RIGHT ?
Blabla de l'auteur: Hodihoooh chers petits lecteurs (oui, vous pouvez m'appeler Mister Hankey si vous voulez =) )
Un nouveau chapitre, comme promis. Grande nouvelle, j'ai respecté mes délais et j'ai bouclé la rédaction de cette fic dimanche soir ! On tape dans les 70 pages de textes, donc au final il y aura 7 chapitres. Je suis contente de moi, mis à part le fait assez blasant que, cette fiction m'ayant pris tout mon temps d'écriture et mon esprit pendant ces deux semaines de vacances, j'ai pas pu toucher à ma fiction longue. Et crotte. Et avec les cours qui reprennent et des échéances douloureuses qui approchent pour moi, je vous promets pas d'être capable de publier deux fois par semaine dans les mois à venir. Bon, je vais finir cette fiction avec ce rythme, pas de problème de ce coté-là. La suite est plus trouble. On verra bien ! J'ai encore deux semaines pour aviser.
Sinon pour en revenir à nos moutons, ce chapitre est nettement plus court que le précédent (bon, quand même 10 pages Word, je me fous pas trop de vous non plus hein !). Je crois que je serais à jamais incapable de me tenir à une longueur figée de chapitres, c'est inutile de persévérer dans mes tentatives. Tant pis, je découpe pas mes chapitres au poids hein ! Et je vais pas en rajouter pour équilibrer ! Je vous met que la belle viande, pas de gras ou d'os ! Rien que le meilleur ! Ca vient comme ça vient. Ma Muse fait ce qu'elle veut et j'obéis ^^ Mais ce chapitre me plait bien. Plus léger que le précédent. Ou peut-être pas. A vous de juger, as always. Et comme promis, de grosses notes lourdes en culture, parce que je peux pas vous laisser penser que mes connaissances se limitent à South Park :P Un honneur à sauver, vite, les grandes œuvres de la littérature à la rescousse !
Le titre étrange se justifie dans le texte, promis, c'est pas juste moi qui ai pété un câble.
Voila c'est à peu près tout ce qu'il y a à dire jusque là je crois.
Merci à ceux/celles qui ont reviewé les chapitres précédents, merci encore et toujours à ceux qui revieweront celui-ci, c'est agréable d'avoir des gens qui vous montrent que vous écrivez bien pour quelqu'un, que vous ne passez pas des heures à retravailler un texte au lieu de prendre l'air/lire/travailler pour rien (comme je viens de le faire pour la dixième fois au moment où j'écris ces lignes !). Merci donc aux gentils reviewers. Et même aux éventuels méchants =) Et merci à la masse de lecteurs muets, c'est déjà ça de savoir que des gens lisent, même si c'est l'angoisse de ne pas savoir ce qu'ils en pensent ^^
Bise
En espérant que ça vous plaisent
Nella
Disclaimer: Rendons à César ce qui appartient à César. Et à JKR ce qui appartient à JKR. Et à Nella ce qui est à Nella. Et les hippopotames seront bien gardés. Voila, vous êtes assez grand pour démêler quoi appartient à qui dans le chapitre à venir, je vous fais confiance.
Fond Musical Proposé: Avec cette fiction, je fais plutôt dans la musique classique, c'est vrai, mais là j'ai envie de rock. Attention, du rock triste quand même. Pour coller à l'ambiance. Un truc lourd, qui pèse sur le cœur. Une voix très spécial, suave et rauque, envoutante et brisée. On aime ou on n'aime pas. Sa sérénissime Altesse, j'ai nommé Marylin Manson. WOW vous sauvez pas en courant ! Je vous ai dégoté une version juste sublime ! Un truc peut-être pas gentil (faut pas déconner non plus =P) mais touchant, plutôt doux. Une version acoustique de The Nobodies, qu'on trouve facilement sur Youtube et qui provient des bonus d'un de ses albums je crois. (Je suis pas chienne, je fais tourner par mail le fichier mp3 à ceux qui voudront ^^) On peut aimer ou ne pas aimer le personnage et le genre, le gothique et les guitares saturées, la provocation et l'image qu'il se donne, mais quand il est seul avec sa guitare sèche, on ne peut plus nier qu'il a une voix, un quelque chose d'unique. Et puis merde, cette chanson colle bien avec ce chapitre, avec le vide ressenti par Drago : « We are the nobodies, Wanna be Somebodies » (« On est les Nobodies, [nous] voulons être quelqu'un », sachant «the Nobodies » se traduirait plus ou moins par les « rien-du-tout », les « sans identité » ou quelque chose comme ca vu que nobody ca veut dire personne et que bon, « les personnes » ca veut dire autre chose en français ^^.)
Je sens que sur ce coup, je risque de faire fuir une partie des rares lecteurs/lectrices qui s'intéressaient à mes propositions musicales, m'enfin tant pis, faut avoir le courage de ses convictions !
Je propose, tu disposes et tu fais pas chier, petit lecteur discipliné !
Enjoy =)
CHAPITRE III: OF MICE AND SWIMMING POOL
Il enfonça une note, les yeux fermés, et gémit. Il pleurait. Il renferma le clavier dans son écrin de bois précieux, se leva et referma d'un geste effrayé le couvercle du meuble du piano, puis remonta jusqu'à sa chambre en courant, tremblant.
