L'épouvantable journée - Lemon Deliquescence
Concours du premier avril
Disclaimer : Les personnages appartiennent à J.K. Rowling
Thème choisi : La vendetta sur un professeur menée par un autre professeur
POV : Alternance entre Remus et Severus
Rating : T
L'épouvantable journée
Depuis la fin de la guerre, Severus s'était toujours senti comme chez lui à Poudlard. Néanmoins, ces dernières années, l'atmosphère du château avait changé. Jusqu'à l'arrivée de Potter dans l'établissement, il avait eu la fierté d'avoir la Coupe de Quidditch dans son bureau et chaque année se terminait par un banquet en l'honneur des Serpentards. Ses élèves avaient gagné la coupe des Quatre Maisons durant une décennie. L'affreux gamin avait pratiquement réussi à lui voler son trophée de Quidditch et Severus pressentait que cette année, Harry Potter y parviendrait. Cela faisait déjà deux pénibles années que Minerva se pavanait avec ses victoires pour la Coupe des Quatres Maisons. Elle allait devenir insupportable de prétention.
Pourtant, il aurait pu accepter cette situation, après tout James Potter avait fait de même dans son temps et on ne pouvait vaincre la fatalité. Sincèrement, il aurait pu vivre avec ses défaites. Mais Dumbledore avait rajouté de l'huile sur le feu. Non content de lui refuser chaque année le poste de professeur de défense contre les forces du mal, il l'avait donné à Remus Lupin.
Severus enrageait rien que d'y penser. Cet espèce de loup-garou puant frimait avec SON poste ! Et en plus il devait lui préparer une potion Tue-Loup tous les mois. Il avait souvent eu la tentation de changer les dosages pour que son ancien ennemi soit incapable de donner des cours pendant plusieurs semaines. Ce n'était ni la morale, ni même la crainte du directeur qui l'arrêtaient. C'était l'orgueil. L'idée que ses collègues penseraient qu'il a raté une potion lui était cauchemardesque.
L'arrivée de Lupin n'avait pas été calme. Il avait cru que le pire était passé avec l'humiliation de l'épouvantard : il s'était moqué de lui avec Neville Londubat en lui faisant porter des vêtements de grand-mère. Mais Lupin s'était excusé et lui avait dit que ce n'était pas sa faute si la plus grande peur du garçon était son professeur de potions. Et comme un imbécile, il avait passé l'éponge.
Au fil des semaines, il avait baissé sa garde et ses rapports avec le monstrueux professeur s'étaient améliorés. Il aurait dû se méfier. C'était un salaud de Gryffondor, stupide et égoïste. Rien que de repenser à la trahison de Lupin, il avait envie d'exploser. Il n'avait rien pu dire devant l'enfant mais il se vengerait.
Il avait surpris Potter avec un vieux parchemin qu'il devinait être un moyen pour sortir de l'école. L'insolent gryffondor faisait fis de tout ce que le monde sorcier faisait pour lui : il sortait en douce se balader à Pré-au-Lard alors que Sirius Black cherchait à le tuer. Quel imbécile.
Quand il avait voulu révéler ce qui était caché sur le morceau de papier, des phrases étaient apparues. Des insultes. Les mêmes que celles que lui lançaient Black et Potter durant leur adolescence. Et puis il y avait ces surnoms : Queudver, Patmol, Cornedrue et Lunard. C'était eux. Ces enfoirés arrivaient encore à lui pourrir la vie, vingt ans après !
Enragé, il avait appelé Lupin par cheminette. Le traitre avait joué l'indifférent face à lui et les deux gosses. Il avait eu le culot de garder le morceau de parchemin et il avait emmené les deux gryffondors avec lui avant que Severus n'ait pu les interroger de manière plus poussée.
Le professeur de potions voulait sa revanche. Il avait cru bêtement qu'après tout ce temps, leurs rapports deviendraient cordiaux. Et puis Lily adorait Lupin.
Il avait eu tort.
Il se prit la tête entre les mains et poussa un cri d'exaspération. En se redressant son regard accrocha le calendrier sur son mur. Bientôt avril.
Il sourit d'une si mauvaise façon que les personnages du tableau qui ornait la pièce glapirent et s'enfuirent au fond du paysage. L'homme ténébreux s'en fichait comme d'une guigne. Il savait maintenant ce qu'il avait à faire.
Durant toute sa scolarité, Potter et sa bande de sauvages s'étaient acharné sur lui, en particulier le premier avril. Ce jour-là, les règles de l'établissement scolaire devenaient caduques et presque tout était permis. Si quelques malheurs arrivaient à Lupin ce jour-là, et bien il suffirait de blâmer des élèves farceurs. Les jumeaux Weasley feraient de parfaits coupables.
Il se frotta les mains. Remus Lupin allait regretter sa traitrise, et il quitterait le poste de professeur de défense contre les forces du mal que Severus voulait tant.
