Bon, c'est bientôt Noël et... je suppose que vous m'en voulez à mort de ne pas avoir posté plus tôt, pas vrai ?

Disclaimer : le Voyage de Chihiro ne m'appartient pas.

Bon, alors voici sans tarder la suite :

Le petit groupe arriva à la station du fond de l'étang à l'aube, après avoir passé une bonne nuit de sommeil. Les deux aînés avaient préféré que la plus jeune du trio se repose un peu plutôt que de se hâter et arriver chez Zeniba tard dans la nuit. Même si la vieille sorcière l'avait déjà accueillie à une heure indue la dernière fois qu'elle s'était rendu chez elle, Chihiro ne voulait pas abuser de son hospitalité.

Le petit chemin qui menait chez la sœur de Yubaba était beaucoup moins sinistre quand le soleil levant l'éclairait de sa douce lumière. Des gouttes de rosée parsemaient les herbes folles et les feuilles des arbres, transformant les toiles d'araignée qui recouvraient les buissons en bijoux étincelants, comme des parures de diamants. Le lac reflétait un ciel presque dépourvu de nuages et ses eaux pures n'étaient troublées que par le bond d'une carpe à la surface. On entendait au loin les vocalises des grenouilles, et dans les frondaisons, le chant des oiseaux qui répondaient à l'unisson à ce concert matinal. Le temps était agréable et ensoleillé, sans que les rayons ne cognent trop fort grâce à l'ombre des arbres. L'endroit était vraiment paisible, il n'y avait pas l'agitation industrieuse et enfiévrée de la maison des bains de Yubaba, c'était juste un petit coin tranquille. Chihiro songea alors que Zeniba avait raison : sa sœur manquait cruellement de raffinement...

Enfin, les trois amis arrivèrent devant la petite chaumière de Yubaba et Chihiro sentit une bouffée de chaleur lui monter au visage à l'idée de retrouver celle qu'elle voyait maintenant comme sa grand mère. Si elle s'était écoutée, elle aurait couru vers la porte sans aucune hésitation, mais elle voyait bien que ses compagnons avaient l'air un peu craintifs et elle ne voulait pas les mettre mal à l'aise. Seita ne semblait plus aussi excité que la veille par la perspective de rencontrer une sorcière susceptible de le former et Setsuko était devenue timide d'un seul coup et se serrait contre son grand frère. Chihiro frappa donc poliment à la porte qui s'ouvrit aussitôt et la fillette sourit alors: visiblement elle était attendue.

« Bonjour Chihiro, bienvenu, mes enfants, je suis vraiment heureuse de votre visite ! Ma parole, Chihiro, tu es adorable dans ces vêtements ! »

Chihiro se hâta d'embrasser la vieille femme tandis que ses amis s'inclinaient respectueusement puis elle regarda autour d'elle: la demeure ne semblait pas avoir beaucoup changé : c'était toujours une petite maison chaleureuse. Sur la table, se trouvait un plateau avec des petits gâteaux et des douceurs appétissantes, ainsi qu'une théière fumante et cinq tasses anciennes qui n'attendaient plus que le thé. Des bouquets de fleurs séchés garnissaient les murs et embaumaient la pièce tout en lui apportant des couleurs vives. Sur le fauteuil à bascule, Chihiro vit son ami le Sans Visage, qui se leva et vint à sa rencontre : il ne parlait toujours pas mais la fillette pouvait parfaitement lire sa joie sincère de la revoir. Seita le regarda avec un peu d'appréhension mais Setsuko vint tout de suite le voir et se mit à lui parler, à sa manière enfantine, ce qui détendit son frère. Zeniba pria à ses invités de s'assoir et tous s'attablèrent et commencèrent à déguster le thé. Tandis que le jeune garçon et sa petite sœur concentraient leur attention sur la nourriture, Chihiro et Zeniba discutaient des évènements passés. La fillette avait rapidement résumé sa situation à la vieille sorcière qui avait hoché d'un air grave, avec un air de profond regret.

