RIGHT?

Blabla de l'auteur :

Je suis un peu triste. Tellement que je dis pas bonjour tiens ! Vous voilà arrivés au fameux jour, (doublement) particulier pour moi, à la fois attendu et redouté. Nous voila arrivé à la fin de cette fiction. J'ai écris tout ce que je voulais écrire, raconté tout ce que je voulais raconter avec cette histoire, et je suis contente de moi, contente du cheminement, contente du voyage, contente de la façon dont Drago s'est relevé, contente de la fin. Contente de cette histoire. Fière aussi, un peu, j'avoue, satisfaite. C'est peut-être pas parfait, c'est peut-être pas géniale, mais ça me plait vraiment. Mais pourtant je n'arrive pas à me défaire du sentiment de perte alors que je m'en sépare aujourd'hui en vous livrant le dernier chapitre, je n'arrive pas à effacer l'envie de continuer encore un peu. J'ai toujours du mal à laisser les choses que j'ai aimé derrière moi, que ce soit des gens, des histoires, des lieux, des morceaux de ma vie comme cette année qui se termine pour moi. Si au bout de 7 pauvres chapitres, je me sens comme ça, je me demande comment font les auteurs de fictions fleuves ou les écrivains quand ils terminent leurs romans ! JKR a dû avoir envie de pleurer en écrivant son épilogue (autant parce qu'il était à chier que parce qu'il signifiait la fin d'une époque pour elle^^). En tout cas, n'espérez pas pour rien, cette histoire est terminée et il n'y aura pas d'autres chapitres ! Aucun épilogue n'est envisagé, pas de suite, rien ! =)

Bref, voila la fin de l'histoire, et j'espère qu'elle vous plaira. Qu'elle vous satisfera au moins un peu, même s'il n'y a pas de lemons, même s'il n'y a pas ce que vous vouliez, même si je ne vous donne pas ce que vous attendiez ou espériez, j'espère que vous saurez apprécier ma fin, même si elle diffère de la votre.

Je voudrais dédier ce chapitre à tous ceux qui liront ces lignes. Parce que ca voudra dire que vous avez lu cette histoire du début à la fin. Une pensée particulière à tous les lecteurs qui m'ont suivi une fois encore au fil des chapitres mis en ligne, à tous ceux qui ont reviewé au fur et à mesure, qui sont revenus à chaque fois, qui se sont impatientés, qui ont trépigné, qui ont aimé, qui m'ont encouragée, qui ont juré et tempêté contre les personnages (et pas contre moi :P), qui ont été émus, touchés, captivés, passionnés, qui m'ont soutenue, qui ont analysé mes choix et mes mots (j'adore toujours autant, c'est trohklass ! :P), qui ont tenté d'imaginer la suite (j'aime quand personne ne devine et que je vous surprend ^^), qui ont posé des questions et suivis mes délires, qui ont laissé des pavés énormes ou quelques mots, qui m'ont demandé en mariage (non en vrai personne l'a fait ça :P) ou simplement qui m'ont remercié. Merci donc à vous tous, à tous ceux qui ont aimé cette histoire, j'espère ne pas vous décevoir avec ce dernier chapitre.

Un bisou spécial à Mayou120 puisque c'est grâce à elle que cette histoire a vu le jour.

Merci par avance pour toutes les reviews que vous me laisserez sur cet ultime chapitre, un bonheur à chaque fois, bien évidemment. Je répondrais, comme toujours, avec l'enthousiasme débordant et émerveillé que m'inspirent vos commentaires (désolé si parfois les RàR sont des romans à elles toutes seules XD). Reviewers anonymes, merci aussi à vous, même si je ne réponds que si j'ai un mail pour le faire ^^

Je crois que tout est dit, reste le chapitre…

Bonne lecture

Bise

Nella

Disclaimer : Les œuvres citées/utilisées appartiennent toutes à leur artisan, et chacun des artistes dont j'utilise les productions dans ce chapitre ont le droit, comme à chaque fois, à mon idolâtrie éternelle ! (Ce disclaimer est pas très lol mais bon l'heure est grave (« *dong dong dong * vous voyez comme elle est grave ? » Une référence mystère, celui qui trouve sans Google a le droit à une récompense, je sais pas encore quoi ^^) )

