Clin d'oeil au film pour le titre du chapitre... Va y avoir d'l'action !
Chapitre troisième : les poignards volants
Le village était petit, mais il comptait une bonne douzaine de débits de boisson divers, dont certains proposaient des chambres à l'étage. Ils descendirent dans le dernier établissement, le plus proche des montagnes. Lee bouchonna longuement les chevaux, préférant laisser Tenten se débrouiller seule face à l'aubergiste.
Derrière la fausse servante, Néji attendait, immobile et silencieux. Malgré sa jolie nuque courbée autant que lui permettait le col haut de son kimono, son dos restait droit, aussi raide que son esprit, lui attirant quelques regards des clients attablés. Il savait qu'il aurait dû faire plus attention, paraître plus soumis, mais il n'y arrivait pas. Sa mâchoire était crispée, ses muscles prêts à se tendre.
Le foulard brodé fut remarqué, peut-être un peu trop. Le village n'était finalement pas aussi endormi qu'il n'en avait l'air.
Une fois la porte de la chambre refermée, la tension s'envola. Il y avait une carrière à côté du village, et certaines des habitations, dont celle-ci, étaient faites en pierre. Les murs épais étaient laids, froids, rassurants. À gauche de la pièce, le sol était empierré lui aussi. Plusieurs seaux montés juste avant eux gouttaient sur les pierres. Le reste de la pièce était plus traditionnel, avec ses tatamis usés mais toujours très blancs. Tenten alluma une lampe et baissa le rideau de l'unique fenêtre tandis que Néji se déshabillait.
– Les onsen de Naruto me manquent, soupira-t-il en s'asseyant sur le tabouret, dénouant ses cheveux en demi-queue.
Tenten, derrière lui, souleva l'un des seaux qui fumaient et le renversa doucement sur le jeune homme, baignant ses épaules. Il leva la tête, les yeux fermés, quand l'eau cette fois-ci froide sur son crâne fit frissonner son corps.
– Ta peau est si blanche, ronronna Tenten.
Néji grogna en réponse. Il se laissait gagner par le silence quand il sentit quelque chose lui chatouiller l'épaule. Il ouvrit les yeux : Tenten avait posé le seau et dénoué son kimono et ses cheveux. C'était l'une de ses mèches qui l'avait effleuré.
– Tenten... tenta-t-il.
– Vous ne me trouvez pas jolie ? demanda-t-elle en se plaçant devant lui, effrontée et nue. Ses cheveux étaient aussi longs que les siens, épais, ils lui faisaient comme un châle sur les épaules et la poitrine.
Il se leva, la dominant d'une main, et consentit finalement à l'embrasser tout de go sur les lèvres.
Les cils de Tenten papillonnèrent comme les fils des mâchoires des plantes carnivores du Kyushu.
Elle agrippa ses épaules nues. Ses cheveux mouillés y collaient.
Néji finit par se libérer de son étreinte.
– Plus tard, dit-il. Quand tout cela sera fini...
– Y aura-t-il le temps ? Tu sais, Néji...
– Ne me tutoie pas, fit-il en se rhabillant de son kimono féminin.
– Mon prince, souffla-t-elle, je te trouve aussi désirable en homme qu'en femme.
Néji resta figé un instant. Tenten devenait de plus en plus bizarre. Sans se soucier si la jeune femme était visible ou pas, il releva le rideau de la fenêtre. Lee était assis sur les premières marches du perron, juste dessous. Il avait ôté son casque et ses cheveux noirs noués en arrière brillaient au soleil.
Pendant ce temps, Naruto comme Uchiha Sasuke galopait vers le Nord, le premier épuisant ses cheveux, le deuxième prenant de fréquentes haltes où il modifiait légèrement sa direction, perdant son avance sur son rival de Kyushu.
Férocement réprimée par les autorités, la rumeur de la fuite de la princesse d'Honshu se répandait néanmoins largement, et à vrai dire plus vite que la fausse princesse et ses compagnons ne l'avaient prévu. Ils s'en rendirent compte le lendemain matin, au sortir de leur chambre, lorsque des lames de wakizashi saluèrent leur gorge d'un effleurement froid.
Tenten gémit, paniquée et furieuse d'avoir failli à sa mission de protection. Elle entendait des bruits de lutte en bas. Lee devait être en train de se battre. À ses côtés, Néji n'avait pas fait entendre un soupir.
– Qui êtes-vous ? fit Tenten d'une voix plus aigüe que d'ordinaire.
