Voici mon nouveau chapitre qui pour le moment paraitront toutes les trois semaines.

J'espère que vous aimerez ce chapitre et je vous remercie pour vos reviews.

Pour le moment, j'ai vingt cinq chapitres écrits, donc douze chapitres d'avance.


Chapitre 13

En arrivant dans ses luxueux appartements, la première chose que fit madame Yubaba fut de faire couler un bain dans l'imposante baignoire de la salle de bain à l'occidentale qui tranchait avec les bains traditionnels. Puis elle se mit à la recherche de son fils qui, selon elle, avait encore disparu. Depuis deux ans, c'est à dire depuis la dernière visite de Chihiro, il aimait se promener sous forme de souris dans le gigantesque palais des Bains, ce qui rendait le vieille sorcière folle d'inquiétude. Mais d'un autre côté, elle se doutait toujours de l'endroit où il était, le plus souvent chez le vieux Kamaji, et elle ne pouvait s'empêcher d'être fière de voir que son bébé avait grandi et était devenu physiquement et mentalement un grand enfant de cinq ans qui faisait toujours la taille de sa mère. Tout en surveillant le bain et en soutenant celle qu'elle désignait encore sous le nom de Sen, elle appelait son enfant d'une voix forte mais remplie d'affection :

"Bou, mon trésor ! Viens ici ! Maman est de nouveau là pour toi !"

"Baba ! Je suis là !"

Laissant Chihiro dans l'un de ses fauteuils rembourrés, Yubaba courut vers la pièce d'où venait la voix de son fils et vit celui-ci tout recouvert de suie et qui se précipitait vers elle, l'air aussi excité qu'une puce. Il était escorté du Yubabird toujours sous sa forme d'insecte volant. Yubaba l'intercepta avant que l'enfant géant ne puisse dire un mot et le considéra d'un air légèrement réprobateur :

"Toi, tu es encore allé faire un tour du côté de la chaudière pour voir Kamaji, n'est ce pas ? Combien de fois t'ai je demandé de ne pas y aller ? C'est plein de saletés et ce n'est pas fait pour les enfants, même ceux qui peuvent se changer en souriceau !"

"Mais Baba, Kamaji m'a dit que Sen était revenue ! Je veux la voir !" Exigea le "petit" garçon d'un air un peu capricieux.

"Tu la verras, mon trésor. Et très bientôt ! Et vous allez me prendre tous les deux un bon bain bien chaud tout de suite, sans quoi tu ne pourras pas la voir maintenant !" Négocia sa mère d'un ton plus diplomate qu'avec les grands esprits.

"Baba, c'est Sen, elle est bien là ? Mais pourquoi est elle couverte de sang ? C'est le sien ? Si on a fait du mal à Sen, je…" Commença à menacer Bou, fou d'inquiétude.

"On va voir ça tout de suite, mon ange." L'interrompit la vieille sorcière, un peu inquiète que son enfant pousse l'une des crises de colère dont il avait le secret.

La maitresse d'Aburaya commença à ouvrir les vêtements de Chihiro qui étaient maculés du sang du Shishigami. Mais la vieille dame fronça les sourcils en voyant les blessures que Chihiro avait récolté au cours de son combat contre Akainu : des bleus partout, plusieurs égratignures plus quelques morsures. Mais celle qui inquiétait vraiment la vieille sorcière expérimentée, c'était la morsure à l'emplacement même du troisième Chakra. Se concentrant sur sa magie, elle commença à analyser le flux de Ki qui en sortait et poussa un juron entre ses dents. Elle savait parfaitement de quoi il s'agissait : le chakra Manîpura avait été ouvert par la force en injectant du Ki dans ce point du méridien. L'opération avait été faite de façon brutale, sauvage et sans talent, il ne pouvait pas s'agir de Zeniba qui aurait su prendre toutes les précautions pour éviter cela. C'était donc sans doute le fait d'un Kami de forme animale, peut-être celui qui avait attaqué le Shishigami.

