Voilà le dernier chapitre ! Ne me tuez pas pour la fin héhé

Note : le gakubiwa est un genre de luth, et 4 shaku = 12 mètres (environ).


Chapitre huitième : L'épouse attachée


Le village des Trois Vallées, quelque part dans les monts Ôu.

À la nouvelle lune, les notables du village ont coutume de se réunir dans le pavillon du thé de dame Boshi. Les hommes fument la pipe en commentant les derniers évènements et en jouant aux dominos. De la pièce d'à côté, au panneau coulissant toujours entrouvert, leur parvient la conversation pointue de leurs épouses qui préparent le thé et les coupes de saké.

Ils entendant le bruissement de leurs kimonos de soie, le tintement de leurs coiffures. La nuit est toujours calme, les animaux se taisent, le vent ne siffle plus quand il se faufile entre les branches des arbres de la forêt qui les entoure.

Accoudé sur les tatamis, sa pipe à la main, Naruto décline de la tête l'invitation silencieuse de ses voisins pour commencer une nouvelle partie. Les voix pointues de l'autre côté de la cloison en papier se sont faites fatiguées. Il sait que c'est à ce moment-là que sa femme frotte les cordes de son gakubiwa avec son plectre d'ivoire, sans doute l'objet le plus précieux du village.

Les autres femmes apportent le thé du matin tandis qu'elle chante de sa voix basse et cassée sur un air triste et noble. Les claquements vifs du plectre sur le luth sont comme des claquements de fouet, et empêchent les convives de sombrer dans la mélancolie de la mélodie qui enrobe leurs cœurs sans qu'ils ne s'en rendent compte.

Les oreilles du blond saisissent comme prévu les premiers frottements de cordes.

Il s'allonge, ferme les yeux pour profiter de la quiétude de sa vie. Il chasse le sanglier et le cerf à présent. Chaque suiyobi, le jour de l'eau, il descend vers la ville avec ses prises et les échange contre des marchandises et de la nourriture. Au village, on murmure que sa femme, qu'il garde attachée chez elle, pourrait bien lui coudre des vêtements avec les fourrures qu'il ramène, lui faire bouillir ses repas en accommodant les animaux qu'il tue. Que le lien de cuir de quatre shaku de long qui relie sa cheville à la poutre principale de leur pavillon ne la gêne en rien pour ces tâches.

Au début, la corde avait surpris, comme avait surpris l'apparence du mari. Mais les villageois n'eurent aucune réponse à leurs questions, de la part de l'épouse comme de celle de l'homme. On chuchota que l'épouse, qui chantait les nuits de première lune, mais ne parlait jamais, n'avait pas toute sa tête. Dans son beau visage, ses yeux étaient ternes. Ils ne rencontraient pas le regard des gens.

Quand son mari l'emmenait au pavillon de dame Boshi en la tirant doucement par la corde qui liait ses poignets, on aurait dit qu'un démon avait capturé un fantôme.

Elle avait dans ses cheveux l'éclat qu'elle n'avait plus dans les yeux. Tressés sur son front et autour de son chignon, ils étaient piqués de perles, et les pendants de sa pince nacrée carillonnaient lorsqu'elle butait sur le chemin irrégulier.

Lui ne se soucie pas des ragots. Les animaux se précipitent dans ses pièges, et il remonte au village des Trois Vallées avec du riz déjà décortiqué, des légumes déjà marinés.

Sa femme le satisfait, et il la possède souvent, quand il rentre de chasse avec l'odeur du sang sur la peau, quand il revient du pavillon de thé parfumé d'opium, quand il rapporte des cadeaux du marché, pousses de bambou aux sept épices, peau de lièvre siffleur, d'écureuil ou de loutre. Chaque soir il va nager dans l'eau de la rivière pour fortifier son corps, et la réveille en rentrant pour la couvrir de son corps gelé. Quand l'aube inonde leur chambre par les fentes du toit, chaque matin elle est la spectatrice du même ébat.

L'épouse gémit doucement, encore ensommeillée. Ses poings s'ouvrent, laissant filer ses rêves.

En rentrant chez eux tout à l'heure, il la possédera encore. L'envie monte déjà dans son sang, il veut faire crier cette voix enrouée d'avoir chanté.

La mélodie qu'il connaît si bien enfle doucement à travers le papier. Le plectre claque pour la première fois... et continue de claquer, avec force. La voix de la chanteuse s'élève, rauque comme celle d'un assoiffé, mais elle ne chante plus : elle hurle.

Ses bras tordent le bois dur de son instrument et finissent par en casser le manche. Les cordes sautent.

Naruto a bondi sur ses pieds, déchiré la cloison en papier de riz. Son épouse tremble de tout son corps, comme si elle retenait un rire. Ses mains sont écorchées et ses yeux révulsés.

Sans un mot, il lui arrache ce qui reste du gakubiwa, la saisit par sa taille et saute dehors. Elle tremble toujours mais ne se débat pas. Dans sa gorge, son cri est devenu un gargouillement.

Le blond la hisse sur son épaule et court, indifférent semble-t-il au poids de sa charge. Derrière eux, le long lien de cuir flotte dans la nuit.

Arrivé dans leur pavillon, un peu à l'écart des autres maisons, il la dépose sur les tatamis, se détourne d'elle pour attacher son poignet à la poutre. Quand il revient à elle, elle s'est endormie, ou évanouie. Il la réveille d'une claque, ses yeux d'un bleu effrayant brillants de fureur.

– J'peux savoir c'qui t'as pris ?

