Bonjour à tous et à toutes et me voici de retour pour un nouveau chapitre de Retour à la Réalité. Je suis contente que cette histoire vous plaise et vous souhaite une bonne lecture !
Chapitre 15
La leçon du lendemain porta effectivement sur la cérémonie du thé et même s'il était impossible de ne pas commettre la moindre erreur lors d'un premier essai, Chihiro, dans l'ensemble, se débrouilla moins mal que l'Oka-san aurait pu le craindre. Elle lui fit même l'équivalent d'un compliment quand elle déclara que sa prestation n'était pas aussi lamentable qu'on aurait pu le supposer. Durant cette pseudo-cérémonie, Chihiro avait tenu le rôle d'un invité de bas rang tandis que les autres Geishas avaient pris la place l'une de l'hôte et les autres d'invités de marques. En réalité Chihiro avait bien été aidée par les hochements de tête discrets de Mie et de ses gestes furtifs quand elle se trompait. Elle avait réussi ce petit exploit sans se faire surprendre une seule fois. Mais cela ne voulait dire en aucun cas que la nouvelle apprentie gisha était devenue une professionnelle de la cérémonie du thé et ses fautes lui avaient value des remarques acerbes de la part de celle qui lui enseignait.
Les jours, puis les semaines qui suivirent, Chihiro eut beaucoup à faire en tenant compte de l'emploi du temps étrange du Palais d'Aburaya. Le matin, comme tous les occupants du palais des bains, elle se reposait dans la chambre qu'elle partageait avec Rin. L'après midi était consacré aux apprentissages plus directs : elle prenait des cours avec d'autres Miko sur les rituels japonais dans les arts pratiqués par les geishas : elle apprenait à danser, chanter, jouer du Koto, faire ne calligraphie qui ressemble à une vraie œuvre d'art, assistait au cours d'Ikebana, certaines méthodes de Feng-Sui, elle devait apprendre par cœur des poèmes et devait lire des vieux ouvrages de littérature japonaise. Cet emploi du temps était éprouvant d'autant plus que les Onee-san qui lui enseignaient étaient pour la plupart peu encourageantes. Les seules qui étaient amicales avec elle étaient Mie et une autre jeune fille appelée Midori qui s'occupait de l'arrangement floral et de la culture du bonsaï et avec qui elle s'entendait bien en grande partie grâce aux essais de Chihiro dans le jardin de Zeniba. Cet amour de la nature leur faisait une affinité en commun.
Ces cours étaient éprouvants et Chihiro n'avait jamais eu l'impression d'avoir travailler autant, même lors de sa première visite. Elle devait engranger des quantités phénoménales de connaissances et de compétences sur lesquelles elle n'avait jamais rien su jusqu'à maintenant. Parfois, elle avait l'impression de sentir sa tête exploser et il lui arrivait régulièrement de confondre certains principes d'une matière avec un autre d'une discipline, ce qui lui valait des réprimandes glaciales de la part de l'Oka-san qui n'hésitait pas à montrer les preuves de son incompétences.
Au début, Chihiro en avait été durement éprouvée et elle avait sentie une profonde déprime l'envahir. Mais Rin et Mie s'étaient chargées de la rassurer : bien que les deux femmes se connaissaient peu et n'étaient pas en très bon terme, elles avaient décidé de mettre leurs différents de côté pour Chihiro. Midori qui était une jeune Maiko, l'avait aussi beaucoup rassuré en lui disant que même si leur Oka-san avait des exigences élevées, même elle ne pouvait s'attendre à ce qu'elle apprenne autant de choses en quelques semaines quand des années n'y suffisaient parfois pas.
Leurs encouragements avaient beaucoup compté pour Chihiro qui savait qu'elle pourrait toujours compter sur ses amies. Du coup, elle s'était mise au travail avec des efforts encore plus acharnées, bien décidée à prouver à la responsable de l'Okiya qu'elle était capable d'intégrer au moins certaines choses même si elle n'était pas du tout parfaite. Or, Chihiro avait l'une des vertus les plus importantes dans ce monde : la persévérance. Mais elle avait également une autre qualité : le pouvoir de s'émerveiller comme une enfant devant quelque chose qui la fascinait. Et même si devenir une véritable geisha ne l'intéressait pas plus que cela, elle ne pouvait s'empêcher d'admirer secrètement ces filles, qui, parfois comme Mie, se sacrifiait pour préserver l'art traditionnel du Japon. Chihiro avait l'humilité nécessaire pour savoir qu'elle ne serait jamais aussi douée que ces femmes mais son cœur était dépourvue de malice et de jalousie et cela lui permettait de reconnaître leur valeur.
