Bonjour à tous, désolée de m'être fait attendre pour ce chapitre mais j'ai eu pas mal de déplacements à faire avec les déménagements à faire qui s'imposaient.
En attendant, voilà le nouveau chapitre qui, je l'espère, vous plaira !
Chapitre 19
« Au meurtre ! » S'exclama une voix anonyme dans le district quatre vingt. Mais Chihiro ne s'arrêta pas même si la curiosité était forte. Depuis qu'ils avaient commencé la traversée du quartier, c'était la troisième personne criant à l'assassin qu'elle entendait. Mais elle ne devait pas broncher et continuer à marcher droit devant elle, sans se laisser distraire, comme lorsqu'elle était sur le pont avec Haku et qu'elle ne devait pas respirer sous aucun prétexte. Cette fois là, elle avait échoué mais aujourd'hui, elle était plus forte et plus expérimentée, donc, elle ne détournerait pas son regard. Pourtant elle aurait bien voulu savoir à qui appartenaient les paires d'yeux qui les observaient : était-ce le fait d'un Kami ou d'âmes humaines ? Mais elle n'osait pas se retourner de peur d'attirer encore plus l'attention sur eux.
Chihiro sentait qu'on les suivait depuis qu'ils avaient pénétré dans ce district mais elle portait sur son visage un masque d'indifférence, comme le faisait Seita. Cela ne l'empêchait pas de resserrer son emprise sur son arc quand elle entendit des bruits de pas les dépasser pour tenter de les encercler. Elle vit le visage de Seita se tendre, lui aussi tandis qu'il empoignait son bâton. Mais Chihiro comprit que cela ne servirait à rien si ils avaient affaire à une attaque à distance. Pour conjurer la peur qui menaçait de s'emparer d'elle, la jeune fille médita ses chakras et en particulier le troisième Chakra qui était le siège de l'instinct de survie. Bientôt, elle se sentit apaisée, calme comme l'eau d'un lac, percevant ce qui se passait autour d'eux avec une netteté incomparable. Une vibration dans l'air autour d'elle l'alerta, elle ouvrit les yeux, sa main droite surgit à la vitesse de l'éclair pour attraper la flèche qui visait vers Seita et que ce dernier n'avait pas aperçu.
Seita laissa échapper un petit cri en voyant à quel point il était passé près de la mort et Chihiro lui souffla : Médite tes Chakras ! »
« Je ne crois pas que ce soit vraiment le moment ! » lui répondit, très tendu, le jeune garçon.
« Au contraire, c'est dans un combat qu'il faut être le plus concentré. Je répète, médite tes Chakras, le troisième en particulier. » Ordonna Chihiro dans un souffle.
Au moins, Seita s'exécuta et ferma les yeux l'espace d'un instant et quand il les rouvrit Chihiro comprit au premier regard que son ami percevait beaucoup mieux son environnement car il se plaça dos à dos derrière la jeune fille, son bâton brandit en position de défense. Quant à Chihiro, toujours concentrée, elle se servit de son Ki pour faire surgir une boule de feu, ce qui provoqua des cris de stupeur parmi ceux qui les entouraient et beaucoup reculèrent précipitamment pour se mettre hors de portée des flammes. Chihiro en profita pour tracer un cercle de feu autour d'elle et Seita pour les protéger. Des archers tentèrent de les submerger par des tirs en rafale mais les flèches furent rapidement réduites en cendre en tentant de traverser le bouclier enflammé. Les yeux de Chihiro reflétaient la lueur rouge des flammes, lui donnant un aspect surnaturel.
