Bon, je m'excuse pour tout ce retard mais suite au vol de mon ordinateur lors d'un voyage en train, je n'ai pas pu écrire pendant un certain bout de temps. Sans compter que j'ai eu des difficultés à retrouver mes chapitres déjà écris. De plus j'ai eu un bloc suite à mes problèmes de santé donc impossible de m'avancer dans mon écriture, même si ça reprend un peu.
D'ailleurs à ce sujet, je vais sans doute devoir me faire hospitaliser pour quelques mois vers Janvier ou Février...Il se peut que cela ait un impact négatif sur mon imagination même si je ferais tout pour pouvoir poursuivre cette fic.
Mais bon, j'ai décidé de poster un chapitre pour Noël et ce n'est pas tous mes soucis qui m'en empêcheraient !
Avertissement : il y a dans ce chapitre quelques références à la sexualité. Je préfère prévenir que guérir en vous en avertissant.
Chapitre 10
Au cours des semaines qui suivirent, les leçons se poursuivirent les unes après les autres entrecoupées par des séances de Kyudo dans le cas de Chihiro et de maniement du Bo, la bâton de combat dans le cas de Seita qui n'avait jamais vraiment eu d'armes préférées. La jeune humaine s'améliorait de jour en jour au tir à l'arc, touchant sa cible de plus en plus souvent. Mais très vite, en voyant ses progrès et son goût de plus en plus prononcé pour cette discipline, Zeniba lui avait conseillé de ne pas se limiter à l'arc de cérémonie qui servait surtout à exercer son Ki et à honorer les Kamis. Elle avait donc mis à sa disposition plusieurs arcs de différentes sortes et lui avait conseillé de s'en choisir un afin qu'elle apprenne à tirer instinctivement en cas d'attaque et non en prenant son temps.
Considérant sa taille, Zeniba lui avait montré plusieurs hankyu, les petits arcs japonais beaucoup moins grand que le Daïkyu qu'elle utilisait habituellement lors de ses exercices. Assez curieusement, la vieille sorcière du Fond de l'Étang en possédait plusieurs et pouvait donc se permettre d'en offrir un. Chihiro hésita beaucoup avant de se décider pour un arc simple mais avec pour signe distinctif un dragon blanc serpentant sur le bois laqué. C'était une véritable œuvre d'art, comme tous les autres Yumi possédés par la vieille femme mais elle s'était décidée pour celui-là car le dragon lui rappelait Kohaku. Elle avait donc commencé à se familiariser un peu au tir avec son nouvel arc et s'aperçut que celui qu'elle s'était choisie li convenait à merveille : elle avait l'impression d'avoir derrière elle Kohaku lui montrant comment tirer et cette image lui réchauffait le cœur.
Ses tirs s'amélioraient au point que désormais Zeniba lui avait conseillé de tirer sur des cibles mouvantes. Pour cela, elle accrochait des pots de terre cuite à une corde et les faisait se balancer d'abord de façon régulière comme un pendule ensuite de façon plus désordonné. Cet exercice était difficile mais avait au moins le mérite de préparer Chihiro à des trs plus compliqués et à des ennemis mouvants. La seconde partie de l'exercice consistait à tirer sur une cible fixe tout en marchant, puis en courant. Là aussi, ce type d'exercice renforçait la difficulté en l'obligeant à bien maitriser son souffle et ses résultats étaient pour le moment rien de plus que médiocres. Mais la jeune archère ne se décourageait pas et poursuivait d'arrache pied son entrainement en y mettant tous ses efforts. Zeniba l'y avait encouragée en lui confiant que son entrainement en magie lui donnerait des éléments pour s'améliorer au Kyudo.
L'entrainement à la magie avait quant à lui prit un tour assez curieux. Les dernières semaines avaient en effet été occupées à créer un grand potager dans l'arrière jardin de la petite demeure. Au début, Seita avait cru qu'il s'agissait d'une de ces corvées à faire en échange de l'entrainement qu'il recevait et s'y était mis aussitôt à toute vitesse, impatient d'en finir pour reprendre les méditations et les entrainements de sa magie. Il plantait des graines d'une même sorte à la va-vite et prenait soin de sa partie du potager sans y prêter une grande attention.