Si tel était le cas, c'était un miracle que la fillette ait pu résister au choc… Mais en même temps, le Chakra du feu avait la propriété de réprimer la douleur et la maladie quand il était bien équilibré, cela voulait dire que, pressée par sa mission, la gamine avait dû inconsciemment utiliser son Ki pendant tout le voyage pour ne pas ressentir la souffrance car sans cela, elle n'aurait pu réprimer quelques plaintes causées par le tiraillement de ses plaies. D'un côté, cela lui avait sans doute permis d'accomplir sa mission et elle pouvait s'en féliciter, mais de l'autre, il n'était jamais bon d'étouffer trop longtemps les signaux du corps car il s'agissait après tout des messages d'avertissement du corps humain indiquant qu'il devait être soigné. Mais bon, au fond, tout allait s'arranger grâce à un bon bain remplie d'un mélange d'herbes médicinales et dès demain, Sen serait sur pied.

Sans ménagement, la vieille sorcière plongea Chihiro dans la baignoire pour la débarrasser des souillures et impuretés dues au sang puis elle fit couler un second bain dans lequel elle immergea à nouveau la fillette maintenant plus propre. Enfin, elle attendit patiemment que son fils tout noir de suie y entre à son tour. Les esprits en soient remerciés, son fils paraissait plus enclin à obéir à ses demandes quand la fillette était dans les parages, ce qui s'avérait être un soulagement. En attendant, Chihiro, qui avait à moitié sommeillé depuis qu'elle avait été ramenée dans les appartements de Yubaba, s'était réveillée brutalement quand elle avait été pratiquement jetée dans l'eau brûlante et à présent, elle ressemblait à un misérable chaton se trouvant lui aussi dans l'élément liquide. Par chance, les herbes médicinales mélangées à l'eau fumante commençaient à calmer la douleur et à refermer ses plaies. Bien vite, la jeune fille se retrouva un peu plus revigorée et elle commença même à frotter le dos de Bou avec l'éponge et le savon, puis ce fut au tour du petit garçon de l'effectuer pour son amie, semblant très fier de pouvoir accomplir cette tâche.

Le petit géant la traitait aussi délicatement qu'une poupée fragile, ce que l'on pouvait considérer comme une amélioration compte tenu de la première fois où ils s'étaient vus. Néanmoins, Chihiro insista pour que Bou ne la porte pas : la jeune fille pouvait éprouver un peu d'affection désormais pour son ancienne employeuse et mère de son ami mais cela ne l'empêchait pas de rester quelque peu méfiante et elle préférait ne laisser voir aucune faiblesse. La vieille dame pouvait être impitoyable dans le pire des cas et elle préférait rester sur ses gardes par simple prudence. Elle resta donc debout, droite comme un i tandis que Madame Yubaba faisait l'inventaire des bois de la ramure du Shishigami. Elle semblait également réfléchir à autre chose, pesant le pour et le contre pour finir par pousser un soupir de résignation de elle leva alors les yeux sur Chihiro :

"Si tu m'expliquais donc pourquoi tu es revenue. Vu les épreuves que tu as subi ici, je m'attendais à ce que tu ne reviennes qu'au jour de ta mort et voilà que tu réapparais à peine deux ou trois ans après. Je sais que les années passe différemment dans le monde des esprits que dans celui des hommes mais pas au point que tu ne grandisses quasiment pas. D'après ce que je vois, tu n'es pas une âme, donc tu n'es pas morte, tu n'as pas poussé d'un centimètre, ce qui veut dire que tu es revenue dans le monde des Esprits presque immédiatement après l'avoir quitté. Espérais tu revoir ton ami dévoué Haku ? Tu devais pourtant te douter qu'il ne serait plus là. Alors pourquoi es tu revenue ?"

"À cause de mes parents, madame Yubaba, quand ils sont revenus dans le monde des hommes, trente ans avaient passé et ils n'ont pas su se ré-acclimater à cette vie. Je suis donc revenue ici pour chercher un remède à leur folie."

"Les humains, marmonna la vieille sorcière avec mépris, incapable de supporter la plus petite contrariété. En tout cas, on ne peut pas dire que tu manques de piété filiale, petite, ni de courage. "

Prudente, Chihiro ne répondit pas et resta muette comme une tombe.

