RIGHT ?

Blabla d'auteur :Bonjour à vous chers petits lecteurs ! Comment ça va bien ? Bien ou bien ? Bien ?! Bien !

Le chapitre deux tout beau tout chaud pour votre plaisir le plus total !

Bon je dois avouer que vous m'avez salement déçue, personne n'a reconnu la référence avec le mustélidé carnivore. J'hésite à continuer d'écrire. A quoi bon, c'est donner de la confiture à des cochons incultes ! Mais comme l'incultisme (mais oui ça existe) n'est pas incurable, je me propose de vous soigner =) La référence était une citation d'un épisode du Donjon de Naheulbeuk (Episode 25)

Nain : Ca ne t'intéresse pas de savoir si on va crever là, dévorés par les furets ?
Paladin : Pas vraiment, non.
Elfe : Les furets ne dévorent pas les gens ! Ce sont des mustélidés carnivores qui...
Nain : Hé, lâche-nous la bourse, avec tes définitions
!

Oui, la grande classe. Pour ceux qui ne connaissent pas (apparemment 99% de mon lectorat pour pas dire 100, je suis trop dégoutée =P), le donjon de Naheulbeuk est une saga MP3 qui raconte l'histoire d'une bande d'aventuriers complètement nuls qui font une quête complètement foireuse :) C'est une parodie des jeux de rôle, de Tolkien et de tout ce qui est héroic fantasy, avec quête donjon troll et l'éternelle gueguerre entre le nain et l'elfe. Pas besoin d'être fan d'héroic fantasy/Tolkien/JDR pour aimer (je n'aime aucun des trois, la preuve =) ) Tordant, mythique fabuleux, que du bonheur, grosse poilade, et des bons souvenirs aussi pour ma part. Bref géantissime ! Et comme je suis généreuse, voila le moyen pour télécharger les épisodes et vite vite vite combler ce trou béant dans votre culture ! C'est bien entendu gratuit et légal (et oui, c'est possible :) ), alors téléchargez les premiers épisodes et écoutez, vous ne serez pas déçues promis ! Satisfait ou remboursé !

Vous allez dans Google, vous tapez « Naheulbeuk dowlnoad » et le premier lien est la porte du paradis :) Non ne me remerciez pas, c'est tout naturel d'aider les plus démunis.

Pour en revenir à la raison de votre présence, parlons fiction. Je suis contente, les quelques maigres reviews que j'ai reçues sur le premier chapitre laissent à penser que cette fiction vous plait, résultat cependant à confirmer dans ce deuxième chapitre donc n'hésitez pas à dire que vous aimez, ça ne vous coute pas grand-chose et ça me rassure sur mes doutes ! Et si vous n'avez pas aimé, dites le aussi, c'est toujours constructif :)

Ce chapitre est assez long, et je l'aime bien, vraiment vraiment ^^. Pas mal de notes, un peu pour bavarder et un peu pour expliquer mes sources d'inspiration, là où je vais chercher les noms et les musiques. J'espère que vous apprécierez. Drago affronte la liberté et les ravages de la prison, sa culpabilité et son passé aussi. Enfin vous verrez. J'espère réussir à vous faire passer ce que je voulais dans ce chapitre. Je verrais dans les reviews :)

Bonne lecture !

Disclaimer : Harry, Drago, Voldemort et tout ce qui va avec, ainsi qu'Azkaban appartiennent comme toujours à JKR. Les deux chansons que je cite/évoque dans ce chapitre appartiennent à leur auteur. Fluffy et le jardinier m'appartiennent. Ils sont miens, et je peux en faire tout qu'est-ce que je veux mouhahahaha ! Mes créatures ! My precious… Ahem

Fond Musical Proposé : J'ai tapé dans la playlist déprime pour aller avec le ton un peu triste de ce chapitre. The Scientist de Coldplay, tout le monde connait mais ca fait pas de mal de revoir ses classiques. Et puis le piano c'est carrément à sa place avec ce texte. Si on aime le piano, rien que le piano, et qu'on aime la déprime, il y a toujours Chopin et sa Tristesse.

Once again, je propose tu disposes, petit lecteur zélé.


DIALOGUE AVEC MON JARDINIER (1)

Il se garda cependant bien de montrer son désarroi, et se dirigea sans un mot vers les différentes portes fermées, signalant ainsi à son hôte qu'il pouvait disposer et vaquer à ses occupations. Le brun repartit effectivement, laissant Drago visiter son nouveau domicile temporaire.

Le blond, qui sentait la fatigue le gagner, s'épargna la visite du placard et du grenier, pressé d'en finir. La salle de bain n'avait rien à envier à celle de Harry à l'étage en dessous, étant grande et lumineuse. Cinq ans sans prendre un bain. Drago décida qu'il devait vite remédier à cela, et se promit de faire cela dès qu'il aurait fini de visiter les chambres.

La première était une chambre violette, avec une frise florale peinte en haut des murs. Un lit deux places aux draps lilas coordonnés au papier peint se trouvait au centre de la pièce, et contre les murs se trouvaient un petit bureau, une étagère comportant quelques livres pour occuper les invités, et une commode en bois clair surmontée d'un miroir. Aux murs, des peintures représentant des bouquets de fleurs ou la plage. Un peu trop féminine pour lui, définitivement.

La pièce suivante, plus à son gout, contenant un lit deux places en bois noir, d'un style assez contemporain, et les murs étaient d'un vert pâle sobre. Une armoire impressionnante aux portes vitrées et un secrétaire en bois noir complétaient la pièce dans un style sobre et design. Aux murs, des tableaux plus contemporains en noir et blanc, et des photographies d'art, également en noir et blanc. Il appréciait définitivement plus cette pièce. Il décida de jeter tout de même un œil à la troisième pièce, pour la forme.

La troisième chambre, au bout du couloir lui résista : la porte semblait coincée. Après un petit coup d'épaule, elle se décoinça, et Drago se retrouva dans une pièce très surprenante, détonnant nettement avec les deux précédentes : cette chambre était en mansarde, et bien plus petite que les autres. Les murs étaient bleus, d'un bleu doux et apaisant, et des tableaux aux couleurs tendres représentant des sous bois ensoleillés et une prairie fleurie traversée par un petit ruisseau peinte sous différents angles ornaient les murs. A la place d'une fenêtre standard, le mur était ici percé d'une large baie qui donnait sur l'arrière de la maison, avec le jardin et un bois touffu qui semblait s'étendre au delà des limites du domaine de Potter. Un lit d'une place était collé au mur, faute de place, car une grande étagère qui croulait cette fois sous les livres, une armoire et un bureau couvert de feuilles de papiers, de crayons divers et de pinceaux prenaient toute la place.

