Salut mes gens ! Voici le deuxième chapitre de cette petite fic ! POV Aoki.

Bonne lecture !


Aoki

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- Okabe-san ! Tenez, c'est pour vous. Où est monsieur Maki ?

Haussant un sourcil, Okabe récupéra l'enveloppe que lui tendait Aoki, et en extirpa un carton d'invitation joliment décoré où on l'informait que la cérémonie de mariage de Yukiko Miyoshi et d'Ikkô Aoki aurait lieu le 27 mai à 14h.

- Ah, vous avez décidé d'une date ?

- Oui. J'espère que vous pourrez vous libérer, Okabe-san, il faut absolument que vous soyez là. J'ai déjà donné aussi des cartons à Koike et Soga, mais ne vous en faites pas, vous recevrez le faire-part officiel par la poste.

- Ce n'est pas le faire-part officiel, ça ?

- Non, c'est juste un carton d'invitation que je donne aux gens les plus proches. Le docteur Miyoshi trouvait ça inutile, mais je pense que c'est sympa de recevoir quelque chose de plus personnel, quand il s'agit de personnes qu'on côtoie tous les jours, pas vrai ?

- Hmm…

L'inspecteur Okabe n'avait pas l'air d'avoir d'avis sur le sujet, mais Aoki ne le remarqua pas, tout occupé qu'il était à fouiller la pièce du regard.

- Monsieur Maki n'est pas là ?

- Il est parti rencontrer le ministre, mais ça fait déjà quelques heures, alors il ne devrait pas tarder à rentrer. Peut-être qu'il est dans son bureau. Mais la porte était fermée quand je suis passé devant tout à l'heure, alors s'il y est, ça m'étonnerait qu'il veuille être dérangé.

- Je vais aller voir quand même. Il faut que je lui donne un carton d'invitation aussi.

En vérité, il aurait aimé que Maki soit le premier à recevoir le carton en question ; mais bon, il avait croisé Koike et Soga, et il n'avait pas pu s'empêcher de le leur donner. L'important, c'était d'intercepter Maki avant qu'il ne tombe sur ses deux subalternes, possesseurs d'un carton d'invitation qui ne lui avait même pas été remis. Aoki ne savait pas si ce genre de choses était capable de l'affecter, mais Maki était quelqu'un de complexe, et chaque fois qu'Aoki pensait faire un pas de plus dans la compréhension de sa personnalité, il se rendait compte qu'il se fourvoyait complètement.

D'un pas allègre – celui d'un jeune homme de vingt-trois ans qui n'a jamais connu de difficultés dans la vie – il se dirigea vers le bureau de son supérieur, avant de s'arrêter devant une porte où une plaque indiquait "bureau du directeur Tsuyoshi Maki – commissaire principal". Comme Okabe l'avait dit, la porte était fermée. Soit le directeur n'était pas encore rentré, soit il était en train de s'enterrer sous une liasse de dossiers, soit il était allongé sur son canapé à dormir, comme le jour où Aoki l'avait rencontré pour la première fois. Ce jour-là, il l'avait pris pour un type bizarre, à s'accrocher à lui dans son sommeil comme il le faisait, mais c'était avant qu'il ne découvre à quel point l'homme était impressionnant quand il était réveillé.

L'admiration qu'Aoki éprouvait pour lui n'avait pas de limites, mais il n'était pas le seul à qui le directeur faisait cet effet-là. Tout, depuis son apparence jusqu'à sa personnalité, sortait de l'ordinaire. Un observateur non averti aurait pu le prendre pour un lycéen, et il n'était pas une seule personne qui ne s'était demandé, en le voyant la première fois, s'il s'agissait d'une fille ou d'un garçon – mais pour Aoki et ses collègues, qui le fréquentaient quotidiennement, la supériorité du directeur Maki sur les autres était indiscutable. Il avait un sens de l'observation surhumain, il donnait l'impression de toujours tout savoir, de toujours tout comprendre ; il prenait toujours la bonne décision au bon moment, et il parvenait toujours à ses fins. Et c'était sans compter son charisme écrasant, et son regard glacial qui avait le pouvoir de changer en pierre celui qui se le prenait de plein fouet.

