Me revoici un peu en avance pour la fête de Noël avec un cadeau en prime, un nouveau chapitre ! J'espère qu'il vous plaira. Je remercie ceux et celles qui m'ont laissé des reviews, cela me fait très plaisir. Sans plus attendre, voici le nouveau chapitre :


Chapitre 17

Au cours des quelques mois passés à Aburaya, Chihiro avait décidé d'apprendre tout ce qu'elle pouvait sur les plantes médicinales utilisées à Aburaya. Elle pouvait désormais réciter d'une traite toutes leurs propriétés ou énoncer en quoi l'une d'entre elle était plus utile pour traiter certains esprits qu'une autre. Le plus souvent, il lui suffisait de jeter un simple coup d'œil sur un esprit souffrant pour pouvoir dire avec certitude ce dont il souffrait et quelle bain aux plantes médicinales lui serait le plus bénéfique pour lui faire recouvrer la santé. Rin était souvent éberluée par toutes les connaissances dont la fillette faisait preuve alors qu'elle avait moins d'un an d'expérience. Mais Chihiro avait travaillé très dur pour obtenir toutes ces connaissances, n'hésitant pas à aller voir le vieux Kamaji très régulièrement pour apprendre certains de ses secrets dans la préparation des plantes. Elle pouvait y passer des heures et toutes ses facultés étaient mobilisées dans un seul but : sauver ses parents. Longtemps, elle avait été convaincue qu'au moins une partie de leurs soins proviendraient des plantes et elle n'avait pas totalement tort.

Malheureusement, elle savait aussi que Zeniba et Yubaba avaient raison quand elles lui disaient que ce ne serait pas suffisant pour sauver ses parents de l'état de profond bouleversement dans lequel ils étaient plongés. Le savoir des plantes pouvait faire des choses immenses mais pas rendre leurs esprits à ses parents. Quand elle avait compris cela, elle s'était forcée à accorder une plus grande importance aux sortilèges enseignés par la vieille sorcière Yubaba, sortilèges qu'elle avait un peu négligés au profit du savoir médical. Or ces sorts lui seraient fortement utiles si elle devait s'aventurer plus loin dans le monde des Esprits. En effet, il s'agissait de sorts offensifs et défensifs qui pourraient lui permettre de se défendre au cours de son voyage si jamais elle rencontrait des Kamis hostiles. Certains lui permettraient également de voyager plus vite, d'autres de se constituer un abri en toute circonstance. Parfois, elle avait l'impression que les sorts offerts par la vieille sorcière avaient uniquement pour but de la préparer à un futur départ. La fillette ne se doutait absolument pas que c'était le cas grâce à un Esprit Supérieur qui avait intercédé pour elle.

Pensant à son futur départ, Chihiro avait trouvé le temps pour se remettre au tir à l'arc, non seulement au Yumi, le grand arc de cérémonie mais également au plus petit Hankyu. C'est à ce dernier qu'elle était plus forte et elle parvenait désormais à toucher des cibles mouvantes en plein cœur quand elle était parfaitement concentrée. Mais comme le lui avait fait remarquer le vieux Kamaji, c'était rare d'atteindre un tel état de concentration pendant un combat. La solution proposée par le vieil esclave de la chaufferie était toujours la même : méditer, méditer, méditer ! Selon lui, plus elle méditerait plus elle atteindrait facilement le centre de son Ki et pourrait ainsi l'utiliser en toutes circonstances, y compris les plus difficiles.

Chihiro rechignait toujours un peu à s'astreindre à méditer : elle avait l'impression d'avoir toujours la tête pleine de pensées parasites qui l'empêchait de se concentrer. Mais ses professeurs étaient intraitables là dessus et bon gré, mal gré, elle dû s'y mette. Cependant elle y parvint mieux quand elle comprit qu'il ne s'agissait pas de vider totalement son esprit mais de se concentrer uniquement sur l'essentiel qui comptait à ses yeux à savoir son but afin que son Ki s'en imprègne et affirme sa résolution.


