Kid… kid ?

Hum, hum ! Mesdames, mesdemoiselles, messieurs. Ça faisait…longtemps. Très longtemps. Très, très longtemps. C'est Chû qui vous parle, au fait. J'ai décidé que ma sœur - masochiste ou pas – c'était déjà assez fait torturée. Je vous jure, elle le dit elle-même, et je la cite « pour purger ma peine, je me suis fait torturée par ma conscience (fouet, cire brulante sur la peau, menottes) que j'ai tellement adoré que j'hésite à les faire encore attendre XD ». Le « les », c'est vous, chers lecteurs.

Bon, s'il vous plait, arrêtez de me jeter des pierres. Je sais que la dernière fois qu'on a posté un chapitre, c'était il y a…10 mois ? Le 8 septembre 2013 ? Voyez le bon côté des choses, on l'a écrit. Sans plus attendre, les réponses aux reviews :

BlackWingK : On espère que, même après tout ce temps d'attente, tu aimes quand même…et que ce chapitre sera pour toi aussi délirant que les autres. D'ailleurs, il n'y a pas grand-chose de sérieux, en fait. Sinon, si notre personnage atteint la « coolitude » de Kaito, ce serait aussi à toi de juger…nous, on l'aime bien en tout cas.

Akira Makkuro : Voilà, voilà. Le chapitre 9. Désolées pour l'attente…

Jade : Oui, la suite arrive. La voilà. Elle arrive. Cale-toi bien en face de ton écran, et bonne lecture. Le chapitre arrive tout de suite, il était coincé au feu rouge.

Miroshi : Dis…tu penses qu'on a assez fait duré le plaisir ? ^^'

Bref, encore désolée et bonne lecture à tous !


Chapitre 9

La maison d'Agasa sentait bon les oranges fraiches. Cordelia en épluchaient quelques-unes qu'elle amenait à ses camarades. Les détectives boys, venant se restaurer après une dure journée d'école et profiter des jeux vidéo du scientifique, se jetèrent goulument sur le plats, faisant soupirer Victoria, assise les bras et les jambes croisées. Elle se demandait encore pourquoi elle avait accepté de suivre Ran et Cordelia pour s'inviter de façon tout à fait arbitraire chez Agasa – à qui on ne demandait absolument pas son avis.

« Ça fait vraiment du bien de se détendre tous ensemble, non ? sourit Ran en prenant un morceau du fruit. La semaine a été dure, je ne suis pas mécontente d'être vendredi…

_ Si tu savais ce que je dois subir en classe, se plaignit Akechi. Le professeur de mathématique me déteste !

_ Si tu arrêtais de faire des avions en papier dans son cours, on assisterait à une amélioration relationnelle, lâcha sa sœur. Mais comme « Monsieur » a décidé de jouer les gamins…

_ Comment sais-tu ce qu'il fait en cours puisque vous n'êtes pas dans la même classe ? demanda innocemment Ayumi.

_ J'ai de bonnes oreilles ?

_ Et alors ?

_ Et alors, ce professeur n'est pas connu pour sa voix calme et suave donc, quand il pousse une gueulante envers une personne dont je ne citerais pas le nom, ça s'entend ».

Les yeux d'Ayumi s'illuminèrent. Elle adorait quand les adolescents narraient leurs exploits scolaires.

Conan et Kaito se dirent qu'un jour, l'agent masculin allait se faire virer de l'école pour mauvaise conduite. Ce serait au tour de ses supérieurs de pousser une gueulante.

« Parlons de choses plus intéressantes que ce vieux prof tout rabougris ! s'exclama joyeusement Cordelia en arrivant avec la deuxième assiette d'oranges et clémentines pelées. On fait quoi ce week-end ?

_ Stop ! arrêta Victoria en se levant pour mettre la paume de sa main juste devant le visage de la brune. Il est hors de question que vous m'invitiez dans quoique ce soit ! Ce week-end, je bosse ! Alors pas de sortie.

_ Pas de sortie ? répéta Cordelia dont la lèvre inférieure tremblait.

_ Non pas de sortie.

_ Pas de camping ?

_ Pas de camping.

_ Pas de parc d'attraction ?

_ Non plus.

_ Et d'aquarium ? C'est beau les poissons !

_ Je m'en fous, coupa Victoria pendant que Kaito verdissait dans son coin ».

Les larmes aux yeux, la grande brune alla se réfugier dans les bras de son petit frère.

« Co-chan ! Je suis si triste ! Fais quelque chose ! Dis-lui ! Dis-lui que c'est beau les poissons !

_ Euh… C'est beau les poissons…, répéta l'enfant avec toute l'ardeur qu'il put – c'est-à-dire : pas grand-chose.

_ Non, c'est le mal, répliqua Kaito.

_ Exactement, soupira Victoria.

_ Mon Dieu… Mais c'est qu'ils sont d'accord l'un avec l'autre ! s'emporta Akechi. Serait-ce la fin de ce cruel monde ? »

Ai souri en mangeant un quartier de clémentine. Comme la vie serait triste sans ces clowns. Mais d'un autre côté, c'était inquiétant d'avoir ces trois adolescents comme gardes du corps. Ils ne faisaient pas sérieux du tout.

« Ahh ! Aki ! T'es son frère ! Dis-lui que c'est une bonne idée de sortir faire une balade le week-end !

_ Désolée, Cordy mais… j'ai des choses à faire ce week-end donc, je ne vais pas pouvoir venir avec vous.

_ Hein ?! Tu nous lâches ? s'étonna la brune. Ah oui ! C'est vrai que tu avais dit quelque chose comme quoi tu devais aller réparer l'évier de ta voisine ! ».

Victoria fronça ses sourcils blonds en fixant le duo. Conan et Kaito firent de même.

« Dis donc, Akechi…, interpella la grande blonde avec une voix inquiétante. Tu m'as dit hier que tu devais aller travailler dans un café pour te faire un peu de monnaie – on se demande pourquoi d'ailleurs puisque tu as bien assez d'argent grâce au M… murf ! »

Se souvenant que Ran et les enfants étaient dans la pièce, Kaito s'était jeté sur Victoria pour l'empêcher de griller leurs couvertures. Conan en profita pour exprimer sa pensée.

« Et devant Kaito et moi, tu as dit devoir aller faire un peu de sport pour rester en forme… »

A présent, tout le monde avait les yeux rivés sur le « potentiel » menteur.

