Ce chapitre est dédié plus particulièrement à Nosaka , auteur du tombeau des lucioles, mis en scène dans le film d'animation du même nom réalisé par Isao Takahata.. Les prénoms Seita et Satsuko ainsi que leur histoire viennent également de ce film magnifique et très triste.
Le film le Voyage de Chihiro ne m'appartient pas.
Bon, finalement, je ne sais pas morte. C'est toujours bon à savoir. J'étais prise entre plusieurs projets qui me tenaient vraiment à coeur. Mais j'ai fini par poster mon sixième chapitre. (c'est ma première fic qui dépasse les cinq chapitres, je suis plutôt contente !)
Quand Chihiro surgit du tunnel, elle vit que c'était également la nuit dans le monde des Esprits. Durant toute sa traversée, elle n'avait songé qu'à Haku, espérant un peu naïvement, qu'elle reviendrait au moment où ils s'étaient quittés. Ce n'était visiblement pas le cas mais Chihiro relativisait : après tout, ils allaient forcément se revoir durant son séjour ici. Pour le moment, elle devait donc se préoccuper de ce qu'elle allait faire maintenant qu'elle était parvenue à revenir.
Elle pouvait revenir au Palais des Bains et saluer tout ses vieux amis : Rin, Kamaji, Boo. Seulement, elle ne savait pas exactement comment réagirait Yubaba à cette visite et surtout, elle savait que Kohaku n'y serait plus, puisqu'il savait désormais son véritable nom. Mais c'était l'endroit le plus proche.
Elle pouvait rendre visite à Zeniba, la soeur jumelle de Yubaba, dont la maison chaleureuse était au fond de l'Etang, à la sixième station. Elle y retrouverait Sans Visage et sa grand mère d'adoption, elle pourrait recevoir des informations concernant le traitement de ses parents ainsi que sur ses amis. Peut être même pourrait elle y retrouver Haku, puisqu'il y était désormais le bienvenue.
Cela semblait être la meilleure solution, seulement, la sixième station était déjà fort éloignée en train, maintenant qu'elle n'avait plus de billet, il lui faudrait y aller en marchant.
Sachant qu'hésiter ne lui ferait que perdre du temps, elle se décida rapidement pour le Fond de l'étang et se mit en route, aussitôt, sans perdre une minute. Elle avait rallumé sa lanterne et grâce à sa faible lueur, elle avait fini par trouver les rails de la voie ferré et elle s'était mise à les suivre. Son arc et son carquois ne pesaient pas trop lourd et son sac n'était pas trop encombrant: elle marchait donc d'un pas volontaire tout en faisant attention à ne pas trébucher sur les rails.
Elle se posait également la question de savoir si elle devait continuer à voyager pendant la journée : elle ne se sentait pas fatiguée mais elle allait sans doute rencontrer des esprits et elle craignait d'être considérée comme une intruse ainsi que leurs réactions face à elle. Mais bon, elle n'y pouvait rien et elle n'allait pas vivre comme un hibou pendant tout son séjour ici pour éviter d'éventuelles mauvaises rencontres ! On y survivait, la plupart du temps.
Elle marcha pendant des heures, s'arrêtant parfois pour de brèves pauses afin de se reposer un peu, puis elle se remettait en route. Elle ne croisa personne mais elle apercevait de temps à autre, des yeux qui semblaient la surveiller, mais dès qu'elle cherchait à croiser leur regard, ils disparaissaient. Elle n'osait pas leur parler: pour le moment, ils ne semblaient pas agressifs mais ils ne désiraient pas non plus établir un contact avec elle, aussi respectait elle ce silence. Quand l'aube apparue à l'horizon, ils disparurent.
Chihiro pouvait maintenant admirer le paysage: la campagne n'était plus noyée sous de vastes étendues d'eau et elle pouvait voir des champs et même des maisons au loin. Mieux, elle distinguait une gare où elle pourrait déterminer où elle était. Du coup, elle se mit à courir et arriva complètement essoufflée à la gare où elle s'effondra sur un banc. Après avoir repris son souffle, elle alla examiner un plan qui lui indiquait qu'elle se trouvait à la troisième station, la plaine aux rizières. Elle calcula qu'elle avait mis au moins sept heures pour relier une station ce qui voulait dire qu'il lui faudrait certainement plus de deux jours avant d'arriver : elle ne pourrait pas toujours avancer au même rythme, déjà, elle se sentait morte de fatigue et n'aspirait qu'à se reposer. Aussi, s'allongeant sur le banc, elle plaça son paquet dessus, s'en servit comme d'un oreiller et s'endormit comme une masse.