Épouvantés, leurs agresseurs s'enfuirent en criant qu'ils n'étaient pas assez fous pour agresser une sorcière, certains s'agenouillant même pour demander grâce. Seita semblait très tenté de les assommer et de les laisser ensuite entre les mains de leurs pareils. Mais Chihiro, plus miséricordieuse, accepta de les laisser partir en leur faisant jurer sur leur âme de ne plus s'en prendre aux innocents et de tenter de gagner honnêtement leurs vies. Seita secoua la tête devant la clémence de son amie mais il savait que Chihiro ne serait pas elle même si elle ne faisait pas preuve d'une telle compassion envers les autres. Les assaillants promirent sur leur âme et détalèrent en remerciant la puissante sorcière pour sa pitié.
Tout en reprenant la route désertée, Chihiro rougit en murmurant :
« Ils exagèrent, je ne suis pas si puissante… »
« Du moment qu'ils le croient, moi, ça me va. Parfois, être craint suffit à nous éviter de nous attirer des ennuis. » Déclara Seita.
Chihiro profita de ce bref moment de calme pour observer les alentours : cela ressemblait à une terre abandonnée des Kamis et des hommes. Les champs étaient en friches, le village qu'ils venaient de traverser n'était constitué que de maisons en bois anciennes et tombant en ruines. En vérité, quand il pleuvait, les habitants préféraient sans doute s'abriter dans les grottes dans les plateaux qu'elle apercevait au loin. Les quelques personnes qu'elle avait rencontrées le long du chemin lui avait jeté des regards lourds et envieux que Seita avait royalement ignorés. Peut-être pensait il que s'il les ignorait alors ils l'ignoreraient aussi.
Elle avait même vu quelques enfants et elle s'était demandée ce qui avait pu conduire ces derniers à finir dans cet endroit maudit. Son ami lui avait expliqué que parfois, pour les rendre plus inoffensives, les Shinigamis avaient le pouvoir de rajeunir les âmes les plus brutales en leur ôtant du coup le souvenir de leur vie antérieur. Mais comme cela n'effaçait pas leurs actes passés, elles étaient tout-de-même condamnées à venir dans les districts les plus éloignés. Chihiro trouvait cela plutôt perturbant. Cependant, Seita lui avait dit que c'était tout de même mieux que de finir dans les enfers, là où étaient automatiquement envoyé les âmes des personnes les plus abominables et les plus cruelles. Comprenant qu'il s'agissait d'un sujet tabou, elle se tût et marcha silencieusement aux côtés de Seita et après une demi journée de marche, ils finirent par arriver au district soixante dix neuf, pratiquement aussi mal famé que le quartier de Zaraki d'où ils venaient.
Cette fois, il s'agissait d'une forêt avec quelques hameaux décrépis situés dans les quelques clairières qui s'y trouvaient. En tout cas, l'endroit rendait très nerveux Seita car c'était le lieu idéal pour une embuscade. Baissant la tête, chacun des deux voyageurs méditaient ses chakras pour être le plus attentif possible au monde extérieur. Ils faisaient attention où ils mettaient les pieds, évitant ainsi plusieurs pièges, le signe évident que cette partie des bois n'était pas habitée par des personnes recherchant le calme, la tranquillité et une vie paisible. Il y avait certainement des hors la loi cachés dans les arbres qui les guettaient et attendaient qu'ils soient au bon endroit pour les cibler.