En s'approchant du bureau qui était placé devant la fenêtre, Drago vit des dizaines d'aquarelles et de croquis divers, représentant le panorama, des gens inconnus, Fluffy, ou bien surtout des anciens élèves de Poudlard tels qu'ils étaient alors. Drago fut particulièrement impressionné par un croquis le représentant avec une grande virtuosité. Le trait était certes un peu brouillon, coup de crayon d'un autodidacte qui n'avait aucune base en esquisse, mais le rendu était stupéfiant, vivant. Il faisait son habituelle grimace condescendante, et le blond ne put retenir un sourire devant cette image aussi réaliste qu'une photo, avec cette mimique si caractéristique, signée Drago Malefoy.

Dans la bibliothèque s'alignaient des livres sur la peinture, le dessin, des livres de photographies divers, des livres sur l'art, la sculpture… Drago découvrait là une facette du brun qu'il n'avait jamais soupçonné : le Survivant, ce Gryffondor entêté et fonceur, brusque et maladroit, qu'il avait toujours pensé dépourvu de profondeur, était un artiste.

Cette chambre avait une âme, elle était très différente des deux autres. Alors que les chambres d'amis précédentes n'étaient visiblement jamais visitées, Drago sentait qu'Harry avait passé des heures ici, peignant, dessinant, et probablement lisant. Etrangement, il ne put se résoudre à quitter la pièce : ça allait être sa chambre, même si elle était plus petite, même si le lit semblait moins confortable.

« Qu'est-ce que tu fais là, Drago ? »

Drago sursauta et se retourna, lâchant le croquis qu'il tenait encore, un peu coupable de s'etre octroyé le droit de fouiller. Il tenta de répondre avec ironie, pour dissimuler sa gêne :

«C'est toi qui m'a ramené chez toi, dans ton horrible voiture bleue, tu te souviens ?

‒ Soit pas bête. Je te demandais ce que tu faisais ici, dans cette pièce.

‒ J'ai le droit de choisir la chambre que je veux, c'est bien ce que tu as dis non ?

‒ …Tu choisis celle-ci ?

‒ Pourquoi pas ?

‒ Parce que j'aurais pensé que tu chercherais une chambre plus spacieuse, comme la chambre verte par exemple et…

‒ Celle-ci me convient mieux. »

Harry, un peu décontenancé, hocha la tête.

« Tiens, je t'ai ramené ton sac, ainsi que des serviettes propres que j'ai laissé dans la salle de bain. Si tu as besoin de vêtements ou de n'importe quoi d'autre, demande-moi. Attends, je vais débarrasser ce bureau...

‒ Non !...Non laisse ça comme ca. Je trouve ça agréable. On sent que cette chambre a été habitée. Tu pourras y revenir quand tu veux pour peindre.

‒ C'est gentil mais j'ai déjà mon atelier pour ça.

‒ Un atelier ?

‒ Oui, une petite pièce attenante à la salle de jeux. Tu as refusé d'y rentrer parce qu'il y avait trop de truc de moldus alors je n'ai pas insisté.

‒ Tu fais quoi dans ton atelier ?

‒ Et bien… Je… je peins par exemple. Je dessine. Je m'occupe quoi. »

Drago le contemplait comme s'il ne l'avait jamais vu. Harry Potter, Harry je-fonce-et-je-réfléchis-après Potter, ce Harry était vraiment l'artiste qui était en train de danser d'un pied sur l'autre d'un air embarrassé ?

« Tu peins quoi?

‒ Je sais pas… Tout et rien. Ces croûtes là par exemple. »

Il désigna d'un geste vague les tableaux aux murs. Drago continua à remuer les papiers sur le bureau, s'émerveillant sur l'étendu du talent du brun. Il trouva soudain une feuille très sombre, peinte à l'aquarelle avec des nuances de gris et du noir. Il ne sut dire ce que cela représentait exactement, deux silhouettes brumeuses enlacées apparemment, mais aussitôt qu'il la vit, son cœur se serra sans qu'il sache trop pourquoi. Soudain, le brun lui arracha la feuille des mains.

« Ecoute Malefoy, je t'héberge avec plaisir et tu peux prendre cette chambre si tu veux, mais s'il te plait, respecte certaines limites. »

Embarrassé, le Gryffondor rougissant rassembla tous les dessins avec des gestes empressés. Drago s'en voulu d'avoir été indiscret.

« Désolé. Je vais prendre la chambre verte. Je n'aurais pas dû. De toute façon, je partirais demain.

‒ Non ! Non. Tu restes. C'est ma faute, j'aurais dû mieux ranger. Reste, s'il-te-plait. Voila, je vais juste ranger ça, et cette chambre est la tienne. Désolé. Va te détendre dans un bain si tu veux, je t'appellerais dans deux heures pour manger. Cet après-midi, je te laisserais seul, j'ai un travail de dernière minute à faire. Oh, et le jardinier sera là vers 15h alors ne t'inquiètes pas si tu vois un mec louche dans le jardin ! »

Avec un dernier sourire d'excuse, il sortit précipitamment, ses bras chargés de feuilles. Drago se retrouva seul dans sa nouvelle chambre, se sentant stupide. Une feuille tombée au sol sous le bureau attira son regard. Il la ramassa et dû s'assoir sur le lit. Il était face à lui-même plus jeune, riant aux éclats. Il semblait détendu, serein, presque heureux. Il ne se rappelait pas voir jamais eu cette expression, mais il n'y avait aucun doute que le brun l'avait représenté de mémoire, car il reconnaissait ses fossettes. Quand avait-il pu avoir l'air si insouciant, si jeune, si…normal ?

Il se leva, le dessin toujours à la main, et il alla jusqu'à la salle de bain, mû par un désir masochiste brusque. Il affronta, pour la première fois depuis cinq ans, son reflet. Il posa le croquis sur le rebord du lavabo et se mit mécaniquement à enlever ses vêtements, son regard ancré dans celui, vide et dur, de son jumeau. Ses yeux étaient enfoncés dans leur orbite, un peu vitreux, ayant perdu leur éclat. Ses cheveux dont il était si fier étaient en piteuse état, mal coupés, abimés, ternes. Ses lèvres étaient gercées et pâles. Sa peau blafarde était tirée sur ses pommettes anormalement saillantes, soulignées encore par ses joues creuses. Il n'avait jamais été musclé, mais en enlevant son pull, il trouva son torse considérablement amaigri, ses côtes saillantes, de même que ses hanches. Ses bras étaient maigres, il ressemblait à une mante religieuse géante et se dégoutait. Lui si fier de son corps avait perdu tous les attributs de sa beauté qu'il chérissait tant.

