Bonjour à tous, me voilà de retour pour un nouveau chapitre de retour à la réalité. J'espère qu'il vous plaira ! En attendant, je remercie ceux et celles qui m'ont laissé une review, cela m'a fait très plaisir !
Chapitre 16
Rin fut ravie d'apprendre que Chihiro pourrait désormais venir travailler avec elle le soir et communiqua sa joie de façon très spontanée : elle emmena son amie en bas du palais des bains afin de partager une coupe de saké avec Kamaji pour fêter la réussite de la toute jeune fille. Malheureusement, elles ne purent rester fort longtemps car l'après midi commençait, ce qui signifiait que les filles ne devaient pas tarder à se préparer : les yukatas qu'elles porteraient n'étaient pas aussi difficile à mettre que les kimonos de cérémonie mais cela prenait du temps néanmoins, sans compter la coiffure où pas un cheveu ne devait dépasser ainsi que le maquillage des maikos qui était fait pour les vieillir un peu. Les deux jeunes filles subirent les soins sans frémir car elles étaient désormais habitées à cela.
Bientôt, Rin, accompagnée de Chihiro, sortit et vint rejoindre le hall où elles attendirent patiemment que les lampes soient allumées, annonçant ainsi l'ouverture du palais des bains. Bientôt les dieux arrivèrent du bateau et les clients se succédèrent les uns aux autres : la plupart du temps, il s'agissait de kamis communs, qui n'étaient pas situé très haut dans la hiérarchie des esprits. Mais de temps à autre, un dieu plus important, généralement l'esprit d'un lieu-dit venait parfois prendre un bain ou assister aux représentations artistiques des Geishas. C'était alors à Rin ou Chihiro d'escorter le client jusqu'au bain ou à l'étage avec calme et distinction. Elles leur parlaient d'une voix mesurée, s'inclinaient convenablement et n'hésitaient pas à leur faire la conversation comme elles l'avaient appris durant leur initiation.
Bien vite, la jeune humaine apprit à ne plus appréhender ces moments d'accueil et elle apprit grâce à Rin la manière d'accueillir ces esprits plus imposants tout en gagnant en assurance. Durant les nuits, Chihiro les accueillait et les conduisait un peu partout à Aburaya : dans les restaurants, aux bains, dans les salons de massages, dans les étages privés. Parfois, la fillette devait également vérifier la qualité de la nourriture en cuisine et avait donc dû apprendre à affiner son sens du goût, elle descendait parfois chez le vieux Kamaji pour en apprendre plus sur les nombreuses sortes de bains qui existaient. Elle circulait absolument partout et chaque fois, la jeune fille apprenait quelque chose de nouveau sur le fonctionnement du palais des Bains et surtout sur le monde des esprits en général et la manière dont il fonctionnait. En un mois, Chihiro avait expérimenté ce qu'était réellement ce monde et apprenait progressivement à s'y diriger et en connaissait désormais la majeure partie des règles et des interdits qui y régnaient.
Celle qui était connue sous le nom de Sen n'avait pas tardé à faire ses preuves quand un esprit d'un vent, un Kami-kaze était parvenu jusqu'à Aburaya, souillé par les fumées des usines humaines et surtout par une terrifiante impureté qui semblait le ronger de l'intérieur et empoisonnait tout ceux qui l'approchaient. Les deux jeunes filles s'étaient dévouées : Chihiro, grâce à l'aide de Kamaji, avait fini par trouvé un remède qui pourrait apaiser la douleur du vent : un bain médicinale comportant des algues et ayant une odeur très forte de saumure et d'iode marin, Rin pendant ce temps avait isolée le dieu des autres kamis et fait évacuer tout le monde dans le calme. Yubaba elle-même était descendue pour s'assurer que son personnel n'ait pas été trop atteint par l'empoisonnement puis avec une aura de compétence presque terrifiante, elle avait réussi à enfermer le mal qui rongeait le dieu au sein d'une jarre qu'elle avait scellé à l'aide de sortilèges puissants. Suite à quoi, elle avait emmené ses deux jeunes apprenties au dernier étage pour une leçon impromptue sur ce qui venait d'arriver :
"Le mal que vous venez de voir est malheureusement devenu très courant depuis que vingt ans se sont écoulés dans le monde des humains. Il ronge de nombreux esprits et il a été créé par les humains il y a près d'un siècle et depuis, il a commis de nombreux dégâts. Parfois, je me dis que les kamis ont raison de haïr les humains quand je vois tout cet irrespect, même si j'en étais une autrefois."