Et pourtant, l'homme avait ses faiblesses. Il suffisait d'évoquer le nom "Suzuki" pour que toute cette force qui semblait le soutenir disparaisse comme neige au soleil. Le simple fait qu'il ait réussi à se redresser après avoir vécu une épreuve aussi terrible que celle de tuer son meilleur ami de ses propres mains signifiait pour Aoki qu'il était hors du commun.

Doucement, il frappa trois coups à la porte, et ne reçut aucune réponse ; en temps normal, il n'aurait pas insisté, mais là, il fallait absolument qu'il trouve le directeur avant que celui ne prenne connaissances des cartons d'invitation, aussi posa-t-il la main sur la poignée de la porte, avant de l'ouvrir doucement.

- Directeur Maki ?

La pièce était plongée dans le noir, et Aoki n'en distinguait que ce que la lumière qui filtrait depuis le couloir lui permettait d'en voir ; mais il lui semblait qu'une forme était assise sur le canapé, immobile, et laissant la porte ouverte, il s'avança vers elle avec hésitation.

- Monsieur Maki ?

- Je n'ai pas le souvenir de t'avoir dit d'entrer, Aoki.

La voix sèche, froide, claqua dans l'air comme un coup de fouet, et Aoki s'arrêta net. Maintenant que sa vue s'habituait à la pénombre, il commençait à distinguer le visage du directeur Maki – et ses yeux, qui étaient posés sur lui. Depuis combien était-il assis là, dans le noir, immobile ? C'était dans ses moments-là qu'Aoki aurait volontiers donné son sang pour chasser la mélancolie qui s'emparait de son supérieur.

- Excusez-moi, monsieur Maki… Je voulais vous parler…

- C'est à ce point urgent que tu décides d'entrer sans même en recevoir l'autorisation ?

Il avait beau être habitué à recevoir des répliques cinglantes de la part de son directeur – Maki l'avait même frappé, une fois – ça ne le laissait jamais de marbre. Le pire, c'était quand, d'une façon ou d'une autre, il le décevait. Parfois, Maki se mettait en colère, et d'autres fois, il ne disait rien, et se contentait de le regarder, d'un air qui disait clairement : "tu m'as déçu". Ces moments-là étaient les plus affreux.

La forme bougea, quitta le canapé, et quelques instants après, la lumière du plafond éclairait la pièce et le directeur, debout à côté de l'interrupteur.

- Je suis désolé, monsieur Maki… Qu'est-ce que vous faisiez dans le noir ?

Maki lui renvoya un regard glacial, qui figea Aoki pendant quelques secondes, puis s'installa derrière son bureau, avant de demander d'une voix froide :

- Alors ? Qu'est-ce qui t'amène ?

- Je voulais vous donner ça.

Avec une infime hésitation, il s'avança, et tendit l'enveloppe à Maki, qui la prit silencieusement. Pendant que le directeur décachetait la lettre de ses doigts fins, Aoki sentait son cœur battre à toute allure, tout en se demandant pourquoi, juste ciel, la réaction de Maki à ce sujet lui importait tellement. C'était juste un carton de fiançailles, bon sang. Il avait été tout heureux d'en donner à Soga et Koike, et à l'inspecteur Okabe. Mais le directeur Maki… pourquoi le chose était-elle plus délicate avec lui qu'avec les autres ? Il n'était que son supérieur, non ?

Pendant qu'il lisait le carton, Aoki ne pouvait s'empêcher de contempler son visage, et ce n'était pas une excellente idée ; ça lui rappelait la fois où le directeur avait agi de façon si étrange. Bien sûr, cette histoire de prise d'otage, qui avait impliqué le ministre des affaires étrangères, avait mis Maki sous pression continuelle. Et lorsqu'Aoki l'avait vu assis dans un escalier du ministère, complètement effondré, il s'était juré de faire tout son possible pour sauver l'otage que tout le monde abandonnait, non seulement pour elle, mais aussi parce qu'il ne voulait plus jamais voir une expression pareille sur le visage de Maki. Soit, cette affaire avait mis les forces du directeur à rude épreuve. Mais est-ce que ça suffisait à expliquer sa conduite à l'hôpital ?

La mission de sauvetage de l'otage avait été dangereuse, c'était un fait ; mais il devait sa blessure au simple fait d'avoir mal atterri sur le sol en sautant de l'hélicoptère. Mais l'expression qu'avait le directeur en entrant dans sa chambre d'hôpital, ces yeux écarquillés de frayeur… Aoki ne l'oublierait pas de sitôt. Tout comme il n'oublierait pas ce qui s'était passé ensuite… Il n'avait pas rêvé, bon sang. Le directeur l'avait serrécontrelui. Entre ses battements de cœur affolés, Aoki l'avait senti trembler. Il avait l'air si fragile, dans ses bras… On aurait pu le briser en une pichenette.