Finalement, ils finirent par être attaqué par une vingtaine d'agresseurs avec des vêtements en loques et des airs avides que leurs visages pauvrement masqués ne parvenaient pas à cacher. Chihiro ne put s'empêcher de frissonner en voyant la façon dont ils la dévisageaient et elle ressentit le besoin soudain de s'envelopper dans une couverture, voir de s'enfuir, pour échapper à ces regards concupiscents. Mais elle se raffermit et ne prit même pas la peine de saisir son arc et se contenta de rassembler son Ki dans son pied droit qui frappa le sol en déclenchant un petit séisme. Le Chakra de la Terre était bien connu pour ce genre de capacités. Les bandits se regardèrent entre eux, semblant se demander s'il était sage de s'attaquer à une sorcière, d'autant plus que le garçon l'accompagnant semblait manier son bâton avec une certaine dextérité…
Mais le chef des brigands était obtus et refusait de se laisser impressionner par deux enfants, même s'ils semblaient avoir des pouvoirs magiques. Après tout, si ses hommes voyaient qu'il se laissait battre par deux gamins, il ne tarderait pas à être remplacé par l'un de ses hommes. Il se mit donc en position d'attaque et beugla à ses hommes de se préparer à se battre avant de s'adresser à Chihiro et Seita qui, bien qu'encerclés, étaient prêts à combattre pour leurs vies. Le meneur s'adressa alors à eux :
« Rendez vous et il ne vous sera fait aucun mal ! Vous n'avez aucune chance, même avec vos petits tours d'illusionnistes ! »
Les deux élèves de Zeniba se tendirent, sachant parfaitement que cet homme mentait comme un arracheur de dents. Les dents serrées, ils se préparèrent au combat, commençant à formuler des sorts dans leurs esprits pour les lancer quand une voix inconnue retentit :
« À votre place, je ne ferais pas cela. »
Tout le monde se tourna en direction du son et chacun eut la surprise de voir un homme paraissant avoir moins de trente ans, des cheveux noirs coiffés à la samouraï et qui était paisiblement assis contre un arbre, comme s'il ne venait pas d'élever la voix au milieu d'un combat. Il avait à ses côtés deux bokkens de bois de chêne et il portait un Hakama noir, une tunique grise et un haori du même brun que le tronc contre lequel il était assis. Il paraissait fort peu intéressé par le combat en cours et semblait plus occupé à contempler la nature.
« Comment oses tu élever la voix sur notre territoire, étranger ?! S'exclama le meneur de la bande de brigands. Pour ta peine, tu seras le prochain, alors je te conseille de détaler en vitesse ! »
« Vous venez de faire une erreur grossière. Déclara l'inconnu sur un ton calme mais froid. « Si vous ne m'aviez pas dérangé, j'aurais laissé ces enfants vous battre comme il se doit. Mais vous avez osé suggérer que je pourrais préférer la fuite pour sauver lâchement ma vie. Du coup, maintenant, je me sens dans l'obligation de combattre contre vous. Ne vous en prenez qu'à vous même. »
À ce moment là, fou de rage, le chef des bandits se rua sur l'étranger dans le but de le tuer, suivis par la moitié de sa bande. L'autre moitié avait décidé de s'en prendre à Chihiro et Seita. Ces derniers utilisèrent leurs sortilèges offensifs, Seita en enflammant les vêtements de ses ennemis qui fuirent en courant pour éteindre leurs loques enflammées, et Chihiro en invoquant un poing d'air qui envoya voler quatre ou cinq ruffians. Puis ils décidèrent d'un commun accord de porter secours à l'inconnu qui avait permis la diversion mais ils s'aperçurent, à leur grande surprise, que ce dernier venait, à lui tout seul, de battre le reste de la bande à l'aide de ses deux simples sabres de bois et ce en moins d'une minute.
« Wahou ! » S'exclama Seita après avoir vu cela. « ça c'est du travail d'un maitre. »
« Ne sois pas si étonné. Leur technique était très médiocre et ils ne comptaient que sur le nombre pour nous submerger. Vous y seriez très bien arrivé sans moi. » Répliqua l'homme d'un geste de dédain en direction des brigands. « Par contre, si je pouvais te donner un conseil, jeune homme, ce serait de tenir ton Bô de façon plus souple. Et toi, jeune fille, de ne pas hésiter à frapper plus fort quand tu te trouves en pareille posture. Vous savez vous battre avec des sorts, ce qui est bien, mais avec un bâton, vous n'êtes que des débutants. »
« J'en suis conscient, maitre. Je n'ai vraiment débuté le Bôjutsu sous l'apprentissage d'un maitre qu'il y a un an. » Répondit Seita en s'inclinant et en acceptant le reproche.