« Bien sûr, répondit ce dernier en souriant. J'ai l'intention de faire tout cela ! »

Un grand silence accompagna sa déclaration avant que Victoria ne le brise en éclatant d'un rire jaune qui fit frissonner Ran.

« Comme si tu pouvais faire tout ça en un week-end ! »

L'adolescent ne se débarrassa pas de son air honnête. A tel point que Victoria perdit son hilarité. Il avait l'air sérieux à propos de ce qu'il disait.

_ C'est impossible…

_ Je t'assure que si, Vicky.

_ Je ne te crois pas ! Et c'est Victoria !

Les yeux d'Akechi se remplirent de larmes, et il se jeta au cou de Ran, totalement inconscient du fait qu'il était en train de se faire assassiner du regard par Conan.

_ Raaaaaan-chaaaan ! sanglota-t-il dans les bras de la jeune fille. Vicky, elle me croit pas !

Ne sachant que faire, la lycéenne lui tapota maladroitement le dos avec sa main tandis que Victoria tentait vainement de le décrocher. Il fallut toute la force de persuasion de Conan et Kaito pour le séparer de Ran, et Cordelia, pour faire bonne figure, réprimanda Victoria pour avoir rendu son petit frère triste.

_ C'est pas mon frère !

Akechi arrêta brusquement ses « larmes de tristesse infinie » et contempla silencieusement le but de sa vie dans les yeux. Elle, consciente malgré elle de l'impact de ses mots, détourna le regard vers l'assiette de fruits posé négligemment sur la table. Devant son silence, Akechi prit l'air le plus doux qu'il put puis hocha doucement la tête, avant de se diriger vers la porte.

_ Je vais devoir partir, déclara-t-il simplement. J'ai une longue journée demain. A lundi.

Ses mots étaient tranchés, nets et incroyable opposés au comportement enfantin dont il faisait habituellement preuve.

_ Eh ! Attend ! T'en fait pas, Akechi ! Elle est juste dans le déni ! Tu n'as pas besoin de…

La porte se referma derrière l'adolescent, laissant derrière un groupe de jeunes, silencieux et terriblement gêné. Voyant que l'atmosphère était devenue tendue, Ran se leva et suivie des enfants, déclara qu'elle allait voir Akechi, parce qu'on ne savait jamais. Les apprentis détectives s'octroyèrent la tâche de veiller à ce qu'Akechi ne fasse rien de mauvais sous le coup de la tristesse. Kaito se dit que tout le monde ici en faisait trop.

_ Ce n'était pas gentil ce que tu as dit, Victoria, lâcha Cordelia une fois Ran sortie.

_ Et alors ? renchérit-elle du tac au tac.

_ Et alors ?! Tu as vu la tête qu'il faisait ? fit remarquer Kaito. Je suis prêt à parier que tu l'as blessé.

La blonde ne dit rien, clairement énervée. Conan en profita pour ajouter :

_ En plus, c'est vraiment ton frère. Et je pense que, pour un frère, s'entendre dire quelque chose comme ça est…

_ Ne pense même pas pouvoir faire de commentaire, coupa la blonde avec un air furibond. Je ne considèrerai pas Akechi comme mon frère.

_ Mais…

_ Ce n'est pas comme si vous pouviez comprendre, de toute façon ! s'emporta-t-elle. Je le déteste ! S'il n'avait pas été là…

Les mots moururent sur ses lèvres alors que certaines images torturaient son esprit blessé. De son point de vue, elle en avait déjà trop dit.

_ S'il n'avait pas été là quoi ? se hasarda à demander Kaito, plus calmement.

La jeune fille se renfrogna et croisa les bras sur sa poitrine, essayant de se refermer sur elle-même, sans doute afin d'éviter de répondre à la question. Mais le jeune voleur la fixait intensément, demandant une réponse.

_ Tout est de sa faute… concéda-t-elle finalement d'une voix presque silencieuse. S'il n'avait pas été là, ma famille n'aurait pas été détruite.

Son aveu jeta un froid sur le groupe. Chacun se demandait si, finalement, la blonde n'avait pas une bonne raison de ne pas aimer son frère, une raison qui ne se limitait pas simplement à la personnalité incontrôlable du jeune homme.

Il y avait forcément eu un incident qui leur avait laissé des marques.

O*o~0~o*O

_ Victoria, ton oncle et ta tante reviennent de leur voyage au Japon, chantonna la charmante dame en achevant de mettre les dernières décorations sur la table. Tu te souviens, n'est-ce pas ? Il y a cinq ans, ils sont partis vivre à l'étranger pour le travail d'Henry.

_ Et tu n'as pas jugé utile de me prévenir avant ? Je suis habillée avec ma « tenue du week-end pour trainer » et mes cheveux sont un désastre complet.

_ Mais tu es belle au naturel, mon angelot d'amour !

Victoria, sept ans et blasé par le comportement parfois loufoque de sa mère, ne se souvenait pas vraiment de Jane et Henry, mais elle se dit que comme à l'époque, elle n'avait que deux ans, ce n'était pas si grave. Ils allaient pouvoir « renouer des liens » comme on dit.

_ Tu sais mon Franck, ajouta Ana Klarc en souriant à son mari, il me semble que Jane était enceinte au moment où ils sont partis. Quel dommage que nous n'ayons pas pu rencontrer notre neveu, n'est-ce pas ?

Franck Klarc sourit à son tour, mais contrairement à celui de sa femme, son sourire avait quelque chose de crispé, de faux. Mais Ana ne le remarqua pas, trop heureuse de pouvoir coiffer sa fille qui se laissa docilement faire, non sans pester contre la brosse maléfique. Seule Victoria, entre deux tortures capillaire, put voir le comportement pour le moins étrange de son paternel, et elle fronça les sourcils, intriguée. Mais elle ne posa pas de question parce que, merde, cette brosse était le Diable !

Finalement, la sonnette retentit, et Ana se précipita vers la porte en laissant la brosse coincée dans les cheveux de sa fille qui dû, une fois son énervement contenu, finir elle-même en quelques légères secondes. Quand ma porte fut ouverte, un jeune couple entra, et Ana serra l'autre femme dans ses bras.

_ Grande sœur, s'exclama-t-elle. Quel plaisir de te revoir !

_ Le plaisir est partagé, Ana, répondit Jane en l'embrassant sur les deux joues. Oh ma chérie ! Si tu savais ! Le Japon est un pays magnifique ! Oh mais j'y pense ! Avant toute chose, il faut qu'Henry et moi vous présentions Akechi, n'est-ce pas ?