« Je comprends parfaitement ton problème, mon enfant et j'espérais que toi et ta famille sauriez surmonter cette petite difficulté. Toi, tu n'as visiblement eu aucun mal, mais tes parents...C'est plus compliqué et malheureusement, je ne vois pas ce que je pourrais faire pour les aider. Si, comme te l'a dit ton ami le Hoko, ils sont dans le déni, ils seront incapable de reprendre leurs vies en main. Je crains que tout dépendent d'eux... Mais bon, je ne suis pas non plus spécialisée dans ce genre de situation, le problème des relations entre les humains et les esprits sont gérées par le Haut Conseil des Esprits et je crains que ceux qui y siègent ne voient pas les problèmes d'une petite fille humaine comme quelque chose de digne d'intérêt. Ils ont une certaine rancœur envers les hommes. »

« Je vois.. » murmura Chihiro avec un air songeur.

« Cependant, je pense que cela ne te coûterait rien d'essayer. Après tout, tu es la petite humaine qui a osé demander un travail à ma terrifiante jumelle ! Et à l'époque, tu étais encore une enfant indécise, apeurée et nerveuse alors que je vois maintenant une jeune fille déterminée, calme et courageuse. Je suis convaincue que tu saurais les convaincre si tu parviens à leur montrer ta valeur. »

« Mais je ne sais pas ce que je vaux ici, grand mère »

« Ma pauvre petite, c'est à toi de donner de la valeur à ta vie et j'espère que tu le comprendras avant que tu ne sois aussi âgée que moi !»

Il y eut un petit moment de silence puis Chihiro posa la question qui la tourmentait depuis le début de la conversation :

« Grand mère, est ce que tu as des nouvelles de la Maison des Bains ? Comment vont Rin, Kamajii, Boh, Yubaba et... Kohaku ? » Acheva t-elle, en rougissant.

« Je pensais que tu ne me le demanderais jamais. Bon, il y a eu beaucoup de changements, il faut dire qu'ici, cela fait bien deux années que tu es partie et même si pour nous, cela ne représente rien, il peut quand même s'en passer des choses en deux ans ! D'ailleurs, à ce propos, félicitation pour ne pas être revenue un siècle après notre dernière rencontre ! Deux petites années, c'est tout à fait honorable ! »

« Quand je traversais le tunnel, je pensais à vous tous !»révéla Chihiro en souriant.

« Et tu devais penser à quelqu'un de vraiment cher à ton cœur, je me trompe ? Je pense que je vais d'abord commencer par ton petit ami le Dragon » dit Zeniba en faisant un clin d'œil à la fillette qui semblait décidée à rivaliser de couleur avec un coquelicot.

« Quand tu es repartie dans le monde des humains, Kohaku est revenu chez Yubaba pour lui donner sa démission. Curieux, non, qu'il ait retrouvé son véritable nom juste après qu'il soit venu te chercher, tu ne trouves pas ? » sourit la vieille sorcière avec une lueur malicieuse dans les yeux avant de poursuivre :

« La première chose qu'il a faite, ce fut d'entamer les démarches pour devenir à nouveau le Kami d'une rivière dans le monde des humains afin de pouvoir te revoir. Le problème, c'est que c'est vraiment très compliqué : il faut passer de nombreux entretiens auprès d'esprits supérieurs chargé de l'attribution des sanctuaires naturels, la rivière ne doit pas être occupée par un autre kami, il faut que l'esprit soit assez puissant : c'est un véritable parcours du combattant ! Ce pauvre garçon campe pratiquement dans les couloirs du Palais de l'Administration des Sanctuaires Spirituels depuis deux ans ! Il a piqué une belle crise de nerf dans mon jardin potager et, crois moi, voir un dragon énervé par l'administration est la dernière chose que tu veux voir, mon enfant! »

Chihiro avait beaucoup de difficultés à imaginer Kohaku, si calme, si impassible et si gentil être pris de folie à cause de démarches administratives ! L'image lui semblait si étrange qu'elle aurait juré qu'il s'agissait d'une plaisanterie de la part de la vieille sorcière, mais le ton sérieux de Zeniba laissait entendre qu'elle disait la vérité. Chihiro songea alors que si dans son monde, l'administration représentait déjà un tel calvaire, cela pouvait fort bien être encore plus difficile dans le monde des Esprits. Et dire que Kohaku faisait tout cela pour être avec elle...

« Oui, tu as beaucoup de chance d'avoir un ami aussi dévoué, même si j'aurais préféré qu'il ne passe pas ses nerfs sur mes radis ! » poursuivit Zeniba qui avait deviné les pensée de Chihiro.