« Pourquoi l'as tu quitté dans ce cas, jeune homme ? Te pensais-tu suffisamment douer avec un bâton pour te battre ? Pensais tu que les sorts étaient plus forts que la maitrise du Bô ? »
« Seita n'est pas parti sans l'approbation de son maitre, O-san, intervint Chihiro très poliment. Je suis partie pour Rukongai afin de trouver un remède au mal dont sont affligés mes parents et il a insisté pour m'accompagner afin de me préserver des dangers que je ne connaissais pas en venant ici. »
« Je vois. Cela aurait été déshonorant pour toi de laisser partir seule une jeune fille aussi jeune. Tu as fait le bon choix. Quant à toi, jeune fille, le désir de soigner ses parents, même malgré le danger, est la preuve d'une grande piété filiale. Toi aussi, tu as fait le bon choix. Je me nomme Takezo. Je suis enchanté de vous rencontrer. »
« Tout l'honneur est pour nous, répondit Seita en s'inclinant bien bas.
« Si je ne me trompe pas, vous comptez vous rendre au centre du Rukongai pour demander une audience aux Shinigamis ? Il se trouve que ma Voie m'y conduise également. Peut-être accepterez vous la compagnie d'un simple rônin pour vous accompagner et garder vos arrières ? Et peut-être accepterez vous de suivre mes humbles conseils en matière de stratégie. »
« C'est nous qui serons honorés de voyager avec vous, et suivre votre enseignement ne peut que nous combler, Shisho ! » répondit à nouveau Seita en continuant à s'incliner, signe du grand respect qu'il ressentait face à cet homme.
Le jeune garçon l'avait reconnu grâce à ses bokken et au nom de Takezo qui pouvait se prononcer Musashi. Il avait alors compris qu'il se trouvait devant Miyamoto Musashi, le plus grand escrimeur de l'histoire du Japon. Un rônin, certes, mais avant tout un samouraï de grand renom, maitre du Bushido et également artiste de génie. Même Chihiro, bien que moins au courant sur le sujet des célèbres combattants du Japon, semblait soupçonner la vraie identité du samouraï bien qu'elle l'imaginât plus vieux. Elle ne craignait qu'une chose, c'était qu'il lui refuse son enseignement parce qu'elle était une fille. Cependant, il y avait une chose que les deux enfants avaient comprise, c'est que le célèbre samouraï tenait à garder un certain anonymat et Seita et Chihiro décidèrent de respecter son souhait en ne s'attardant pas à lui poser des questions qui pourtant leur brulaient les lèvres.
Ils marchèrent donc jusqu'au coucher du soleil. Là, ils partagèrent leurs provisions avec Takezo. Celles-ci allaient en diminuant et ils allaient bientôt devoir affronter les habitants pour s'acheter à manger. Après cela, ils décidèrent de s'entrainer au bâton et Takezo les regarda enchainer leurs Katas (leurs figures d'entrainements) pendant près d'une demi heure avant d'intervenir et de montrer à Seita comment mieux tenir son Bô pour s'entrainer. Suite à cela, Chihiro décida de partir s'entrainer au tir à l'arc un peu à l'écart, ne voulant pas déranger ce moment entre le maitre et son disciple. La vérité était qu'elle était aussi un peu fâchée d'avoir été oubliée dans l'entrainement. En tout cas, elle espérait pouvoir se calmer en tirant à l'arc tout en méditant. Son calme fut récompensée quand elle vit que ses cinq flèches avaient touché en plein dans la cible. Sa sixième flèche visa et tua un lapin qu'elle prit, bien décidée à montrer sa prise. Elle reçut les félicitations gourmandes de Seita et une légère lueur d'approbation de la part de Takezo. Curieusement, cette infime compliment lui semblait avoir une grande valeur, tout comme les félicitations de Yubaba, elle aussi avare en compliment.
