Cette fois, ça ne s'évapora pas aussi vite. Ça disparut assez lentement pour que Drago comprenne qu'il ne rêvait pas. C'était tôt le matin quand il ouvrit les yeux et la brume argentée qui brillait dans l'obscurité, était en train de se déliter.
Elle disparut en quelques secondes et Drago se retrouva à fixer l'endroit où elle avait été.
Il se sentait mieux à nouveau. Il était à peu près sec et il avait dormi dans un lit bien chaud. Pomfresh l'avait traîné près de la cheminé la veille et avait empilé de lourdes couvertures sur lui. Dormir aidait vraiment, et ils pouvaient tous bien aller se faire voir. Boire tout le Philtre Calmant n'avait pas été si stupide que ça. Même si de la potion de Sommeil Sans Rêve aurait probablement mieux marché. Ça aurait aussi évité les rêves sur un garçon qui portait un pyjama blanc à pois rouges, qui sentait les pommes et ne voulait pas arrêter d'embrasser Drago.
Pomfresh fit une brève apparition et essaya à nouveau de faire disparaître le nuage. Ça ne marcha pas, alors elle lui fit apporter des vêtements secs et un petit-déjeuner par des elfes de maison.
Et puis Drago s'assit devant la cheminée, fixa le pendule de la grande horloge de grand-mère et se sentit minable pendant exactement deux heures et quatorze minutes. Jusqu'à ce que Goyle rentre dans la pièce, en fait.
Drago avait complètement oublié Goyle, ce qui était stupide de sa part. Goyle avait été à la fête. Il savait ce qui s'y était passé. Il n'aurait pas laissé les Gryffondor se moquer de Drago. Il leur aurait fichu son poing dans la gueule à tous. Au moins deux fois.
A moins qu'ils ne l'aient embrouillé, ce qui, il fallait bien l'admettre, était assez facile à faire.
Goyle se laissa joyeusement tomber sur une chaise à côté de lui.
« Tu as une mine atroce, dit-il.
— Est-ce que tu as bu ? » demanda Drago.
Goyle ne semblait pas avoir de gueule de bois.
« J'ai vidé la moitié de la caisse à moi tout seul. »
Il haussa les épaules.
« J'avais la tête qui tournait un peu. Les Gryffondor, par contre… »
Il sourit largement.
« Vraiment des poids plumes. »
Drago avala sa salive.
« Potter aussi ?
— C'est de Potter que je parlais. Je ne me rappelle pas qui d'autre est à Gryffondor. Enfin, Granger et Weasley, bien sûr, mais elle n'a pas bu du tout, et elle arrêtait pas de transformer le whisky Pur Feu de Weasley en eau. »
Potter n'était pas bourré quand il était venu dans la cour. Il n'avait pas l'air bourré. Et Drago aurait senti l'odeur du whisky Pur Feu ; il en aurait senti le goût. Potter n'avait pas le goût du whisky Pur Feu. Il avait le goût de…
« Beau temps, dit Goyle.
— Quoi ? »
Goyle désigna la fenêtre.
« On pourrait sortir voler. »
Drago examina le visage de Goyle.
« Greg, je vais te poser quelques questions maintenant, et je veux que tu me dises la vérité.
— C'est ce que je fais toujours, vieux. »
Goyle avait l'air surpris.
« J'ai entendu dire que vous avez joué à Action/Vérité. Est-ce que c'est vrai ? »
Goyle se figea.
« Oh, Drago, je suis vraiment désolé, gémit-il. J'ai choisi Vérité et le jeu était ensorcelé. Si j'avais pas répondu, je serais couvert de cloques maintenant. »
Drago eut l'impression qu'on venait juste de lui donner un coup dans le ventre.
« Qu'est-ce que tu leur as dit ?