Elle ne s'éveilla que quand elle sentit que quelqu'un tirait sur ses vêtements, cherchant maladroitement à la tirer de son sommeil. Elle ouvrit aussitôt les yeux et vit une fillette et un jeune garçon qui semblaient la regarder d'un air presque effrayés, comme s'ils craignaient qu'elle leur veuille du mal. Elle leur sourit aussitôt, afin de les rassurer et leur demanda simplement qui ils étaient. Les enfants semblaient hésiter et le garçon s'était placé devant la petite, comme s'il voulait la protéger d'un danger possible.
Chihiro les dévisagea plus attentivement: le garçon semblait plus âgé qu'elle, il devait avoir dans les quatorze ans, même s'il était sans doute plus vieux en réalité. Il portait un vieil uniforme qui semblaient assez usé ainsi qu'une casquette militaire. Il semblait très attaché à la fillette, qui était sans doute sa sœur. La petite qui portait une petite cape ne semblait pas plus âgée de quatre ans, même si, là encore, l'apparence ne voulait rien dire dans le monde des Esprits. Peut être étaient ils morts à cet âge.
Le garçon hésita un court instant puis fini par répondre :
« Je m'appelle Seita et voici ma petite sœur Setsuko. Et toi, comment tu t'appelles ? »
-« Je m'appelle Chihiro. Heureuse de te rencontrer. »
Un silence s'instaura, gênant. On n'entendait que le grésillement de quelques insectes dans la campagne environnante. Puis finalement, la petite lui demanda d'un ton joyeux:
-« Toi aussi, tu es morte ? »
-« Setsuko ! Cela ne se fait pas de dire cela ! Je t'ai pourtant dit d'être polie avec les autres ! » gronda le jeune garçon d'un ton qui tentait d'être sévère.
-« Il n'y a pas de mal, je t'assure. Non, Setsuko, je ne suis pas morte, je voyage juste dans le Monde des Esprits à la recherche d'une solution à un problème. »
-«Oh...Nous, on est mort il y a longtemps, je crois. » l'informa avec un grand sourire l'adorable fillette. L'enfant ne semblait pas tenir en place et d'un seul coup échappa à la vigilance de son frère pour poursuivre des libellules dans les champs. Seita soupira en la regardant jouer puis se tourna à nouveau vers Chihiro.
-« Excuse la. Elle est encore une enfant. Je suis mort le 21 septembre 1945. Setsuko est morte quelques semaines avant, à cause du manque de nourriture. »
Chihiro acquiesça sans prononcer un mot: que pouvait elle répondre à cela, de toute façon ? Lui dire qu'elle était désolée ne changerait rien. Le garçon reprit alors :
-« Tu cherches quelqu'un que tu as perdu ? Tu sais, c'est presque impossible de retrouver une personne précise, ici. Cet endroit n'a aucune limite et cela revient à chercher une aiguille dans une botte de foin. Ma sœur et moi avons tenté de retrouver notre mère ou notre père, mais c'est sans espoir, du coup, on a abandonné nos recherches. Nous avons autant de chance de les trouver en marchant au hasard. »
-« Ne t'inquiète pas. Je connais une personne qui peut m'aider. Et de toute façon, je ne cherche pas vraiment une personne, mais une solution. Donc ça ira » lui répondit Chihiro en souriant d'un air doux.
-« Tant mieux pour toi, parce que, crois moi, ici, trouver quelqu'un qui veuille bien t'aider gratuitement, c'est aussi rare que de trouver un diamant sur le bord du chemin. »
Le garçon semblait plutôt amère en prononçant ces paroles et Chihiro se doutait qu'il avait vécut des heures difficiles, ici. Désirant gagner sa confiance, elle décida d'en révéler un peu plus sur elle.
