait mais lorsqu'il est arrivé … »
Laurie ferma les yeux, et, laissant échapper un sanglot, Jo laissa sa main venir caresser la joue du jeune homme dans un geste de réconfort. La main de Laurie vint se poser sur celle de la jeune femme à son tour, et si, habituellement, elle se serait dérobée à lui, aujourd'hui, à ce moment précis, Jo soupira, doucement et se raccrocha à lui, de toutes ses forces.