"Alors, depuis quand es tu ici et qu'as tu fait pendant tout ce temps ?"

Succincte, Chihiro raconta qu'elle était ici depuis plusieurs mois, bien qu'elle n'ait pas gardé la trace des jours passés chez Zeniba. Elle raconta comment elle avait rencontré ses nouveaux amis, Seita et Setsuko et la manière dont ils étaient devenus apprentis chez elle. Elle narra également la manière dont s'était effectué son apprentissage, les diverses choses qu'elle avait apprises durant son séjour et enfin, la quête et son combat à la septième station qui avait fini par la conduire au Palais des Bains. Yubaba écouta attentivement le récit, posa quelques questions auxquelles Chihiro répondit sans se faire prier.

"Je ne sais vraiment pas quoi faire de toi, Sen. Tu es une bien étrange humaine et je ne sais pas si je dois te considérer comme un porte bonheur ou un porte poisse. D'un côté, tu étais une gamine pas bien dégourdie, ni très futée, qui s'est arrangée pour faire entrer un dieu sans visage dans mon magnifique palais des Bains, générant un chaos sans précédent. De l'autre, tu parviens à tirer d'affaire l'esprit d'une grande rivière à force de persévérance et d'acharnement au travail. L'esprit de cette rivière nous a recommandé à d'autres Kamis et ma clientèle est devenue bien plus importante en terme de pouvoir, ce qui a engendré une augmentation des bénéfices. Et aujourd'hui, tu viens de faire la même chose sauf que cette fois, je ne retrouve plus la même petite sotte impuissante d'il y a trois ans. Quoique amener ici le Shishigami que la perte de sa tête aurait transformer en monstre redoutable aurait pu s'avérer fatal pour mes affaires. Mais finalement, comme la dernière fois, tu t'arranges pour que le résultat dépasse mes espérances."

Chihiro se contenta de s'incliner en silence. Après tout, elle n'avait fait qu'accepter d'accompagner et de protéger l'Esprit Cerf jusqu'où il voulait aller. Maintenant, elle se demandait comment elle allait faire pour retourner chez Zeniba sachant la rancœur existant entre les deux sœurs, ou du moins la prévenir de l'endroit où elle était passée. Comme si elle avait entendu ses pensées, Yubaba maugréa :

"Bon, je vais envoyer un message à ma chère sœur pour l'informer que tu es ici et demain, je vous enverrais toi et Bou par le train. Vous lui porterez un message de moi et après, le reste dépendra de sa décision et de la tienne. En attendant, Sen, je suppose que cela ne te dérange pas de dormir auprès de mon trésor cette nuit ? Non ? Bien. C'est l'heure du coucher."

Sans discuter, Chihiro et Bou se dirigèrent vers la chambre du fils de Yubaba qui contenait les mêmes jouets sauf qu'ils semblaient totalement négligé par le petit garçon. Alors que la jeune humaine regardait autour d'elle en songeant que le décor romantique et somptueux n'avait pas beaucoup changé, Bou se cala dans sa pile de coussin et dit :

"C'est la première fois que Baba me laisse voir Zeniba oba chan de son plein gré. D'habitude, je devais me transformer en souris et me faire transporter par ton ami dragon pour aller la voir en cachette. Je suis vraiment content que tu sois là pour la faire changer d'avis !"

"Moi aussi. J'espère juste que son message soit une offre de paix… Mais en attendant, allons dormir pour être en forme demain matin." Dit Chihiro en baillant et en fermant les yeux pour sombrer presque aussitôt dans un sommeil sans rêve.


Le lendemain matin, Chihiro se réveilla assez tôt pour voir que Yubaba avait préparé des Furoshikis pour son fils et la jeune fille. Bou s'étai réveillé un peu plus tard et il semblait tout excité à l'idée de faire une nouvelle promenade en train sous sa vrai forme, cette fois. Avant qu'il ne parte, sa mère lui accrocha un bavoir rouge avec dessus le nom de Bou sur son corps à la mode de Kintaro et elle les escorta jusqu'au pont pour leur dire au revoir. Mais avant cela, elle prit Chihiro à part et lui dit sur un ton menaçant :

"Écoute bien, ma chérie, si il arrive quoi que ce soit à mon petit trésor, je m'arrangerais pour que dix mille Youkai te poursuivent sans relâche. C'est bien compris ?"

