Titre: Sweetless

Lavi, (Je sais que ce n'est plus ton nom mais pour moi tu restes « Lavi ». Je ne pourrais jamais me résoudre à t'appeler autrement).

Tu me manques énormément aussi.

Je ne sais pas comment l'expliquer, mais c'est comme si on m'avait arraché une partie de moi-même. Et oui, je t'en veux. Je t'en veux, mais pas parce que tu ne m'as pas écrit plus tôt. Je t'en veux pour m'avoir laissée seule. Qui m'emmènera voler dans les airs comme tu le faisais, avec le manche de ton maillet? Qui me prendra dans ses bras et pleurera avec moi? Qui sera là pour m'aimer? Tu peux me le dire?

C'est moi, l'égoïste. Lors de ton départ, j'ai fais semblant de comprendre ta décision. Mais non! Je ne la comprends pas… Et maintenant, je regrette de t'avoir laissé partir…

Ça m'a beaucoup touchée que tu t'inquiètes pour mon état dans ta lettre. Je vais bien, merci. Mais tu ne le sauras jamais. C'est sûr, vu que je ne sais même pas où poster cette lettre… Tu es vraiment stupide. Pourquoi tu ne laisse même pas d'adresse ? Même après ton départ, tu continues de disparaître. Je dirai à tout le monde que tu n'es qu'une ombre éphémère. C'est la vérité après tout.

Un traqueur présent en Italie nous a rapporté qu'il t'avait vu à Rome. Il dit que tu es en bonne santé, mais que tu as vraiment l'air hagard. Lavi, il faut que tu continues à vivre. Je ne veux pas que tu deviennes un cadavre vivant, mort à l'intérieur.

C'est normal que tu culpabilises.

D'ailleurs, ça me fait presque plaisir que tu te sentes si coupable : ça signifie que tu as de la considération pour nous. Merci.

Allen et Kanda ne me protègent pas mieux que toi, ils me protègent différemment, c'est tout. Et puis, tu sais, je me suis un peu éloignée d'Allen. Il change. Parfois, je le contemple, et ses yeux sont vides. Je crois que ça me fait peur, même si je me doute que ce soit la faute du Quatorzième…

Je dois t'avouer un truc, Lavi. Tu sais, il y a encore un an, je vous aimais les deux. Je veux dire que quand j'étais seule avec Allen, j'avais l'impression que c'était lui que j'aimais, mais quand j'étais seule avec toi, j'avais l'impression de t'aimer.

C'est ignoble, non ? J'étais incapable de prendre une décision. Je refusais de le faire. Je voulais que vous soyez les deux à moi. C'est moi, l'égoïste, pas toi. Tu n'as pas à te reprocher ça. Désolée aussi de t'avoir dit que tu étais cruel. C'était vraiment sur le coup de la colère, et je pensais que tu oublierais vite cet épisode, mais visiblement non, alors, pardonne-moi…

Sinon, à propos de l'angoisse qui te saisit quand tu voyage, tu as le mal du pays, c'est clair. Ne te voile pas la face : tu avais enfin trouvé un endroit ou tu te sentais bien, et tu as dû le quitter. Ça doit être dur pour quelqu'un comme toi d'admettre ça, alors je le fais à ta place.

Je suis contente que tu te confies à moi comme tu l'as fait. Ça peut t'aider à reprendre pied, peut-être… Pour ça aussi, arrête de mentir. Tu es triste, je suis triste, ils sont tristes. Désolée encore. Tu voulais que je sois heureuse, mais je ne peux pas l'être avec cette partie de moi qui m'a été arrachée.

Tu sais, depuis que tu es parti, je vais souvent à la bibliothèque. J'ai l'impression de retrouver un bout de toi dans chacun des livres que tu as lue. Et Dieu sait que tu en as lu un paquet.

Tu as vu, toi tu mange un fondant au chocolat pour penser à moi, et moi, je vais à la bibliothèque pour penser à toi. Quelque part, c'est rassurant : on continue d'entretenir ce lien qui nous unis.

Je crois que je me rappelle aussi bien que toi du soir où je t'ai embrassé. Parce que ce soir là, j'ai fais un choix. Je t'avais choisi toi et pas Allen.

Je me souviens particulièrement de la nuit : nous avions dormi l'un contre l'autre et nous avions longuement parlé de nos vies respectives. Ça m'a fait énormément plaisir, parce qu'avant ça, tu ne m'avais jamais parlé de toi.

Je n'arrive pas à croire que ça fait déjà un an… Tu aurais dû m'écrire plus tôt. Tu as dû garder longtemps pour toi tout ce que tu m'as écrit et ça se ressent dans ta lettre. Je veux dire, je sens clairement que tu as les idées embrouillées. Lavi, ta lettre est un fouillis monumental. Tu enchaînes les idées sans grande logique. Mais elle était tout de même très bien écrite, ne t'inquiète pas. D'ailleurs, quand je l'ai lue, j'ai senti une immense chaleur protectrice m'envelopper. J'avais vraiment l'impression que tu étais en face de moi. Cette lettre te ressemble énormément, et c'est touchant (je ne me moque pas de toi, c'est sincère).

Lavi, moi aussi je t'aime toujours.

J'aimerais le hurler si fort que tu pourrais m'entendre, peut importe ou tu te trouves.

Je t'écris vainement cette lettre, d'ailleurs… Je prie pour qu'un jour tu puisses la tenir entre tes mains. Je voudrais tellement que tu me réécrives et que cette fois, tu me laisses une adresse… Mais je ne pense pas que ça arrivera. Ton courrier laissait clairement deviner que c'était le premier mais aussi le dernier.

Pourquoi est-ce que j'ai fait l'erreur de t'aimer… On souffre maintenant chacun de notre côté, sans raison de vivre évidente. Si je choisissais Allen, tout serait plus simple, je pense. Mais je ne peux m'y résoudre, c'est trop douloureux.

Oh purée, tu me manques tellement...

Tu n'es vraiment qu'un idiot, idiot, idiot. Non, en fait, c'est moi l'idiote qui n'a pas su te retenir. Parce que j'aurais pu le faire, j'en suis persuadée. Avec des gestes, des mots… Mais j'ai préféré ne rien faire. Je savais que tu aurais été malheureux d'abandonner ton rêve de devenir Bookman. Toutefois, je me demande aujourd'hui si je n'ai pas fait le mauvais choix.

Tout à l'heure, je disais que ta lettre était embrouillée. En fait, je crois que la mienne est encore pire. De toute façon, tu le la lira jamais, alors autant jouer franc-jeu et me débarrasser de tout ce qui me pèse sur le cœur maintenant. A vrai dire, j'aimerais te revoir. Cependant, la chance qu'on se recroise est quasi-nulle. Sauf si tu décides un jour de venir faire un tour à la Congrégation pour « emprunter quelques écrits ». Ça risque sûrement d'arriver. Il faut que j'implore le ciel pour ne pas être en mission ce jour-là. J'espère seulement que tu ne m'ignoreras pas.

Tu sais quoi ? Je garderai toujours ta lettre sur moi. J'ai également glissé la mienne dans l'enveloppe... Et si je te revoie, si alors tu daignes me parler, alors je te la donnerai, peu importe le temps qu'il se sera écoulé.

Je t'aime quand même.

Merci.

J'espère que vous avez aimé la seconde partie.