Après une nuit de veille, ils reprirent leur route. Leur compagnon de route était un homme peu bavard, même s'il laissait parfois échapper des paroles sibyllines comme « Ne jamais être attristé par toutes séparations. », « N'éprouver aucune rancune ou animosité vis-à-vis de soi ou des autres. » ou encore « N'avoir aucun désir d'amour. » Chihiro ne comprenait pas la moitié de ces préceptes mais elle en comprenait au moins quelques uns comme « Embrasser tous les arts et non se borner à un seul » et « Connaître la Voie de chaque métier, et non se borner à celui que l'on exerce soi-même ». Contrairement à Seita, elle n'était pas très intéressée par la voie du Bushido même si elle tentait d'en connaître un peu plus sur le sujet. A son avis, cette Voie lui semblait trop dépourvu d'amour et elle espérait contre toute attente que Seita ne suive pas cette voix trop à la lettre sous peine de décevoir Zeniba et Setsuko.
Pourtant, malgré cela, Chihiro désirait de tout cœur impressionner le maitre samouraï. Elle suivait chacune des consignes qu'elle donnait à Seita et tâchait de les appliquer quand elle maniait son propre bâton mais elle ne recevait aucune attention particulière. Ensuite, elle allait chasser pour rapporter au groupe la nourriture quotidienne et elle tâchait de prendre des cibles toujours plus difficiles, comme par exemple viser une partie particulière d'un animal afin que sa mort soit instantanée et qu'il ne souffre pas mais aussi pour développer son adresse. Elle y arrivait de plus en plus souvent mais chaque fois qu'elle revenait de la chasse, elle ne recevait au mieux que cette légère lueur d'approbation. Alors, le soir, pendant son tour de garde, Chihiro tâchait d'essayer de méditer le cinquième Chakra sans pour autant parvenir à l'ouvrir. Elle ne savait pas de quoi était constitué ce fameux chakra donc elle avançait un peu à l'aveuglette.
Au bout d'un moment, il sembla évident que le voyage pour arriver au centre du Rukongai serait plus long que Chihiro et Seita l'avait escompté. En effet, Takezo ne marchait pas en ligne droite mais il voulait visiter tous les districts de la cité, ce qui faisait que le groupe cheminait en colimaçon en passant tantôt à l'ouest, puis au nord, ensuite à l'est et enfin au sud d'un numéro avant de passer au suivant. Cela leur permettait de voir la diversité des quartiers et surtout des paysages qui constituaient cette ville immense. Chihiro, qui était la principale concernée, ne se sentait pas particulièrement pressée, Seita savait désormais qu'il resterait séparé de sa sœur plus longtemps et tâchait de se justifier en se répétant les préceptes de son nouveau Shisho. Les deux enfants laissaient donc Takezo les mener et Chihiro comprit vite que même au sein des quartiers les plus délabrés, il y avait de la beauté. La jeune fille regrettait tout haut de ne pas savoir dessiner, même si elle avait tenté d'apprendre cet art auprès des geishas d'Aburaya.
Pendant plusieurs jours, le même rituel se déroula : ils marchaient pendant toute la journée tandis que de temps à autre, Takezo expliquait ses préceptes et le principe de sa Voie. Parfois, ils rencontraient des personnes plus ou moins amicales et à ce moment là, Chihiro cherchait à faire du troc avec le produit de sa chasse de la veille. Au départ, elle se faisait souvent avoir mais ainsi, elle apprenait vite la valeur de chaque chose. Quand ils rencontraient des bandits, Chihiro apprenait à se défendre en tâchant de se servir de ses trois armes : les sorts, le Bô et le Hankyu. Elle diversifiait ses sortilèges, frappait dur et fort avec son bâton et visait uniquement des parties handicapantes mais non mortelles chez ses adversaires. Le soir, elle tâchait de s'entrainer au maniement du bâton puis elle chassait seule dans la nuit. Ensuite, quand venait son tour de garde, elle révisait ses sortilèges et essayait d'en créer un nouveau qui lui trottait dans la tête et qui lui permettrait de geler à distance ses adversaires en se servant de l'eau présente dans l'air.
