TITRE — La Chantefleur
Disclaimer — Les personnages du "Doctor Who" appartiennent à la BBC etc.
Personnages — Ten, Rose et Jack
Rating — K +
Avertissement — Pas de spoiler ou de scène choquante. Cette fic est le deuxième volet de Rose's improbable song, le premier étant Mon Docteur Mon Maître et Moi. Pour ceux qui ne l'auraient pas lu, et n'auraient pas envie de se le farcir, il suffit de consulter le résumé ci-dessous.
Résumé de l'épisode précédent — De retour de la fin de l'Univers en compagnie de Jack et de Martha, le Docteur trouve le Maître à la tête du gouvernement britannique… et fiancé à Rose! Il découvre par la suite que son ancienne compagne, revenue de façon mystérieuse du monde parallèle, a perdu la mémoire, et est manipulée par l'autre Seigneur du Temps. Après diverses péripéties mettant en péril l'Humanité, le Maître se tue, permettant au Docteur de retrouver Rose. Cette dernière, toujours amnésique, décide de rester à Londres, laissant le Gallifréen seul avec le Tardis.
Note de l'auteur — Désolée de ne poster que le prologue, mais c'est la rentrée, ce qui signifie du boulot, et encore du boulot! Ah, misère… Sur ce, bonne lecture!
Le petit prince s'assit sur une pierre et leva les yeux vers le ciel:
«Je me demande,
dit-il,
si les étoiles sont éclairées afin que chacun puisse un jour retrouver la sienne.
Regarde ma planète.
Elle est juste au-dessus de nous…
Mais comme elle est loin!»
«Elle est belle,
dit le serpent.
Que viens-tu faire ici?»
«J'ai des difficultés avec une fleur,
dit le petit prince.»
…
— Dans "Le Petit Prince" d'Antoine Saint-Exupéry —
Au gré du vent (prologue)
Un pissenlit flottait dans les airs.
Peut-être était-ce prématuré de le désigner sous ce terme. Il n'était encore qu'au stade d'une graine, toute minuscule, pourvue d'aigrette qui lui conférait un aspect duveteux en même temps que la légèreté d'une plume. Un vent facétieux l'avait arraché de la campagne où il était né pour l'emporter jusqu'à Londres, qu'il survolait maintenant depuis des heures.
Il finit par se poser sur le parapet du toit d'un immeuble. Une jeune fille d'une apparence plus qu'insolite se tenait là, à scruter le ciel nocturne. Les lumières artificielles étouffaient celles des étoiles, les rendant quasi-invisibles, néanmoins elle s'entêtait à vouloir distinguer leurs faibles scintillements.
Qui était-elle? Difficile à dire. Elle n'avait pas de nom. Celui qui avait pris soin d'elle ne lui en avait pas donné.
De l'amertume se peignit sur ses traits. Il lui manquait tellement. Il devait être quelque part dans l'Espace, à naviguer entre les innombrables planètes qui peuplaient cet Univers. Et à ne pas en douter, il l'avait oubliée depuis longtemps, puisqu'il ne lui était jamais revenu.
Elle baissa les yeux empreints de morosité vers le globe de cristal qu'elle serrait entre les mains. Muni de petits trous permettant la libre circulation de l'air, il contenait une plante en pot, toute frêle, dont l'unique tige se terminait par une fleur encore en bouton.
— Réveille-toi, chuchota-t-elle d'une voix fluette.
Comme stimulée par ces paroles, la corolle s'épanouit et dévoila cinq pétales d'un bleu pâle, un peu mal fichues.
— Chante, fit-elle en caressant languissamment la surface transparente de la boule. Chante pour moi.
Un frisson parcourut la plante, dont les feuilles s'agitèrent convulsivement avant de s'immobiliser.
Puis la fleur se mit à chanter.