Quand Harry rentra quelques heures plus tard, il trouva Drago endormi dans la chambre bleue, roulé en boule dans son lit et emmitouflé dans les couvertures, le dos collé au mur, fragile, l'air tourmenté, sans doute plongé dans un rêve désagréable. Il s'assit à côté de lui précautionneusement et lui caressa doucement les cheveux en murmurant son nom pour l'apaiser. Drago finit effectivement par quitter son rêve, son visage se détendant un court instant avant qu'il n'ouvre les yeux et ne se redresse, l'air affolé, regardant Harry avec terreur. Il se colle au mur comme s'il voulait échapper au contact de la main du brun. Celui-ci, surpris, se releva et s'écarta pour que le pauvre Serpentard se calme. Drago fit le tour de la pièce des yeux et revint à Harry, puis se détendit d'un coup, tous ses muscles se relâchant, retombant sur le lit comme une poupée de chiffon. Il passa sa main sur son visage puis dans ses cheveux, et fit un pauvre sourire d'excuse au brun, qui était toujours halluciné, se tenant précautionneusement à quelques pas du lit. Le silence dura, Drago toujours entortillé dans le drap et appuyé contre le mur, Harry debout face à lui.
« Je…Je venais voir si tu avais passé une bonne journée, et…
‒ Tu aurais pu me dire que ton jardinier me connaissait.
‒ Je… Je ne savais pas que…
‒ Me prend pas pour un con, Potter. Harry.
‒ Je suis désolé. Je n'ai pas eu le courage de… Ce qui s'est passé au Manoir ne me regarde pas, je n'ai pas…
‒ Tu n'as pas eu le courage de m'affronter pour me parler d'un homme qui hurlait à la mort à quelques mètres de ma chambre à coucher princière. J'ai compris.
‒ Non, c'est juste que… »
Harry ne trouva pas les mots et resta silencieux, désespéré d'être incapable de s'exprimer, se heurtant au silence froid du blond et à la douleur dans le regard gris encore un peu embrumé par le sommeil. Enfin, Drago soupira puis s'extirpa du lit. Ses vêtements étaient froissés, il se frotta une nouvelle fois le visage et s'étira, tournant le dos à Harry, toujours immobile. Il se pencha et refit son lit avec des gestes lents.
« Je ne voulais pas te parler de ce qui s'était passé au Manoir parce que je ne voulais pas que tu saches que… que je savais. Que je savais qu'avant d'avoir passé cinq ans à Azkaban, tu avais déjà passé trois ans enfermé dans une autre prison, à peine plus tolérable, à entendre des gens crier et pleurer, à voir des cadavres dans les couloirs de la maison où tu avais grandi, et du sang sur les tapis où tu t'asseyais pour lire ou pour jouer. Parce que tu es Malefoy, et que je suis Potter, et que je ne voulais pas que tu te sentes en position de faiblesse. »
Le blond s'était figé alors qu'il tirait le drap sur l'oreiller, et il se redressa lentement en soupirant, sans faire face à Harry.
« Tu es venu me chercher à ma sortie de prison. Je suis ravagé physiquement et mentalement. Je suis seul et je n'ai aucun avenir qui s'ouvre devant moi. J'en suis réduit à vivre chez toi, à supporter ta sympathique charité et à porter tes vieilles fringues. Comment veut-tu que je me sente plus en position de faiblesse que maintenant, dis-moi ? Tu aurais pu dire tout ce que tu veux. J'ai appris à vivre avec ma faiblesse Harry. Arrête de vouloir me ménager. »
Il avait parlé d'un ton las. Sans agressivité. Sans menace. Sans colère. Juste une fatigue triste. Il sortit sans jeter un regard à son hôte qui resta planté stupidement dans la chambre de longues minutes.
Harry entendit bientôt le chien aboyer dehors et cela le tira de ses pensées, il descendit lui ouvrir. En passant au premier étage, il vit de la lumière dans la bibliothèque. Après avoir fait rentrer le chien, et constaté que Pyguy était parti, la lumière étant éteinte dans la serre, il remonta jusqu'au premier et poussa timidement la porte de la bibliothèque. Drago étant lové sur le grand canapé, enroulé dans un plaid, un livre ouvert sur les genoux, l'air concentré. Harry rentra, s'assit à son tour dans son fauteuil favori et prit le livre qu'il avait abandonné quelques jours plus tôt sur la table basse pour se donner une contenance. Après une tentative infructueuse de rentrer dans son livre, il se décida à briser le silence.
« Tu lis quoi ? »
Il se sentit idiot à la seconde où il eut posé la question. Drago leva les yeux de son livre et lui fit un sourire compatissant.
« T'es trop mignon Pot….Harry. Je lis Des Souris Et Des Hommes. (8)
‒ Tu…Tu lis des livres de moldus? Parce que tu sais il y a une étagère avec des livres de sorcier en haut si tu veux.
‒ Bien sur que je lis des livres de moldus. On peut penser que les sorciers sont plus puissants que les moldus, et c'est peut-être vrai sur plein de points, mais il y a un domaine où même moi j'ai toujours reconnu qu'ils étaient meilleurs que nous, c'est l'art. Tous les arts. Peinture, Sculpture, Musique, Littérature, Théâtre. L'art, c'est la magie des moldus. »
Harry était surpris de l'analyse du blond. Celui-ci poursuivit, amusé de créer la surprise chez son interlocuteur.
« Tu vois, pour créer efficacement, il faut ressentir un vide, un manque, comme si la réalité nous semblait incomplète, trop pâle. Alors on crée. On réinvente le monde avec son imagination, on crée des corps de marbres parfaits, on peuple le silence avec des notes, on dessine du bout de la plume ou du pinceau un monde plus fort, plus riche. Les sorciers ont déjà un monde riche et fort, ils ont la magie, les dragons et les fées, les sortilèges et les potions. Les moldus ne savent pas que tout cela existe, mais ils le pressentent. Ils sentent qu'il y a quelque chose qui leur échappe, qui existe au delà de leur conscience. Alors ils sont obligés d'inventer pour combler ce manque, cette frustration. Ou bien de croire en Dieu. La religion c'est un peu la création suprême des moldus. On ne comprend pas le monde alors on invente une jolie histoire qui explique tous les mystères, qui justifie ce qu'on n'accepte pas. Nous, on sait que c'est la magie qui a créé le monde. Eux se sont inventé un être démiurge tout puissant, qui n'est au final qu'une personnification de la magie, à laquelle ils ont collé en plus un pseudo sens moral histoire de se discipliner. Aucun sorcier ne créera jamais comme un moldu parce qu'il y a un manque dans leur âme, un manque qu'ils ressentent sans pouvoir l'expliquer ni le combler. Les moldus ont une imagination dix fois plus fertile que les sorciers, parce qu'un sorcier n'a pas besoin d'inventer, il a déjà toutes les choses les plus incroyables qui existent dans sa réalité. Pas les moldus. Alors ils créent pour oublier qu'il y a cette chose, vibrante, énorme, toute proche mais toujours inconnue, toujours voilée, à jamais inaccessible. Ils écrivent des livres cent fois plus riches et puissants que tout ce qu'un magicien peut faire, peignent comme aucun sorcier, composent des requiem qui traversent les siècles, ils créent des œuvres universelles. Ils transcendent leur pauvre condition d'ignorants.»
