Un truc énorme et argenté explosa devant Drago. Il cligna des yeux, regarda autour de lui, et arriva à la conclusion qu'il avait été en train de rêver.

Il était encore tôt. La salle commune était silencieuse, en dehors de Goyle qui ronflait sur le fauteuil à côté de lui et des bûches qui craquaient dans la cheminée. Il n'entendait pas de pluie. Il ôta sa capuche, regarda en l'air, et fronça les sourcils en avisant le nuage qui se trouvait toujours au-dessus de sa tête. Il ne pleuvait plus, cependant, et même si les vêtements de Drago étaient humides et inconfortables, ils n'étaient pas complètement trempés.

Drago se leva d'un bond avec un grand sourire et se précipita hors de la salle commune. Il eut presque envie de faire disparaître le nuage lui-même avant d'arriver à l'infirmerie mais préféra ne pas prendre de risque. Il valait probablement mieux laisser Pomfresh s'en occuper. Il était sûr qu'elle y arriverait. La pluie s'était arrêtée et le nuage n'avait pas l'air menaçant.

Malheureusement, il s'était laissé emporter par son enthousiasme. Du moins, c'est ce que Pomfresh avait dit quand sa dernière tentative pour faire disparaître le nuage échoua. (Elle avait commencé par râler et faire remarquer qu'il était cinq heures du matin ; même son filet à cheveux semblait en colère). Cette fois-ci, elle était armée de sortilèges que Drago n'avait jamais entendus auparavant, mais aucun d'eux ne fit effet. Quand il ressortit de l'infirmerie, avec un nouveau flacon de Philtre Calmant et de la fumée qui lui sortait des oreilles à cause d'une nouvelle dose de Pimentine, il pleuvait à nouveau.

C'était samedi et le château était silencieux, à part pour un coup de tonnerre de temps en temps. Drago était sûr que ça venait de dehors et non pas de son nuage. Il monta à son dortoir et en profita pour prendre une longue douche tranquille. Il se changea et, à regret, mit de côté la cape de Potter. Elle était loin d'être sèche, mais elle lui avait porté chance ; elle l'avait gardé au chaud durant la nuit. Et elle sentait bon. Pas que les vêtements de Drago ne sentent pas bons, mais l'odeur de Potter avait quelque chose de plus attirant.

Drago se tira de ces pensées qui ne menaient à rien et descendit aux cuisines. Les elfes se montrèrent très heureux de lui servir à manger et du jus de citrouille. Ils lui firent des courbettes et lui dirent qu'il avait un très joli nuage, demandant si c'était une nouvelle mode sorcière. Trois éclairs au chocolat plus tard, il se sentait suffisamment bien pour écrire à ses parents et leur demander de lui envoyer des capes, des robes, et si possible quelqu'un capable de le soigner s'ils pouvaient en trouver un.

Il revint à la salle commune (le centaure le força à dire « Je ne ris ni ne souris tant que mes devoirs ne sont finis » avant de le laisser entrer) et fit apparaître un morceau de parchemin, de l'encre, et la Plume à Papote de Susan Bones. Et puis il essaya d'écrire une lettre à sa mère.

« J'ai eu un petit problème en cours. Rien de grave, mais j'ai besoin que tu m'envoies de nouveaux vêtements, » dit-il à voix haute.

« Mère, je t'en supplie, envoie-moi une cape ; je suis empli de rage et désespoir. Mes camarades se moquent de moi ; aie pitié du fruit de tes entrailles et ne le laisse pas contempler seul sa propre damnation, » écrivit la Plume à Papote.

Drago jeta le parchemin dans la cheminée et laissa tomber. Il n'avait pas envie de pleurnicher auprès de sa mère de toute façon. A la place, il but tout le flacon de Philtre Calmant et se rendormit.

Seulement quelques minutes semblaient s'être écoulées quand Drago fut réveillé par un tremblement de terre. Une faille géante s'ouvrit au milieu du terrain où était posé le château et l'abysse qui venait de se creuser se transforma en une bouche qui beuglait :

« Malefoy. Putain, Malefoy ! »

Drago grimaça et ouvrit les yeux. L'abysse se révéla être Potter. Ses doigts étaient enfoncés dans les épaules de Drago et il le secouait impitoyablement.