C'était une mélodie aussi complexe que fantastique, qu'aucun instrument de musique n'aurait pu reproduire. Inaudible à l'oreille humaine mais non moins puissante, elle se répandit à des kilomètres alentours, noyant les rues de ses harmonies silencieuses.
Pris dans un courant ascendant, le pissenlit voyageur s'envola à nouveau. Il était heureux de pouvoir s'éloigner de la source de ces notes qui semblaient charrier une profonde rancune.
Poussé vers la Tamise, il tournoya un moment au-dessus de l'eau avant d'assister à un curieux phénomène.
Il y eut d'abord un flash. Bref. Intense. L'instant d'après, une silhouette élancée apparaissait sur la grève. C'était un jeune homme. Ou pas. Son visage juvénile suggérait qu'il sortait à peine de l'adolescence, cependant il émanait de lui une gravité paisible qui ne s'acquérait qu'avec une certaine maturité.
Lui non plus n'avait pas de nom. Il n'en avait jamais eu besoin. Rien qu'un titre, que peu lui reconnaissaient.
Il regarda calmement autour de lui, essayant de savoir où il s'était matérialisé. Sûrement dans une métropole. Quand il respirait, ses narines étaient agressées par l'odeur désagréablement huileuse de la pollution. Il en fut déconcerté. Cet environnement n'était guère adéquat pour un être aussi délicat que celle qu'il cherchait. Pourtant elle était ici, il en était convaincu. Qu'était-elle venue y faire?
Une question dont il n'obtiendrait la réponse qu'une fois qu'il l'aurait retrouvée. Le froid s'insinuant dans la nuque, il ajusta son cache-nez de couleur de sable avant de s'enfoncer dans la nuit.
Le vent forcit, devint bourrasque. Le pissenlit le chevaucha et s'éleva à une hauteur vertigineuse. Il taquina les nuages jusqu'à ce que l'obscurité cède à la clarté du jour. Alors la violence du souffle retomba peu à peu, l'entraînant vers le bas.
Comme chaque matin, des raz-de-marées humains étaient en train de s'engouffrer dans les stations du métro, prêts à affronter une nouvelle journée de travail. Le pissenlit vagabond atterrit parmi eux, sur l'épaule d'une femme dans la vingtaine, qui sous ses dehors ordinaires dissimulait une histoire peu banale.
Elle s'appelait Rose Tyler. Toutefois ce nom ne signifiait pas grand chose pour elle. Elle n'était même pas certaine d'avoir le droit de le porter, l'amnésie lui interdisant l'accès au passé auquel il était rattaché. Sa mémoire n'était âgée que d'un an et demi, et était entièrement jalonnée de souvenirs qui la faisaient encore souffrir… à l'exception faite de ceux concernant le Docteur, qui l'avait sauvée de la mort. Il avait également sauvé la Terre, par la même occasion.
Rien que de penser à cet alien excentrique suffisait à lui amener un sourire sur les lèvres. Ce qui était assez perturbant, vu qu'elle ignorait pratiquement tout de lui. Mais lui, il la connaissait. Enfin, il l'avait connue dans sa vie d'avant, et aurait pu l'aider à la reconstituer, si elle n'avait pas choisi de le quitter, de peur de réitérer les mêmes erreurs qu'avec le Maître.
Depuis elle tentait de s'intégrer dans ce monde, s'efforçant de se construire une existence normale. Tentative qui jusqu'à présent s'était soldée par un lamentable échec.
— Excusez-moi, grommela un passant en la bousculant sans ménagement.
Sans en avoir conscience, elle était restée figée au milieu de la foule. Il n'était pas rare qu'elle se déconnecte ainsi de la réalité. Toutes ces personnes qui pressaient leurs pas, chacun poursuivant un but, un rêve, et ce malgré les vicissitudes du quotidien… Elle avait le sentiment que quoi qu'elle fasse, jamais elle ne parviendrait à se fondre parmi elles.
— Hé, mais pousse-toi de là! Tu ne vois pas que tu gêne?