Fond Musical IMPOSE : Vous avez pas le choix ! Parce que j'ai été élu Maitre du Monde au premier tour à 99,8% des élections qui doivent se dérouler dans deux semaines (c'est beau la démocratie hein) ! Et que les moutons ont besoin d'être guider, sinon ils font n'importe quoi ! Alors pour être sure que personne n'écoute Lorie ou bien 50Cent en lisant mon sacrosaint chapitre final, je vous ORDONNE de mettre Chopin ! Tapez sur Youtube « Cortot Chopin Nocturne No. 2 in E flat major, Op.9 No.2 » et cliquez sur la première vidéo, et on discute pas, bande de moules !

J'impose et tu obéihoses (j'ai pas trouvé mieux comme rime qu'un néologisme de merde :/ mais j'ai le droit, c'est toujours mon Ministère. Oui parce que je suis en même temps Maitre du Monde et Ministre des Néologismes Foireux, j'ai tous les droits y compris celui de cumuler les mandats :) ) petit lecteur mélancolique (parce que c'est le dernier chapitre, alors tu te dois d'être triste ^^)

Enjoy


CHAPITRE VII : RIGHT ?

La dernière chose qu'Harry vit, c'était le blond qui ouvrait son parapluie et avançait sous les trombes d'eau. Puis la porte se referma dans un bruit sourd. Puis le silence.

Le silence encore, le silence toujours, semblant s'étirer à l'infini, comme pendant des heures. Puis le chien poussa un gémissement plaintif en laissant retomber sa gueule massive sur ses pattes, toujours allongé sur le carrelage. Et ce soupir tira le brun de son immobilisme, comme un électrochoc. Soudain il s'élança, ouvrit la porte et sortit en courant. En à peine quelques mètres, il fut trempé jusqu'aux os, mais peu importait. Le blond était sur le trottoir(1), mince silhouette noire dans la lumière grise qui tombait d'un ciel d'apocalypse. Harry le voyait à travers le rideau de la pluie qui posait sa valise par terre, et mettait sa main ainsi libérée et encore bandée dans sa poche, à la recherche de sa baguette magique pour héler le Magicobus. Il sortit enfin sa baguette. Sa main tremblait le long de son corps, se serrant convulsivement sur l'aubépine. Le Survivant arriva enfin juste derrière lui et saisit son poignet alors qu'il allait lever l'objet magique.

« Non ! »

Le blond se retourna, dévisageant le brun d'un air stupéfait, les yeux un peu rouges et brillants. Harry rougit un peu sous ce regard interrogateur et intense, se rendant compte qu'il ne savait pas quoi dire pour le retenir maintenant qu'il était devant lui.

« Non, Drago, s'il-te-plait. Ne pars pas. Je… Je suis désolé, je suis un idiot. Reste, je t'en prie. Ne me laisse pas. Depuis que tu es ici, je sais pourquoi je me lève le matin. Je ne veux plus être seul. Je ne veux plus être sans toi. S'il-te-plait, ne pars pas, j'ai…j'ai besoin de toi. Maintenant que tu es là, tout semble avoir un sens. Reste. Reste encore. Encore un peu. S'il-te-plait. »

Et le blond continuait de fixer le brun qui était planté sous la pluie diluvienne, le regardant d'un air suppliant. Ce n'était pas une déclaration qu'il venait de faire. Tout juste une supplique. A peine la peur de l'abandon, ne plus vouloir être seul. Non, ne plus pouvoir être seul. Drago savait ce que c'était. Il remit sa baguette dans sa poche, ramassa son sac de voyage puis repartit vers le Manoir sans un regard de plus pour le brun, le laissant planté dans l'allée. Harry resta là quelques secondes, les yeux fermés, souriant sous l'averse glaciale, soulagé. Puis il fit demi-tour et rejoignit en courant le blond dans l'entrée. Le Survivant regarda Drago poser son parapluie dans le seau pendant que lui-même ruisselait sur le carrelage. Le blond raccrocha son manteau à sa place, se retourna vers Harry, et lui lança d'un ton cinglant, un petit sourire en coin faisant frémir la commissure de ses lèvres :

« Et bin Potter, on voit que c'est pas toi qui fait le ménage ! Tu épongeras ça tout seul ! »

Puis il tourna les talons, sa valise à la main, remontant dans sa chambre d'un air un peu pincé et froid. Harry le regarda monter avec un sourire heureux. Il restait.