« Qu'est-ce que tu as fait, bon sang ? » hurlait Potter.

Il avait l'air terrifié. Et trempé.
Drago essaya de se redresser mais ses membres étaient lourds et sa tête semblait trop grosse pour que son cou la supporte. Il regarda autour de lui avec des yeux bouffis. Il était entouré d'au moins une vingtaine d'étudiants, tous en pyjama, trempés, qui le regardaient avec de grands yeux et des visages mécontents.

« Je vous l'avais dit, s'écria Ernie. Je vous avais dit que ce nuage était maléfique. Mais non, personne ne voulait me croire. « Il ne va pas s'en prendre à nous, Ernie, » « Ne sois pas stupide, Ernie. »

— La ferme, Ernie, » dit Millie.

Potter les ignora. Il arrêta de secouer Drago et le relâcha brusquement. Drago remarqua que Potter avait un flacon vide dans la main.

« C'est quoi ça ? »

La voix de Potter était si sévère que Drago se retrouva à lui répondre sans le vouloir.

« Du Philtre Calmant, » dit-il, un peu surpris.

Est-ce que Potter pensait que Drago avait essayé de se suicider ? Est-ce que tout le monde pensait ça ? Drago jeta un regard aux autres. Ils avaient l'air agités.

« Je pensais que ça agirait plus vite, c'est tout. Cela dit, je suppose que j'aurais dû vous en garder. On dirait que vous en avez besoin, » ajouta-t-il avec ressentiment.

Il regarda Potter et se retrouva à fixer son bas de pyjama. Le tissu était blanc avec de gros pois rouges, et c'était bien trop grand pour les jambes maigrichonnes de Potter et sa taille fine. Le vêtement avait l'air d'avoir cent ans. Son tee-shirt lui allait mieux et avait l'air tout neuf si on en jugeait par les couleurs vibrantes du Suédois à museau court dessiné sur le devant. Le dragon crachait des flammes d'un bleu électrique et avait l'air aussi furieux que Potter. Cependant, Potter avait arrêté d'avoir l'air furieux pour le moment et à la place regardait ce qui lui servait de pyjama avec gêne. Drago se rendit compte qu'il l'avait fixé avec insistance. Il détourna le regard et trouva Goyle dans la foule.

Contrairement aux autres, Goyle était tout habillé – dans ses vêtements de la veille – et blanc comme un linge. Il ne semblait pas en état de répondre à des questions.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? » lui demanda Drago malgré tout.

Weasley répondit :

« Ça fait un quart d'heure qu'on essaie de te réveiller. Tu ne bougeais pas d'un poil ; tu respirais à peine.

— Et ton nuage faisait la moitié de la pièce et lançait des éclairs partout, » ajouta Ernie.

Personne ne rectifia donc Drago en déduisit qu'il n'exagérait pas. Il se demanda s'ils s'attendaient à ce qu'il s'excuse.

« Le Philtre Calmant est supposé aider, s'entêta-t-il.

— En petites doses… »

Granger parla d'une voix douce comme si elle craignait de l'énerver avec ses connaissances. Drago aussi savait comment le Philtre Calmant fonctionnait. Il fallait être prudent avec : si on en buvait trop peu, rien ne se passait ; si on en buvait trop, ça risquait d'exciter plutôt que de calmer. Mais boire le flacon entier avait semblé être une bonne idée quand il l'avait fait.

Drago voulait juste se rendormir. Ça avait marché la fois d'avant.
Il se frotta la joue. Elle était brûlante et douloureuse.

« Est-ce que quelqu'un m'a giflé ? »

Il jeta un regard mauvais à Potter.

« C'était Neville, se hâta de répondre Potter.

— Hé ! s'écria Londubat. C'était Hermione ! »

Les lèvres de Potter frémirent.