« Concernant ma chère jumelle, elle est toujours aussi avide, mais j'ai renoncé à la voir changer. Tu lui manques beaucoup... »

« On parle bien de la même personne, grand mère ? » demanda Chihiro avec un soupçon de scepticisme dans la voix.

« Je t'assure, mon enfant ! Elle préférerait se faire arracher la langue que de l'avouer ainsi mais selon certains témoins, certaines de ses paroles ne trompent pas : « Même si Sen était une petite gourde, elle, au moins, ne se jetait pas sur la moindre pépite d'or ! » ou « il ne serait jamais venu à l'esprit de cette humaine de demander une augmentation ! ». Ma chère sœur change si vite d'avis, parfois, dire qu'il y a à peine deux ans, elle te traitait de petite fille sans cervelle ! Le temps, quand il touche la mémoire des gens, est décidément quelque chose de bien curieux, mon enfant : ou il conservera les pires défauts d'une personne et oubliera ses bonnes actions, ou il sublimera le bon côté d'une personne et oubliera ses défauts ! »

« Je me serais plutôt attendue à la première option, venant de sa part. »

« Si elle parvient à garder d'une personne le souvenir de ses qualités, cela prouve qu'il y a encore de l'espoir pour elle. Je ne peux pas dire que cela me désole. »

« Comment vont Rin et Yamji ? »

« Ils vont très bien, Yamaji est toujours fidèle à son poste, il rouspète toujours contre ses pauvres boules de suif, mais il fait des efforts. Rin s'est fort bien débrouillée après ton départ et celui de Haku : elle est allée trouver ma sœur avec quelques employés qu'elle a réussit à convaincre. Ensemble, ils sont parvenus à la convaincre de leur laisser un peu plus d'autonomie, de leur donner plus de responsabilités. Comme Aburaya avait subi quelques dégâts après le passage de notre ami le Sans Visage et qu'Haku n'était plus là pour reprendre les choses en main, Yubaba a accepté et Rin a reçu la promotion de chef d'équipe. Un cadeau empoisonné : si Rin et sa nouvelle conception du travail ne donnaient aucun résultat, elle aurait été transformée en cochon.. »

«Elle a pris des risques...»murmura la jeune fille.

«Elle a effectivement pris un pari risqué : elle a avoué plus tard avoir pris pour exemple une gamine peu dégourdie, peureuse et chétive mais qui avait trouvé le courage d'aller voir sa patronne pour demander un travail. Je crois que tu l'as énormément marqué à ce sujet. Quand elle s'est retrouvée, comme toi, le dos au mur, elle a su elle aussi trouver en elle les ressources nécessaires pour survivre. Elle a pris des initiatives, a élaboré pendant ses heures de sommeil toute une nouvelle organisation du travail, elle s'est vraiment donné du mal. Elle s'est montré volontaire, responsable, déterminée et au final, ses efforts ont payé. »

« Comment s'y est elle prise ? »

« Avant ton arrivée, tous les employés de Yubaba vivaient dans la terreur de leur patronne, ils ne prenaient pas de décisions sans en référer d'abord à leur hiérarchie, et ils étaient absolument perdus quand ils devaient faire face à une situation inhabituelle et ils laissaient Yubaba leur dicter ses ordres sans discuter tant ils avaient peur de mal faire. Maintenant, ils sont divisés par équipes qui se réunissent chaque semaine pour discuter des problèmes qu'elles rencontrent afin d'essayer de les régler avant d'en référer à ma sœur. Ils cherchent également des idées pour améliorer le Palais des Bains, le service, l'accueil. Rin coordonne les équipes, assure la communication entre elles et leur apprend à devenir autonome. C'est toujours difficile pour ces esprits là de prendre de l'indépendance et d'acquérir un esprit critique, mais cela se fait, doucement et ainsi, ces esprits deviennent plus puissants et donc plus efficaces, ce qui leur donne de l'assurance... »

« Et Yubaba accepte cela ? » demanda Chihiro qui se demandait comment la vieille sorcière acariâtre prenait cette...libéralisation du travail.