Depuis quelque temps, Chihiro était plongée dans l'étude d'un vieux manuscrit qui pouvait lui enseigner l'art de voler comme Yubaba le faisait elle même. Rin était enthousiaste et lui avait conseillé de le faire mais Chihiro se demandait si elle pouvait vraiment le faire mais la jeune fille avait vraiment insisté. Du coup, Chihiro se tenait sur la rambarde de leur chambre, enveloppée dans une couverture rosée, pendant un instant paralysée par la peur avant qu'elle ne s'élance. La couverture devint ailes et des plumes rosées la recouvrirent et la jeune fille commença à voler sous l'apparence d'une grue sauvage. Rin, qui était restée sur leur balcon, applaudit frénétiquement et finalement Chihiro, déjà exténuée par son premier vol, se posa à côté d'elle et se retransforma en l'enfant qu'elle était.

« Pourquoi t'es tu arrêtée ? Demanda Rin, surprise, tu volais si bien ! »

« Oui mais je commençais à m'épuiser et il y avait un de ses vents ! Il était chargé d'embruns et d'odeurs de la mer ! Je ne l'avais encore jamais sentie !. » S'exclama Chihiro.

« En effet, le vent a tourné. C'est un signe. Le signe que tu vas devoir nous quitter. » Dit la voix appartenant à Yubaba qui avait assisté au premier vol de son élève et qui cachait sa fierté derrière son masque de vieille sorcière.

« Déjà ! S'exclama Rin un peu contrariée, mais elle vient à peine d'arriver ! » Puis la jeune fille se souvint que Sen devait retrouver ses parents et elle rougit d'embarras. « Désolée Sen, j'avais oublié pour tes parents… »

« Tu partiras demain. J'ai envoyé un message à Zeniba pour qu'elle me renvoie mon bébé d'amour. Elle l'aura certainement reçu dans la journée. Commence à mettre tes affaires en ordre » Déclara Yubaba d'une voix sans réplique avant de partir régir son petit royaume.

Durant la journée, Rin et Sen vaquèrent à leurs occupations journalières, accueillant les clients avec respects, secondant Yubaba et dans le cas de Sen, se préparer à partir. Chihiro avait eu tôt fait de faire ses affaires car elle n'avait que peu de bagages et voyager était facile quand on n'avait pratiquement rien à soi. Elle n'emporterait aucun des somptueux kimonos qu'elle avait portés durant son séjour, pas plus qu'elle ne s'encombrerait des accessoires et des bijoux. Elle repartirait comme elle était venue avec sa tenue de Miko, son Hankyu et ses différents talismans autour de son cou. Quand vint la fin de leur journée de dur labeur, Rin et Sen descendirent en bas, chez le vieux Kamaji pour tenir une dernière conversation entre amis autour de quelques coupes de saké.

« Alors, Sen, ou plutôt Chihiro, tu te prépares à partir ? Tu iras où ? Vers la ville dont je t'ai parlé ? » Interrogea Rin en mangeant une étoile de sucre.

« Non, pas encore. Avant ça, je dois attendre que Zeniba m'y autorise. Après tout, je fais partie de ses apprentis. » Répondit la fillette.

« Sage décision, approuva le vieux Kamaji. Il vaut toujours mieux attendre d'avoir l'approbation de ses ainés avant de partir pour un long voyage et c'est encore plus sage d'avoir de la compagnie quand on va vers l'inconnu. »

« Je sais. Peut-être que Seita et Setsuko viendront avec moi mais je n'en suis pas certaine. Ils ont passé quelques mois auprès de Zeniba, peut-être sont ils déjà partis. »Dit elle alors qu'au fond d'elle même, elle espérait que ce ne soit pas le cas.

« Généralement, il faut au moins plusieurs années, voir des dizaines d'années pour former un bon sorcier. Il sera toujours là, ne t'en fais pas. » Déclara le vieil esclave de la chaufferie d'un air rassurant.

« Peut-être, mais un jour grand-mère Zeniba m'a dit que les voyages forment la jeunesse. Peut-être nous permettra t-elle de partir avant que nous soyons complètement formés. » Songea Chihiro à voix haute.

« Dans ce cas, tu devras aller à Rukongai. C'est un point à ne pas rater lors d'un voyage ! » S'exclama Rin.

« Tu m'en as déjà parlé mais j'ai l'impression de ne pas comprendre, dit Chihiro d'un ton pensif avant de demander : Qu'est ce que cette ville a de si particulier ? »

« Les âmes humaines l'appellent la ville où tout finit et où tout commence car c'est à cet endroit qu'aboutissent les âmes humaines après leur mort. Ils vivent dans cette ville jusqu'à ce qu'ils passent devant un Shinigami qui va juger leurs âmes et ensuite leur donner un ticket de train pour qu'ils atteignent leur destination dans le monde des Esprits. »

« Comment est ce Shinigami ? » Demanda la jeune humaine en frissonnant légèrement.