Il avait voulu lui dire tellement de choses, à ce moment-là. Mais pas une seule n'était sortie. Puis le moment avait pris fin, Maki s'était reculé, il avait évité le regard d'Aoki, et il était sorti de la pièce au moment même où le docteur Miyoshi y était entré, ce qui n'avait pas permis à Aoki de suivre son supérieur pour lui demander des explications.

Et pourtant… Comme il aurait aimé en avoir, des explications… Sa conduite ne pouvait pas s'expliquer par le simple fait qu'il était à bout de nerfs. Si c'était Okabe-san, ou Koike, ou Soga, qui avait été blessé, Maki n'aurait certainement pas agi de la même façon, il en était certain.

C'était… juste parce que c'était lui.

Non, impossible. Il n'avait rien de spécial…

Sans un mot, Maki, devant lui, lisait le carton. Son expression neutre n'avait rien à voir avec celle qu'il avait affichée en passant la porte de sa chambre d'hôpital. Aoki, qui attendait sa réaction avec anxiété, eut l'impression qu'il s'était passé un siècle entre le moment où il lui avait tendu l'enveloppe et celui où Maki releva les yeux vers lui.

- Et ? Tu veux que je vienne ?

Bon. De toutes les réponses qu'il avait prévues, celle-ci n'en faisait pas partie.

- Euh, je… Enfin, évidemment que j'aimerais que vous veniez ! C'est mon mariage, alors… Je…

C'était malin, il ne savait plus quoi dire. Le directeur Maki avait le don de lui faire perdre ses phrases – tout comme il avait le don de beaucoup d'autres choses, d'ailleurs. Mince, c'était pathétique.

- Vous pensez que vous pourriez vous libérer ce jour-là, monsieur Maki ?

Le regard que porta le directeur sur Aoki lui sembla insoutenable, et le brun dut faire de gros efforts pour ne pas détourner les yeux.

- Je ne sais pas, répondit Maki calmement. On n'a pas tant de jours de congé que ça, par ici, comme tu le sais.

- Oui mais… Mon mariage…

- Tu as invité aussi Okabe et les autres, pas vrai ?

Ah, voilà. Il le savait. C'était inutile de chercher à lui cacher quelque chose, évidemment, et Aoki se maudit de ne pas avoir respecté l'ordre de ses idées et de ne pas être allé lui donner le carton en premier ; mais il ne pouvait pas mentir, parce que c'était impossible de mentir quand Maki vous fixait de ce regard hypnotique.

- Oui, je…

- Si tu les as tous invités, ça signifie qu'il n'y aura personne au travail le jour de ton mariage. Je ne crois pas que ce soit possible.

Ah, c'était pour ça ? Évidemment, il n'avait pas tout à fait tort, Aoki en était conscient… Mais c'était son mariage, et c'était monsieur Maki qui était en face de lui… Il aurait renoncé à tous les autres invités de la cérémonie si Maki avait promis de venir en échange.

Et quelque part, ça n'avait rien de très normal, parce que dans ces invités, il y avait des gens comme sa mère et sa sœur, qui étaient censés compter unpeuplus pour lui que son directeur.

- Vous viendrez, n'est-ce pas ? Directeur Maki…

- Je vais y réfléchir.

Le ton sec sur lequel il répondit montra à Aoki qu'il n'en tirerait rien de plus, et que c'était le moment de se retirer – et comme Aoki n'était pas de taille à lutter contre son ascendant, il inclina la tête et sortit, en laissant échapper un soupir découragé dès que la porte se referma derrière lui. Quelque part, il sentait que ça allait se passer comme ça. Sans qu'il comprenne exactement pourquoi, Maki ne donnait pas l'impression d'être vraiment favorable à son mariage, et ça rendait la discussion un peu compliquée.

Bien sûr, il n'avait pas besoin de sa bénédiction pour décider de se marier, mais…

Pourquoi est-ce que le directeur réagissait comme ça ? C'était juste étrange.

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Et voilà pour ce deuxième chapitre ! On se voit au prochain !