Parfois elle débarque dans sa tente au petit matin avec deux lances.

- Je vais chasser. Tu viens ?

Il n'a pas besoin de sous-titres.

(Elle pose la question par habitude, ils savent tous les deux qu'il vient.)

À part les gardes de quart, le reste du camp dort encore lorsqu'ils franchissent la grille. Il a des couvertures dans son sac à dos, elle une trousse de secours. S'ils pouvaient, ils partiraient sans rien d'autre que leurs habits et leurs lances.

(Pas de mitraillettes. Les Terriens ne leur ont ouvert leur territoire de chasse qu'à cette condition.)

Ils passent la journée à courir les bois sans parler. Ils ne sont pas là pour ça. Clarke a besoin de se concentrer sur quelque chose, de garder Finn et la façon dont il est mort très loin de ses pensées. De s'épuiser assez pour peut-être dormir d'un trait et profondément la nuit prochaine. Peut-être. Lui ne sait jamais exactement pourquoi il est là, pourquoi elle lui demande de l'accompagner. Il sait qu'il y a une raison, c'est juste qu'il ne sait pas laquelle. Personne n'a le droit de quitter le camp tout seul, mais enfreindre les règles n'a jamais été leur problème. Elle ne parle presque pas pendant leurs chasses, alors ce n'est pas pour se confier à lui non plus.

(Il sourit, parfois, quand il s'interroge, parce qu'il peut presque voir sa petite sœur rouler des yeux. « Et qu'elle apprécie juste ta compagnie, ça ne te traverse jamais l'esprit ? »)

Lui a ses propres raisons pour attacher ses pas aux siens dans la forêt. Comme il veille sur son sommeil devant la porte de l'aire médicale. Sa vie est devenue une garde permanente depuis la mort de Spacewalker.

(Même à bord de l'Arche, quand il portait l'uniforme, il ne s'est jamais senti aussi garde qu'à présent, quand il veille sur la Princesse.)

Il arrive que la chasse tourne à la compétition d'endurance. Ils se sont mit à courir et aucun des deux ne prend l'initiative d'une pause, ni même de ralentir. Alors ils continuent, n'essaient même plus de traquer leur proie s'ils en ont repéré une. Ils courrent sans but, deux silhouettes armées de lances qui passent entre les arbres. Les feuilles et les branches craquent sous leurs pieds, ils respirent fort. Ils ne font pas la course, n'essaient pas d'aller plus vite. Ils courrent jusqu'à ce que leurs corps refusent de les porter plus loin.

Quand la nuit tombe, ils font demi-tour et retournent vers le camp en marchant. À mi-chemin, la faim les fait s'arrêter au bord d'un cours d'eau. Leurs chasses à deux ne leur permettent pas de ramener de grosses prises destinées à nourrir tout le camp. Alors ils allument un feu et cuisent les lapins ou les écureuils qu'ils ont pris dans la journée. Souvent ils restent assis près du brasier et regardent les étoiles tandis que les flammes meurent. Bellamy sort une couverture qu'ils se partagent, toujours en silence. Il sent le corps de Clarke à côté du sien, appuyé contre son bras, et il aime cette façon de la veiller sans la regarder.

Délestés de leurs prises, ils terminent le chemin du retour à la course de vitesse, cette fois.

(Ils arrivent toujours en même temps.)

(Parfois ils restent si longtemps près du feu que le corps de Clarke devient lourd à côté du sien. Ces soirs-là, il rentre en marchant doucement pour ne pas la réveiller. La chasse se termine lorsqu'il la dépose dans son lit, dans la baie médicale. Abby prend le relais et l'envoie se coucher, non sans lui avoir adressé un hochement de tête reconnaissant.)