Il dut se mordre la lèvre inférieure pour ne pas crier, mais cela ne suffit pas à contenir le raz-de-marée émotionnel qui le submergeait soudain. Un haut-le-cœur le força à détourner les yeux et il se laissa tomber à genou devant la cuvette des toilettes derrière lui. Pour la première fois depuis de très nombreuses années, le barrage cédait, son cœur saignait librement dans sa poitrine tremblante, et il sanglota, penché sur la porcelaine tachée, le goût de la bile et du sang se mêlant dans sa bouche.

Il avait laissé la porte de la salle de bain ouverte et Harry, à l'étage en dessous, avait entendu et montait maintenant quatre à quatre les vieux escaliers. Le blond, qui refusait d'être vu en cet instant si intime, où il était si vulnérable, se leva d'un bond et claqua la porte au nez de son ennemi d'autrefois, fermant à clé. L'Elu de l'autre côté de la porte tambourinait, l'inquiétude faisant trembler sa voix alors qu'il suppliait Drago de le laisser entrer. Celui-ci tenta de ravaler ses sanglots, et dit d'une voix enrouée :

« Ca va aller Potter. Je peux prendre un bain tout seul. »

Les coups s'arrêtèrent, et un silence de mort se fit. Il l'entendait derrière la porte, grognant de frustration, et soudain le brun donna un violent coup de poing dans le panneau de bois, faisant sursauter le Serpentard qui s'y appuyait pour ne pas tomber tant ses jambes tremblantes menaçaient de céder sous son poids. Enfin, il entendit le Gryffondor abandonner et faire demi-tour en soufflant comme un bœuf, résigné cependant à ne pas forcer les défenses du blond, ce qu'il aurait pu faire sans le moindre effort. Drago, reconnaissant, à bout de force, se laissa glisser le long de la porte, jusqu'à se retrouver assis contre le carrelage glacé. Ce contact le rassura bêtement, étant devenu son quotidien après cinq longues années prostrés dans un coin de son cachot contre la pierre froide pour fuir le vent marin qui pénétrait par tous les interstices des murs suintants de sa cellule.

Le temps coula lentement, jusqu'à ce qu'enfin il reprenne le contrôle de son cœur affolé et de son esprit égaré. Il se releva, vacilla quelques secondes mais réussit à se redresser. Il alla jusqu'à la baignoire et ouvrit les robinets à fond pour remplir l'imposante baignoire ancienne. Il resta debout à attendre que le niveau monte, refusant obstinément de se retourner, refusant obstinément d'apercevoir à nouveau son terrible visage émacié, sa déchéance dramatique dans le cruel miroir qui ne mentait jamais. Il cracha dans la cuvette des toilettes et tira la chasse d'eau, effaçant les traces de sa faiblesse passagère. Enfin, il laissa tomber son pantalon, dénouant le cordon qui le retenait autour de ses hanches fines, et pu enfin se glisser dans l'eau brûlante. La douleur lui fit fermer les yeux avec délice, cette brûlure lui avait tant manqué.

Il avait connu la brûlure de la faim, la brûlure de l'humiliation, la brûlure de la peur, la brûlure du froid mordant, la brûlure de la solitude, la brûlure de la douleur physique, la brûlure du regret, la brûlure du désespoir. Il avait passé cinq ans dans les flammes terribles de son purgatoire sur terre, avait été irradié et calciné jusqu'à ne plus pouvoir bouger, jusqu'à vouloir mourir. Mais s'il en avait assez de ces douleurs incandescentes perpétuelles, il y avait une seule brûlure que le Prince des Glaces avait toujours recherchée, c'était l'oubli fumant offert par l'eau trop chaude.

Lorsque l'eau toucha enfin ses joues, ses lèvres, son front, lorsqu'enfin il fut entièrement plonger dans le bain, et que chaque centimètre carré de sa peau tendue, desséchée et sensible hurla au supplice et rougit avec violence, comme lorsqu'il était enfant et que sa mère devenait folle de voir son fils pâle ressortir rose écrevisse de la salle de bain, alors seulement il sourit. Il soupira, les bulles remontant à la surface. Il resta de longues secondes en apnée, apaisé par le silence écrasant de l'eau, écoutant ce silence comme on écoute une symphonie de Beethoven ou le requiem de Mozart, chérissant ce silence de plomb comme le chant aérien d'une mésange au printemps. Cinq ans sans connaitre ce vrai silence, ce silence de mort, parce que le sifflement du vent et les gémissements de la houle ne prenait jamais de pause, ne laissait jamais de répit. Et il se concentra jusqu'à ce que le silence soit la seule chose qui restait, dans ses oreilles comme dans sa conscience. Le vide, juste quelques secondes de calme et de répit.

Il finit par être rappelé à la réalité par une douleur dans sa cage thoracique, et dû se résigner à interrompre son apnée. Une bouffée d'air chargée de vapeur emplit ses poumons, et il resta quelques secondes haletant dans l'eau. Il se laissa aller contre le rebord tiède, savourant l'eau chaude sur lui, le calme de la salle de bain, troublé seulement par les bruis de la vieille demeure et le clapotis de l'eau. Pas de vent qui siffle entre les rochers, pas de houle se brisant sur le rivage, pas de cris ou de rire gras de prisonnier, pas de hurlements d'homme perdu et désespéré, juste ce silence douillet et intime, comme les craquements d'un feu de bois.

BAM BAM BAM BAM

« Malefoy, réponds bon sang ! »

Des tambourinements et des hurlements teintés de peur sortirent le blond de son sommeil. Il avait finit par s'endormir dans l'eau brûlante, et à en juger par la disparition de la vapeur à la surface et la couleur à nouveau lactescente de sa peau, il devait être resté ainsi dans l'eau pendant au moins une ou deux heures. Un peu hébété, réalisant lentement qu'il n'était pas dans un rêve mais dans la réalité, plus allongé sur la paillasse dure de sa geôle mais dans un bain chaud, dans une maison confortable et accueillante, il ne pensa pas une seconde à répondre à l'homme effrayé derrière la porte, tout à sa joie d'être libre, enfin.

