Bonjour, me voici pour un nouveau chapitre de Retour à la Réalité. Nous poursuivons le voyage de Chihiro dans le Ryoukongai.
Chapitre 20
Durant le mois qui suivit l'éveil du cinquième Chakra de Chihiro, ils traversèrent plus de quatre vingt districts toujours en suivant l'étrange ordre de Takezo. Néanmoins aucun des deux enfants ne se plaignaient : ils marchaient rapidement maintenant et pouvaient suivre un rythme soutenu sans avoir besoin d'un trop grand nombre de pauses. De plus, cela permettait à Chihiro et à Seita de profiter d'une très grande variété de paysages : des lacs, des montagnes, des forêts, des prairies, des rizières et dans ces paysages, on trouvait soit des petits hameaux dispersés, soit des villages, grands ou petits. Parfois, la ville occupait tout un district et le trio pouvait en profiter pour retrouver la civilisation, même s'ils n'y restaient jamais longtemps. Leur guide semblait préférer visiter les endroits les plus déserts possibles afin d'admirer la nature. Par chance, le Rukongai semblait ressembler à un mini-monde (mais d'une taille conséquente) avec ses reliefs géographiques et des routes reliant tous les endroits peuplés par des hommes. En tout cas, c'était comme ça que le concevait la carte que Chihiro avait échangée un jour.
Cette carte était immense et Chihiro ne la sortait que le soir dans le but de la compléter car elle manquait souvent de précisions notamment pour les paysages et les reliefs. Par contre, Takezo lui avait offert un petit carnet de route où elle notait ce qu'elle avait vu dans tel quartier et où elle tentait de dessiner quelques croquis à l'encre de chine. Cela lui permettrait de se souvenir de ce qu'elle avait vu par la suite. Elle remarquait le soir que Takezo sortait souvent un carnet de croquis identique au sien pour dessiner un élément qui l'avait particulièrement marqué. Parfois, avant de se coucher, ils discutaient entre eux de toutes sortes de sujets : Seita abordait souvent le code du Bushido et demandait souvent des histoires de samouraïs ou de combats. Chihiro aimait à les entendre aussi bien qu'elle préférât les récits de ses voyages dans le monde des Esprit ou dans le Japon de son époque. Un jour, Seita et elle se mirent d'accord pour lui demander la raison pour laquelle il paraissait si jeune alors qu'il était mort quand il avait soixante ans.
Takezo rît et expliqua :
Quand je suis arrivé ici, j'avais effectivement l'air d'un vieux barbon et même si l'ouverture du cinquième chakra m'a revitalisé, elle ne m'a pas fait rajeunir, loin de là. Mais il y a environ cinquante ans, un shinigami m'a dit que dans quelques années, on aurait besoin d'hommes comme moi lors d'une guerre et il m'a rajeuni de presque la moitié de mon âge. Heureusement que je m'étais fait des autoportraits de moi à soixante ans car je ne me serais pas reconnu ! Et heureusement qu'il ne m'a pas ôté mes souvenirs car je sens que je lui en aurais voulu, sinon. »
Seita intervint alors :
« Mais de quelle guerre parlait le Shinigami ? J'habite ici depuis plus de cinquante ans et je n'en ai jamais entendu parler. »
« En effet et je n'ai moi même pas participé à des conflits ce dernier demi siècle. Mais je pense que les Shinigamis ont une vision du temps déformée par rapport aux âmes humaines. J'avoue que moi même, quand je parle de quelques années, je veux plutôt dire une dizaine d'année tellement je suis vieux dans ce monde. Alors qu'en est il pour des esprits qui existent depuis des dizaines de milliers, voir des centaines de milliers d'années et sont peut-être même plus vieux encore ? »
« Donc la guerre n'a peut-être pas encore eu lieu ? » Demanda Chihiro, inquiète.
