Encore un chapitre pour les quelques lecteurs qui suivent cette fic!

Un grand merci à toi Aiedail Choupette pour ton petit mot qui m'a fait très plaisir!

Chapitre 5

Peu importe que depuis quelque temps, leur relation ait pris un nouveau tournant étrange avec cette gêne si palpable entre eux, Laurie était son ami avant tout, et Jo lui donnerait tout le soutien possible dans une situation si terrible.

« J'étais le seul encore en vie, » Laurie continua, les yeux fermés, le visage décomposé, et Jo sentit la joue du jeune homme trembler sous ses doigts cornés par l'écriture.

« Voilà à quel point le vieil homme est borné ! Assez borné pour haïr une belle fille au point d'arriver trop tard au chevet de son fils mourant ! Il peut être un homme bon, oui, mais il est aussi impitoyable que la mort elle-même. »

Jo déglutit difficilement, essayant de concilier l'image du vieillard qui était son voisin, si bon, bien que bourru, à la peinture décrite par Laurie. C'était inimaginable, mais pourtant, elle savait que Laurie ne pourrait jamais mentir sur un sujet aussi douloureux.

« Teddy… », elle fit une nouvelle tentative pour le raisonner, le consoler, et son autre main vint se poser sur son visage glacé.

« Peut être que les choses n'iront pas si loin que vous ne le craignez. Votre grand-père ne fera pas deux fois les mêmes erreurs ! Il a du tirer les conséquences de son entêtement, ne pensez vous pas ? »

Mais Laurie se contenta de sourire, hochant la tête, ses doigts s'emmêlant à ceux de Jo, sur ses joues.

« En êtes-vous si sure Jo ? Vous savez à quel point les hommes de la famille Laurence sont bornés quand ils veulent quelque chose, et sur la façon dont ils veulent l'obtenir. Il nous est très difficile de renoncer au but que nous nous sommes fixés. »

Ses pupilles prirent une couleur sombre, intense, et Jo tenta désespérément de ne pas rougir en sentant les doigts du jeune homme serrer plus fors les siens.

« Très difficile… »

Jo tenta de prendre un air aussi détaché que possible pour répondre, même si ses joues étaient brulantes sous le regard qu'il posait sur elle.

« Oh, je sais par expérience à quel point vous pouvez être têtu ! Et ça ne m'a jamais intimidé ! »

Laurie éclata de rire, il avait enfin l'air plus heureux que quelques minutes auparavant, et, encouragée par sa réaction Jo continua plus sérieusement, dégageant doucement ses doigts de ceux du jeune homme qui ne sembla pas apprécier son geste.

« Et quand comptez vous partir en Europe, dites moi ? C'est bien beau de faire des projets, mais vous avez besoin d'un plan d'action, de concret, Teddy ! Où irez-vous ? Comment arriverez-vous à vivre ? »

« Et bien, je vivrai très très difficilement, du moins au début », Laurie admit, laconique. Mais, avant que Jo ne puisse intervenir et l'assommer de nouvelles questions, il continua, très vite.

« Mais je ne me plaindrai pas de souffrir pour mon art ! Apres tout, jusqu'à l'âge de 12 ans, avant que mon grand-père ne s'occupe de moi, je ne vivais pas vraiment dans le luxe. Mes parents étaient des gens formidables mais… et bien, nous ne croulions pas vraiment sous l'or et les diamants, et pourtant, nous étions parfaitement heureux. Je ferai ce qu'ils faisaient Jo ! Je parle assez bien français pour m'installer à Paris et tenter d'y gagner ma vie du mieux que je le pourrai, grâce à la musique. Je deviendrai l'apprenti de compositeurs là bas, et j'apprendrai tout ce que la trop traditionnelle Harvard n'a pas voulu m'enseigner. Je serai heureux de jouer du piano dans les saloons, et pour des réceptions privées, pour une paye décente et cela fait deux années que j'économise, pour que le jour où mon Grand-père me reniera, dégouté de la vie que je me suis choisi, je ne me retrouve pas totalement sans le sou. »

Il enserra le visage de la jeune femme, de plus en plus inquiète, entre ses larges paumes, et lui sourit paisiblement, comme si un de ses sourires pouvait suffire à apaiser les craintes de Jo.

« J'y arriverai Jo… je ne suis pas si naïf que vous le pensez quand il s'agit d'argent. »

Malheureusement pour Laurie, une telle phrase ne suffirait pas à convaincre Jo. Elle se mordit jusqu'au sang la lèvre inferieure, cherchant ses mots, essayant, pour lui, de sembler insouciante.

« Eh bien, nous verrons cela lorsque vous en serez réduit à attraper des rats pour votre déjeuner. »

Puis elle reprit, plus sérieusement :

« Et … nous ? Qu'allons-nous devenir ? Je vous dire… vous et m… ma famille ? Quand pourrez-vous nous donner de vos nouvelles ? Du moins par lettres…. »

Il fit un simple geste de la tête, et un froid glacial s'empara de la jeune femme.

« Je… je ne peux pas vous promettre quoique ce soit très chère…. »

Elle déglutit, péniblement, la gorge serrée : « Oh Dieu… Teddy… »

Tendrement, il passa une main dans les cheveux de la jeune femme, laissant ses doigts s'égarer dans une mèche qui s'était échappée de son chignon, et il approcha ses lèvres de sa joue, murmurant à son oreille : « Je n'en ai vraiment pas la moindre idée, Jo. Si mon Grand père fait ce que je suis presque sur qu'il fera… alors nous ne pourrons pas nous voir avant très, très longtemps. Je ne pourrai pas revenir aux Etats-Unis, et vous ne pourrez pas non plus vous permettre de venir me rejoindre. Nos lettres mettront certainement un long moment à parvenir à l'autre. Il y aura tout un océan entre nous… et comment savoir le temps que cela prendra pour que nous puissions le traverser ? »

Ces mots avaient été suffisamment difficiles à entendre une première fois, mais l'entendre répéter les mêmes paroles saisit davantage et plus brutalement encore Jo au cœur. Sans savoir quoi dire, quoi faire, elle le regarda, et même si elle savait qu'elle était imprudente, elle ne put s'empêcher de presser ses mains tremblantes sur le torse fort et rassurant de Laurie.

« Oh… Teddy ! »