« J'essayais d'être un gentleman. »

Granger semblait fascinée par ses ongles et les étudiait avec soin.
Evidemment, c'était elle, pensa Drago. Granger avait toujours bien aimé le gifler. Agacé, il essaya de se relever mais Potter le repoussa en arrière.

« Brute, cracha Drago.

— Crétin imprudent, » répliqua Potter.

Drago eut un sourire moqueur.

« Ton inquiétude me touche, Potter. »

Les lèvres de Potter se pincèrent tellement qu'il lui rappela McGonagall.

Madame Pomfresh fit son entrée et interrompit leur concours de regards furibonds. Elle renvoya tout le monde dans les dortoirs, ce qui offrait un spectacle amusant, et puis elle fit volte-face vers Drago, ce qui était tout sauf amusant.

Dire qu'elle était énervée aurait été comme dire que Hagrid était plutôt grand. Elle n'accepta pas d'excuses et traîna carrément Drago jusqu'à l'infirmerie à la force de la baguette.

Drago était à moitié soulagé. La solitude de l'infirmerie lui semblait préférable au fait de se retrouver à nouveau face à ses camarades de classe. Ils étaient bruyants, trop curieux, paniquaient facilement et se retrouvaient à tirer des conclusions ridicules.

Il passa le reste de la journée à l'infirmerie, enroulé dans une cape chaude et une couverture, blotti dans un fauteuil confortable près de la cheminée. Les Elfes de maison lui apportèrent à manger et Pomfresh lui donna une couverture propre quand l'ancienne commença à être trop mouillée.

Goyle le rejoignit après le déjeuner pour lui tenir compagnie et Drago en profita pour lui demander ce qui s'était passé exactement dans la salle commune.

Apparemment, Goyle s'était réveillé sous un déluge. Le nuage s'était étendu et couvrait plusieurs mètres carrés. Il avait essayé de réveiller Drago et comme il n'y arrivait pas, il avait appelé à l'aide.

« Potter est arrivé si vite que j'ai pensé qu'il avait transplané, dit Goyle. Il a vu la fiole vide tout de suite et il est devenu tout blanc. C'est lui qui a réveillé tout le monde en criant ton nom. Et puis il a envoyé Abbot chercher Pomfresh et nous a dit à tous de reculer. Et purée, on a reculé. Il peut vraiment faire peur, Potter. Il n'arrivait pas à te réveiller, cela dit. Et il s'est pris deux éclairs. Et puis Granger t'a giflé et ça, ça marchait mieux. Alors Potter t'a encore hurlé dessus et puis t'a secoué et finalement tu t'es réveillé. Heureusement d'ailleurs ; je pense que Granger allait te gifler encore. »

Goyle fit une pause.

« Pourquoi est-ce que tu as bu tout le Philtre Calmant ?

— Je pensais que ça me ferait du bien, répondit Drago, sur la défensive.

— Mais tu t'y connais en potions et Granger dit que tu aurais dû te rendre compte qu'en grande quantité ça pouvait avoir des effets nég…

— On peut changer de sujet ? »

Drago n'avait pas particulièrement envie de savoir ce que les Gryffondor avaient dit de lui après qu'il soit parti. Il parvenait à imaginer leurs discussions très bien tout seul. Goyle hocha la tête humblement.

« Ça, ça va t'aider, annonça-t-il brusquement en sortant un chocolat de chez Honeydukes à moitié dévoré. Je l'ai piqué dans l'une des caisses de Potter. J'ai entendu dire que les bouteilles de Bièraubeurre sont remplies de whisky Pur Feu mais je n'ai pas pu les trouver. Potter a dû les cacher. »

Drago secoua la tête.

« C'est bon. Tu peux le garder. »

Goyle sourit largement et croqua avec satisfaction une large bouchée de chocolat.

« Tu viendras à la fête ? demanda-t-il la bouche pleine.

— Je doute que Pomfresh me laisse y aller. »

Drago espérait avoir raison. Il n'avait pas envie de faire la fête.
Il avait tort, cependant. Millie passa vers sept heures et convainquit Pomfresh de le laisser y aller.