De son côté, Chihiro, au début, avait admis qu'elle n'y connaissait rien concernant les plantes puisqu'elle venait d'une grande ville et non de la campagne. Elle avait donc craint de ne pas savoir s'y prendre et avait donc travaillé plus lentement mais avec plus de soins que Seita. Elle plantait des graines différentes méticuleusement, en prenant son temps, arrachait les mauvaises herbes, arrosait ses semences et au fur et à mesure de sa tâche, au lieu de voir cela comme une corvée, elle finissait par voir cela comme une activité apaisante et même amusante.
En effet, elle prenait plaisir à voir ses petites pousses sortir de terre, minuscules et si fragile, comme elle même lors de sa première visite dans le monde des esprits. Elle les voyait grandir petit à petit, doucement et la jeune fille s'attachait de plus en plus à son petit jardin et elle y passait une bonne partie de son temps libre, le reste était concentré sur son entrainement au Kyudo. Elle passait ce temps, accroupie dans la terre, apprenant à ne plus être effrayée de petites bêtes comme les vers de terre, n'hésitant plus à plonger ses mains dans le terreau humide.
Puis, elle avait remarqué que l'une de ses plantes favorites semblait avoir du mal à pousser : il s'agissait d'une orchidée, l'une des rares fleurs qu'elle avait décidé de faire pousser pour l'offrir à Zeniba, celle-ci s'étant contentée de mettre les graines à leur disposition pour qu'ils créent leur propre jardin. Or la fleur semblait s'étioler en dépit de tous les soins de l'enfant, ce qui la rendait malheureuse malgré les encouragements de Setsuko et de Sans Visage.
Néanmoins, alors qu'il ne semblait n'y avoir plus d'espoir pour la petite pousse et qu'elle commençait à se sentir toute découragée, Chihiro se souvint de la première leçon de Zeniba quand elle affirmait que tout pouvait être relié au Ki. Alors, en désespoir de cause, l'apprentie jardinière se concentra comme elle avait désormais l'habitude de faire, rassembla le Ki de son premier chakra ouvert et chercha à le transmettre dans la fleur. Cela ne sembla rien faire au départ, mais, sans se décourager, Chihiro continuait à faire la même chose non seulement pour sa plante favorite mais aussi pour toutes celles de son petit jardin, ne voulant qu'aucune ne soit exclue. C'était peut-être une pensée naïve d'enfant mais elle ne voulait qu'aucune de ses plantes ne se sentent exclue comme elle s'était sentie lors de ses débuts au Palais des Bains.
Au bout de plusieurs jours, elle commença à voir un progrès dans tout son jardin et toutes ses plantes semblaient mieux pousser. L'orchidée semblait même reprendre vie et même s'il paraissait encore rachitique, cela cachait un côté vigoureux de la fleur qui semblait se décider à ne pas abandonner même aux portes de la mort. Zeniba avait sourit en la voyant prendre tant soin de sa fleur et lui avait dit avec un sourire rempli de bonté que Chihiro elle même se trouvait dans cette petite fleur : en apparence faible mais tenace et déterminée à survivre contre toutes les adversités. La jeune jardinière avait rougi comme un coquelicot et provoqué les éclats de rire de toute la maisonnée.
Puis le moment de la récolte était venu pour chacun des deux apprentis et Zeniba leur avait donné à chacun un large panier pour y placer le produit de leur labeur. Le soir venu, la vieille magicienne prépara un repas de fête avec les fruits et légumes récoltés en préparant divers plats dans des plats rouges et dans des plats bleus. Les aliments des derniers avaient plus de succès et ils furent vidés plus rapidement que ceux à la couleur pourpre. À la fin, quand tout fut rangé, Zeniba fit asseoir ses deux apprentis humains devant elle et demanda ce qu'ils avaient appris. Seita se précipita pour répondre :
"Qu'il faut travailler pour mériter ce qu'on mange. Je me souviens que quand j'étais encore vivant, j'étais un imbécile et quand ma tante m'avait demandé de travailler pour gagner ma pitance. Au lieu de cela, j'ai bêtement refusé et je suis parti vivre dans la nature avec Setsuko et j'ai fini par voler pour tenter de nous nourrir, mais sans résultat, puisqu'à la fin ma sœur est morte de faim et moi aussi. Durant notre vie ici, j'ai aussi souvent volé au lieu de travailler dur. Si j'avais travaillé comme aujourd'hui, j'aurais pu nous garder en vie, mais maintenant, j'ai bien appris ma leçon !" Expliqua fièrement le jeune garçon.
