Gellert au pays de l'enfer... -Charis
Petit OS écrit à l'occasion du concours du premier avril organisé par le forum Harry Potter Write or Dream.
Harry Potter et son univers appartiennent bien évidemment à JKR, mais Gellert, les Kaiser, et l'univers tel qu'il est décrit ici appartiennent à Drakhus Von Carstein, allias kratos67 sur , et plus précisément à sa fic « Pour le Plus Grand Bien » que j'ai le grand plaisir de corriger, qui n'est pas encore publiée, mais qui promet^^… L'univers dans lequel évolue le personnage principal est inspiré d'Alice au pays des Merveilles...
Gellert au pays de l'enfer…
Il y a bien longtemps, depuis le balcon de la plus haute salle de la plus haute tour de la forteresse de Nurmengard, aux cachots craints de tout l'Empire, un homme dominait la marée humaine à ses pieds. Mille hommes au garde-à-vous devant leur chef, mille soldats qui formaient son régiment d'élite, mille fidèles guerriers prêts à tout pour servir le Plus Grand Bien.
Le vent glacial fouettait son visage, agitant ses cheveux blonds coupés court, tandis que les pans de son lourd manteau noir claquaient sur ses mollets. Son visage n'exprimait aucune émotion, juste une maitrise totale de la situation. Il avait étudié le rituel sous tous ses angles. Pour que ses soldats constituent les plus grands guerriers que la Terre ait connus, il devait faire appel à des forces supérieures. Ces êtres du malin, que certains appellent démons, au service de l'Innommable. Aujourd'hui était le grand jour.
Levant sa baguette au-dessus de ses hommes, il commença à incanter.
« Que ces hommes, qui se donnent à moi, deviennent mes plus féroces guerriers, que ma volonté devienne leur verbe, que mon ombre ne jamais ils ne cessent de vénérer, que pour le Plus Grand Bien ils ne soient que des pantins sous mes ordres. Qu'ils soient Kaiser. »
***
Mais ça, c'était il y a déjà plusieurs semaines. En ce premier avril 1934, Gellert Grindelwald traversait une forte crise existentielle. Qu'était devenue sa vie ? Il avait tout. Un empire, qui s'étendait de jour en jour. La gloire, la richesse, le pouvoir. Que demander de plus ? Mais pourtant, Gellert n'avait pas assez. Pour dire vrai, il s'ennuyait à mourir.
Ses soldats étaient les plus fidèles au monde, de vrais pantins… Peut être un peu trop. Où étaient passées les bagarres autour d'une bonne chope de bière, l'agitation, toutes ces petites choses si distrayantes ? Il adorait, auparavant, convoquer un de ses lieutenants pour le remettre dans le droit chemin après que ce dernier ne se soit fourvoyé avec une jeune fille du village d'à côté. Voir un puissant soldat contrit devant lui, lui donnait une impression de puissance, de maitrise. En réalité, Gellert souffrait d'un fort complexe de supériorité.
Il se servit un énième verre de vodka, puis le porta à ses lèvres, tout en s'enfonçant un peu plus dans son fauteuil. La soirée lui paraissait si longue… L'alcool adoucissait souvent son ennui, il lui donnait l'impression que le monde avait plus de saveur, des formes et des couleurs toujours changeantes, qu'il ne pouvait jamais tout à fait saisir. Mais ce soir, il n'arrivait même pas à s'enivrer. Ce premier avril lui rappelait cruellement que sa vie n'avait plus aucune saveur. Aujourd'hui, beaucoup avaient dû s'amuser, faire des blagues à leurs amis. Mais pas ses pantins de soldats. Ni lui.
Que faire pour mettre un peu d'ambiance dans la forteresse si calme ? Il en regrettait presque d'avoir invoqué le diable pour rendre ses hommes obéissants. Mais… Ne serait-ce pas l'Idée ? Qu'est-ce qui pouvait davantage mettre du piment dans sa vie que d'invoquer un démon ? Ou mieux : le Diable en personne. Après tout, il était connu pour être un grand farceur, il pourrait surement rendre ce premier avril intéressant.