Malgré tous ses efforts pour lui plaire, Chihiro ne recevait au mieux qu'un hochement de tête, comme si Takezo rechignait à lui adresser la parole. Finalement, au bout de deux semaines de ce même rituel, Chihiro décida d'abandonner l'idée de suivre l'enseignement de cet homme qu'elle imaginait misogyne. Si elle poursuivit les mêmes habitudes, c'est que, mine de rien, cela lui était utile pour progresser. Mais désormais, elle n'attendait plus aucun compliment de la part de cet homme qu'elle avait respecté autrefois comme Seita. Ce dernier ne cessait de chanter ses louanges et se demandait même s'il n'allait pas le suivre, ce à quoi Chihiro lui rappelait vertement Setsuko, ce qui rendait Seita un peu honteux car il n'était pas encore prêt à abandonner sa petite sœur. Mais il lui avait confié qu'il était content d'avoir l'appui d'un homme mur plutôt que d'être toujours entouré de filles comme au Fond de l'Étang. La fillette avait failli lui flanquer une baffe ce jour là. Dans tous les cas, Chihiro commençait à être insupportée par l'attitude de Takezo et finalement, un incident arriva un jour de la troisième semaine.
Ils étaient dans une forêt, dans le district soixante-six nord et cela faisait des heures qu'ils ne semblaient pas en voir la fin. Bien que ce fut Takezo qui les guidait et bien que ce dernier ne les ait, Chihiro était pratiquement certaine qu'ils tournaient en rond et à la fin finit par graver son nom sur le tronc d'un arbre et quand ils passèrent devant une deuxième fois, elle la leur montra pour preuve qu'ils étaient perdus.
Mais les choses ne se passèrent pas comme elle l'avait escompté. Takezo refusa obstinément de suivre le chemin qu'elle indiquait et persistait à vouloir les guider. Une dispute s'enchaina quand Chihiro refusa de le suivre et affirma qu'elle préférait les guider plutôt que d'être encore perdue. Quand elle tourna son regard vers Seita, elle vit son air navré et comprit qu'ils ne la suivraient pas. A la fin, ils disparurent par le côté opposé qui allait les mener encore plus profondément dans la forêt. Chihiro était au bord des larmes : elle savait qu'elle avait raison, après tout, depuis tout ce temps, elle savait se repérer dans une forêt et elle était la meilleure en géographie. Malgré sa carte qu'elle avait du Rukongai échangée contre un lapin et après la preuve qu'elle avait qu'ils tournaient en rond, malgré tout, ils refusaient de l'écouter. Cela lui rappelait trop l'épisode quand ses parents avaient refusé de faire demi tour dans le monde des Esprits malgré ses plaintes.
Mais aujourd'hui, Chihiro n'était plus cette petite fille geignarde, elle était devenue plus déterminée. Elle prit une profonde inspiration et prit le chemin qu'elle avait marqué comme juste et se dirigea vers ce qu'elle espérait être l'orée de la forêt, tout en n'oubliant pas de laisser des signes pour montrer la direction qu'elle prenait. Avant la fin de la journée, elle était sortie des bois et elle commença à préparer le feu pour faire chauffer le riz et les deux alouettes qu'elle avait tirées en chemin. Au coucher du soleil, elle vit finalement Seita et Takezo sortir de la forêt et elle dissimula un petit sourire : elle avait eu raison, pas eux. Mais elle décida de ne pas insister là dessus, de peur de froisser la susceptibilité des garçons.
Seita grogna auprès d'elle qu'ils avaient tourné en rond pendant plusieurs heures avant que Seita ne décide de prendre les choses en main et de suivre les indications laissées par Chihiro sur les arbres. Mais il n'eut pas le droit à la même compassion que d'habitude de la part de son amie car Chihiro lui rappela qu'elle les avait prévenus.