C'était d'ailleurs pour cette raison que le moment préféré de Chihiro était quand le soir arrivait et que les filles se préparaient pour accueillir leurs invités. Chihiro avait beau ne pas apprécié certaines d'entre elles qui étaient de véritables pestes mais elle-même ne pouvait s'empêcher d'admirer les magnifiques kimonos qu'elles portaient ainsi que la grâce et l'élégance avec lesquelles elles se comportaient. L'air était alors empli de parfums délicats dont l'odorat amélioré de Chihiro percevait les moindres flagrances, les discussions feutrées entre les geishas semblaient pleines de mystères et la lumière tamisée des lanternes renforçait cette atmosphère extrême orientale. Pendant ces heures là, Chihiro observait leurs prestations, dissimulée derrière un mur et elle cherchait ensuite à reproduire ce qu'elle avait vu et entendu : leur manière de se déplacer, de se comporter, les réponses qu'elles donnaient quand on leur adressait leurs paroles.
Pour cette raison, les filles les moins aimables l'avaient traitée de singe imitateur mais d'autres, qui avaient perçue les efforts de Chihiro, s'étaient adoucies et avaient commencé à être un peu moins sévères, (quand l'Oka-san n'était pas là), lui donnaient des conseils et même acceptaient dans de rares cas de l'intégrer dans leurs conversations. Leurs moqueries étaient devenues moins mesquines et plus de l'ordre de la taquinerie. Mais les plus âgées continuaient à ne pas s'occuper d'elle par contre, c'était les plus jeunes, les Maikos et toutes jeunes geishas qui l'interrogeaient parfois sur l'évolution du monde. Elles avaient semblé vraiment tristes de voir beaucoup des anciennes traditions tombées dans l'oubli depuis des siècles mais semblait en même temps émerveillées par les évolutions qui avaient eu lieu. Mais l'Oka-san les avait surprises une fois et avait interdit ces conversations sur des choses aussi futiles que le progrès qui avait, selon elle, "dénaturé leur culture".
Chihiro aimait également l'aube car c'était le moment où, leur travail une fois terminé, Rin et elle se retrouvaient pour se partager des secrets sur les magies qu'elles apprenaient. C'était l'un de ses moments préférés durant lesquels elles partageaient non seulement des connaissances, mais aussi des fous-rires, des moments de détente et de complicité pour lesquels Chihiro n'aurait renoncé pour rien au monde. Cela lui avait permis de supporter plus facilement les semaines de travail auprès des Geishas.
Ce jour là, Chihiro, tout en mangeant des senbei avec Rin, était en train de lui montrer à le tour pour permettre d'obtenir un fil de Chakra :
"Tu dois voir le fil de Chakra comme un prolongement du méridien de ton index. Tu dois forcer le Ki à dépasser de ton doigt. Je vais de donner un truc, c'est de relier tes deux indexes puis de les écarter progressivement et assez lentement tout en continuant de te concentrer. Voilà… comme ça ! Mais surtout ne relâche pas ta concentration ou le fil va disparaître !"
"C'est génial !" dit Rin en regardant émerveillée le mince et fragile petit fil de chakra entre ses deux doigts.
"Maintenant, si tu veux coudre avec, tu as le choix soit de rendre l'extrémité du fil de chakra pointue et dure, soit d'utiliser de vraies aiguilles, mais dans ce cas, je te conseille de les prendre en os ou en arrêtes de poisson puisque ce sont des matières qui ont généré le plus de Ki quand ça vivait autrefois, tu comprends ?"
"Je vois, dit Rin tandis que son fil disparaissait. Et toi, que veux tu apprendre, cette fois ? Ne me dis pas que tu es encore intéressée par les herbes médicinales ?"
