"Don't cry,
There's always a way
Here in November in this house of leaves
We'll pray
Please, I know it's hard to believe
To see a perfect forest
Through so many splintered trees
You and me
And these shadows keep on changing
And I'm haunted
By the lives that I have loved
And actions I have hated
I'm haunted
By the promises I've made
And others I have broken
I'm haunted
By the lives that wove the web
Inside my haunted head"
Mercredi 11 janvier, 20h41, Commissariat central, Lima Oh.
- Tu quoi ? Je … je ne comprends pas David. De qui est-ce que tu parles ? Oh, fit soudain Paul. Une jeune fille c'est ça ? Tu t'es battu pour une fille ?
Curieusement, Paul se sentait rassuré. Voilà, c'était juste une bagarre entre garçons pour les yeux d'une belle. Soit, une bagarre qui avait mal tourné mais David ne connaissait pas sa force. Et puis si cette jeune fille avait été en danger … Oui, tout s'expliquait et Paul sentit son cœur qui s'était logé dans son estomac depuis cet affreux coup de téléphone reprendre sa place dans sa poitrine. Oui, tout allait bien se passer. Ils étaient une famille, ils pouvaient survivre à cette crise.
- C'est cette jolie latino, n'est-ce pas ? Comment s'appelait-elle ? Héléna ? Demanda t-il sur un ton qui se voulait léger.
Paul vit David échanger un regard avec l'inspecteur. Cette dernière se plaça juste derrière David et lui serra gentiment l'épaule, comme pour l'encourager.
- David, dit-elle doucement, est-ce que tu veux que je lui dise ?
- Non, répondit immédiatement David, sur la défensive. Non, je vais le faire.
Le regard de Paul allait de l'un à l'autre, ne comprenant pas ce que signifiait cet étrange échange. David ferma les yeux, inspira un bon coup, comme pour se donner du courage Pourquoi fallait-il du courage pour donner à son père le nom de la fille dont on est amoureux ? Se demandait Paul.
David prit sa main dans la sienne. Paul la serra instinctivement. Son fils le fixait, droit dans les yeux.
- Papa est-ce que … est-ce que tu m'aimes ?
La question glaça le sang de Paul : est-ce qu'il aimait son fils, son fils unique ? Avait-il fait quoi que ce soit pour que David pense qu'il ne l'aime pas ?
- David, je t'aime, sans aucune réserve. Tu … comment peux tu … je … je ne comprends pas …
David noua son autre main autour de celles de son père.
- Quoique tu … la voix de David se cassa. Il se reprit. Quoique tu penses de moi après … après tout ça, je veux que tu saches que moi, je t'aimerais toujours, et maman, et Ivy et Lily. Je vous aimerais tous toujours.
Paul, complètement affolé par l'émotion qu'il pouvait entendre dans la voix de son fils l'attira à lui.
- Oh David, il n'y a rien, tu entends, rien que tu puisses faire qui me fera cesser de t'aimer. Rien tu entends.
- Ok, murmura David d'une petite voix.
Ce n'était pas un adolescent que Paul tenait dans ses bras c'était son enfant, juste ça. Le bébé qu'il avait fait sauter sur ses genoux, le gamin à qui il avait appris à jouer au foot. Tant d'images se bousculaient dans la tête de Paul. Il se reprit. Il fallait qu'il sache ce qui tourmentait David au point qu'il puisse croire que son père le rejetterait.
- David, dis moi, dis moi le nom de cette personne que tu aimes ?
- Kurt … Kurt Hummel.
Mercredi 11 janvier, 17h19, Lycée McKinley, Lima Oh.
- Oui ! Vas y mon amour ! Courrrrrrrrrrrrrrrrrrrrs ! Tu vas les avoir, tu vas les avoir ! Hurlait Rachel Berry du haut des gradins, complètement prise par le jeu.
Les Titans menaient les Thunderbirds par 26 à 14. Son homme volait littéralement sur le terrain, il était fantastique, il était … un Dieu vivant !
- Un quoi ? Demanda Quinn, assise à ses côtés, sourcil levé en signe d'interrogation.
Oups, pensa Rachel, elle avait du dire ça tout haut.
- Finn … il est … enfin, tu vois quoi. Oh, regarde, regarde ils vont faire un autre touchdown. ! Ti-tans, Ti-tans, Ti-tans ! Se mit à scander Rachel.
- Je croyais que tu détestais le football, fit remarquer Tina qui était assise juste devant elle.
- Bien sûr que je déteste ce sport, répondit Rachel sur un ton péremptoire : il est violent, dangereux et sans aucune finesse.
- Ah, désolée, pendant un moment, j'ai vraiment cru que tu étais une fan de foot, répondit Tina un large sourire (ironique le sourire) sur le visage. Je me demande ce qui a pu me faire douter, vraiment.
