Un nouveau chapitre les z'enfants.... on s'approche doucement mais surement de la fin... mais pas encore ;)

Bonne lecture!Et n'oubliez pas: me laisser une review c'est faire une bonne action! Alors soyez charitable! lol

Chapitre 6

Vite, presque désespérément, Laurie baissa la tête avant de reprendre la parole, les mots rapides et saccadés contre l'oreille de Jo.

« Et il n'y aura pas que cela qui changera Jo… Je ne serai plus riche, peu importe ce qui arrivera, très chère. Je ne pourrai rien donner à celle qui deviendra ma femme, ni diamants, ni jolies choses. Elle ne sera jamais la reine de soirées mondaines, d'ailleurs, je ne pourrai même pas l'amener à des soirées mondaines. Il faudra probablement qu'elle travaille, elle aussi. Je doute que les musiciens aient un salaire annuel mirobolant. Et elle ne pourra pas avoir de domestiques, non, même si je l'aiderai, du mieux que je le pourrai, elle devra être économe et faire attention à toutes les dépenses. Elle ne pourra pas avoir de beaux bijoux ou de riches vêtements, elle devra se faire à l'idée d'être la femme d'un illustre inconnu. Elle devra... »

Il était en train de babiller, de babiller… Comme si… comme s'il avait honte de la position précaire dans laquelle il se trouverait bientôt. Comme s'il ne parlait pas seulement à sa meilleure et plus vieille amie, mais à la jeune femme qui pourrait, un jour devenir….

Les pensées de Jo s'arrêtèrent là, son cœur battant la chamade dans sa poitrine. Et elle l'arrêta également, couvrant simplement de sa main la bouche de son compagnon, tremblant à la pensée des lèvres de Laurie sous ses doigts.

Et lorsqu'il la regarda à nouveau, ses yeux avaient pris une étincelle sauvage, joyeuse, si vivante qu'elle ne pouvait s'empêcher de vouloir reculer, se détacher, bégayer, le supplier…

Non, Teddy, Non ! S'il vous plait, ne faites rien, ne dites rien qui gâcherait notre amitié !

Mais elle ne pouvait pas ! C'était Laurie ! Laurie ! Son Laurie, celui qui était à présent prêt à tout quitter, à laisser derrière lui sa vie opulente à la poursuite d'un rêve si fragile. Son Laurie, qu'elle connaissait si bien, qu'elle aimait tant, et qui était le seul à comprendre ses propres rêves. Son Laurie, qui se montrait plus courageux qu'elle n'aurait jamais pu l'imaginer. Ce Laurie, son ami, celui qui la comprenait mieux que quiconque, la seule personne dans sa vie à voir l'art avec la même passion dévorante, le seul prêt à tout pour vivre de cette passion, comme elle avait toujours rêvé de le faire.

C'était Laurie… et même si elle ne pouvait pas l'aimer comme lui l'aimait, elle pouvait au moins le respecter assez pour lui laisser dire ce qu'il voulait tant lui avouer.

Elle le regarda, et réussit à conjurer un sourire tremblotant sur son visage :

« Que voulez vous vraiment me demander ? »

Il cligna des yeux, un peu incrédule, son visage fermé, sa respiration tournant courte sur la joue de Jo.

« Vous êtes sure que vous voulez vraiment que je sois si direct ? »

Pour des années… cette pensée raisonnait dans la tête de Jo alors qu'elle regardait ses mains serrer la chemise de Teddy entre ses doigts. Il sera peut être parti pour des années…

« Oui » affirma t'elle, parce qu'il était son ami, avant tout. « Je vous en prie, dites le moi. »

« Dans ce cas… » son torse sous les doigts de Jo se contracta. « Ce que j'essaye de vous dire, de vous demander c'est... est ce que… est ce que vous voudriez toujours épouser un homme si cet homme ne peut vous offrir tout ce qu'un mari doit vous offrir. »

Curieuse, bien malgré elle, elle risqua un coup d'œil dans sa direction.

« Et que doit pouvoir offrir un mari ? »

Jamais elle n'avait vu Laurie rougir auparavant, mais il était définitivement en train de rougir comme jamais, si le rouge se propageant sur ses joues, sur son nez était une indication.

« Il doit pouvoir subvenir aux besoins de la femme qu'il aime, il doit pouvoir s'assurer de son bonheur, s'assurer qu'elle ne manque jamais de quoique ce soit ! »

Jo ne put retenir un sourire, et plaça une main sur la joue de Laurie. «

« Et qui dont vous a mis en tête quelque chose d'aussi ridicule ? »

Sous le choc, Laurie rougit de plus belle, son regard quitta Jo, et il bégaya :

« Eh bien…. Je veux dire… il me semble simplement que… »

Elle étouffa un rire contre le menton de son ami avant de relever la tête pour le regarder, les yeux brillants de tendresse.

« Est-ce que c'était le cas pour vos parents, mon ami ? »

« Et bien…. Je… les choses étaient… différentes, je… »

Elle rit de plus belle, et lui demanda :

« Et est ce le cas pour mes parents ? »

Laurie ne semblait pas savoir quoi répondre, et il hésita, les mots butant dans sa bouche : »

« Je… Jo… jamais je ne me permettrais d'accuser votre père de…. De… »

Elle l'arrêta de nouveau, en plaçant sa main sur ses lèvres, et quand elle reprit la parole, sa voix était calme, elle n'avait jamais eu tant besoin de prononcer ces mots qu'elle murmura pour la première fois :

« J'aime mon père, Teddy… mais je suis assez grande pour reconnaitre ses défauts. Je l'aime, et je ne l'échangerais pour rien au monde mais… Je sais qu'il a rendu les choses bien difficiles pour ma mère pendant de longues années. Il ne correspond pas à la définition du mari idéal que vous m'avez donné, vous le savez. Pas lorsque j'étais enfant et… et même pas maintenant. Pensez vous vraiment que j'écris toutes ces histoires à quatre sous pour mon plaisir seulement ? »

Laurie ferma les yeux, regrettant presque ses paroles, craignant de l'avoir blessée sans en avoir eu conscience.

« Jo… »

« L'amour n'a pas besoin d'être parfait », lui murmura t'elle.

« L'amour doit être libre… C'est la seule chose dont un mari à besoin pour être digne d'une femme qui connait assez de choses pour n'avoir besoin de rien d'autre. »

Il prit une grande respiration, ses yeux prenant une teinte plus intense que jamais, envoyant des décharges dans tout le corps de Jo.

« Et qu'en est-il de cet homme qui ose aimer cette femme ? S'il sait qu'elle mérite bien plus qu'un pauvre musicien qui ne peut rien lui donner librement. »

Elle aurait voulu prétendre, au moins pour un temps, qu'elle ne comprenait pas ce qu'il était en train de dire. Tout aurait été tellement plus simple. Si elle s'écartait maintenant, si elle laissait ses mains quitter son visage, si elle détachait son regard du sien, et si elle faisait semblant d'être seulement en train de plaisanter. Si elle mordait sa lèvre et revenait sur le sujet de l'Europe, sans lui laisser la possibilité de dévoiler plus longtemps ses sentiments…

Mais elle était son amie ! Et elle lui devait d'écouter ce qu'il avait à lui dire. Il n'y avait pas d'autre alternative digne de cette amitié, d'eux.

« Que voulez vous vraiment me dire ? » demanda t'elle à nouveau, retenant son souffle.

« Je veux vous dire que je vous aime » répondit-il, avant de relever la tête, surpris de ses propres mots, comme s'ils étaient sortis de sa bouche avant même qu'il n'ait pu y réfléchir.