-« Tu sais, je suis déjà venue ici, autrefois : au début, c'était effrayant, je voyais des esprits et j'ignorais alors ce qu'ils étaient mais j'ai eu de la chance car j'en ai rencontré un qui se nommait Haku et qui m'a beaucoup aidé. Sans lui, je serais sans doute morte et mes parents auraient été dévorés. Mais j'ai aussi vu d'autres esprits moins sympathiques et qui ne m'aimaient pas beaucoup. A la fin, ils m'avaient complètement acceptée. »
-« Qu'est ce que cela veut dire ? »
-« Que l'on peut quand même trouver un diamant sur le bord du chemin si on se penche pour en chercher. J'ai dû faire beaucoup d'efforts pour m'intégrer dans ce monde. Mais je te l'ai dis, j'ai eu de la chance : si Haku n'avait pas fait le premier pas, je serais restée paralysée comme une statue. »
-« Tu es vraiment chanceuse d'avoir eu quelqu'un pour t'aider. La majorité des esprits méprise les humains. »
-« Ils les méprisent vraiment tous ? »demanda Chihiro, se souvenant de la rage de son ami le Hoko vis à vis des hommes.
-« En réalité, c'est plus compliqué. Les esprits méprisent les humains qui sont nés à partir d'une certaine époque et plus le temps avance, plus ils les haïssent. » Tenta d'expliquer sommairement Seita qui surveillait maintenant sa petite sœur qui venait d'attraper une libellule.
-« J'aimerais bien en savoir plus, malheureusement, je dois aussi me remettre en route vers le Fond de l'étang pour y trouver de l'aide. »
-« La sixième station ? On dit qu'il y a une sorcière très puissante et impitoyable qui vit là bas. »
-« C'est elle que je viens voir. Elle s'appelle Zeniba et elle n'est pas du tout méchante, sauf si tu la contraries. »
-« C'est elle, l'amie qui peut t'aider ? » s'exclama le garçon comme s'il ne croyait pas ce qu'il venait d'entendre. Il regardait Chihiro avec beaucoup plus de respect, et même avec une lueur de calcul, dans les yeux. Il hésita un instant puis il prit une décision rapidement :
-« Si tu veux,Setsuko et moi, nous pouvons t'accompagner au Fond de l'étang et je te répondrai à toutes tes questions et en échange, tu pourras m'introduire auprès de Zeniba. Qu'en penses tu ? »
-« Je veux bien. » répondit Chihiro.
Elle rajusta son arc sur son épaule, reprit son paquet et attendit que Seita ait rappelé sa petite soeur. Setsuko revint en courant et montra ses libellules à la jeune fille qui la complimenta de ses captures. Puis, le petit groupe se remit en groupe et tandis que la benjamin du trio courrait et sautait dans tous les sens sous l'œil vigilant de son ainé, ce dernier apprenait à Chihiro les raisons de la haine qui s'était installée entre esprits et humains.
-«D'après ce que je sais, avant l'ère Meiji dans le monde des vivants, il n'y avait jamais eu de grosses évolutions dans le monde des Kamis: tout restait toujours pareil, immuable. Il y avait des traditions et tous les respectaient. Puis, il y a eu la restauration de l'ére Meiji dans le monde des Vivants qui a eu un impact très important ici pour deux raisons : le Japon s'est ouvert à la civilisation occidentale et la religion Shinto est devenue religion officielle. »
-« Cela semble comme quelque chose de plutôt positif pour les Kamis, non ? » demanda Chihiro en repensant aux quelques machines aperçues dans ce monde : la chaudière de Kamaji et le train s'étaient parfaitement intégrés ici...
-« Les opinions divergent : certains esprits ont rejeté en bloc toute cette nouveauté, mais la grande majorité ont été ravis de ce changement et n'ont pas hésité à l'utiliser. Dans l'ensemble, tu as raison, c'était très positif : de jeunes esprits sont apparus, tandis que de très vieux esprits se sont affaiblis, comme ceux qui apportaient les épidémies et d'autres kamis ont pu acquérir du pouvoir grâce à leur maitrise de ces nouvelles inventions et n'oublions pas que dans ce monde, le pouvoir est tout. »
Chihiro réfléchit à ce que venait de lui dire Seita. Sa description des nouveaux esprits correspondait beaucoup au personnage de Yubaba : son établissement lui avait toujours semblé étrange, avec ses traditions japonaises, comme les bains, mélangées à l'utilisation des techniques modernes. Ses appartements, par sa débauche de décorations, lui avaient également semblé bien plus proche de la splendeur occidentale que de la sobriété nippone... Cela avait dû être une vraie révolution, à l'époque...Comme Seita reprenait le cours de son explication, Chihiro interrompit le cours de ses pensées et redevint attentive.
