Tant bien que mal, j'étouffe mes sanglots dans l'oreiller. Mais chiant comme est Potter, il faut absolument qu'il essaye de me consoler alors qu'il est l'unique responsable de mon état lamentable. Je tente de l'oublier en me bouchant les oreilles, un peu comme quand j'étais petit et que l'orage frappait trop fort contre les vitres du manoir. Je me sentais si seul, sans personne pour me rassurer, dans une chambre bien trop grande pour le petit garçon que j'étais.
Mais voilà que Potter est là, lui et sa foutue compassion. Ses mains se sont posées sur les miennes. Je les presse davantage contre mes oreilles, de peur qu'il veuille me les enlever pour me parler. Cependant, il se contente de les laisser là. Je hoquette violemment et Potter pose son visage entre mes omoplates. Je frissonne malgré moi. Son torse se pose doucement sur mon dos et c'est étonnamment ce dont j'avais besoin à cet instant précis.
Cette légère pression est réconfortante, rassurante. Nous restons immobiles dans cette position et je me calme progressivement. Mes muscles se détendent peu à peu et je sens finalement la fatigue qui s'abat sur moi. Potter entremêle délicatement nos doigts et je crois que nous les bougeons ensemble pour les poser de part et d'autre de l'oreiller. Je soupire profondément. Les larmes ne coulent plus et cela me soulage un peu. Je trésaille en sentant les lèvres de Potter dans mon cou.
- Non.
Je n'ai aucune envie de pleurer à nouveau. Apparemment, il n'a pas compris que c'est insupportable pour moi. Que c'est beaucoup trop. Ma gorge est de nouveau serrée et de nouvelles larmes me narguent déjà.
- Arrête de faire ça.
- Pourquoi ça te gêne tant ?
- Je sais pas. Je veux juste que tu arrêtes, d'accord ?
- D'accord, je suis désolé.
Potter se contente de poser sa joue entre mes épaules et ses mains se remettent à bouger lentement. Elles glissent le long de ma peau et je soupire par saccades. Me sentant un peu étouffer, je tourne la tête sur le côté pour libérer mon nez de l'oreiller. J'ose ouvrir les yeux. Tout est noir, mais pour une fois depuis des années, je vais essayer de surmonter ma peur et dormir dans le noir. Peut-être parce que Potter est là. Mes paupières se referment lentement et cette fois-ci je m'endors.
-O-o-O-
Des piaffes chantonnent un air mielleux près de la fenêtre. C'est, je crois, ce qui a fini par me sortir d'un sommeil sans rêve. Le matin, il est bon de savoir que je suis très grognon. Faut surtout pas venir me faire chier. Ces oiseaux de malheur vont m'entendre. Je n'ai pas encore l'esprit clair, mais je peux sentir quelque chose me caresser le poignet.
J'ouvre de grands yeux et tombe nez à nez avec Potter qui retire sa main. Les évènements de la nuit dernière me reviennent en pleine figure.
- Merde...
Je reste immobile tandis que l'on se fixe. Potter ne sourit pas. Le moment est grave, je le sens.
- Comment ça va ?
Pour une fois, je fais un effort et, au lieu de me braquer, je réfléchis sérieusement à la question.
- J'en sais trop rien. Je me sens paumé, je crois.
Potter hoche calmement la tête.
- Tu sais, si tu veux parler de ce qui s'est passé hier, je suis là.
- J'aime autant ne pas ressasser les choses désagréables. Comme tu le sais, je suis du genre à continuer tout droit sans me retourner.
- Jusqu'à ce que tout ce que tu as refoulé t'explose au visage ?
- Tu insinues que c'est ce qui s'est passé cette nuit ?
Je n'aime pas cette discussion parce que Potter me donne l'impression d'être sermonné comme si j'étais un enfant.
- Si je me trompe, dis-le-moi. J'aimerais comprendre ce qui s'est passé, c'est vrai.
- Je ne supporte pas qu'on m'embrasse. Fin de l'histoire.
- Et tu pleures toujours quand tu es contrarié ?
Son ton a changé. Il devient sarcastique et je déteste ça.
- Va te faire foutre, Potter ! C'est sûr, ça te va tellement bien de faire la morale. Mais laisse-moi te dire une chose : si tu trouves que mon métier est dégradant, eh bien, en ayant fait appel à mes services, tu ne vaux pas mieux que mes autres clients, qui au passage ne m'ont jamais fait chialer de cette façon ! Alors tes leçons de morale tu te les gardes.
- Tu as raison sur ce point. Je voudrais te demander pardon pour ce que je t'ai demandé de faire et aussi pour avoir utilisé ce moyen pour te faire venir chez moi. J'étais certain que tu ne serais jamais venu sinon et puis je n'avais que ton numéro de travail.
- Peu importe tes raisons. Tu l'as fait. Mes clients ont tous de bonnes raisons et je suis parfois content de pouvoir les aider. Ils ne sont pas tous des assoiffés de sexe comme tu le crois. La plupart sont juste perdus et seuls tout comme toi, Potter.
- Peut-être, mais c'est dégueulasse pour toi. D'ailleurs, je ne te demanderais plus rien de ce genre pour de l'argent.
