Bon, je suis contente des quelques reviews que j'ai reçue.
On m'a fait part du risque que je prenais à trop rationaliser le Monde des Esprits. Je dois quand même le rendre logique, mais à sa propre logique, ce qui n'est pas évident... Je suppose que cela fait également partie de mon style : j'ai besoin d'expliquer pourquoi certaines choses sont ainsi, même les éléments surnaturels, sinon j'aurais l'impression que mon histoire n'aurait pas de fondements solides sur lesquels s'appuyer.
Disclaimer : Le voyage de Chihiro et les personnages du Tombeaux des Lucioles ne m'appartiennent pas.
Je confesse également un inspiration me venant à la fois de Toy Story et du Petit Prince de Saint Exupéry pour un certain passage.
Chihiro se réveilla le lendemain et, comme l'avait promis la vieille sorcière, elle ne sentait plus dans son corps la moindre fatigue malgré sa marche soutenue de trois jours. Elle trouva ses affaires fraichement lavées au pied de son futon et elle les enfila rapidement puis couru rejoindre Zeniba à la cuisine pour lui proposer de l'aider. Mais celle ci n'avait aucune tâche qui nécessitait son aide grâce à ses deux apprentis.
Elle apprit en effet à Chihiro qu'elle avait accepté le jeune Seita comme second élève et que celui ci, avec Sans Visage, s'occuperaient de la plupart des taches domestiques en échange de son enseignement. C'était apparemment la coutume autrefois au Japon et la tradition se perpétuait dans le monde des Esprits. Après évidemment, on trouvait toujours des maitres qui abusaient de cela et transformaient les années d'apprentissage en un véritable esclavage, mais ce n'était pas la norme habituellement.
Chihiro décida donc de prendre son arc et de s'entrainer dans le jardin avec la permission de l'aimable vieille femme. Elle y retrouva Sans Visage qui tenait dans ses mains une poupée en chiffons qui semblait se construire d'elle même. Une bouche souriante en fil rouge apparaissait sur la tête de tissu, des yeux surgissaient sous la forme de petites billes de bois peintes en vert, les cheveux noirs étaient de crains de laine.
Par terre, il y avait une autre poupée semblable à celles exposées dans certains somptueux grands magasins de Tokyo pour la fête d'Hina Matsuri : elle était splendide, son visage était maquillé de façon la plus traditionnelle et elle était habillée d'un petit kimono à l'étoffe hors de prix. Chihiro pouvait même distinguer des petits joyaux brodés sur le vêtement. La fillette se doutait que même un an de salaire d'un travailleur moyen au Japon aurait du mal à payer une merveille pareille. Mais Setsuko ne lui prêtait pas la moindre attention : elle fixait toute son attention sur le jouet en cours de création.
Zeniba s'approcha pour examiner le travail de son élève et Chihiro la vit sourire et su aussitôt le contenu de ses pensées. Elles échangèrent un regard complice, n'ayant pas besoin de mots pour exprimer ce qu'elles pensaient toutes les deux. Une fois son œuvre terminée, Sans Visage déposa la petite poupée au coté de l'autre et hocha la tête vers Setsuko qui regardait son nouvel ami avec des yeux émerveillés :
« C'est vrai ? Je peux en choisir une ? Merci, merci ! »
Puis après avoir enlacé l'esprit qui semblait ravi, elle s'empara de la poupée en chiffon et l'embrassa joyeusement.
« Je vais l'appeler Hotaru ! Parce que c'est le plus beau spectacle au monde ! Pas vrai Hotaru ? »
Puis, la petite partit en continuant à s'adresser à sa nouvelle poupée. Seita, qui observait la scène depuis un moment, la regarda partir, l'air éberlué, puis il jeta un coup d'œil à l'œuvre délaissée. Il n'y comprenait absolument rien : sa petite sœur se voyait offrir la plus belle poupée du monde et voilà qu'elle lui préférait une vulgaire chose en chiffon, semblable à celles qu'il lui fabriquait lors de leur vie sur terre. Absolument incompréhensible !