"Je suis contente de voir que tu as appris au moins une chose par ce travail que je t'ai imposé car cela prouve que tu n'as pas perdu ton temps. J'aurais néanmoins une question à te poser : les légumes et fruits de quels plats as tu préféré ?
"Ceux des bleus, ils étaient plus savoureux et étaient plus variés. Vous y avez ajouté de la magie en les cuisinant ?" Demanda étourdiment Seita.
"Les légumes et fruits des plats azurs provenaient du jardin de Chihiro et je les ai préparé de la même façon que les tiens, sans rien y changer. D'après toi, pourquoi les produits de Chihiro avaient plus de saveur ?" Demanda Zeniba.
"Je ne sais pas… Parce que c'est une fille et qu'elle réussit mieux que moi dans ce genre de travail ?" questionna Seita en ayant l'impression que sa réponse n'était pas la bonne.
"Faux. Tu aurais pu arriver au même résultat toi aussi, voir à un meilleur. Maintenant pourquoi n'es tu pas parvenu au même résultat ?"
"Je préférais méditer et exercer mes Chakras, Sensei. Cela me semblait plus important alors je n'ai pas consacré à mon jardin autant de temps que Chihiro."
"Exactement. Maintenant Chihiro, qu'as tu donc appris ?"
Et pendant presqu'une heure, Chihiro fit un discours enthousiaste sur le jardin potager, sur les différentes terres qu'il valait mieux utiliser, sur les nombreuses graines existantes, sur les plantes qui étaient mauvaises. Elle raconta tous ses succès mais aussi les quelques échecs qu'elle avait essuyés au cours des semaines. Elle narra la croissance de son jardin comme une magnifique aventure. Visiblement, la jeune fille était devenue très attachée à son travail et tous les auditeurs paraissaient captiver par quelque chose d'aussi banal qu'un jardin de fruits et légumes… À ce stade, Seita l'interrompit, perplexe :
"Mais pendant que tu faisais tout ça, tu n'avais plus le temps de méditer et de t'exercer pour ouvrir tes Chakras."
Ce fut alors que Chihiro raconta sa plus grande découverte : l'utilisation du Ki pour "nourrir" les plantes, les encourager à pousser. Elle narra comment elle avait réussi à sauver sa plante favorite pendant que Zeniba souriait avec affection devant l'enthousiasme de la fillette. Elle expliqua comment elle avait eu cette idée en se rappelant de la première leçon sur le Ki de sa grand mère par adoption : le Ki pouvait être utilisé partout et elle avait eu l'idée de concentrer l'énergie de son premier Chakra dans la plante pour lui transmettre une partie de son énergie vitale et la manière dont cela avait marché. Elle état tellement heureuse d'avoir découvert cela qu'elle ne s'apercevait pas de l'ébahissement de Seita qui regardait le jardinage sous un œil neuf. Jamais il n'aurait cru qu'on pouvait se servir du Ki de cette façon. Setsuko l'applaudissait joyeusement, même si elle ne comprenait pas tout, Sans Visage faisait des hochements de têtes heureux et Zeniba la regardait avec un sourire empli d'une joie secrète.
Le soir, au moment de se coucher dans sa petite chambre, Seita ne put s'empêcher de regarder son sensei et de lui demander, à mi voix, sur un ton un peu trahi :
"C'est vous qui lui avez révélé tout cela, sensei ? À utiliser le Ki pour faire grandir les plantes et tout cela ?"
"Non, elle a découvert cela toute seule, sans que je lui en dise un mot. Mais vois tu, Chihiro s'est totalement dévouée à son jardin, elle lui a accordé beaucoup d'attention, de temps, de patience et d'amour. Elle a cherché à connaître les choses les plus insignifiantes pour être certaine de ne pas commettre de bêtise. Et à force de travail et d'application, elle a fini par chercher à utiliser le Ki même dans une tâche que beaucoup jugerait inintéressante aux yeux des puissants. C'est l'un des secrets de la magie : tu peux la trouver dans les aspects les plus humbles de la vie quotidienne et pour le découvrir, tu dois consacrer du temps pour observer les choses qui t'entourent sans quoi, tu ne verras jamais que la surface et jamais en profondeur. As tu compris ?"