Drago posa les yeux sur Harry, qui avait le regard perdu dans le vide. Il pouvait presque entendre les engrenages de son esprit protester sous la violence de la réflexion. Il sourit, fier d'avoir touché ainsi le brun.
« Comment tu expliques que je peins, que les Bizarr'Sisters chantent ?
‒ Je n'ai pas dit qu'on en était incapable. J'ai dis qu'on n'atteindrait jamais le niveau des moldus.
‒ Merci pour moi ! Je peux abandonner tout de suite la peinture alors ?
‒ Pourquoi, tu comptais détrôner Manet ?
‒ Non mais… Même en tant que sorcier, on peut souffrir d'un vide.
‒ Allons Potter, tes complexes sur la façon dont est rempli ton caleçon ne sont pas une motivation de création suff… AÏE ! »
Ils éclatèrent de rire tous les deux alors que Drago renvoyait son coussin à Harry. Quelques secondes plus tard, attiré par les rires, le chien fit son entrée en courant et vint se placer entre les deux sorciers qui se lançaient toujours des coussins pour tenter d'en intercepter un entre ses grosses mâchoires.
Une heure plus tard, ils étaient attablés dans la salle à manger, devant une nouvelle ribambelle de petits plats mitonnés par le Survivant. La tension avait disparue entre eux.
« Alors Harry, raconte-moi ta journée ?
‒ Bah tu sais… Des trucs d'auror quoi...
‒ Oh tu n'as pas le droit de m'en parler ? Ou ça t'embarrasse parce que j'étais autrefois un des criminels que tu as arrêté ?
‒ … J'ai été convoqué par mon boss parce que j'avais mal rempli certains dossiers. La paperasse, c'est un truc dont on ne parle jamais quand on présente le métier. Et c'est la moitié du travail pourtant. En plus, j'ai quelques hommes sous mes ordres maintenant et…
‒ Félicitation pour la promotion, Potter !
‒ Harry. Merci. Ouais enfin le problème c'est que je suis obligé de rattraper leurs conneries aussi quoi. Enfin bon, il y avait un gros dirigeant d'un autre département d'Aurors Français qui était là, et du coup il m'a demandé de venir montrer ma tête aussi.
‒ Parce que tu étais un auror brillant ou…
‒ Parce que j'étais Harry Potter, l'Elu et Survivant. »
Il fit une moue amère. Drago lui sourit d'un air compatissant.
« Le revers de la médaille. De ça non plus on n'en parle pas quand on présente le métier de héros de la nation je parie ! »
Harry lui répondit en tirant la langue puis reprit.
« Tiens, comme tu viens de sortir de prison, je me suis dit que tu serais peut-être intéressé par une petite sortie ? Tu sais, voir du monde, faire des rencontres… Et peut-être finir la nuit avec…
‒ Je t'arrête tout de suite Potter. Tu sembles vraiment croire que la seule chose que je veuille, c'est me jeter sur la première fille qui passe. C'est lassant alors je te prierais d'arrêter.
‒ Oh aller Drago, tu sors de taule ! Cinq ans sans voir une femme ! Me dis pas que ça ne te fais ni chaud ni froid ! On est entre mec, je sais ce que…
‒ Potter ! Je te conseille d'arrêter là. Si tu veux sortir, sors. Je ne te retiens pas. Tant mieux pour toi. Je n'ai pas envie. C'est tout.
‒ Pourquoi ?
‒ Ma libido ne te regarde pas aux dernières nouvelles !
‒ C'est pas ta libido, me prend pas pour un con Drago, tu…
‒ Ok. Alors le fait que je ne sois même pas capable de me regarder dans la glace sans vomir et que donc je risque d'avoir du mal à me déshabiller devant une tierce personne, fusse-t-elle une fille ivre, ne te regarde pas aux dernières nouvelles. Ca te va ?
‒ …Oh.
‒ Oui Potter, oh.
‒ Harry. Tu sais, tu n'es pas obligé de te déshabiller, il y a des filles qui…
‒ Potter ! Harry !»
Drago savait que le brun le taquinait en tentant de dédramatiser l'aveu, et il lui en était reconnaissant. Harry le regarda quelques secondes pensivement, embarrassant le blond, puis il reprit son sourire plein d'entrain et la parole en même temps :
« Bon d'accord, reste ici à lire comme un petit vieux, moi je vais profiter de ma jeunesse ! Mais demain, je t'emmène faire du shopping et tu n'as pas le choix ! Histoire que tu te refasses une garde robe digne de Drago Malefoy !