*-*
Remus Lupin ne passait pas une bonne journée. Il était toujours dans un état de nervosité depuis qu'il était arrivé dans l'école. Dumbledore l'avait embauché aussi bien pour faire cours que pour protéger Harry Potter d'une éventuelle attaque de Sirius Black. Ce salaud connaissait le château comme sa poche et sa forme d'animagus le rendait presque introuvable. Le loup-garou se maudit pour sa lâcheté. Il devrait en parler au corps enseignant mais il se sentait incapable de trahir ce secret. Malgré tout, il avait toujours eu un doute quant à la culpabilité de Sirius. Il ne pouvait pas croire qu'il voulait vraiment tuer Harry. Certes il avait pénétré le château, saccagé un portrait et mis en pièce le lit de Ron Weasley. Mais il connaissait suffisamment les talents de cet homme pour savoir que tous ces actes n'étaient rien. Si Sirius voulait tuer Harry, cela aurait déjà été fait.
Il trébucha et s'étala de tout son long. Il jura et se releva tant bien que mal. C'était le quatorzième tapis qui lui faisait un croche-patte. Il maudissait le premier avril de toute son âme. Il avait passé la matinée à se cogner et à tomber, dès qu'il mangeait ou buvait il avait la langue brulé tantôt par des jus d'orange bouillait, tantôt par des scones glacés. Il ne savait pas qui en était la cause, mais dès qu'il le saurait il allait passer un sale quart d'heure !
Une armure s'effondra sur lui et il mit quelques instants à se relever. Totalement sonné, il reprit sa route vers sa salle de cours. Il avait cours avec les gryffondors de cinquième année. Il appréhendait un peu. Les jumeaux Weasley étaient dans sa classe. Il espérait fortement que les adolescents n'auraient pas la stupidité de lui faire une mauvaise blague.
Lorsqu'il entra dans la salle, rien de notable lui sautait aux yeux. Il vit que les étudiants étaient déjà installés. Rusard leur avait ouvert la salle. Le professeur se blâma pour son retard et monta sur l'estrade. Il y eut comme un craquement puis il se trouva cerné par une multitude de petites lunes. Elles tournaient sur elle-même insolentes et blafardes. Ses jambes tremblèrent et il recula.
Il y eu comme un frémissement parmi les élèves. Les lunes se rapprochèrent et il avait l'impression que sa peau le démangeait. Pas ici, pas maintenant. Sa terreur la plus profonde ressurgit. Il ne voulait pas se transformer en monstre. Il jeta un regard désespéré vers les enfants. Il pria intérieurement. Ses vêtements lui paraissaient trop étroits et ses articulations commencèrent à lui faire mal. Les gryffondors le fixaient, inquiets. Puis l'un des jumeaux Weasley se leva d'un bond de sa chaise et son frère le suivit aussitôt.
« Riddikulus ! » crièrent les deux rouquins d'une même voix. Aussitôt les autres étudiants se levèrent et leur prêtèrent main forte. Remus réalisa brusquement que ce n'étaient que des épouvantards. Il soupira de soulagement et aida ses élèves à éradiquer les créatures maléfiques.
Quand la salle fut enfin déparasitée, un silence inconfortable s'installa. Le professeur se sentait encore retourné par la terreur sourde qui l'avait envahi. Il se sentait humilié et furieux. Qui avait osé faire une farce aussi cruelle ?
« Maintenant que tout est calme, j'aimerais savoir qui a eu la brillante idée d'infester ma salle de classe d'épouvantards ? »
On pouvait entendre les respirations des élèves, tous attendant la suite.
« Messieurs Weasley, connaissant vos goûts pour les pitreries, auriez-vous quelque chose à dire ? »
Les deux garçons lui jetèrent un regard confus. Soit ils étaient innocents, soit ils jouaient très bien la comédie.
« Personne n'est venu dans cette salle depuis que je l'ai fermé après mon dernier cours de la matinée. Il y a un sortilège qui empêche les élèves d'y entrer en douce et je doute fortement qu'un membre du corps enseignant puisse faire un acte aussi stupide et dangereux. Le ou les coupables sont ici. Si vous vous dénoncez tout de suite, la sanction sera diminuée.»
Les respirations se firent plus laborieuses. Tous se tournaient inconsciemment vers les frères Weasley. Remus eu un rictus.
« Alors ? »
Le silence des gryffondors l'agaça.
« Personne ? Sortez vos baguettes et posez-les sur votre bureau. On verra bien qui est coupable. Pour attraper un épouvantard sans le tuer, il faut un sortilège spécifique uniquement utilisé pour cela. »
Il vérifia toutes les baguettes et naturellement seules celles des jumeaux se révélèrent positives. Les adolescents clamèrent leur innocence et si Remus n'avait pas fait lui-même le test, il y aurait réellement cru. Mais les preuves étaient incontestables. Il leur donna une punition exemplaire et termina la journée dans une sensation désagréable.
Il raconta sa péripétie le soir, à la table des professeurs. Ce fut le léger rictus de Severus Snape qui insinua en lui un sentiment d'incertitude. Il repoussa l'idée saugrenue et n'y pensa plus. Le professeur ne potions n'oserait pas faire une chose si cruelle et si dangereuse, non ?
*-*
Severus se versa un verre de whisky et s'installa confortablement dans son fauteuil. Il sirota sa boisson dans la bonne humeur. Remus Lupin n'avait certes pas craqué et dévoilé sa condition de loup-garou, mais dans l'ensemble le plan avait été parfait. L'ex-gryffondor avait eu la terreur de sa vie. Il sourit franchement et termina son verre. Ca apprendra à ce salaud. On ne se moque pas de Severus Snape impunément.