"Je trouve que c'est vraiment très utile d'apprendre à guérir grâce à des plantes alors que dans mon monde, nous avions surtout des produits chimiques."
"Je ne comprends rien à ce que tu me racontes sur ton monde, c'est trop neuf pour moi, déclara Rin.
"Dans tous les cas, je crois que j'aime l'art de guérir plutôt que de tuer. Je trouve cela beaucoup plus sage et noble que de tuer."
"C'est pourquoi tu as sauvé l'esprit loup qui a faillit te tuer pourtant. Parfois, je ne te comprends pas. Qui irait soigner un loup qui a failli te croquer toute crue ?"
"Au fond, il n'était pas si cruel : il voulait juste une terre afin que sa compagne et lui puisse avoir leurs petits. Au fond c'est juste une question de survie et le Shishigami l'a bien compris sinon, il n'aurait pas été si indulgent envers Akainu."
"Ça va, j'ai compris… Donc pour en revenir aux plantes médicinales… Oh oh… Voilà l'Oka-san qui arrive, tiens toi prête."
"Sen. Venez avec moi." Ordonna l'oka-san en ouvrant le shoji.
Chihiro la suivit en passant par le jardin intérieur jusque dans la pièce où avait lieu habituellement les cérémonies du thé et là, elle vit madame Yubaba qui semblait l'attendre. Mais contrairement à d'habitude, elle portait un kimono du même bleu que sa robe usuelle et sa coiffure portait des accessoires élégants en or et de pierres précieuses. L'Oka-san prit alors la parole et dit :
"Yubaba sama, Sen, nous allons maintenant reproduire une cérémonie du thé où je tiendrais le rôle de l'hôte et vous, celui des invités afin de voir s'il y a eu des progrès de fait. Yubaba sama, je vous remercie de vous prêter à cette répétition. Quant à toi, Sen, pour les besoins de cette répétition, sache que mon nom ici est Akemi."
Sans un mot, Chihiro, s'inclina devant l'Oka-san et partit avec madame Yubaba dans le jardin intérieur, attendre sous la tonnelle. C'était un endroit de type zen et la jeune fille aimait y passer du temps chaque fois qu'elle pouvait car elle y trouvait toujours une source d'inspiration pour méditer. Selon elle, la personne qui entretenait ce jardin était un adepte du Ki car les parties du jardin semblaient suivre certains flux d'énergie qu'elle parvenait à percevoir. Parfois, un rocher ou un arbuste planté là paraissait montrer l'emplacement d'un point où les lignes de Ki se croisaient. C'était réellement une merveille d'harmonie aux yeux de Chihiro qui appréciait autant ce style de jardin que celui de du coin de verdure de Zeniba, qui, à sa manière, respectait autant les règles du Qi mais à la manière pratique d'un potager. Pendant tout le temps où elle resta dans ce lieu paisible, Chihiro observa intensément les lignes de Ki et à force de plisser des yeux, elle voyait même que les lignes du jardin formaient les caractères du mot sérénité, ce qui la fit sourire intérieurement.
Enfin l'Oka-san apparut à la barrière intérieure et les salua d'une courbette silencieuse. Yubaba prit alors la direction du tsukubai pour s'y purifier les mains et la bouche avec la louche. Chihirio l'y escorta et imita respectueusement son règne, son visage très concentrée pour ne pas commettre d'erreurs. Après cela, les deux femmes passèrent par une porte basse et entrèrent dans la pièce où la cérémonie devait avoir lieu. Des peintures simples et des maximes magnifiquement calligraphiées étaient accrochées dans les alcôves de la pièce. Chihiro n'avait jamais eu l'occasion de les observer de l'endroit où elle espionnait et maintenant elle pouvait en profiter pour les dévorer des yeux tout en affichant un visage impassible. Elle admira également l'unique fleur de lotus rose arrangée dans une coupelle laquée remplie d'eau.