- Il est sain dans un couple que chacun s'investisse dans la passion de l'autre et l'encourage du mieux qu'il peut et – non mais regardez moi ça ! Quelle bande de … de gros nazes ! Bououououoououoh !
Cette fois les sourcils de Quinn firent un petit voyage sur son front. Rachel Berry proférant ce qui ressemblait fort à une insulte ? Si ce n'était pas de l'amour ça.
- Mercedes, tu es sûr que tu vas bien ? Demanda Tina sur un ton plein de sollicitude.
Mercedes lui sourit.
- Oui, pourquoi ?
- Parce que miss Berry ici présente se déchaîne comme une folle – ce qui ne nous change pas tant que ça en fait, précisa Quinn.
- Hey !
Quinn ne nota pas l'interruption outragée de Rachel et continua.
- … et que tu te morfonds dans ton coin depuis le début du match. Shane dispute pourtant une belle partie.
- Euh, oui, oui. Allez les Titans ! Cria Mercedes.
- Okaaaaaaaaaaaaaaay, dit Tina, et si tu réessayais en y mettant un peu plus de conviction cette fois.
- Je suis désolée les filles, c'est juste que … que depuis noël j'ai la tête ailleurs.
- Ou plutôt le cœur, la taquina Rachel ce qui lui valut un regard assassin de la part de Mercedes (5).
Les Titans avaient marqué un touchdown et immédiatement la pyramide qui avait rendu coach Sylvester célèbre s'éleva dans les airs, Santana et Brittany, au sommet de la formation, agitant leurs pom-pom.
- … ça fera toujours un sale homo de moins dans les parages. Et celle-ci n'a qu'à bien se tenir si elle ne veut pas qu'on se débarasse aussi d'elle …
La voix, masculine, attira immédiatement l'attention de Rachel. Avoir deux papas gays l'avait presque conditionnée à identifier les insultes homophobes, même dans la foule la plus bondée. C'était un peu comme un sixième sens. Elle tourna la tête.
Juste en diagonale du petit groupe formé par les filles de ND, se trouvaient cinq garçons arborant les couleurs des Thunderbirds. Ils riaient. L'un d'eux, manifestement le leader vu la manière dont il se tenait (Rachel avait suivi des cours d'études comportementales : il était important pour sa future carrière qu'elle puisse différencier, lors des repas officiels, le producteur du simple projectionniste, n'est-ce pas ?) riait. Comme Rachel détestait leurs semblables, leur étroitesse d'esprit, la petitesse de leur vie. Comme disait toujours Kurt, ce qui était rassurant, c'était de savoir qu'ils finiraient leur vie caissier à MacDo, avec leurs nécessaires 2,1 enfants dans un pavillon de banlieue. Kurt avait toujours -
Son sang se glaça dans ses veines.
- Kurt … Où est Kurt ? Demanda t-elle à Quinn.
- Aucune idée, je ne suis pas son gardien, il va et vient comme bon lui semble tu sais.
- Il a reçu un coup de fil de Blaine. Il s'est éloigné pour y répondre. Je crois que les cris d'allégresse d'une certaine personne dont je tairais le nom, l'ont obligé à s'exiler, répondit Mercedes.
- Mais c'était … c'était il y a un bon moment, non ? Il devrait être revenu maintenant ?
- Rachel, tu sais comment est Kurt lorsqu'il est au téléphone avec Blaine : le monde autour de lui cesse d'exister. Et puis, contrairement à toi, il n'est pas particulièrement fan de foot.
- Je dirais plutôt, qu'il n'est pas fan d'un sport auquel Blaine ne participe pas, ajouta Tina. Je le comprends tu me diras, Blaine en petit short moulant est tout à fait mimi.
- Je croyais que les abdos de Mike étaient tout ce que tu remarquais ? S'étonna Quinn.
- Hey, dit Tina en haussant les épaules, ce n'est pas parce que l'on a déjà choisi un plat sur le menu que l'on n'apprécie pas ce qu'il a d'autres à offrir.
- Les filles …
- C'est plutôt le genre « fruits défendus » comme plat, non ? Parce que je crois que si tu fais ne serait-ce qu'une allusion comme ça devant Kurt, il t'arrachera les yeux, plaisanta Mercedes.
- Les filles, je crois que quelque chose est arrivée … réitéra Rachel.
- Ca n'empêche pas de regarder. Je veux dire, je suis allergique aux crustacés mais j'apprécie l'esthétique d'un plat bien préparé -
- LES FILLES !
Mercedes, Tina et Quinn se tournèrent vers Rachel.
- Si vous en avez fini avec vos métaphores culinaires sur le désir et l'attraction entre les sexes, serait-ce trop vous demander que de m'écouter cinq minutes ? Je … J'ai un mauvais pressentiment.
- Oh non marmonna Mercedes, elle va nous refaire le coût des pouvoirs extra sensoriels (6).