"À vos ordres mais vous savez que Bou est mon ami. C'est pour ça que je ne laisserai rien lui arriver."

"Parfait, si nous nous sommes bien comprises toutes les deux. Voici les tickets pour le train."

Puis Yubaba les regarda partir et resta longuement sur le pas de sa porte avant de retourner chez elle harceler ses employés. Chihiro avait trouvé cette scène touchante puis elle et Bou avaient marché jusque la station où le train n'avait pas tardé à arriver et ils avaient présenté leurs tickets au contrôleur fantomatique. Cependant, cette fois, Chihiro pouvait voir qu'elle distinguait bien mieux les ombres comme de vraies personnes aussi normales qu'elle. Elle se demanda un instant ce que cela signifiait : était ce des âmes humaines venant tout juste d'arriver dans le monde des esprits et se rendant à une destination qu'on leur avait indiquée ? Étaient-ce des échos du monde d'autrefois ? ou bien étaient-ce eux même qui faisaient figure de fantômes et ces personnes là se trouvaient elles en fait dans la réalité ? Elle n'en savait rien et cette question ne la tracassait pas plus que cela car ces silhouettes obscures étaient inoffensives pour eux.

Le voyage paru sensiblement plus court à Chihiro, d'abord parce que Bou, quand il n'était pas sous sa forme de souris faisait un compagnon de voyage curieux de tout et bavard comme pas un. Ensuite, cette fois ci, Chihiro ne se retrouvait plus plongée dans l'incertitude concernant les sorts de ses parents et d'Haku. Cette fois, elle pouvait donc réellement profiter du paysage maintenant qu'il n'était plus submergé par l'eau de pluie qui avait créé à l'époque pratiquement une mer. Elle pouvait donc admirer les magnifiques paysages de cette partie du monde des esprits, une vision à moitié sauvage et à moitié civilisée… Un mélange étonnant pour la jeune fille qui se demandait à quoi ressemblaient les autres parties du monde des esprits qui semblait s'étendre à l'infini.

Enfin, leur arrêt arriva et bientôt, les deux amis furent sur la route qui menait au fond de l'Étang et alors qu'ils arrivaient en vue de la maison de Zeniba, la porte s'ouvrit brutalement et deux enfants, Seita et Setsuko en sortirent précipitamment et coururent se jeter dans les bras de Chihiro. La jeune fille, étouffée par le frère et la sœur, parvint finalement à leur faire comprendre qu'elle avait besoin de respirer. Seita se mit alors à la submerger de questions :

"Cela fait plus d'une journée ! On commençait à s'inquiéter. Et puis cette nuit un cerf blanc est venu nous annoncer que tu aurais sauvé le Shishigami et que tu restais passer la nuit à Aburaya alors que ça se trouve à plusieurs dizaines de kilomètres d'ici. Et voilà que tu nous reviens comme ça, avant même le déjeuner ! Comment as tu fait pour faire l'aller retour en moins de quelques heures ? Qu'est ce qui s'est réellement passé ? Et qui est ce qui t'accompagne ? Il est gigantesque !"

"Grand !" S'exclama Setsuko en pointant son doigt vers Bou qui regardait les autres amis de Chihiro avec un petit air à la fois jaloux et curieux.

"Oh, c'est vrai. Seita, Setsuko, je vous présente Bou. C'est le fils de Yubaba et donc le neveu de Zeniba. Bou, je te présente Seita qui apprend à devenir un sorcier pour protéger sa petite sœur Setsuko. Elle a environ quatre ans. J'espère que vous vous entendrez bien." Dit Chihiro en croisant les doigts.

