JOUE AVEC MOI

Part. 1 " L'Amitié n'a qu'une seule ennemie : l'Amour"

...

Prologue

1er Septembre - 1976

L'année commençait à peine, et je craignais que ce mois de septembre ne signe le début d'une rude succession de problèmes et d'ennuis pour cette avant dernière année à Poudlard. "Avant dernière année". Ce terme ne me plaisait guère et je redoutais l'instant où je réaliserais pour de bon que bientôt, tous ses rires, ce bonheur éprouvé dans l'enceinte à présent si familière du château, ne serait que souvenirs. Marquer la fin de cette période me semblait impossible. Poudlard était toute ma vie, et je peinais à imaginer la suite. Cette même suite qui nous faisait à tous, très peur... Ce Lord, ce mage noir qui était sur toutes les lèvres, nous effrayait. Ou plutôt nous inquiétait assez ainsi. Qu'adviendra-t-il des enfants nés-moldus si les projets de cet homme visiblement sans coeur se réalisaient ? Serions-nous donc tous condamnés ? Et puis, condamnés à quoi au juste ? A ignorer les différences, à ne pas prêter attention à la provenance du sang ? Je ne comprenais pas que l'on puisse dénigrer, et surtout vouloir la mort des sorciers au sang dit "impur" . Qu'est-ce que la pureté dans les bouches de ceux aux âmes corrompues qui se permettent de juger ?

- Gabrielle !

Je soupirai en entendant la voix si familière de mon oncle. Aaron était mon tuteur légal, celui qui m'avait élevé depuis mes six ans, lorsque mes parents étaient morts. Il était gentil, oui, mais terriblement énervant, et plus qu'agaçant. Obtenir des réponses avec lui était un vrai parcours du combattant. Et pourtant, j'en avais besoin de réponses ! J'avais très peu de souvenirs de mes parents, je savais simplement qu'ils étaient aurors et qu'ils avaient péris lors d'une intervention au nom du ministère, à cause d'un sorcier recherché pour différents meurtres de moldus. C'était tout ce que je savais, le reste demeurait un mystère.

Je descendis jusqu'au hall d'entrée, traînant mes valises derrière moi, et pestant contre la stupide loi qui empêchait les mineurs d'utiliser la magie en dehors de l'école. Quelle idée franchement !

- Ah, enfin ! J'ai faillis monter pour vérifier que tu étais toujours vivante ! se moqua Aaron.

- Comme si tu allais te débarrasser de moi aussi facilement ! fis-je, essoufflée d'avoir descendu les escaliers avec ces boulets à traîner.

Je lui lançai un regard lourd de sens, et il sortit sa baguette, faisant l'éviter mes bagages.

- Un jour, il faudra quand même que tu m'expliques pourquoi tu as besoin d'emporter à chaque fois l'intégralité de ton armoire ! dit-il en sortant sur le perron, la baguette levée en l'air, et le visage concentré sur les valises qui flottaient devant lui.

- Je crains que tu ne puisses pas comprendre..., dis-je d'un ton désespéré en analysant du regard sa tenue du jour.

Ah, mon oncle n'était décidément pas un homme de goût ! Il fit une grimace, et posa les valises dans le coffre de la voiture volante noir et blanche que ma tante Avannah m'avait offert en prévision de mon dix-septième anniversaire, le jour bénis où Aaron me laisserait conduire. En attendant, c'était lui qui l'utilisait, mais croyez-moi, je veillais de près à ce qu'il ne l'abîme pas.