« On s'occupera bien de lui, promit-elle. Et on le renverra ici s'il essaie d'avaler quelque chose qu'il ne devrait pas. »

Drago pensa dire qu'il ne se sentait pas bien mais ça aurait voulu dire que Pomfresh passerait la prochaine heure à lui enfoncer sa baguette dans les côtes. Et puis, il y avait du whisky Pur Feu.

Il se retrouva à suivre Millie jusqu'à la Tour, espérant que le whisky Pur Feu ne serait pas considéré comme quelque chose qu'il ne devait pas avaler.

Des rires et de la musique leur parvinrent dans le couloir tandis que Millie récitait les devoirs de la semaine prochaine au centaure. Drago se sentit tout d'un coup réellement pas bien. L'idée de regarder les autres boire et s'amuser était une torture. Et bien sûr qu'ils ne le laisseraient pas boire de whisky Pur Feu. Lui-même ne se laisserait pas en boire, s'il était eux. Se bourrer la gueule dans sa situation serait stupide, si on y réfléchissait. Il pourrait bien finir par noyer tout le monde. Au moins, Ernie serait content

« Hey ! Où est-ce que tu vas ? glapit Millie comme il s'apprêtait à partir.

— J'ai besoin d'air frais. Je reviens dans une minute.

Drago, » soupira Millie.

Il se retourna pour la regarder. L'ombre du nuage tournoya autour de lui, et la pluie aussi.

« Est-ce que j'ai l'air de quelqu'un qui veut faire la fête ?

— Tu as l'air de quelqu'un qui ne devrait pas être tout seul. »

La mâchoire de la jeune fille était crispée. Drago souffla avec agacement.

« Tu crois que Pomfresh m'a tenu compagnie à l'infirmerie ? Et bien tu te goures, si c'est ce que tu penses. J'étais tout à fait seul et je m'en portais très bien. Je me portais mieux que je ne serai à ta stupide fête. Va rouler des pelles à des Poufsouffle et fous-moi la paix. »

Il se retourna et commença à marcher, espérant que Millie ne le suivrait pas. Il accéléra, juste au cas où elle déciderait plutôt de lui envoyer un maléfice. Elle en était capable.

Cependant, Millie ne le suivit pas et ne lui envoya pas de maléfice, et Drago arriva sans encombres dans une petite cour. Il faisait sombre et les lieux étaient déserts. Les autres élèves rôdaient toujours dans le château mais il pleuvait et personne n'avait envie d'être dehors par ce sale temps. La pluie ne faisait aucune différence pour Drago. Avoir un toit au-dessus de la tête ne changeait rien quand vous aviez votre nuage perso qui vous suivait à chaque pas.

Drago s'assit sur un des bancs de pierre et se demanda s'il mourrait d'ennui bientôt. Il aurait bien voulu lire, ou même réviser, mais son bouquin de Sortilèges Avancés était foutu depuis ce matin à cause de la pluie, et il ne voulait pas risquer le reste de ses possessions. La cour était froide et sinistre, mais il n'avait pas envie de retourner à l'infirmerie pour le moment.

Il se retrouva à s'entraîner sur les sortilèges d'Invocation. Ça passait le temps mais ça se révéla assez frustrant.
Sa baguette ne lui obéissait pas aussi bien que d'habitude. Avec les sorts simples ça allait, mais quand il essayait quelque chose de plus compliqué, sa magie n'en faisait qu'à sa tête. Il se sentait comme un gosse qui pleurait et voulait que le noir s'en aille, et se retrouvait à regarder émerveillé les boules de lumière qui flottaient soudain au-dessus de sa tête. Des Invocations impressionnantes, mais pas le résultat qu'il attendait. Un signe que sa magie n'était pas contrôlée.

Drago continua et bientôt la cour se retrouva emplie d'oiseaux colorés qui ne pouvaient pas voler, de souris à la queue trop courte qui se dandinaient et d'un nuage de fées qui bourdonnaient avec panique, incapables de briller. Et un énorme paon blanc que Drago n'avait jamais eu l'intention de faire apparaitre ; le paon, au moins, n'avait pas de défaut.

