RIGHT?
Blabla de l'auteur : Ah que coucouuuu ! =)
Et hop, un nouveau chapitre. Encore deux, et ce sera la fin de Right. Snif. Je ne suis pas trop pressée de quitter cette fic, elle me plait décidemment beaucoup. J'espère que vous aussi elle vous plait beaucoup =)
Bref, c'est la vie, donc voila un nouveau chapitre, on ne peut pas lutter indéfiniment contre l'inexorable avancée du temps et…Okay je me tagueule (du verbe Tagueuler, ouaip. Même que c'est moi qui l'ai inventé. Voila. Nella, Ministre des Néologismes Foireux dans le Gouvernement de la Connerie Humaine ! Beaucoup de responsabilités, mais une grosse voiture de fonction rutilante et un secrétaire sexy ;) ).
J'ai été étrangement muette niveau notes cette fois. Désolé pour ceux à qui mes conneries plaisent !
Et à propos de ce chapitre (parce que c'est en théorie de ça que je suis censée parler) : fini les vacances et le shopping dans Londres pour nos deux petits chéris, place aux choses sérieuses ! Un chapitre dense et important, pas mal de choses y sont dites. Un chapitre très complexe à écrire, en naviguant toujours sur le fil du rasoir, tenter de donner un texte qui soit sincère, réaliste, sans tomber dans la guimauve, le pathos, les clichés, les incohérences, sans trahir les personnages, sans mentir, sans trop en dire,… Un dur métier que celui d'auteur ! J'espère avoir à peu près su mener ma barque au milieu des écueils sans trop de dégâts. A vous de me le dire !
A ce propos, c'est avec un ébahissement certain que j'ai reçu une petite vingtaine de review sur le chapitre précédent en à peine 24h ! Alors c'est comme ça, il faut vous donner des ordres pour que vous reviewiez ? Ou peut-être vous ai-je fais pitié en publiant aux aurores avant d'aller en cours un samedi ? Je ne sais pas, mais si la recette marche je suis prête à réitérer ! Merci bien pour toutes ces reviews, surtout les deux ou trois reviews fleuves, merci pour tout ce soutien, tous vos avis, tous vos racontages de vie que j'aime, votre présence, chapitre après chapitre… Merci quoi !
Et merci donc une nouvelle fois pour ceux qui lisent, merci encore un peu plus à ceux qui reviewent (blablabla moteur de la motivation blablabla indispensable blablabla REVIEWEZ !), je rappelle que tout ce que vous direz m'intéressera, que ce soit des compliments ou des critiques (je prends toutes les critiques avec optimisme et philosophie (deux potes à moi, laisse tombé si tu vois pas qui c'est ^^), c'est toujours bien d'avoir un regard extérieur qui pointe les manques, faute de recul (je suis l'auteur, forcément je me trouve génialissime !) et de bêtas. !) Donc merci de reviewer, et merci d'être je l'espère encore là ce week-end pour l'avant dernier chapitre !
Voili voilou
Bise
Bonne lecture
Nella
Disclaimer : Je me demandais : comment je vais arriver à écrire des disclaimers sans cesse différents à chaque fois ? Au début c'est marrant, mais quand je vais me mettre à publier ma fiction longue (genre 30 chapitres), je vais pas être capable d'écrire 30 disclaimer !? Déjà là, je sais même pas où j'ai trouvé de quoi raconter n'importe quoi pendant… Hey mais attendez… Racontez n'importe quoi, c'est ma spécialité, qu'est-ce que je bave? =D Bon bah here we go ! Je fais caca sur la tête de JKR, si je suis ici, c'est pour devenir riche et célèbre, pour enfin avoir les putes et la coke gratuite ! Alors je vous préviens par avance, au prochain chapitre, il faudra entrer un numéro de CB pour pouvoir lire ;)
Voila ! Vive Moi ! Vive Nella ! Nella au pouvoir, Nella au pouvoir ! Tous en cœur =D
Fond Musical proposé : Après la phase « je mange du classique au petit déjeuner » et le passage « Rock My Socks Off ! », j'ai décidé de remettre le nez dans mes vieux CD ! Enfin vieux c'est relatif, quand même, j'ai pas 45 ans non plus donc bon… Ca devait avoir tout juste 5 ou 6 ans, par là. Autant dire le Paléozoïque pour moi ^^ Bref, j'ai retrouvé un groupe fort sympathique qu'on n'entend plus du tout en France je crois mais qui pourtant existe encore : Keane ! Un truc sympa, tout doux tout gentil, du rock anglais, sans guitare ! Et faire du rock avec des pianos, rien que le concept est étrange… Vous connaissez sans doute, mais c'est toujours bon de réécouter des morceaux oubliés =) Donc today, lets play Somewhere Only We Know de Keane !
Je propose, tu disposes petit lecteur respectueux des droits de la femme (parce que quand même, hier c'était la 100èmé journée des droits de la femme (ou quelque chose dans ce style) ! Et c'est grace à la liberté d'expression des femmes que les fanfictions yaoi abondent ! Vive le sexe fort (les femmes, obviously) et vive le yaoi ! Hasta la victoria siempre ! Lucha ! Okay, je me tageule.)
Enjoy
CHAPITRE V : CUL SEC
Quand la voiture démarra, Drago s'était déjà endormi dans son siège.
Les deux sorciers passèrent le dimanche ensemble. Harry entraina Drago autour du quartier en courant pour inaugurer son jogging et ses baskets tout neufs de bon matin, mais ils furent obligés de rentrer parce qu'une averse s'était brusquement abattue sur Londres, les trempant jusqu'à l'os. Ils se séchèrent et après un repas toujours aussi fastueux mitonné par le maitre des lieux, véritable chef cuisinier, ils passèrent l'après-midi dans la bibliothèque à lire puis à discuter. Harry apprit au blond mélomane à se servir de la chaine hifi pour qu'il puisse profiter de la musique en son absence, et ils débattirent du meilleur sort pour refaire de la magie pour la première fois, Drago cherchant quelque chose de vraiment important et Harry lui suggérant de choisir un sort spectaculaire ou amusant, lui proposant tout un tas de maléfices divers plus ou moins absurdes.