Sa jubilation fut tranchée nette par un bruit d'explosion, et en se retournant il vit Harry sortir d'un nuage de poussière, enjambant le cadavre de l'antique porte en bois massif, se précipitant vers lui avec l'air terrorisé. Tombant à genou à côté de la baignoire, ses rotules heurtant sèchement le carrelage, il posa ses mains sur le corps du blond, prenant son visage dans ses mains fraiches sans la moindre hésitation, et balbutia à toute vitesse :

« Ca va ? Tu vas bien ? Qu'est-ce que tu faisais ? Tu se sens bien ? Où est-ce que tu as mal ? »

Alors qu'il commençait à observer le cou, les épaules, le torse du blond, à la recherche sans doute d'une mortelle blessure, celui-ci réalisa qu'il était nu, et très amoindri, et que Potter allait détailler les séquelles de la prison sur son corps. Il l'interrompit sèchement :

« Potter, c'est gentil de t'inquiéter mais t'es pas ma mère ! Sors de là ! Je prends un bain ! Je me suis endormi ! Qu'est-ce qui va pas dans ta tête ?! »

Le pauvre Survivant fut tout interloqué de la sécheresse de Drago, laissant retomber ses mains dans l'eau, confus et déboussolé :

« Je … Je suis désolé, je pensais… Tu es entré là dedans il y a au moins une heure et demi, et tu n'étais pas… Tu…Je m'inquiétais…

‒ Promis Potter, si je veux me suicider, je ne le ferais pas dans ta maison. De toute manière, ce serait trop déshonorant que tu sois la personne qui retrouve mon corps. »

Malgré sa tentative pour faire sourire Harry avec un ton forcé, caricature du lui-même d'autrefois, il vit juste le brun se relever et repartir en murmurant une faible excuse. Il se reprit et se retourna, parlant assez sèchement, comme en colère d'avoir été ainsi congédié :

« On mange dans un quart d'heure, si tu as fini d'infuser d'ici là »

Puis il sortit en trombe, enjambant avec un naturel déconcertant la porte détruite, et laissant le blond perplexe dans son bain. Il décida qu'il était effectivement temps de sortir, et s'extirpa de l'eau, s'entourant dans une serviette éponge. Embarrassé par la porte béante, il ramassa ses affaires sales et décida de gagner sa chambre sur la pointe des pieds. Il sentit, en enjambant à son tour les débris de bois, une écharde s'enfoncer dans la plante de son pied. Etouffant un juron, il boitilla jusqu'à la porte de la chambre bleue et s'enferma à double tour avant de remettre les vêtements qu'il trouva dans son sac, ceux qu'il avait à son arrestation.

Là encore, aussi clairement que devant le miroir, il constata l'ampleur de sa décrépitude physique : son pull de cachemire gris qui autrefois soulignait élégamment sa silhouette svelte pendait maintenant lamentablement autour de son torse squelettique. Son pantalon flottait et il dût fermer sa ceinture trois crans plus serrée que cinq ans auparavant. Un petit miroir ouvragé accroché au mur lui permis de tenter vainement d'arranger les mèches blondes humides qui tombaient sur son front, mais il abandonna vite, la vue de son visage marqué lui tordant dangereusement l'estomac. Il descendit timidement à la recherche de son hôte, espérant s'excuser de sa brutalité et peut-être mendier des vêtements moins pitoyables, ceux là étant sales et empestant les embruns en plus d'être deux tailles trop grand.

Il l'appela d'une petite voix, mais il ne semblait pas être au second. Il entendit un jappement rauque provenant d'en bas, suivit par un rire clair : Potter localisé ! Il descendit les escaliers jusqu'au rez-de-chaussée, et gagna la cuisine d'où provenait maintenant une musique assez forte. Il poussa la porte et la musique étouffée par le battant lui jaillit au visage, en même temps qu'un étonnant spectacle : le Survivant, chantant, assez faux d'ailleurs, sur la musique dont le volume était sans nul doute excessif, en bondissant comme un cabri, le mastodonte quadrupède le suivant et sautant à sa suite, comme deux idiots tentant de s'envoler ou d'imiter un kangourou, Drago n'aurait su dire.

You know I've done it before,
And I can do it some more,
I've got my eye on the score,
I'm gonna cut through the floor,
It's too late,
It's too soon,
Or is it...

Tick Tick Tick Tick Tick Tick Tick...Boom!

(Tu sais que je l'ai déjà fait

Et que je peux le refaire

J'ai les yeux fixé sur les scores

Je vais ouvrir la terre en deux

C'est trop tard

C'est trop tôt

Ou est-ce…

Tick Tick Tick Tick Tick Tick Tick Boom)

(2)

Sur le « Boom », Potter s'était retourné en sautant et ses yeux étaient tombés sur Drago, qui arborait un sourire moqueur. Aussitôt, le brun eut le bon goût de stopper tous ses rebonds et de rougir, prit sur le fait. Le chien, perplexe, trépignait en attendant qu'il poursuive le jeu. Saisissant la télécommande qui commandait apparemment à la chaine « hyfille », il baissa significativement le volume. Drago ne sut quoi dire, commenter aurait surement été déplacé alors qu'il avait déjà été assez indélicat avec celui qui lui offrait gracieusement le gite et le couvert, mais d'un autre côté ils s'étaient quitté il y avait à peine un quart d'heure, lui nu dans son bain le rabrouant brusquement, dans la poussière d'une porte explosée. A la place, il choisit un sujet moins difficile, pour les sauver lui et le pauvre Gryffondor d'une discussion embarrassante.

« Tu cuisines quoi ? »

Avec un sourire de remerciement, il lui détailla le menu. Le blond était allé s'assoir, son pied le lançant, et le chien était venu poser sa grosse tête baveuse sur ses genoux. En souriant, Drago répéta :

« Ton chien est vraiment répugnant, Harry. »

Il repoussa doucement le chien, qui alla s'allonger dans un coin, et il tenta de voir comment il allait sortir l'écharde de son pied. Harry remarqua les contorsions du blond, et vint sans un mot s'agenouiller devant lui, prenant sa cheville avec délicatesse dans ses larges mains. Sans un regard pour le blond, il sortit sa baguette, et avec douceur, l'air concentré, il murmura un sortilège, soulageant son invité.

« Merci.

‒ C'est normal, c'est ma faute. Je suppose que ça provient de la porte que j'ai explosé.

‒ … C'est rien, j'aurais dû répondre.

‒ Je suis un idiot.

‒ Faut que tu arrêtes de vouloir sauver le monde, une fois ça suffisait, non ? »

Drago avait dit cela avec douceur, presque avec tendresse, sans aucune moquerie, mais il vit passer une lueur de douleur dans les yeux du brun qui détourna le regard et murmura :

« Il y a des choses qui ne changent pas, quelques soient les efforts et le nombre d'années qui passent. »

Il laissa le blond perplexe, et retourna devant la cuisinière. Drago allait reprendre la parole pour lui demander ce qui le tracassait quand celui-ci le devança précipitamment, comme s'il avait senti qu'il fallait rompre le silence en premier.

« C'est prêt dans deux minutes, tu n'as qu'à mettre la table à la salle à manger, les couverts sont là. »

D'un geste vague de la main, il désigna un plateau sur lequel se trouvaient deux assiettes, des couverts, des verres, et une élégante carafe d'eau. Drago s'exécuta en silence. Le brun le rejoint, faisant flotter devant lui casseroles et saladiers, agitant sa baguette avec nonchalance. Le chien arriva bientôt, et alla s'allonger devant la cheminée. Ils s'assirent face à face, seuls sur la grande table du salon.

« Tu sais, on aurait pu manger à la cuisine.