Henry entra à son tour, suivit d'un petit garçon qui n'avait pas plus de cinq ans. Il avait les cheveux châtains, comme ceux de sa mère, et les yeux d'un vert identique à l'œil droit de la fillette. Voilà qui était étrange, pensa-t-elle. Elle avait hérité de la couleur de son père, et Henry n'avait pas les yeux verts. Jane et Ana non-plus. Le gène venait-il des grands-parents ?

_ Il est adorable ! s'exclama Ana avec enthousiasme en serrant le garçon dans ses bras. Quelle bouille d'ange ! Et ces mignonnes petites bouclettes d'enfant ! Et il a des petites joues rebondies ! Oh mais quel amour ! N'est-ce pas chéri ?

_ Tu as raison, répondit Franck en se baissant pour ébouriffer les cheveux d'Akechi. Victoria, viens dire bonjour à ton petit cousin.

La blonde s'approcha d'un pas léger et calme, souriant timidement au garçon, dont le visage vira immédiatement au rouge tomate.

_ Je suis Victoria, se présenta-t-elle en s'inclinant délicatement.

_ Je, euh… Je m'appelle Akechi, répliqua aussitôt le garçon en souriant. Salut Vicky !

Victoria étudia avec plus d'attention son cousin. Physiquement, il ressemblait un peu à Jane, mais absolument pas à Henry. Ses parents lui parlèrent et elle se tourna vers eux pour faire semblant d'écouter. Là, elle réalisa quelque chose. Les yeux. Son étrange mère, Ana, lui avait dit qu'en rencontrant Franck, ce qu'elle avait vu en premier était ses yeux. Des yeux dont elle était tombée amoureuse.

Elle retourna la tête vers Akechi, l'étudiant du regard. Le garçon faisait de même, et ses yeux brillant d'intelligence, passant d'un adulte à l'autre. Ceux de Victoria se posèrent sur son père, puis sur sa tante. Aucun d'entre eux ne semblait à l'aise, et les sourires de Franck étaient forcés. De plus, ils s'échangeaient régulièrement des regards en coin, mal à l'aise.

Les regards des deux enfants se croisèrent, et pendant une seconde, il leur semblait pouvoir communiquer. Ils avaient tous les deux compris. Ils n'étaient que des enfants, mais ils n'étaient pas idiots.

Akechi n'était pas le cousin de Victoria. C'était son frère.

Le fils de Franck et Jane.

O*o~0~o*O

_ Euuh… Bon…

Le son rompit le silence inconfortable qui s'était installé. L'atmosphère était maintenant lourde, et personne n'osait parler. Puis, Cordelia, dans une tentative courageuse de faire descendre la pression, se leva.

_ J'ai une super idée de la mort qui tue ! s'exclama-t-elle. Demain, on va suivre Akechi !

_ Zut, j'ai pas eu le temps lui dire qu'on ne voulait pas entendre son idée…, marmonna Kaito.

Les trois autres sortirent de leur torpeur au moment même où la jeune brune eut fini de parler.

_ Pardon ? demanda Conan. Suivre Akechi ? Tu parles sérieusement ?

_ Absolument ! répondit la brune, fière d'avoir détourné la conversation. Il nous a avoué qu'il devait, et ce en un week-end, réparer l'évier de sa voisine, se faire un peu de monnaie – pourquoi ? j'en sais foutre rien – en travaillant dans un café et, en plus, faire du sport pour pas finir comme une larve desséchée ! Sans oublier qu'il a laissé entendre qu'il ferait tout ! Ce n'est pas normal ! Il faut donc enquêter !

_ M-Mais… protesta Victoria. Et les devoirs qu'on a à faire ? Et les examens du mois prochain ? T'en fais quoi de tout ça ! On a pas le temps de jouer les gamins en filant un imbécile heureux qui n'a rien à faire de sa vie !

_ Dis-toi que c'est un entraînement à la filature, argumenta la brunette en lui faisant un clin d'œil.

Victoria soupira, ne sachant pas quoi répondre – parce qu'il n'y avait tout simplement rien à répondre à ça. Les deux faux enfants acceptèrent la proposition de Cordelia après s'être échanger un long regard sceptique eux deux savaient bien qu'ils devaient garder ces adolescents à l'œil pour éviter toute cacophonie inutile en pleine rue. Et puis de toute manière, ce n'était pas comme s'ils avaient autre chose à faire de leur vie puisque les pauvres enfants d'école primaire qu'ils étaient n'avaient pas d'examen à passer. Ai secoua la tête, se demandant si l'ensemble des personnes de ce groupe pouvaient rester en place trois secondes. Finalement, Victoria acquiesça, de mauvaise grâce.

_ D'accord, dit-elle. Tu as gagné cette manche. On va suivre cet imbécile...

Cordelia lança son poing en l'air dans un geste victorieux.

O*o~0~o*O

Oh qu'il faisait beau ! Oh que les oiseaux chantaient bien ! Oh que les papillons voletaient harmonieusement ! Oh que…

_ Oh que ça va me faire chier cette histoire ! craqua Victoria, agenouillée à côté de sa pseudo famille depuis déjà une bonne demi-heure.

Cordelia, Victoria Conan et Kaito s'étaient donné rendez-vous à 8 heures précises devant l'immeuble d'Akechi mais chacun était venu en avance, par crainte de voir leur proie s'enfuir sous leur nez. Et malgré la splendeur du dehors, une subtile envie belliqueuse prenait la grande blonde, camouflée derrière ses lunettes de soleil noire.

_ Bon, je vais vous expliquer le plan, annonça la brune pour détendre l'atmosphère. Dès qu'il sort… on le suit.

_ Parce que t'appelles ça un plan ? marmonna Kaito – habitué à ses stratégies finement élaborées qui, d'ailleurs, lui garantissaient un succès phénoménal.

_ T'as mieux, peut-être ?

_ Non…

_ Alors ferme-là et suis le plan.

Le ton semblait plus dur et strict. Cordelia était vraiment sûre de son… plan ?

Ils attendirent une autre bonne demi-heure, cachés dans les buissons fleuris près de l'entrée. Une passante avait froncé les sourcils en les repérant mais avait préférée s'enfuir plutôt que de se mêler à cette histoire. Cordelia avait apporté un livre pour bouquiner tranquillement tandis que sa compatriote comptait les secondes perdues où elle aurait pu travailler.