Chihiro comprit que c'était certainement un sujet sensible et qu'il valait mieux laisser la vieille sorcière parler sur ce sujet sans l'interrompre.
"L'un des moyens de s'en protéger consiste à le saturer de sels marins et de certaines plantes qui absorbent mieux ce poison. Comme il s'agit d'un mal courant, je vais vous apprendre à le contrer. Et ensuite, pour vous récompenser de votre dur labeur de ce soir, vous aurez droit à une leçon de magie en règle !"
Yubaba commença par leur faire classe sur les différents maux causés par les humains et les conséquences que cela avait sur les esprits et dans lequel le faux esprit putride du premier voyage de Chihiro n'était qu'un exemple parmi d'autres. Elle leur montrait ensuite les différentes façons pour soigner les dégâts causés aux esprits par les activités humaines. Les deux jeunes filles écoutaient son cours avec attention, sachant que la moindre faute d'inattention leur vaudrait un âpre sermon de la part de la vieille sorcière. Mais de toute manière, Chihiro était beaucoup trop absorbée par ce qu'elle apprenait pour avoir l'esprit ailleurs, sa seule source de distraction consistait à se demander comment elle pourrait faire la même chose quand elle serait revenue dans le monde des humains.
Ensuite, Rin et Sen furent séparée et chacune dû aller à un bout de la pièce pour éviter de se distraire. Elles se placèrent dans la position du sazen et commencèrent à méditer chacune sur le chakra qu'elle devait ouvrir. Rin venait d'ouvrir enfin celui de l'eau et elle devait donc apprendre à en maitriser l'énergie. Chihiro, quant à elle, se concentrait sur le quatrième chakra qui était basé sur l'air. Yubaba avait fini de donner ses instructions à Rin et s'occupait maintenant de Chihiro en lui donnant ses explications pratiquement sur le même ton que sa sœur jumelle :
"Le quatrième chakra se nomme Fanâhata-Chakra et se situe près de ton cœur, ma petite et il représente, dit-on, l'amour inconditionnel, la guérison, la beauté, la paix intérieur, l'intuition et les sentiments. Celui qui ouvre son quatrième chakra acquiert le don de la maitrise de l'air et il peut ainsi voler comme un oiseau. Son sens de l'harmonie et ses capacités d'aimer sont également augmentées. Maintenant, tu concentres toute ton énergie et tu commences à la diriger vers ton cœur, comme ça…Concentre toi fortement sur tes sentiments, même si ça concerne ce bon à rien d'Haku et maintenant !"
Chihiro ouvrit les yeux et sentit très distinctement l'énergie affluer du côté de son cœur, la submergeant sous une vague d'émotions. Mais elle parvint à reprendre le contrôle juste avant de fondre en larmes et elle se contenta de regarder autour d'elle : Yubaba avait l'air plutôt satisfaite d'elle même tandis que Rin semblait impatiente d'arriver à ce stade. Chihiro sourit et leva le pouce en disant :
"Je l'ai fait ! Merci madame Yubaba !"
"Oui, bon, ça va, pas la peine d'en faire tout un plat non plus." Maugréa la vieille sorcière.