-« Il y a bien eu des Esprits qui se sont plaints en disant que cette intrusion du moderne allait signer la fin des valeurs traditionnelles et que les Esprits seraient bientôt oubliés, mais comme le Shintoïsme était religion d'État, la pratique continuait et a même augmenté. »
Chihiro se souvenait effectivement de cela grâce à ses cours d'histoire. Si elle s'en rappelait correctement, d'ailleurs (l'histoire n'avait pas vraiment été sa matière favorite en classe...), le Shintoïsme avait cessé d'être la religion officielle en 1945, à la fin de la seconde guerre mondiale. S'il y avait eu changement, cela avait dont été à ce moment là.
-« Mais après la guerre, on m'a expliqué qu'il y a eu une croissance économique rapide pendant des décennies dans le pays. Tout s'est modernisé d'un seul coup, des produits de l'étranger ont complètement envahi la vie des habitants, les Japonais devenaient très riches et ils ont alors commencé à prêter moins d'attention aux Kamis. Ils étaient tellement occupés à gagner de l'argent qu'ils ont complètement négligé le Monde Spirituel et leur propre monde. Ils ont dégradé la nature, cessé de respecter certaines traditions millénaires, et même oublié jusqu'à l'existence des esprits. Et c'est devenu de pire en pire au fil des années. Fatalement, cela a eu des conséquences ici : des Kamis ont perdu les lieux qu'ils protégeaient, certains sont tombés gravement malades à cause de la pollution, certains ont complètement changé de nature et d'autres kamis, plus dangereux, sont apparus. »
Chihiro songeait que cela correspondait parfaitement aux évènements dont elle avait été témoin lors de son voyage de trois jours ici :le mépris et la haine envers les humains dont elle avait été la victime, Kohaku dont la rivière avait disparu à cause de la frénésie de construction du Monde réel, l'esprit de la rivière qui transportait toute une décharge en lui, le Sans Visage, qui semblait un reflet de l'avidité sans fin des hommes...Chihiro avait l'impression de mieux comprendre le comportement des kamis lors de son arrivée ici : tout s'expliquait, maintenant !
-« Cela a rendu les esprits furieux et voyant qu'ils n'étaient plus respectés dans le monde des hommes, ils se sont montrés beaucoup plus durs ici. De façon générale, tout humain qui est né après la guerre est coupable pour ne pas les avoir respecté durant leur vie et donc, un esprit a parfaitement le droit de rendre la vie misérable aux défunts qui viennent ici. Mais bon, il y a une hiérarchie : les humains nés avant la guerre sont seulement ignorés. On ne leur souhaite pas de bien, mais on ne leur fait pas de mal, non plus. Par chance, ma soeur et moi, nous faisons partie de cette catégorie. Ceux nés après la guerre sont vraiment détestés et ils sont maltraités par les Kamis. J'en ai même vu un se faire transformer en singe parce qu'il était promoteur immobilier ! Bref, c'est vraiment un monde dangereux pour eux »
-« Comment ils font pour déterminer si un humain est né avant ou après la guerre ? Et si par hasard, un homme avait continué à respecter les esprits à cette époque ? Ce serait complètement injuste de tuer quelqu'un à cause de sa date de naissance ! » s'indigna Chihiro. Elle pensait au vieux prêtre qui l'avait recueilli et serait pourtant persécuté malgré son respect envers les esprits.
-« Je crois qu'en fait, les kamis parviennent à savoir si un homme a été respectueux envers les esprits durant sa vie. Je ne sais pas comment mais je crois que cela a un rapport avec l'activité spirituel : si tu fréquentes des sanctuaires régulièrement, si tu fais des offrandes aux kamis, si tu procèdes aux rites de purification correctement et surtout, si tu crois réellement en eux, alors, je crois que tu finis par accumuler un peu de pouvoir spirituel. Comme les Kamis savent ressentir cette énergip e, ils peuvent savoir, grâce à la quantité de pouvoir, si une personne peut être respectée ou non. »
-« Je vois. »
Le petit groupe continuait sa marche en suivant les rails, sans trop se presser afin d'éviter de s'épuiser. Setsuko avait fini par se fatiguer à courir dans tous les sens et marchait maintenant à leur rythme. Quand elle avoua d'une petite voix qu'elle était fatiguée, son grand frère se baissa, la laissa grimper sur son dos et poursuivit le voyage tout en la portant. Chihiro souriait, un peu attendrie, en voyant cette preuve d'amour fraternel. Ils marchaient ainsi depuis des heures, ne s'arrêtant que pour de brèves pauses.