"Heu enchanté !" Déclara Seita en s'inclinant tandis que Setsuko, de son côté, avait décidé de lui présenter sa poupée. Bou sembla intéressé et la petite fille se mit à babiller joyeusement en tenant l'immense main de l'enfant géant qui se décida à lui montrer un tour de magie en se transformant en souris. Pour toute réponse, il se reçu un "petit !" lancé par la petite sœur de Seita qui se désespérait d'apprendre le respect et la politesse à la fillette. Mais en attendant, un lien s'était déjà tissé entre les deux plus jeunes qui revenaient vers la maison, suivis par Seita et Chihiro qui tentait d'expliquer tant bien que mal ce qu'il s'était passé. Devant la maison, Zeniba les attendait en souriant :

"Je vois que j'ai eu raison de ne pas m'inquiéter. Tu nous reviens avec deux très puissants talismans : ton amulette avec le loup et cette corne de la ramure du Shishigami en personne. Quoi que tu en fasses, ils seront très utiles plus tard.

"Comment savez vous ce qui m'est arrivé, grand mère ?" l'interrogea Chihiro, toute curieuse de l'apparente omniscience de la vieille sorcière.

"Mon enfant, penses tu que je t'aurais envoyée seule avec les présages qui s'accumulaient durant la nuit pendant tes rêves ? Regarde, j'ai créé un Shikigami qui t'a suivi durant tout ce temps. J'ai failli intervenir durant ton combat mais tu as su me surprendre par ta force et je n'ai pas eu à intervenir et c'est heureux car ton talisman n'aurait eu aucun pouvoir si tu avais rompu à ton serment de chasser seule ce loup."

"Mais je n'ai fait aucun serment !" Se récria Chihiro.

"Si. En acceptant d'aller faire ta quête dans la forêt malgré le mauvais présage, tu as inconsciemment juré de te battre seule contre ton ennemi." Déclara Zeniba.

"Mais le Shishigami m'a aidé, sans lui je serais morte." Protesta la jeune fille.

"Cela n'a aucune espèce d'importance puisque tu l'as sauvé en premier et qu'il se défendait aussi lui même. De plus, tu l'as escorté jusqu'au bain et recousu sa tête qui menaçait de tomber, ce qui aurait provoqué d'immense ravages dans cette partie du monde des Kamis. Il a une dette à ton égard." Affirma la vieille sorcière.

"J'ai seulement fait ce qui me paraissait juste…"Murmura Chihiro, toute rouge.

"Et je t'en félicite." Puis la vieille dame se tourna vers Bou et le serra bien fort contre lui en disant : "Tu as bien grandi depuis la dernière fois qu'on s'est vu, mon neveu. Je vois que ma sœur t'a enfin permis de venir me voir sans le faire en cachette."

"Oui. Elle nous a aussi donné un message à vous remettre. Tenez, le voilà."

Puis Bou partit dans le jardin avec Setsuko pour que celle-ci lui montre sa balle bleue magique tandis que Seita allait vaquer à ses différentes corvées. Pendant ce temps, Chihiro restait là à la demande de Zeniba qui lisait la lettre.

"Hum, si ma chère sœur est disposée à m'écrire, c'est soit pour me demander quelque chose., soit pour relier des liens. Ou peut-être les deux, c'est le plus probable. Hum…oui, c'est bien ce que je pensais…On ne la changera jamais totalement, je suppose…"

"Qu'est ce qu'elle demande ?" Demanda Chihiro, remplie de curiosité pour la mystérieuse missive.

"Tu es bien curieuse, mon enfant, la réprimanda gentiment Zeniba. Mais puisque cela te concerne, je vais te le dire : elle me demande si je veux bien te laisser quelques temps avec elle au Palais des Bains où, dit elle, elle t'apprendra quelques petites choses en matière de magie."

"Mais je suis déjà ton disciple, n'est ce pas grand-mère ?" Demanda la jeune fille, un peu inquiète.

"Oui, mais ce qu'elle propose ici est un échange. C'est quelque chose de courant : certains sorciers s'échangent leurs disciples pendant quelques temps afin que ces derniers puissent enrichir leurs connaissances auprès d'un magicien autre que leur maitre."

"Est ce que cela veut dire que Rin va pouvoir venir ici puisqu'elle est son apprentie ?" Demanda Chihiro.