‒ Bah, il faut bien que cette table serve un peu ! »

Le silence était doux, ils se regardaient à la dérobée, chacun curieux de tester les changements opérés pendant ces trop nombreuses années sans se voir.

« Tu cuisines vraiment bien, Potter !

‒ J'habite tout seul depuis 7 ans maintenant, il fallait bien qu'un jour j'apprenne à cuisiner ! En plus je cuisinais déjà souvent quand j'habitais chez mes moldus. Oh, et arrête de m'appeler Potter s'il te plait. On est grand, et tu vas vivre sous mon toit quelques temps, alors on pourrait peut-être passer outre cette vieille rancœur ?

‒ Et si je n'ai pas envie de t'appeler Harry ?

‒ Qu'est-ce que tu as contre mon prénom ?

‒ Harry c'est banal, sans vouloir t'offenser. Et puis je parie que tout le monde t'appelle Harry.

‒ Désolé, tout le monde ne peut pas s'appeler Drago !

‒ J'ai le droit de te trouver un surnom ?

‒ …Appelle moi Germaine si ça te fais plaisir, mais juste plus mon nom de famille.

‒ Rolala à ce point-là ? Tu t'es mis à détester « Potter » ou quoi ?

‒ Disons que Potter c'est très… Tout le monde pense Potter le Héros. C'est lassant.

‒ Je n'ai jamais pensé Potter le Héros si ca peut te rassurer. »

Harry sourit au ton un peu méprisant qu'employa intentionnellement le blond : bien sur que non, Potter n'a jamais été synonyme de chose aussi flatteuse que Héros pour lui. Ledit Héros se rembrunit un peu :

« Non je sais. Potter ça a toujours été ton insulte préféré. La pire que tu connaissais. D'où le fait que je préfère que tu trouves autre chose. N'importe quoi. Mais pas Potter. Parce que tu le prononces toujours de cette horrible manière… »

Drago semblait perplexe, ne voyant visiblement pas où son hôte voulait en venir, et celui-ci se sentit donc obligé de détailler en rougissant un peu :

« Tu craches ça comme si c'était une cruelle injure.

‒ …Oh. D'accord. Va pour Harry alors, en attendant que je te trouve un surnom acceptable. »

Harry lui adresse un sourire de remerciement et finit son assiette. Il jette un œil à sa montre.

« Merde je vais pas tarder à y aller. Prend le dessert sans moi. Je peux te laisser débarrasser la table ? Ne te sens pas obligé de faire la vaisselle, je ferais ça en rentrant, d'accord ?

‒ Ok. Tu rentres à quelle heure ?

‒ Tu te prends déjà pour ma femme Drago ?

‒ Potter, arrête de…

‒ Harry.

‒ Hein ?

‒ Harry, pas Potter.

‒ Oh, pardon. Oui enfin Harry ne recommence pas à insinuer que je vais te payer en nature ou exécuter un quelconque devoir conjugal, je te préviens ! Ta main droite remplira cette tache sans moi.»

Harry rit de bon cœur au commentaire pincé du blond.

« Je serais là vers 19h je pense, mais c'est pas encore sur. Tu verras bien. Si tu veux te promener dans le monde sorcier, la cheminée du bureau est reliée à la poudre de cheminette. Je vais aller te chercher tes vêtements propres au grenier, j'ai gardé quelques vieux trucs qui sont trop petit pour moi depuis longtemps et…

‒ Oui Potter, on a remarqué que tu étais devenu super baraqué, inutile de faire le malin. Harry je veux dire.

‒ Ne soit pas jaloux voyons, je t'apprendrais si tu veux ! Bref, je te laisserais les vêtements que je trouverais sur ton lit et ensuite je me sauve par transplanage alors on se revoit ce soir ! Bon dessert ! J'espère que ma crème brulée maison te plaira. »

Il lui fit un signe de main et sortit. Le chien dormait toujours devant l'âtre, immobile, ronflant doucement. Les pas de Harry résonnaient dans les escaliers, le bruit s'amenuisant au fur et à mesure qu'il montait.

Drago resta quelques secondes à ne pas savoir quoi faire. Toute cette grande maison rien que pour lui. Il finit mon assiette et alla jusqu'au « Free Go » chercher une crème brûlée suivant les instructions du Survivant. La salle à manger était trop grande, il se sentait un peu trop petit dans un si vaste espace, il s'installa donc à la cuisine, se perchant sur un des tabourets. Un mince filet de musique s'échappait encore et Drago prit la télécommande. Un peu perplexe, il finit par comprendre comment monter le volume pour remplir un peu le silence de la grande cuisine si lumineuse et si propre qu'elle lui semblait presque irréelle après la crasse dans laquelle il avait passé tant d'années. Un homme chantait que la représentation devait continuer malgré tout, comme son sourire qui restait accroché à ses lèvres malgré le fait que son cœur se brisait en morceau dans sa poitrine (3). Il fit une moue et après une nouvelle inspection de la petite boite en plastique, il trouva comment couper la musique, décidemment trop déprimante. Il était incapable de terminer son dessert, n'étant plus habitué aux repas si copieux, et il le remit avec soin au frais.

Il alla jusqu'à la salle à manger, replaçant tous les couverts sur le plateau, le chien ronflant toujours. Malgré les paroles du brun, Drago fit tranquillement la vaisselle. C'était certes assez peu courant pour lui d'effectuer ce genre de tâche de moldu avant la prison. Mais à Azkaban, son bon comportement lui avait permis d'être affecté à quelques tâches comme la plonge. Il s'abimait certes les mains, mais c'était une place très convoitée car elle permettait d'avoir accès à des reliefs de repas, pas négligeable quand on reçoit à peine la quantité nécessaire de nourriture pour vivre. Lui n'était pas capable, malgré la faim, de manger ce que d'autres avaient laissé. Une vie à ne manger que le meilleur laisse des marques, et se rabaisser à ça l'aurait trop blessé dans le peu d'estime qu'il conservait de lui-même. Lui aimait surtout pouvoir avoir les mains dans l'eau chaude, un des rares moments où il n'avait pas froid, et il pouvait ainsi sortir un peu de sa cellule, pour les quelques heures par semaine pendant lesquelles il effectuait ces corvées.