Enfin, alors que le soleil se couchait relativement tôt, ils atteignirent enfin la quatrième station et décidèrent de se reposer un peu. Le nom de la gare était la forêt de Bambous et effectivement, cette variété de plante poussait en abondance dans le coin. Seita avait décidé de prendre les choses en main : il avait envoyé sa sœur creuser le sol dans les environs pour trouver des pousses de bambous tandis que lui même allumait un feu. Chihiro avait commencé à préparer des Onigiris avec le riz que le garçon avait en réserve dans son sac. Quand la petite fille revint avec les pousses, Seita sortit une vieille casserole, la remplit d'eau et fit bouillir les végétaux pour les attendrir tandis que Chihiro était occupée à nourrir Setsuko puis à la border. Puis, épuisés, les deux ainés s'endormirent, mais pas avant que Seita ait prit la précaution de jeter du sel afin de bénir le lieu où ils se reposaient afin d'éloigner les esprits malveillants.
Quand ils se réveillèrent, le soleil n'était pas encore levé mais Chihiro savait que le temps, ici, était plutôt aléatoire. Tandis qu'ils reprenaient leur marche le long de la voix, Chihiro décida d'interroger Seita sur lui même.
-« Dis, Seita, pourquoi est ce que tu veux voir Zeniba ? »
-« Parce que c'est une sorcière et je veux devenir son apprenti. »
Chihiro était étonnée. Elle n'aurait jamais pensé que le jeune garçon puisse vouloir choisir cette ...profession. Mais, après tout, elle ne connaissait rien de Seita. Kohaku lui même avait voulu devenir sorcier et c'était à cause de cela qu'il s'était fait piéger par Yubaba et avait ainsi perdu son identité. Selon elle, savoir quelques tours de magie ne valait pas de perdre son nom. Mais, bon, il valait mieux que Seita tente sa chance auprès de Zeniba qu'auprès de Yubaba.
-« Pourquoi tu veux devenir sorcier ? »
-« Pour protéger ma sœur. »
-« En quoi cela l'aidera ? »
-« Tout, ici, est une question de pouvoir : tu ne peux être respecté que si tu es puissant et le principal critère pour juger ton pouvoir, c'est ton énergie spirituelle. Plus tu en as, plus tu es respecté et à l'abri du danger. Si je deviens un puissant sorcier, ou même un sorcier tout court, même les esprits qui vivent ici depuis des siècles seront bien forcés de reconnaître ma valeur et donc ne m'attaqueront pas, moi ou ma sœur ! En plus, je pourrais avoir la capacité de retrouver ma mère et mon père ! »
Le garçon semblait s'exciter de plus en plus tandis qu'il parlait. Chihiro, elle, réfléchissait à ce que venait de dire Seita, dont les paroles lui rappelaient celles de son ami le Hoko. Elle devait en savoir plus sur le pouvoir dans ce monde si elle voulait y survivre sans l'aide de Zeniba ou de Kohaku si jamais elle se retrouvait sans eux.
-« Seita, je ne suis pas sûre de comprendre, à propos de l'énergie spirituelle, les pouvoirs, la puissance, les esprits, les humains... Je suis complètement perdue. »
Le garçon se calma et réfléchit un instant, puis il commença son explication :
-« Tous les natifs du monde des esprits possèdent un minimum d'énergie spirituelle qui leur permet d'utiliser des pouvoirs qui leur sont propres. Pour les esprits de basse catégorie, par exemple, ceux de bestioles communes, c'est la possibilité d'utiliser leurs capacités animales dans leur forme humaine. Les Yunas, par exemple, peuvent produire de la bave d'escargot avec leurs corps. Comme il en existe des milliers ou des millions,ils se ressemblent tous entre eux, ne sont pas très intelligents et ils n'ont pas beaucoup de personnalité non plus, donc, ils n'ont pratiquement pas d'autre pouvoir. Les Kamis plus élevés (les représentants d'une rivière ou d'une forêt, par exemple) tirent leurs pouvoirs à la fois du monde des Esprits et du monde des hommes et ils représentent un concept unique. Ils sont donc plus...individualistes, ont plus de libre arbitre. Ils ont chacun une personnalité distincte qui les pousse à acquérir plus de puissance. »
-« Attends, si je comprends bien, plus une personnalité s'affirme chez un kami, plus il peut acquérir de la puissance magique ? » l'interrompit Chihiro qui voulait être sûre d'avoir bien tout compris.