Il se redressa vivement, titubant légèrement sous les effets de l'alcool, et s'ébroua comme pour les dissiper. Un tel sortilège demandait un esprit suffisamment clair pour éviter d'invoquer un… indésirable, un de ces esprits frappeurs capables de réduire l'œuvre de toute une vie à néant en l'espace de quelques secondes. S'approchant de son bureau, il se saisit d'un morceau de parchemin, et d'une plume de paon, les seules suffisamment dignes de sa personne pour qu'il accepte d'écrire avec. Il griffonna quelques mots, s'inspirant fortement du rituel pour rendre ses soldats fidèles, puis pointa sa baguette sur sa gorge, et prononça distinctement « Sonorus ! ». Le mot résonna dans la forteresse, et Gellert sortit sur son balcon.
- Kaiser ! Rassemblement !
Sous ses pieds, des centaines de soldats commencèrent à arriver, envahissant le domaine, s'alignant avec toute la discipline dont ils étaient capables, au garde-à-vous devant leur chef. Ce dernier les observa un moment, critique, malgré ses yeux dans le vague, avant de cracher sur le sol de dédain. Il allait leur apprendre à s'amuser ! Il allait leur apprendre, à leur insu, ce qu'était un vrai premier avril ! Le principe de ce jour de folie était que tous s'humilient… Pour son propre plaisir. Sans les informer de quoi que ce soit, il leva comme plusieurs semaines auparavant sa baguette au-dessus de la foule.
- Que ces hommes, qui se donnent à moi, deviennent les abrutis les plus distrayants que la terre ait porté, que ma folie devienne leur conscience, que mon rire devienne leur verbe, que pour le Plus Grand Bien ils deviennent en ce jour des fous, les artisans de mon amusement personnel. Que la réalité aujourd'hui se confonde.
Un nuage rouge recouvrit alors sa garde, mais aucun soldat ne broncha pour autant, trop disciplinés qu'ils étaient. Le nuage s'assombrit, puis descendit lentement vers l'armée, les enveloppant, comme pour les prendre au piège, les empêcher de fuir. Tout à coup, le nuage fit demi-tour et s'abattit violemment sur Gellert, qui laissa échapper un cri étranglé, alors que la masse rouge le percutait. L'obscurité l'entoura, et une voix sembla résonner à l'intérieur de lui.
- Tu m'as invoqué, humain, mais sais-tu réellement ce que tu as fait ?
Un rire surhumain lui transperça les tympans, et il se sentit aspiré vers le bas, comme s'il tombait de sa Tour. Mais la chute ne semblait pas vouloir s'arrêter, et bientôt, Gellert atterrit durement aux pieds de ses soldats. Un peu étourdi, il se redressa sur ses coudes, et toussa toute la poussière qu'il avait inhalée. Un éclat blanc attira son attention, au dessus de lui. L'éclat se déforma, se précisa, et s'étira en un horrible sourire en demi-lune. Bientôt, les dents commencèrent à s'agiter, comme des touches de piano, tandis qu'une petite musique aigrelette s'élevait. Puis les deux rangées de dents s'écartèrent, et un chant en sortit, à la manière des chanteurs d'opéra :
- Allez-vous bien Seigneeeeeuuur ?
Mais la seule réponse qui put sortir de la bouche du grand homme fut :
- Aaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhh !
Une pensée à la fois totalement folle et irrationnelle lui traversa l'esprit, sans qu'il n'en comprenne l'origine : il était tombé dans la tanière du lapin blanc.
Une main le saisit par l'arrière de son manteau, et le releva brusquement. Une fois sur ses pieds, il sentit ses jambes se dérober, et il manqua tomber en avant. Mais heureusement, il fut retenu par un… Un chat ?! Un horrible chat géant, rose aux rayures violettes, au sourire éclatant… Le sourire qui faisait de la musique ! Gellert se dégagea, et inspira bruyamment. Soit il était fou, soit…
- Soit tout le monde ici est fou, lui susurra une petite voix à l'oreille.
Le diable, une fois invoqué, ne se satisfaisait pas de rester en arrière plan. Pour lui, toute invocation était un spectacle, dont l'invocateur était l'acteur principal. Un acteur à qui il n'avait pas pris la peine de fournir le script…
- C'est un monde de divagations, les choses ne seraient pas ce qu'elles sont, car les choses seraient ce qu'elles ne sont pas.