Chihiro, néanmoins, ne manqua pas la petite lueur dans ses yeux montrant qu'elle appréciait le compliment et elle dissimula son sourire. Yubaba se dirigea ensuite vers sa bibliothèque privée et retira deux rouleaux de papier de riz qu'elle tendit à chacune des filles en leur disant :
"Il y a quelques sorts plutôt intéressants dedans. Chaque fois que vous ferez du bon travail, je vous donnerai de nouveaux sorts à apprendre selon l'ouvrage accompli. Nous avons un marché ?"
"Oui, madame Yubaba !" S'exclamèrent en cœur les deux filles.
Puis, rapidement, Rin et Chihiro filèrent vers leur chambre et commencèrent à consulter les rouleaux des sorts si généreusement prêtés par Yubaba. En les lisant, elles comprirent rapidement ce qu'il en était : c'était des sortilèges assez basiques que ceux pratiquant la magie devaient être assez nombreux à connaître. Néanmoins, il fallait être assez avancé dans l'apprentissage du Ki pour pouvoir les apprendre et en lisant son propre parchemin, Chihiro comprit rapidement que celui qu'elle avait était légèrement plus avancé que celui de Rin. De concert, les deux filles décidèrent de se concentrer sur le sortilège de l'aînée et commencèrent à apprendre un sort plutôt simple de lévitation.
Au fil des semaines qui passèrent, Chihiro se sentit plutôt contente de la tournure que prenait les événements. Elle n'avait certes pas trouvé de solutions au problème de ses parents mais son répertoire de sorts s'élargissait rapidement au fur et à mesure des jours. Les clients prestigieux venaient de plus en plus nombreux, ravissant Yubaba et augmentant considérablement ses bénéfices ainsi que le prestige de son établissement. Bien vite, Chihiro s'était habituée au rythme et n'hésitait plus quand il fallait prendre une décision, se contentant juste d'un regard d'approbation de Rin quand elle n'était pas certaine.
Ce jour là, les esprits affluaient au palais des bains qui se trouvait dans son état d'agitation habituel. Comme d'habitude, Chihiro s'était levée plus tôt pour s'entrainer à l'arc puis s'était préparée à recevoir les clients en se vêtant de son magnifique yukata bleu et vert. Elle et Rin s'étaient coiffées et maquillées ensemble puis elles étaient descendues pour accueillir les premiers arrivants avec un excellent travail d'équipe. Rin lançait ses recommandations d'une voix distinguée mais assez forte en prenant garde à ne pas déranger les clients.
"Sen, Yukikaze hime vient apparemment nous rendre visite. Fais attention à ce qu'il n'y ait pas trop d'eau dans son bain. Vu que c'est un esprit de la neige, il y aura toujours de l'eau en abondance !"
"D'accord. Je fais passer la consigne aux employés." Déclara Chihiro en envoyant un message par l'un des nouveaux tours de magie qu'elle venait d'apprendre et qui était bien pratique pour la communication entre les deux filles et les employés.
"Sen, Rin ! S'exclama le manager de la Maison des Bains, un esprit de la rivière arrive. On dirait le même que celui de la dernière fois quand Sen était là la première fois !"
"Très bien. Du moment qu'il ne soit plus sous sa forme d'esprit putride, je préfère cela ! Sen ? Tu peux t'en occuper, le temps que j'aille prévenir madame Yubaba de sa venue ? Je pense qu'il préférerait avoir affaire à toi vu que c'est toi qui l'a sauvé la dernière fois."
"D'accord, je me tiens prête !" S'exclama Chihiro en arrangeant sa tenue.
Bientôt, elle vit à l'horizon un immense dragon blanc bien plus imposant que Kohaku. Les autres esprits mineurs, le voyant, battirent en retraite respectueusement pour le laisser atterrir sur le pont, juste devant Chihiro qui s'inclina bien bas devant lui. La jeune humaine devait beaucoup à l'esprit de la grande rivière : il était celui qui lui avait permis de s'intégrer la première fois à Aburaya mais en plus, il lui avait également offert une boulette de plantes médicinales et sans elle, jamais elle n'aurait pu sauver Kohaku ou Sans-Visage. Elle lui devait donc également la vie de ses amis et lui serait à jamais reconnaissante. Mais, à la grande surprise de Chihiro, le puissant esprit lui témoigna un respect semblable en s'inclinant également devant elle. La jeune fille s'empourpra mais conduisit néanmoins l'esprit de la rivière (qui s'avéra être celui de celle de Kitakami dans Hokkaido) jusqu'au grand bain.