-« C'est cela ! » répondit Seita, soulagé qu'elle ait compris son explication.
Expliquer les rapports de force dans le monde des Esprits n'était pas une tâche facile pour le jeune garçon. Cela faisait des dizaines d'années qu'il connaissait ce genre de choses car c'était l'une des premières connaissances qu'on acquérait ici. Maintenant, cela lui semblait évident et expliquer une évidence à une parfaite novice lui semblait bien compliqué. Voir que Chihiro semblait comprendre à peu près le rassurait.
-« Mais ce n'est pas pareil chez les humains puisque chacun a une personnalité distincte. » releva Chihiro, attentive.
-« C'est cela. Mais les humains ne sont pas natifs du monde des Esprits et dans le monde des hommes, c'est très difficile et très long pour un humain d'acquérir de l'énergie spirituel. En plus, il faut avoir toute sa vie un contact quasi permanent avec les esprits par le biais des temples, de méditations ou de contemplation de la nature. Il n'y a que les prêtres, les chamans ou les ermites qui peuvent faire cela : pendant toute leur vie, ils accumulent de l'énergie spirituelle, sans forcément savoir l'utiliser et quand ils meurent, ils sont très surpris de voir qu'ils sont bien plus puissants spirituellement que certains esprits qui vivent depuis des centaines d'années dans ce monde»
-« Je connais quelqu'un qui risque d'être surpris quand il mourra... » murmura Chihiro d'une voix presque inaudible.
-« C'est possible. Toujours est il que quand les âmes des défunts arrivent ici, la majorité n'ont pas ou peu d'énergie spirituelle et l'acquérir reste très difficile et très long car comprendre ce qu'est l'énergie spirituelle, comment y avoir accès, comment l'utiliser est vraiment compliqué ! Chez nous, ce n'est pas inné, tu comprends ? »
-« Heu, oui, je crois. Chez les esprits natifs, se servir de son énergie est inné, les humains doivent l'apprendre, donc c'est acquis. »
-« Voilà. La plupart des humains, ici, n'ont pas le courage ou la volonté d'apprendre à s'en servir, surtout ceux qui sont arrivés là après la guerre. Eux, ils ont beaucoup de mal à s'adapter et donc, ils sont complètement soumis et apathique, ils n'ont aucune volonté, alors qu'il leur suffirait d'apprendre pour que leur situation s'arrange ! Parfois, je comprends pourquoi les esprits les méprisent autant. Mais moi, j'ai ma sœur à protéger, il faut donc que je sois fort pour elle, tu vois? »
-« je crois. Moi j'ai dû apprendre à être forte pour protéger mes parents. Mais comment on fait pour apprendre à se servir de son énergie ? » demanda Chihiro.
-« C'est vraiment très difficile. Il m'a fallu des dizaines d'années pour comprendre et pour avoir accès à mon énergie. Le problème, c'est que les esprits refusent de l'enseigner aux humains, maintenant et apprendre tout seul, c'est vraiment très long »
-« C'est pourquoi tu veux devenir l'apprenti de Zeniba ? »
-« C'est cela. Zeniba est l'une des sorcières les plus puissantes du coin. Si elle me prend comme apprenti, même pour quelques jours, je suis sûr de progresser ! On dit qu'elle forme même des kamis qui sont nés dans ce monde. »
-« C'est possible, sa sœur Yubaba a formé un ami qui était esprit de la rivière. Mais elle n'a fait que le piéger en lui volant son nom et en le forçant à commettre des actes indignes. »dit Chihiro dont la voix se teintait d'une nuance de colère.
-« Heu, rassures moi, tu es bien sûre que Zeniba n'est pas comme ça ? »demanda son ami, un peu inquiet.
-« Ne t'inquiètes pas, elle est gentille. Même Yubaba pouvait l'être, quand elle le voulait.. »ajouta Chihiro en souriant.
-« Tu es vraiment bizarre. » commenta Seita.
Et le petit groupe d'amis poursuivit sa route vers le Fond de l'Etang.
Bon, un de mes plus longs chapitres.
J'espère que mes explications n'étaient pas trop difficile à suivre.
Bon, maintenant, le quart d'heure culturel (tiré de wikipedia) :
L'ère Meiji (明治) est la période historique du Japon entre 1868 et 1912; initiée par la restauration de Meiji, cette période symbolise la fin de la politique d'isolement volontaire appelée Sakoku et le début de politique de modernisation du Japon.