« Tu connais ma sœur. Elle accepterait la démocratie si elle pensait qu'elle pourrait gagner plus d'argent ! Non, elle n'en est pas encore à là ! Mais elle a bien vu que les méthodes de travail de la petite Rin payent :Ses employés travaillent plus vite et plus efficacement, elle gagne encore plus d'argent, elle n'est plus dérangée par les coups de fil incessants par des employés indécis, ce qui lui donne plus de temps pour s'occuper de Bou. Elle a eu vite fait d'y voir les avantages et donc elle s'adoucit...un peu. Mais elle sait encore inspirer la terreur parmi ses travailleurs quand ils lui demandent une augmentation ! La seule qui ne se soit pas laissée intimider, c'est Rin qui a obtenu sa promotion. D'ici quelques années, cette petite prendra sans doute le poste d'intendant, l'ancien travail d'Haku : elle en a les capacités : elle sait diriger les employés, elle a de l'ambition, elle est intelligente et a un esprit indépendante. Je ne serais pas étonnée que plus tard, elle devienne une sorcière . »

« Yubaba acceptera de la former, tu crois ? »

« Qui sait... je ne serais pas étonnée que d'ici quelques années, elle la prenne sous son aile et la forme. La petite Rin lui rappelle peut être sa jeunesse lors de son apprentissage... »murmura Zeniba, d'un air songeur.

«C'est une bonne chose ? » demanda Chihiro en tentant tant bien que mal de ne pas montrer son scepticisme.

« Ma sœur et moi avons suivi exactement la même formation et chacune a choisi ce qu'elle allait faire avec ses pouvoirs. Si Rin n'oublie pas où est son trésor, elle ne perdra pas son cœur. »

La vieille sorcière regardait Chihiro avec un doux sourire et des yeux rayonnant de tendresse qui illuminaient son visage ridée : visiblement, elle savait où se trouvait son trésor.

« Tu sais où se trouve ton trésor, n'est ce pas, mon enfant ? »

Chihiro la regardait avec exactement le même sourire sur son visage d'enfant, même si la tristesse transparaissait dans son regard. Des souvenirs de ses parents, de Kohaku, de Zeniba, de tous ses amis se succédaient les uns après les autres dans son esprit. Elle n'avait aucun mal à déterminer où se trouvaient ce qui lui était le plus cher. Puis, elle songea à la sœur jumelle de Zeniba et après une longue hésitation, elle osa demander :

« Est ce que votre sœur sait où se trouve son trésor ? »

Il y eut un long moment de silence tandis que Zeniba, les yeux fermés, semblait plongée dans ses souvenirs puis elle rouvrit ses paupières et Chihiro vit de nombreux sentiments passer dans la lueur des yeux de la vieille femme : de la tristesse, de la gravité, et une extraordinaire douceur.

« Elle l'a oublié à plusieurs reprises mais elle s'en est souvenu il y a deux ans grâce à Haku et toi. »

Il y eut à nouveau un long silence puis la vieille sorcière se tourna vers sa petite assemblée : Seita et Setsuko avaient fini de manger et reportaient maintenant toute leur attention sur la sorcière d'un air curieux, Sans Visage était toujours assis sur sa chaise. Chihiro regardait Zeniba, attendant qu'elle reprenne la parole.

« Ma sœur et moi sommes nées le même jour, il y a de cela fort longtemps dans une famille très pauvre : nous vivions près d'un cimetière et la vie était terriblement dure pour nous. Tu sais que ma sœur et moi nous ne nous entendons pas, mais les choses étaient différentes lors de notre vie terrestre : nous étions inséparables, jamais l'une sans l'autre, jouant parmi les tombes du cimetières, avec les fantômes que nous étions les seules à voir, expérimentant avec des forces que nous étions les seules à comprendre dans notre village. Nous sommes mortes le même jour, alors que nous avions à peine sept ans, mais je ne te dirais pas comment car même maintenant, cela reste douloureux. Yubaba et moi avons intégré le monde des esprits, mais très vite, nous nous sommes faites remarquées par nos pouvoirs supérieurs à la normale et un esprit nous a pris chez lui et a assuré notre formation à ma sœur et moi. Ce maitre a soigneusement créé et entretenu notre rivalité, qui s'est exacerbé alors que nous devenions des femmes puissantes. Pourtant, quand il est mort, nous sommes parties ensemble et nous avons visités les plus beaux palais, rencontrés les plus grands esprits de ce monde. Nous étions accueillies comme des reines, on nous voyait comme deux des sorcières les plus puissantes de notre génération. Nous étions acclamées, de quoi faire tourner la tête à la plupart des gens. Nous avions tout ce qu'une personne pourrait souhaiter: richesses, célébrité et puissance. »