Il saisit la poupée de porcelaine, voulant y chercher un quelconque défaut et tout à coup, l'adorable jouet se désagrégea en charbon entre ses mains ! Le jeune garçon se tourna effaré vers sa sœur, mais celle ci continuait à bercer Hotaru dans ses bras en chantonnant une berceuse. Il cligna des yeux plusieurs fois, puis il finit par se tourner vers l'aimable grand mère et Chihiro qui semblaient toutes les deux avoir bien du mal à se retenir d'éclater de rire devant la tête du pauvre garçon qui se renfrogna un peu devant la fillette hilare. Puis finalement, la curiosité l'emporta et il demanda :
« Comment elle a su que l'autre était la bonne ? C'était une épreuve pour elle, pas vrai, pour savoir si elle était désintéressée ou pour savoir si elle détecterait le sort? »
« Non, Seita, je n'aurais pas osé infliger un tel chagrin à une enfant si adorable. Si elle avait choisi l'autre, en lui donnant un nom et en la berçant comme elle le fait maintenant, elle n'aurait pas disparu. Même si j'avoue que j'aurais été un peu déçue qu'elle choisisse celle ci. Mais bon, j'avais l'intuition qu'elle choisirait celle en chiffon et je suis certaine que Chihiro sait pourquoi ! » répondit gentiment Zeniba
« Mais alors, pourquoi celle ci s'est volatilisée ? C'était un sortilège ? De la magie ? »
« Ces deux poupées ont été créées par notre ami le Sans Visage. Il a toujours su faire énormément de choses, par exemple, comme Chihiro a pu le constater lors de son premier passage ici, il peut créer de l'or à volonté » expliqua la vieille sorcière.
« Incroyable ! »
« Oui...Sauf qu'il y a un petit problème. Ses créations ne duraient jamais bien longtemps à moins d'y croire ou de la désirer de tout son cœur, sinon, l'objet créé se transforme en terre. »
« Donc la poupée de Setsuko va finir par disparaître elle aussi... »
« Je ne pense pas. Vois tu, c'était surtout un exercice pour mon apprenti : je lui avais demandé d'essayer de créer quelque chose qui plairait à ta petite soeur et qu'elle pourrait conserver durant des années. Mais comme toujours, au début, il y a mis trop d'enthousiasme et il a fait une première poupée bien trop précieuse et sophistiquée. Par chance, il a compris que ce n'était pas ça, alors il a réessayé et son second essai a été le bon. Félicitation ! » sourit Zeniba avec fierté en s'adressant cette fois au Sans Visage.
« Comment vous pouvez être sûre que cette poupée ne va pas se transformer en charbon ?» Demanda perplexe Seita.
« Tout objet matériel est voué à disparaître tôt ou tard. Mais quand tu aimes quelque chose profondément, tu tiens à le conserver. Enfant, tu as certainement déjà ressenti un sentiment comme ça, pour un jouet, un livre, ou un souvenir précieux. Tu vas en prendre soin, le réparer quand il est cassé, continuer à l'aimer même quand tu ne t'en sers plus car tu en connaitras les moindres détails, les plus petits défauts. Pour toi, ce ne sera plus un simple objet comme les autres, ce sera le tien. Puis tu le rangeras précieusement, pour le transmettre plus tard à un fils ou une fille... Un objet qui a été aimé d'une façon tellement belle, penses tu qu'il va disparaître si facilement ? »
« Je crois que je comprends, Grand mère, heu...Sensei. »répondit gravement le jeune garçon.
« J'en suis heureuse, mon enfant. N'hésite pas à m'appeler grand mère quand tu en ressens le besoin ! »
« Mais, pour ma question du début, pourquoi Setsuko a choisi la poupée misère au lieu de la belle, en porcelaine ? »
« Chihiro ? Peux tu lui répondre, mon enfant ?»