Rachel ne répondit pas à Mercedes. Elle avait sorti son portable de sa poche et composait le numéro de téléphone de Kurt. Les autres filles ne disaient rien.
- Il ne répond pas, dit Rachel. Il y a un problème. Il faut … il faut qu'on le retrouve !
Quinn soupira.
- Calme toi Rachel, d'accord. Je suis certaine que Kurt va bien mais – (Rachel avait ouvert la bouche pour protester) mais, s'il le faut, pour te rassurer, nous allons le chercher avec toi. De toute manière, j'avais envie de me dégourdir les jambes.
Au bout d'une vingtaine de minutes, seule la présence de Quinn (qui restait calme en toute circonstance, qualité que Rachel lui enviait) empêchait Rachel de se mettre à hurler dans les longs couloirs du stade de McKinley (elle pouvait en revanche dire adieu à sa superbe manucure : ses ongles étaient rongés comme un os donné à un pauvre chien affamé).
- Il y a un problème, je vous l'avais dit.
Les quatre jeunes filles avaient tour à tour essayé de joindre Kurt par téléphone (Rachel était étonné de voir que Quinn avait le numéro de Kurt enregistré sur son portable. Que pouvaient ils bien avoir à se dire tous les deux ? Il faudrait qu'elle le questionne dès que … OhMonDieu, il est arrivé quelque chose à Kurt ! Et si elle ne le revoyait jamais !). Sans succès. Elles avaient fouillé les vestiaires (Quinn était entrée sans aucune gène dans celui des garçons. Cette fille était wouaouh !), le gymnase, le hall d'accueil. Rien, pas la moindre trace de leur ami.
- Mais enfin ! S'exclama Mercedes, au bord des larmes et un chouïa hystérique jugea Rachel, où peut-il bien être ? On ne peut pas disparaître comme ça ?
- Du calme, répondit Quinn, nous allons -
La musique de Teenage Dream retentit dans le hall, les faisant sursauter.
- C'est une sonnerie de téléphone, annonça Tina d'une voix blanche. Ca ressemble … c'est pas celle que Kurt utilise pour Blaine ?
Quinn fut la première à réagir. Elle s'engouffra dans le couloir d'où provenait la musique. Malheureusement, elle s'arrêta avant qu'elle n'ait pu identifier la localisation exacte du téléphone. Rachel sortit son téléphone et composa immédiatement le numéro de Kurt.
Dès que la musique de Don't Cry For Me Argentina se fit entendre, les quatre membres de ND se précipitèrent vers sa source : les toilettes pour garçons.
- Euh … fit juste Mercedes.
Quinn leva les yeux au ciel et entra. Lorsqu'elle ressortit des toilettes, elle était pâle.
- Oh non … souffla juste Mercedes en voyant ce que Quinn avait dans les mains : le sac de Kurt et son manteau.
Cette fois, Mercedes pleurait pour de bon et Tina, au bord des larmes faisait ce qu'elle pouvait pour la calmer.
Rachel, qui tenait le téléphone de Kurt serré dans ses mains, fixait juste les affaires de ce dernier, incapable de comprendre, non, d'accepter ce que la présence des biens les plus précieux de Kurt (un manteau Alexander McQueen qui lui avait coûté cinq semaines de travail au garage de son père, un messanger bag Longchamp et son I-phone) abandonnés dans les toilettes pouvait bien signifier.
- Rachel, va chercher Finn, ordonna Quinn. Ils doivent être en troisième quart temps. Dis lui qu'il faut qu'ils viennent maintenant. Qu'il amène aussi Mike et Puck.
Rachel hocha la tête, comme un robot, les yeux toujours rivés sur le sac et le manteau de Kurt.
- Ces types … ceux que j'ai entendu parler dans les gradins … ils ont dit qu'ils avaient réglé leur compte à un ho - Elle ferma les yeux, incapable de prononcer à voix haute ce mot, ce terrible mot qu'elle avait entendu presque toute sa vie, lancé avec haine contre ses pères, contre elle. Contre Kurt. Est-ce que tu crois qu'ils ont quelque chose à voir avec … avec la disparition de Kurt ?
Quinn ne répondit pas.
Rachel ne savait pas ce que c'était de rester sans voix. Elle était LA voix personnifiée. Sa vie entière était liée à sa voix. A la musique, au son. Elle ne comprenait pas le silence de Quinn. Elle le comprenait pas que les gens restent muets, quelle qu'en soit la cause.
C'est pourtant ce qui lui arriva, une heure plus tard lorsque le téléphone de Kurt fit une nouvelle fois entendre la musique de Teenage Dream.
Tou bi continuèdeuh !
(5) Désolée, je n'ai pas pu résister. J'adore le couple formé par Sam et Mercedes.
(6) Episode 13, Sectionnals, de la saison 1.