La routine reprit lentement au Manoir, même si une légère gêne flotta entre eux les premiers jours. Mais l'embarras disparut peu à peu, ils discutaient toujours des heures durant, profitaient l'un de l'autre encore plus qu'avant maintenant qu'ils avaient entrevu le fait que cette cohabitation ne durerait peut-être pas toujours.

Après quelques jours, Drago retourna dormir avec le brun, n'y tenant plus. Peu importait que Harry l'ait repoussé lorsqu'il avait voulu l'embrasser, cela ne remettait pas en cause toutes les nuits où il l'avait serré dans ses bras. Le blond s'était résigné à l'idée que le Survivant ne l'aime peut-être pas finalement et qu'il s'était fait des idées, mais il ne pouvait pas s'empêcher d'avoir besoin de ses bras autour de lui, de la chaleur de ce torse large contre son dos, de ce souffle doux et régulier qui venait caresser sa nuque. Il avait tenté de résister, de se forcer à rester seul dans son lit, parce que c'était pitoyable d'avoir tant besoin d'un homme qui vous repousse quand vous faites un pas vers lui. Mais il n'avait pas pu.

Harry ne dit rien lorsque Drago céda enfin à son envie pour le rejoindre, comme à chaque fois, mais il sembla au blond que le Survivant le serrait contre lui plus fort qu'avant, et que le soupir qu'il lâcha avant de s'endormir ressemblait plus à un soupir de soulagement. Drago préféra chasser cette idée, une autre illusion à ajouter sur la liste.

Leur train-train reprenait son cours, ils lisaient ensemble, regardaient la télévision, Drago restait près de Harry lorsqu'il peignait, Harry apprenait toujours la cuisine au blond, et ils lui donnaient aussi ses premières leçons de billard. Ils nageaient, couraient ensemble, allaient promener le chien dans les bois alentours. Harry ne proposa plus de sortir le soir. Et ni l'un ni l'autre ne reparla de ce qui s'était passé dans la cuisine en revenant du bar.

Deux semaines après le jour où Drago avait failli partir, Harry avait dû regagner son travail plus tôt que d'habitude après le déjeuner, une urgence s'étant déclarée. Le blond voulut aller nager comme il le faisait souvent en début d'après-midi mais la météo était aux pluies torrentielles une fois de plus en ce début de mois de mars, et le martèlement des trombes d'eau sur la véranda alors qu'il nageait était insupportable pour le blond, lui rappelant désagréablement le bruit de l'océan. Il décida donc d'aller fouiller dans le bureau du brun en quête d'une idée pour reprendre la magie. Comme à chaque fois qu'il passait à côté du piano, il laissait ses doigts frôler l'épicéa laqué, presque sans y penser.

Harry laissait la porte ouverte puisque Drago refusait d'utiliser sa baguette pour un Alohomora et que la femme de ménage était toujours en congé maladie. Il s'assit dans le haut fauteuil de PDG de l'auror qui décidément ne s'était privé de rien en meublant son palace. Il savoura quelques minutes la sensation d'être confortablement installé dans le cuir moelleux, se balançant doucement en suivant des yeux le vif d'or qui voletait toujours dans sa cage, puis il se redressa et laissa ses yeux courir sur les papiers qui couvraient le bureau.

Drago n'arrivait toujours pas à décider que faire pour recommencer la magie, car même s'il n'avait plus peur depuis la visite chez Ollivander, il n'avait pas trouvé de sort qui vaille la peine pour lui, qui soit symboliquement assez important. Il avait pris l'habitude d'aller régulièrement dans le bureau de Harry les après-midi où il était parti au travail, pour feuilleter les livres de sorts à la recherche d'une idée, notant sur un parchemin les sortilèges qui lui paraissaient les plus dignes de cet évènement.