Enfin – Dieu merci ! –, à 8h30, l'enfoiré qui se faisait attendre quitta l'immeuble, en jogging et basquets, et commença à descendre la rue en petites foulées un sourire plus que débile plaqué sur le visage – comme un « imbécile heureux », en fait. Les quatre espions le suivirent en tentant de soutenir son rythme d'une manière discrète et, vingt minutes plus tard, Akechi s'arrêta devant une salle de sport – comme si cette saloperie de course depuis chez lui n'avait pas suffi à muscler son petit cul dans lequel Victoria rêvait de foutre un coup de pied et...

Le débile mental intelligent salua un homme d'une trentaine d'année qui attendait devant la porte, et ils s'y engouffrèrent ensemble, riant aux éclats devant une blague – surement stupide – prononcée par Akechi.

_ C'est qui ce mec ? demanda Cordelia.

_ Aucune idée…, marmonnèrent les trois autres.

Décidant que, pour ne pas se faire repérer, le plus intelligent était de rester dehors, ils s'assirent sur un banc, de l'autre côté de la chaussée. Mais Conan leur démontra par A + B que s'il se passait quelque chose d'intéressant sans qu'ils ne le sachent, ils allaient s'en mordre les doigts. Ainsi, le mignon petit voleur nommé Kaito se retrouva seul, comme un con, derrière un mur de salle de sport, à espionner Akechi sous prétexte que les deux filles étaient trop reconnaissable et son jumeaux… avait la flemme.

_ Je vais les tuer, ces trois-là…

Grâce à un émetteur récepteur fournit par Agasa, Kaito communiquait à distance avec les lâcheurs.

_ Alors, alors ?! s'impatienta la miss brune. Qu'est-ce qu'il fait ?!

_ Tu vas pas y croire…, murmura Kaito avec un ton empli de surprise.

_ Quoi ?! Quoi ?!

_ Il fait… du sport.

Le silence se fut. Cordelia se statufia – le temps de comprendre la blague – et Victoria mordait ses lèvres pour ne pas rire. Quand à Conan, il se tapa la tête contre un poteau. Si seulement il avait pu se défiler comme Ai afin de rester à la maison…

_ Putain, Kaito… Dis-moi un truc intéressant.

_ Tu veux une description de sa superbe musculature virile, peut-être ? ironisa le voleur. Non parce que là, y a des choses à dire…

_ Bien que ce soit surement très jouissif à entendre, on a d'autres putois à fouetter, alors sors d'ici et rejoins-nous.

_ Alors, l'expression exacte c'est « d'autres chats à fouetter » mais…, commença Conan comme s'il expliquait la vie à une enfant.

_ Je sais bien ! Mais hors de question de fouetter les chats, les chiens, les tortues, les chevaux, les serpents et les baleines.

Victoria fronça les sourcils, ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais préféra finalement se taire. Tout était normal. Tout.

Akechi sortit de la salle de sport dans les environs de 9h50 et repartit, frais et dispo, comme s'il venait de faire une heure de sieste, en trottinant à petites foulés – parce qu'évidemment, il en avait toujours pas fait assez ce sale con de...

Aussitôt qu'il sortit du bâtiment, les autres se levèrent – Cordelia rangea son bouquin – et ils partirent tous à sa suite, déambulant au travers de rues dont certains ignoraient jusqu'à ce jour l'existence.

Après une dizaine de minutes de course inutile, il s'arrêta encore une fois et entra dans un parc verdoyant où certains chiens jouaient à rattraper les frisbees que leurs maitres se plaisaient à leur lancer. Là, il commença à discutailler gaiment avec cinq personnes âgées. Il serra la main aux trois hommes et se laissa serrer dans les bras des deux vieilles femmes à l'air bienveillant. L'un des hommes sortit un paquet de boules de pétanque, et ils se répartirent en deux équipes de trois. Les hommes contre Akechi et les femmes.

Pendant deux heures et sous les regards médusés des quatre stalkers, seuls le bruit sourd des boules qui s'entrechoquaient et les jurons occasionnels des perdants, accompagnés de « shh ! » de ceux et celles qui n'approuvaient pas un tel langage, troubla le silence.

En effet, Akechi joua à la pétanque avec des octogénaires particulièrement affectueux pendant deux heures, sans interruption.

_ C'est une plaisanterie, n'est-ce pas ? Tout ça n'est qu'une énorme blague. Un cauchemar dont nous allons nous réveiller…, répéta Victoria comme s'il s'agissait d'une charmante litanie servant à la ramener dans la réalité.

_ Te prends pas la tête, Vicky chérie, ironisa Kaito. Il doit y avoir une bonne raison derrière ça, j'en suis convaincu.

_ Bien sûr ! rigola Cordelia. Viens plutôt t'allonger et te détendre avec nous en profitant de ce doux soleil chaleureux.

En effet, ils étaient allongés dans l'herbe, Cordelia avec son livre grand ouvert qu'elle lisait avec intérêt, Kaito et Conan jouaient aux cartes, bien installés dans l'herbe tendre. La scène lui sembla si surréaliste qu'elle en oublia sa réplique « je m'appelles Victoria ! »

Avec humeur, elle se laissa tomber dans l'herbe, face à son frère qui était trop concentré sur son jeu pour la voir.

Afin de paraitre discrète, elle attacha rapidement ses cheveux en chignon pour se changer un peu et sortit son téléphone afin de simuler le cas d'une jeune demoiselle jouant sur son téléphone ou envoyant des texto à quelqu'un.

Elle l'observa jouer. Les tics nerveux d'Akechi étaient complétement visibles quand il était tendu comme ça. Il avançait d'abord sa lèvre supérieur en avant pour ensuite aller mordre celle d'en bas et, enfin, il s'humidifiait les lèvres avant de lancer la boule de pétanque à près de cinq centimètres du cochonnet.

Victoria se l'avoua, il avait un certain charme lorsqu'il mettait autant d'ardeur dans quelque chose. Ça lui donnait un air plus… mature.

Elle commença à avoir chaud.

Le soleil tapait de plus en plus fort à mesure qu'ils s'approchaient de l'heure du repas. Ils étaient en plein milieu de l'herbe du parc et aucun arbre ne les protégeait du soleil. Mais voyant que ses camarades ne s'en préoccupaient pas, elle resta ainsi à contempler son frère faire des miracles avec ses mains. Son équipe menait la danse.

Quand le soleil fut haut dans le ciel et que l'horloge la plus proche indiqua midi, les personnes âgés quittèrent le parc et Akechi entra dans le restaurant le plus proche, ce qui tira immédiatement la jeune blonde de son indécente contemplation.