Et ça y était : Gellert Grindelwald, le grand mage, s'arrachait par poignées ses cheveux si soigneusement coiffés autrefois, sans se soucier du mal qu'il avait eu à les refaire pousser à coup de potions interdites lorsque sa calvitie avait commencé.
Gellert s'enfuit à toutes jambes, droit dans sa garde de Kaiser dont les soldats s'écartèrent sur son passage. Au milieu de cette foule qui le fixait impassiblement, il se rendait soudain compte de sa taille ridiculement petite. Tous l'entourèrent, et il eut alors l'impression que des murs se refermaient sur lui. S'il avançait, les murs en question le laissaient passer, mais alors, il ne pouvait plus faire demi-tour. Il était entré dans un véritable labyrinthe vivant, un labyrinthe sans sortie, car tous ses soldats se penchaient sur lui, menaçant de l'étouffer…
Alors qu'il courait en tous sens, essayant de trouver une issue, ses soldats entamèrent un chant d'encouragement :
« Courez, courez, tant que vous le pouvez,
Le Diable vous poursuit avec ses démons,
Courez, courez, tant que vous le pouvez,
Si vous vous retournez, ils vous rattraperont !
Courez, courez, tant que vous le pouvez,
Parce que si vous vous arrêtiez, vous en mourrieeeeez ! »
Terrifié, il essaya d'attraper sa baguette. C'est alors qu'il se rendit compte de sa disparition. Il était fichu.
Soudain, un bras l'extirpa de ce bourbier, et il se retrouva étrangement dans les cuisines de la forteresse, lieu d'ivresse où ses soldats passaient autrefois leurs nuits. Aujourd'hui, et depuis le serment, ils ne se laissaient plus aller à de si basses activités, ne s'y rendant qu'à l'heure des repas, et leur maître, blasé, y avait entreposé sa réserve personnelle de vodka. Parcourant la pièce du regard, il se dit que finalement, il n'était pas trop mal tombé. Au moins, ici, il était en sécurité. Il se dirigea vers la cave où il entreposait les bouteilles, mais s'arrêta, la main sur la poignée de la porte, en entendant un chant s'élever. Encore un maudit chant dans ce monde de fous !
« Peignons cette eau en rouge
Du plus éclatant des rouges
Il faut les peindre coûte que coûte
Sans en perdre une goutte »
- Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire, encore ? demanda Gellert à haute voix, tout en ouvrant violemment la porte, qui cogna contre le mur.
Face à lui, ses employés de cuisine, portant une livrée noire et blanche, un trèfle imprimé sur le devant de l'habit, tenait des bouteilles d'eau minérale dans leur main gauche, tandis que de la droite, ils repeignaient l'étiquette à l'encre rouge, écrivant « VODKA » là où autrefois on pouvait lire « Eau minérale ». Alors qu'une horrible prise de conscience l'assaillait, les cartes… Pardon, les employés se tournèrent vers lui, un air contrit sur le visage.
- Et maintenant, fit l'As de trèfle, vous allez nous trancher la tête ?
Gellert le fixa dangereusement, attrapant un couteau de cuisine suspendu à un crochet, au mur.
- Disons que vous avez tout intérêt à courir très vite…
Les employés commencèrent à courir en rond, les bras levés au ciel, en hurlant. Gellert prit son visage entre ses mains, exaspéré, et sortit de la pièce, claquant la porte derrière lui. Il avait provoqué le diable, et le diable se jouait de lui. Apparemment, le premier avril se fêtait aussi dans le monde souterrain. Une seule solution : sortir et l'affronter, quitte à mourir, comme un homme.
Il traversa les couloirs de pierre de la forteresse, un air déterminé peint sur le visage. Quiconque se serait retrouvé sur son chemin aurait paniqué, se serait effondré de frayeur. Quiconque, humain, animal, esprit frappeur… Mais serait-ce le cas du diable ? Cela était bien la dernière préoccupation de Grindelwald. Il se battrait jusqu'au bout. Il atteignit la porte d'entrée de son domaine, celle qui donnait sur la cour où s'entassaient encore ses soldats, formant un demi-cercle autour de l'entrée, comme pour décourager Gellert de tenter une fuite.