Puis vint le moment de s'asseoir sur le tatami en seiza et l'Oka-san de l'Okiya était là avec les ustensiles nécessaires au rituel. Celle qui jouait le rôle de l'hôtesse fit les salutations d'usage, puis commença les préparatifs en faisant servir un repas léger puis des sucreries moelleuses que la jeune fille prit soin de n'en manger qu'une ou deux. Pendant ce temps, l'Oka-san faisait chauffer le braséro sur lequel se trouvait la théière. Puis madame Yubaba, toujours en silence, se redirigèrent vers la tonnelle pendant que l'Oka-san purifiait le matériel en le lavant en conservant sur elle la concentration de celles qui jouaient le rôles des invités. Enfin le thé le plus fort fut servi en premier lieu à Yubaba, l'invitée la plus importante. Ensuite le bol fut donné à Chihiro qui but au même emplacement que celui sa patronne, sachant que cela faisait partie du rituel. Celle ci détesta ce thé amer mais rien ne parut dans ses émotions.
Le service du thé plus léger fut plus supportable et accompagné de confiseries sèches. L'Oka-san commencèrent à discuter sur les tableaux, les maximes et l'arrangement floral de la pièce, semblant complètement ignorer Chihiro dans leur conversation. Mais finalement, l'Oka-san posa une question à Chihiro lui demandant ce qu'elle pensait de l'organisation de la pièce. Chihiro choisit de répondre honnêtement :
"Cet endroit respire la sérénité, Akemi dôno. En particulier le jardin, je n'en ai jamais vu qui retrace aussi bien ce sentiment."
"Il en est de même pour de nombreux arts. On a déjà dû te dire que le Ki est partout mais sans être pour autant accessible à tous, ni sans que tout soit accessible à un." Déclara Yubaba Sama en s'inclinant tout en admirant la tasse puis, après avoir essuyvv é l'endroit où elle avait bu, la passant délicatement à Chihiro qui lu dessus les caractères de la persévérance e de l'observation en prenant garde à ne pas les toucher de ses lèvres.
Quelle est votre maxime préférée, Sen-kun ?" demanda Akemi sama.
"La sagesse est de voir le nouveau dans l'ordinaire, en s'accommodant du monde tel qu'il est. Il y a des trésors cachés dans l'instant présent." Déclara la jeune fille avec calme et, espérait elle, distinction. Elle avait beaucoup apprécié cette citation offerte par Zeniba, surtout dans son usage du Ki
"Dans ce cas, cherchez à appliquer votre devise à votre enseignement et vous obtiendrez de plus grands trésors que l'or.
Elle comprit qu'il s'agissait d'un message destiné à elle et s'inclina en signe de remerciement tout en rendant la tasse, la décoration face à l'hôtesse comme elle l'avait appris. La conversation policée se poursuivit entre Yubaba et l'Oka-san de l'Okiya. Puis vint la fin de la cérémonie et Chihiro et madame Yubaba prirent congé en s'inclinant et elles rejoignirent le couloir des quartiers des geishas où elles laissèrent tomber leurs rôles : la cérémonie entière avait duré cinq heures et Chihiro sentait encore les fourmis dans ses pieds. La vieille sorcière contempla la jeune fille qui cherchait à ne pas gigoter et finit par dire :
"Selon moi, tu t'es bien débrouillée. Tu avances mais tu progresserais plus vite si tu apprenais à percevoir le Ki dans ce type de cérémonie, même si ce n'est pas donné à tout le monde."
"Merci, madame Yubaba." Répondit Chihiro en s'inclinant, les leçons du respect de l'étiquette étant complètement engrangées dans son corps à présent.
"Maintenant, va voir l'Oka-san. Elle devrait avoir des choses à te dire après ta prestation."
Chihiro se présenta donc devant l'Oka san, s'inclina puis s'assit respectueusement en seiza, attendant ses critiques. La femme la regarda un longue minute avant de prendre la parole :
"Malgré quelques menues fautes, tu es parvenue à tenir ta place dans une cérémonie du thé. Bien sûr, il était entendu dès le début que tu n'aurais pas prendre la place de l'hôtesse car cela nécessite des années de pratiques. Mais tu t'en es raisonnablement bien sortie pour une débutante en tant qu'invitée. Tu seras donc autorisée à assister aux cérémonies dans la pièce même en tant qu'observatrice."
"C'est un grand honneur, Oka san." Dit Chihiro en s'inclinant.