"Oui, Sensei, mais je me sens si en retard. Je n'ai rien appris lors de cette leçon cachée alors que j'aurais pu apprendre à me servir du Ki."
"Il n'est jamais trop tard pour apprendre, Seita, même à mon âge, il m'arrive d'en apprendre encore beaucoup. Au cours de ces dernières semaines, tu as appris plusieurs choses importantes et Chihiro en a appris d'autres également mais différentes. Certaines choses que tu as appris, elle les savait déjà et d'autres connaissances qui te semblent aller de soi, elle aura à les apprendre. C'est ainsi que fonctionne la vie, mon enfant."
Puis, gentiment, elle conduisit Seita à sa chambre et le guida vers son lit.
Le lendemain, les deux apprentis poursuivirent leurs travaux dans le potager excepté que cette fois, Chihiro proposa à Seita de lui montrer comment se servir du Ki pour nourrir les plantes et le jeune garçon accepta, un peu hésitant. Il regarda la démonstration de Chihiro (qui savait désormais faire cela très rapidement à force d'habitude) puis il essaya de faire de même dans son propre jardin mais avec plus de difficultés et de temps. Heureusement, la jeune fille avait beaucoup appris sur la patience et c'était devenue l'une de ses qualités : elle lui expliqua là plusieurs reprises les erreurs à éviter en lui disant de ne pas infuser la plante avec trop de Ki et le réconforta en lui disant qu'elle avait fait beaucoup d'erreurs avant de parvenir au bon résultat alors que Seita ne commettrait pas les mêmes bêtises qu'elle.
Puis le jeune garçon voulu lui montrer ce qu'il avait appris grâce à son entrainement plus avancé. Ayant ouvert son second Chakra, il avait la maitrise de l'eau et il commença à vouloir arroser joyeusement les plantes mais son amie l'arrêta à temps et lui expliqua que certaines plantes ne supportaient pas d'être arrosées si brutalement et qu'il devait y prendre garde. Le jeune garçon, contrit, suivit les consignes de la fillette.
Zeniba, de son côté, admirait le travail d'équipe de ses deux nouveaux apprentis et songeait qu'ils aurait appris une nouvelle chose plus importante que le Ki : travailler ensemble malgré leurs différences était mieux que travailler chacun de son côté. Elle pouvait maintenant passer à un autre type d'enseignement. Cet après midi, au lieu de les faire méditer, elle leur apporta plusieurs gros blocs de terre glaises de différentes couleurs et leur demanda simplement de jouer avec. Cette fois, Setsuko pouvait participer à la leçon et les deux fillettes commencèrent à s'en donner à cœur joie en malaxant les différentes terres, s'amusant à lui donner différentes formes amusantes et riant aux éclats devant les résultats les plus comiques. Seita, le plus sérieux, qui avait tout de suite décidé de faire un vase avait fini par abandonner, manquant des techniques nécessaires pour le faire et il commença donc à jouer lui aussi.
Bientôt, Stesuko injecta inconsciemment du Ki dans son tas d'argile et cette dernière commença à se mouvoir d'elle-même pour prendre des formes rocambolesque et très baroques… Les deux apprentis les plus âgés se regardèrent, puis un sourire aux lèvres, imitèrent la benjamine et bientôt des formes extraordinaires commencèrent à prendre vie sous leurs yeux? Ce n'était pas des statues ou des vases telles qu'en font des artistes mais plutôt des sculptures abstraites tordues dans tous les sens. Bientôt, chacun des enfants chercha à deviner ce que les autres avaient voulu créer, comme on cherche à voir des images dans les nuages. Ils riaient aux éclats devant les réponses parfois complètement fausses des autres. Et quand ils rangèrent le matériel pour rejoindre Zeniba pour une autre leçon de magie, ils étaient beaucoup plus réceptifs que d'habitude.