L'homme remarqua immédiatement que le soleil éclairait son armée, alors qu'il devait être pratiquement minuit. Lorsqu'il sortit lui-même, pourtant, l'obscurité se fit autour de lui. Plus il avançait, plus l'obscurité le suivait. Encore une fantaisie du Seigneur de l'Ombre. Le jour des fous, il faisait tout à l'envers. D'ailleurs, il se tenait au centre du demi-cercle, sous sa forme humaine, et le contemplait fixement.
Gellert s'arrêta brutalement. Le diable avait pris la seule forme susceptible de l'effrayer : celle d'Albus Dumbledore.
- Alors comme ça, commença la douce voix de son ancien ami, tandis que ses yeux rougeoyaient, tu te sens capable de t'opposer à moi, Gellert. Et Pour le Plus Grand Bien, je parie, hein ?
Le diable rit doucement, faisant tressauter la ridicule barbe blanche de son ennemi. Furieux qu'il détourne ainsi son dogme, Gellert découvrit ses dents, et se rua vers le diable, hurlant à pleins poumons… Avant de percuter le mur de sa forteresse de plein fouet. Des milliers de rire s'élevèrent, celui de Dumbledore surpassant tous les autres. Le diable avait trouvé le moyen d'inverser les directions, et lorsqu'il essayait d'aller à droite, il se retrouvait à courir vers la gauche. S'il voulait aller de l'avant, ses pieds faisaient demi-tour.
Il comprit que son heure était arrivée. Il contempla le couteau de boucher, dans sa main inerte. Grindelwald n'était pas homme à mourir ainsi, sous les quolibets. Autant en finir vite, et proprement. Il porta le couteau à sa gorge, et appuya doucement. Tout à coup, ce dernier se transforma en sable sous ses doigts.
- Mais… Que…
- Tu croyais que j'allais te laisse me gâcher le plaisir si vite, Gellert ? souffla Dumbledore, d'une voix légèrement réprobatrice. Non… Il est minuit, le jour des fous est fini. Je te réclamerai mon dû, mais pas tout de suite. Tu as une dette envers moi, et je saurais te la rappeler.
Le diable disparut dans un nuage de fumée, et Gellert tomba lentement dans l'obscurité salvatrice…
Le lendemain, il se réveilla assis à sa table de travail, la tête posée sur une carte de l'Allemagne. Un horrible mal de tête le saisit alors que les événements de la veille lui revenaient en mémoire ; avait-il vraiment fait ce rituel maudit ? Le diable était-il réellement intervenu ? Sans doute un excès de vodka. Il secoua la tête. Il devrait peut être songer à changer de marque. Saisissant une bouteille vide, il la jeta violemment au sol. Elle se brisa en trois morceaux, retenus par l'étiquette, une étiquette toute simple, sur laquelle on pouvait lire, en lettres rouges qui bavaient légèrement, « VODKA ». C'était décidé, à partir d'aujourd'hui, il allait devenir aussi abstinent que sa garde personnelle.
***
Le temps passa, et Gellert oublia presque tout de l'incident. Pourtant, après du duel historique qui l'opposa à Albus Dumbledore, en ce premier avril 1945, il eut tout le temps d'y repenser, du haut de sa forteresse de Nurmengard, enfermé dans ce qui fut son cabinet de travail pendant la guerre. Il se souvint alors de l'éclat rougeoyant qu'il avait eu l'impression de voir dans les yeux de son ennemi, et de la peur qui l'avait saisit à ce moment-là. Alors, il fermait les yeux, et revoyait dans sa tête un chat grimaçant, au sourire en dents de piano, qui riait à lui en percer les tympans. Peut être, ce jour-là, le diable était-il venu prendre son dû. Son emprisonnement constituait-il sa damnation ? Si c'était le cas, elle n'avait rien de ce qu'en disaient les grimoires, qui mettaient en garde contre les invocations de démons.
Souriant, il se tournait alors vers la seule fenêtre que ses geôliers n'avaient pas condamnée, et observait le ciel au travers des barreaux. Un petit chant s'élevait de ses lèvres :
« Courez, courez, tant que vous le pouvez,
Le Diable vous poursuit avec ses démons,
Courez, courez, tant que vous le pouvez,
Si vous vous retournez, ils vous rattraperont !
Courez, courez, tant que vous le pouvez,
Parce que si vous vous arrêtiez, vous en mourrieeeeez ! »
FIN...
* a juste un peu pété un plomb. Ou deux, au choix*