Un escalier bondé n'était pas l'endroit idéal pour rêvasser, au risque de s'attirer l'animosité des gens. S'extirpant avec difficulté de son état léthargique, elle se dépêcha de descendre les marches pour rejoindre le quai du métro.
Ce qui s'ensuivit fut assez éprouvant pour le pissenlit aventurier. Frotté, écrasé, il fut transféré sans relâche d'un corps à l'autre, tantôt enfoui dans les cheveux gras d'un adolescent boutonneux, tantôt collé au cou d'un quadragénaire puant la sueur et le tabac. L'atmosphère viciée du wagon, ainsi que le brouhaha incessant qui y régnait ajoutèrent à son inconfort.
Lorsque grâce à une mère de famille il put enfin émerger du souterrain, ce fut avec soulagement qu'il se laissa attraper par une brise folâtre. Coopérative, elle le transporta un bon moment avant de le lâcher sur une espèce de boîte bleue garée auprès d'un réverbère.
La brusque ouverture des portes provoqua un appel d'air qui fit dégringoler le pauvre pissenlit de l'endroit où il était perché. Il tomba droit sur le bras d'un homme, auquel il resta accroché.
Celui qui venait de surgir de la cabine était méconnu de la plupart des terriens, bien qu'il les ait secourus un nombre incalculable de fois. Tenant caché son véritable nom - car c'était un secret, et plus encore - il aimait se présenter en tant que Docteur, que ce soit à ses amis ou à ses ennemis.
Il consulta sa montre, observa la position du soleil, et tira la langue comme pour goûter le vide. Puis il se retourna pour fusiller du regard la cabine en bois.
— Six mois?! protesta-t-il, le sourcil arqué.
Ce satané Tardis lui avait fait faire un bond de 180 jours dans le futur! Après un tel laps de temps sans donner de nouvelles, Rose pourrait très bien croire qu'elle lui était devenue indifférente. Et décider, sur le coup, de tourner définitivement la page…
— C'est une vengeance, c'est ça? Pour ne pas avoir empêché le Maître de te voler? Ou est-ce par pur sadisme?
Le vaisseau émit une sorte de couinement, manifestant son indignation face à une idée pareille. Tout aussi irrité, le Docteur s'en éloigna, martelant le sol de ses talons. Il avait avancé une bonne centaine de mètres quand il réalisa qu'il ignorait totalement où vivait son ancienne compagne. Pas plus que son lieu de travail, d'ailleurs.
Il se gratta la nuque, songeur. Le mieux était de contacter Jack, évidemment. Ce dernier devait forcément se tenir au courant au sujet de leur amie commune.
Alors qu'il sortait le portable de sa poche, un éclat de voix interrompit son geste.
— Non, pas de tulipes, ni de pivoines. Je veux des roses. Il m'en faut absolument pour l'anniversaire de ma femme.
— Navrée, je n'en ai plus une seule.
De l'autre côté de la rue, une commerçante discutait avec un client qui paraissait fort mécontent.
— Mais que se passe-t-il, enfin? Vous êtes la cinquième fleuriste à me répondre ça. Il y a une épidémie qui touche les rosiers ou quoi?
— C'est à ne rien y comprendre, monsieur. Toutes les roses de la capitale se sont fanées en une nuit.
— Comme ça, sans raison?
— Oui. Bizarre, n'est-ce-pas?
Bizarre? Oui. Vraiment bizarre. Si bizarre que le Seigneur du Temps considéra longuement son téléphone, partagé entre l'envie de mener l'enquête et celle de revoir immédiatement sa blonde compagne. Finalement, la curiosité l'emporta.
Lorsque le Docteur remit le portable dans la poche de son manteau, le pissenlit en profita pour se glisser à l'intérieur. Ne manquant pas de place, il s'installa confortablement et attendit la suite des événements.
Car lui aussi, il était désireux de connaitre le fin mot de cette histoire…