Les jours passaient paisiblement, une douce routine s'installant. Quand Harry travaillait, c'est-à-dire cinq jours par semaine, Drago s'occupait en son absence en lisant, en nageant, en allant flâner dans les bois tout proche avec Fluffy ou en écoutant de la musique. L'Auror faisait tout, malgré ses responsabilités, pour rentrer manger avec Drago entre midi, et pour ne pas quitter son poste trop tard le soir. Drago restait avec lui quand il cuisinait, s'intéressant à chacun de ses gestes maintenant qu'il avait décidé d'apprendre à cuisiner. Harry racontait sa journée, Drago parlait de ses lectures ou des dernières bêtises du chien, ou ils se taisaient simplement, profitant de la présence de l'autre. Drago était époustouflé par leur entente cordiale, plus aucune trace de leurs éternelles disputes d'adolescents dans cette cohabitation cordiale. Tous deux se découvraient en silence et se respectaient.
Les week-ends se passaient aussi calmement, tous les deux se tenant compagnie en silence, allant se promener ensemble, visitant le Londres moldu que Drago n'avait jamais vraiment vu, ou bien restant au Manoir pour lire et regarder des films, le blond ayant été assez vite conquis par les films fantastiques, où les moldus déployaient des trésors d'inventivité et parlaient de la magie telle qu'ils l'imaginaient.
Le blond s'était mis à faire un jour sur deux le ménage dans l'un des étages de la maison, compensant son manque d'expérience par de l'application et de l'enthousiasme, et épongeant un peu ainsi la blessure faite à son ego par le fait de vivre au crochet de son ancien ennemi. Harry n'avait pas fait de commentaire quand un soir en rentrant, il avait trouvé le blond perché sur un escabeau, faisant les vitres de sa chambre. Il s'était contenté de le saluer nonchalamment en souriant pendant qu'il allait dans son dressing ôter son uniforme.
Peu à peu, Drago se sentait chez lui dans cette vaste demeure. Il évitait le jardinier, et espérait secrètement que la femme de ménage reste encore malade quelque semaines pour que perdure sa paix. Lentement, il retrouvait sa santé, ses cheveux brillaient à nouveau, et grâce au régime alimentaire que lui imposait le brun en cuisinant comme un dieu, ses côtes étaient maintenant moins visibles sous sa peau blanche. Il s'essoufflait un peu moins vite quand il nageait, et se sentait moins fatigué le soir. Il dormait un peu mieux, même si ses cauchemars continuaient de venir le réveiller. Les nuits où les cauchemars étaient trop réels, trop douloureux, il allait rejoindre Harry dans son lit, suffocant trop tout seul dans l'oppressant silence de sa chambre. Le brun ne disait jamais rien, il lui faisait juste une place à ses côtés, passait ses bras autour de lui et se rendormait. Et Drago s'en voulait, il savait que cette situation n'était pas acceptable, qu'il ne pouvait faire comme si c'était normal, qu'il devrait un jour décider ce qu'il voulait vraiment, s'interroger sincèrement sur ce qui le poussait à agir ainsi. Il ne pouvait pas juste venir indéfiniment dormir dans ses bras et faire comme si de rien n'était ensuite, laissant planer une ambiguïté dangereuse. Mais, dans l'obscurité, il repoussait juste ce choix à plus tard, se laissant simplement bercer par le souffle doux du brun contre sa peau, oubliant sa culpabilité et les restes de son cauchemar, et il s'endormait paisiblement dans la douce chaleur des draps du Survivant. Et les lendemains matins, comme la première fois, quand Harry se levait pour aller travailler, pas un mot, pas une remarque, juste un tendre sourire du brun en le regardant se rouler dans la place laissée vide pour retenir encore un peu sa chaleur, juste sa main caressant les cheveux dorés étalés sur l'oreiller, comme un mari qui laisse sa femme seule dans le lit, analogie que Drago se refusait de faire même si le parallèle était évident. Tous deux agissaient comme si c'était naturel. Comme s'il n'y avait rien d'étrange ou de choquant dans le fait que Drago, son ennemi d'autrefois, l'un des criminels qu'il avait lui-même mit en prison, dorme ainsi avec lui, enlacés étroitement.
Il y avait des sujets qui n'étaient jamais abordés, même s'ils flottaient entre eux certains soirs, quand ils étaient dans la bibliothèque ou le salon, lovés dans les fauteuils, se regardant au dessus d'un thé. Il y avait ce flou entre eux, tous ces sujets tabous, la guerre, le présent et le futur, la prison, leur relation… Drago ne se sentait pas la force de penser à tout cela, pas la force de penser à demain parce que se reconstruire aujourd'hui lui prenait déjà trop d'énergie, parce que cette routine auprès du Survivant était trop confortable pour être mise en danger. Mais il sentait qu'Harry, en brave et courageux Gryffondor, voulait en parler. Qu'il voulait lever les incertitudes, crever les abcès, affronter la réalité. Il sentait que tous ces sujets sensibles étaient dans sa tête, dans ses yeux, au bord de ses lèvres. Sans jamais qu'il ose toutefois franchir le cap. Il regardait Drago dans les yeux, puis se ravisait, parce que le blond avait l'air trop bien, et qu'il ne voulait pas gâcher cet instant, ou bien parce qu'il avait l'air trop mal, angoissé, inquiet, fatigué, et qu'il ne voulait pas en rajouter.
Drago sentait tout cela, ces non-dits et l'hésitation de Harry, et il lui fallut deux semaines supplémentaires pour finalement décider qu'il ne pouvait plus repousser plus longtemps la discussion. Cela faisait déjà presque un mois qu'il habitait chez le brun, qu'il squattait sa chambre d'ami et occasionnellement son lit. Il y avait encore des questions auxquelles il ne pouvait ni ne voulait répondre.
Ainsi, il savait que certaines nuits, il allait se blottir contre le torse d'Harry alors qu'aucun cauchemar n'avait troublé son sommeil, juste parce qu'il trouvait qu'il manquait un bruit dans la pièce quand il était dans sa chambre sous le toit, tremblant dans son petit lit quand le vent sifflait dans les tuiles. Il avait enfin trouvé un ressac qui lui plaisait. Enfin une houle qui l'apaisait. Les halètements de la mer l'avait rendu hystérique, dépressif, suicidaire, mais la respiration de Harry l'apaisait, le berçait, lui donnait envie de sourire. Il se sentait bien. Il aimait être le rocher contre lequel les douces vagues du souffle chaud du Survivant endormi venaient se briser. Il ne savait pas encore s'expliquer ce sentiment, pas plus que le trouble qui naissait parfois au creux de son ventre au contact de la peau du brun ou au son de son rire, mais il savait que ce non-dit faisait partie de ceux qu'Harry lui laisserait la liberté d'aborder ou pas. Il y avait cependant des choses plus sombres qui s'immisçaient parfois entre eux et dont il ne pouvait plus nier l'existence.