— C'était Daphné. Elle m'a demandé où j'étais pendant la bataille finale ; elle a dit qu'elle ne m'avait vu nulle part. Et je leur ai dit que j'étais dans la Salle sur Demande avec toi et Potter et Granger et Weasley et… Crabbe. »
Drago ne pensait plus du tout au baiser de Potter.
« Et ensuite ? demanda-t-il, terrifié.
— Et bien ils voulaient savoir pourquoi, mais Weasley s'est mis en colère et a dit à Daphné que c'était une fête et que si c'était pour parler de Voldemort elle pouvait fermer sa gueule. Et puis Granger est arrivée et a dit à tout le monde qu'il y avait eu un horrible accident et que Crabbe était m…mort dans cette salle, et qu'ils devraient faire plus attention à l'avenir et arrêter de poser des questions sur cette nuit-là. Et puis Daphné s'est excusée et a éclaté en sanglots et elle nous a dit que Crabbe lui avait offert des fleurs une fois et lui avait dit qu'elle était jolie. Et qu'elle lui avait dit de dégager. Et puis Finnigan s'est levé et a dit à Daphné qu'elle était vraiment jolie. Et elle lui a aussi dit de dégager. Alors on a ri.
— Oh. »
Le nœud que Drago avait dans le ventre se défit lentement.
« Et Potter ? Il était où ?
— Oh, il était pas là. Pas à ce moment-là. Il a dit qu'il était censé surveiller la fête et il ne voulait pas boire ni jouer avec nous. Il était franchement chiant, je dois dire. Mais après il est sorti et quand il est revenu et il a bu toute une bouteille de Pur Feu et là il est devenu marrant. Il a dansé avec toutes les filles. Et Ernie. C'était drôle. Millie a failli se pisser dessus tellement elle riait.
— Oh, » répéta Drago.
Il ne comprenait plus rien. Pourquoi Potter l'avait-il embrassé si ce n'était pas un gage ? Il n'avait quand même pas réellement cru qu'un baiser guérirait Drago. Il avait dit qu'il vérifiait une théorie. Mais celle de qui ? Et qu'est-ce que c'était comme théorie ? Et pourquoi est-ce qu'il s'était bourré la gueule après ?
« Pourquoi est-ce qu'il a dansé avec Ernie, seigneur ? demanda Drago.
— Et bien, il dansait avec Millie, et ça ne plaisait pas du tout à Ernie. Alors il s'est pointé devant eux, et il a dit 'Pardonnez-moi, mais puis-je vous interrompre ?' »
Goyle imitait le ton pompeux d'Ernie à la perfection.
« Et alors Potter a dit : 'Mais bien sûr, c'est un honneur', et il a attrapé Ernie et l'a fait valser dans toute la pièce. »
Drago aurait voulu être là pour voir ça.
« Ah. Millie et Ernie ? Vraiment ?
— Vraiment, » répondit Goyle avec un sourire radieux.
Drago secoua la tête, incrédule. Millie répétait deux fois par jour qu'elle méprisait Ernie.
« Tu n'es pas en colère ? demanda Goyle.
— Pour Millie et Ernie ? Qu'est-ce que ça peut me faire ?
— Non, pour ce que j'ai dit à la fête. Je sais que je dois pas en parler normalement. Je voulais juste pas que le maléfice me donne des cloques. »
Goyle se frotta le dos de la main.
« Je suis pas en colère, le rassura Drago. Allez viens, sortons voler avant que Pomfresh arrive et m'en empêche. »
Cela suffit à redonner le sourire à Goyle.
Ils allèrent chercher leurs balais et prirent le chemin du terrain de Quidditch. Vingt minutes plus tard, Drago comprit que ça avait été une grossière erreur.
Au début, c'était génial. Si Drago volait assez vite, il parvenait presqu'à échapper au nuage. Mais ensuite, le nuage avait enflé et pris de la vitesse et, rapidement, le manche du balai de Drago était devenu glissant. Ce n'était pas la première fois qu'il volait sous une forte pluie, mais il ne l'avait jamais fait sans une protection appropriée. Ses doigts étaient gelés, le manche lui avait échappé des mains et il s'était écrasé au sol en tournant sur lui-même.