Avant l'ère Meiji, le Japon était un pays fermé. Entrer ou revenir dans l'archipel, sans autorisation exprès, était puni de mort immédiate, ceci était valable autant pour les Japonais que pour tout étranger. Cet état de chose appelé « Sakoku » a donné au Japon 250 ans de paix intérieure. Cela a permis d'affiner et de perfectionner les arts, mais aussi, tout doucement, à les scléroser.
l'ère Meiji commença officiellement en octobre 1868 (le 23), et permis ainsi l'entrée organisée et volontaire du Japon dans l'ère industrielle – quoique parfois soumis aux pressions étrangères -, et donc l'abandon d'un régime essentiellement féodal. Il s'agissait pour le Japon de se moderniser au plus vite, afin de traiter d'égal à égal avec les occidentaux pour éviter de tomber sous leurs dominations
Plusieurs réformes de l'ère Meiji :
1871 : le yen remplace l'ancienne monnaie du Japon. Le Shinto (religion caractérisée par une quasi-divination de l'empereur) redevient une religion d'État.
1872 : un système scolaire obligatoire est instauré. Une ligne ferroviaire reliant Tôkyo à Yokohama est ouverte.
1er janvier 1873 : le calendrier grégorien remplace le calendrier luni-solaire d'origine chinoise.
1876 : le port du sabre est interdit ce qui va provoquer une année plus tard la révolte du clan de Satsuma.
1877 : création de l'université de Tokyo.
10 octobre 1882 : le Nihon Ginkō est créé (la banque du Japon).
11 février 1889 : une Constitution institue un régime représentatif. Elle établit deux chambres l'une élue au suffrage censitaire, l'autre la Chambre des pairs.
Entre 1894 et 1895 : la guerre éclate entre la Chine et le Japon (sino-japonaise). Le conflit est dû aux problèmes d'expansion territoriale. Le Japon remportera facilement cette guerre.
1890 : première session parlementaire sous la constitution Meiji.
1904 et 1905 : le Japon entre en conflit avec la Russie ( guerre russo-japonaise ).
1910 : la Corée est annexée.
1912 : l'empereur Meiji meurt et l'Ère Meiji prend fin.
Pour les personnes intéressée par les pousses de bambou dans la cuisine, voilà un petit site intéressant.
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Concernant le film le tombeau des Lucioles, d'abord je vous conseille d'aller le voir, il est vraiment très beau et très triste (je pleure à chaque fois) Voilà un petit résumé :
Japon, été 1945. Après le bombardement de Kobe, Seita, un adolescent de quatorze ans et sa petite soeur de quatre ans, Setsuko, deviennent orphelins et vont s'installer chez leur tante. Celle-ci leur fait comprendre qu'ils sont une gêne pour la famille et doivent mériter leur riz quotidien. Seita décide alors de partir avec sa petite soeur. Ils se réfugient dans un bunker désaffecté en pleine campagne et vivent des jours heureux illuminés par la présence de milliers de lucioles. Mais bientôt la nourriture commence cruellement à manquer.
Vous pouvez aussi lire l'analyse du site Bunta Connection qui fait l'analyse des films produits par Miazaki et d'autres grands réalisateurs.
Le miracle économique japonais est le nom donné à la forte expansion économique et culturelle du Japon de l'après-guerre.
Cette expression, utilisée dans le milieu des médias des années 1980, désigne la forte expansion économique et culturelle du Japon qui est parvenu à s'ériger parmi les plus grands avec l'économie politique asiatique où les années 1950-1960 ont vu l'électronique et l'optique japonaises remplacer les produits allemands et américains.
Après avoir accédé au rang de puissance industrielle, le pays est anéanti en 1945 après sa capitulation face aux Alliés. Il a échoué dans sa tentative de contrôle de l'Asie de l'Est et perdu les territoires qu'il occupait sur le continent asiatique. Les campagnes du Pacifique ont été couteuses en hommes et le pays se retrouve sans ressources naturelles. Après la capitulation, le pays a dû d'abord lutter contre la famine de sa population durant l'occupation américaine, avant de bénéficier du coup de pouce de son vainqueur. Le redémarrage concret de l'économie n'est observable qu'à compter de 1952.
Bon, c'est fini. Merci de m'avoir lu !