Bientôt les puissants et sinueux anneaux du grand dragon serpentin s'étaient enroulés au sein du bassin d'eau brûlante et l'esprit au masque de vieillard édenté semblait laisser échapper un grondement de plaisir. Se tournant vers la jeune humaine, il lui fit un signe que Chihiro comprit immédiatement : il désirait qu'elle prenne soin de lui. Normalement, ce n'était plus la tâche de la jeune fille mais celle-ci était consciente de la dette qu'elle avait envers lui et ce fut sans hésiter qu'elle commença à gratter les magnifiques écailles du grand corps du dragon pour les débarrasser de la boue. Le dragon tourna alors vers elle son masque brun et l'interrogea alors :
"Et bien, mon enfant ? Es tu parvenues à faire un bon usage de ma boulette de plantes médicinales ?"
"Oui, Kitakami sama, grâce à elle j'ai pu sauver deux de mes amis et indirectement mes parents." Mais malheureusement, trente ans étaient passées dans le monde réel et mes parents n'ont pas su s'adapter à ce changement."
"Je vois, murmura l'esprit, ils souffrent du même problème que Urashima Tarô qui est resté dans le monde des esprit pendant que sept siècles s'écoulaient dans le monde des humains. C'est un problème qui ne peut être résolu par des plantes médicinales ou par des simples sorts, ma chère enfant. Il faudra l'intervention d'esprits plus puissants que moi pour pouvoir leur rendre la santé mentale et les rendre capables de retourner à leur vie."
"Merci pour cette précieuse information, Kitakami sama" Remercia Chihiro en s'inclinant.
Elle en connaissait désormais davantage sur la manière de sauver ses parents et savait que la médecine des plantes n'arrangerait rien. Comme Zeniba l'avait prédit, seul le recours aux grands esprits lui permettrait d'atteindre son but. Cette certitude était à la fois pleine d'espoir car elle en savait désormais plus sur la manière dont elle pourrait sauver ses parents mais également décourageante car cela signifiait qu'elle aurait à accomplir pratiquement l'impossible pour trouver une solution. Mais la jeune fille se ressaisit : elle y parviendrait, elle le devait, même si elle devait parcourir tout le monde des esprits pour cela !
"Je vois que tu as déjà pris ta décision, chère enfant. Prends cet Omamori : elle fera comprendre aux esprits que tu croiseras que moi, Kitakami, je soutiens ta quête. Puisse t'elle rencontrer le succès, déclara le Kami en tendant à Chihiro la petite amulette tissée de soie bleu avec le nom de l'esprit de la rivière.
"Merci infiniment, Kitakami sama !" S'exclama Chihiro en s'inclinant profondément devant le dieu de la rivière d'Hokkaido.
Peu après, le dieu de la rivière prit son envol, laissant sur son passage quelques pépites d'or au passage, pépites qui atterrirent rapidement dans la bourse de madame Yubaba. De son côté, Chihiro se confectionnait un pendentif où elle accrocha ses quelques amulettes qui commençaient à s'accroitre en nombre. Durant son voyage, elle aurait besoin de toutes les protections possibles et la magie des talismans était puissante, à la fois selon Yubaba et Zeniba. Quand un esprit t'offrait une part de lui même comme amulette, alors cela signifiait que tu avais son soutien d'une certaine manière. Et l'instinct de Chihiro lui soufflait qu'elle aurait besoin un jour de tous les soutiens disponibles pour sauver sa famille.