Il se jeta donc à l'eau, un vendredi soir, trouvant un moyen de tendre une perche à son hôte. Harry avait débouché une bouteille de vin blanc, et ils étaient assis côte à côte sur le tapis devant la cheminée, le dos appuyé contre le canapé, à quelques centimètres l'un de l'autre.
« Allez, Harry, on va faire comme si on était encore des gamins ! On va jouer à un jeu de boisson ! Du genre « je n'ai jamais » ! Ou action ou vérité ! On ne faisait pas ce genre de truc à Serpentards, ça m'a toujours manqué !
‒ Je parie que tu tiens l'alcool comme une Poufsouffle de première année, alors fais pas trop le fier Malefoy, parce que dans une demi-heure tu vomiras tes tripes sur mon tapis !
‒ Si tu es si sûr de toi, accepte ! Tu peux dire tout ce que tu veux, profites !
‒ D'accord. Fixons les règles alors. Chacun son tour, on pose une question. L'autre doit répondre en toute franchise. S'il ne veut pas répondre, il a le droit à un joker, à savoir vider son verre. Etant donné que cette bouteille de vin français m'a couté l'équivalent d'un gallion, il est hors de question qu'on joue en illimité et qu'on la gaspille en entier. Alors on n'a le droit qu'à trois jokers. Non, deux, la bouteille est déjà bien entamée!
‒ D'accord. Tu es le maitre de maison, à toi de lancer le jeu.
‒ Non, c'est toi l'invité. Après toi.
‒ Soit. Alors… »
Il réfléchissait, en regardant le Gryffondor avec son air de Serpentard calculateur le plus machiavélique, tentant en vain d'angoisser le brun qui lui souriait paisiblement, pas le moins du monde effrayé par les questions que pourrait lui sortir Drago.
« En troisième année, c'était bien toi à Pré au Lard, le lanceur de boue, je n'ai jamais eu aucun doute là-dessus. Comment tu as fait pour aller à Pré au Lard alors qu'il y avait des Détraqueurs ?
‒ Je connaissais un passage secret pour aller à Pré au Lard. Il partait d'une statue au deuxième étage du château et débouchait dans la cave de Honeydukes, et j'avais ma cape d'invisibilité.
‒ Mais comment tu l'as su?!
‒ Tu es sûr de vouloir gâcher une question pour ça ?
‒ Rah mince… Bon à ton tour.
‒ D'accord. Alors… Je sais ! C'était quand et avec qui la dernière fois que tu as eu des relations sexuelles ?
‒ …Potter ?! T'es un grand malade ! Et d'abord, cette question elle compte double !
‒ Non, c'était une seule phrase, une seule question. A toi de répondre, n'essaye pas d'esquiver !
‒ T'es vraiment un obsédé ! Je ne répondrais pas à cette question. »
Drago croisa les bras, les joues roses, regardant fixement l'âtre pour ne pas croiser le regard du brun qui lui servait un verre, un grand sourire aux lèvres. Le blond prit le verre à pied entre ses longs doigts et but lentement le nectar, savourant, les yeux fermés.
« Réfléchis déjà à ta question, hein ! »
Drago ignora en apparence l'impatience de son camarade de jeu, mais son cerveau tournait déjà à toute allure. Quand il eu presque fini son verre, il éloigna le verre de sa bouche et regarda Harry dans les yeux puis, après quelques secondes d'hésitation, il posa la question qu'il venait de réussir à formuler.
« Je veux savoir comment le Héros de l'Angleterre, adulé de tous et autrefois entouré d'une meute d'amis et de fans divers et variés, s'est finalement retrouvé seul dans une grande maison vide. »
Drago assista à tellement de réactions mêlées au fur et à mesure que les mots franchissaient ses lèvres brillantes de vin qu'il était difficile de tout saisir. Tout d'abord, le brun, qui le regardait d'un air amusé jusque là, fut exaspéré par la représentation que le blond donnait de lui, star au milieu de ses groupies. Puis l'évocation de la solitude provoqua un éclair de douleur dans ses yeux. Puis il parut vaguement amusé par la question du blond, bien que celui-ci ne sache pas trop pourquoi, et enfin il devient pensif, cherchant ses mots. Après quelques secondes, il se racla la gorge et répondit :
« A la fin de la guerre, ca a été très dur, je me sentais vraiment mal dans ce que j'avais fait, dans le role de héros qu'on me donnait, comme si j'étais génial parce que j'avais tué. Je ne m'attendais pas à ressentir une telle horreur face à ça, à cet acte. Rien ne prépare à ça. A ce sentiment. A cette culpabilité. Voldemort était un monstre, à peine vivant, plus vraiment un homme depuis des années, mon ennemi mortel pendant toute ma vie. Et pourtant, je m'en voulais. Malgré tout, je m'en voulais. Même si j'avais toujours su que ça arriverait, je m'en voulais horriblement, au point de ne plus pouvoir dormir, de fuir les gens, de me sentir constamment oppressé. Alors je me suis plongé dans le travail, j'ai été l'Auror le plus acharné de tout le département.
La guerre était finie, et malgré le fait que les Mangemorts étaient encore en liberté, ils avaient plus ou moins cessé leur activité, se cachant et fuyant, et parfois pour les plus fanatiques perpétrant des crimes seuls dans leur coin, à petite échelle, pour se défouler d'avoir vu leur rêve s'effondrer, et peut-être parce qu'ils avaient un peu l'illusion de pouvoir quand même bâtir leur idéal absurde sans leur leader. Il y avait donc tout à faire pour les Aurors, on avait du boulot par-dessus la tête avec tous ces criminels en fuite. Mais pour le reste de la population sorcière, c'était l'heure de faire les bilans et de reconstruire, la presse parlait peu de notre combat et des exactions commises par les derniers Mangemorts, la Gazette préférait titrer sur les procès, les Mangemorts abattus, les plans de reconstruction, tout ce qui laissait à penser que la guerre était terminée, loin derrière déja. Tout le monde voulait vite tourner la page. Et mes amis étaient de ceux qui voulaient oublier comme ça.