- Si tout le monde pensait comme toi, je n'aurais même eu pas de quoi me nourrir à ma sortie de prison. Je serais mort de faim ou j'aurais dû devenir un hors-la-loi, option que j'aurais choisie. Eh oui Potter, contrairement à toi, je choisis toujours la vie. Quelque soit les conséquences. Cela t'est facile de me juger quand ton compte en banque est bien rempli et que tu peux te permettre de sombrer dans une dépression sans avoir rien à foutre dans tes journées que de te morfondre sur ta misérable vie. Toutes les portes t'étaient ouvertes et tu n'as rien fait. Tu es seul responsable de ton désarroi.
- Je me croyais mort...
Potter as murmuré en baissant la tête. Cependant, j'ai parfaitement saisi ses mots. L'expression de son visage me fait comprendre qu'il est sincère et que mon petit discours a fait naître en lui un sentiment de culpabilité.
- Parce que tu crois que je n'ai pas frôlé la mort à Azkaban? Tu n'as pas idée de l'horreur qui règne là-bas ! Ce qui est arrivé à Poudlard n'était rien à côté.
- Tu ne comprends pas. Ma destinée était de me laisser tuer par Voldemort. Je l'avais appris le soir même de la bataille à Poudlard. Seuls Dumbledore et Rogue étaient au courant depuis des années. Je n'ai pas eu le temps de paniquer. J'ai accepté parce que ma vie se résumait déjà à sauver ce monde. Cette nouvelle a anéanti mes derniers espoirs de vivre après tout ça. Alors, quand les choses se sont passées différemment que ce qui était prévu, je n'ai pas réussi à comprendre ce qui m'arrivait. Frôler la mort ne sera jamais pareil que de l'accepter et la vivre un bref instant.
Je suis ahuri par ce que Potter vient de me raconter. Cette part de l'histoire n'a jamais été révélée dans les journaux.
- Je croyais que tu faisais simplement semblant d'être mort.
- Non, j'étais vraiment mort ou dans un entre-deux. Après, ne va pas croire que je minimise ce que tu as vécu. Je veux juste que tu comprennes que ni toi, ni personne, ne peut savoir ce que j'ai traversé. Il fallait que je règle ce traumatisme seul, même si ça devait me prendre des années.
- Je comprends.
Potter me sourit enfin.
- Mais tu sais, je suis content de pouvoir dire que c'est du passé depuis deux mois...
Je le fixe, incrédule.
- Tu veux dire que c'est grâce à moi?
- Ne t'accorde pas tous les lauriers, mais quelque part, tu as mis fin à mon besoin d'isolement. C'était comme si tu m'avais ramené de cet entre-deux.
- C'est très cliché tout ça.
Je ne peux m'empêcher de sourire tandis que Potter rit doucement. L'atmosphère s'est sensiblement détendue et j'avoue que ça fait longtemps que je ne m'étais pas senti si bien avec quelqu'un. Je sais, c'est assez paradoxal de dire ça après ce qui m'est arrivé hier. Pourtant, c'est la vérité. Nous ne faisons que parler, mais j'aime ça.
Potter me fixe toujours de ses grands yeux, un léger sourire dessinant ses lèvres.
- Quoi?
- Je peux t'appeler Drago?
Je lève un sourcil.
- Pourquoi? Mon nom ne te convient plus?
- Je suis sérieux ! J'en ai marre de faire comme si je voulais être distant de toi. La vérité c'est que je voudrais qu'on se revoit et qu'on passe des soirées ici ou ailleurs. On ferait ce qu'on veut. Tu vois, j'ai envie de changer maintenant. Je vais essayer de reprendre contact avec mes anciens amis et tenter de me faire pardonner. Ce sera déjà beaucoup pour moi.
- Que tu veuilles revoir tes amis je comprends, mais moi? Je suis quoi pour toi?
- J'aimerais dire un ami bizarre, mais pour ça il faut que je sache si tu le veux aussi.
- Se comporter comme chien et chat sera alors exclu si je comprends bien?
- Non, ça fait partie du fun de s'envoyer des pics. Je ne voudrais changer ça pour rien au monde. Mais c'est seulement amusant quand on sait que la personne en face de nous ne nous déteste pas. Tu me détestes vraiment, Malefoy?
Potter se mord la lèvre inférieure, geste purement inconscient trahissant sa nervosité.
- Pas vraiment. Tu m'énerves la plupart du temps.
- Pourquoi?
- Tu es aveugle pour beaucoup de choses. Tu es imprévisible. Tu es trop gentil et naïf pour ton bien. Satisfait?
- Plutôt.
Potter sourit toutes dents déployées.
- Et aussi ton sourire te donne un air de débile profond. C'est agaçant.
Potter glousse comme un enfant.
- Alors tu es d'accord?
- Pour quoi?
- Pour tout! Se revoir? S'appeler par nos prénoms?
Je soupire même si je suis content, histoire de ne pas perdre la face.
- Eh bien, ça a l'air de te faire tellement plaisir que je m'en voudrais de tout gâcher. C'est d'accord, Harry.
Les yeux d'Harry s'illuminent, je ne peux pas trouver de meilleur terme pour décrire ce que je vois. Il est vraiment heureux. Je souris malgré moi. Son prénom dans ma bouche a quelque chose d'interdit, mais cela m'euphorise d'autant plus.
- Merci, Drago.
Et là, Harry fait quelque chose que je n'aurais pu imaginer : il me tend la main, sans crainte. Je reste un instant hébété avant de me lui serrer prudemment la main. Il approche son visage du mien et me contourne avant que nos bouches se touchent. Son souffle est chaud contre mon oreille.
- Mon ami bizarre...