"En effet. Durant les cérémonies formelles, tu seras même autorisée à apporter certaines choses et donc à côtoyer les plus grands esprits. Ne me déçois pas. J'ai également eu vent de tes progrès dans certains des arts. J'aimerais que tu te concentres plus particulièrement sur la calligraphie. Si tu pratiques le Ki, tu peux parvenir à donner plus de style à ton écriture. De plus, je dirais que ton style est sosho, c'est à dire cursif. C'est le plus difficile des cinq styles d'écriture mais tu peux lui donner de la beauté si tu utilises bien ton pinceau."
"Merci pour vos conseil, Oka-san. Je les suivrais."
"Je l'espère bien."
Comprenant qu'il s'agissait d'un congé, Chihiro se retira dans sa chambre. Rin n'était pas encore rentrée, après tout, sa journée n'allait pas tarder à commencer et elle devait avoir fini de se préparer. Chihiro regarda dehors : le soleil indiquait qu'il était 2h de l'après midi, moment où les employés prenaient leur service. Sachant que l'Oka-san lui avait donné son congé, elle n'avait rien à faire de l'après midi, surtout après la matinée éprouvante qu'elle venait de passer. Elle décida donc de suivre le conseil donné et de se mettre à la calligraphie : contemplant sa feuille blanche, elle ne savait pas quoi écrire alors, elle se mit à songer à Kohaku et décida que, tant qu'à écrire quelque chose, autant que ce soit sur quelqu'un qu'elle aimait. Elle se plaça dans un état d'esprit de calme et songea à Kohaku sous sa forme de dragon. Une fois concentrée, elle écrivit simplement quatre idéogrammes signifiant : dragon louvoyant, torrent rugissant. Satisfaite, elle se saisit d'autres feuilles de papier de riz et cette fois, repensa aux yeux verts de celui qu'elle aimait et fit appel à son Ki pour tracer ses caractères.
Quelques heures plus tard, l'Oka-san vint la voir et s'empara sans un mot de ses essais. Elle en écarta la plupart mais en conserva certains qu'elle jugeait supérieur aux autres. Puis elle fit signe à Chihiro de la suivre dans l'une des salles et lui dit :
"Certaines de tes œuvres correspondent mieux à ta personnalité. Ton style est bien celui dit Sosho. Tes traits se suivent comme un dragon qui serpente entre terre et ciel. Je connais ton histoire. Si tu produits d'aussi bonnes œuvres en étant concentré sur ton ami, n'hésite pas. Mais sois bien sûre que vos cœurs s'appartiennent l'un à l'autre."
"Nous le savons déjà, Oka-san." Répondit Chihiro.
"Je t'ai fait souffrir, ces dernières semaines ? C'est normal. Les femmes doivent savoir endurer la souffrance d'une autre manière que les hommes. Contrairement à eux, elles doivent conserver un visage avenant et dissimuler leurs peines. Ces semaines que tu as su endurer, ne seront jamais vaines du moment que je les ai inscrites au fer rouge en toi et que tu saches en appliquer les préceptes. Ils te permettront d'évoluer dans ce monde sinon avec facilité, du moins en montrant que tu t'y es intégrée, ce qui est essentiel."
"Je vois, je vous en remercie, Oka-san" Répondit Chihiro sur un ton parfaitement calme.
"Je vais t'enseigner une leçon, jeune fille. On a dû t'enseigner qu'ici le pouvoir est tout. C'est parfaitement vrai. Mais la seconde chose la plus importante concernant le pouvoir, c'est la manière de l'exprimer. Un vieux proverbe de samouraï dit que un bon sabre celui laissé au fourreau. Beaucoup d'esprits respectent cette maxime et la plupart ont dissimulé leurs forces dans une pratique parfaite des arts : les arts de la guerre et du combat, certes mais aussi la calligraphie, l'Ikebana, la cérémonie du thé, l'art de tailler le Bonsaï… C'était comme ça de mon temps et c'est demeuré ainsi pour les esprits traditionnels. Donc, si tu parles le même langage, tu sauras te faire comprendre et entendre, ma chère fille. "
"Je crois que j'ai compris, Oka-san."