"Non, répondit Zeniba sur un ton sérieux. Il faut que l'échange soit équivalent et je doute que Yubaba, malgré son changement de cœur, tienne autant à Rin que je tiens à toi. Tu dois voir cette offre comme une offre de diplomate, d'autant plus que ma sœur et moi sommes de grandes rivales. Si l'offre n'est pas équilibrée, l'une d'entre nous risquerait de profiter pour jouer un tour à l'autre en lui volant son apprenti. Du coup, il faut que chacune ait autant à perdre que l'autre en envoyant une personne à laquelle elle tient. Tu peux voir cela comme un échange d'otages dans cette situation."

"Mais dans ce cas, qui va t-elle envoyer, se demanda tout haut Chihiro avant de répondre à sa propre question : Bou ?! Jamais je n'aurais cru qu'elle se séparerait de lui ! Ou qu'elle vous laisserait lui apprendre la magie ! Ne serait-ce pas son rôle puisqu'elle est sa mère ?"

"Dans des circonstances normales, ce serait le cas. Mais l'apprentissage de la magie requiert beaucoup de rigueur et dans certains cas, il faut savoir être dur avec son élève. Or ma sœur se connaît parfaitement et elle se sait incapable de sévir avec son fils, en tout cas, elle l'explique dans sa lettre. Or elle a besoin de lui faire enseigner la magie de façon urgente. Et maintenant qu'elle sait que je ne ferais pas de mal à Bou…"

"Elle pensait vraiment que vous seriez capable de faire du mal à votre neveu ?" demanda la jeune apprentie sorcière.

"Quand elle m'a volé mon sceau privé et que je suis revenue le récupérer, j'ai fait disparaître son fils de sa vue. Puis quand Haku lui a révélé qu'il était chez moi, elle était complètement effondrée parce que après avoir fait voler mon sceau privé, l'un des objets les plus précieux pour une sorcière, j'aurais été tout à fait dans mon droit de me venger. Ne sous-estime pas les extrémités auxquelles on peut arriver à ce stade. Par chance, tu me l'as rapporté et tu as tout arrangé par toi même."

"Mais ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi elle me veut comme apprentie de substitution, surtout après les gaffes que j'ai faite." S'interrogea tout haut Chihiro.

"Parce que, mine de rien, tu lui amènes des clients importants. Depuis que tu as sauvé l'esprit de cette grande rivière, son établissement est fréquenté par des clients plus prestigieux. Et cela risque de s'accentuer avec ton sauvetage du Shishigami. Mais la majorité des clients voudront avoir affaire à toi, donc tu es un atout précieux pour la réussite de ses affaires."

"Et elle ne me prendra pas mon nom, cette fois ?" Demanda t-elle prudemment.

"Elle n'osera pas. Pas avec Bou en jeu. Mais pour plus de précaution, si tu dois signer quelque chose, tu le feras avec ton sceau privé. Cela empêche ton nom d'être volé et utilisé à de mauvaises fin, c'est pourquoi il est si précieux."

"Mais je n'ai pas de sceau !"S'exclama Chihiro.

"Eh bien nous allons arranger cela avec ta corne de cerf. Il sera parfait pour composer un bon sceau magique. Tu vas commencer par y graver ton nom et ensuite tu le décoreras comme tu voudras."

"Je vais m'y mettre tout de suite." Déclara la jeune fille en se levant aussitôt. Elle voulait contrer cette menace au plus vite.


Et durant les quelques heures, les yeux plissés par la concentration, tirant la langue inconsciemment devant la dureté de sa tâche, Chihiro grava son nom à l'aide de son Ki sur l'extrémité ronde de la corne offerte par le Shishigami. Quand elle eut enfin terminé, elle commença à réfléchir au symbole qu'elle pourrait mettre et finit par se décider de graver un dragon avec des cornes de cerf s'enroulant autour du bois. Là encore, elle utilisa son énergie magique sans quoi elle y aurait passé des jours. Mais même ainsi, en y passant plus de six heures, son dragon lui semblait bien maladroit. Mais elle pourrait toujours l'améliorer durant son temps libre d'après Zeniba.