Pomfresh était furieuse quand Drago revint en boitillant à l'infirmerie. Elle soigna ses coupures et ses bleus sans trop de problème, mais il n'y avait rien qui puisse soigner son mal-être. Il ne pouvait pas lire, il ne pouvait pas faire de magie correctement et voilà qu'il ne pouvait même pas voler. Et les choses qu'il pouvait faire – comme jouer aux échecs avec Goyle – ne donnaient pas franchement envie.
Dormir était son seul réconfort, mais il avait tellement dormi qu'il n'y arrivait plus.
Il somnolait dans un fauteuil quand Granger fit son apparition dans l'infirmerie. Le bruit de ses pas le réveilla.
« C'était quoi ça ? » demanda-t-elle d'un ton brusque.
Elle fixait l'espace vide entre Drago et la cheminée.
« Quoi, ça ? »
Drago regarda autour de lui, hagard, et ne vit rien. Il fut heureux de constater, par contre, qu'il ne pleuvait plus aussi fort qu'avant qu'il ne s'endorme.
Granger fronça les sourcils.
« Rien. C'est pas grave. J'ai cru voir un truc, c'est tout. »
Elle posa une pile de choses sur la table à côté de Drago. Il resta à fixer ce qu'elle venait de déposer.
« Et ça, c'est… ?
— Des trucs moldus stupides, dit-elle avec un peu de hauteur avant d'amorcer un mouvement pour partir.
— Attends ! dit Drago avant d'avoir réfléchi à ce qu'il avait à dire. »
Granger le regarda, l'air d'attendre quelque chose, les cheveux en bataille. Elle avait l'air de ne pas avoir beaucoup dormi. La fête avait dû durer longtemps après minuit.
« On m'a dit que vous aviez joué à Action/Vérité, hier, » dit Drago en essayant de paraître nonchalant.
Elle s'éclaircit la gorge.
« Pas moi. »
Le mépris était clair dans sa voix.
« Mais je suppose que c'est toi qui as ensorcelé le jeu pour qu'on ne puisse pas tricher. Tu es une experte dans le domaine, non ?
— Heu, oui. On m'a demandé de le faire. »
Drago fixa la pile – de notes de cours ? – sur la table.
« Les mains et le dos de Goyle étaient couverts de cloques, après le Feudeymon. Ça faisait mal et ça a mis longtemps à guérir. Ton maléfice l'a terrorisé, hier. »
Granger poussa un petit gémissement.
« Je savais pas. Je suis désolée. Ça va maintenant ? »
Elle avait l'air désolée. Drago n'en était pas ravi. Il aurait préféré qu'elle soit sur la défensive. Ils auraient pu se disputer. Il aurait bien eu envie de crier sur quelqu'un.
« Il va bien, répondit-il. Je me suis juste dit que je t'en parlerais. Au cas où il y ait une autre fête.
— Je m'en tiendrai aux bubons à l'avenir, promit-elle. Autre chose ? » demanda-t-elle, vu que Drago restait silencieux.
Il avait envie de répondre non. Il supposait qu'il aurait juste dû dire non et la laisser partir. Mais les mots se mirent à sortir et Drago ne pouvait rien faire pour les arrêter.
« Pourquoi est-ce que tu n'as rien dit ? Sur ce qui s'est passé le jour de la Bataille. Je ne veux pas dire juste hier, je veux dire,depuis le début. »
Il y eut une longue pause.
« Tu me poses sérieusement la question ? »
Drago leva la tête. Le visage de Granger était indéchiffrable.
« Oui ? »
Elle soupira.
« Et pourquoi est-ce que tu passes autant de temps à aider Goyle ? »
Elle le regarda à son tour.