Le lendemain, quand la leçon d'argile reprit, Chihiro se concentra sur Kohaku tandis qu'elle injectait son Ki dans l'argile blanche et une forme vaguement serpentine qui semblait onduler en sortit que ses deux camarades identifièrent en riant comme un dragon. Cette fois, la jeune fille ne chercha pas à en changer la forme et se mit plutôt à ajouter des détails en gravant des écailles au stylet, en rajoutant de la terre pour former des pattes, en lissant la terre à certains endroits. Le résultat ne pouvait représenter la grâce et la puissance qui émanait du garçon dragon quand il était transformé mais on pouvait y voir une certaine ressemblance dans la posture et le corps serpentin. Setsuko avait finalement décidé de se faire une poupée et elle faisait une boule bien lisse pour la tête. Seita avait cherché à l'aider au début mais s'était fait repoussé par sa petite sœur. Alors, à la place, il s'était concentré pour se faire une épée, avant de changer d'avis pour un avion mais à la fin de la séance, il ne savait toujours pas quoi faire, ce qui l'enervait jusqu'à ce qu'il perçoive dans lune des formes créée par son Ki la silhouette de sa mère. Il plaça de côté cette statuette encore très abstraite et rejoignit les autres dehors.
Au cours des séances qui suivirent, chacun des élèves furent absorbés dans sa tâche de créer quelque chose. Chihiro était la plus en avance, pour une fois, et après Kohaku, elle avait décidé de tenter de représenter le Hoko avec ses cinq queues volant dans les airs et son résultat était plutôt ressemblant, particulièrement parce qu'elle avait le Ki de son ami encore présent dans son bracelet. Setsuko avait pratiquement terminée sa poupée et commençait déjà à chercher des accessoires pour l'habiller : des perles d'agates pour les yeux, des fils de soie pour les cheveux… Seita, lui, commençait à désespérer. Malgré tout le Ki qu'il injectait, il ne parvenait pas à reproduire le visage de sa mère. En soixante ans, il l'avait fini par l'oublier et il ne pouvait plus se souvenir que d'une silhouette gracieuse enveloppée dans un kimono. À la fin de la séance, il s'était enfui dans le jardin pour cacher ses larmes et Chihiro était venue le rejoindre pour lui parler :
"Pourquoi es tu triste ? à cause de ta statue ? Elle est pourtant très belle."
"Elle est sensée représenter ma mère pour la montrer à Setsuko mais je ne sais même plus à quoi elle ressemble ! Je suis un fils et un frère indigne ! J'ai promis à ma sœur qu'un jour je retrouverai nos parents et que nous vivrons à nouveau tous réunis mais comment y arriver si je ne me souviens pas d'elle ?"
"Cela fait près de cent ans que tu ne l'as pas vue ! Ce n'est pas de ta faute. Et puis tu sais, peut-être que ce sera elle qui te reconnaitra, le jour de vos retrouvailles ! Et puis ta sœur a dit en me montrant ta statuette que c'était sa maman. Donc tu vois, au fond, je crois que vous vous reconnaitrez surtout par votre amour. Par exemple, mon ami ne se souvenait même plus de son vrai nom mais il se souvenait de moi."
"Tu es trop optimiste. Cet endroit est immense, il faudrait un miracle pour que je réussisse à les retrouver." La voix du jeune garçon était désespérée.
"Comme je l'ai déjà dit à Chihiro, Dit Zeniba qui s'était approchée de ses deux apprentis, on oublie jamais réellement les personnes, elles sont simplement enfouie dans notre mémoire, attendant de réapparaitre. Aie confiance. Le bonheur des retrouvailles arrivera un jour."
"Merci Sensei," murmura Seita.
Le lendemain, commença la séance de magie au cours de laquelle Chihiro allait ouvrir son second Chakra. Selon la vieille magicienne, son premier Chakra était bien stabilisé et équilibré et elle avait prouvé posséder suffisamment de créativité lors du travail avec l'argile et s'était montrée capable d'engranger des connaissances. Or connaissance et créativité faisait partie des qualités requises pour ouvrir le second Chakra et Chihiro, selon Zeniba, avait amplement prouvé qu'elle les possédait bien que la jeune fille n'en soit pas aussi certaine. La vieille sorcière avait donc commencé sa leçon que Seita connaissait déjà :
"Le second Chakra est appelé Svâdishthâna,il est situé dans ton ventre sous le nombril. On le relie souvent à l'élément de l'eau. Ce chakra est fortement associé aux émotions et aux sentiments, particulièrement à ceux liés la famille mais également à la fertilité. Je te préviens tout de suite car tu es sans doute encore trop jeune pour qu'on te l'ai expliqué : activer ce Chakra peut entrainer certains problèmes au niveau physique, même si ce n'est pas certain dans ton cas. En ouvrant ton deuxième point énergétique, tu vas pouvoir développer ton intuition, quelques pouvoirs psychiques et tu te sentiras beaucoup plus calme quand tu seras exposée à des sentiments contradictoires pour peu que tu médites bien sur ce Chakra."