Paperasse, paperasse, dossiers de criminels, rapports d'accidents divers, paperasse, coupure de presse, paperasse… Il fouilla un peu et trouva une feuille de brouillon qui avait visiblement servi de premier jet pour une lettre : les paragraphes, dont le contenu était par ailleurs protocolaire et inintéressant, étaient barrés rageusement, et en dessous des lignes griffonnées de l'écriture grossière du Survivant se trouvait un dessin, gribouille qui semblait tracée sans y penser, peut-être pendant une conversation téléphonique, qui représentait sans aucun doute le blond souriant, ses cheveux ébouriffés. Il se souvint de s'être déjà vu une seule fois comme ça, le matin de leur excursion sur le Chemin de Traverse. Il sentit son cœur se serrer douloureusement devant ce dessin. Potter avait vraiment le chic pour capter les moments où il était le plus naturel.

Il fit une pile avec les papiers éparpillés, et posa le dessin sur le sommet. Il sourit en repensant à ce jour là. Cette journée qui avait si bien commencé. Le jour où il s'était senti si bien. Un peu comme si c'était le premier jour de sa nouvelle vie. Un renouveau. Ca avait certes un peu mal tourné après. Il regarda sa main. Une fine cicatrice brillante traversait encore sa paume. Il avait failli partir après ça. Mais Harry l'avait rattrapé. Il ne lui avait pas vraiment fait de déclaration ce jour-là, pas dit un mot qui ait vraiment de l'importance, juste la sincérité dans ses yeux, une peur réelle qui faisait trembler sa voix quand il lui avait demandé de rester. Et d'ailleurs depuis ce jour, ni l'un ni l'autre n'avait refait un pas en avant. Ils dormaient encore l'un contre l'autre certaines nuits. En fait, il le rejoignait pratiquement toutes les nuits. Sauf les week-ends, parce que Drago avait peur de se réveiller avec Harry à ses côtés, peur de devoir parler, peur de devoir décider. Vu la réaction du brun la dernière fois, il était hors de question qu'il refasse le premier pas.

Il soupira et continua de fouiller le bureau, ouvrant à présent les tiroirs pour s'éviter de penser à des choses qui le contrariaient. Dossiers, encore et toujours, paperasses, journaux… Il ouvrit le dernier tiroir, prêt à abandonner sa fouille totalement infructueuse, et il trouva dans ce tiroir un papier un peu froissé étrange. Il le posa devant lui et le lissa, puis le contempla. Des taches brunes comme de la boue séchée couvrait par endroit la page blanche, mais on distinguait encore des croquis faits avec des gestes vifs, brouillons, pour produire quelques dessins très noirs et assez indiscernables, fouillis de coups de crayons quasiment informes comme si dans sa fièvre, la main avait voulu retranscrire trop de choses sur trop peu d'espace. Et soudain, alors que ses doigts faisaient crisser la terre sur le papier, il se rappela que le brun avait été acheter du matériel d'art en sortant du travail quelques jours plus tôt, dont un étrange bloc brunâtre, et il comprit : Harry avait réalisé une sculpture en argile dont cette feuille était le projet, l'esquisse préparatoire. Intrigué, incapable de voir ce que représentaient les gribouillis du Survivant, il se leva et rejoignit la salle de jeu. Jamais il n'était entré réellement dans l'atelier de son hôte, se contentant de rester sur le seuil quand Harry allait y chercher quelque chose.