« Il dit toujours ce qu'il ne faut pas, et il a besoin qu'on lui répète tout trois fois, et je sais que tu n'es pas quelqu'un de patient, mais ça n'a pas l'air de te déranger. Il m'a dit que tu lui avais donné des cours particuliers tout l'été.
— C'est mon ami.
— Ah bon ? »
Le regard de Granger était perçant.
« Il ne l'a pas toujours été. Il était ton instrument. Une autre baguette que tu pouvais utiliser. Un autre corps que tu pouvais jeter devant le tien, comme un bouclier. Tu ne t'es jamais soucié de lui avant, comme tu le fais maintenant. »
Avant, pensa Drago. Avant qu'il ne tire Goyle du feu et le tienne si fort qu'il pensait que ses doigts allaient se rompre et ses mains tomber s'il continuait à le tenir. Il devait prendre soin de Goyle. C'était à lui de le protéger ; si Drago le lâchait, il brûlait.
« Pourquoi tirer quelqu'un d'un feu pour l'y jeter à nouveau ? » demanda-t-elle.
Drago resta accroché à ses yeux plein d'intelligence, incapable d'en détourner le regard.
« Goyle a besoin de mon aide.
— Et tu n'as pas besoin de la nôtre ? »
Il haussa les épaules.
« J'ai déjà vu pire. Si tu as envie de leur dire, dis-leur. »
Le regard de Granger se fit aigu.
« Est-ce qu'on devrait aussi dire au Ministère que tu as utilisé l'Imperius sur Rosmerta. Manqué de tuer Katie Bell et Ron ? Comploté pour tuer Dumbledore ? »
Drago grimaça.
« Vous n'avez pas de preuve.
— On a un témoin. Harry était sur la Tour d'Astronomie le jour où Dumbledore est mort. Il était pris sous un sort et ne pouvait pas bouger, mais il a tout vu. Il t'a entendu tout avouer. »
Drago ferma les yeux. Il avait soupçonné que quelque chose dans ce genre s'était passé, mais il avait toujours espéré que Potter était arrivé après, en même temps que Rogue. Il s'était dit que si Potter avait été là tout du long, il aurait fait quelque chose ; il ne serait pas resté silencieux et inactif. Mais Potter avait été là, en fin de compte. Il savait tout ce qu'il y avait à savoir sur Drago.
Et il m'a quand même embrassé.
« Il… Il a dit qu'il tuerait mes parents, dit-il doucement.
— Je sais. »
Granger avait l'air agacée.
« Mais le Magenmagot pourrait ne pas être aussi compréhensif. Est-ce que tu préférerais voir ce qu'ils en disent ? »
Drago secoua la tête.
« Bien. »
Elle fit un petit signe affirmatif.
« Alors tu parles plus de Voldemort et tu te concentres sur tes ASPICs. Je suis sûre que tu te rends compte que ton futur en dépend. »
Elle fit un signe de tête en direction de la pile sur la table.
« La colle résiste à l'eau, mais ne les laisse pas trop dessous. Ton nuage a une sale gueule. »
Là-dessus, elle se retourna et sortit. L'écho du son de ses talons se répéta un moment dans la grande pièce.
Drago examina les notes sur la table avec curiosité. C'était, en effet, les notes que Granger avait pris en cours cette semaine, avec les cours que Drago avait manqué et trois essais à rendre pour lundi et mardi. Chaque morceau de parchemin était enfermé dans un plastique transparent et les bords étaient recouverts d'une substance jaunâtre. De la colle résistante à l'eau, avait dit Granger. Ça avait dû lui prendre un temps fou de faire tout ça sans magie.
Drago mit de côté toutes les pensées qui le troublaient et passa le reste de la journée à travailler.