‒ Harry, je n'ai pas d'argent et…
‒ Roh recommence pas, tu n'as qu'à te dire que j'ai été payé avec de l'argent qui provenait de ton manoir, alors c'est un peu le tien ! Voila ! Et si ca te tracasse, tu pourras toujours me rembourser un jour. C'est pas négociable ! Je vais me préparer pour passer une nuit de folie moi, salut ! »
Il se leva sans attendre, et d'un coup de baguette magique entraina toute la vaisselle sale à sa suite vers la cuisine en sifflotant. Drago resta assis à table, mortifié par l'idée d'aller faire les boutiques avec Potter. Le calvaire de la cabine d'essayage. Et surtout devoir encore quelque chose au Survivant. Heureusement qu'il avait laissé son ego dans un des recoins crasseux de sa cellule, sinon il serait déjà mort de honte dix fois depuis le début de la journée. Il se leva et alla jusqu'à la cuisine, maintenant déserte, où la vaisselle attendait d'être faite. Il décida qu'il pouvait au moins faire ça pour son hôte qui lui offrait le gite, le couvert, et qui décidait de lui payer des vêtements. Il se perdit dans ses pensées.
« Alors tu t'es finalement résolu à me payer en nature ? »
Drago sursauta et lâcha l'assiette savonneuse qu'il tenait et elle se brisa en heurtant l'évier. Il jura et se retourna. Il fut stupéfait de trouver Harry si élégant : il portait un pantalon noir assez serré pour mettre en valeur ses jambes et ses fesses, mais pas trop, histoire d'avoir l'air innocent. Et là dessus une chemise cintrée, noire également, qui mettait en valeur sa silhouette en V et dont il avait replié les manches, évitant ainsi à l'ensemble de sembler trop formel. Ses cheveux sauvages avaient été laissés au naturel. Il était beau, ces vêtements lui donnaient un petit air ténébreux qui s'alliait à merveille avec l'éclat moqueur qui faisait briller des yeux verts. Drago fronça les sourcils.
« Oh ca va, fait pas cette tête, tu débutes en tant qu'elfe de maison et c'est qu'une assiette, c'est pardonnable ! »
Il rejoint Drago devant l'évier d'une démarche détendue et répara l'assiette d'un sort. Drago se sentit irrité par le parfum envoutant du brun qui flottait dans l'air. Potter s'était préparer pour être un piège à mecs, c'était évident. Il trouvait qu'il y avait quelque chose de vulgaire dans cette démarche clairement assumée. Il ne se permettrait jamais un tel commentaire déplacé à voix haute, bien sur.
« Je t'ai dit d'arrêter de faire cette tête ! Recommence plutôt à chanter !
‒ Chanter ? Tu débloques Potter, je ne chante pas !
‒ Si, tu chantonnais quand je suis arrivé !
‒ Mais bien sur ! Et qu'est ce que je chantonnais ?
‒ Bah je m'y connais pas moi…Un truc connu… Ca faisait ca ! »
Et le brun se mit à siffler un peu maladroitement d'un air concentré. Drago commença par lui adresser un sourire narquois qui se figea sur son visage quand il reconnut la Lettre à Elise de Beethoven. Il chantonnait inconsciemment la Lettre à Elise. L'assiette lui échappa une seconde fois des mains, mais cette fois Harry ne rit pas quand elle se brisa.
« Tu te sens bien Drago ?
‒ C'est… C'est rien. Je…je me rends juste compte que mon cerveau fait des trucs sans que je m'en aperçoive, t'inquiète pas. »
Le brun regardait maintenant son invité avec inquiétude. Drago lui fit son plus beau sourire pour le rassurer.
« Allez, va draguer Potter ! Je vais laisser tomber la vaisselle pour ce soir, au sens figuré cette fois, aller lire un peu et ensuite j'irais me coucher. On se verra sans doute demain matin ! Amuse-toi bien. Et ne te sens pas obligé de rentrer pour moi si tu veux passer la nuit dehors ! »
Il lui fit un clin d'œil qu'il espéra convainquant au brun en le poussant vers la sortit. Celui-ci résista et le fixa encore puis décida de partir, après un dernier regard scrutateur. Il le salua, à nouveau joyeux et frivole, excité comme un adolescent, et s'en alla après lui avoir demandé de faire sortir le chien une dernière fois au moment d'aller au lit. Drago resta planté dans l'entrée où il avait suivi Harry pour recevoir ses instructions en simulant un air détendu et serein, demeurant immobile dans la pénombre longtemps après que le bruit du moteur du bolide du Survivant se soit évanoui dans le silence de la nuit. Il était perdu dans le souvenir d'une après midi pluvieuse.
Sa mère était allongée sur le canapé, belle et élégante dans sa langueur de femme de salon, sublime dans une robe longue et vaporeuse qui soulignait son corps longiligne. Elle le regardait avec tendresse. Son père travaillait ce jour là, c'était donc elle qui lui faisait travailler son piano.
« Encore une fois Drago.
‒ Je n'y arrive pas.
‒ Allons, peu importent les mauvaises notes. Arrête de perdre tes moyens quand tu te trompes, ce n'est pas grave.
‒ Mais maman…
‒ S'il-te-plait mon chéri, j'adore cette musique ! »
Elle était un professeur doux et pédagogue. Son père était nettement moins patient. Alors, pour faire plaisir à sa mère qui souriait d'un air égal malgré les fausses notes, semblant savourer le morceau comme si c'était Beethoven lui-même qui le jouait, il avait repris les premières notes de la Lettre à Elise pour la quatrième fois. Il était toujours anxieux au début, mais lentement, il se détendait et se laissait emporter par la musique, à condition toutefois qu'il ne se trompe pas dans les premières minutes. Parce qu'après, c'était la transe, il était perdu dans les sensations, et seule comptait la musique. Et il savait que c'était cet état qu'attendait sa mère, parce que voir son fils ainsi transporté était son plus grand bonheur. Son père savait jouer du piano parce qu'il se devait de connaitre cela, la musique faisait partie d'une bonne éducation. Sa mère aimait passionnément la musique, passion qu'elle avait réussi à transmettre à son fils à sa plus grande joie. Et au bout de cette quatrième tentative, enfin, il avait atteint l'extase de la musique, oubliant sa mère qui le regardait avec émotion, sa crainte de l'erreur, la pluie qui tambourinait aux carreaux, se perdant dans les notes et les sons et vibrant tout entier, 221ème corde du piano(2).