Chihiro s'assit alors dans la même position que Zeniba et commença à méditer, elle ferma les yeux et se mit à écouter la voix de Zeniba.
"Ton amour familial a été particulièrement fort dès le début car bien peu d'enfants de ton âge auraient osé défier et convaincre ma sœur de libérer ses parents transformés en cochons. Et plus encore, tu es revenue ici à nouveau afin de trouver un moyen de les sauver de la folie. Une autre preuve de piété filiale. Tu es altruiste, y compris avec ceux que tu viens à peine de rencontrer, ce qui t'a conduite à sauver notre ami Sans Visage de sa faim sans répits. Tu ne crains pas non plus la mort, la seule chose qui te manque est la sensualité. Tu es encore toute jeune, c'est parfaitement normal. Maintenant imagines toi dans cinq ans : tu seras devenue une belle jeune fille et imagines ce que tu ressentirais si ton ami Kohaku venait te retrouver. Cet boule chaude que tu ressens dans ton bas-ventre, c'est ton second Chakra. Il doit s'ouvrir pour laisser entrer et sortir l'amour charnel. Et c'est…maintenant."
Chihiro sentit une bouffée de chaleur partir de sous son nombril et envahir son corps. Elle se sentait aussi bien que lorsqu'elle avait ouvert son premier Chakra mais cette fois, la rougeur sur ses joues n'était pas un effet de son imagination. Elle avait toujours su qu'elle aimait Kohaku mais cette fois, elle ressentait mieux la nature et la forme que prendrait un jour son amour quand elle serait plus âgée. Elle se demandait ce qui se passerait quand elle le reverrait.
Zeniba lui sourit puis dit :
"Maintenant, viens, nous allons prendre un solide repas avant de continuer.
L'après midi était passée rapidement : Chihiro avait médité en ouvrant ses deux Chakras puis Zeniba avait insisté pour que Seita et elle aille nager dans l'étang en expliquant que ceux qui avaient ouvert leur second point d'énergie n'avait rien à craindre dans l'eau. Chihiro et Seita, étaient donc allés nager ou plus exactement jouer dans l'eau en utilisant leur Ki pour expérimenter et voir ce qui se passerait. La première chose qu'ils avaient remarqué en faisant un concours d'apnée, c'est qu'ils pouvaient rester enfoncer sous l'eau plus longtemps. C'était particulièrement vrai pour Chihiro qui, malgré sa jeunesse, gagna pratiquement toutes les joutes.
Chihiro s'était toujours senti chez elle dans l'eau bien qu'elle avait déjà failli se noyer à plusieurs reprises, la première fois étant évidemment celle où Kohaku l'avait sauvée dans sa rivière. Depuis, elle avait continué à aimer l'eau : celle des rivières, des lacs, de l'océan. Il ne se passait pas une année sans que Chihiro n'aille se baigner quelque part. Elle n'appréciait pas tant nager mais aimait plutôt le contact de l'eau dans laquelle elle jouait en barbotant et qui lui avait toujours donnée une impression de sécurité. Maintenant, au moins, elle en connaissait la raison.
Chihiro n'avait qu'une hâte, c'est de poursuivre ses leçons dans l'eau et apprendre tout ce qu'elle pouvait sur la maitrise de l'eau par le biais du Ki. Son imagination débordante lui faisait voir toutes sortes d'usages possibles et elle était impatiente de les essayer.
Mais en attendant, l'heure du retour était arrivée et elle avait dû se résigner à revenir manger puis à aller se coucher tôt, attendant avec impatience la leçon du lendemain.