Dans une tentative désespérée pour occuper ses pensées, il apprit par cœur tout ce qui était écrit sur les feuilles plastifiées de Granger. Il en savait plus sur la Potion d'Oubli du Docteur Ubbly et la Loi de Gamp sur la Métamorphose Elémentaire qu'il n'avait jamais voulu en savoir. Et il en apprit énormément sur les sortilèges atmosphériques – à cause de l'essai de Sortilèges pour mardi – mais rien, malheureusement, qui ne lui donne de nouvelles idées pour se débarrasser de son problème.
Arrivé à neuf heures, il avait mal au crâne et il voyait flou et il n'eut pas d'autre choix que de jeter l'éponge. Ce qui était malheureux parce qu'il avait essayé très fort de ne pas penser aux choses auxquelles il ne voulait pas penser.
Il n'arrivait pas à savoir si ce que Granger avait dit le faisait se sentir mieux ou pire. Il n'arrivait même pas à savoir si découvrir que Potter ne l'avait pas embrassé à cause d'un gage le faisait se sentir mieux ou pire.
Il supposait que ça aurait dû le faire se sentir mieux, mais c'était tellement plus facile d'être en colère contre Potter. C'était quelque chose de familier et réconfortant. Il était toujours en colère contre Potter. C'était quelque chose qu'il savait comment faire, et il était certain de le faire bien.
Ses pensées commençaient à être pénibles et à se répéter, mais pour autant, il ne parvenait pas à les faire taire. Il était parvenu à une décision, cependant, juste avant que Pomfresh n'arrive pour faire son lit (un processus compliqué à cause des sortilèges protecteurs qu'elle avait jetés dessus ; ils ne changeaient pas grand-chose, mais c'était mieux que rien). Il avait décidé d'aller en cours le lendemain. Il n'était pas pressé de revoir Potter, pas après que Potter ait fait tourner son nuage au blanc d'un simple baiser, mais l'idée de rester en tête à tête avec ses idées un jour de plus était insupportable.
Sa résolution se renforça le lendemain matin quand il se retrouva devant un brouillard argent sans forme qui s'évapora sous ses yeux.
Le nuage était presque serein, comme c'était toujours le cas quand Drago se réveillait, mais il ne se sentait pas beaucoup mieux. L'humidité constante semblait avoir traversé ses vêtements et sa peau pour atteindre ses os. Tout son corps lui faisait mal. Il se dit que si ça continuait, il finirait par fondre.
Après avoir pris son petit-déjeuner, il obtint la permission de Mme Pomfresh de quitter l'infirmerie (elle avait consenti à ce qu'il aille en cours s'il s'en sentait capable, mais lui avait donné l'ordre de revenir immédiatement s'il se sentait mal) et il était monté dans la Tour pour prendre une douche et se changer. Les elfes de maison ne lui apportaient jamais ce qu'il fallait pour s'habiller.
Il fit attention d'arriver dans la Tour pendant que ses camarades de classe étaient dans la Grande Salle pour le petit-déjeuner. Il en avait certes marre de la solitude, mais il n'était pas non plus pressé de voir des gens.
« Si j'ai mis les points sur les i et les barres sur les t, alors je peux m'amuser, dit-il au centaure. Mais c'est pas franchement comme si je pouvais mettre les barres sur les t en ce moment, si ? ajouta-t-il comme le centaure faisait un pas de côté pour le laisser entrer.
— Alors tu ne t'amuseras pas, » cria le centaure dans son dos.
C'était la pure vérité, Drago ne s'amusait pas. A la seconde où il pénétra dans la salle commune, il se retrouva face à face avec un grand paon blanc.
Qui le fixait.
Drago se tint parfaitement immobile un long moment, se répétant fermement qu'il n'y avait pas de paons dans cette salle, qu'il ne pouvait pas en voir un, et que donc il n'était pas en train de devenir taré. Et puis il s'enfuit à l'étage dans son dortoir, chassant toute pensée ayant à voir avec des paons de son esprit.