Les quatre espions sortirent leur médiocre casse-croute, préparés à la va-vite par Cordelia, et ils se hâtèrent de déjeuner, ne voulant pas perdre le jeune homme quand celui-ci sortirait du restaurant. Ce serait dommage de se faire avoir en si bon chemin. Pendant qu'elle mangeait, Cordelia cochait « sport » sur sa liste et rajoutait « pétanque avec les vieux » en dessous de « réparation de l'évier ». Cette dernière mention n'était pas encore cochée.

A 13h pile, Akechi quitta le restaurant, rassasié. Il partit une nouvelle fois en trottinant – ce qui énerva fortement Victoria qui se demandait pourquoi il se sentait obligé de faire autant de sport alors que son corps était déjà (mystérieusement) trop parfait –, et le jeune homme changea de quartier. Quelques minutes plus tard, il rencontrait quelqu'un devant le portail de la bibliothèque officielle de la ville, et comme plus tôt, ils y entrèrent tous les deux en rigolant.

_ C'est qui ça, encore ? demanda à nouveau Cordelia en ajoutant « bibliothèque » à sa liste.

_ Aucune idée. Mais attend…le type à l'accueil…c'est pas celui avec qui il a fait du sport ?

_ En effet… Etrange.

Cette fois-ci, ce fut Conan qui fut de corvée d'observation rapprochée.

_ Bon alors qu'est-ce qu'il fait ?! s'impatienta Cordelia pendant que la grande blonde se disait qu'il y avait un petit air de déjà-vu.

_ Tu me croiras pas…, murmura Conan.

_ Si tu me sors qu'il lit, je t'étrangle, petit frère chéri, susurra la brune avec un ton de défi.

_ Il lit un livre en français, non-traduit, tiré tout droit de la réserve privée du gérant de la bibliothèque, avoua Conan en ignorant subtilement la menace. Le genre de bouquin « relique » interdit au publique.

_ Le réseau de liaisons de ce garçon n'est pas à négliger, conclut Kaito. Il a des relations, le bougre…

A 15h, Akechi quitta la bibliothèque et son ami inconnu, un ou deux livres sous le bras et l'air satisfait. Il retourna ensuite – Dieu merci – en marchant dans le quartier de Beika, et à la plus grande surprise des espions, entra dans le café Poirot. Il déambula joyeusement jusque dans la pièce du fond et, quand il en ressortit, il avait l'uniforme des serveurs du petit restaurant.

_ On fait quoi, on va s'asseoir ? proposa Kaito.

_ Mauvaise idée. On se fera griller tout de suite, si ce n'est déjà fait, répliqua Victoria.

Akechi prit la commande d'un couple qui était calmement attablé. Durant une heure et demi, Cordelia, Victoria, Conan et Kaito l'observèrent travailler et discuter joyeusement avec Azusa, la jolie serveuse du café. Visiblement, la jeune femme avait un petit faible pour Akechi…

_ Pauvre fille…, se plaignit la blonde. Craquer pour ce truc…

_ Nous fait pas ton numéro de jalousie, coupa Cordelia en lisant son bouquin.

_ Mais je ne suis pas ja… !

_ Chut ! coupa Conan.

A 16h30, le patron lui donna sa paye, et il quitta le café en souriant à qui voulait le voir. Il marcha ensuite pendant trois pâtés de maison pour se retrouver devant son immeuble. Les stalkers émirent l'hypothèse qu'il en avait enfin finie avec cette journée de malade mais hélas, en le suivant à l'intérieur, Cordelia vit, malgré qu'elle soit dans un angle relativement éloigné, qu'il n'allait pas à son étage mais au dix-huitième. Les quatre indiscrets montèrent par les escaliers, et le virent frapper à la porte d'une de ses voisines, une charmante vieille dame qui semblait être débonnaire.

_ Bonjour Madame Naoko, lança-t-il avec un sourire. Je suis venu réparer votre évier !

_ Mon petit Akechi, tu es tellement gentil ! répondit la vieille dame en le prenant dans ses bras. Ce n'est pas n'importe quel jeune qui ferait ça pour sa vieille voisine, de nos jours. Allez, entre mon garçon. Tu veux quelque chose ? Un chocolat ? Du sucre ? Un bonbon ? Une…

Cordelia n'entendit pas la suite car la porte s'était refermée.

_ Bon alors ? Il est enfin rentré chez lui ? On peut y aller ? demanda Victoria par le micro.

_ Mauvaise nouvelle : c'est pas fini. On peut cocher la mention « réparation de l'évier » sur le carnet.

_ Tu te fous de moi, là ?

_ Hélas…

Cachés dans la cage d'escaliers, les trois autres rejoignirent leur amie puis s'adossèrent au mur avec un long soupire résigné. Cordelia sortit de nouveau son calepin et nota « café Poirot » et cocha « réparation de l'évier ». Elle profita du temps qu'elle avait pour rajouter les horaires.

Il était 17h quand Akechi sortit de chez sa voisine. Celle-ci était ravie, et remerciait profondément Akechi qui lui avait évité d'appeler un plombier qui aurait sans doute été très cher pour pas grand-chose. Elle insista pour lui donner un ou deux billets, bien qu'Akechi tentait vainement de refuser. Il finit par céder, et quitta de nouveau l'immeuble.

_ Je suis scandalisée, déclara Victoria en le voyant partir. Sa vie et réglée comme du papier à musique… C'est incroyablement… frustrant.

_ C'est surtout impersonnel, répliqua Conan avec sérieux.

Ils continuèrent à le suivre, maintenant épuisés par cette journée. Et l'autre débile semblait toujours aussi frais que le matin même. Une ardeur pareille faisait peur à voir.

_ C'est pas encore fini ? se plaignit Kaito. On court dans tous les sens depuis le début de la journée, là.

_ Visiblement, il a encore des choses à faire.

_ Mais qu'est-ce qu'il peut encore foutre dehors à cette heure ?!

Ils suivirent donc l'agent du MI6 hors de son immeuble jusqu'à ce qu'il entre dans un café, mais il ne s'agissait pas du café Poirot. Il s'assit à la même table qu'un autre homme à l'allure étrangère qui lui serra la main avec courtoisie. Les espions s'assirent à une table non-loin d'eux, et firent mine d'être plongés dans le menu.

Ils écoutèrent la conversation.

Ils n'y comprirent rien.