Une profonde tristesse transparaissait dans ses yeux contredisant ainsi ses paroles : non, cela n'avait pas été la plus belle période de sa vie. Zeniba reprit alors son récit:

« Mais à la fin, j'avais l'impression d'étouffer dans tout ce luxe et finalement, j'ai décidé de partir, de me retirer, de retrouver une vie plus calme et j'ai tenté de convaincre ma sœur de me suivre: je voulais retrouver les joies plus simples de notre enfance, quand nous vivions de façon plus modeste, mais plus heureuse. Yubaba n'était pas d'accord et nous avons eu une violente querelle , des paroles terribles, que je regretterai toute ma vie, ont été prononcées et nous nous sommes séparées, rompant les ponts définitivement. »

« Qui avait tort ? » demanda Seita, d'un air curieux.

« Nous étions toute les deux en tort : ma sœur, pour avoir cru que la richesse valait plus que nos liens et moi pour ne pas avoir suffisamment compris à quel point cette vie aisée était importante pour ma sœur. J'avais oublié à quel point elle haïssait notre pauvreté lors de notre vie terrestre: la faim, les vêtements rapiécés, le froid, notre mort douloureuse, tout cela l'avait durement marqué. Si j'avais été plus compréhensive et moins butée sur mes positions, peut être serions nous arrivés à un compromis. Mais être une sorcière donne l'impression d'avoir toujours raison et cela, c'est une leçon que j'ai appris trop tard. »

Chihiro voyait parfaitement dans les yeux de Zeniba le regret, la culpabilité qui lui étreignaient le coeur. Elle aurait bien voulu trouver les mots pour la réconforter, pour l'excuser, mais ces mots tournaient dans sa tête, vide de tout sens. Comment ses paroles pourraient elles consoler la vieille sorcière qui avait accepté d'abandonner un lien qui lui avait tant tenu à coeur ? Alors, elle se contenta de rapprocher sa chaise et de prendre de sa main menue la propre main de Zeniba de toute ses forces, comme pour prendre une part de la douleur de la vieille sorcière. Celle ci leva alors ses yeux qui rencontrèrent ceux de Chihiro, elle essuya l'unique larme qui avait coulé sur son visage ridée, elle lui sourit et poursuivit son récit.

« Nous avons donc chacune voyagé de notre côté, chacune acquérant une réputation de puissance, chacune se faisant connaître, l'une dans les palais et l'autre dans les villages. Et chacune a su se faire craindre et respectée dans son propre milieu. Un jour, j'appris que ma soeur s'était mariée à un certain seigneur d'Aburaya. Cela m'a étonnée, car ma soeur et moi avions fait la promesse solennelle, en arrivant ici, de ne jamais nous marier et je sais qu'elle tient toujours ses promesses. Je ne sais pas ce qui est arrivé exactement et j'ai crains le pire, alors je me suis installée ici, au Fond de l'Etang, à l'affut des nouvelles. »

Il y eu un petit moment de silence puis Zeniba reprit :

« Puis un jour, la nouvelle se répandit que le Seigneur d'Aburaya était mort. Personne ne le regretta, c'était un tyran et un sorcier redoutable. J'appris également que Aburaya allait devenir une Maison de Bain, ce qui surprit toute la contrée. Elle est à l'origine de beaucoup de changements dans ce pays, elle a entreprit de relier son domaine avec une compagnie de bateaux à aube et le chemin de fer afin qu'Aburaya ne soit plus isolé par les pluies torrentielles, elle a modernisé son château... Mais ce qui m'a le plus étonnée, ce fut d'apprendre que la nouvelle maitresse d'Aburaya attendrait un enfant. Donc, au final, les choses semblaient s'arranger et j'aurais pu reprendre mon voyage mais cette maison me plaisait et j'y suis donc restée depuis un ou deux siècles sans jamais m'en lasser. »

« Un ou deux siècles ? Bou a un ou deux siècles ? Mais il semble ne même pas avoir deux ans ! » s'exclama Chihiro, complètement éberluée.

« Dans le monde des Esprits, on vieillit différemment que chez les humains. Les siècles n'ont pas un grand impact sur notre rythme de croissance contrairement à notre état d'esprit. Si tu souhaites grandir et mûrir, tu grandis. Si tu gardes une âme d'enfant, ton apparence reflète ton coeur. Mais attention ! Certains êtres utilisent la magie pour changer d'apparence et se faire passer pour ce qu'ils ne sont pas. L'une des premières règles dans le monde des esprits, c'est de ne jamais se fier à ses yeux mais à son coeur. »

« Donc, Bou ne veut pas grandir ? » demanda Chihiro qui n'avait pas oublié sa question initiale.