« Qui sait ? Toujours est il que j'ai senti un appel il y a quelques mois de cela et depuis, je me dirige vers le centre de Rukongai, en prenant mon temps car aucun vrai guerrier n'est pressé de dégainer la lame qu'il a au fourreau même s'il doit parfois le faire. Depuis, je vous ai rencontré et comme vous alliez dans la même direction que moi, j'ai décidé de vous accompagner. »
Seita paraissait perplexe : il croyait qu'il était le seul disciple de Miyamoto Musashi car, même si Chihiro tentait de manier le bâton, elle paraissait encore loin derrière lui. Il rougit : peut-être avait il encore manqué quelque chose. Il y a un mois, lorsque que Takezo les avaient perdus en forêt, il avait réalisé que personne n'était infaillible et avait vu cela comme une leçon à retenir. Mais Chihiro retenait parfois des leçons différentes que lui. Peut-être devrait il lui demander ? Mais à ce moment là, son attention fut divertie quand Chihiro posa LA question taboue, celle que tout le monde s'abstenait de poser parce que tout le monde connaissait instinctivement la réponse. Tout le monde sauf les âmes vivantes égarées par mégarde dans ce monde comme Chihiro…
« Que se passe t-il quand on meurt dans le monde des Esprits ? »
À son actif, Takezo ne sembla pas étonné par cette question qui révélait encore l'ignorance de Chihiro sur le Monde des Kamis et il y répondit naturellement :
« Quand on meurt dans ce monde, on se réincarne dans le monde des Vivants, tout simplement, c'est le cas de tout le monde, y compris les Kamis. Évidemment, il existe des cas particuliers. Ces exceptions sont ceux qui ont commis des crimes abominables ou qui ont offensés un Kami si profondément qu'ils sont interdits de se réincarner sur Terre et ils vont dans un enfer quelconque. »
«On ne meurt pas de vieillesse dans le Monde des Esprits. ? »
« On vieillit très lentement dans le monde des Esprits jusqu'à ce qu'on ait atteint ce que l'on appelle « son âge d'apogée », c'est à dire l'âge où l'on a acquis la maturité ou la sagesse suffisante pour ne plus vieillir. Cet âge d'apogée peut être pendant l'enfance, l'adolescence, l'âge adulte ou la vieillesse. Bien sûr, il y a des exceptions comme moi, qui ait deux âges d'apogée : ma trentaine et ma soixantaine. Les autres exceptions sont les âmes humaines qui ont réussi à ouvrir leurs sept chakras qui sont semblables à des Kamis et traité de façon respectable par les dieux. Comme eux, ils peuvent très bien contrôler leur âge, manipuler les pouvoirs magiques et régner sur des royaumes. Certains en sont tellement fiers qu'ils en oublient leurs origines humaines au point de ne ressentir aucune pitié pour les âmes humaines. »
« Mais si on ne meurt pas de vieillesse, alors de quoi meurt on dans le monde des Esprits ? » Demanda Chihiro.
« Suite à des accidents, à des meurtres, des combats, des guerres…Bref, des choses qui arrivent également dans le monde des hommes sauf que c'est plus fréquent dans ce monde ci… » Expliqua Takezo tristement.
« Et comment les Shinigamis jugent ils ? Ils jugent seulement l'acte ou la personne ? Parce que… J'ai un ami qui s'accuse de beaucoup de méfaits et à cause de cela, il a peur de passer en jugement devant les Shinigamis… » Demanda Chihiro en évitant soigneusement de regarder vers Seita qui rougissait de honte et de colère : il ne voulait surtout pas que son amie révèle ses actes les plus mauvais, ni qu'elle avoue sa peur devant le grand Miyamoto Musashi !