Quelques jours après la visite de Kitakami, le palais des bains fut à nouveau en pleine ébullition et même Yubaba semblait extrêmement nerveuse. Chihiro et Rin apprirent rapidement ce qu'il en était : un Tengu, une divinité de la nature allait rendre visité à Aburaya pour une inspection. Le problème avec ce type d'esprit venait du fait qu'ils étaient connus pour leur côté moqueur ainsi que par leur tendance à punir les orgueilleux, les arrivistes, les avaricieux les personnes vaniteuses et arrogantes. Or, comme l'avait si bien souligné madame Yubaba avec un sourire sardonique, Aburaya ne semblait contenir que ce type précis d'employés, ce qui lui avait été précisément reproché lors de la dernière inspection par un Tengu voilà vingt ans…
La vieille sorcière ne se faisait pas d'allusion et se savait appartenir à la catégorie de personnes que le Tengu méprisait par dessus tout mais cette fois-ci, elle avait un espoir que son inspection se passe mieux que prévue grâce à la présence inopinée de Sen…
Ce fut donc à Chihiro qu'elle demanda de se tenir prête pour accueillir le grand kami et la jeune fille obéit avec toute l'humilité qu'elle possédait. Le Tengu faisait partie des rares esprits dont Chihiro avait entendu parler avant sa venue dans le monde des esprits et la petite humaine était curieuse d'en voir un.
Quand ce dernier arriva, il était conforme à l'image que Chihiro s'en était faite : il avait la peau d'un rouge vif et son visage avait des traits caricaturaux, en particulier le long nez caractéristique des Tengus. Il arborait également la tenue caractéristiques des yamabushis, les ascètes vivants dans les montagnes : un pectoral avec six pompons de couleur, une coiffe et une conque. Il portait une veste, le suzakake et un hakama, un pantalon large de couleur jaune ocre.
Chihiro ne pouvait s'empêcher de ressentir une excitation enfantine à l'idée de rencontrer l'un des esprits les plus typiques de la mythologie japonaise et accueillit donc l'esprit pratiquement avec l'innocence de l'enfant qu'elle avait été.
De son côté, l'esprit de la nature semblait avoir compris pourquoi il n'y avait quasiment personne pour l'accueillir à part ce qui était une enfant humaine encore innocente et pure des pires défauts de l'humanité. Il était bien conscient des nombreux défauts des employés recrutés par la vieille Yubaba et il comprenait parfaitement qu'il s'agissait d'une mise en scène élaborée par la sorcière qui dirigeait la maison des Bains. Cependant, il en concevait plus d'amusement que de vindicte. Après tout, cela allait lui permettre de tester une humaine pour savoir si ces derniers s'étaient améliorés depuis la dernière fois qu'il en avait rencontrés. Après tout, le plus souvent, les hommes n'étaient que des créatures cupides, dont les désirs ne concevaient aucune limite et malheureusement, certains esprits, sous une forme plus humaine, tendaient à prendre exactement ce genre de défaut comme c'était le cas des serviteurs d'Aburaya. Verrait il enfin l'exception à la règle ? Le Tengu l'espérait car il n'aimait pas se moquer ou punir des enfants puisque son rôle était, au contraire, de les protéger.
Mais tandis qu'il se laissait guider par la fillette tout le long des coursives du palais des bains, alors qu'il sondait les pensés de l'enfant, il ne pouvait voir que la détermination résolue de cette dernière à secourir ses parents. Il était bien rare pour les Tengus de tomber sur des âmes aussi pures, surtout chez les humains, même si celle de l'enfant appelée Sen n'était pas dépourvue de défauts. Mais l'aspect le plus beau chez celle-ci, c'était que plus les difficultés s'accumulaient, plus elle était résolue à les surmonter, sans se laisser abattre par le découragement. Non, décidément, il était trop rare pour un vieux Tengu comme lui de voir une âme aussi dépourvue d'égoïsme et, dans sa grande bonté, la divinité de la nature décida d'octroyer un don à l'enfant qui, à l'instant présent, prenait soin de sa santé comme s'il était un client normal.