« Je pense que c'est parce que Yubaba a beaucoup trop infantilisé son enfant : elle a refusé inconsciemment de le voir grandir en le noyant sous des tonnes de jouets, en le laissant s'empiffrer de sucreries, en l'enfermant dans une nurserie sans lui faire voir le monde extérieur, en voulant le surprotéger des maladies. Et vois où on en est arrivé : à un bébé de taille colossale qui prend de plus en plus de place mais qui est incapable de grandir tant qu'il se perçoit et qu'il est lui même perçu comme un bébé. En toute modestie, Chihiro, je dirais que toi et moi lui avons fait le plus grand bien en intervenant un peu dans sa vie. Ce petit passage sous la forme d'une souris lui a fait voir les choses d'un autre point de vue et tu lui as fait découvrir un monde qu'il n'avait jamais vu. En résistant à ses caprices dès le début, tu lui a fait le plus grand bien, crois moi ! »

« Donc, cela veut dire qu'il a un peu grandi ? » demanda Chihiro.

« Il ressemble maintenant à un enfant de trois ans et désormais, il aime beaucoup faire de grandes balades et il vient même parfois me rendre des petites visites en catimini avec l'aide de Kohaku. Il a aussi commencé à montrer des signes de magie, ce qui rend ma soeur à la fois folle de joie et folle d'inquiétude »

« Quelle genre de magie ? » demanda Seita, très intéressé.

« Il se transforme en souris, ce qui lui permet d'échapper un peu à la surveillance sur-protectrice de sa mère. Il s'amuse à explorer Aburaya de la cave au grenier, ce lui lui a permis de faire connaissance avec Kamaji et Rin. Ils s'entendent très bien ! »

Zeniba se leva et se dirigea vers un placard qu'elle ouvrit pour en sortir des futons et des couvertures bien chaudes qu'elle disposa dans la pièce. Puis elle prit Setsuko, qui baillait et se frottait les yeux, dans ses bras et l'allongea sur le matelas où elle s'endormit aussitôt. Seita vint bientôt la rejoindre à côté d'elle et le bras entourant sa soeur, il la rejoignit bientôt au pays des songes. Chihiro se coucha à son tour mais avant de s'endormir, curieuse, elle ne put s'empêcher de faire remarquer qu'ils avaient pourtant dormi avant d'arriver chez elle.

« C'est normal, vous marchez depuis des jours, nous avons parlé pendant des heures et mon thé a souvent tendance à « réveiller la fatigue ». Mes couvertures ont un charme brodé dessus qui vous permettra de passer une bonne et longue nuit de sommeil et quand vous vous réveillerez, vous serez en pleine forme, sans fatigue. Dors bien, mon trésor. »

Bon, certaines parties de l'histoires sont peut être assez sombres et la mort terrestre des jumelles Zeniba et Yubaba restera sans doute sous-entendue, à vous de vous faire une idée à ce sujet. Si vous avez une idée là dessus, n'hésitez pas à la préciser dans vos éventuelles reviews !

Pour le lexique, un futon c'est un matelas japonais

La phrase « Là où est ton trésor sera aussi ton coeur » est tiré de Harry Potter tome 7 et cette phrase est en réalité une citation de l'évangile selon St Mathieu. Histoire de citer toutes mes sources... (J'adore m'embêter...)

Je suis vraiment désolée de ne pas avoir posté plus tôt, mais j'avais vraiment du mal avec l'histoire de Yubaba et Zeniba. J'ai beaucoup regardé le film le voyage de Chihiro, mais j'avais du mal à déterminer ce qui aurait pu conduire à la brouille entre les deux soeur, jumelles, de surcroit. J'ai dû recommencer le passage sur l'histoire des deux sorcières à plusieurs reprises tant je trouvais que cela ne convenait pas ! J'espère que cette version là sera la bonne. N'hésitez pas à me le faire savoir si c'est bon !

Heu, sinon, j'ai des examens en janvier puis ensuite un stage. Je n'aurais peut être pas beaucoup de temps pour écrire, mais j'essaierai, je le promets !