La jeune fille, qui pendant ce temps, s'était exercée à l'arc, tout en écoutant la conversation (ce qui n'arrangeait certainement pas sa visée...) se retourna vers Seita, avec un sourire radieux et lui répondit, comme si c'était la chose la plus naturelle qui soit :
« Parce que Setsuko voulait jouer avec ! C'est seulement ça qu'elle voulait ! L'autre poupée n'était vraiment pas pratique : on aurait peur de la casser, de la salir, de la décoiffer et donc, contrairement à Hotaru, Setsuko n'aurait pu la bercer, la serrer contre soi... »
« Oh... »
Un peu plus tard, Zeniba rassembla ses deux apprentis dans un coin du jardin, à proximité du coin où s'entrainait Chihiro et elle commença ce qui semblait être une leçon très intéressante de magie. La fillette avait encore beaucoup de difficultés avec le tir à l'arc et, bien que ses tirs franchissaient une plus longue distance et étaient légèrement plus précis, ses flèches persistaient à éviter sa cible et quand par hasard, l'une d'elle finissait par l'atteindre, cela semblait plus être le fait de la chance que de son habileté, car elle était incapable de reproduire son exploit...Inutile de vous dire que l'enfant commençait à se sentir un peu découragée et sentant qu'elle n'arriverait à rien pour le moment, elle déposa son arc et vint s'installer sur l'herbe afin d'écouter les instructions que donnait Zeniba à ses apprentis. Celle ci leur parlait de l'énergie spirituelle :
« Bon, je crois qu'il ne serait pas inutile de voir où tu en es, Seita, pour ce qui est de ta magie. Peux tu me dire ce que tu sais précisément au sujet du Ki et ce que tu peux faire ? »
« C'est facile ! Le Ki c'est l'énergie spirituel ! Je sais que le Ki est l'énergie qui nous environne et qui est la source de la cohésion de l'univers. Il est présent dans toute chose, chez les esprits aussi bien que chez les humains, que dans les animaux, les plantes ou les minéraux, . C'est la définition que j'ai apprise, en tout cas... Je sais aussi que quand on maitrise cette énergie, quand on sait la diriger, on peut modifier ce qui nous entoure, on peut faire des choses incroyables : jeter des boules de feu, voler dans les airs, transformer des objets ! Mon rêve, ce serait de savoir maitriser complètement cette énergie ! Pour ce que je sais faire...pas grand chose...encore. J'ai essayé de m'entrainer, en méditant comme le faisait un vieil homme mais cela n'a rien donné. Par contre, je sais comment le percevoir par mes yeux, ça m'a d'ailleurs été bien utile quand j'ai appris à chasser ! »dit Seita, à moitié fier de ses connaissances, à moitié honteux de son échec à les mettre en application.
Zeniba resta silencieuse un moment, les yeux fermés, comme pour se laisser le temps de méditer ce qu'elle allait dire, puis elle les rouvrit et commença son explication :
« Tout d'abord Seita, je crois qu'il est important de te dire une chose : il est impossible de maitriser complètement le Ki, tout comme il est impossible de lire tous les livres de l'univers, de connaître toutes les personnes ou de comprendre toutes les sciences. Je ne dis pas ça pour te décourager. C'est comme ça. Tu as raison quand tu dis que cette énergie, cette essence, faute d'un meilleur terme, est présent partout. C'est ce tout qui relie toutes choses dans l'univers. Mais il est présent, de façon unique, dans chaque chose, dans chaque être et il se manifestera de façon différente selon la nature de ces choses ou de ces êtres. Le Ki est tout et un, à la fois. As tu compris ? »
« Heu, je crois. Vous dîtes, en gros, qu'il est impossible de maitriser totalement le Ki parce que c'est trop vaste. Mais, quand vous dîtes qu'il se manifeste de façon totalement différente, cela veut dire que ce n'est jamais pareil pour tout le monde ? Mais dans ce cas, comment est il possible d'enseigner à maitriser son Ki pour la magie s'il est différent pour tout le monde ? Chacun devrait se l'enseigner tout seul, dans ce cas ! » S'exclama Seita, très agité.