Lisant dans l'esprit calme de l'enfant, il vit le but noble qu'elle poursuivait et se décida pour un sort qu'il octroyait généralement aux enfants perdus qui tombaient sous sa protection : la faculté de toujours trouver le bon chemin même si ce n'était pas forcément le plus court ou le plus rapide, la route qu'elle prendrait la mènerait sans se tromper vers ses objectifs. À l'insu de la jeune humaine, il tissa son sort et l'incrusta profondément dans l'esprit de Chihiro puis il se retira de ses pensées et se décida à profiter du bain et des soins apportés.
Quelques heures plus tard, le Tengu entra dans le bureau de Yubaba. La vieille sorcière demanda de son ton sucré qu'elle n'utilisait qu'avec ses meilleurs clients si le bain lui avait plu. L'esprit de la nature interrompit ses minauderies et demanda :
"La jeune personne qui m'a servi était bien une humaine, n'est ce pas ?"
"Oui, elle en est une. Vous aurait-elle mal servi, votre excellence ?" interrogea Yubaba en dissimulant son inquiétude.
"Non, j'avouerai même que, pour une fois, être servi par une personne dépourvue d'orgueil et de pensées matérialistes rend le bain très agréable, contrairement aux autres fois." Déclara le Tengu avec une pointe légèrement caustique dans sa voix.
"Je n'y peux rien si mes employés sont cupides et insolents !" Se récria la vieille sorcière en portant la main sur son cœur en un geste un peu trop théâtrale.
"Je suppose qu'ils imitent le mauvais comportement de leur patronne…"Insinua l'esprit de la nature d'un air sardonique.
"Oui, bon, pour en revenir à Sen, c'est une bonne petite quand elle s'en donne la peine, maugréa Yubaba comme si on lui arrachait les mots de la boche.
"Elle a introduit du changement dans votre établissement et même dans votre cœur, une chose, qui, je l'admets, me paraissait impossible jusqu'à aujourd'hui. Autrefois, vous voyiez seulement l'or comme votre trésor et voici que maintenant vous avez compris que le seul vrai trésor est bel et bien votre fils. Autrefois, vous étiez en très mauvais termes avec votre sœur et maintenant, voici que vous lui faites suffisamment confiance pour lui confier en partie l'éducation de votre fils unique."
"Comment savez vous cela ? Ah, je vois, vous avez fouillé dans les pensées de cette petite… Faites moi penser à lui apprendre à dissimuler ses pensées des regards trop curieux lors de sa prochaine leçon…" Marmonna Yubaba en jetant un regard mauvais au Tengu qui ne s'en formalisa pas.
"Vous vous êtes également suffisamment adoucie pour accepter d'enseigner à une humaine de la magie alors que vous méprisez désormais les humains au point d'avoir oublié que vous en étiez une avant votre mort. Je sais que vous n'hésitez pas à transformer en porcs ceux qui osent s'introduire dans notre monde. Non pas que je vous le reproche : de nos jours, tous les esprits ont la rancune tenace contre l'humanité qui nous a rabaissé au rang des superstitions. Et cependant, vous enseignez désormais la magie à une enfant humaine."
"Sen n'est pas à proprement parler mon apprentie mais celle de ma sœur. Après, nous avons juste fait un échange de disciples, elle et moi." Tenta de se justifier la vieille sorcière.
"Mais pour une humaine, je dois reconnaître qu'elle est intéressante…Continua le Tengu en frottant son long nez rouge sans se préoccuper des dénégations de Yubaba. "C'est rare, de nos jours, de voir un esprit filial aussi fort."
"Oui. C'est bien dommage que ses parents n'en vaillent pas réellement la peine. Mais bon, on ne choisit pas sa famille." Commenta la vieille sorcière en secouant la tête.