« Il y en a plusieurs, ils ressemblent à des humains mais habillés d'un kimono blanc comme la mort et ils sont les seigneurs du Rukongai où ils règnent en maitre puisque eux seuls disposent des tickets de train pour arriver à destination. Si tu veux mon avis, ce sont des types arrogants et sans cœur qui ne se préoccupent pas des affaires humaines » Déclara Rin avec du fiel dans la voix.

« Tu leur en veux ? » l'interrogea Chihiro avec prudence.

« Ce sont eux qui m'ont envoyé à Aburaya. Au début, quand j'ai vu le palais des Bains, j'étais ravie à l'idée de vivre ici, dans un établissement aussi magnifique. Mais j'ai bien vite vu l'envers du décor quand je m'y suis mise à travailler. Et encore, moi, j'ai pu trouver du travail parce que j'avais suffisamment de tempérament pour demander. Ah, je te ressemblais beaucoup à l'époque, tu me rappelles moi au même âge ! Tu es la sœur que je n'ai jamais eue ! » Dit Rin que l'alcool avait un peu éméchée en prenant affectueusement Chihiro dans ses bras.

« Et pour moi, tu seras toujours comme une sœur aînée, Rin. » Répondit la fillette naturellement heureuse de compter Rin parmi sa famille adoptive qui s'élargissait de plus en plus.

« Pour en revenir à Yubaba, j'ai entendu dire qu'elle t'avait remise une lettre de recommandation. Si c'est vrai, qu'est ce qu'elle dit ? » Demanda Rin d'une voix impatiente et les yeux brillants.

« Elle dit que au cours des mois passés ici, j'ai été une servante raisonnablement travailleuse comparée à ceux dont elle a l'habitude. J'ai été selon elle une apprentie parfois dispersée mais concentrée et attentive au savoir prodigué quand il le fallait. Elle dit aussi que ma maitrise des herbes médicinales est acquise. En fait, j'ai l'impression que pour un compliment, elle me trouve des défauts. Et elle a signé de son sceau privé. Heu, pourquoi vous faites cette tête là ? » Demanda t-elle en voyant les yeux écarquillés de Kamaji et de Rin.

« Rien, c'est juste que Yubaba ne fait pratiquement jamais de lettres de recommandation aussi bonne quand l'un de ses employés parvient à la quitter. Généralement, quand quelqu'un apprend qu'un ancien employé de Yubaba avec une simple lettre disant « untel a travaillé chez moi de tant à tant » cherche du travail, il est souvent engagé d'office. Je crois que le jeune Haku n'a pas reçu une telle lettre malgré ses services dévoués. » Déclara Kamaji.

« Cette vieille sorcière est aussi avare de son or que de compliments ! S'exclama Rin d'un air dégrisée. « Et elle t'en fait plusieurs dans sa lettre ! Du coup, elle devient aussi précieuse qu'un talisman. Si un seigneur apprend tes talents via cette lettre, tu seras aussitôt engagée, quelle que soit ton statut d'humaine ! Ils savent tous qu'un employé formé à Aburaya fait partie des meilleurs…du moment qu'il retrouve son nom et sa liberté, ce qui est rare. »

« Et en plus de cela, elle affirme que tu maitrises l'usage des herbes médicinale. Cela signifie que tu as un statut dans le monde des esprits. Même si tu as l'impression d'avoir travaillé pour rien au cours de ces derniers mois, tes efforts n'ont pas été vains, car une personne sachant manier les plantes peut toujours être d'un grand secours pour soigner et guérir. » Ajouta le vieil homme étrange et semblable à une araignée.

« Finalement, tu as eu raison d'étudier cela… Je devrais peut-être m'y mettre plus sérieusement. Et je vais étudier la magie d'arrache-pied ! »

« Du moment que tu ne perdes pas ton cœur, Rin, tout me va ». Récita joyeusement Chihiro en reprenant les mots de Zeniba. Puis elle ajouta : je te passerai mes notes sur les plantes.