Il hésita quelques secondes devant le seuil puis poussa la porte vitrée qui menait à l'antre de Harry-je-suis-un-putain-d'artiste-Potter. La salle était grande, mais un indicible capharnaüm y régnait, remplissant tout l'espace: dans une odeur de peinture et de white spirit, Drago s'avança et son regard balaya la pièce. Des grandes tables couvertes d'une multitude d'ustensiles, des pots et des tubes de peintures de toutes les tailles et de toutes les couleurs, des crayons divers, des pinceaux de toutes les formes et de tous les gabarits, des piles de papiers, des toiles vierges, des tabourets et des chaises, des draps déchirés servant de chiffons, des chevalets, contre les murs des toiles recouvertes de peinture posées sous des draps, une table d'architecte, des livres, des lampes de bureau disposées un peu partout pour l'éclairer selon l'endroit où il s'installait.

Et enfin, au fond de la pièce, il le vit : sur une table couverte d'une nappe cirée blanche barbouillée de brun reposait un bloc sculpté d'argile. Drago s'approcha lentement, comme dans un rêve, hypnotisé. La lumière qui éclairait la pièce était irréelle, de fins lambeaux de soleil qui traversaient l'épaisse couche de nuages noirs et gris. La pluie tapait sur les carreaux. Et au fur et à mesure qu'il avançait, il distinguait les contours de la forme créée par les mains du brun, discernait les corps enlacés.

Il butta dans quelque chose dans sa progression et en baissant les yeux, il vit un livre en papier glacé ouvert sur la photographie d'une sculpture en marbre immaculé. Un texte en français indéchiffrable pour le blond accompagnait la sculpture, texte surmonté d'une inscription en italique et en gras, « Vertumne et Pomone » (2). La sculpture représentait deux amants, l'homme à genoux devant la femme, l'enlaçant tendrement, semblant lui murmurer tout son amour à l'oreille, la faisant sourire d'un air émue et heureux. L'ensemble était criant de tendresse, d'amour, de pureté, de grâce.

Drago leva les yeux à nouveau, le livre tremblant un peu dans ses mains. Quelque chose coinçait sa gorge, il sentait son cœur battre très fort dans sa poitrine. La terre était moins éblouissante que le marbre, et Harry était sans nul doute moins talentueux que Camille Clauder mais la ressemblance était indéniable. Seulement, à la place de la douce Pomone, c'était un frêle jeune homme qui était penché en avant. Et bien qu'il ne discerne pas le visage du Vertumne terreux niché contre la joue de sa Pomone masculine, il aurait parié qu'il ressemblait autant à Harry que l'éphèbe élancé remplaçant la nymphe mythologique lui ressemblait. Harry et Drago, à la place de Vertumne et Pomone.

Son cœur semblait sur le point d'exploser dans sa poitrine. Ses jambes tremblaient, hors de contrôle. Il se laissa tomber sur un tabouret tout proche, incapable de détacher ses yeux de la sculpture. Le livre glissa de ses mains et retomba sur le sol. Dans sa main gauche, toujours serrée, la feuille tachée. Les esquisses préparatoires. Son souffle était haché, ses pensées étaient troubles.

Longtemps, il resta là, incapable de réaliser les implications, seulement bouleversé par la beauté de ce qu'il voyait. Puis comme un automate, il se leva, et après un dernier regard sur la statue, il sortit, referma la porte avec soin, et remonta jusqu'au bureau. Il s'y assit et resta quelques secondes immobile, à reprendre ses esprits. Cette statue ne voulait peut-être rien dire, il se faisait peut-être des idées. De toute manière, il n'aurait pas dû la voir. Malgré le fait qu'Harry lui avait dit qu'il pouvait aller partout dans la maison et fouiller n'importe où, il se sentait fautif, comme s'il avait commis une horrible intrusion dans l'intimité du brun. Mais d'un autre côté, cette statue… Il avait envie d'y croire. Il secoua la tête pour lui-même : de toute manière, il était hors de question qu'il fasse quoi que ce soit, avoir vu cela ne changeait rien. Il souffla, sa décision prise : il allait faire comme si il n'avait rien vu. Ne rien changer à son comportement. Il se sentit mieux.