Il rouvrit les yeux. Il était dans l'obscurité de l'entrée du Manoir de Harry, tremblant un peu de l'émotion de ce souvenir dont il ignorait l'existence. Sa mère, si belle. Son piano. Il trembla à nouveau. Il commença à monter dans les étages, mais ne s'arrêta pas au deuxième : tenter de lire aurait été vain et illusoire. Il alla jusqu'au troisième, traversa le pallier en se forçant à détourner les yeux du piano sombre dont l'éclat semblait l'appeler et entra dans la chambre de Potter. La cathédrale de Potter serait presque plus juste. Il se sentit encore plus misérable et amoindri en pénétrant dans cette pièce immense. Il alluma la lumière. Belle invention que l'électricité. Il alla jusqu'à la penderie de son hôte, qui a elle seule devait pouvoir contenir la cellule dans laquelle il avait passé les dernières années. Il se figea quelques secondes, ébloui par ce qu'il trouvait là : des robes de sorciers de tous les jours et des robes de soirées, des vêtements de moldus divers, jeans et pantalons, t-shirt et chemises, pulls en laine fine et sweat-shirt déformés et délavés, joggings et costumes, du sol au plafond. L'odeur de propre, de lessive.
Il se rappela de la raison de son incursion, et se mit à ouvrir les tiroirs, un peu embarrassé de fouiller ainsi. Les chaussettes. Les cravates. Les sous-vêtements. Enfin, il trouva un tiroir contenant quelques maillots de bain. Il détestait les slips de bain, mais malheureusement, à part un slip noir, ce frimeur de Potter n'avait que des shorts de bain de surfeur qui lui tomberait sur les chevilles même s'il serrait le cordon de toutes ses forces. Il prit donc le slip et quitta vite les lieux après s'être assuré que tout était à sa place.
Une fois au bord de la piscine, il se refusa à allumer les lumières, pour profiter du clair de lune qui illuminait délicatement la véranda et jetait des reflets argentés sur l'eau. Il trouva un petit boitier de contrôle dans le mur, qui permettait de chauffer la piscine et d'allumer les spots dans l'eau, ce qu'il fit. Il se retourna et contempla la piscine. Elle rayonnait étrangement, tableau surnaturel et mouvant au gré des mouvements de l'eau.
Faire de la musique ou du sport, c'était les deux seuls moyens qu'il connaissait pour se vider la tête. Il aimait nager, quand il était jeune et que ses parents l'emmenaient en vacances dans des iles paradisiaques et des clubs de vacances luxueux. Il ne retournerait certes plus jamais au bord de la mer, il se l'était promis le matin même, mais ne plus supporter la mer ne voulait pas dire ne plus supporter la natation. Il se déshabilla, détournant les yeux du reflet fantomatique renvoyé par le verre de la véranda. Il enfila le maillot de bain pitoyable du Survivant, le trouvant effectivement trop grand, puis sortit une serviette éponge et une paire de lunettes de plongée d'un placard élégamment aménagé dans le mur. Enfin, il allait pouvoir se glisser dans l'eau. La Lettre à Elise résonnait encore dans sa tête. Dans une cinquantaine de longueurs, pas de doute que Beethoven le laisserait enfin tranquille.
Lentement, il marcha jusqu'à la piscine. Cinq ans passés à quelques mètres de la plus grande piscine du monde mais sans jamais avoir pu faire une pauvre brasse. Il s'assit sur le rebord dallé de la piscine, frissonnant au contact du carrelage. Puis il trempa son pied, sa cheville, son mollet. Sa jambe pendait dans l'eau, spectrale, ses fins poils blonds scintillants d'une étrange manière sous la lumière blafarde des spots sous marins. L'eau était tiède. Il sourit, savourant par avance le moment de paix qui allait arriver. D'un coup, il se laissa tomber dans l'eau après avoir enfilé les disgracieuses lunettes.
Les yeux ouverts, en apnée, il regarda autour de lui. La piscine tapissée d'un revêtement plastique bleuté. La lumière qui faisait apparaitre toutes les particules en suspension dans l'eau, lent ballet gracieux de poussières de lumière, comme des paillettes d'or qui tourbillonnent paresseusement, leur danse troublée par les mouvements du blond pour se stabiliser et rester sous l'eau. Ses cheveux qui flottaient par moment devant ses yeux. Ses mains si blanches, comme celle d'un cadavre à la lumière artificielle trop crue. Le silence. La plus belle des musiques. Il resta pendant de longues secondes entre deux eaux, immobiles, écoutant ce silence, pour repousser Elise dans son esprit, loin, très loin, ses cheveux formant une auréole irréelle autour de son visage blafard.
Puis soudain, il refit surface et nagea. Un crawl énergique qui fit vite protester des muscles affaiblis. Une longueur. Deux longueurs. Dix longueurs. Ses bras et ses jambes le lançaient. Quinze longueurs. Dix huit longueurs. Une crampe dans son mollet droit. Vingt et une longueurs. La douleur devint déchirement, les frissons couraient sur ses joues comme s'il était traversé de centaines d'aiguilles. L'oubli, enfin.
Avec un sourire doux aux lèvres, il cessa tout mouvement et se laissa flotter quelques secondes, à nouveau en apnée, les yeux fermés, savourant les sensations de son corps qui hurlait au supplice. Le silence de l'eau. L'obscurité de ses paupières closes. Ses jambes qui tremblaient faiblement, ses bras qui semblaient flasques. L'eau qui le portait et le berçait dans le doux balancement des courants qu'il avait créés. Son esprit vide, qui ne jouai plus aucune musique, ne dessinait plus aucun tableau d'antiques leçons de piano, ne recréait plus les hurlements de terreur et de douleur ou les visions de sang et de mort, de pierre froide et de crasse. Il remonta à la surface et nagea difficilement jusqu'au bord auquel il s'accrocha.