Les yeux gris se plantèrent dans les siens pour la première fois depuis des années. Leur propriétaire semblait lui aussi animé d'une colère froide. Les mains écorchées par les cordes défont brusquement le kimono de soie, révélant un long cou blanc, un torse plat et un ventre légèrement rebondi.

– Marre de servir le thé et de chanter des ballades et de supporter les idioties que ces femmes crissent à longueur d'heures ! Je suis un homme, gronda la voix basse et cassée, un homme, par tous les démons !

– Non, coupe Naruto en se laissant tomber sur son vis-à-vis, l'ongle des pouces griffant directement les tétons bruns, t'es ma femme.

– Tu es répugnant. Je n'arrive pas à croire que tu puisses trouver du plaisir à...

– à quoi ?

– Ne m'oblige pas à le dire.

– Oui, j'aime ça, j'en ai envie... assez souvent...

– Humph !

– C'est qu'tu m'excites trop.

– Moi ? Je rêve ! J'ai tout essayé pour te refroidir mais tu aimes quand je t'insulte, tu aimes quand je te frappe, tu aimes quand je hurle et quand je me tais, quand je me débats et quand je reste immobile-

– Oui, répéta Naruto en embrassant ce qu'il avait sous les doigts, j'aime toutes tes attitudes, toutes tes rebellions, toutes tes minauderies...

– Je ne minaude pas !

– Et j'aime par dessus-tout ces moments-là, fit soudain Naruto avec une tendresse étrange dans la voix. Où tes yeux brillent d'une colère due à l'orgueil. Ça m'rappelle que j'couche avec une vraie princesse...

– Serais-tu amnésique, en plus d'être un imbécile et un pervers ?

– Hé hé, me voilà habillé ! T'es plus un bâtard, ni un esclave ni un soldat...

– Si c'est pour devenir une pute...

– Comme tu parles mal ! Il me faudra t'punir...

Il finit d'ouvrir leurs kimonos et plongea une main entre les longues cuisses pâles, retirant doucement un morceau oblong de bois poli. Les cuisses tremblèrent un instant, un dos crispé se relâcha, s'étalant sur les tatamis. Naruto le fit se mettre à quatre pattes, trois doigts fouaillant l'endroit que le morceau de bois venait de quitter. C'était une position qu'il n'avait jamais essayé. Comme il s'y attendait, on protesta :

– Comme un animal maintenant ! De mieux en mieux ! Je savais déjà que tu n'avais aucun respect pour moi mais là tu me- aaah ! Non, arrête-toi !

– Oooh... Bon sang, comment tu fais pour être si bon à chaque fois ? Oh, Néji, Néji...

– Ne m'appelle pas comme ça ! Tu déshonores mon nom ! Ah ! Aaah !

– Pour l'amour du ciel, arrête d'parler, ça vaudra mieux, aah... pour nous deux...

Une dizaine de minutes plus tard, Naruto tira brusquement les tresses qu'il serrait dans son poing. Néji se cambra, mais la pression sur ses cheveux s'accentua et pour finir, il se cabra, ruant comme un animal sauvage pour se défaire de la poigne de son cavalier.

– Maaa, Néji, si j'avais pas déjà joui, je viendrais tout d'suite ! Il faudra que j'me souvienne de te tirer les ch'veux...

Naruto s'affala sur les tatamis, essoufflé. Quelques mèches de ses cheveux trop pâles s'étaient échappées de sa courte queue-de-cheval et collaient à la sueur de son front.

Il se retira avec un petit bruit mouillé, embrassa l'épaule de Néji. Le brun s'était allongé à côté de lui en lui tournant le dos.

– Arrête de bouder... Je sais qu'tu aimes.

– à d'autres ! grommela-t-il. Mon corps n'est pas fait pour ça !

– Il faut croire que si, répondit Naruto en effleurant du bout des doigts les flancs moites de Néji. Sinon j'y prendrais pas tant de plaisir...

– Humph...

Ils restèrent quelques minutes ainsi, à respirer bruyamment, puis Néji se releva, remit sommairement son habit et sortit le futon du placard. Naruto le rejoignit dessus une fois déroulé. Lui n'avait pas pris la peine de se rhabiller.

Il se pressa contre le brun, enroulant un bras autour de sa taille étroite. La main de Néji vint trouver la sienne, il sentait le cuir serré autour de son poignet.

– Dis, tout à l'heure, tu me laisseras m'entraîner ? murmura Néji juste quand Naruto allait glisser dans le sommeil.

– Une bonne épouse se bat pas. Mais je t'laisserai t'amuser avec mon sabre de chair, si tu veux...

– Un sabre ? Quelle prétention. Et non, je n'ai aucune envie de « m'amuser » avec ta petite dague.

– T'as pas le choix, princesse, grogna le blond. T'es ma femme, c'était ton destin de me plaire...

Sa main quitta le ventre du brun pour agripper son poignet meurtri.

– L'amour est ton destin, continua-t-il un ton encore plus bas. Pas la guerre, ni la liberté. L'amour...

– Parce que tu m'aimes, peut-être ?

Naruto ne répondit pas. Il avait les yeux fermés.

Peut-être s'était-il endormi.


. (◄ point final)


Et voilà c'est la FIN.

L'esclave règne sur son maître. C'est Néji qui finalement va...

régner sur Naruto.

(Pour leur relation totalement déséquilibrée pardonnez-moi, mais dans ce monde, Naruto ni Néji ne conçoivent vraiment l'idée que deux hommes peuvent s'aimer that way. Ils reproduisent le schéma hétérosexuel, avec une bonne dose de proto-BDSM. Dites-moi ce que vous en pensez!)