"Tu as été une bonne élève, non pas tant par la quantité de choses que tu as apprises mais par ton attitude face à cette montagne de savoir. Même face à un échec qui allait de soi puisque ta tâche était impossible, tu as su conserver ton calme et ta persévérance pour mettre toutes tes forces afin d'essayer. C'est ce comportement que j'ai apprécié le plus chez toi, parce que sinon, autrement, soyons honnête, tu n'es pas faite pour pratiquer tous les arts : tu n'es pas une grande danseuse avec une grâce innée, tu arrives à peine à jouer d'un instrument convenablement et tu es lente pour apprendre."
"Je sais. Je suis navrée de vous avoir déçue." Dit la jeune fille en s'inclinant : une réponse de convenance face aux reproches faites.
"Et pourtant, tu ne t'es pas mise à détester les arts ni à t'en détourner. Tu as poursuivi tes efforts. Malgré le comportement de certaines de mes filles, tu as continué à admirer non ce qu'elles étaient en mal mais ce qu'elles faisaient de beau. Un proverbe dit que le talent sait reconnaître le génie et dans le cas présent, je pense que tu es très talentueuse en ce sens, ma fille."
"Vous me faites là un grand compliment, Oka-san." Répondit Chihiro en s'inclinant profondément.
"N'est ce pas ? Tu ne seras jamais une de mes geishas et je ne le regrette point. Par contre, un jour, peut-être deviendras tu l'épouse d'un esprit, toi, une simple humaine. Dans ce cas, quand les esprits loueront tes manières, je pourrais me vanter au fond de moi d'y avoir contribué. La plus illustre récompense pour une pratiquante des arts est de voir son talent reconnu aussi bien chez soi que chez ceux qui ont été ses disciples."
"Je tâcherai de ne point vous faire honte, Oka-san." Répondit sa jeune interlocutrice qui respectait toujours le protocole en vigueur.
"C'est bien. Je vais te dire ce qu'il en est de tes autres compétences. Tu es assez bonne en arrangement floral et je sais que tu maitrises suffisamment le Ki pour que je puisse courir le risque de te donner un bonsaï à cultiver. Tu ne sais pas encore bien danser mais au moins tes entrainement t'ont appris à te déplacer avec grâce. Ta voix n'a rien de remarquable malheureusement mais tu connais désormais assez bien la musique pour savoir quand tu fais une fausse note. Tu maitrises suffisamment la cérémonie du thé pour tenir ta place en tant qu'invitée même si tu ne peux pas encore tenir le rôle de l'hôte. Voilà concernant les arts des Geisha. Par contre, j'ai cru comprendre que tu t'entrainais au Kyudo ?"
"Oui, Oka-san, mais je n'ai pas eu l'occasion de m'y entrainer ces dernière semaine." Répondit Chihiro avec une pointe de regret : elle était certaine que ses progrès avaient dû bien baisser du fait du manque d'entrainement.
"Même si je réprouve l'apprentissage des armes pour mes geishas, je dois bien admettre que dans ton cas, il te sera utile. J'aurais dû te laisser une heure par jour pour t'entrainer mais cela aurait risqué d'entraver tes autres progrès dans les arts. Néanmoins, si tu parviens à trouver le temps, n'hésite pas à l'employer à t'entrainer. Yubaba sama m'a dit que tu n'avais pas l'intention de demeurer sous sa protection, donc tu auras forcément besoin de savoir te défendre. Déclara l'Oka-san.
"Vous considérez l'emploi que vous offre Yubaba sama comme une protection, Oka-san ?" Demanda Chihiro un peu précipitamment.
"Évite de poser des questions inconsidérées, ma fille ! Mais pour répondre à ta question, oui, elle nous protège ainsi que tous ses employés. C'est son devoir en tant que maitresse d'Aburaya. Ce monde est cruel, petite. Bien des hommes auraient pu abuser de nous et certains seigneurs n'ont pas hésité à nous traiter comme de vulgaires prostituées tel l'ancien maitre d'Aburaya. Mais Yubaba sama étant une femme, elle comprend mieux nos problèmes que tu le penses et même si elle prend les noms de ses serviteurs pour les empêcher de partir, je vois cela comme une manière de nous protéger."