Ron et Hermione se sont mariés, ils ont fait leurs études et entamés leur carrière, Hermione en tant qu'avocate et Ron en tant qu'entraineur de quidditch, puis Hermione et ses ambitions de défense des opprimés les ont forcés à déménager en Belgique comme je t'ai dit. Ca fait trois ans qu'ils y vivent. Je crois qu'ils pensent à faire des enfants maintenant. Et leur histoire est un peu celle de tous mes amis. Tous après la mort du Lord Noir ont voulu tourner la page au plus vite, oublier et passer à la suite. Moi, je n'y arrivais pas. Certains avaient tués plus que moi, mais ils ne ressentaient pas ce que je ressentais. C'était la guerre, et même si ça les réveillait parfois la nuit, ils ne culpabilisaient pas vraiment. Moi je ne pouvais pas juste hausser les épaules et trouver ça normal, même si c'était la guerre. Ils ont essayé de m'aider, de me forcer à avancer, à trouver quelqu'un, à arrêter d'être obsédé par la capture des derniers mangemorts, à quitter même mon travail pour faire autre chose, quelque chose qui me coupe de la violence et de la guerre. Mais ils n'ont pas réussi, parce qu'aucun ne m'a compris.
Alors petit à petit, ils ont abandonné cette bataille perdue d'avance. Ils ont fait leur vie, et maintenant ils sont presque tous mariés ou en passe de l'être. Neville est parti en Afrique, étudier les plantes médicinales et je crois qu'il est en couple avec une fille qu'il a rencontré à l'institut de Botanique de Johannesburg. Ginny est mariée avec Zabini, et elle est enceinte de six mois maintenant. Ils font un couple merveilleux, une vraie surprise. Il a rejoint l'Ordre et ils se sont rencontrés là. Luna est mariée avec Colin Crivey, ils travaillent ensemble dans le journalisme, elle est reporter et lui est son photographe. Dean et Seamus sont tous les deux mariés, Dean avec une moldue et Seamus avec Cho Chang, et ils ont même un enfant qui doit bien avoir un an ou un an et demi maintenant. Enfin voila, tous ont fait leur vie, ils ont leur métier, leur couple, ils ont avancé.
Moi j'ai passé trois longues années incapable de quitter une espèce de dynamique pervers, comme si arrêter des meurtriers allait laver le sang que j'avais sur les mains. Et puis au bout d'un moment, il ne restait plus grand monde à arrêter. Les cinquante mangemorts les plus dangereux ont été rattrapés, ou sont mort. Et je me suis retrouvé à court de gens à échanger contre l'absolution de mon âme. Alors j'ai bien dû me résoudre à abandonner et accepter.
Ca a pris plusieurs mois, ça a été long et difficile, ça m'a couté cher en gueule de bois, je me suis réveillé des dizaines de fois dans le lit d'inconnus total sans savoir comment j'étais arrivé là, je me suis fait remonter les bretelles par mon chef une douzaine de fois parce que j'arrivais en puant l'alcool ou que j'avais un cocard de la taille d'un gallion, et puis ça a fini par se calmer. Je n'ai plus eu besoin de boire ou d'aller faire le con. Je ne saurais pas vraiment dire pourquoi ou comment, mais j'ai arrêté d'être hanté par ça. Jedusor était mort, et c'était mieux pour tout le monde. C'était lui ou des milliers d'autres. Je devais le faire. Toutes ces phrases qu'ont m'avait répété des milliers de fois sans qu'elles m'atteignent avaient finalement trouvé un écho quelque part en moi. C'était vrai. Ce n'était pas de ma faute. C'était le mieux à faire, y compris pour Tom Jedusor. Je ne pouvais pas me punir pour avoir sauvé le monde. J'ai juste mis trop de temps pour réaliser tout ça. Quand je me suis réveillé, j'étais seul dans un grand lit froid, et mes amis avaient fait leur vie dans moi. Ca aussi, j'ai fini par faire avec. Tu sais tout. Ca te va ? »
Avec un sourire un peu dépité, Harry leva les yeux vers Drago qui était pétrifié à côté de lui, choqué par la misère dans laquelle s'était retrouvé le pauvre héros à qui tous avaient tourné le dos. Ses fidèles amis, tous ceux à qui il avait sauvé la vie, le ministère, la population qui avait été bien contente qu'il se sacrifie pour eux, qui l'avait adoré et vénéré, tous l'avaient abandonné après usage, quand les effets pervers des manipulations de Dumbledore s'étaient fait sentir, quand le héros a fait une dépression. Il avait envie de le serrer dans ses bras, mais quelque chose dans les yeux verts l'en empêchait, comme une paix inexplicable. C'était vrai, il n'en voulait à personne, il acceptait tout cela. Drago qui était en colère pour Harry se sentit l'espace d'une seconde en colère contre Harry : comment pouvait-il accepter cela comme ça ? Calmement ? Sereinement ? Il avait été utilisé, et après avoir tout donné pour les autres, les autres l'avaient laissé seul ! Mais le calme sur le visage du brun mangé par les ombres finit par apaiser Drago. C'était fini. La révolte aurait été inutile. Il acceptait. Il vivait sa vie. Même s'il n'était pas heureux, Drago le savait. Il fallait qu'il change ça, qu'il trouve un moyen. Harry lui avait sauvé la vie, il aimerait en faire de même.
« Tu dois finir ton verre Drago ! Essaye pas de m'arnaquer ! »
Drago sursauta, il avait oublié que c'était un jeu. Mais son initiative remplissait sa fonction, Harry avait parlé. Il vida d'un trait la gorgée qui restait au fond de son verre pendant que le brun cherchait la question qu'il allait poser.
« Raconte-moi la prison. »
Drago manqua de s'étouffer en avalant son vin et après une quinte de toux impressionnante qui lui fit monter les larmes aux yeux, il put enfin parler :
« Mais c'est…c'est même pas une question ! Ca veut rien dire ça ! »
Il toussa à nouveau. Harry resta pensif quelques secondes, cherchant une formule adéquate qui couvrirait tout ce qu'il voulait savoir.
« Je voudrais que tu me racontes comment se sont passées ces cinq dernières années, ce que tu as fait, ce que tu as vécu, ce qui s'est passé dans… dans ta tête, tout. La prison quoi.
‒ Tu parles d'une question.
‒ Tu y réponds ou pas ? »
Drago observa le brun, semblant peser le pour et le contre. Brûler son second joker, c'était s'exposer à des questions pires encore. Il acquiesça faiblement puis son regard se reporta sur les flammes. Pendant deux longues minutes, le silence régna dans la pièce, seul résonnait le crépitement du feu, au point qu'Harry était sur le point de demander à Drago s'il était mort quand il entama enfin son récit.
