Bon, je continue cette fic : je viens justement de me revoir le voyage de Chihiro et j'ai un peu retrouvé mon inspiration.
Malheureusement, ayant un dossier de vingt pages à rendre, la suite n'est pas pour tout de suite.
Merci de tout cœur à Lunastrelle à qui je dédie ce chapitre et qui m'a redonné l'envie de continuer.
Le voyage de Chihiro ne m'appartient pas.
Chihiro leva lentement ses yeux vers le ciel et vit alors un vieil homme portant un yukata(1) gris, un haori(1) noir et des getas et qui la regardait d'un air bienveillant. Ses yeux vifs et perçants brillaient de curiosité sur son visage couvert de mille rides et qui était éclairé par un fin sourire. La jeune enfant se leva aussitôt et salua respectueusement le vieillard en s'inclinant puis elle lui répondit :
« Pardonnez moi, mes parents sont en observation à la clinique et je suis partie me promener en attendant les résultats. Je ne savais pas que cet endroit était interdit. »
« Il n'y a pas de mal, mon enfant, ce parc est ouvert à tous. Je pensais seulement que tu t'étais perdue et que tu voulais peut être retourner dans l'établissement. » lui répondit d'une voix amicale le vieil homme.
« Je recherchais seulement un peu de calme, c'est tout. Vous n'êtes pas un patient, Oji San, n'est ce pas ? » lui demanda Chihiro, qui remarquait qu'il ne semblait
« Non, en effet. Je suis le Kannushi, le prêtre Shinto, d'un petit temple situé à la limite du parc de cette clinique. Avant, il se trouvait en pleine forêt et c'était le Hokora (4), le sanctuaire particulier, du kami de la forêt. Certaines personnes âgées viennent parfois s'y recueillir. Veux-tu le voir, mon enfant ? » lui expliqua le prêtre, en montrant la direction du sanctuaire.
« J'aimerais beaucoup, merci beaucoup, Oji san. » lui répondit Chihiro, avec un sourire: ce serait une façon de revenir dans le Monde des Esprits qu'elle venait à peine de quitter.
« Ce serait plutôt à moi de te remercier, ma petite. De nos jours, les enfants ne s'intéressent plus à ce genre de choses: tu vas apporter un peu de renouveau dans mon vieux jinga. »
Le vieil homme se mit en route, marchant étonnement vite, pour une personne de son âge, et Chihiro le suivait, courant presque pour rester à sa hauteur. Après quelques minutes, ils arrivèrent en vue d'un petit temple traditionnel, situé juste à côté d'un grand arbre. Devant le sanctuaire, se trouvait le Torii, le portique de bois séparant le monde réel de l'enceinte sacrée du temple. En voyant le vieux portique, Chihiro comprit soudain qu'elle ressentait le même sentiment d'appréhension que celui qu'elle avait ressenti lorsque ses parents et elle avaient traversé le tunnel menant au Monde des Esprits : à ce moment là, ses parents n'avaient pas compris qu'ils traversaient la limite séparant le monde des hommes et celui des esprits.
La fillette respira un bon coup avant de traverser le portique et s'arrêta brusquement : juste à côté de l'arbre, venait d'apparaitre une sorte de chien, tout blanc, avec un nombre invraisemblable de queues, cinq, plus exactement.
Chihiro se frotta aussitôt les yeux: elle devait être encore fatiguée, après tout, elle était éveillée depuis qu'elle avait quitté la maison de Zeniba. Mais quand elle rouvrit ses yeux, le chien était toujours là et la regardait maintenant d'un air curieux, comme s'il se savait observé, en plus, elle voyait d'autres esprits, mais moins discernables, qui volaient autour de lui.