« Puisqu'on en est aux cadeaux, dit le vieux Kamaji, « la vieille Yubaba m'a permis de t'offrir quelques herbes retenues sur les années de salaire qu'elle me doit, la rouée. » Grimaça t-il.

« Et j'ai cousu un sac avec des poches où tu pourras trier tes plantes. Tu pourras même y coudre l'emblème du Ginko et du Chrysanthème. C'est l'emblème des guérisseurs par les plantes dans ce monde. C'est pratique car ainsi on évite de leur faire du mal quand on les enlève. Après tout, un mort ne peut pas soigner des vivants !» Dit Rin sur un ton très rassurant…

« Merci à tous pour ces merveilleux cadeaux ! » dit Chihiro avant de tomber de sommeil sous l'effet conjugué du saké et du sommeil avec, veillant sur elle, les regards attendris de Kamaji et de Rin.


Le lendemain matin, Yubaba réexpédia Chihiro à sa sœur en se servant de la couverture magique et la jeune fille atterrit maladroitement devant la maison de Zeniba. Elle eut à peine le temps de dire bonjour à Bou que déjà ce dernier était expédié de la même manière vers Aburaya. La vieille sorcière s'excusa auprès de Chihiro qui n'avait pas eu le temps de discuter avec le fils de Yubaba (qui semblait avoir bien grandi sans toutefois prendre trop de centimètres). Mais, selon elle, sa jumelle se sentirait prête à partir en guerre si son fils avait une seconde de retard sur l'horaire fixé. Chihiro soupira avec un petit sourire : avec ça, Bou n'était pas prêt de gagner en indépendance même si elle faisait confiance à son ami pour la réclamer tout seul.

Mais peu après la venue de Setsuko et Seita lui redonna le sourire : ils n'étaient donc pas partis. Setsuko avec son rire joyeux comme les tintements des clochettes et Seita avec son petit sourire malicieux et une fierté dans ses yeux qui la rendait heureuse. Le Frère et la sœur commencèrent à lui raconter ce qu'ils avaient fait mais comme ils parlaient tous les deux à la fois, il était difficile pour Chihiro de retenir tout ce qu'ils avaient fait. Elle apprit néanmoins que Seita avait appris plein de sorts et sculpté deux amulettes et que Setsuko était capable de créer des perles de lumière semblables à des lucioles dans la nuit. Elle les félicita tous les deux de grand cœur et elle leur raconta en condensé tout ce qu'elle avait appris à Aburaya.

Elle vit Zeniba hocher la tête d'un air entendu quand elle évoqua son séjour parmi les Geishas. Chihiro comprit par ce signe de tête qu'elle s'attendait à ce que sa jumelle apprenne à son apprentie sa propre notion du raffinement, de loin différente de celle de Zeniba. Mais la vieille sorcière ne semblait pas le moins du monde contrariée et elle se contenta de dire qu'apprendre les manières traditionnelles du Japon ne pouvait que lui faire le plus grand bien auprès des Kamis. Elle raconta ensuite ses journées en tant qu'hôtesse où elle narra sa seconde rencontre avec l'esprit de la grande rivière et celle avec le Tengu, cette partie là semblant beaucoup intéresser Seita et Setsuko. Enfin, elle leur fit part de ses apprentissages dans le domaine de la magie et des plantes décimales. Le jeune garçon était plus intéressé par les sorts et proposa un échange tandis que Zeniba, elle, avait plutôt insisté sur l'importance de son savoir dans la science des herbes et la félicita chaudement de ne pas avoir perdu son temps.

Les jours qui suivirent, Seita et Chihiro comparèrent leurs progrès en échangeant des sorts. Seita voulait les sorts les plus offensifs possibles et les plus éclatants, comme le garçon qu'il était et Chihiro préférait les sortilèges plus complexes mais plus intéressants comme celui qui permettait de voir par les yeux et les oreilles d'un Shikigami. Malheureusement, ce sort était tellement complexe que la fillette ne parvenait pas à le maitriser pour le moment. En revanche, elle s'était remise d'arrache pied à l'entrainement au Hankyu, sa moitié d'arc, pour pouvoir chasser quand elle voyagerai. Elle avait également demandé à Seita e lui apprendre comment se battre avec un baton. Le garçon accepta à contrecœur car il estimait que porter les armes était un travail de garçon et non de fille. Mais Chihiro lui rappela que les femmes de samouraïs avaient toujours un petit tantô pour se protéger du déshonneur au cas où le pire arriverait. Le jeune garçon l'admit à contrecœur et se décida à lui apprendre le Bôjutsu, le maniement du bâton de combat.