Il prit une douche rapide, mit des vêtements secs, et puis s'arrêta à côté de son lit. La cape de Potter était toujours là. Quand Drago la prit, il vit qu'elle était sèche et n'avait plus l'odeur de Potter. Les Elfes de maison avaient dû s'en occuper et l'avaient mal rangée. Il était tenté de l'enfiler. Mais en voyant les gouttes de pluie tomber sur le tissu noir, il commença à former un autre projet.
Il retourna dans la salle commune et fut consterné de constater que le paon était toujours là. Il avait déployé sa magnifique queue et se pavanait dans la pièce comme s'il était le propriétaire des lieux. Drago aurait pu jurer qu'il avait jeté un regard satisfait à son reflet dans la fenêtre quand il était passé à côté.
Est-ce qu'il n'avait pas conjuré un paon samedi ? Est-ce que c'était le même ? On aurait dit le même.
Drago sortit sa baguette et cria :
« Evanesco ! »
Rien n'arriva au paon qui se retourna pour le regarder d'un air mauvais. Il semblait que Drago venait de le froisser.
« Oh, va chier, » marmonna Drago en sortant de la salle commune.
Il prit le chemin des cachots et attendit dans un petit renfoncement que Potter apparaisse. Ils avaient deux heures de Potion, juste après le petit-déjeuner, et Potter allait forcément passer par là. Drago attendit avec impatience, ses mains crispées sur la cape de Potter. Potter, Granger et Weasley étaient souvent les derniers à sortir de la Grande Salle, trainant là après que tout le monde soit parti, et Drago espérait qu'ils n'avaient pas décidé de changer leurs habitudes aujourd'hui.
Un Première Année passa là, probablement perdu. Il hurla en voyant Drago, et s'enfuit apeuré.
Drago sourit tristement. Il devait offrir une vision terrifiante. Une silhouette sombre, dissimulée sous une cape, avec un nuage sombre au-dessus de la tête et une pluie mauvaise qui dégoulinait partout. Il regrettait presque de ne pas avoir pris son petit-déjeuner dans la Grande Salle pour voir combien de Première Année il pouvait terroriser avec son apparence.
Finalement, il entendit le rire de Weasley, et il sortit de son recoin.
Avec un bel ensemble, Potter, Granger et Weasley sursautèrent et firent tous un pas en arrière. En à peine quelques secondes, ils avaient tous leurs baguettes sorties ; c'était tout à la fois impressionnant et ridicule. Ils rangèrent rapidement leurs baguettes, décontenancés.
« Bon sang, Malefoy, dit Weasley. J'ai cru que tu étais un Détraqueur.
— Moi aussi. »
Granger l'examina attentivement. Drago les ignora et se concentra sur Potter. Celui-ci était d'une pâleur de mort, débraillé, et ses cheveux étaient encore plus en bataille qu'à l'habitude. Drago soupçonnait qu'il ne s'était pas encore remis de sa nuit de débauche.
« Je peux te parler ? En privé ? demanda-t-il.
— Heu… »
Potter regarda la cape que Drago tenait dans ses mains. Il avait l'air hésitant, mais il hocha la tête.
« Ok. »
Granger et Weasley échangèrent un regard.
« Ne sois pas en retard, dit Granger à Potter.
— Ne te prends pas de coup de foudre, ajouta Weasley. »
Ils partirent, quelque peu à regrets.
« C'est la mienne ? demanda Potter avec un signe de tête en direction de la cape. Tu peux la garder si tu en as besoin. »
Potter dit ça sur un ton qui laissait entendre que Drago n'avait pas besoin de lui tendre une embuscade pour lui rendre une simple cape.
Ça aurait été si simple de lui répondre un truc cassant, lui dire qu'il n'avait pas besoin de la cape, et partir. Mais alors, Drago n'aurait pas pu lui poser la question qu'il voulait lui poser.