Nous montâmes dans la voiture, nommée Loïs - oui, pourquoi les voitures n'auraient-elles pas de nom ? - , et Aaron nous conduisis jusqu'à la gare King's Cross. Bien sûr, comme à chaque fois, je lui rappelais de ne pas trop forcer avec Loïs, qu'elle était neuve et donc qu'il ne fallait pas l'égratigner, ou la casser. Comme toujours, il me répliquait que ce n'était pas une voiture en porcelaine ! Allons donc, mais il payerait cher si je la retrouvais en mauvais état un de ces jours ! Le trajet mit environ une heure, nous vivions un peu excentré du centre ville londonien, et il était plus long de parvenir jusqu'à la gare. Mais j'aimais vivre loin des bruits de la ville, dans le grand manoir familial, entouré d'un immense jardin de fleurs et d'arbres fruitiers. Ma famille était une grande lignée de sangs-purs, très riche, mais différentes en bien des points de celles dont les idéaux haineux à l'encontre des sorciers nés-moldus se transmettent de génération en génération. Non, en regardant les portraits de mes ancêtres, on pouvait facilement constater que chacun arborait les couleurs de leurs différentes maisons respectives avec fierté. Tous étaient heureux de faire partit des gryffondors, poufsouffles, serpentards, serdaigles, et aucune préférence familiale ne les empêchaient d'être dans la maison qui leurs correspondaient le mieux.

Pour ma part, le rouge et l'or me sciaient à merveilles ! Je portais très bien les couleurs chaudes des lions. Ma témérité et mon obstination, ainsi que mon courage m'avait valu toute une scolarité à Gryffondor.

Quand nous arrivâmes à la gare, une boule d'excitation à l'idée de retrouver mon véritable chez moi se forma dans mon ventre. Même après tant d'années, Poudlard déclenchait en moi les mêmes sensations qu'en première année, si ce n'est le stress en moins ! Une fois arrivée sur le quai 9 ¾, je soufflai un bon coup et essayai de repérer des têtes connues, mes valises posées à présent sur un chariot identique à ceux des autres élèves. Parmi la foule, je vis beaucoup de premières années, un air angoissé et un peu perdu sur le visage. J'en souris. Ca me rappelait des souvenirs ! Aaron était parti il y a quelques minutes, il ne restait jamais jusqu'à ce que je monte dans le train, si bien que mes amis ne l'avaient jamais vu. Enfin, je n'allais pas m'en plaindre, il aurait été capable de me faire honte en faisant un gaffe du style "ma ptite bichette" ou encore, et son préféré "gabinouche" devant mes amis.

- Gaby' ! entendis-je.

Je cherchai du regard celle qui avait prononcé ces mots. J'avais reconnus la voix de Petra, clair et douce, et la repérai très vite, près du wagon des bagages où elle avait entreposé les siennes. Je la rejoignis, et elle me sauta dessus, comme à son habitude. Je levai les yeux au ciel. Petra était - pour faire une description rapide - une sorte de boule d'énergie - inépuisable...- à mèches roses et violettes. Elle ressemblait à ces petits lutins, toujours joyeux et de bonne humeur qu'on voyait dans les livres. Un vrai cauchemar !

- Petra...soupirai-je. Tu n'es pas non plus obligée de m'étouffer à chaque fois qu'on se voit tu sais !

Elle se détacha de moi, et je pus enfin respirer à nouveau correctement. Elle n'avait pas changé, toujours les mêmes habits multicolors, les mêmes cheveux aux mèches roses, et son visage demeurait le même : ovale, avec des yeux d'un bleu presque vert, et une bouche charnue dont la couleur foncée contrastait avec la couleur clair de sa peau. Même si son côté original et exubérant rebutait certaines personnes, moi, j'avais tout de suite accroché ! Elle était délirante, et plus qu'adorable, que demander de plus ? Nous étions devenues amies en première année, dans ce même train que nous allions bientôt prendre à nouveau. Nous avions tout de suite sympathisé. Le plus étonnant, c'est que nous n'avions presque pas de points communs. Ils se résumaient ainsi : les chaussures, et une passion commune pour l'attrapeur de l'équipe de serdaigle. Après avoir mis mes valises dans le wagon à bagages, Petra et moi nous dirigeâmes vers la porte du train. Elle me raconta ses vacances, et je ne fus pas étonnée de constater qu'elle, au moins, avait passé un très bon été. Le mien avait été minable...

- Aaron et toi ne deviez pas aller en Espagne au mois de juillet ? s'étonna Petra.

- Il l'avait promis..., dis-je amèrement.

- Mais il ne l'a pas fait..., finit-elle.

- Comme d'habitude ! Je ne vois pas pourquoi ça continue de m'étonner..., fis-je.