Elle avait d'abord dû trouver un bâton et elle avait choisi une branche bien solide de cerisier et elle avait commencé à se familiariser avec lui avec de longues marches dans le domaine de Zeniba. Puis elle avait commencé à faire des moulinets avec, à esquisser les figures, puis les Katas que lui enseignait Seita. C'était plus compliqué qu'elle ne le pensait et bien souvent, elle revenait à la demeure de la vieille femme, les bras courbaturés, pleine de bleus et le ventre aussi vide que ceux des Fantômes Affamés de Chine.

Heureusement, les soupers de Zeniba suffisait à remplir l'estomac de tous, y compris de Sans Visage qui se délectait de chaque bouchée, la savourant lentement au lieu de les engouffrer comme il l'avait fait à Aburaya. Les repas étaient toujours des moments heureux au cours desquels chacun partageait tour à tour ses découvertes et ses progrès, y compris ceux qui ne pouvaient pas parler.


Cela faisait à peine un mois que Chihiro était rentrée et depuis le jour de son retour, ses promenades prenaient invariablement la direction de la voie ferrée. Elle sentait son désir de poursuivre son chemin en suivant le chemin de fer toujours plus au nord, en direction d'Aburaya et de cette mystérieuse ville mais, finalement, elle finissait toujours par s'arrêter, mais toujours un peu plus loin que la veille. Là, elle s'entrainait au tir à l'arc et à manier son bâton. Parfois, elle s'arrêtait toute en sueur, le temps d'en sculpter le manche, puis elle reprenait ses exercices avec acharnement. Elle devra être assez forte pour son voyage vers la ville de Rukongai car elle ne pourrait compter que sur ses jambes puisque le train n'allait que dans un sens. Ses ballades lui avaient néanmoins indiqué que, au rythme où elle marchait, il lui faudrait plus d'une semaine pour atteindre la mystérieuse cité avec armes et bagages.

Mais elle savait qu'elle ne devait pas trop tarder à se mettre en route car le vent de la mer ne tarderait pas, selon Zeniba, à apporter des trombes d'eau qui allaient noyer la campagne des alentours et rendre encore plus difficile son voyage. Ce soir là, elle décida de cesser de tergiverser et annonça au repas sa résolution de partir explorer le monde des Esprits afin de trouver la solution au mal de ses parents. Zeniba resta silencieuse tout en la contemplant d'un air pensif, Sans Visage et Setsuko semblaient désemparée à l'idée de la voir partir tandis que Seita commença à protester en lui disant qu'elle n'avait pas terminé sa formation. Mais Chihiro puisa dans son cœur la force de s'en tenirà sa décision et à la grande surprise de la fillette, Zeniba prit la parole en sa faveur :

« C'est vrai que tu n'as pas terminé l'apprentissage des sept chakras, mais je suis persuadée que, au cours de ton voyage, tu trouveras d'autres personnes prêtes à t'enseigner l'ouverture des trois centres vitaux qu'il te reste. »

« Mais n'êtes vous pas son maitre, Zeniba sensei ? Est ce que cela ne devrait pas être votre rôle d'ouvrir ses chakras ? » Demanda Seita en désespoir de cause.

« Pas forcément. Il existe plusieurs moyens d'apprentissages : le premier consiste à demeurer auprès de son maitre pendant des années jusqu'à ce que ce dernier juge qu'il en a terminé. Le second consiste pour l'aspirant à visiter différents sorciers ou sorcières afin d'apprendre de chacun d'eux. Chihiro de toute évidence de mélanger les deux types d'apprentissage et ce n'est pas forcément un mal. » Expliqua la vieille dame en souriant à Chihiro.

« Donc ce n'est pas grave pour Chihiro si elle part sans être totalement préparée ? Je veux dire, elle sait mieux tirer à l'arc mais elle n'est pas encore très forte au maniement du Bô. Et elle ne connaît pas tous les sortilèges utiles que vous pourriez lui apprendre ! » Intervint Seita frénétique.

« Mais tu dois comprendre, Seita, que Chihiro, ici présente, a une quête : la guérison de ses parents. Dans le monde des hommes, il ne s'écoule peut-être que quelques minutes mais pour elle cela fait déjà un an qu'elle est sans ses eux et c'est un temps très long, même pour une petite fille aussi courageuse que Chihiro. » Déclara Zeniba sur un ton apaisant.