« Ma cellule était petite, dix mètres carrés, un lit dur, avec des draps gris, une couverture de laine qui sentait un peu le moisi, un lavabo fendu, des toilettes. De la pierre froide et toujours humide. Comme tout le reste. Tout était toujours froid et humide. Une fenêtre, tout petite, avec de gros barreaux, qui donnait sur la mer. Je passais 20 heures là dedans. Au début, tu n'arrives pas à dormir, tu sursautes quand une clé tourne dans la serrure, quand un autre prisonnier hurle. Tu te retiens d'aller aux toilettes parce que tu crains que quelqu'un passe dans le couloir et te vois. Tu te sens toujours sale, transi, humilié. Froid et humide. Mais on se fait à tout. Après un ou deux jours à te retenir, tu abandonnes ta pudeur. Et tu chies dans la cuvette froide et humide, même si tout le monde peut te voir.
Le soir, on nous emmène à la douche. Des douches collectives comme des vestiaires de sport. En plus sale. En plus malsain aussi. On va à la douche par groupe de six. Il y a toujours un gardien dans la pièce pour empêcher… tout dérapage disons. Mais sa présence ne gêne pas certains. Ils ne font rien mais te regarde. Après avoir appris à baisser ton froc devant le gardien, tu apprends à vivre avec le fait que des gros porcs lubriques rêvent de faire de toi leur pute. Il parait que chez les moldus, c'est monnaie courante. Les prisons sorcières ont au moins l'avantage de nous protéger de ce genre de déchéance. Mais je crois qu'un passage à l'acte aurait été à peine plus avilissant que de sentir ces regards pervers qui prennent sans pudeur, scrutent et décortiquent avidement, comme un viol. Tu apprends à ne plus y penser. A ne plus avoir honte. A accepter le fait que tu n'es plus qu'un rat de laboratoire. Que chacun de tes mouvements est observé, que même les gestes les plus intimes sont réalisés avec un gardien au dessus de ton épaule. Tu arrêtes de t'appartenir à toi-même. Il n'y a plus d'intimité. Il n'y a plus vraiment d'identité. Les uniformes gris. Des numéros imprimés dessus. Je n'étais plus Drago Malefoy, j'étais 4129. C'est comme ça. On mange au réfectoire tous ensemble, là encore des gardiens partout pour éviter les débordements. Les rations sont réduites, de quoi vivre mais pas de quoi faire taire vraiment les cris de ton estomac, et la nourriture est une bouillie infâme, un genre de purée grisâtre hypercalorique. Pas de gout à part celui de sel que laissent les embruns à toute chose sur ce foutu caillou. Pas d'odeur que l'âcre odeur d'iode. Pas de couleur autre que des nuances de gris et de bleu. Pas de musique, ni de silence. La houle, toujours, où qu'on soit dans la prison. Les prisonniers qui crient et qui hurlent, qui rient et qui pleurent, qui s'interpellent ou qui délirent. La folie est parfois le retranchement de ceux qui n'en peuvent plus. Comme aucun détenu ne supporte vraiment cela, comme il y a toujours un moment où on n'en peut plus, je suppose qu'on devient forcément un peu fou.
On perd peu à peu tous ses repères. Toutes les normes. On perd la notion du temps. On oublie peu à peu ce que c'était que de voir de vraies couleurs, de sentir de vrais odeurs, de parler avec de vraies personnes, on oublie ce qu'on croyait savoir, toutes ces limites et ces règles qui construisent un homme. Il ne reste plus que le vide de l'ennui, et le ressac toujours. Et les souvenirs s'effacent aussi. On aimerait s'accrocher à notre vie qui nous fuit, alors on ressasse certains souvenirs. Certains détails, certaines scènes. On repasse dans notre tête certaines chansons, certaines discussions. Mais on finit par se rendre compte que la prison efface ça aussi. Les contours sont moins nets, les sons sont comme étouffés, les couleurs sont peu à peu délavées, et au final notre souvenir finit terne et gris. Froid et humide. Alors on abandonne ça aussi. Il vaut mieux déposer les armes que de voir tout ce qu'on aime mourir peu à peu. Et on se laisse aller. On se lève, on marche, on se couche, on mange, on se douche, on va aux toilettes, tout ça comme un zombie. Peu importe les regards obscènes des autres détenus, les gardiens qui vous toisent et vous méprisent. On laisse couler. Comme un zombie. On a oublié pourquoi on était là et pourquoi c'était mieux dehors, on n'a plus aucune raison de se battre ou de résister. On attend. La libération ou la mort. Un des deux. Peu importe laquelle, ça semble égal. Juste que ça vienne. Mettre fin au vide et à la désespérance. D'une manière ou d'une autre. Peu importe laquelle. Pour que tout ne soit plus froid et humide. »
Un long silence suivit cette réponse faite sur un ton las. Drago avait toujours le regard perdu dans l'âtre, un air de rêverie douloureuse peinte sur ses traits fins et marqués, et Harry à côté de lui l'observait douloureusement, les larmes aux yeux. Le silence s'étirait en longueur. Après un soupir, Drago tourna finalement la tête vers le brun et lui sourit d'un air espiègle, les yeux rendus brillants par l'alcool qui lui montait à la tête :
« A mon tour. Alors dis-moi, Harry, pourquoi tu es venu me chercher à la sortie ? »
Les yeux de Harry s'agrandirent et il se redressa un peu. Il ouvrit la bouche et la referma plusieurs fois sans qu'aucun mot ne sorte. Il saisit la bouteille de vin et remplit son verre, puis le porta à la bouche. Mais au moment de boire, il hésita, puis le reposa.
« Tu étais en prison à cause de moi. Le directeur de la prison m'envoyait régulièrement de tes nouvelles, parce que j'étais inquiet pour toi. Je savais que tu serais seul en sortant. Que tu n'aurais personne pour t'accueillir et probablement aucun plan. C'était de ma faute, c'est moi qui t'ai mi en prison. Et puis tu étais seul. J'étais seul. Alors je me suis dit qu'on pourrait se tenir compagnie quelques semaines, pour voir.
On a toujours été pareil toi et moi au fond. Les gens nous entouraient pour ce que nous représentions plus que pour qui nous étions. Et même nos amis les plus sincères nous ont tournés le dos quand on a vraiment eu besoin d'eux parce qu'on n'était pas capable de renoncer. Renoncer à ton honneur, renoncer à mon combat inutile. On est tous les deux seuls à cause de notre entêtement. Et je sais ce que c'est de se détester pour ce qu'on a fait. Je sais ce que c'est de faire des cauchemars sans fin.