Il était essoufflé, et tout son corps était à la torture mais il souriait. Il se sentait calme. Mais le calme était toujours de courte durée, et il n'avait même pas fini de reprendre son souffle que déjà le brouhaha reprenait, les gémissements de souffrance se mêlant à Brahms. Il ne savait même pas d'où venaient ces cris. Etait-ce un souvenir, peut-être de la prison, peut-être du manoir ? Ou peut-être était-ce un avant-gout de ses propres cris quand il irait en Enfer, comme une prémonition glauque ? Il sourit amèrement à cette pensée ridicule.
En prison, il lisait. Tout et n'importe quoi. Il n'y avait pas beaucoup de livres à la prison des Sorciers, car quand il y avait encore des Détraqueurs, aucun prisonnier n'aurait eu l'idée saugrenue de lire et aucun directeur n'aurait créé une bibliothèque dans de telles conditions. Il avait lu tout ce qui s'offrait à lui de moldu. La Bible. Dieu, le Jardin d'Eden, le Paradis et l'Enfer, les paraboles et les psaumes, l'Apocalypse. Jolie fable. Il avait voulu en lire plus. L'Enfer de Dante (3). Le Paradis Perdu de Milton (4). Il avait sourit ironiquement en lisant les élucubrations des moldus qui dépeignaient sadiquement milles souffrances, la menace forçant les crédules à se comporter sagement. Mais très vite, ses rêves avaient été hantés par les gravures de Dante. Il se voyait visiter les 9 cercles de l'enfer. Il se voyait payer son orgueil et sa lâcheté, ses crimes et la haine qui avait guidé sa vie, payer encore et encore toutes les infamies qu'il avait commises et proférées, payer enfin et subir de terribles tortures que Dante lui-même n'avait pas pu concevoir. C'était idiot de faire des cauchemars pareils, alors qu'il savait pertinemment que Dieu, l'Enfer et les pêchers capitaux étaient des inventions de moldu. Mais pourtant, il s'était réveillé souvent la nuit en ayant vu ses tripes se répandre sur un sol crasseux, ses membres se disloquer, sa peau être arrachée.
Il soupira, tristement. Oui, le silence était toujours de courte durée. Malgré le fait que ses membres étaient encore tremblants, il prit une inspiration et reprit ses va et viens. Une longueur. Deux. Cinq. A nouveau la paix et les élancements. Sept longueurs. Dix. Onze.
Soudain, une lumière violente éclaira l'eau et Drago s'interrompit en plein milieu de la piscine. Il émergea, trouvant Harry debout sur le seuil de la pièce, l'air ébahi :
« Bordel Malefoy mais qu'est-ce que tu fais ? Tu t'entraines pour les JO ou quoi ? »
Drago entreprit de demander ce qu'étaient les « jios » mais il se sentit soudain mal et avala une grande gorgée d'eau chlorée, incapable de se maintenir à la surface.
« Allez, réveille toi, Drago, me fais pas ça, réveille toi… »
Drago ouvrit les yeux, désirant identifier le propriétaire de cette douce voix qui le suppliait. Des yeux verts. Qui pouvait avoir des yeux aussi verts ? Il n'avait jamais remarqué à quel point le vert était une belle couleur. Il aimait décidemment le vert. Il papillonna des yeux, puis se sentit émergé, cotonneux. Potter. Ses bras autour de lui. La prison. La voiture bleue. Potter. Le jardinier. Potter qui sort. La piscine. Lui quasiment nu dans les bras de Potter. Réalisant enfin, il se débattit si fort que le brun tomba à la renverse, et lui-même se mit à reculer loin du Survivant hébété avec des gestes désordonnés, poussant des pieds et des mains pour s'éloigner. Sa main glissa sur le carrelage mouillé et il heurta durement le sol froid. La douleur ne le perturba même pas, tant son esprit était paralysé par une crainte sourde, un hurlement intérieur lui ordonnant de vite se cacher, cacher ce qu'il était devenu. Il se leva et alla en courant maladroitement jusqu'aux chaises longues où reposait la serviette qu'il s'était sorti plus tôt dans la soirée. Sans même réfléchir à ce qu'il faisait, il s'emballa tout entier dans le drap de bain immense et délicatement parfumé. Il resta de longues secondes contre le mur, serrant convulsivement la serviette, haletant, son regard apeuré fixé sur Harry qui était toujours assis par terre à quelques mètres de là, complètement trempé, la bouche encore ouverte dans une expression de surprise comique.
Harry finit par se reprendre, soupira et se leva. Il dégoulinait sur le carrelage, et s'ébroua comme un chien. Il s'approcha de Drago d'un air décidé, et celui-ci se tendit encore plus, les tremblements de son corps frêle s'accentuant encore :
« Dégage Potter. Éloigne-toi de moi !
‒ Mais de quoi tu as peur à la fin ?! Je ne vais pas t'agresser !
‒ Ne me touche pas ! Arrête de vouloir me sauver ! Et sors d'ici ! Fous-moi la paix !
‒ Arrête de te cacher Drago ! Ca suffit ! Il va falloir que tu apprennes à vivre avec qui tu es ! Tu ne peux pas fuir indéfiniment ce que tu es devenu !
‒ LACHE MOI ! Je n'ai pas besoin de toi !