« Je suis désolé pour ce que j'ai dit dans la cour l'autre jour, dit-il à la place. Je n'ai jamais eu l'intention de dire quoi que ce soit à laGazette. »
Etonnamment, Potter grogna.
« Tu n'as pas besoin de faire ça, Malefoy. Hermione m'a parlé de votre conversation d'hier. Ecoute, j'ai pris ma décision, et je n'ai pas l'intention d'aller au Ministère maintenant. Alors ne t'inquiète pas ; je ne vais pas brusquement changer d'avis parce que tu as émis de vagues menaces. Je n'ai pas pris ce que tu disais au sérieux, de toute façon. Tu étais choqué, j'ai pigé ça.
— Ce n'est pas pour ça que je m'excuse, dit Drago, surpris. »
On pouvait faire confiance à Potter pour penser que Drago avait une arrière-pensée en s'excusant. Mais ensuite, Drago se rappela qu'il avait effectivement une arrière-pensée. Cela dit, ce n'était pas la peine d'en faire part à Potter.
« J'ai juste… J'ai cru que tu m'avais embrassé parce que quelqu'un t'en avait donné le gage. Tu as dit que vous jouiez à ce jeu stupide et j'ai pensé que vous vous moquiez de moi.
— Oh. »
Potter cligna des yeux.
« Je ne jouais pas.
— Je sais. Goyle me l'a dit.
— J'étais juste… heu, bourré. »
Il ne l'était pas. Drago le savait. Mais il n'avait pas envie d'insister. Il n'était pas certain de vouloir savoir pourquoi Potter l'avait embrassé. Et comment il avait deviné quel effet cela aurait sur Drago. Il ne pouvait pas supporter d'y penser.
Il serra très fort la cape de Potter entre ses doigts.
« Tu sais, j'en ai vraiment marre de ce truc. »
Il fit un geste vers le nuage.
« Et l'infirmerie, c'est déprimant. Et je suis trempé tout le temps, et… »
Drago se força à arrêter de geindre.
« Si je pouvais avoir un petit moment sans pluie… ça serait génial. »
Il risqua un regard vers Potter. Celui-ci hochait la tête, l'air compatissant.
Drago jura intérieurement. Est-ce que Potter avait besoin qu'il lui fasse un dessin ?
« Je me disais que peut-être tu pouvais aider ? dit-il. Tu ne peux pas me guérir, bien sûr, mais… un peu de répit, ça serait déjà ça. »
Quand Potter comprit, ses yeux s'agrandirent comme des soucoupes.
« Tu veux que je t'embrasse de nouveau, » souffla-t-il.
Drago se raidit.
« Je veux que tu m'aides. C'est ton truc, ça, non ? Comme si tu repoussais la magie noire. Ou un truc du genre. »
Oh. Voilà qui était une bonne explication au fait que le nuage de Drago devienne blanc quand Potter était là. Drago était fier d'y avoir pensé. Il aurait dû trouver ça plus tôt.
Potter se remettait doucement. Ses joues semblaient rougies, mais son sourire était entendu quand il dit :
« Qu'est-ce que j'y gagne ? Il me faut une récompense. C'est comme ça que ça marche. »
Drago n'avait pas envie de se retrouver pris dans cette discussion ridicule à nouveau.
« Ta seule récompense sera le sentiment du devoir accompli puisque tu auras aidé un de tes camarades de classe à assister à ses cours. Je suis certain que ça devrait te satisfaire. »
Potter sourit largement.
« J'ai l'air gentil quand on t'écoute. »
Tu l'es. Drago se mordit la lèvre. Pour l'amour de Dieu. C'était Potter. Le crétin bien-pensant qui avait toujours été capable de le faire se sentir comme une merde d'un simple regard.
« On devrait se dépêcher si on ne veut pas être en retard. »
Drago se détesta d'avoir l'air si désespéré.
« Oh. D'accord. »
Potter franchit la distance qui les séparait en deux grandes enjambées et la seconde suivante, ses lèvres étaient contre celles de Drago.