« Mais les Shinigamis… »

« Les Shinigamis peuvent aussi bien rallonger sa quête que la raccourcir. Même si Chihiro n'est pas morte, elle devra se soumettre à leurs lois, une fois arrivée à Rukongai et elle devra bien plaider sa cause auprès d'eux si elle veut poursuivre son voyage. Et pour ce qui est des Shinigamis, dois-je ajouter que tu ne t'es pas soumis à leurs lois ? Tu as préféré devenir un esprit errant entre le monde des esprits et le monde des hommes pendant des dizaines d'années, d'après ce que tu m'as raconté. »

« Mais j'ai entendu des rumeurs comme quoi les Shinigamis se fichent des familles ! S'exclama Seita. Ils les séparent et ensuite les envoient au loin, de sorte que leurs membres ne peuvent plus se retrouver ! Je ne voulais pas être séparé de ma sœur, Setsuko, alors j'ai préféré chercher nos parents par nos propres moyens. »

« Et tu vois comment ta démarche a été couronnée de succès, commenta Zeniba d'un air grave avant de se lancer dans des explications plus détaillées. Il est vrai que les Shinigamis peuvent parfois séparer des familles, parce qu'ils estiment que c'est pour leur propre bien, mais le plus souvent, si les âmes humaines ont du mal à retrouver leurs proches, c'est parce que les personnes ne sont pas mortes en même temps, ce qui rend difficile les réunions. Il y a tous simplement trop de monde pour permettre des heureuses retrouvailles. Certains Shinigamis parmi les plus sérieux font l'effort d'essayer en tenant des listes et des dossiers mais c'est une tâche titanesque ! Imagine ! Recenser tous les morts passés, présents et à venir. »

« C'est bien ce que je pensais, je n'avais pas tort de m'enfuir avec Setsuko. » S'exclama Seita d'un air convaincu et obstiné.

« Pas forcément, peut-être aurais tu eu la chance de retrouver ton père ou ta mère en suivant leurs directives, peut-être pas. »

« De toute manière, maintenant, cela ne sert plus à rien… Marmonna le jeune garçon d'un air frondeur. A l'heure qu'il est, mes parents ne seront certainement plus à l'endroit indiqué par les Shinigamis, à supposer qu'ils s'en soient souvenus ! »

« Au contraire, tu as toutes tes chances. Bien qu'il y ait une permission de librement circuler dans ce monde, la réalité est que très peu de personnes en profitent. Voyager est toujours très risqué dans l'univers des Kamis car il y a beaucoup de dangers qui guettent les âmes humaines. En conséquence, ces dernières restent souvent à l'emplacement qu'on leur a attribué et ne le quittent jamais. Vous deux, Seita et Setsuko, êtes des exceptions à la règle. » Expliqua la vieille Zeniba.

« Mais après avoir reçu vos affectations, rien ne vous empêchera de revenir ici continuer votre formation. Si vous prévenez le Shinigami en charge que vous avez déjà un maitre qui vous attend au Fond de l'Étang, ils ne feront certainement pas de difficultés pour vous placer ici.

« Dans ce cas, je pourrais peut-être accompagner Chihiro jusqu'à Rukongai et en profiter pour voir où l'on aurait atterri, Setsuko et moi, si nous avions suivi les instructions des Shinigamis. Peut-être retrouverons nous des parents à nous… Par contre, cela me prendra certainement plus d'un mois pour revenir. » Soupira le jeune garçon.

« Tant que ça ? » S'exclama Chihiro, complètement éberlué par cette nouvelle. Elle avait compté une semaine pour aller à Rukongai, se serait elle trompée ?

« C'est vrai que tu n'as jamais vu Rukongai. C'est la plus grande ville qui existe aussi bien dans le monde des humains et celui des Esprits inclus ! Tu verras, c'est gigantesque. Quand tu pars des grandes portes de la périphérie, il te faut au moins une semaine pour parvenir jusqu'au centre de la ville, là où se trouve le château des Shinigamis. »

« Ne lui gâche pas la surprise, voyons, Seita, le réprimanda gentiment la vieille grand-mère sur un ton affectueux. Et en attendant, allez préparez vos bagages. Chihiro, ma petite, je vais t'aider à les préparer, j'ai un cadeau pour toi, mon trésor.