« Tu as tort et raison à la fois, mon enfant. On trouve souvent, dans l'utilisation, ou plutôt les utilisations du Ki, des bases communes et en général, n'importe qui pourrait parvenir à maitriser ces bases par des techniques très simples et un minimum d'efforts. Mais il existe toujours des exceptions : des personnes incapables d'apprendre la maitrise du Ki par le biais des techniques simples et qui doivent s'inventer une autre méthode pour maitriser leur Ki. D'autres vont même changer de disciplines pour pouvoir mieux l'exploiter. Sans compter, bien sûr, l'innombrable majorité qui n'a pas assez de d'énergie spirituel, pas assez de volonté ou pas assez de courage pour exploiter cette merveille au fond d'eux »
« Je n'ai jamais compris comment on pouvait renoncer à la magie ? » S'exclama Seita, incrédule. La magie lui avait toujours semblé la chose la plus étonnante qui soit et il ne voyait absolument pas pourquoi quelqu'un préférerait changer de discipline !.
« Avec toi, Seita, on va de question en question...C'est bien, même si on risque de s'y perdre. La magie n'est pas la seule manifestation visible du Ki. Le Ki s'exprime au travers de tellement de choses : la confection d'un jardin Zen ? Le Ki., la création d'une estampe à l'encre de chine ? Encore le Ki. Un pratiquant d'arts martiaux qui effectue une technique ? Toujours le Ki. Une médecin qui plante une aiguille d'acupuncture pour te soulager ? Le Ki, une fois de plus ! Le Ki intervient dans tellement de disciplines qu'il m'est impossible de toutes les nommer ! Seita, la deuxième chose que tu dois savoir, c'est que tu ne peux cantonner le Ki à la magie à moins de considérer que tout art est magie ! »
« Oh... »
« N'enferme jamais le Ki en le limitant par tes préjugés ou tes propres conceptions, Seita. Sinon, tu ne seras jamais qu'un médiocre sorcier comme il en existe tant, ceux là maitrisent parfaitement leurs bases mais ils ne se distinguent pas des autres par des techniques qui leur sont propres. Tu t'apercevras que des apprentis sorciers incapables de maitriser le Ki par les méthodes traditionnelles et ont donc dû inventer leur propre méthode avec de grandes difficultés, sont souvent devenus des sorciers puissants, qui ont inventé des sorts originaux puissants, ou de nouvelles méthodes d'apprentissages, ou conçu de nouvelles théories sur le Ki ou la magie... Sais tu pourquoi ? »
« Ils étaient plus intelligents? »
« Tu as en partie raison. Ils étaient imaginatifs. Ils avaient une vision plus large. Ils ne se sont pas laissés découragés par les critiques des autres sorciers et ils ont persévéré dans leur voie. »
Il y eut un autre moment de silence tandis que Seita remâchait tout ce qu'il venait d'apprendre. Chihiro, perdue dans ses pensées elle aussi, songeait aux paroles de Yubaba qui lui rappelaient sa première leçon de Kyudo avec le vieux prêtre du temple. Celui ci lui avait parlé du principe du Ki comme étant essentiel dans sa discipline, mais, à l'époque, elle n'avait rien compris à ses explications. Maintenant, au moins, elle savait qu'elle n'arriverait à rien au tir à l'arc tant qu'elle n'aurait pas appris à ressentir ce fameux Ki...