Maintenant, il fallait qu'il range cette feuille, qu'Harry ne devine pas qu'il l'avait vu, et qu'il reprenne ses petites recherches de sort comme si de rien n'était. Le dernier tiroir était toujours ouvert. Il se pencha pour replacer la feuille de sa main tremblante quand soudain, un dossier vierge de toute inscription qui se trouvait probablement en dessous du brouillon du Survivant attira son regard. Il abandonna le croquis de la sculpture sur le bureau et sortit la chemise cartonnée, curieux de ce qu'elle contenait. Il l'ouvrit, et découvrit une quinzaine de livrets aux couvertures de papier glacé. Le cœur du blond qui battait encore un peu trop vite à cause de l'image de l'argile imprimée dans sa rétine sembla cette fois s'arrêter. Sur le premier livret, on pouvait lire « Frantz Schubert, Impromptu op. 90 n. 2 » (3)…

Quand Harry rentra en fin d'après-midi, il s'immobilisa net dans l'entrée, le manteau à moitié enlevé pendant dans son dos, une chaussure encore au pied. Un bruit inédit résonnait dans la maison. Après avoir marqué une pause pour s'assurer que ce n'était pas son esprit qui fabulait, il jeta son manteau dans un coin, manqua de tomber en retirant à la hâte sa chaussure restante, et grimpa les escaliers quatre à quatre vers les sons impromptus qui faisaient battre son cœur à toute vitesse. A quelques marches du deuxième étage, il se statufia, s'immobilisant en plein élan, ébloui par le spectacle qui s'offrait à lui.

Sur le palier, Fluffy était allongé, somnolant. Autour de lui, partout, des dizaines de feuilles de papier couvertes de petites bulles accrochées à des lignes couvraient le sol. Entre deux partitions, non loin d'un des pieds du piano, reposait la baguette magique de Drago. Mais le plus étonnant, c'était Drago lui-même. Il était assis au piano, dont le couvercle ouvert laissait échapper un flot bouleversant de notes que les doigts fins du blond créaient en courant avec une agilité inouïe sur l'ivoire et l'ébène. Le serpentard était en transe, ses yeux étaient rivés à la partition, il avait l'air un peu fou avec ses beaux cheveux dorés ébouriffés en tout sens, laissant à deviner qu'il avait passé sa main dedans un nombre incalculable de fois, et ses yeux qui couraient sur les lignes de notes quasiment sans cligner, les lèvres entrouvertes et les joues rouges, le souffle court. Le flux de la musique était discontinu, il marquait des pauses, puis ses doigts accéléraient, le rythme était brisé, lent et par moment il se faisait tempête, doux ruisseau puis torrent tourbillonnant et déchainé, mince filet puis bouillonnement effréné. Drago était réellement transfiguré, dégageant une sorte de magie troublante. Les sons qu'il lançait dans les airs du bout des doigts faisaient vibrer l'atmosphère antique du manoir, et la seule lumière, qui provenait de la porte du bureau de Harry restée ouverte, donnait un éclairage onirique à la scène, entrant en faisceaux mordorés et obliques dans ce tableau poignant, faisant scintiller les poussières qui dansaient un lent ballet en apesanteur.

Harry sentait la musique le traverser jusqu'à l'os, jusqu'au cœur, jusqu'à l'âme, alors qu'après une dernière envolée enragée, les notes se faisaient douces, lentes, caressantes, et qu'enfin le dernier son vibrait dans l'air immobile comme un déchirant baiser d'adieu, comme le dernier souffle d'un mourant, semblant durer indéfiniment et repousser le silence de mort qui suivait.

Lentement, dans ce silence brutal, Drago émergea de sa transe, clignant des yeux, passant une énième fois la main dans ses mèches blondes, reprenant son souffle après son immersion dans la musique. Il reprenait conscience du monde, de lui-même, de là où il était, et il tourna enfin la tête vers Harry. Ses yeux s'agrandirent de surprise en constatant la présence d'un spectateur, il rougit, sembla chercher des mots, il entreprit de se lever puis se laissa retomber sur la banquette, fixant le brun sans savoir quoi faire, quoi dire, comme pris sur le fait. Harry lui-même était incapable de parler, les larmes aux yeux, tremblant de tous ses membres.