Elle ne pouvait s'empêcher de fixer des yeux le Kami(5), puis, se souvenant des règles qu'elle avait appris à Aburaya, elle cessa de le regarder ainsi et s'inclina dans sa direction, oubliant complètement le vieux prêtre qui observait attentivement son attitude. Le Kami regarda la fillette d'un air fier, puis il inclina très légèrement sa tête en sa direction et ensuite, se désintéressa d'elle. Par contre, les esprits errant se dirigeaient vers Chihiro en tournant autour d'elle, comme s'ils voulaient attirer son attention sur eux et la pauvre ne savait pas comment se sortir de sa situation
Soudain, elle sentit la main ridée, mais néanmoins ferme du vieux prêtre, qui la faisait avancer vers le temple, la débarrassant des petits esprits un peu collants.
« Tu sais mon enfant, il faut parfois savoir dire non à ces esprits là. Ce sont les esprits des morts qui se sont réfugiés dans ce temple, à cause de la proximité avec la clinique : une grande partie d'entre eux viennent de là. Le Kami qui réside ici, dans cet arbre est un Hoko (3), c'est un esprit protecteur de la forêt, même si elle est bien réduite...Mais dis moi, mon enfant, tu ne me semble pas ordinaire, j'aimerais beaucoup discuter de cela avec toi. »
« Si vous voulez, Oji san » répondit Chihiro en rougissant de confusion.
Ils entrèrent tout les deux dans une petite maison située à côté du sanctuaire : l'intérieur de la pièce principale était très simple : une petite table basse avec deux coussins disposés de chaque côté sur un sol recouvert de cinq tatamis tressés. Les murs étaient nus, sauf l'un d'eux sur lequel était accroché une bannière avec l'inscription « sérénité » soigneusement calligraphiée. La lumière qui éclairait la pièce lui donnait un air doux et chaleureux. Chihiro s'assit sur l'un des coussin et le vieux prêtre s'installa en face d'elle et la regarda attentivement avant de demander:
« Je me rends compte, mon enfant, que je ne connais même pas ton nom. »
« Je m'appelle Ogino Chihiro, Oji san. » lui répondit calmement la jeune fille.
« Un très beau nom. Dis moi, Chihiro, tu as pu voir le Hôkô, tout à l'heure, ainsi que les esprits des défunts. Vivrais-tu près d'un temple ou ton père serait il un Kannushi, lui aussi ? »
« Non, Ojisan, mon père ne croit pas aux esprits et ma mère y croit un peu, mais rien de plus et nous venons à peine d'arriver ici. »
« C'est étrange : d'habitude il faut avoir reçu une certaine initiation pour les apercevoir, ou alors, vivre pendant des années à proximité d'un kami. Le plus étonnant, c'est que tu sembles, malgré ton inexpérience apparente, assez au courant des attitudes à adopter en leurs présence. Dis moi, depuis quand les vois tu ? »
« Depuis trois jours, Ojisan, mais mon histoire est un peu compliquée. Si vous voulez, je peux vous la raconter. »
« Je veux bien, Chihiro. »
Pendant plusieurs heures, Chihiro raconta son voyage dans le monde des Esprits, les épreuves qu'elle avait dû surmonter, les peurs qu'elle avait dû affronter, les chagrins qu'elle avait dû dissimuler sous un masque de calme. Les esprits qu'elle avait rencontré, les amis qu'elle s'était faite, les adversaires qu'elle était parvenue à comprendre. Ses échecs, qu'elle avait dû réparer, ses réussites, qui l'avait empli de fierté, les changements qu'ils avaient produit sur elle.
Elle raconta tout, sans s'arrêter, elle ne pouvait plus garder en elle toutes ses émotions, ses sentiments, qu'elle avait besoin d'évacuer et qu'elle ne pourrait confier à personne sans passer pour une folle. Les mots se bousculaient dans sa gorge, mêlés parfois aux rires ou aux larmes, ils ne pouvaient cesser, comme un fleuve impossible à endiguer.
Le prêtre l'écouta sans l'interrompre une seule fois, retenant toutes les paroles prononcées par l'enfant, comprenant que toutes ces choses avaient besoin de sortir.