Chihiro grimpa les marches de l'escalier pour arriver dans la chambre de Zeniba et elle aperçut tout de suite le présent qui lui était destiné : soigneusement plié sur le lit, se trouvait un kimono gris souris avec comme motif décoratif des fleurs de cerisier et un obi de la même couleur rose pâle. Il était prêt à être enveloppé dans du papier de soie pour ne pas qu'il soit abimé. Spontanément, Chihiro sauta au cou de sa grand-mère d'adoption en lui répétant mille fois « merci ! ». Zeniba sourit et dit :

« Bien que ma sœur et moi nous n'ayons pas la même conception du raffinement, je dois admettre qu'elle a raison quand elle insiste sur le fait de porter des vêtements traditionnels lors de grandes occasions. N'hésite pas à l'utiliser quand tu sens qu'un moment pareil peut se présenter. Il ne s'agirait pas d'offenser ton hôte en portant des vêtements trop simples. Ce kimono est sobre mais de très bonne qualité. Il m'a été offert par mon ancien maitre quand j'avais à peu près ton âge. J'ai fait quelques ajustements et il devrait t'aller à ravir. »

Chihiro sourit, embrassant la vieille dame une dernière fois avant de filer dans sa chambre. Dans le sac en tissu à l'emblème de ginkgo et de chrysanthème offert par ses amis de Aburaya, elle plaça son kimono bien au fond, suivie de son autre tenue de rechange. Ensuite elle plaça ses sacs d'herbes bien remplis d'herbe médicinale, puis elle plaça une petite casserole de cuivre et quelques provisions pour le voyage récolté dans son petit jardin ainsi qu'une gourde remplie de thé au jasmin, son préféré. Elle plaça ensuite son Hankyu et son carquois à côté de Bô qui, elle l'espérait, n'aurait pas à servir pour se défendre. Elle hésita un instant avant de prendre le tantô, autre présent de n'aimait pas l'idée d'emporter une arme blanche avec elle. Mais comme le disait si bien Seita, on ne sait jamais ce qui pouvait arriver.

Enfin, épuisée par l'excitation du voyage à venir et par ses préparatifs, la fillette s'endormit pour la dernière fois dans la petite chaumière.


Contrairement à l'Occident où le noir est la couleur du deuil, le blanc est généralement signe de la mort chez les orientaux, bien qu'on ait vu des changement survenir suite à l'occidentalisation de l'Asie.

Le Ginko est une plante considérée comme ayant des vertus médicinales importantes et le Chrysanthème, au Japon, est un symbole de longévité et non de deuil comme en Occident.

Les fantômes Affamés : Il s'agit plus précisément de la fête des Fantômes Affamés au cours de laquelle les Chinois donnent à manger aux esprits errants par crainte de leur colère. Cela implique tout un cérémonial.

Le tantō(短刀) est un couteau japonais légèrement courbe à un seul tranchant dont la taille de la lame est inférieure à 30 cm (un "shaku" en vérité, unité de mesure des longueurs japonaise). La structure du tantō est généralement semblable à celle du katana, à la différence près qu'il est bien plus court et souvent moins courbé

Le Tantō était principalement porté par les samouraïs, et il était rare que les gens ordinaires en possèdent un. Les femmes portaient souvent sur elles un petit tantō nommé un kaiken dans leur obi dans un but d'auto-défense

Le bō-jutsu (棒術?) est un art martial japonais qui enseigne le maniement du bâton long () par opposition au jō-jutsu qui est, quant à lui, la technique du bâton court.

Le maniement du bō est semblable à celui du bâton long utilisé au Moyen Âge en Europe par les paysans. Au Japon, on le pratique sans protection particulière, mais les "assauts libres" sont généralement absents.

L'entraînement est basé sur l'apprentissage des Kata, séquences de combats codifiées contre un ou plusieurs adversaires, d'abord seul, puis avec des partenaires.


Voilà ! J'espère que vous avez apprécié ce dernier chapitre. Pour le moment, j'en suis à l'écriture du trentième. Merci de m'avoir lue et n'hésitez pas à laisser des commentaires, cela me fera un très beau cadeau de Noël !

Les moines guerriers du XVIe siècle en firent leur discipline de prédilection.