Mais au cours de la nuit, des crampes la réveillèrent et elle se sentit si mal qu'elle se leva esprant soulager ses douleurs. Mais quand elle tâta son Futon, elle sentit quelque chose d'humide avec une odeur de fer. La jeune fille avait déjà senti cette odeur et cette texture légèrement visqueuse lorsque Haku était revenu se tordant d'agonie sous l'effet du sortilège de Zeniba. Paniquée, elle alluma la lampe et vit du sang qui souillait son futon ainsi que l'entre jambe de son hakama. Épouvantée, elle fuît dans les couloirs de la chaumière pour arriver jusqu'à la chambre de Zeniba et elle frappa sans répits, sur ses joues dégoulinaient de grosses larmes qui semblaient ne jamais cesser de couler. La porte finit par s'ouvrir sur la vieille sorcière dans une chemise de nuit blanche en dentelles.
Celle-ci n'eut qu'à voir le visage terrorisé de Chihiro pour comprendre que quelque chose de grave se passait et elle la fit entrer dans sa chambre. C'était une belle pièce toute simple avec un vieux lit, une armoire, des étagères et un bureau à la mode occidentale. Cependant des éléments du décor montrait l'origine japonaise de l'aimable sorcière : de la poterie japonaise simple mais certainement de valeur, de beaux éventails peints avec un style rappelant celui d'Hokusai, un magnifique Kimono de soie bleue et grise suspendu à un mannequin… Mais pour le moment, Chihiro était trop tourmentée pour prêter attention au décors et se contenta de demander à Zeniba en montrant ses mains tâchées de sang :
"Je saigne de l'intérieur ! Il faut me soigner ! Ou bien est ce que c'est trop grave ? Vais je mourir ?"
Zeniba sourit et secoua la tête :
"Non, tu ne vas pas mourir. C'est l'un des effets d'ouvrir ton Chakra Sacrée : cela peut provoquer des perturbations au niveau de tes organes sexuels et en activer. Normalement, c'est le rôle de ta mère de te raconter tout cela mais puisqu'elle n'est pas ici et que tu me considères comme ta grand mère, je vais te l'expliquer. Tu n'es ni souillée, ni impure, cela signifie juste que tu commences à devenir une femme. Normalement, tu aurais dû passer par d'autres changements physiques avant d'en arriver là mais comme je le disais, l'ouverture de ton Chakra a forcé tes lunes à apparaître. C'est comme ça que nous les appelons ici. Chaque mois lunaire, toute les filles humaines doivent en passer par là. C'est douloureux, désagréable, mais c'est aussi ce qui fait de toi une femme. N'en sois pas honteuse.
"Mais je me sens trop jeune, Grand mère ! Je ne peux pas encore devenir une femme, je suis encore une fille de dix ans. Mes parent…Ils risquent de ne pas me reconnaître si je deviens une femme lors de mon séjour parmi le monde des esprits !"
"Sois sans crainte. N'oublie pas que l'apparence physique dépend grandement de ton état d'esprit. Si tu ne te sens pas prête pour vieillir, alors tu ne vieilliras pas. Il te suffit de garder ton âme d'enfant émerveillée et tu resteras telle que tu es. Mais certains esprits sauront au fond d'eux que tu es devenue féconde. Il te faudra faire attention, certains sont assez vicieux."
"Pouvez vous me donner des conseils, Grand mère," murmura Chihiro un peu rassurée.
"Bien sûr, mon enfant. Viens, je vais t'expliquer les mystères féminins liés à la sensualité et au second Chakra. Nous y passerons toute la nuit s'il le faut."
Et ce fut exactement le cas.
Kyudo : art du tir à l'arc japonais très ritualisé.
Yumi : Le yumi (弓?) est l'arc japonais utilisé au kyūdō et yabusame. En vérité, ce terme désigne tout arc japonais. Est aussi un prénom de fille.
Daïkyu : L'arc traditionnel japonais. Le daikyū, arc long, a une forme particulière : l'arc est exceptionnellement long, 2,21 m pour une taille standard, et proportionné à l'alonge (yasuka) du tireur. C'est un arc composite, constitué d'un lamellé de bambou (madake) et de bois (haze). Les possibilités restreintes de flexion du bambou ont obligé la conception d'un arc long.
Hankyu : Le hankyū est un arc court japonais de forme similaire au yumi.
Il est utilisé dans le shihanmato, discipline distincte du kyūdō.
En japonais, hankyū s'écrit en 半弓, signifiant littéralement « moitié d'arc ».
futon (布団?, à l'origine « (tapis) rond de massette ») est une literie qui constitue un lit japonais. Ils ne sont pas originaires du Japon mais d'Inde puis de Chine et enfin importés au Japon.