« Ça te fait un sacré zoo, tout ça. »

Drago se retourna brusquement et lâcha le perroquet qu'il essayait d'améliorer. Il poussa un cri perçant en tombant mais ouvrit ses ailes juste avant de toucher le sol. Il prit son essor et atterrit sur le toit d'où il se mit à lancer des regards mauvais à Drago.

D'un mouvement de baguette, Drago fit disparaître les oiseaux, les souris et les fées aussi.
Potter se tenait à environ deux mètres de là, les mains dans les poches. Il ne portait pas de cape. Drago réalisa qu'en dehors de son nuage à lui, il avait arrêté de pleuvoir.

« La fête est déjà terminée ? demanda Drago. Ou bien tu es là pour m'y traîner ?

— Non. Et non. »

Alors Potter était venu voir comment il allait. Drago se demanda comment il l'avait trouvé, mais Potter avait toujours eu un flair infaillible pour ça.
Drago écarta les bras.

« Tu veux me fouiller pour voir si j'ai du Philtre Calmant sur moi ? Je t'en prie, vas-y. »

Potter eut un sourire peu assuré.

« Si tu veux. »

Drago baissa les bras et fronça les sourcils.

« Retourne à ta fête, Potter. Je suis occupé.

— Heu, je peux pas. J'avais besoin d'une pause, pour tout dire. »

Drago était content d'entendre ça.

« J'en déduis que la fête ne se passe pas aussi bien que prévu, alors ? Tu aurais dû le savoir. Les maléfices volent de tout côté, hein ?

— Oh, c'est bien pire que ça. Après cinq bouteilles de whisky Pur Feu, ils ont décidé de jouer au jeu de la bouteille et à action/vérité. »

Potter poussa un profond soupir.

« Le résultat en a été une espèce d'orgie. »

Drago renifla.

« Genre.

— Millie a reçu pour gage d'embrasser Ernie.

— Yurk. »

Drago frissonna.

« Ça a dû se terminer à coup de poings.

— Non, franchement pas. Ils sont toujours en train de se baver dessus. Ça fait une demi-heure que ça dure. »

Drago ne savait plus quoi dire. Merlin. Et il avait dit à Millie d'aller rouler des pelles à des Poufsouffle.
Il n'avait pas imaginé qu'elle le ferait pour de vrai. Elle aurait au moins pu choisir Justin. Il était né de Moldus, d'accord, mais il était plutôt pas mal et il était bien plus intelligent qu'Ernie. Et il était grand, pas comme Ernie qui était minus.

Potter souriait. Drago se rendit compte qu'il était possible que ce ne soit qu'une blague.

« Et toi, tu as embrassé qui ? demanda Drago.

— Tout le monde. Au moins deux fois. »

Drago leva les yeux au ciel. Il ne servait à rien de poser des questions à Potter. Il essayait juste de démontrer à Drago qu'il avait manqué des tonnes de trucs intéressants en ne venant pas à sa merveilleuse fête.

« Va emmerder quelqu'un d'autre, Potter. Ou trouve-toi une autre cour. Celle-ci est occupée. »

Potter se trémoussa d'un pied sur l'autre et se passa la main dans les cheveux. Les mèches noires se dressèrent encore plus horriblement sur son crâne qu'elles ne le faisaient avant.

« Tu sais, dit Potter en hésitant, Hermione a une théorie. A propos de toi et ton nuage. Et…

— Oui ? » l'interrompit Drago avec impatience.

Si Granger avait une théorie, il serait stupide de ne pas en tenir compte.
Potter donna un coup de pied dans le sol.

« Elle pense que je pourrais t'aider.

— Et bien c'est une théorie stupide, répondit Drago, déçu.