‒ Mais arrête de me fuir, et de fuir la réalité ! Je veux t'aider, c'est tout ! Laisse-moi juste…
‒ Personne ne peut m'aider. Je ne suis plus personne. Arrête de vouloir sauver quelqu'un qui est mort depuis longtemps Potter ! Je n'existe plus. Je n'ai pas d'avenir et plus de passé. Alors laisse-moi fuir cette réalité-là… »
Les mains d'Harry se figèrent à quelques centimètres de la serviette qu'il voulait arracher pour mettre Drago face à lui-même. Il avait oublié son projet, il ne pouvait que repasser dans sa tête les mots hurlés par le blond et le regarder avec tristesse et incompréhension, horrifié. Son ennemi, si fier autrefois, était maintenant un être détruit. Il était terrifié et anéanti. Ses yeux étaient vides quand il avait dit ca. Il le pensait. Depuis longtemps. Les mots avaient juste été prononcés à voix haute cette fois. Mais cela ne l'émouvait plus. Comme s'il s'était fait à l'idée, l'idée d'être mort à l'intérieur.
Qu'enfin Harry cesse de vouloir le toucher fut l'ouverture que le blond attendait, il échappa aux mains du brun et s'enfuit en dérapant sur le sol dallé. Harry réagit au quart de tour et le rattrapa, le saisissant par l'épaule. Il l'attira à lui, le ceinturant contre lui, ses bras entourant le torse mince. Drago se mit alors à se débattre comme un fou, battant des pieds, balançant tout son corps, hurlant, et l'Auror eut pour seul réflexe de le plaquer contre le mur avec une brutalité maladroite. Il appuya son corps puissant sur la frêle silhouette tremblante contre lui pour qu'il cesse de bouger et il grogna, malgré son souffle court :
« Arrête de fuir, et arrête de te cacher ! Tu n'es pas mort ! Tu es là ! Ton cœur bat ! Tu es vivant et il va falloir t'y faire Malefoy ! »
Pui d'un geste violent, il arracha la serviette, laissant le blond presque nu contre lui. Il s'écarta à peine, saisit Drago et le força à le retourner pour voir son regard. Il était effrayé et furieux. La violence brillait dans ses yeux, et Harry se demanda si la prison n'avait pas rendu son ancien camarade fou. Il laissa un écart entre eux et continua rageusement :
« Allez fait-le, frappe moi ! Fais-moi mal si tu veux ! Mais arrête de te faire du mal à toi-même ! Ca ne sert à rien, tu as payé pour tes erreurs ! Ca suffit maintenant ! Arrête ! »
Il avait crié d'une voix presque désespérée. Il avait passé la journée à voir mille signes de la détresse de Drago. Il se détestait, s'insupportait, c'était tellement évident malgré ses tentatives de rester digne que Harry avait eu envie de pleurer cent fois.
Drago était furieux. Il tremblait. Et enfin, il répondit à la provocation et se jeta sur lui. Mais au lieu de sentir ses poings, ses ongles, des dents, Harry ne sentit que ses bras maigres se nouant autour de ses épaules, et sa tête se nichant dans son cou. Drago sanglotait dans ses bras, tremblant de tous ses membres avec violence, sans la moindre retenue, sans la moindre barrière, s'accrochant désespérément à sa chemise trempée. Des sanglots pitoyables, incontrôlables, déchirants. Le désespoir fait son. La détresse personnifiée. Ses mains se crispaient sur la chemise du brun, tout son corps tressautait. Harry se sentit stupide, les bras ballants. Maladroitement, il enlaça son ancien ennemi dont les sanglots redoublèrent, son corps fragile se collant avec encore plus de force contre celui du brun, comme on s'accroche à la bouée dans la tempête. Cela dura longtemps. Harry ne savait pas quoi dire. Il se contentait de caresser lentement le blond, ses cheveux humides, sa nuque gracile, ses épaules fragiles, son dos où il sentait au bout de ses doigts les côtes et les vertèbres saillantes sous la peau glacée. Pauvre chose.
Il le souleva un peu, et d'un geste réflexe, sans cesser de pleurer, Drago noua ses jambes décharnées autour de la taille du brun qui l'emmena doucement dans les étages tout en lui caressant le dos de ses mains chaudes. Il arriva enfin dans la chambre bleue, tout en haut. Il s'assit sur le lit, le blond accroché à lui avec le même désespoir, quoique les sanglots s'étaient un peu apaisés, réduit à des larmes silencieuses qui faisaient seulement frissonner tout son être. Il se mit à murmurer.
« Ca va aller Drago. Calme-toi. Ca ira. Je suis là maintenant. Tu verras. Tu existes. Moi je le sais. Fais-moi confiance. Crois-moi. On est dans ta chambre. Il faut que tu te couches. Tu as besoin de dormir. Demain ça n'ira peut-être pas mieux, ni même après-demain, mais ca viendra. Je le sais. Je t'aiderais. Je ne te laisserai pas. »
Le blond se détendit doucement contre Harry, et lentement se détacha de lui pour s'allonger. Il ne regarda pas Harry dans les yeux, l'air épuisé, abattu, les yeux rouges et ensommeillés, des frissons incontrôlables le secouant par moment. Le Survivant remonta les couvertures sur le corps si fragile du blond, grêle comme une plante qui se serait étiolée d'avoir passée trop de temps à l'obscurité. La main de Drago vint s'accrocher à la manche humide du Survivant quand celui-ci voulut se lever.
« Reste. S'il-te-plait. »
Le blond le regardait, épuisé, et Harry vit un petit garçon terrifié, la peur se lisant dans ses yeux argentés. Pauvre enfant qui en avait trop vu, trop vécu. Le drame de cet être détruit, c'était qu'il vivait dans un cauchemar permanent, dont la seule porte de sortie était la mort, et qu'il y vivait seul, enfermé en lui-même, au milieu des démons et de la peur, sans échappatoire, sans repos, sans fin. Fragile chose qui tentait de ne pas sombrer, de ne pas laisser le cauchemar le submerger, qui s'accrochait à tout parce qu'elle n'avait rien. Qui supportait juste en étouffant ses sanglots dans l'oreiller et qui attendait un réveil, une aube qui ne venait jamais. La nuit permanente. Il ne pouvait pas rester encore seul dans ce cauchemar. Ca faisait trop longtemps déjà qu'il était seul, qu'il souffrait en silence.