"Mais au fond, sa famille importe peu. L'important, c'est que nous avons une humaine dans le monde des esprits, un événement désormais si rare que cela aura forcément des conséquences. Autrefois, c'était plus fréquent : il existait plus de croyants et de shamans rendant cela possible et même alors, c'était exceptionnel."
"Est-ce donc si important ?" Demanda Yubaba d'un air grave en fronçant les sourcils.
"Oui, car paradoxalement seuls les humains vivants peuvent, en agissant, avoir un impact très profond sur notre monde qui semble si immuable. Par leurs actions, ils peuvent introduire des changements importants en ce lieu, je suis certain que vous en avez déjà eu un échantillon ici, inutile de m'expliquer davantage. Toujours est-il que cette petite, par ses agissements, peut créer un bouleversement dans le monde des esprits, au point que sa petite vie pourrait fort bien se révéler crucial dans les temps à venir…"
"Je vois… Ces rumeurs de guerre ne sont pas que des rumeurs, murmura la vieille sorcière en fermant les yeux.
"Les esprits se rebellent contre la gestion des hommes : depuis un siècle, les humains ont cessé de respecter la nature et ont commis des dégâts parfois irréparables dans le monde des vivants, sur la nature. Beaucoup d'esprits ont été affaiblis et nombreux sont ceux qui souhaiteraient intervenir pour prouver leur existence en forçant les humains à voir qu'ils ne sont pas les seuls sur cette terre. Pendant ce temps, voilà que les hommes jouent avec des forces qu'ils ne comprennent pas et créent des puissances inconnues qui pourraient fort bien engloutir notre existence et nous plonger définitivement dans l'oubli. Tel est le conflit qui se prépare. Et dans cette guerre, une simple humaine qui a décidé d'agir, pourrait fort bien changer le cours des choses pour le meilleur ou pour le pire. "
"Et vous pensez que Sen y parviendrait " Demanda Yubaba en fixant le Tengu.
"Disons que j'ai décidé de parier sur elle. Je lui ai offert un don qui finira par la mettre en contact avec des esprits de plus en plus grands. Ainsi, peut-être pourra t-elle réaliser son objectif et son intervention pourra, qui sait, s'avérer bénéfique pour tout le monde. En attendant, il est de votre devoir de la former tant qu'elle sera ici. Un jour très prochain, elle partira et mieux vaut qu'elle ait des atouts en main. " Déclara le vieil esprit.
"Je m'y emploierai, votre excellence." Déclara la vieille maitresse des bains en s'inclinant bien bas devant le Tengu.
Peu après, l'esprit de la nature prit son congé. Chihiro, de son côté, ne savait absolument pas qu'elle avait été le sujet de la conversation entre lui et Yubaba. Elle était allongée paisiblement aux côtés de Rin, en train d'apprendre un sortilège qui pourrait lui permettre de voler comme le faisait Yubaba en devenant un animal volant. Son esprit voyageait et se demandait en quel animal elle pourrait se transformer…Peut-être un papillon. C'était joli mais il ne serait peut-être pas assez rapide pour voyager. D'après le rouleau de parchemin, il lui suffirait de s'envelopper dans une cape et cette dernière prendrait la forme d'un animal ailé. Chihiro rêvait d'être capable d'accomplir ce sort qui lui permettrait de voler avec ses propres ailes et elle était impatiente de s'y essayer.
À côté d'elle, Rin finissait de méditer sur le troisième chakra qu'elle tentait d'ouvrir en vain puis elle finit par renoncer et se tourna vers Chihiro et lui demanda :
"Dis, Sen ? Tu vas bientôt nous quitter un des ces jours, n'est ce pas ?"
"Je crois que oui, Rin… D'après ce que m'a apprit l'esprit de la rivière, la solution de mon problème ne se trouve pas au Palais des Bains… Je suppose qu'il faudra que je voyage un peu dans ce monde pour savoir si d'autres esprits connaitraient la solution à mon problème…"
"C'est dommage, tu vas beaucoup nous manquer, tu sais. Mais je comprends que tu veuilles trouver le remède pour tes parents… Tu as déjà décidé par où commencerait ton voyage ?" Demanda Rin en mangeant un onigiri.