— C'est vrai, reconnut Potter. Mais… peut-être que je pourrais essayer. Juste pour voir ? »

Potter avait l'air franchement gêné ; ça rendait Drago mal à l'aise. Qu'est-ce que Potter pouvait bien avoir prévu de lui faire ? Drago ne pouvait imaginer comment Potter pourrait l'aider quand Pomfresh et Flitwick n'y arrivaient pas. Et Pomfresh lui avait dit qu'elle avait contacté quelques-uns des plus grands guérisseurs du pays, et ils n'avaient pas d'idée de remède non plus. Il semblait que son cas soit sans précédent. Ce n'était certes pas la première fois que quelqu'un ratait un Sortilège Atmosphérique, mais normalement, on pouvait facilement les annuler.

Mais si eux ne pouvaient rien faire, qu'est-ce qui faisait croire à Potter qu'il serait différent ? La cape de Potter t'a aidé. Drago refoula vivement cette pensée. C'était une idée ridicule, de toute façon. Une bonne nuit de sommeil, voilà ce qui l'avait aidé. Temporairement.

« Très bien, si tu penses que tu es si malin, vas-y, » dit-il néanmoins.

Il feignait l'indifférence mais intérieurement il espérait bêtement que Potter pourrait malgré tout accomplir quelque chose de spectaculaire. C'était Harry Potter. Ça devait vouloir dire quelque chose. Et Drago ne pouvait se permettre de faire le difficile.

« Quel est ton prix ? » demanda-t-il.

Potter blêmit.

« Est-ce qu'il faut que j'en aie un ?

— Oui, répondit Drago avec fermeté. Je ne veux pas de faveurs » – supplémentaires – « de ta part.

— Très bien. D'accord. »

Potter haussa les épaules.

« Je te dirai ce que je veux en échange quand j'aurai une idée. Et si la théorie se révèle exacte. Ce qui ne sera probablement pas le cas.

— Ce n'est pas comme ça que ça marche. Dis-moi ton prix maintenant.

— Non. »

Un muscle dans la mâchoire de Drago se crispa involontairement.

« Alors dis-moi au moins ce que c'est, la théorie de Granger.

— Non. »

Je devrais lui balancer un maléfice, songea Drago. Je devrais lui balancer un maléfice et le faire voler d'ici jusque dans la salle commune. Granger n'avait probablement pas de théorie et Potter était juste en train de se foutre de lui.

La curiosité est un vilain défaut, cela dit.

« D'accord, dit Drago les dents serrées. Voyons ce que tu as à proposer. »

Potter hocha la tête, l'air sinistre et déterminé. Il fit deux pas en avant. Drago fit deux pas en arrière.

« Fais-le de là où tu es, réclama-t-il.

— Je peux pas. »

Potter mordillait sa lèvre inférieure.

« Reste tranquille. »

Et puis, il enleva ses lunettes et les mit dans la poche de sa chemise.
Même si ça c'était très bizarre, que Potter marche jusqu'à lui et l'attrape par sa cape était encore plus bizarre. De la pluie atterrit sur son visage et il grimaça, mais ne s'éloigna pas pour autant.

Drago s'attendait à ce qu'il sorte sa baguette, mais Potter se contentait de rester debout là. Ses yeux étaient très verts.

Drago comprit ce que Potter avait l'intention de faire une fraction de seconde avant que ça n'arrive. Les lèvres de Potter touchèrent les siennes et il se retrouva incapable de bouger. Il ne pouvait même pas respirer. Potter l'embrassa – l'embrassa – lentement, délibérément ; ses lèvres étaient douces, leur pression ferme. L'odeur des cheveux de Potter monta à ses narines. Elle lui était agréablement familière ; Drago avait dormi avec la nuit précédente, le visage enfoui dans la capuche de la cape de Potter.

La langue de Potter effleura la lèvre inférieure de Drago et puis il se dégagea brusquement.

Les lèvres de Drago étaient brûlantes. Elles le picotaient et il pouvait y sentir son sang battre au rythme de son cœur.

Potter l'avait embrassé.

J'ai embrassé tout le monde. Au moins deux fois.