Pendant que Chihiro avait travaillé sur son sceau, Zeniba avait expliqué à Bou la proposition de sa mère : qu'il reste chez elle quelques temps durant lesquels il apprendrait un peu de magie pendant que Chihiro travaillerait chez Yubaba. Bou avait semblé déçu de ne pas rester avec Sen plus longtemps et avait geint pendant quelques minutes jusqu'à ce que Setsuko détourne à nouveau son attention.

Dans son for intérieur, Chihiro songeait que ce serait bien pour Bou d'avoir des amis de son âge. Cela rendrait la séparation moins difficile.

La jeune fille avait ensuite discuté à nouveau avec Zeniba pour peser le pour et le contre de la proposition de Yubaba. Elle aurait sans doute beaucoup à apprendre et énormément de travail à faire. Mais d'après Zeniba, avoir une occasion d'apprendre la magie avec d'autres pratiquant de la magie était presque toujours une chance inespérée car on apprenait plus que si on avait seulement un maitre. De plus, il se pouvait que Chihiro découvre un moyen de soigner ses parents en étudiant à Aburaya : le grand palais des Bains était en effet réput pour ses médecines et son usage des herbes pour guérir les esprits. C'était un aspect que la jeune fille ne pouvait négliger en aucun cas.

Chihiro avait donc décidé de suivre le conseil de la vieille femme et d'accepter l'offre. Elle avait alors apposé son tout nouveau sceau sur la lettre et avait préparé ses affaires : son arc, sa tenue de Miko et ses talismans (elle en avait quatre désormais en comptant celui du Hoko et l'élastique tissé par ses amis lors de sa première visite ici.

Quand elle eut fait ses adieux provisoires à tous, elle finit par demander une question essentielle : comment elle allait faire pour venir chez Yubaba en peu de temps ? La vieille sorcière eut un sourire malicieux et fit un simple geste de la main : une couverture enveloppa alors Chihiro et ses affaires et s'envola avec elle en direction du palais d'Aburaya.


Kintarō (金太郎?), que l'on traduit par « garçon doré », est un héros du folklore japonais. Enfant à force surhumaine, il est élevé par une ogresse sur le mont Ashigara. Il devient ami des animaux de la montagne, et plus tard, après avoir capturé la terreur de la région, Shutendôji, il devient disciple de Minamoto no Yorimitsu sous le nom de Sakata no Kintoki (坂田公時?). Il est un personnage populaire du nô et du kabuki. On expose des poupées Kintarō le jour de la fête des garçons, Tango no Sekku (端午の節句) dans l'espoir de voir les garçons devenir aussi courageux et forts que Kintarō.

Toutes les légendes s'accordent sur le fait que Kintarō fut actif et inlassable, dodu et de bonne santé, ne portant qu'un bavoir portant le caractère chinois signifiant or (金 kin). Sa seule autre possession est une hachette (le symbole chinois du tonnerre).

Le Yōkai (妖怪?), mot japonais dérivé du chinois : 妖怪 ; pinyin : yāoguài ; littéralement : « monstre bizarre », également appelé en coréen yogwi (hangul : 요괴), désigne un « être vivant, forme d'existence ou phénomène auxquels on peut appliquer les qualificatifs extraordinaire, mystérieux, bizarre, étrange et sinistre ».

Shikigami il s'agit des petits papiers que Zeniba a envoyé à la poursuite de Haku, il ne s'agit pas d'origami, mais d'une référence à l'Ommyôdô (« voie du Ying et du Yang »), une théorie du taoïsme qui enseigne ce qui est à éviter certains jours, quelles directions prendre à telle période de l'année, la façon dont on devait construire une maison (ce qui s'apparente au Feng Shui)… Les prêtres étaient notamment chargés de purifier les lieux par l'utilisation de petits bouts de papier sur lesquels sont écrits des prières, les Ofudas. Les Shiki-Gami sont liés à ces pratiques. On croyait que les prêtres pouvaient insuffler la vie à des petits bouts de papier en forme d'animal ou d'humain et leur ordonner tout ce qu'ils voulaient. "Shiki" désigne "le style", "la manière", et "Gami" se traduit par "dieu". On retrouve cette croyance dans bon nombre d'animés.


Voici la suite et j'espère que cela vous a plu. Merci pour vos éventuelles critiques, remarques etc...