Ça arriva trop vite et se termina trop tôt : une pression chaude, des lèvres glissant contre d'autres lèvres, et Potter se retirait déjà.
« Ça a marché, dit Potter en regardant au-dessus de la tête de Drago. Attends. Non. »
Drago leva les yeux. Le nuage s'était éclairci et avait volé vers le plafond, mais il s'assombrissait rapidement.
« Ça avait duré combien de temps la dernière fois ? demanda Potter. »
Quelques secondes. Drago haussa les épaules.
« J'en sais trop rien. Une heure peut-être. »
Mais le baiser était plus long, faillit-il ajouter. Il s'arrêta à temps : ça aurait ressemblé à une supplication.
« Hmm. »
Le visage de Potter se fit déterminé. Drago arrêta de respirer et attendit.
Potter lui retira sa capuche, se rapprocha, et l'embrassa à nouveau. Et cette fois, Drago lui rendit le baiser. Potter se figea un instant, mais ensuite sa main vint se poser derrière la tête de Drago et il approfondit le baiser.
Quand Potter se retira, ils étaient tous les deux hors d'haleine.
Potter regarda le nuage. Il devait briller de nouveau parce que Potter eut l'air satisfait. Alors il recula et s'éclaircit la gorge.
« Bien. On devrait y aller. »
Drago hocha la tête à contrecœur.
Ils prirent le chemin de la salle de classe, Drago emboîtant le pas à Potter. Deux mètres plus loin, il se rendit compte qu'il boudait. Encore deux mètres, et une goutte percuta sa joue.
« Heu. »
La ferme, s'ordonna-t-il à lui-même. Mais il était trop tard : Potter se retournait déjà. Il regarda le nuage avec la tête qu'il aurait faite si on venait juste de lui dire qu'il avait échoué à son examen de Défense contre les Forces du Mal.
« Oh, pour l'amour de Dieu, dit-il. »
Et d'un coup, il était juste devant Drago, et le dos de Drago avait percuté le mur de pierres. Et puis Potter l'embrassa, et Drago comprit qu'il ne l'avait pas vraiment embrassé avant. Pas comme ça. Ça, c'était différent.
L'une de ses mains agrippa la hanche de Drago tandis que l'autre maintenait fermement son visage en place. Le poids de son corps le retenait captif contre le mur mais l'aidait aussi indubitablement à tenir debout tandis que la langue de Potter franchissait ses lèvres pour s'enrouler sensuellement autour de celle de Drago.
Il n'avait pas la moindre idée de combien de temps le baiser avait duré, mais il avait le vertige quand Potter se retira. Les lunettes de Potter étaient de travers, assorties à son sourire en coin. Son souffle était chaud contre les lèvres de Drago.
« Voilà qui devrait te garder au sec quelques heures, dit Potter. »
Et il avait raison.
Ils avaient dix minutes de retard pour le cours de Potions. Les élèves jetèrent des regards soupçonneux au nuage de Drago quand il entra ; lui-même n'avait pas vérifié, mais il soupçonnait qu'il devait être blanc comme la neige et flotter pas loin du plafond.
Weasley et Granger se mirent à chuchoter entre eux avec ardeur, à quelques bancs du fond de la salle où Drago avait retrouvé Goyle et s'était assis. Il entendit Weasley demander :
« Où est ta cape, vieux ?
— Heu… dit Potter. »
De plus amples interrogations lui furent épargnées par Slughorn qui beugla :
« On se tait, maintenant ! »
Drago n'avait pas la moindre idée de où se trouvait la cape de Potter ; il avait dû la laisser tomber à un moment donné. Il sourit et aller chercher ses ustensiles de Potions dans la réserve.
Il concocta une parfaite Potion d'Oubli du Docteur Ubbly, et pas une seule goutte de pluie ne vint en perturber le résultat.