Est-ce qu'il m'embrassera deux fois ? se demanda Drago. Et puis il se rappela que Potter avait probablement menti. Et puis il se rappela que Potter avait dit qu'il voulait tester une théorie pour le guérir.

Et puis il remarqua que la pluie avait cessé. Même la petite cour semblait plus claire, moins sinistre.

Potter avait l'air sinistre, par contre. Sinistre et inquiet, mais son expression était dure à déchiffrer.

Drago retrouva lentement ses esprits. Potter l'avait guéri. Drago lui était redevable. Encore une fois.

« Alors qu'est-ce que tu veux ? »

Sa voix était rauque. Il s'éclaircit la gorge dans une tentative pour le dissimuler.

« Pardon ? »

Les lèvres de Potter bougeaient quand il parlait. Un truc que les lèvres font toujours quand on est en train de parler, mais Drago ne s'était jamais retrouvé à les fixer comme ça avant. A tracer leur contour de son regard et à se rappeler comment elles étaient pleines et tièdes contre les siennes.

Potter m'a embrassé.

Est-ce que Potter se rendait compte que Drago était un garçon ? Drago savait que certains garçons préféraient être avec d'autres garçons, mais il n'avait jamais pensé que Potter était l'un d'entre eux.

Il cligna des yeux et essaya de se rappeler leur conversation.

« Heu, tu as dit que tu me dirais ce que tu voulais en échange si ça marchait. On dirait que ça a marché. Alors… »

Potter secoua la tête.

« Ça n'a pas marché.

— Qu'est-ce que tu… »

Drago leva la tête. Le nuage était toujours là. Il flottait loin au dessus de sa tête, petit et si blanc qu'il brillait presque, mais il était toujours là.

Bien sûr que ça n'avait pas marché. Ça n'avait jamais été censé marcher. Il comprit d'un coup, et ça lui fit l'effet d'un Cognard en pleine figure.

Hermione a une théorie. On jouait à action/vérité. J'ai embrassé tout le monde. Au moins deux fois.

Le baiser n'était pas censé le guérir ; c'était seulement censé le forcer à se dévoiler.

Et Potter… Potter avait l'air coupable. Drago pouvait imaginer la scène si facilement : Granger avait une théorie. A propos de Drago et de ce qui pourrait lui redonner le sourire. Et on avait donné à Potter le gage de l'embrasser pour voir si Granger avait raison.

Drago n'osait pas lever la tête vers les hautes fenêtres pour voir qui pouvait se trouver derrière à les observer pour voir si Potter avait accompli son gage. S'il y avait des gens, ils avaient vu le nuage de Drago devenir blanc et s'élever en altitude après juste un bref baiser.

Drago serra les poings. Au moins, il ne devait rien à Potter. Pas cette fois. Cette fois, Potter avait eu ce qu'il voulait.

« Peut-être que tu devrais me sauter, dit-il en regardant à nouveau Potter. Je suis sûr que ça me guérirait complètement. »

Potter ouvrit de grands yeux.
Drago sentit ses joues s'enflammer. Ses propres mots firent apparaître dans son esprit des images qu'il ne voulait pas voir.

« Non ? Dommage. J'aurais pu aller partout et dire à tout le monde que Potter m'avait sauté pour me rendre la santé. Ça ferait une sacrée bonne histoire ! »

Les yeux de Drago s'étrécirent.

« J'aimerais bien aussi aller raconter partout qu'Harry Potter aime bien se faufiler dehors la nuit pour embrasser des garçons. Ça aussi, ça ferait une bonne histoire, tu ne trouves pas ?

— Si. »

Potter recula. Ses yeux étaient froids.

« La Gazette l'adorerait. Je te conseille de demander Rita Skeeter quand tu les contacteras. Tu la rendras très, très heureuse. »

Potter se retourna brusquement et trébucha dans les marches qui menaient à l'entrée de la cour. Drago n'eut même pas la force de rire quand Potter sortit ses lunettes de sa poche et les remit sur son nez.

Potter disparut et la cour redevint sombre à nouveau. De lourdes gouttes de pluie tombèrent sur le nez de Drago.