Harry déboutonna sa chemise, puis détacha sa ceinture et enleva son jeans, et enfin s'allongea à côté de Drago qui se blottit contre lui. Le contact de sa peau glacée et frémissante donna envie de pleurer au brun. Il le serra fort contre lui parce qu'aucun mot ne pouvait franchir sa gorge, et que de toute manière les mots étaient superflus, inutiles, encombrants entre eux en cette seconde. La seule chose qu'il pouvait faire, c'était le serrer contre lui pour lui transmettre la chaleur de sa peau, afin qu'il arrête de trembler, et pour qu'il sente un cœur battre non loin du sien. La fin de la solitude, enfin. L'espoir d'un réveil. D'une lumière venue dissoudre les ténèbres.
NOTES:
(1) Des Souris Et Des Hommes (Of Mice And Men) de John Steinbeck. Il a reçu un Prix Nobel de Littérature plus que mérité pour ce monument. (vous voyez, je vous avez promis un prix Nobel !) En quelques 150 petites pages, et sans avoir besoin de rentrer une seule fois dans la tête de ses personnages (aucun « POV » pour reprendre un langage ffnet), il nous offre des êtres rustres et dures mais profonds et émouvants, et la plus belle amitié de l'Histoire, si on peut parler d'amitié mais je ne suis pas sur que ce soit le mot le plus approprié. Quelque chose de plus fort et de plus trouble, de plus muet et de plus bouleversant que l'amitié. Lenny et George. (Je parie qu'il y a des gens qui ont écrit des fictions yaoi sur eux, mais je trouve que ce serait salir en quelque sorte leur relation qui ne rentre pas dans les cases.) Un livre fantastique. Me faire pleurer deux fois en 150 pages, c'est quand même un exploit jamais réédité. (Je sais, je parle sans arrêt de pleurer sur des livres, mais ça n'arrive qu'une fois tous les tremblements en vrai ! Je vous jure !) Fabuleux. Un des livres que j'emmènerais avec moi au gré des déménagements, dans mon top 5 dans nul doute.
(2) Il y a 88 touches sur les pianos actuels, et 220 cordes (une corde par note dans les graves, deux dans les notes intermédiaires, trois à quatre dans les aiguës). Merci Google =)
(3) Jamais lu la Divine Comédie de Dante, mais je compte bien lui régler son compte un jour ! En gros, Dante raconte sa visite guidée de l'Enfer, avec pour guide Virgile, c'est pas rien quand même (il a écrit entre autre chose L'Enéide, digne pendant romain de L'Iliade et l'Odyssée de Homère, la classe quoi). Ils passent par les portes marquées de la célèbre maxime « Toi qui entre ici, abandonne toute espérance » et descendent dans les 9 cercles de l'enfer, dédiés aux divers péchés par ordre croissant de gravité (où sont torturés les pécheurs par là où ils ont péché, que ceux qui n'ont pas reconnu le concept du mythique film Seven aille vite refaire leur culture cinématographique !) puis Lucifer les récupère tout au fond du trou et les remonte jusqu'au Mont du Purgatoire , montagne que doivent gravir ceux qui veulent atteindre le Paradis pour expier leur pécher. Tout en haut du Mont, l'Eden. De là il gagne le Paradis (9 cercles concentriques à nouveau, par ordre de vertus croissantes) et il rencontre finalement Dieu au centre. La partie marquante du poème (puisque c'est un poème) c'est l'Enfer et les tortures, qui ont marqué le Moyen Age et ici Drago ^^ L'édition initiale (et une bonne partie de celles qu'on trouve sur le marché aujourd'hui) était illustrée par Dante himself. Bon je me prétends pas grande connaisseuse, désolé si des littéraires trouvent quelque chose à redire à ma présentation, résumé bâti avec Google et mes maigres connaissances !
(4)Le Paradis Perdu (Paradise Lost) de Milton. Je ne pourrais pas trop en parler, je l'ai entamé, mais j'ai dû arrêter pour des raisons indépendantes de ma volonté. Je reprendrais ça un jour, et je préfère pas trop vous en parler parce que pour vous faire un résumé efficace, il faudrait que je m'autospoile en allant voire sur le net, donc je me tais =) Juste en gros ca raconte la Chute (Lucifer et tous les anges révoltés qui se font virés du Paradis à coup de pompes dans le cul), description sympathique de la hiérarchie infernale, je sais que ça parlera aussi de L'Eden et de la sortie d'Adam et Eve du Jardin d'Eden après que cette pute d'Eve ait écouté un serpent à pattes (non mais franchement, un serpent avec des PATTES, elle aurais dû venir voir le truc foireux ! =P) lui dire que les pommes c'était bon et que merde, Dieu c'était qu'un vilain rabat-joie !
Bon j'avais dit que c'était un chapitre plus léger que le précédent, mais cette fin n'est pas faite pour corroborer mes dires…
J'espère que vous avez aimé. Dites si vous avez aimé, dites ce que vous avez aimé, dites si vous n'avez pas aimé et qu'est-ce que vous n'avez pas aimé, racontez moi quel temps il fait chez vous et si votre toit a perdu beaucoup de tuiles dans la tempête de ce week-end, peu importe, mais parlez moi, je me sens seule à parler à mon écran sans savoir si quelqu'un me suit dans mes élucubrations XD
Reviewer, c'est un peu comme voter ! On se dit toujours «j'y connais pas grand-chose, mon avis est pas très important, j'ai pas grand-chose à dire, d'autres le feront mieux que moi » mais la fanfiction, c'est comme la démocratie, il faut qu'on s'y mette tous pour bâtir un monde meilleur =D Alors faite un acte citoyen ! Reviewez !
Avec Nella, Yes We Can !
\o/
Bise
Merci à tous mes (é)lecteurs, je ne vous oublierais pas ;)
Nella