Et c'est moi qui t'ai mis en prison. Je me sentais coupable. Non, pas coupable, c'est un mensonge, une excuse. Je me sentais juste… proche de toi. Alors je t'ai tendu la main parce que tu en avais besoin, et que moi j'en avais envie. Que j'en avais besoin aussi en fait. Parce que je te comprends. Et que tu as toujours compté pour moi. Toi et moi, c'était pas pour le paraitre, pas parce que tu étais le descendant Malefoy et que j'étais le Survivant. Ca a toujours été parce tu es Drago et que je suis Harry. C'était peut-être violent et brutal, mais c'était viscéral, c'était vrai. Alors tu as compté, ouais. Et je ne laisse pas les gens qui comptent pour moi dans la merde. Voila. Tu méritais une seconde chance. Moi, on m'en a bien donné une. »
Il sourit, et but d'une traite le vin. Une fois le verre vide, il le posa et attaqua à nouveau :
« Maintenant, raconte-moi ce qui s'est passé au Manoir Malefoy. »
Il s'attendait à ce qu'à nouveau Drago proteste, mais au lieu de ça il laissa aller sa tête contre le fauteuil, posant son avant-bras sur ses yeux en soupirant avec lassitude.
« Tu aimes les questions qui font mal hein Potter! »
Il se redressa, passa la main dans ses cheveux, remonta ses genoux contre son torse, et les yeux à nouveau perdus dans la cheminée, il se lança dans une réponse fastidieuse et douloureuse :
« Je crois que j'ai toujours su que cette voie ne mènerait nulle part. Mais je l'ai quand même suivie. Parce que changer d'avis, ça aurait signifié reconnaitre que j'avais eu tord toute ma vie. Alors j'ai accepté de suivre le chemin tout tracé.
Le Seigneur des Ténèbres attendait beaucoup de moi. Après tout, j'avais été théoriquement dressé pour le servir, j'étais son petit protégé. Il espérait faire de moi un disciple parfait. Seulement il a vite compris que je ne tuerais pas. Je ne pouvais pas. J'en étais incapable. Ca l'a beaucoup déçu. Mais comme il savait que j'étais un élément précieux, parce que je l'écoutais, que je lui obéissais, et aussi parce que j'étais plus intelligent et charismatique que le reste de ses troupes, il m'a gardé, il a fait de moi un chef. Un stratège. Je crois qu'il espérait de moi des faveurs… enfin des faveurs répugnantes que je n'ai jamais voulu lui accorder. Mais en tout cas, il m'a confié la tâche de planifier les attaques. Avec des cartes, des infos sur les mouvements des troupes de Dumbledore, tout un tas de données, je préparais les offensives.
J'avais aussi le rôle de mener certains interrogatoires et de commander. Je détestais les interrogatoires au début, mais je me suis rendu compte que quand je laissais cette tache à des sous fifres, le travail était moins bien fait et le sujet était bien plus maltraité, alors je me suis forcé. Parce que j'ai toujours été un bon manipulateur, alors je n'avais presque pas besoin de recourir à la torture, et quand je n'avais pas d'autre choix, je ne le faisais pas en en tirant du plaisir, alors c'était finalement mieux pour eux quand c'était moi qui leur parlais. Et puis quand je parlais à ces gens, je pouvais jouer mon rôle, faire ce pour quoi j'ai été élevé, paraitre. Avoir l'air sûr de moi et détaché. Et quand j'étais dans ce rôle, c'était simple, je ne me posais pas de question. Alors j'ai fini par faire la plupart des interrogatoires au Manoir.
Je n'allais jamais sur le champ de bataille mais du coup j'étais constamment coincé au manoir. Il y avait toujours des dizaines de Mangemorts qui y vivaient, des Mangemorts importants et des non gradés. Et beaucoup de prisonniers dans les cachots. Des moldus, des sangs-de-bourbe, des cracmols, des sangs-mêlés, de traitres à leur sang, des otages,… Ils étaient torturés, battus, insultés, humiliés, et les moins « intéressants » servaient de distraction aux sadiques divers et variés qui vivaient là. Mais ça, ton jardinier a dû te le raconter. Pour moi, c'était… Je ne pouvais pas les considérer comme des êtres humains. Parce qu'alors je n'aurais pas pu tenir. Tenir mon rôle, mon rang, tenir le coup aussi, et sauver mon honneur, parce que c'était à peu près tout ce qui me restait. Alors j'ignorais les suppliques, je faisais comme si je ne voyais pas les cadavres et le sang. Et quand je n'arrivais plus à ignorer les hurlements de douleur, je jouais du piano. Pour couvrir. Voila. C'était comme ça le manoir.
‒ Pourquoi tu ne joues plus de piano ? »
Le blond regarda quelques secondes le brun, douloureusement surpris par cette question.
« Tu es sur de vouloir gaspiller une question pour ça ?
‒ Oui. »
Drago soupira, remplit son verre et le vida d'une traite. Sa tête tournait un peu, il n'avait plus bu depuis trop longtemps, et c'était déjà le troisième verre qu'il vidait. Il reposa son verre, et se frotta les yeux. Il se sentait engourdi, par l'alcool et la fatigue combinés. C'était son dernier de joker qu'il venait d'utiliser. Il chercha quelques secondes une question.
« Pourquoi tu vis comme un moldu ?
‒ Euh… J'en sais trop rien, j'ai toujours vécu comme un moldu hors de Poudlard. Et je crois qu'au final la magie est un peu synonyme de…de tout un tas de choses dont je ne veux pas dans ma vie privé. La célébrité. La violence et la mort. Mon rôle, mon sacrifice. La pression et les responsabilités. Etre un sorcier m'a beaucoup apporté mais ça m'a surtout beaucoup couté. Je fais avec, mais je crois que j'ai besoin de vivre comme ça. Pour me détacher un peu, avoir du recul. Vivre au milieu de gens qui ne se retournent pas sur mon passage en murmurant surtout, qui me regardent comme quelqu'un de normal ou mieux, qui ne me regardent pas du tout. L'anonymat, c'est un peu des vacances. Voila, je crois. Encore à toi de poser une question, vu que j'en ai posé deux.
‒ Comment tu t'es rendu compte que tu étais homo ?
‒ Roh c'est vieux ça ! Et bien à Poudlard, j'ai commencé à faire des rêves. Et à avoir des pensées… anormales disons. Et avec les filles, ça ne collait pas si bien que ça. Je croyais les aimer, je les idéalisais. Une fois qu'on était ensemble, je me retrouvais invariablement à vouloir les quitter, à les trouver ennuyeuses. Une fois que je les avais, elles perdaient leur charme. Je ne me sentais pas à l'aise avec mes petites copines.