Une fois la vaisselle faite, il quitta la pièce et gravit lentement les étages jusqu'au dernier, où il arriva le souffle court. Après cinq années sans faire de sport, élire domicile au dernier étage de cette immense maison n'était peut-être pas l'idée de l'année. Il alla jusqu'à sa chambre et y trouva comme promis une pile de vêtements relativement propres quoique vieux et un peu délavés, sur laquelle était posée l'esquisse qu'il avait laissé tout à l'heure à côté du miroir de la salle de bain. Il alla dans le couloir et vit que la porte avait été réparée. Il lutta et se força à entrer dans la salle de bain. Il fallait qu'il se brosse les dents de toute manière. Il évita son reflet tout le long de l'opération. Une fois sa bouche rincée, il se pencha en avant jusqu'à pouvoir inspecter ses dents dans le miroir sans risquer d'apercevoir son corps. Il s'était brossé les dents avec application et régularité pendant son enfermement, refusant de se laisser aller comme une très large majorité des prisonniers, parce que s'accrocher à quelques maigres rituels qui le reliait encore à la vraie vie lui évitait de sombrer totalement. Satisfait de voir ses dents en bonne état, il se recula en détournant le regard. Il rougit un peu de sa lâcheté : fuir son propre reflet, on frôlait vraiment le ridicule. Cependant, il ne se regarda pas pour autant et se retourna pour se déshabiller, enfilant les anciens vêtements de Potter. Un t-shirt d'un rouge un peu passé qui était encore une taille trop large pour lui, un jeans un peu trop long et un pull bleu nuit à col en V plutôt à sa taille constituait la tenue que lui avait prévu son hôte attentionné mais définitivement privé de sens du style. Comment pouvait-il lui faire porter cela tout en étant capable de choisir avec gout ses propres vêtements ? Il sourit de cette pensée superficielle.

Que faire de son temps libre, quelle occupation choisir, maintenant que le monde lui tendait les bras ? Après cinq ans à vivre dans le gris et le bleu terne, il ressentait le besoin de verdure et décida d'aller visiter le jardin de Potter. Il redescendit les marches, alla mettre ses chaussures qu'il avait laissées dans l'entrée plus tôt dans la matinée, et après avoir emprunté une des vestes de Potter (bon sang, comment cet enfoiré pouvait-il être si large d'épaules ?) il alla jusqu'à la cuisine. Le son de la baie vitrée qui coulisse avait réveillé le chien qui surgit et passa à côté de Drago en courant, sortit en trombe dans le jardin et s'arrêta pour regarder son nouveau compagnon de jeu blond sortir à sa suite. Drago le rejoignit et lança le bâton que Fluffy lui rapporta, tout joyeux, et il joua avec l'animal pendant une bonne demi-heure. Il alla ensuite visiter le jardin, montant en pente douce jusqu'aux haies qui en marquait la limite. Fluffy reniflait les haies pendant que le blond s'approchait de la mare qui se trouvait au fond du domaine, bordée de roseau, couverte de quelques nénuphars donnant sans doute de sublimes fleurs une fois la belle saison arrivée. Il savoura quelques minutes la vue du manège des carpes chinoises tournant dans le bassin artificiel, apaisante valse silencieuse. Il marcha ensuite calmement vers le potager où poussaient notamment des citrouilles plutôt impressionnantes qui rappelèrent Poudlard au jeune homme. Il allait retourner vers la maison quand il vit un trou dans la haie du fond, où était placée une petite porte sombre et discrète. Il la poussa et déboucha dans les bois. Le chien le rejoingnit, passa entre ses jambes en manquant de le faire tomber et partit en courant dans les bois.

« Merde… »

Drago dut courir après l'énorme canidé qui prenait un malin plaisir à se faire poursuivre et n'écoutait pas ses suppliques essoufflées. Alors qu'il se demandait s'il n'allait pas bientôt mourir tant ses muscles le suppliaient d'arrêter et sa gorge le brûlait, il déboucha dans une clairière idyllique, où il trouva le chien assis au bord d'un cours d'eau, l'air fasciné par quelque chose dans l'eau. Il se laissa tomber à genoux, ses jambes peinant à le porter. C'était la clairière peinte dans sa chambre. Le chien l'avait entendu pousser une plainte essoufflée, et se releva pour venir s'assoir à ses côtés, guilleret. Drago saisit le collier et réprimanda le chien :

« Espèce d'abruti, tu veux me tuer c'est ça ? »

Le chien le regarda, la tête penchée sur le côté, cherchant à déchiffrer les mots de son nouvel ami qui ne put s'empêcher de se radoucir devant l'air idiot de l'animal. Il lui gratta la tête mais ne lâcha pas le collier.

« Laisse moi deux minutes pour me reprendre et on rentre. Ton maitre me tuera si je t'égare ! »

Ils restèrent en réalité assis ainsi, longtemps après que Drago ait repris son souffle, le calme de cette clairière l'apaisant. Le doux clapotis de la rivière qui coulait non loin, l'air frais de cette fin d'hiver, les oiseaux qui chantaient dans les arbres tout proches, la main posée sur la tête du chien qui s'était allongé dans les hautes herbes à ses côtés. Le Serpentard compris pourquoi Harry avait décidé de peindre cet endroit. Comme si le tableau pouvait renfermer un peu du pouvoir de ce lieu.

Finalement, Drago se releva, et Fluffy le suivit docilement sur le chemin du retour, le guidant même, puisqu'il n'avait pas vraiment eu le temps de voir d'où ils étaient venus, tout à sa peur de perdre la précieuse bête de foire de Potter. Une fois le portail franchi, il lâcha le collier du chien qui partit en aboyant dans le jardin, visiblement décidé à aller s'attaquer au ballon déjà tout dégonflé et mâchouillé qui reposait sous un gros noyer. Soudain, un homme jaillit de la serre en sifflant, cherchant visiblement le chien du regard. Drago se figea, mais l'homme l'avait repéré et s'était retourné vers lui.

Un grand homme sans âge, peut-être trente ou quarante, peut-être plus, ou peut-être avait-il le même âge que Drago. Il était brun roux, un nez busqué comme s'il avait été brisé autrefois, des pommettes saillantes, un menton fort, d'épais sourcils sombres, et ses joues étaient ombrés d'une barbe qui accentuait son air revêche. Un éclair de compréhension sembla traverser son visage et il s'approcha de Drago en souriant, son visage changeant du tout au tout, lui donnant un air doux et chaleureux tout à coup. Il était grand, les épaules larges un peu voutées, il portait une salopette grise fort peu élégante couverte de boue et de la poche ventrale pendait une paire de gants sales. Une fois devant Drago, il s'essuya la main sur sa salopette et la tendit au blond perplexe. Le voyant hésiter, il se présenta d'une voix rocailleuse.

« Je suis le jardinier. J'avais oublié que vous deviez sortir de prison aujourd'hui Monsieur Malefoy. »

Drago le regardait, et lui serra la main, toujours stupéfait cependant qu'il sache son nom.

« Harry m'a prévenu qu'il avait décidé de vous héberger quelques temps quand vous sortiriez d'Azkaban. Je suis un cracmol, c'est pour ça qu'il m'a raconté ça. Et je vous connais. Enfin vous devez pas vous souvenir de moi. »

Le blond était embarrassé. Il avait beau chercher, il n'avait aucun souvenir. Il fixait l'homme qui le dépassait de plusieurs centimètres, et il remarqua que son œil droit était vitreux et qu'il avait une vilaine cicatrice qui lui barrait la gorge. Il n'avait toujours pas prononcé un mot et se fit donc violence pour enfin sortir de son mutisme, la situation devenant gênante :

« Et bien non, je suis vraiment désolé mais je ne me souviens pas de vous.