Mais d'après ce qu'elle venait d'entendre, beaucoup d'esprits humains ne parvenaient même pas à percevoir leur propre Ki. La raison pour laquelle elle était si mauvaise au Kyudo était elle parce qu'elle n'avait pas assez d'énergie spirituelle en elle ? Elle secoua la tête rapidement pour chasser ses pensées pessimistes. Si elle n'avait pas assez de Ki, elle redoublerait d'efforts et de volonté, tout simplement ! Après tout, c'est ainsi que les choses fonctionnaient aussi bien sur dans le monde des humains que pour celui des esprits.
Chihiro releva alors la tête pour s'apercevoir que Zeniba était passée à la partie pratique de son cours, à la grande joie de Seita qui était impatient de commencer. Le but était, apparemment de produire une boule de Ki. La vieille sorcière lui demanda et de se mettre torse nu puis de s'assoir en tailleur en fermant les yeux. Le garçon s'exécuta en rougissant un peu après avoir jeté un coup d'œil aux filles. Puis la vieille femme se plaça derrière lui et se mit à lui parler d'une voix profonde, presque envoutante :
« Tu m'entends, Seita, tu es bien concentré ? Prête attention à ton abdomen, juste en dessous de ton nombril. Est ce que tu la ressens cette chaleur, enfouie en toi ? Oui, n'est ce pas ? Maintenant, rassembles toute cette chaleur : imagine la comme une petite boule brulante qui se niche dans ton ventre. Concentre la encore un peu. Maintenant, si elle reste dans ton ventre, elle finiras par te bruler l'intestin ! Que dis tu de la déplacer ? »
Zeniba se plaça cette fois devant Seita, qui avait toujours les yeux fermés. Elle tendit son index sur l'abdomen de Seita, mais sans le toucher. Une lueur bleu éclaira son doigt et elle reprit la parole, tandis que son doigt semblait tracer un trajet sur le torse de Seita.
« Bien, diriges maintenant ta petite boule d'énergie un peu vers le haut... Voilà, elle suit maintenant l'un de tes méridiens abdominaux. Elle est maintenant au niveau de ton foie... Maintenant elle est près de ton estomac. Sens tu tes organes qui se réchauffent au contact de ta boule d'énergie ?La voilà dans les organes les plus sensibles... elle est dans tes poumons, ton souffle se réchauffe mais elle ne doit jamais y rester longtemps car ils sont sensibles. La voilà dans ton coeur. Tu sens ta boule qui devient plus grosse, plus chaude... Elle doit prendre maintenant un autre méridien. La voilà dans ton bras, maintenant ton avant bras, la voilà dans ta paume. Attention, concentre toi, ce n'est pas terminé : continue à concentrer ta chaleur au creux de ta main et laisse la émerger doucement. Voilà. »
Et sous les yeux éberlués de Chihiro et de Setsuko, qui avait fini par se rapprocher de son grand frère, une petite boule orangée se forma dans la paume du jeune garçon. Elle brillait d'une douce lumière, chaude. Seita ouvrit alors les yeux tout en tachant de maintenir sa concentration sur la boule d'énergie et regarda alors, émerveillé, son premier exploit en magie.
« J'ai fait ça tout seul ? »
« Non, pas tout seul. J'ai utilisé mon propre Ki pour guider ta balle de Ki dans tous tes méridiens jusqu'à ta main. Il faudra faire cela de nombreuses fois afin que tu apprennes à connaître très intimement tes méridiens pour pouvoir guider ton Ki à travers eux convenablement. Je te donnerai également des schémas pour que tu puisses les visualiser correctement. Un jour, tu sauras le faire tout seul. »
« Moi aussi, je veux jouer à la balle ! »
C'était la voix de la petite Setsuko qui, comme tous les enfants, était attirée par la nouveauté d'un bel objet brillant et voulait également y jouer. Elle tendit la main vers « la balle » mais Seita précipitamment, la mit hors de portée de la petite fille curieuse. Aussitôt Setsuko se renfrogna et commença à bouder, en voyant son frère la priver d'un nouveau jouet. Mais le garçon avait perdu sa concentration et la boule disparu de la main du jeune garçon. La fillette pleura alors en voyant la disparition du bel objet et croyait visiblement que son grand frère l'avait fait exprès. Seita, lui, semblait terriblement déçu et un peu en colère mais s'efforça soigneusement de ne pas le montrer à sa petite sœur. Zeniba eut un sourire compréhensif et Chihiro espéra de tout son cœur que les deux se réconcilieraient. Setsuko cria alors :
« Puisque c'est comme ça, je vais me faire ma propre balle et je ne te la prêterai pas non plus ! »
Et sur cette déclaration et après avoir tiré la langue à son frère, la fillette prit Hotaru dans ses bras et alla se cacher derrière un arbre.