Un soir, il y avait un garçon dans le vestiaire des Gryffondor, alors que j'étais allé voler tout seul. Il était gay, c'était bien connu. Il avait un an de plus que nous. Je ne ressentais rien pour lui mais il était beau. Et je lui plaisais. Et…enfin je vais pas te faire un dessin, mais ce qui s'est passé ce soir-là, ça m'a prouvé que je préférais les garçons. Après il y a eu la guerre puis la chasse aux Mangemorts, alors je n'ai pas vraiment eu le temps de réfléchir à tout ça. Ensuite il y a eu la période où j'ai réalisé que rien n'effacerait ma culpabilité, même si je mettais tous les Mangemorts du monde sous les verrous, avec toutes ces nuits dans le lit de mecs différents. Et quand je dis « lit », c'est une image, parce que j'ai rarement visité leur lit. Je ne me souviens pas des noms ni des visages. Moins parce qu'on était défoncé que parce que je me moquais de qui ils étaient.
Quand j'ai accepté de vivre avec ma conscience, j'ai arrêté ça. J'ai rencontré un garçon. Un moldu. Il s'appelait Will. Il était beau. Je ne l'a jamais aimé, mais lui je crois qu'il m'aimait. On est resté ensemble plusieurs mois. Il ne savait rien de moi. Il savait juste par les habitués du bar que j'étais réputé pour avoir emmené pas mal d'autres blonds avec moi. Je savais qu'il savait, mais il n'en a jamais parlé. Et puis un jour, il m'a quitté. Parce qu'il ne savait rien de moi et qu'il savait qu'il ne saurait jamais rien au fond. On était bien ensemble. C'est dommage que ça se soit fini comme ça.
‒ Je croyais que j'étais pas ton genre Potter ?
‒ Quoi ?
‒ Tu as dis que ton truc c'était les blonds.
‒ Certes… Allons Malefoy, tu devrais savoir depuis longtemps que tu es le genre de tout le monde ! Et puis avoue que si je t'avais dit qu'effectivement, je préférais les blonds, tu te serais sauvé comme une grosse pintade terrifiée ! »
Harry lui souriait, amusé. Drago ne réagit pas, haussant les épaules. L'image était vexante mais il fallait reconnaitre qu'il aurait surement tourné les talons.
Il était avachi contre les coussins du canapé. Ses joues étaient roses. Il se sentait léger, détaché. Le Survivant l'avait traité de pintade, mais ca le faisait sourire.
« Tu n'as plus de joker maintenant, hein Petit Prince?
‒ Non, je crois que non.
‒ Tu…Tu veux qu'on arrête de jouer ?
‒ Oh Harry, quel preux chevalier ! Allons, c'est moi qui ai initié le jeu. Profite du fait que je suis trop bourré pour décider d'arrêter effectivement.
‒ Pourquoi tu refuses de jouer du piano ?
‒ Roh c'est pas très réglo ça, reposer une question à laquelle j'ai déjà refusé de répondre.
‒ J'ai jamais dit que j'étais réglo ! »
Après un soupir, Drago ferme les yeux.
« Je t'ai dis que le piano, c'était avant. Ca a été ma bouée de sauvetage quand j'étais au Manoir et aussi quand j'étais en prison, au début. Mais en prison, on est obligé de faire une croix sur ce qu'on avait, sur tout ce qu'on aimait. Alors j'ai fais une croix sur le piano. Parce que le piano, ca fait partie de ma vie d'avant. Et qu'elle est finie. Je n'ai plus le droit au piano. Je ne le mérite pas. Je dois juste oublier ça. Oublier le piano. Avec tout le reste. Je ne mérite pas de bouée de sauvetage, de porte de sortie. Le piano, c'était mon seul bonheur et ma lâcheté. Je fuyais avec mon piano. La réalité, le monde, la guerre. La culpabilité. Quand je jouais, les cris se taisaient, l'odeur de sang s'estompait, j'oubliais qu'à quelques mètres de là des gens mourraient. Il ne restait que le piano. Je me rappelais mon enfance. Avant, quand tout allait bien. Mais je n'ai plus le droit de fuir. Plus le droit de jouer du piano.
‒ Tu te punis en t'empêchant de jouer ? Mais enfin Drago, tu as payé pour…
‒ Des gens sont morts à cause de moi. Pas de ma main, mais parce que j'ai donné des ordres, parce que j'ai tout fait pour qu'on gagne chacune des batailles que je planifiais, ou bien parce que j'ai fermé les yeux des milliers de fois. J'ai tué des gens. Tu crois que cinq ans en taule rembourseront toutes ces vies ? Que ca suffit ? Tu as tord. Même si je mourrais, ça ne suffirait pas. Plus de piano. Plus jamais. »
Une larme roula sur sa joue, vite rejointe par une autre. Son ton avait été dur, claquant, contrastant avec le ton doux et éthéré qu'il avait eu jusque là. Harry s'approcha et l'enlaça. Drago resta droit, digne, les yeux fermés.
« Tu as tord. Tu n'as tué personne. Tu as juste fait ce que tu as pu pour survivre. Tu as sauvé des gens. Tu as sauvé Pyguy. Tu as épargné la torture à pleins de gens. Tu as apporté du réconfort avec ton piano à des centaines de prisonniers qui vivaient une horreur sans nom. Tu as payé. Tu as payé le prix. Tu n'es pas un tueur. Tu n'es pas un lâche. Tu essayais juste de survivre. Ce n'est pas de ta faute. »
Drago ne bougeait pas dans ses bras, raide et silencieux, respirant lentement comme pour se maitriser. Harry savait qu'il ne pourrait probablement pas le convaincre ce soir. Mais il espérait que ses mots finiraient par le toucher. Il continua.
« Moi je sais que ce n'est pas de ta faute. Tu sais, je suis un Auror. J'ai été au manoir Malefoy. J'ai parlé à tous les survivants. Pyguy n'est pas un cas isolé. Ils se souviennent tous du prince. Du piano. Du blond qui ne les torturait pas. Qui ne les traitait pas comme des animaux. Ils se souviennent de toi. Et si tu n'as reçu que cinq ans, c'est parce que tous ont parlé de toi en bien. Parce que pour tous, tu as été une lumière dans l'obscurité. Tu n'as fait que ce que tu devais. Tu n'as tué personne. Tu as sauvé des gens. Il faut que tu m'entendes Drago. Un jour, un vieil homme m'a dit que tu étais aussi prisonnier qu'eux, que ça se voyait dans tes yeux. »
Drago ouvrit les yeux, l'air effaré. Aussi prisonnier qu'eux, sans nul doute. Mais, il aurait pu fuir, il aurait pu combattre, il aurait pu…Harry comprit ce qui se passait dans la tête du blond.