En ressortant, une heure plus tard, Cordelia ouvrit son bloc-notes avec un air de zombie fraichement déterrée, comme une déprimée de la vie, et, négligemment, elle nota dans son carnet « 17h-18h : cour de russe avec un russe à qui il apprend le japonais ».

_ Je crois qu'il m'avait dit qu'il apprenait le russe pour sa prochaine mission, expliqua-t-elle comme si la foudre de divine de l'intelligence venait de la frapper – en fait, elle venait tout simplement de s'en souvenir. Et que le Russe voulait apprendre le japonais pour une mission à Okinawa…

_ Mais comment ils communiquent, s'ils apprennent la langue de l'autre ?

_ En anglais, pourquoi ? répondit Victoria d'un ton mauvais, irrité et fatigué.

Ensuite, Akechi rentra chez lui en sifflotant gaiement. Les autres comprirent qu'il avait enfin fini et ils restèrent dans la cage d'escalier pour ne pas se faire repérer s'il venait à sortir en trombe de son appartement.

Le jeune homme jeta ses clefs sur son bureau et s'avachi sur son canapé pour allumer la télévision qu'il ne regardait pas.

_ Alalah…Encore une bonne journée, chantonna-t-il.

Cordelia, Victoria, Conan et Kaito firent de même sur le sofa du professeur Agasa, quelques temps plus tard, et étudiaient l'emploi du temps d'Akechi sans vraiment y croire. Il avait fait tellement de chose en une seule journée ! Et on n'était que samedi.

Et connaissant Cordelia, pensa Conan. Elle va vouloir…

_ Bon ! s'exclama la brune. On remet ça demain !

_ Quoi ?! Une journée, ça ne suffisait pas ?

_ Aller, quoi ! On ne va pas s'arrêter en si bon chemin !

Ai souri en voyant le groupe se morfondre.

O*o~0~o*O

Une fois encore, les quatre idiots, qui n'avaient décidemment rien à faire de leur vie, se trouvaient dans les mêmes buissons que la veille, en bas de l'immeuble d'Akechi à 8h pétantes. Mais le garçon ne sortit pas de chez lui avant 9h25, sac de courses sous le bras. Visiblement, il avait décidé de faire la grasse matinée.

_ Toujours quand il faut pas, répliqua Victoria avec mauvaise foi.

Il parcouru quelques rues avant d'entrée dans un Convenience Store. Cordelia, les cheveux attachés et une paire de lunettes de soleil parfaitement inutile sur le nez – et pour cause : il pleuvait des cordes – faisait semblant de lire un journal à côté de l'entrée. Pendant ce temps, Victoria notait « courses » dans le carnet de sa collègue.

Vingt-cinq minutes plus tard, il sortait de la boutique, le sac plein de provisions qu'il déposa hâtivement à son appartement avant de se rendre à l'école primaire du quartier. Il y entra à 10h, suivit de loin par Conan et Kaito, déguisés en élèves de l'école dont les parents travaillaient le dimanche et venant pour le centre aéré, qui entrèrent à leur tour. Ils eurent tout le loisir d'observer Akechi amuser des petits enfants en jouant le rôle d'animateur.

_ Alors les enfants ! Qui est d'accord pour qu'on joue à cache-cache ?

_ Moi ! Moi, moi, moi ! Moi ! hurlèrent les bêtes sauvage appelés « enfants ».

A 13h30, il fut congédié, et il retourna manger dans le restaurant de la veille, à la même table où il commanda exactement la même chose. Conan fit à nouveau remarquer à quel point cet homme était impersonnel Victoria sentit son cœur se pincer mais elle l'ignora. Cette fois-ci, ils prirent leur temps pour déjeuner, sachant qu'Akechi avait pris une heure pour se restaurer le jour précédent. Kaito en profita pour noter « animation de centre aéré » dans le carnet de Cordelia.

_ Eh ! s'exclama soudain Cordelia. Il vient de…

_ Shh ! Il va nous repérer ! grogna Victoria.

_ Je suis surpris que ce ne soit pas déjà le cas… soupira Conan.

_ Ça se trouve, il se fout juste de notre gueule, ajouta Kaito.

_ … sortir du restaurant ! termina la brune sur le même ton surpris, comme si elle n'avait rien entendu.

_ Quoi ?! Mais il est là que depuis une demi-heure ! s'abasourdit la blonde.

_ Bah il est allé plus vite qu'hier, quoi…, fit remarquer le mini-voleur.

_ Juste pour rattraper le temps qu'il a perdu ce matin à dormir ! acheva Conan avec béatitude. Ce type a vraiment réglé sa vie comme du papier à musique ! La moindre action est calculée !

_ Mais c'est un psychopathe ! renchérit Kaito.

_ Pire que ça, compléta Conan.

_ Mais vous allez vous taire, oui ?! ragea l'agent de la CIA.

_ Dépêchons-nous, on va le perdre avec toutes ces conneries !

_ Vite !

Ils réussirent juste à temps à tourner au coin d'une rue, sandwich à moitié entamé encore en main, pour le voir entrer dans un musée en compagnie de…

_ Stop, stop, stop ! arrêta Cordelia alors qu'ils étaient cachés derrière un mur pour l'espionner. Deux secondes… ce mec… ce mec avec qui il est en train de discuter, c'est…

_ C'est celui qui se trouvait derrière le guichet de la salle de sport ! s'étonna Victoria. Celui qui a vérifié sa carte !

_ Ah ouais… maintenant que tu le dis, remarqua Kaito en plissant les yeux.

_ T'es en train de dire qu'il fait du sport avec le gérant de la bibliothèque et va au musée avec le chef de la salle de sport ? s'enquit Victoria avec le même air que si on lui avait dit que la Terre était en fait plate.

_ Je crois bien que oui, répondit Cordelia en donnant son carnet à Conan, qui griffonna « musée » à l'intérieur. Eh ! Vous avez vu le guide ?

_ Quel guide ?

_ Celui à qui il parle maintenant !

_ Ben quoi ? Oh…

_ C'est pas celui avec qui il est allé à la bibliothèque hier ?

_ Si…

_ …

C'était désormais une certitude certaine – certainement certaine même – mais le réseau relationnel de ce garçon n'était pas à prendre à la légère.

Le jeune homme déambula dans les différentes pièces en prenant des notes de ce qu'il trouvait, l'air réellement intéressé. C'était bien la seule fois que Conan lui trouvait un air naturel, et non pas un sourire idiot plaqué sur les lèvres. Sans prétention, ils pouvaient affirmés que l'histoire était un sujet qui passionnait ce garçon – plus que les maths en tout cas, si on se fie à ses relations avec son enseignant.