"Pas vraiment. Ce n'est pas comme si je connaissais bien le monde des esprits." Soupira Chihiro
"Tu sais, on dit qu'il existe une ville d'où part le train qui traverse toute cette région. On dit que c'est là d'où partent les âmes des humains qui viennent d'arriver dans le monde des esprits après leur mort. On appelle cette ville Rukongai, la ville des âmes errantes."
Et maintenant, la petite minute d'information, façon les Merveilleuses Cités d'Or :
Le mal qui ronge l'esprit du vent est constitué par les radiations nucléaires. On ne doit pas oublier que c'est le Japon qui fut le théâtre des premières bombes atomiques à Hiroshima et Nagasaki.
L'accident d'il y a vingt ans se rapporte à Fukushima dont je suis certaine que vous en avez entendu parler. Il a eu lieu en 2011 et a eu et a encore un impact important sur l'écosystème du Japon.
La position du Zazen (座禅?) est la posture principale de méditation assise de la pratique du bouddhisme zen japonais, particulièrement des écoles Sōtō et Rinzai qui sont les plus connues en Occident. Elle est présentée comme la posture qu'aurait utilisée Bouddha pendant ses méditations.
La rivière Kitakami (249km) est un fleuve d'Hokkaido qui a son embouchure dans la baie de Matsushima, près de Sendai.
Urashima Tarō est un pêcheur qui sauva une tortue qui se faisait malmener par des enfants. Le lendemain, une gigantesque tortue vint à sa rencontre : la tortue qu'il avait sauvée était la fille du roi de l'océan, qui voulait le voir pour le récompenser. Il fut récompensé par un séjour à Ryūgū-jō, le palais sous-marin de Ryūjin. La tortue sauvée s'était transformée en jolie princesse, et il passa un long moment à ses côtés mais commença à souffrir du mal du pays. Elle l'autorisa alors à retourner chez lui et lui offrit un coffret incrusté de joyaux en lui disant de ne pas l'ouvrir. De retour chez lui, Urashima découvrit que plus de sept-cents ans s'étaient écoulés depuis son départ et que plus personne ne se souvenait de lui ou de ses contemporains. Dépressif, il retourna sur la plage où il se souvint du coffret qui lui avait été offert avant son départ. Il l'ouvrit, libérant un nuage de fumée noire il se mit à vieillir soudainement, et se transforma en grue et s'installa sur le Mont Horai: le coffret contenait son âge réel.
Un Omamori est une amulette japonaise qui, à l'origine, était faite en bois ou en papier. Elle contient généralement une prière, un sort ou une invocation avec le nom du Kami qui est invoqué.
Les tengu (天狗, てんぐ?, lit. « chien céleste ») sont des dieux (kami 神) mineurs des croyances populaires et du folklore japonais. Ils font partie des traditions de la plupart des religions japonaises, le shintoïsme et le bouddhisme, où ils sont classés comme marakayika[réf. nécessaire]. Zoomorphes comme la plupart des kamis, ils sont représentés sous forme de corbeaux.
Les tengu sont dotés de pouvoirs surnaturels : ils peuvent prendre une forme humaine (anthropomorphisme) ou animale (zoomorphisme), ils peuvent communiquer sans ouvrir la bouche, se téléporter et s'inviter dans les rêves des vivants.
Ce sont des divinités moqueuses qui punissent les prêtres bouddhistes trop arrogants, les arrivistes, les orgueilleux et, dans des temps plus reculés, les samouraïs vaniteux. Ceux qui enfreignent les lois sont en général leurs cibles favorites.
On peut reconnaître les tengu à leur très long nez et à leur peau, souvent rouge.
Voilà, j'espère que vous avez apprécié ce chapitre ! Si vous avez des questions ou des commentaires, n'hésitez surtout pas à me les laisser sous forme de reviews !