Quand enfin, elle eut terminé son récit, elle poussa un profond soupir et leva les yeux vers le vieillard qui la regardait d'un air pensif.
« Vous me croyez, n'est ce pas ? » C'était presque un cri du fond du cœur qui s'échappa des lèvre de la fillette qui craignait, plus que tout, qu'on la traite de menteuse.
« Je te crois, mon enfant, mais je voudrais revenir sur plusieurs points dans ton histoire : tout d'abord, le portail que tes parents et toi, avez passé était certainement un Torii d'un genre un peu particulier : c'est un portique emprunté, normalement, uniquement par les esprits. J'avais déjà entendu des rumeurs au sujet d'un étrange bâtiment, ainsi que des légendes, mais je ne l'avais jamais vu moi même, il doit être bien caché. »
« Nous sommes tombé dessus par hasard, Ojisan »
« Je vois..Ensuite, concernant la nourriture qui a transformé tes parents en cochon... »
« C'est la vérité, je vous le jure ! »protesta Chihiro
« Je t'ai déjà dit que je te croyais, Chihiro! La nourriture, disais-je, était plus une punition infligée à tes parents pour avoir fait preuve d'irrespect et d'arrogance, plutôt qu'une conséquence de la nourriture sur les humains, puisque tu as pu en manger sans danger et qu'elle a même contribué à t'ancrer dans le monde des esprits. » réfléchissait à voix haute le prêtre, visiblement passionné par cet aspect.
« Heu, oui, certainement. »Répondit timidement Chihiro.
« Ensuite, ce...Sans-visage, c'est cela ? Apparemment, ce n'était pas un esprit reconnu par les autres Esprits de la Nature, n'est ce pas ? »
« Non, en tout cas, ils en avaient tous peur, quand ils ont appris ce qu'il était. Moi, il me rendait plutôt triste. Mais je ne sais toujours pas ce qu'il était... »précisa l'enfant, d'un air songeur en pensant à cet esprit si solitaire. »
« Mon enfant, les esprits viennent ou de la nature, d'un élément du paysage, ou ils naissent des désirs humains. Ton Sans-Visage, tu disais qu'il avait faim, mais n'était jamais rassasié, qu'il désirait un ami, mais qu'il a failli te dévorer, et enfin qu'il pouvait produire de l'or à volonté, non ? »
« Heu, oui. »
« Dans ce cas, cet esprit a dû naitre de l'avidité des hommes. La description correspond tout à fait, en tout cas : une faim insatiable, impossible à satisfaire, un vide qu'il désirait combler avec le matériel, la nourriture, les esprits. Et enfin, la capacité à exciter l'avidité des autres par l'or qu'il fabriquait.... Oui, cela me semble correspondre, ne penses tu pas ? » réfléchissait le vieux prêtre, de plus fébrile.
« Peut être, je ne lui ai pas vraiment demandé: je sais juste qu'il n'avait pas de parents et qu'il était seul. »répondit Chihiro qui ne comprenait pas vraiment l'excitation du prêtre.
« Heu, oui, si tu le dis.. »répondit le vieux prêtre, un peu honteux.
Il y eut un court silence, très vite rompu par une autre question du vieil homme, beaucoup trop excité à l'idée de connaître d'autres éléments du monde des Esprits.
« Tu m'as parlé d'un train, non ? Un train qui faisait simplement l'aller et non le retour, c'est cela ? Et avec de l'eau tout autour.. Il y avait des ombres à l'intérieur, des ombres humaines et ils quittaient le train les uns après les autres..C'est très intriguant. Peut être ce train emmène t-il les âmes des morts dans le monde des Esprits, ou bien, c'était de vrais personnes. Ou le train pouvait représenter la vie sans retour en arrière. J'aime bien cette hypothèse... Qu'en dis tu ? »
Une fois encore, l'excitation s'était emparée du vieillard et il marchait dans la pièce, plongé dans ses réflexions sur ce mystère si alléchant.