Après avoir suivi Akechi de loin dans le musée pendant une heure – heureusement, les moins de 12 ans avait une réduction – ils le suivirent jusqu'à une petite maison en banlieue, joliment décorée avec un style anglais. Tous les quatre venaient de découvrir que ce genre de maison existait dans leur ville… Il frappa à la porte – il était près de 15h – et, cinq minutes plus tard, les quatre espions postés sous la fenêtre entendirent du violon.

_ « Cours de violon », nota aussitôt Victoria dans le carnet de Cordelia. J'y crois pas…faire tout ça en un week-end…

_ Et en plus il joue bien, ce salaud…, maugréa Kaito.

_ Ne jamais sous-estimer les agents du MI6, dit sentencieusement la brune. On ne sait jamais de quoi ils sont capables.

Une fois le cours de violon terminé, dans les environs de 16h soit, Akechi rentra – putain de bordel de Dieu – en trottinant à petites foulées en direction de son immeuble, monta au troisième étages et frappa à une porte.

_ Bonjour monsieur Kanaka, salua-t-il avec un sourire. Comme promis, je suis venu sortir votre chien !

Un vieil homme – qu'ils reconnurent comme faisant partie du groupe avec qui l'adolescent avait joué à la pétanque – lui sourit et le remercia, lui tendant un petit chien.

_ Merci, mon garçon.

_ Tout le plaisir est pour moi, monsieur Kanaka.

_ Prend bien soin de Pochi. Ma femme me tuerait s'il lui arrivait quelque chose.

_ Ne vous inquiétez pas, les animaux et moi, c'est une longue histoire. Bien, à tout à l'heure donc !

La conversation s'acheva là, et le quatuor suivit Akechi à travers tout le quartier pendant une demi-heure. Celui-ci semblait être très heureux de promener le fameux Pochi, qui semblait être très énergique. Trop énergétique.

Il le rapporta à son propriétaire vers 16h30, et Cordelia ajouta la mention « promenade du chien du voisin » à son calepin.

Victoria était assez partagée entre son envie de se taper la tête contre un mur et celle d'aller égorger, de la pire façon qui soit, bien sûr, celui qu'on lui avait coltiné comme frère.

Puis, Akechi eut un nouveau cours de russe, qui dura également une heure, et une petite annotation « x2 » fut associée à la notice « cours de russe avec un russe à qui il apprend le japonais ».

Ils suivirent ensuite Akechi jusqu'à sa dernière destination du week-end. A leur grande surprise, il s'agissait de la tour de Tokyo.

O*o~0~o*O

Akechi sortit de l'ascenseur quand celui-ci s'arrêta au tout dernier étage. Il regarda autour de lui. On était dimanche soir, il n'y avait donc pas trop de monde à l'observatoire de la tour. Il sourit doucement, avant de s'approcher de la vitre la plus proche, d'où il avait une vue sur toute la ville.

_ Qu'est-ce qu'il fout encore, ce con ?

_ Je sais pas…

Le brun étouffa un rire en entendant les quatre espions chuchoter derrière lui. S'ils pensaient qu'il ne les avait pas repérés…en fait, il savait qu'ils le suivaient depuis le samedi matin.

Les lumières de ce début de soirée étaient scintillantes. Des chemins d'éclats dorés coupaient la ville. Le soleil couchant inondait le ciel d'une peinture rosée et distante, morcelé des derniers nuages de la journée. Les gratte-ciel chatouillaient le ciel de leur métal froid et certaines fumées de cheminée allèrent trancher avec les couleurs chaudes des maisons.

Son sourire disparu soudainement.

Il s'appuya contre ma rambarde et son regard se perdit dans la vision de carte postale qui s'offrait à lui. Pour une fois, pas de sourire étirant ses lèvres, pas de joie illuminant ses yeux verts. Ces yeux que Victoria haïssait tant. Et à raison.

Il était juste lui. Les autres n'avaient plus d'importance. Il était seul.

Seul avec des souvenirs saumâtres d'une vie qui n'était rien d'autre qu'une succession de désastres absolus.

O*o~0~o*O

Le sang gicla. Jane s'effondra sur le carrelage de la cuisine. Henry était debout, le couteau à la main, papillonnant des yeux comme s'il rêvait. Jane avait crié. Akechi, alerté, avait descendu les escaliers en courant. Il avait tout vu. Tout.

L'enfant n'avait que neuf ans, mais il était assez intelligent pour comprendre ce qu'il venait de se passer. Son père venait de poignarder sa mère. Il avait vu de ses yeux, avec une précision effrayante, le couteau s'enfoncer dans la poitrine de cette femme qu'il aimait tant, le sang s'échapper de la blessure, le cri se bloquer dans sa gorge, sa vie lui échapper fugacement…

_ Papa…, essaya-t-il en s'approchant à petits pas de lui.

_ Ne m'appelle pas comme ça ! hurla l'homme en se tournant vers lui, la rage noyant ses traits.

Oh… ainsi, Henry avait appris la vérité sur cet adultère honteux. Victoria et Akechi, conscients qu'elle pourrait détruire leur vie, avaient décidé de la taire au moment même où la vérité s'était inscrite dans leur tête. C'était devenu une sorte de sujet tabou, comme l'avait dit Victoria. Et Victoria avait toujours raison.

_ Papa…tu sais que…tu n'es pas…Papa ?

La colère de l'homme ne sembla pas refroidir. Apeuré, Akechi recula, avant de quitter la pièce en courant. Il devait trouver Victoria. Elle saurait quoi faire. Elle savait toujours quoi faire. En plus, elle s'entraînait pour devenir agent secret, comme le meilleur ami de sa mère. Alors c'était la seule personne au monde à pouvoir faire quelque chose à ce sujet.

_ Reste-là !

La voix était devenue sourde et grave, menaçante.

Il accéléra. Ce qu'Henry ne savait pas, c'était qu'Akechi voulait plus que tout suivre sa sœur dans son rêve, faire régner la justice au nom de la paix. Comme Victoria. Donc il s'entraînait avec Victoria. Et si Victoria disait que c'était bien, c'est que c'était bien. Parce que Victoria avait toujours raison.