Je jetai un coup d'oeil aux autres élèves sur le quai, tous semblaient être partit dans une grande conversation sur leurs vacances respectives, à l'instar de moi et Petra, et je souris soudain en repérant James Potter en train d'essayer d'échapper aux baisers de sa mère. Petra éclata de rire à côté de moi. Le pauvre maraudeur semblait peiner à se débarrasser de sa mère. Nous passâmes à côté de lui, et il me jeta un regard suppliant. Je lui adressai un grand sourire moqueur, et Petra lui lança un "ah, l'amour maternelle !" auquel il répondis d'un regard lourd de sens.

Je souris, jusqu'à ce que j'aperçoive le plus grand imbécile de la Terre en train d'examiner en compagnie de Jason Cooper - alias le Donjuan numéro 2 de Poudlard - les premières années susceptibles de les intéresser. Depuis quand faisaient-ils dans les jeunettes de onze ans ? Je levai les yeux au ciel, et entraînai Petra par le bras loin de …

- Gaby' ….Gaby'...Gaby'..., dit une voix derrière moi.

Raté ! De peu en plus ! Et dire que cette rentrée aurait pu être parfaite... Je me retournai, un air blasé et franchement pas aimable collé sur mon visage d'habitude si souriant. Petra murmura un " A plus !" avant de disparaître dans les vapeurs du train.

- Contente de me voir ? fit Sirius d'un air charmeur.

Je me mordis les lèvres de façon à ne pas être désagréable le jour de la rentrée. Oui, j'avais pris de bonnes résolutions !

- Hm...j'aimerais te dire oui, mais...non ! dis-je finalement après une brève hésitation.

Note pour moi-même : les bonnes résolutions c'était pas la peine !

- Ca te tuerait d'être gentille l'espace d'une minute ? fit-il avec un sourire qu'il devait croire persuasif .

Je soufflai, inspirai, expirai, et lui fis un grand sourire éblouissant.

- Sirius ! Quel plaisir de te voir ! Comment tu vas ? Ca faisait longtemps ! m'exclamai-je en lui mettant une tape sur l'épaule gauche, comme si nous étions amis - la bonne blague ! - .

Il fit un sourire en coin, conscient de l'hypocrisie de mes paroles.

- C'est si dure que ça ? demanda-t-il, taquin.

Je réfléchis l'espace d'un instant.

- Tu ne peux pas savoir à quel point, assénai-je. Sur ce, bonne continuation.

Il n'eus le temps de me retenir, car je disparu tout comme l'avait fait Petra auparavant, je pus tout de même entendre sa dernière réplique : " Toujours aussi charmante !" avait-il lancé. Il était vrai que nos relations n'avaient jamais été très amicales. Nous étions tous deux à gryffondor, et nous avions le même âge, pourtant je ne pouvais rester dans la même pièce que lui, sous peine de devenir folle. Il m'exaspérais, pire, je ne supportais pas son sourire charmeur, ses manières de petit prétentieux, toujours sur de lui, et son horrible égo de Donjuan de pacotille. Autant James était arrogant, mais lui au moins, ne draguait pas toutes les filles de Poudlard, leur brisant le coeur sans aucuns remords. Et puis, Sirius se croyait trop important et indispensable, voir irrésistible, j'aimais lui prouver le contraire. Peut être sa tête dégonflerait un jour...

••••••••

- 1...2...3...Partez ! s'écria Petra.

Je bu à toute vitesse mon verre de whisky pur feu, laissant le liquide descendre dans ma gorge. Je reposai le verre aussi vite que je pus, mais fit une moue déçue en constatant que Jack avait fini avant moi. Ce type était imbattable à ce jeu !

- Et le gagnant est...Jack, encore une fois, déclara Petra, lasse de voir le jeune homme remporter la partie.

Voyant mon air renfrogné, Jack m'envoya un baiser imaginaire et passa un bras autour de mes épaules avec un sourire vainqueur sur les lèvres.

- Fais pas la tête Gab', un jour viendra où l'élève dépassera le maître, fit-il.

Il se leva du siège, et se dirigea vers la porte du compartiment.