‒ C'est pas grave, ça se comprend. Vous m'avez sauvez la vie.

‒ Sauvez la vie ? Vous…vous devez me confondre !

‒ Bien sur que non, on n'oublie pas ce genre de chose. Je me souviens parfaitement du prince blond du Manoir de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Je suis le fils de deux employés du ministère assez influant, je ne sais pas si vous les connaissiez, Janus March(4), qui travaillait au service de la Magie, et Syrinx March (5) qui était dans le cabinet du Ministre de la magie à l'époque en tant que Secrétaire particulière. Alors des Mangemorts m'ont enlevé pour faire pression sur eux et j'ai été gardé au Manoir. Pas le meilleur endroit où résider pour un Cracmol. J'étais un peu le souffre douleur des soldats de Vous-Savez-Qui. Et un jour, il y en a deux qui étaient complètement bourrés qui sont venu me chercher dans ma cellule et qui m'ont amené dans les étages, dans un genre de salle d'interrogatoire qui puait le sang et… Enfin, si c'était un interrogatoire, je ne me rappelle pas avoir entendu une seule question. J'ai cru que j'allais mourir ce jour-là. Mais la porte s'est ouverte. Et vous êtes entré. Vous ne m'avez pas regardé mais vous leur avez demandé de me laisser. D'arrêter. Et ils vous ont obéi. »

Le blond était en état de choc. Il ne se souvenait pas précisément de ça, mais il est vrai qu'il lui était arrivé d'aller interrompre les interminables séances de sadisme auxquelles s'adonnaient les sous fifres du Seigneur des Ténèbres quand ils étaient désœuvrés. Il n'avait jamais pensé avoir sauvé la vie à quelqu'un, tout au plus leur offrait-il un sursis. De toute manière, c'était surtout les cris insupportables qu'il voulait faire cesser. Ils le rendaient dingue, il avait la nausée d'entendre tout cela.

« Je me souviens aussi de votre musique, vous étiez musicien, non ?

‒ Moi ? Non, pas vraiment…

‒ Mais si, parfois il y avait quelqu'un qui jouait du piano. Je me souviens parfaitement, les Mangemorts parlaient du « jeune prince » qui jouait. A la seconde où vous êtes entré dans la pièce la nuit où j'allais mourir, j'ai su que c'était vous le prince.

‒ …

‒ Je me souviens de Beethoven, et de Chopin surtout. Vous étiez une échappatoire pour tous ceux qui souffraient. Je ne sais pas si vous le saviez.

‒ Non. Non. Je… Je suis tellement désolé de ce qui vous est arrivé, je…

‒ C'était pas votre faute. Vous ne m'avez jamais rien fait. Et vous m'avez sauvé. Vous avez rendu l'enfer plus supportable. Et puis je ne m'en suis pas trop mal sorti. Et maintenant je sais le prix de la vie. J'ai perdu un œil, et j'ai quelques cicatrices pas très jolies à voir, mais les filles trouvent ça sexy.»

Il rit. Il était sincère. Le blond se sentait nauséeux. Cet homme le remerciait. Il l'avait sauvé par égoïsme. Il ne l'avait même jamais regardé. Parce que s'il avait vraiment reconnu l'existence de tous ces pauvres gens, s'il les avait regardés, alors il n'aurait pas pu supporter de vivre au Manoir. Les hurlements et la douleur, les pleurs et les suppliques. Les murs du Manoir étaient minces. Il n'avait jamais agi. Pourtant des femmes s'étaient faites violées à quelques mètres de lui, derrière des portes qui laissaient filtrer les terribles cris. Des enfants qui pleuraient. Des hommes qui hurlaient jusqu'à ce que leur voix se brise. Il était resté muet et immobile, n'avait rien fait pour eux. Il se rendait compte à présent que cinq années de prison n'avaient pas aussi bien effacé sa culpabilité qu'il le pensait. L'homme en face de lui posa sa main sur son épaule, le faisant sursauter.

« Vous en faites pas. Vous auriez pas pu tous les sauver. Arrêter de vous faire du mal. C'est fini maintenant.

‒ Je… Vous vous appelez comment ?

‒ Quoi?

‒ Votre nom?

‒ Pygmalion March(6). Mes amis m'appellent Pyguy. »

Il lui fit un sourire réconfortant. Drago savait son nom. Il existait pour lui. Le fait de donner une identité à l'une ses pauvres âmes torturées dans sa maison apaisa le blond. Cet homme existait, il ne niait plus son existence. Il n'était pas un monstre. Et il lui avait sauvé la vie.

Un peu éprouvé par cette rencontre, il le salua, le laissant retourner à ses plants, et rentra au manoir. Il monta, sans y penser, jusqu'au deuxième étage et alla jusqu'au piano. Après une longue hésitation, il souleva le couvercle, dévoilant les cordes. Puis il alla s'assoir sur le fauteuil. D'un geste tremblant, il découvrit le clavier. Ses doigts fins survolèrent et frôlèrent avec émotion l'ivoire et l'ébène d'une caresse respectueuse, avec une vénération muette, un plaisir sauvage qui le bouleversait le traversa. Comme avant. La même sensation. Il sentait des fourmillements dans ses mains, comme si elles étaient impatientes, trépignant d'avance du plaisir de courir à nouveau sur les touches bicolores. Le blanc et le noir.

Les premières années de détention, il s'était parfois évadé dans sa cellule en fermant les yeux et en visualisant la mosaïque d'un clavier. L'ébène tranchant sur l'ivoire avec une netteté cruelle. Sortir de la boue bleu-grisâtre et indéfinie de la prison et retrouver de vraies couleurs, de vrais contrastes. Pas de gris, juste du blanc et du noir, se côtoyant violemment, comme le feu et la glace. Et la musique. Les vibrations familières. Ses mains avaient souffert de ne plus pouvoir créer un paradis artificiel d'une caresse légère sur les touches laquées. Il avait rêvé d'un piano, d'un piano aussi beau que celui là. Pour pouvoir lentement entamer une quelconque symphonie. Jouer comme on fait l'amour. D'abord les caresses, la lenteur, une douceur sensuelle, les tendres préliminaires, se découvrir doucement, timidement, l'hésitation et la fébrilité des débutants, l'ivresse des sensations qui montent à la tête. Puis le tempo qui accélère, les notes qui tirent dans les graves, les accords qui se complexifient, la montée en puissance, jusqu'à faire vibrer l'air dans la poitrine, et pouvoir sentir les sons jusque dans ses tripes. Les notes comme une tempête de cris, comme un orgasme sonore. Et le silence, qui laisse haletant, pantelant, tremblant d'émotion, fiévreux.