« Ça lui passera. J'espère. » murmura Seita, un peu embarrassé à Chihiro et Zeniba.
Puis, il se plongea dans les notes et les schémas des méridiens donnés par la vieille sorcière. Chihiro envisagea un instant d'aller consoler Setsuko mais jugea qu'elle pouvait attendre un peu, le temps que l'enfant se calme. Elle décida de s'allonger et de fermer les yeux pour réfléchir un peu à sa situation et de trouver une solution au problème de ses parents. Elle pensait également à Haku et à ses amis du palais des Bains. Elle aurait sans doute fini par s'endormir si elle n'avait pas senti la présence de quelqu'un près d'elle. La jeune fille ouvrit les yeux pour voir le visage de Setsuko qui arborait un petit sourire mutin ainsi que des yeux malicieux. Elle tenait toujours sa poupée Hotaru dans les mains et elle jeta un coup d'œil derrière elle dans la direction de son frère toujours plongé dans ses notes et dit bien fort :
« Moi, ma balle est plus jolie que celle de Seita et elle est plus grosse. Elle s'appelle Aoï !»
Seita tourna la tête et sembla penser que Setsuko venait d'imaginer cela pour se rendre intéressante et se retourna vers ses pages. Zeniba, qui avait entendu le commentaire de la petite fille, s'approcha de l'enfant et lui dit, avec un sourire bienveillant :
« Que dis tu de me la montrer, dans ce cas , mon trésor ? »
Ravie de l'attention qu'on lui portait, la petite se mit à ferma ses yeux et plissa son nez dans une petite grimace comique. Elle tendit ses mais ouvertes devant elle. Puis elle rouvrit les yeux et fixa intensément ses deux mains ouvertes en murmurant des mots inaudibles qui ressemblaient à une formule. Et voilà qu'une grosse boule bien ronde, de la taille d'un petit ballon et d'une belle couleur bleu apparue dans les mains de l'enfant. Chihiro retint sa respiration et Zeniba sembla regarder intensément la balle de Setsuko. Seita, qui avait fini par jeter un coup d'œil vers les filles rassemblées dans leur coin, poussa un cri incrédule et s'approcha en courant pour voir l'exploit de sa petite sœur.
« Mais ce n'est pas possible ! Comment elle a fait ? C'est quoi sa méthode, sensei ? Eh Setsuko, qui t'a apprit à faire ça ? »
« Je voulais juste une balle bleu alors j'ai prononcé ma formule magique !» répondit fièrement la petite Setsuko, toute contente de voir son frère complètement perdu et lui poser des questions.
« Et laquelle ? » demanda gentiment Zeniba.
« J'ai simplement dit Aotama, Aotama, Aotama tout le temps jusqu'à ce qu'elle arrive ! » répondit l'enfant comme s'il s'agissait de la chose la plus évidente au monde.
« Mais c'est n'importe quoi ! C'est impossible de faire cela » répliqua Seita, énervé.