Quand vint son tour de garde, Chihiro fut surprise de voir Takezo se joindre à elle et entamer la plus longue conversation qu'ils aient eue depuis trois semaines.
« Tu te demandes peut-être pourquoi je t'ai traité de manière aussi rude ces dernières semaines ou pourquoi j'ai refusé de t'écouter alors qu'il était évident que tu avais raison ? »
« Un peu, au début, je l'avoue. J'essayais d'imiter vous et Seita le mieux possible et j'avais l'impression de faire aussi bien que mon ami et pourtant je ne recevais pas l'ombre d'un compliment qu'il recevait lui. Pareil quand je chassais et ramenais de la viande pour nous trois. Alors, il y a quelques jours, j'ai décidé d'abandonner toute idée de recevoir un compliment de vous et j'ai décidée de travailler pour moi. Quand vous n'avez pas voulu m'écouter dans la forêt, j'étais certaine d'avoir raison alors j'ai suivi mon propre chemin car je savais Seita en sécurité auprès de vous malgré tout. Finalement, je ne suis pas déçue d'avoir pris cette décision. » Répondit Chihiro avec sincérité et une pointe de défi.
« En effet, tu avais pris la bonne décision. La seule raison pour laquelle je ne nous ai pas fait prendre le bon chemin dès le début, c'est parce que je voulais tester mes deux Sokké, mes deux disciples. »
« Attendez, vous me considériez vraiment comme l'un de vos disciples ? Mais vous ne m'adressiez même pas la parole ! Et puis quel était ce test dont vous parlez ? » Demanda Chihiro.
« Un maitre n'a pas tout le temps besoin d'élever la voix, il peut se contenter de montrer la voie et c'est au disciple de chercher à l'imiter. Et tu as su le faire admirablement. Certains se surpasseront plus de par l'absence de compliments que de par leur nombre. Quant au test, c'était pour éprouver votre cinquième Chakra et pour savoir si vous aviez les qualités nécessaires pour le passer. Malheureusement, Seita manque encore d'individualité et de capacité à guider les autres. Il s'est laissé entrainer par moi malgré la preuve que tu avais vu juste. Toi, en revanche, si l'on t'avait suivi, tu aurais su nous guider car tu possèdes suffisamment d'individualisme pour cela. »
« Vous voulez dire que vous avez aussi étudié la magie ? Je pensais que vous la méprisiez ? » Demanda Chihiro, l'air étonnée.
« Durant ma vie terrestre je maitrisais les cinq chakras et à ma mort, j'ai fini par apprendre les deux autres auprès d'un maitre. Tu vois, il faut savoir appliquer ses propres préceptes : « Embrasser tous les arts et non se borner à un seul » et « Connaître la Voie de chaque métier, et non se borner à celui que l'on exerce soi-même ». Durant mon tour de veille, quand vous dormez, je m'entraine aux autres arts des autres Voies. Ceci afin de donner l'impression que je ne peux vous entrainer que dans un seul aspect de la Voie, celle du combat avec une arme. Tu n'as pas su découvrir mon petit secret, mais en revanche, tu as su appliquer mes principes à toi-même, ce qui est déjà très bien. »
« J'avais déjà reçu ce conseil de mes deux précédents maitres et ce sont mes préférés alors je ne les ai pas oubliés. » Répondit Chihiro avec un léger rougissement.