– T'es mignonne, mais tu nous intéresses pas aujourd'hui, lui répondit son agresseur. Ta patronne, je m'doute que c'est pas la princesse en fuite, mais ça nous a donné des idées. Riche dame tout d'même, hein ?
Son comparse ricana et tira sur le suge kasa que Néji avait remis avant de sortir. Les rubans résistèrent, s'enfonçant dans la gorge de Néji.
– Ne lui faites pas de mal ! cria Tenten.
Son assaillant, agacé, lui cogna la tête avec la poignée de son sabre court. Elle s'effondra au sol en gémissant. Le coup l'avait tout juste étourdie, porté d'un mauvais angle, mais mieux valait faire croire qu'elle était hors d'état de faire quoi que ce soit.
Les deux hommes poussèrent son prince devant eux et lui firent descendre l'escalier, leurs sabres pointés dans son dos. Le bruit régulier de ses geta contre les marches fit lever les yeux à Lee. Le samouraï combattait deux adversaires à la fois, les tenant en respect au bout de son katana. Un cinquième homme, qui était accoudé au comptoir déserté, s'avança vers eux, l'air triomphant. Sans doute le chef de cette bande de voleurs.
Il tendit la main et arracha le chapeau triangulaire. À ce moment précis, un cri strident retentit à l'étage, et les bandits stoppèrent leurs gestes.
Deux vibrations d'acier se firent entendre à la suite du cri et Néji bondit en avant tandis que derrière lui, les deux bandits s'effondraient, un poignard enfoncés dans le dos, au niveau du cœur. Ils roulèrent dans l'escalier.
Profitant de la confusion, Lee avait enfoncé son katana dans la gorge de l'un de ses assaillants. Il balança un solide coup de pied à l'autre qui avait plongé sur lui tandis que son bras tendu vers l'extérieur offrait une ouverture. Il retira son katana dans une gerbe de sang et commença son duel.
De son côté, Néji avait bondit sur le chef mais ce qu'il vit derrière le comptoir lui fit écarquiller les yeux. En plein air, il perdit le contrôle de son saut et tomba maladroitement sur le côté, roulant jusqu'aux tonneaux près de l'entrée. Deux autres poignards fendirent l'air avant qu'il ne se fût relevé, atteignant le chef et son dernier homme dans la nuque. Ils s'effondrèrent sur le sol de pierre.
Tenten descendit récupérer ses poignards, s'assurant que tous les bandits étaient morts, tandis que Lee courait seller leurs chevaux.
Néji s'avança lentement vers le comptoir. Lui seul avait vu le vieillard caché derrière, lorsqu'il avait sauté. Il répugnait à tuer un ancêtre, mais l'autre avait vu son visage. Il devait périr.
Néji se pencha vers la forme accroupie, l'expression sévère, la volonté de tuer dans ses grands yeux d'un gris troublant. C'est alors que le vieillard prononça la phrase qui lui sauva la vie :
– Pitié, ma dame...
Ma dame ? Il le prenait pour une femme ? L'urgence empêcha Néji de s'indigner de cette erreur. Le vieillard guiderait à coup sûr les kusanagi vers eux, s'il le laissait en vie. Si haut dans le Nord, ils n'auraient alors plus aucun doute sur leur destination finale. L'attaque pourrait- elle finalement les servir ?
Néji prit sa voix la plus douce :
– Personne ne doit savoir que nous sommes venus ici, et personne ne doit passer le détroit de Tsugaru.
– Votre volonté est la mienne, ma dame...
Néji comptait bien à ce que le vieillard soit interrogé, et au bout de quelque rudesse dont il savait les kusanagi familiers, il parlerait. Et les chiens se rueraient vers le détroit, courant à leur perte avec enthousiasme, grâce à lui.
Une lueur de triomphe passa dans ses yeux, un orgueil satisfait se peignit sur ses traits. Il s'autorisa un sourire avant de se détourner de son témoin tremblant, et de filer rejoindre ses compagnons. Il sortit, pour aussitôt revenir sur ses pas chercher son suge kasa.
Son cheval hennit lorsqu'il enfonça ses talons dans ses flancs avec brutalité, le kimono remonté jusqu'aux hanches, découvrant de fins pantalons. Il dépassa ses deux compagnons, savourant avec délices ses projets de triomphe.
Il allait humilier ceux qui le chassaient, et il le ferait avec joie. Derrière lui, les pans de son manteau claquèrent.
TBC
Muahahaha, Néji est méchant ! :D
[Bad Uke Powaa!]