« Je …J'ai… J'ai fouillé dans son bureau, désolé. »

Le brun mit quelques secondes à comprendre ce que disait Drago, puis éclata de rire de l'embarras incongru du blond. Le rire clair réveilla le chien qui leva la tête. Harry gravit les dernières marches d'un pas un peu chancelant et alla s'assoir à côté du blond.

Il contempla les touches puis se tourna vers le pianiste rougissant.

« Pourquoi ta baguette est par terre ?

‒ J'ai…Oh… J'ai réaccordé magiquement… le piano. »

Harry vit le blond réaliser qu'il avait lancé un sort pour la première fois depuis plus de cinq ans sans s'en rendre compte. Drago réfléchit puis sembla décider que ce sort était plutôt acceptable. Il reporta son attention sur Harry qui l'observait. Il lui adressa un sourire contrit qui se figea lorsque le brun se pencha sur lui lentement, jusqu'à ce que son souffle caresse les lèvres du Serpentard, et il l'embrassa tendrement, pressant chastement ses lèvres sur les siennes sans la moindre hésitation, sa main frôlant la joue pâle avec douceur. Le contact dura à peine une seconde, délicate caresse inattendue, mais électrisa complètement le blond qui n'avait osé ciller. Harry se recula ensuite, un sourire heureux aux lèvres, et posa sa tête sur l'épaule de Drago avec un soupire d'aise. Le blond était encore figé, abasourdi, incapable de réaliser.

« Tu jouais quoi ?

‒ …Euh…Chopin. Nocturne en E bémol Majeur, 9ème Opus, numéro 2… (4)

‒ Rejoue-la. S'il-te-plait. »

Le ton de sa voix était doux, presque enfantin. Et il resta là, attendant que Drago reprenne le morceau, la tête posée sur son épaule, ses boucles noires caressant la gorge pâle, souriant d'un air confiant, alors que le blond était encore secoué par leur premier baiser. Harry l'avait embrassé. Il tenta de se reprendre.

Le piano. Encore une fois. Parce qu'Harry le lui demandait. Il sourit en réalisant qu'il rejouait du piano. Qu'il refaisait de la magie. Et qu'Harry l'avait embrassé. Et qu'il l'aimait. Maintenant, il le savait. Car l'image des amants d'argile enlacés était toujours dans son esprit, flottant comme un aveu du Survivant, peut-être encore plus vrai et indéniable qu'un « je t'aime », cette sculpture surpassant tous les mots et toutes les promesses. Et presque sans y penser, il reprit le morceau au début, les premières notes s'élevant lentement. Il pouvait bien jouer encore. Parce qu'il ne s'en lasserait jamais. Et parce que même s'il avait encore plus envie d'embrasser à nouveau Harry que de rejouer Chopin, il savait qu'il pouvait attendre encore. Parce qu'ils s'attendaient depuis des semaines. Peut-être même depuis des années en y réfléchissant. Et ça pouvait encore attendre quelques minutes, ou quelques heures. Parce que maintenant, tout allait bien se passer (5). Il était heureux. Réellement heureux. Peut-être pour la première fois de sa vie. Ca allait être difficile, mais il ne s'inquiétait pas. Car il ne serait plus jamais seul. Ils n'avaient jamais parlé de ça encore. Il n'y avait jamais eu de déclaration, ils n'avaient jamais osé mettre des mots sur leur relation, jamais évoqué à voix haute les évidences qui s'établissaient peu à peu dans leurs esprits. Mais peu importait. Pour l'instant, il pouvait juste se laisser aller à l'ivresse de la musique, à la douceur de la présence du brun tout contre lui, à l'hystérésis délicieuse de la chaleur des lèvres du Survivant sur les siennes, qui formaient maintenant un sourire doux. Le reste attendrait. Parce qu'ils pourraient faire les choix et dire les mots qui comptent une autre fois, un autre jour. Inutile de courir ou de se presser. Parce qu'ils avaient toute la vie devant eux, pas vrai ? (6)


NOTES:

(1) Vous y avez cru hein ? Vous avez vraiment cru qu'il allait le laisser partir ! Mouhahaha \o/ Voyons, c'était pas possible ! J'aime bien comment certain(e)s d'entre vous on déjà imaginé l'arrivée de Drago chez Blaise et Ginny XD Encore raté mes poulettes ;)

(2) Pour ceux qui connaissent pas c'est-à-dire 99,999% probablement (mais c'est normal hein, la sculpture est surement pas l'art le plus connu, vu qu'aucune photographie ne peut vraiment rendre grace à la beauté d'une statue ) allez jetez un coup d'œil là (vous mettez les 3w, replacez le (point) par un point, et enlevez les espaces ^^) : le-grain-de-sel-de-keline (point) com /photo-1121847-Camille-Claudel-Verlume-et-Pomone-1905_ jpg(point) html Un marbre de Camille Claudel dont je suis totalement tombée amoureuse en visitant le Musée Rodin l'an dernier (parisien et parisienne, profitez de la chance que vous avez, et courez le voir ! Un émerveillement ! Aucune photo ne rendra jamais vraiment la pureté du marbre, la grâce des corps enlacés…) Sublime étreinte tendre, délicate, et quelle plus belle matière que le marbre, immaculé et éclatant…

(3) Tapez « schubert impromptu op. 90 n. 2 » sur youtube si ca vous intéresse vraiment (même si ça n'a pas d'intérêt pour l'histoire), la première vidéo, celle d'un certain 'jeanluc999' où seules ses mains et le clavier apparaissent. Qu'on ne me dise pas que les pianistes sont pas des ninjas. C'est impossible de bouger aussi vite les mains, sérieusement ! XD (quoique moi tapant sur mon clavier ca doit valoir son pesant de cacahouètes, mais les bruits produits sont carrément moins classes…). En plus je crois qu'il joue sans partoche alors là c'est un ninja et un génie ! (enfin dans les commentaires ia quand même des espèces de craqués dla tête qui repère d es erreurs « tu as joué deux notes de trop à la 46ème seconde ! » mais LOL quoi ! )

(4) Go Youtube, tapez « Cortot Chopin Nocturne No. 2 in E flat major,Op.9 No.2 » Première video pour ceux qui l'ont pas encore fait malgré mes ordres au début! Bande de larves, je vais vous apprendre à obéir au maitre moi ^^ J'avoue que c'est un peu superflu de vous faire chercher cette version mais c'est parce que c'est la version que j'ai, celle interprétée par Alfred Cortot (ca fait genre je m'y connais mais en fait c'est juste le hasard du téléchargement qui m'a octroyé cette génialissime version que j'adore ! Il parait de Mr Cortot est l'un des meilleurs interprètes de Chopin, affirmation que je tendrais à confirmer sans avoir besoin d'écouté qui que ce soit d'autre ^^) Un morceau fantastique qui me colle des frissons de ouf =) Et pour bien vous montrer à quel point je fais ce que je peux avec ce que j'ai niveau culture classique, j'ai découvert cette musique dans Dexter, saison 2 épisode 7, je vous épargnerais le couplet de fan habituel sur cette série que j'adore (kiaaaaaa Dexter ça roxxxx !!) !

(5) J'ai eu du mal mais j'ai résisté à l'envie de placer le mythique et horrible « Tout était bien » qui nous à tous/toutes traumatisé je pense ;)

(6) Pour mémoire, « Right ? » peut plus ou moins se traduire « pas vrai ? » dans certains contextes. Ou comment justifier un titre après 70 pages de textes ! XD Tu parles d'une fiction courte :/


Voila. Tout est dit. Je ne sais pas quoi ajouter. J'espère que cette histoire vous a plu, merci de l'avoir lu, suivi, et parfois reviewé. Merci d'être là. Merci à ceux qui seront à nouveau là la prochaine fois que je publierais. Car il y aura une prochaine fois, ce n'est pas un adieu, juste un au revoir un peu triste. Je vous quitte en cette fin de chapitre comme sur le quai d'une gare, avec la promesse de revenir vous voir dans pas trop longtemps.

Bise

Nella

*agite son mouchoir par la fenêtre alors que le train s'éloigne lentement*