« Je ne sais pas, Ojisan. Par contre, il est tard et mes parents doivent être réveillés maintenant et ils doivent être complètement perdus. Je ferais mieux de retourner à la clinique. »
« Pardonne moi, mon enfant de t'avoir retenue si longtemps, tu as raison. En plus ce sera difficile de leur expliquer ce qui vient de leur arriver;.. »
Au même instant, la porte d'entrée de la petite maison s'ouvrit brutalement et un homme d'une quarantaine d'année avec des lunettes entra brusquement dans la pièce, avant de s'arrêter en voyant la petite fille, assise tranquillement sur son coussin. L'homme avait un regard dur derrière une paire de lunette à monture d'acier, il portait un complet très chic et sans doute très cher, ce qui n'était sans doute pas l'idéal pour marcher dans le parc. Il s'adressa à la jeune fille d'une voix froide et brusque :
« Ah, la voilà ! C'est bien toi la gamine dont on a emmené les parents il y a quelques heures ? Ogino quelque chose, c'est ça ?»
« Oui, je m'appelle Ogino Chihiro. Mes parents sont réveillés ? »
« J'ai été obligé de te faire rechercher dans le parc, petite sotte ! Tu ne pouvais pas rester à proximité ? Et, non, ils ne sont pas réveillés, ils semblent plongés dans une sorte de coma. Il va falloir que tu répondes à certaines questions, jeune fille.»
« Chihiro, je te présente Goutai Kenta, c'est le directeur de cette clinique. » dit le vieux prêtre en faisant les présentations puisque le directeur n'avait même pas daigné se présenter.
« Enchantée.. », eut le temps de dire Chihiro avant de se faire entraîner dehors par la poigne vigoureuse de l'homme d'humeur irascible. Ils traversèrent le petit jardin entourant le temple où Chihiro revit alors le petit Hôkô blanc. Celui-ci montra les dents au passage du directeur, avec un rictus de haine que l'homme ne pouvait pas voir de toute façon. Il passa le portique d'un pas rapide, agrippant toujours le bras de Chihiro, qui devenait douloureux.
« Kenta, tu pourrais être un peu plus aimable avec cette enfant. »
« Écoute, vieil homme, tu n'as absolument aucun droit à me dicter ma conduite. Si ton temple n'a pas été détruit jusqu'à présent, c'est parce que les clients aiment ce genre de machin traditionnel où ils vont se recueillir en pensant que cela va les guérir. Alors évite de me sermonner. »
Et il reprit sa route, entrainant dans son sillage la pauvre Chihiro qui n'osait pas vraiment résister face à cet homme qui tenait peut être entre ses mains le destin de ses parents.
(1) Yukata : un vêtement traditionnel, les Getas sont des sandales de bois
Ojisan = Grand père, utilisé souvent pour désigner de façon général les personnes âgées.
Kannushi, prêtre Shinto
Hokora : sanctuaire dédié à un kami en particulier.
Kami : divinité/esprit
Hōkō ou Gobi (彭侯, Hōkō ou Gobi?) est un esprit canin dans la mythologie japonaise. Il apparait également dans la mythologie chinoise sous le nom de Pénghoú.
Il possède 5 queues et un corps blanc. Il vit à l'intérieur des arbres auxquels il est spirituellement connecté. Chacune de ses queues possède un pouvoir d'un des 5 éléments : le feu, l´eau, la terre, le vent et la foudre. On dit qu'il contrôle aussi le métal. Lorsque il utilise le pouvoir de chacune de ses queues simultanément, il se produit un tremblement de terre capable de détruire des montagnes.
Hōkō est capable de créer des illusions pour effrayer certaines personnes (plus particulièrement ceux qui abiment les arbres).
Le nom de Goutai Kenta : Goutai signifie la rigidité, la dureté. Gin est le mot pour désigner l'or.