« C'est bien. Maintenant, nous allons ouvrir ton cinquième centre d'énergie : son nom est Vishuddha et il se situe au niveau du cou. On dit que si on se concentre sur ce chakra, le pratiquant peut atteindre l'immortalité, en théorie. Mais surtout, il te permet d'accepter ton passé, de profiter du moment présent et de maitriser ton avenir. Il te donnera la force pour guider les autres et surtout te permettra de rester fidèle à ta Voie. »
Chihiro sentit alors sa gorge se réchauffer et se sentit revitalisée. Elle se sentait plus forte comme après chaque ouverture de Chakras. Elle se sentait plus en phase avec elle même, sachant qu'il valait mieux ne pas se forcer dans une Voie qui n'était pas la sienne. Ce fut ce qui la conduisit à dire :
« Shisho, Je ne pense pas que ma Voie soit la même que la votre. »
« Cela, je le sais déjà. Tu n'es pas vraiment faite pour te battre à la façon d'un samouraï même si, en apparence, tu semblerais te débrouiller, en réalité, tu ne serais jamais heureuse de prendre la vie de quelqu'un. Mais le Bushido n'est pas seulement le combat contreles autres, mais aussi contre toi afin d'aquérir les sept vertus essentielles du Samouraï : Droiture, Courage, Bienveillance, Politesse, Sincérité, Honneur et Loyauté. Tant que tu conserveras cet idéal en tête, tu suivras la Voie qui te conduiras à tes buts.
Et maintenant, la petite minute d'information !
Le quartier Zaraki est le quatre vingtième quartier ouest du Rukongai dans le manga Bleach et c'est de cet endroit que le personnage Zaraki Kenpachi tire son nom.
Bokken : sabre en bois rigide c'est une arme en soi (le célèbre samouraï Musashi Miyamoto a remporté son fameux duel contre Kojirō Sasaki avec un bokken improvisé en taillant une rame de la barque qui l'emmenait sur le lieu du duel). Il est utilisé par les pratiquants de iaidō pour des combats, et par les pratiquants d'aïkido et de kendo dans des katas.
Shisho est une façon respectueuse de dire maitre au sens de l'enseignement des arts martiaux.
Dans le Japon médiéval, les rōnin (浪人?) étaient des samouraïs sans maître.
Les rōnins sont d'anciens samouraïs exclus de la société japonaise féodale, pour plusieurs raisons : la mort de leur seigneur, leurs propres fautes ou leur défaite au combat. Ils devenaient donc une sorte de « paria », n'ayant pas de classe propre dans une société extrêmement hiérarchisée et basée sur les relations de loyauté envers un seigneur. La plupart d'entre eux se tournaient alors vers des métiers plus humbles après la perte de leur fief, en devenant fermiers ou même des prêtres bouddhistes vivant d'aumônes. Mais certains ayant des difficultés à accepter leur nouvelle position sociale tentaient de se rebeller, même en se tournant vers le banditisme.
Après la période Sengoku (1467 - 1568), l'image des samouraïs se dégrada, et ils furent considérés comme des mercenaires à la solde de leurs maîtres. C'est à cette époque que le nombre de rōnin augmenta. Les rōnin combattaient pour leurs idéaux. On leur associait souvent l'image du « preux chevalier ».
C'est surtout lors de l'ère Edo (1600 - 1868) que le nombre de rōnin alla en croissant : le shogunat avait en effet mis en place un système rigide qui interdisait aux samouraïs de changer de maître, de se marier hors de leur « clan », ou d'avoir des occupations extérieures au clan sans la permission de leur ancien maître alors que les règles étaient beaucoup plus flexibles sous les régimes précédents. De fait, la mort ou la ruine de son maître rendait presque impossible au samouraï d'en trouver un autre et le forçait à devenir rōnin.
Miyamoto Musashi (宮本 武蔵, Miyamoto Musashi?), de son premier nom Shinmen Takezō (12 mars 1584 – 19 juin1645) est l'une des figures emblématiques du Japon, maître bushi, philosophe et le plus fameux escrimeur de l'histoire du pays. Il n'est donc pas étonnant que Seita soit si respectueux et si heureux de recevoir l'enseignement de ce grand homme.
J'espère que vous avez aimé ce chapitre et si vous avez des questions et des remarques, n'hésitez pas à les poster par review. À dans trois semaines !