« Non Drago. Tu n'aurais pas pu fuir. Parce que Voldemort t'aurait retrouvé. Qu'il t'aurait tué. Tu aurais pu choisir de te rallier à l'Ordre, mais tous ces gens seraient morts alors. Pyguy. Le vieil homme. Tous ceux que tu as sauvés sans le savoir. Ils seraient morts. »
Drago se redressa. Il était pensif. Peut-être était-ce l'alcool, mais il se sentait étrangement léger en cet instant.
« Pourquoi tu me dis ça ?
‒ Parce que c'est vrai. Et que tu dois l'entendre. Tu dois le savoir. »
Un silence s'éternisa entre eux. Le blond le rompit.
« Potter, c'est à ton tour de poser une question.
‒ Quoi ?
‒ Je viens de t'en poser une. Donc c'est à toi. »
Harry sourit. Drago avait encore la trace de ses larmes sur les joues. Il regardait le feu d'un air grave. Et le brun voyait par moment ses mâchoires se contracter. Il décida de détendre l'atmosphère.
« Alors, dis moi, depuis combien de temps tu n'as pas eu de relations sexuelles ?
‒ Potter ! Tu me désoles. Tu aurais dû venir à Serpentard.
‒ Allez, plus de joker, et c'est toi qui veux continuer le jeu !
‒ Tu sais que tu es en train de profiter d'un faible jeune homme complètement ivre, hein ?
‒ J'assume !
‒ D'accord. Ca fait plus de sept ans. La dernière fois, j'étais encore à Poudlard.
‒ Sept ans ?!
‒ Et ouais. En prison, tu te doutes que je n'ais pas eu l'occasion de rencontrer beaucoup de partenaires à mon gout. Au manoir non plus, j'y ai côtoyé assez peu de femmes, et soit c'était des prisonnières, et je ne profite pas de ma position de supériorité sur les plus faibles, pas comme certains Gryffondors que je connais, soit c'était des Mangemorts et leur idolâtrie me filait la gerbe. Et de toute façon, l'ambiance n'était pas vraiment à la romance. Donc sept ans. Plus quelques mois. Une jolie brune de Serdaigle. Un coup d'une nuit. Elle était sacrément déchainée, une vraie tigresse ! »
Harry rit en voyant Drago sourire d'un air lubrique qu'il ne lui connaissait pas. Puis il reprit très sérieusement.
« Sincèrement, comment tu as pu tenir aussi longtemps !? A ton âge ! Tu devrais être à bout, il faut qu'on sorte et que tu te trouves quelqu'un ! Demain sans faute !
‒ Allons Potter, tu ne connais pas le vieil adage, on n'est jamais mieux servi que par soi même ? »
Harry fut stupéfait du naturel avec lequel Drago avouait cela, un sourire coquin aux lèvres, amusé de sa grivoiserie. Il fut encore plus stupéfait de voir le blond se pencher vers lui, les yeux brillants, les joues roses, ce même sourire espiègle jouant sur ses lèvres, et lui souffler comme une confidence, exhalant une odeur capiteuse de vin :
« Je suis comme tout le monde Harry, il arrive un moment où une vidange s'impose. »
Il se redressa, amusé. Le Survivant était rouge.
« Tu…Tu n'est pas… On devrait peut-être…
‒ Oh c'est mignon ! Tu parles sans complexe du fait que tu t'enfilais tous les mecs de ton bar moldu dans les toilettes, mais tu rougis comme une pucelle quand je dis que je me masturbe. T'es marrant Potter. Enfin, on est entre mec comme tu dis, c'est naturel. Pas de quoi faire cette tête. Même en prison, un homme a ses besoins. Je fermais les yeux, quand j'étais dans mon lit. Et je pensais très fort à… à quelqu'un qui me plaisait. Une fille avec qui j'avais passé une nuit, ou quelqu'un avec qui j'aurais aimé coucher. Et quand je sentais mon cœur s'accélérer sous ma main, je descendais plus bas et ensuite… »
Il parlait d'une voix suave, et au fur et à mesure qu'il parlait, sa main bougeait. Il avait d'abord fermé les yeux et rejeté sa tête en arrière d'un mouvement un peu trop souple, l'alcool affectant ses gestes, ses cheveux s'étalant sur le canapé. Sa main était posée sur son torse, près de son cœur. Puis avec un sourire lascif, les yeux toujours fermés, ses doigts avaient couru le long de sa cage thoracique. Quand ses doigts frôlèrent la boucle de sa ceinture, une main ferme saisit son poignet, le tirant de sa transe.
« Drago, je crois qu'il vaudrait mieux que tu ailles te coucher. Tu as trop bu. Vraiment trop. Allez, viens, je vais t'aider à monter. »
Drago était penaud, il regarda le brun vider son verre d'un trait énergique, se lever, et lui tendre la main pour l'aider à se relever. Le Survivant s'était posté devant le blond, et son visage était perdu dans l'ombre. L'ex Serpentard se laissa emmener jusqu'à sa chambre sans protester, se sentant anesthésié, flottant dans une douce chaleur. Une fois qu'il fut assis sur son lit, Harry repartit. Avant de franchir le seuil, il lâcha quelques mots d'une voix un peu empressé. Ses joues étaient encore rouges. Ses yeux brillaient aussi.
« Tu me remercieras demain. Dors maintenant. Bonne nuit Drago. »
Le blond se sentait toujours perdu dans un brouillard agréable, et ne comprenait pas vraiment la réaction du brun. Il se contenta de s'allonger dans son lit après avoir maladroitement enlevé son t-shirt. Il tenta d'enlever son pantalon mais ses mains refusaient de lui obéir. Il abandonna et sombra dans un sommeil sans rêve.
Voili voilou, j'espère qu'avec toutes ces informations en même temps, toutes ces confidences, j'ai su doser ce que je voulais dire. J'espère qu'on ne tombe pas dans le cliché, ni dans l'improbable. J'espère que ça vous a plu. J'espère qu'il va faire beau ce week-end et qu'on aura bientôt le remède au SIDA et à la faim dans le monde. L'espoir fait vivre. Mais ce qui est encore plus efficace que l'espoir, c'est les reviews =) Je suis un petit Tamagoshi qui a besoin que vous le nourrissiez régulièrement ! Allez, hop hop hop, ou je fais caca partout !
Nella au pouvoir Nella au pouvoir !
Vous pouvez lancez des tomates pourries virtuelles dans les commentaires au pire. J'ai un sens affuté de l'esquive t'façon ;)
Bise
A ce week-end j'espère
Nella