Il réussit à prévenir Ana et Franck à temps, mais la vérité que Victoria et lui avait tenu cachée toutes ses années venait d'éclater au grand jour. Henry fut arrêté et emprisonné comme le fou qu'il était devenu, en larmes et trahis, et Franck avait également des comptes à rendre avec la justice. Le sujet était clos.

Officiellement.

Mais Akechi ne pouvait pas s'en remettre. Heureusement, nuits après nuits, cauchemars après cauchemars, Victoria était là.

_ Tout ira bien, lui disait-elle. Tu verras.

Akechi voulait y croire. Tout irait bien, comme le disait Victoria. Et Victoria avait toujours raison.

Seulement, il les voyait, la douleur et le ressentiment présents dans les yeux d'Ana chaque fois qu'ils croisaient les siens. Il voyait qu'ils s'affirmaient de jour en jour, devenant une haine infinie pour cet enfant qui n'était pas le sien, mais celui de son mari et de sa sœur. Sa sœur « bien-aimée ».

Ce ne fut qu'une question de jours avant que Victoria n'entre dans la chambre qu'elle partageait avec Akechi.

_ Je pars aux Etats-Unis, annonça-t-elle d'un ton inhabituellement froid. Chez l'ami de Maman qui fait partie de la CIA. Toi, tu vas vivre chez un ami de Jane.

Le silence le plus dangereux qu'ils aient connus s'installa entre eux, les séparant sans honte ni retenu. Quelque chose semblait clocher avec le comportement de Victoria. Elle qui avait toujours été là pour lui, nuit et jour, lui sembla froide et étrangère. Ses yeux brillaient de larmes qui ne voulaient pas sortir.

_ Pourquoi ? demanda le garçon, la boule au ventre. Il avait un mauvais pressentiment.

_ Maman est morte.

Ses yeux s'agrandirent de stupeur. Il s'assit sur son lit, où il avait attendu le retour de sa sœur avant de pouvoir oser s'endormir.

_ Elle s'est suicidée.

Les mots faisaient mal, poignardaient comme le couteau qui avait tué l'autre femme.

Victoria partit sans un regard de plus pour lui. Ce jour-là, Akechi compris que si Ana était morte, c'était à cause de lui. Victoria le tenait légitimement pour responsable de la perte de sa mère. Il apprit également ce jour-là que, non, Victoria n'avait pas toujours raison.

Parce que tout n'allait pas bien.

O*o~0~o*O

Lorsqu'Akechi revint dans le présent, le soleil commençait à se coucher. Il cligna des yeux en se rendant compte qu'ils étaient inondés de larmes traitresses – qu'il chassa discrètement d'un revers de main –, et regarda l'horloge. Il était presque 18h30. Comme tous les dimanches, il avait passé une bonne heure en ayant la tête ailleurs, loin de tout et de tout le monde.

Malheureusement, la partie de sa vie à laquelle il avait pensé était loin d'être la meilleure, mais il avait vraiment besoin de se moment de solitude hebdomadaire. Le pire était sans doute que ce n'était pas l'unique moment douloureux qu'il avait traversé. Il y avait aussi eu…

Deux personnes se mirent de chaque côté de lui, ayant probablement vu qu'il était de retour dans la réalité. Une brune et une blonde, accompagnées de deux enfants.

_ C'est beau, vu d'ici, dit distraitement Victoria, sans le regarder dans les yeux.

Surpris, il ne répondit pas tout de suite. L'émotion le gagna lorsqu'il songea qu'il avait toujours rêvé de partager ce spectacle avec sa cousine.

_ Je ne pensais vraiment pas que tu étais capable de faire tout ça en une simple journée, ajouta Cordelia qui rigolait en relisant les pages de son carnet.

_ Ni de passer une heure dans le silence le plus total, compléta la blonde, toujours perdue dans ses pensées tandis qu'elle fixait l'horizon.

_ Vous voyez que je disais la vérité, s'amusa Akechi en faisant réapparaître son sourire.

_ Tu savais, pas vrai ? demanda Conan en se rapprochant.

_ Je ne vois absolument pas de quoi vous parlez, répliqua-t-il d'un ton ironique, son sourire s'agrandissant.

_ C'est ça, moque toi.

Il rit doucement et s'éloigna de la vitre.

_ On rentre ?

_ Ouais.

Ensemble, ils se dirigèrent vers l'ascenseur et durant tout le chemin du retour, Victoria se montra étrangement lointaine, comme si elle réfléchissait avec attention à des détails qui lui avaient échappés. Ils descendirent tous dans la rue, et commencèrent à se diriger vers la maison d'Agasa, Akechi traînant un peu derrière. Kaito ralentit pour se mettre à sa hauteur, et leva la tête vers lui.

_ Eh.

_ Oui ?

_ Tu sais, si t'as pas envie de sourire, t'es pas obligé. Enfin, je dis ça, je dis rien.

Le jeune voleur baissa de nouveau la tête et rattrapa très vite son frère, comme s'il ne s'était rien passé. Ces mots, pour n'importe qui, auraient pu paraître anodins. Mais pas pourquoi Akechi.

Le sourire qu'il s'était forcé à afficher s'effaça plus vite qu'il n'était apparu.

_ Comment… ?

Il s'était immobilisé, figé dans ses gestes, ne se rendant pas compte que s'il n'avançait pas, il allait perdre les autres. Plusieurs personnes passèrent. Le croisèrent.

Une couleur familière.

Akechi se retourna vivement, cherchant à confirmer ce qu'il avait vu. Mais il n'y avait personne qui pouvait lui ressembler.

_ J'aurais pourtant juré…, murmura-t-il

_ Aki ! Qu'est-ce que tu fais ! Dépêche-toi, non d'un chien !

Il tressauta, et repris sa marche pour rejoindre le groupe. Cordelia l'attendait, les poings sur les hanches, l'air mi-agacée, mi-amusée.

_ Désolé…

_ Bah, ça va pour cette fois. Mais ne le refait pas !

_ Oui, Maman… répliqua-t-il, sarcastique.

O*o~0~o*O

L'homme aux cheveux roux jeta un dernier regard à l'adolescent qu'il venait de croiser, et vit la fille brune avec qui il passait ses journées à faire le clown lui donner une tape dans le dos en riant. Il esquissa un sourire.

_ J'ai l'impression que ça fait une éternité, Akechi…

Et il s'éloigna en sifflotant gaiment.


C'était le chapitre 9, avec du délire, un peu de sérieux et la vague apparition du nouveau personnage !

Merci d'avoir lu, et n'oubliez pas une review !

Biz' à tous.

Shaina et Chû