Chihiro comprit presque instantanément que durant sa vie (mortelle ou dans le monde des esprits), l'Oka-san de l'Okiya d'Aburaya avait dû énormément souffrir de la main des hommes au point de voir dans son service à Yubaba une marque de reconnaissance pour une protection offerte par son employeuse contre des hommes mauvais. Chihiro soupçonnait fortement que Yubaba avait quelque chose à voir dans la disparition de son époux, ce dernier étant apparemment décrit comme un homme mauvais, un véritable tyran selon Zeniba, pourtant mesurée dans ses propos. Au fond, songeait Chihiro, les personnes qu'elle côtoyait depuis son arrivée dan le monde des Esprits étaient infiniment plus complexes qu'on pouvait le percevoir au premier regard. Madame Yubaba avait peut-être l'air d'une mégère sans cœur mais sa protection était réelle et elle tenait toujours sa parole. L'Oka san semblait peut-être dure et intransigeante mais cela cachait une vie de souffrances et de déshonneur mais au fond, elle ne voulait qu'une chose, protéger ses filles de ce qui lui était arrivée. Les Geishas semblaient être des pestes arrogantes mais elles avaient travaillé toute leur vie pour affiner leurs talents et certaines ne rêvaient que de libertés.
Chihiro fut sortie de ses pensées quand la voix de l'Oka-san reprit :
"À partir de demain, tu seras vraiment l'assistante de Rin et tu pourras commencer à accueillir les clients de façon noble et distinguée. N'hésite pas à revenir ici pour être certaine que tes talents durement acquis ne se fanent pas, mon enfant."
Chihiro s'inclina devant l'Oka san et partit se coucher, l'esprit envahi par tout ce qu'elle venait d'apprendre, presque malgré elle. Mais elle devait dormir. Demain, le vrai travail commencerait.
L'Ikebana (生け花?) également connu sous le nom de kadō (華道/花道?), la Voie des fleurs ou l'art de faire vivre les fleurs est un art traditionnel japonais basé sur la composition florale.
Le senbei (煎餅?) est une galette de riz gluant traditionnelle japonaise. Il en existe de diverses formes, tailles et saveurs, parfois sucrées, mais plutôt salés car enrobés de sauce de soja.
Les senbei sont consommés avec le thé vert comme casse-croûte occasionnel ou comme collation de courtoisie offerte aux invités.
Les senbei sont constitués d'une pâte à mochi, cuits au four ou grillés. Ils peuvent alors être enveloppés avec une feuille de nori. Alternativement, ils peuvent être assaisonnés avec du sel.
Le senbei à la crevette sont appelé ebisenbei.
La cérémonie du thé La cérémonie du thé au Japon, appelé aussi chanoyu (茶の湯?), sadō (茶道?), ou chadō (茶道?) est un rituel traditionnel influencé par le bouddhisme zen dans lequel le thé vert en poudre, ou matcha (抹茶?), est préparé de manière cérémoniale par un praticien expérimenté et est servi à un petit groupe d'invités dans un cadre calme.
Chanoyu (littéralement « eau chaude pour le thé »), se réfère habituellement à la cérémonie (rituel) à elle seule, alors que sadō ou chadō (« chemin du thé ») représente l'étude ou la doctrine de la cérémonie du thé. Plus particulièrement, le terme chaji (茶事?) se rapporte à la cérémonie du thé complète avec le kaiseki (un repas léger), l'usucha (薄茶?, thé léger) et le koicha (濃茶?, thé fort), durant approximativement quatre heures. Une chakai (茶会?, littéralement une « rencontre autour du thé ») n'inclut pas le kaiseki.
Du fait qu'un praticien de la cérémonie du thé doit être familier avec la production et les différents types de thés, avec les kimono, la calligraphie, les arrangements floraux, les céramiques, l'encens, et un large ensemble d'autres disciplines et arts traditionnels en plus des pratiques du thé enseignées dans son école, l'étude de la cérémonie du thé prend de nombreuses années et souvent toute une vie. Même pour participer en tant qu'invité dans une cérémonie du thé formelle, une connaissance du sadō est requise, incluant les gestes recommandés, les phrases à dire par les invités, la bonne manière pour boire le thé et la tenue générale à adopter dans la salle où est servi le thé.
Voilà ! C'était lapetite minute d'information concernant la culture japonaise. J'espère que vous avez apprécié ce chapitre. Si c'est le cas ou si vous avez des questions, n'hésitez pas à me laisser une review !