« Seita, du calme. Voici l'illustration parfaite de la leçon numéro 2. Son esprit n'a pas su comprendre vraiment les principes du Ki et de la magie alors elle a fait appel à son imagination débordante et à sa foi toute pure pour les remplacer. Ne cherche pas à brider une chose aussi merveilleuse que l'imagination d'un enfant, Seita, sous prétexte que cela « ne fonctionne pas comme ça ». le Ki ne fonctionne pas, il est, voilà tout. »
Seita se tut après cela.
Voyant qu'elle avait encore un peu de temps avant le déjeuner, Chihiro décida de faire une dernière tentative avant de passer à table. Bientôt, la flèche était enclenchée, prête à être tirée. Les bras de Chihiro tremblaient légèrement sous la pression mais ce n'était rien comparé à ses débuts, il y a plus d'un mois. Elle n'avait pas l'impression de ressentir le Ki, ni une quelconque énergie spirituelle qui lui permettrait de toucher la cible, et, alors qu'elle s'apprêtait à tirer la flèche dans un énième échec, elle sentit sa vision se brouiller et elle ferma les yeux, sans pour autant relâcher sa position.
Quand elle les rouvrit, elle se demanda un moment si elle avait bougé sans s'en apercevoir. Au lieu de la cible, elle voyait le mur de la cour, le petit jardin et une autre fille habillée en rouge et blanc qui tenait un arc. Une exclamation faillit lui échapper mais elle parvint à garder sa concentration : c'était elle même qu'elle voyait, avec son arc, prête à tirer ! Elle se voyait dans les moindres détails : sa queue de cheval faîte à la hâte, ses yeux bruns plissés étrangement focalisés sur son objectif et jusqu'à la minuscule goutte de sueur qui coulait sur son cou.
Mais surtout, elle voyait la flèche. Maintenant, elle ne pouvait plus voir que le trait de bois, comme si rien n'était plus important que lui. Elle voyait chacun des petits défauts du bois, pouvait presque le sentir, elle savait où il se planterait en elle. Elle avait l'impression d'être devenue la cible qui n'attendait plus qu'une chose qu'elle relâche ses doigts de la flèche pour la laisser s'unir à elle. Au moment où elle s'apprêtait à laisser échapper le trait, la voix bruyante de Seita s'éleva :
« CHIHIRO ! C'EST L'HEURE DE MANGER ! »
La flèche partit se planter dans la terre, à quelques mètres de la cible. Chihiro avait presque envie de pleurer face à cet échec, d'autant plus dur qu'elle était certaine qu'elle aurait pu réussir sans l'interruption intempestive de Seita. Malgré cela, elle parvint à se tourner vers Seita en lui lançant un joyeux « J'arrive !» avant de rassembler ses affaires et d'aller rejoindre les autres.
Hina Matsuri (雛祭り, Hina Matsuri? littéralement « fête des poupées ») est une fête qui a lieu au Japon le 3 mars, jour consacré aux petites filles.
Les jours précédents le 3 mars, les petites filles japonaises exposent de précieuses poupées posées sur des petites estrades à plusieurs niveaux. Ces poupées spéciales, qui se transmettent de génération en génération, sont rangées dans un carton tout le reste de l'année. Elles représentent des personnages de la cour impériale de l'ère Heian (平安時代, ère Heian?).
Hotaru signifie Luciole, en japonais. Si vous avez vu le tombeaux des lucioles, vous avez dû comprendre rapidement la raison de ce nom.
Pour le Qi, ou Ki (en japonais)je ne peux que vous conseiller d'aller lire l'article qui y est consacré dans wikipédia.
Aotama : Ao pour bleu et Tama, c'est le ballon. En fait Setsuko a simplement répété sans cesse balle bleu.
Bon, visiblement, quand je suis en période d'examens, paradoxalement, j'arrive à écrire... J'y comprends rien. Bon, c'est un chapitre bien lourd, que je vous ponds et j'espère que vous l'aimerez. Si vous avez des questions ou des remarques à me faire, n'hésitez pas, surtout.