Mais il avait fini par arrêter de rêver à un piano, incapable de se souvenir des notes de ses morceaux préférés, peu à peu oubliant la sonorité de tel ou tel mouvement, de telle ou telle sonate. Il avait arrêté de rêver tout court, parce qu'on finit par se noyer dans le brouillard indistinct de la prison, parce qu'on finit par se sentir tout gris-bleu en dedans. Il avait arrêté de penser à son seul plaisir au Manoir Malefoy, parce que plus il y pensait, moins il s'en souvenait avec netteté. Et il souffrait trop de sentir sa mémoire lui échapper lentement, pâlir et se délaver, comme tout le reste sur le rocher terne. Alors il avait abandonné. Le piano c'était fini pour lui. Une autre époque. Une autre vie. Il avait arrêté de s'y accrocher. Ils arrêtaient tous de s'accrocher à leur vie d'avant, à un moment où à un autre, ils arrêtaient tous de soupirer le nom de leur femme, de pleurer en appelant leur mère, de supplier pour qu'on les laisse voir leurs enfants. Parce que tout finissait par être contaminé, d'un triste gris sale. Alors il valait mieux tout oublier plutôt que de tout perdre petit à petit, inexorable décrépitude de l'esprit couplée à la décrépitude du corps que rien n'arrête.

Il enfonça une note, les yeux fermés, et gémit. Il pleurait. Il renferma le clavier dans son écrin de bois précieux, se leva et referma d'un geste effrayé le couvercle du meuble du piano, puis remonta jusqu'à sa chambre en courant, tremblant.


NOTES:

(1) Le titre d'un film français. Jamais vu, le cinéma français a tendance à me donner de l'urticaire =)

(2)Tick Tick Boom des The Hives. On se fout pas mal des paroles, j'adore juste la chanson! C'est un bon petit morceau de rock qui donne envie de sauter en l'air, et j'ai trouvé ça tout bêtement en regardant la TV : c'est la musique d'une pub pour une voiture C*troen ( je fais pas de publicité moua =P) dans laquelle un couple est dans une voiture et accroche ladite voiture à une grue pour s'envoler dans les airs. Bref, une musique qui déchire, à consommer sans modération (mais par contre, pas de super prime bonus écolo ou de reprise de votre ancienne voiture pour l'écoute de cette musique =) )

(3) Référence évidente à Show Must Go On de Queen, qu'on ne présente bien évidemment pas (je ne vous ferais pas cet affront^^), et en particulier ici Drago écoute le refrain qui dit : « The Show must go on! Inside my heart is breaking, My make-up may be flaking, But my smile, still, stays on! » . Ce qui veut dire grosso merdo, d'après une petite traduction perso, comme d'hab': « Le spectacle doit continuer! A l'intérieur mon cœur se brise, mon maquillage s'écaille peut-être, mais mon sourire, encore et toujours, reste. »

(4) Nom que j'ai sorti de mon chapeau, constitué par Janus, Dieu romain des portes (Ils avaient vraiment des dieux pour tout et n'importe quoi ! J'ai choisi ça parce que son nom me fait rire. Il y a en fait un colorant, le Vert Janus, qui sert à colorer en bleu les mitochondries (je vous ferais un cours de cytologie un autre jour, là je crois pas que ce soit le moment XD) et qui marque efficacement les étudiants en biologie pour le magnifique jeu de mot qu'il représente (vert Janus…verge anus… ahem… On est des scientifiques, faut pas s'attendre à trop de finesse quant à ce qui nous fait ricaner grassement ^^) d'où le fait qu'en cherchant un nom mythologique, celui-ci m'a tapé dans l'œil) et March parce que… bah fallait bien un nom qui sonne un peu anglophone, j'ai été cherché dans South Park, Stan March, hopla, grande culture toussa toussa ! Deux références à South Park en deux chapitres, oui je sais, cruelle déchéance, mais promis, dans le prochain chapitre il y aura de la référence hautement culturelle (je vous promet un Prix Nobel de Littérature, rien que ça !=) )

(5) Nom que j'ai également sorti de mon chapeau, même nom de famille que son mari (bien pratique tout ça) et ce prénom, Syrinx, est celui d'une nymphe donc je trouve la légende très belle (Pan, le faune-Dieu des pâturages et des bois, s'est épris d'elle et l'a poursuivie, et pour le fuir elle s'est transformée en roseaux. Il se consola en prenant une brassée de roseaux et tailla la fameuse flute de Pan. Comme quoi, du désir animal d'un énième satyre pervers est né une forme d'art, c'est poétique les histoires de cul mythologiques !)

(6) Encore un fabuleux mythe que j'adore. Peut-être mon préféré. Pygmalion est un sculpteur qui se voua au célibat pour son art. Une statue en particulier à laquelle il consacrait tout son talent, sa pièce maitresse qu'il travaillait avec passion, représentait une femme. Il tomba amoureux de cette créature parfaite qu'il faisait émerger chaque jour du marbre, et il passa ses jours et ses nuits à contempler sa statue, priant Aphrodite qui finit, dans sa grande bonté, par donner vie à la statue, donnant une superbe jeune fille qui se nomma Galatée. Phantasme d'artiste qui aimerait que ses créations prennent vie. Un Pinocchio romantique et antique en quelque sorte.


Voila une fin pleine de joie et d'entrain =D J'espère que ce chapitre vous a plu ^^ N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensez, ce que vous avez ressenti, tapez moi votre vie, parce que comme l'a dit un grand auteur avec lequel je discute ces jours-ci (c'est beau, les rock stars accessibles :P) « rien de plus agréable que de remarquer que le lecteur a noté LE petit détail important, ou a compris l'intention que tu as mise dans ton texte... » J'espère qu'elle ne m'en voudra pas de la citer, si elle passe par ici et qu'elle se reconnaît je lui fais un gros bisou (et bonjour des p'tits lapins skieurs) ! J'attends vos reviews, c'est ce qui motive à revenir publier régulièrement, à pas laisser tomber une fiction, à pas abandonner l'écriture même quand on se prend la tête sur un passage qu'on n'arrive pas à écrire, même quand internet en chie et que ffnet a décidé de lutter contre vos tentatives d'upload, parce que des gens aiment ce que vous faites et comptent sur vous. Voila en tout cas merci de m'avoir lue, merci à ceux qui m'ont reviewé, merci à ceux qui me reviewerons (est-ce que ça se dit ? XD) et merci à ceux qui seront toujours là la semaine prochaine pour le troisième chapitre ! Je vous laisse et je file profiter de mon dernier week end de vacances ! youhou \o/

Bise

Je vous kiffe toujours

Nella