- En attendant que ce jour arrive, je vais voir si les jolies poufsouffles de septième année, n'ont pas besoin d'un grand gaillard comme moi, annonça-t-il avant de sortir.

Son départ fut marqué d'un profond soupire exaspéré, et d'un "dégage!" très bien prononcé de la part de Petra, mais il ne s'arrêta pas pour autant, bien que son rire résonna dans le couloir du train. La porte n'eut même pas le temps de se refermer, que quelqu'un en profita pour se glisser à l'intérieur. Oh, non merlin abrégez mes souffrances ! Il paraissait essoufflé, et ses cheveux étaient un peu plus en bataille que d'habitude, il s'était comme par hasard assit à côté de moi, et son bras se retrouva bien vite derrière ma nuque, posé sur le rebord de la banquette derrière moi. Fantastique !

- On a pas eus le temps de poursuivre notre conversation ma belle, déclara-t-il de but en blanc.

Je levai les yeux au ciel et engouffrai un dragibus dans ma bouche, en regardant Petra qui souriait, amusée.

- Ah parce que cette conversation avait une suite ? répliquai-je en essayant de ne pas me tourner vers lui.

Je le vis sourire dans le reflet de la fenêtre du train.

- Bien sûr que oui ! Je n'abandonne pas facilement Kipenson ! fit-il.

- Non, sans rire ! maugréai-je.

Il piocha comme si de rien n'était dans le paquet de dragibus que je tenais, et se tourna vers Petra.

- A ton avis, combien j'ai de chances pour qu'elle finisse par m'apprécier ? demanda-t-il comme si je n'étais pas là.

Elle sourit, et me jeta un coup d'oeil avant de répondre, faisant mine de réfléchir.

- Tes chances se situent à peu près entre zéro et...zéro. Mais ce n'est qu'une estimation évidemment, dit-elle la plus sérieuse du monde, un sourire en coin tout de même qui montrait bien à quel point tout cela l'amusait.

Si Petra, elle, souriait de l'obstination du jeune homme, moi ça ne me faisait pas rire. Pas du tout même. Il se pencha alors vers moi, et approcha sa bouche de mon oreille. Je retins l'envie de le repousser, curieuse de savoir ce qu'il avait de si important à me dire pour que ça ne concerne que nous.

- Je te ferais changer d'avis Kipenson, crois-moi, je ne suis pas du genre à laisser tomber, et tu finiras par m'apprécier, tu verras, chuchota-t-il.

Si c'était une blague, il fallait vraiment qu'il change d'humour ! Pensait-il vraiment que sa voix suave tout près de mon oreille allait me persuader, et que je me jetterais par la suite à ses pieds comme une groupie devant son chanteur préféré ?

- Dans quel monde tu vis Black ? m'exclamai-je à voix haute, ne prenant pas la peine de murmurer. Parce que dans le mien, la dernière fois que j'ai vérifié, les oiseaux mangent les insectes, les lions les gazelles, le ciel est bleu et toi et moi, on a rien en commun ! Alors, bouge de là avant que je ne deviennes désagréable … !

Il me fixa, et je crus un instant qu'il allait s'énerver, mais il finis par sourire en faisant une moue qui - je devais bien l'admettre - était terriblement adorable.

- J'adore quand tu t'énerves Kipenson ! fit-il avec son fameux sourire en coin.

Je le frappai à l'épaule, et lui lançai un "dégage!" plutôt sonore.

- Mais c'est qu'elle mordrait ! se moqua-t-il.

- Va voir ailleurs si j'y suis Black ! lançai-je, furibonde.

Soudain, alors qu'il s'apprêtait à répondre, des bruits de pas précipités se firent entendre dans le couloir, et nous vîmes par la fenêtre du compartiment deux élèves passer en courant, si vite que je ne saurais dire de qui il s'agissait. Sirius se leva alors, et avec un sourire aux lèvres mit une main sur son torse, à l'emplacement de son coeur.

- Ravit d'avoir partager quelques minutes de ce voyage avec vous miss Kipenson, se moqua-t-il avant de sortir.

Heureusement pour lui, il ne vit pas quel doigt je levais en sa direction...