Titre : Clothes of Sand (Vêtements de Sable)
Auteur : Native
Résumé : Suite de "drabbles", OS, histoires (très) courtes, inspirées de diverses chansons, n'ayant pas forcément de rapports les unes avec les autres.
Rating :
Note : En espérant que cela vous plaise ! J'ai laissé l'écriture de côté trop longtemps pour me sentir prête à reprendre une pratique aussi assidue que celle qui requiert une histoire suivie – me revoilà donc avec quelques courts. J'espère qu'ils vous plairont.
Note 2 : Merci aux lecteurs, reviewer(s),… précédents, et aux futurs !
Note 3 : Inspiration et lyrics (en anglais dans le texte) – Clothes of Sand, Nick Drake (Time of No Reply)
BLACKLIST
CLOTHES OF SAND
Il y avait au fond de ses yeux la naïveté touchante d'un enfant, une étincelle, un rire, démenti par le pli amer de sa bouche et la facilité qu'il avait à manier l'acier. C'était un menteur, quand bien même la devise qu'il s'était choisie ne le lui permettait pas. Son jeu était rodé au point de s'y perdre lui-même, jusqu'au moment où, ayant quitté ses amis, collègues et relatifs, il se retrouvait dans la pénombre de son appartement, en prise avec l'habituelle et réconfortante solitude qui rythmait sa vie depuis la mort de Solo. Les jours passaient sur lui comme une brise, présents et vécus, mais pas réellement tangibles. Sa vie était une entité étrange qui ne semblait pas réellement là, comme si elle ne lui appartenait déjà plus, et parfois, il se disait que c'était sans doute vrai. Duo ne croyait plus en rien, pour peu qu'il ait jamais cru (mais il y avait - il y avait eu Solo).
Il avait toujours annoncé, avec une sorte de morbide fierté, croire en un Dieu de la Mort, parce « qu'il avait vu beaucoup de cadavres, mais aucun miracle », mais même cela était un mensonge magnifiquement ciselé, une dissimulation.
Rien ne lui importait plus en dehors de ses rêves. Il aimait à penser qu'il ne s'y réfugiait pas, qu'il ne les attendait pas avec impatience – une impatience contenue avec une maîtrise rare. Il acceptait toutes les invitations, et en lançait même quand il l'estimait nécessaire, parce que c'est ce qu'on attendait de lui. Il ne se hâtait pas en passant par la salle de bain et ne cherchait jamais à écourter son rituel du soir. Il ne refusait jamais rien à Heero, ni un moment, ni une caresse, même si cela signifiait retarder un repos bien mérité. Il travaillait tard, et parfois, ne dormait pas. Il ne laisserait pas ses rêves briser son acte, même s'ils étaient ce qui lui permettait de le maintenir, et ce bien qu'il se le niât farouchement la majorité du temps.
Même les acteurs de ce genre-là ont des moments de lucidité, même s'ils sont bien plus aux prises avec la réalité de leur condition que la majorité de ceux qu'ils côtoient. Ils essaient de les éviter, parce que ce sont les plus dangereux, ces instants-là, ceux qui motivent et conditionnent un coup de tête, une envie, celle de s'envoler, de voyager, peut-être. Partir vers un ailleurs lointain – On ne lui avait proposé, une fois. Il se souvient des mots murmurés à son oreille, des larmes qui ruisselaient contre son cou, de la manière dont ces bras l'enlaçaient et des mains désespérément refermées sur sa chemise. De cette supplication sous la forme d'un ultime aveu, de ces yeux verts à l'éclat vacillant, où brillait une étincelle de terreur, « Non, non, non…».
Mais ce n'était pas son masque.
OWARI.