« Les Shinigamis ne sont pas aussi impitoyables que tu le penses, jeune fille. Ils jugent les circonstances de l'acte et surtout, ils évaluent le regret de la personne. Ton ami n'aura rien à craindre s'il y a du regret en lui. Après, il ne sera certainement pas placé dans les dix premiers quartiers du Rukongai mais il pourra aller dans les districts pas trop dangereux. Et de toute manière, si cela ne lui plait pas, il est toujours possible qu'il choisisse de ne pas y aller. Les esprits humains ont une grande liberté de circuler dans cette partie du monde. » Répondit Takezo semblant comprendre de qui Chihiro voulait parler mais ayant la politesse de faire semblant de ne pas comprendre de qui il s'agissait en réalité.
« Que voulez vous dire par cette partie du monde ? » Demanda Seita, curieux, mais aussi pour dévier la conversation sur un sujet moins brulant.
« L'endroit où nous nous trouvons est la partie du Monde des Esprits où arrivent les âmes humaines. C'est donc l'endroit où l'on retrouve le plus d'esprits humains, même si la majorité de ces derniers vivent dans le Rukongai. Mais il existe d'autres parties du monde séparées par la mer et tout aussi grandes mais où la présence des esprits est encore plus prédominante. Disons que ici le quota est d'une âme humaine pour dix esprits, dans ces autres parties du monde, c'est plus de l'ordre une âme humaine pour mille esprits. » Expliqua Takezo.
« Donc, en réalité, nous nous trouvons sur une île gigantesque séparée d'autres îles toutes aussi grandes par une mer infinie ? » Demanda Chihiro.
« Oh non ! Toutes les îles ne sont pas aussi grandes qu'ici, loin de là ! Cette partie du monde est plus semblable à un continent. Il m'a fallu une centaine d'année pour le parcourir en long, en large et en travers. Ensuite, j'ai voulu découvrir les autres îles mais il en existe tellement aussi n'en ai-je n'en ai vu que quelques unes. Certaines sont très grandes mais jamais aussi grandes que cette partie du monde des Esprits. Dans tous les cas, les esprits les plus puissants vivent là bas, dans leurs royaumes.»
« Et comment les humains traversent-ils pour aller là bas ? Pourquoi ne restent ils pas sur le continent ? Pourquoi vont-ils là bas ? » Demanda Chihiro.
« D'immenses jonques font le voyage entre les différentes îles et le continent. Pour y accéder, tu dois avoir un ticket qui t'est donné par les Shinigamis. Tu ne le sais sans doute pas parce que tu es encore vivante, mais la quasi totalité des âmes humaines exécutent les directives données par les Shinigamis tellement ils sont réputés puissants. Aussi, quand ces derniers leur disent d'aller quelque part, ils s'exécutent. Très rares sont ceux qui ne font pas ce qui leur est demandé en ne restant pas à leur place ou en ne se conformant pas à leurs jugements. On les appelle Ryoka, des âmes errantes, qui n'ont d'attaches nul part. Personnellement, j'en suis un. Au lieu de rester couler des jours heureux paisiblement dans ma demeure du Sereitei, j'ai préféré voyager et rencontrer d'autres personnes afin de continuer à apprendre, car, selon ma pensée, même quand on est vieux, on ne cesse jamais d'apprendre. »
« Que font les Shinigamis avec ces âmes errantes, ces Ryokas ? Demanda Seita, très concerné. Après tout, Setsuko et lui appartenait à cette catégorie et jamais ils ne s'étaient posés la question à ce sujet. Il faut dire aussi qu'il n'en avait jamais rencontré.
« Rien. Dans la plupart des cas, ils les laissent aller et venir à leur guise. Mais ils ont plus de chance de se faire tuer qu'en restant dans le district qui leur a été assigné. Ils doivent aussi se conformer aux lois des endroits qu'ils traversent même si celles-ci peuvent être très contraignantes envers eux selon les Kamis qui les gouvernent. Les Esprits puissants n'aiment pas avoir des personnes libres de voyager sur leurs terres et parfois, ils les éliminent, purement et simplement. »
« C'est cruel ! » S'exclama Chihiro, horrifiée.
« Ce monde est cruel. Ici, les lois peuvent être encore plus étranges que dans le monde des humains et la punition pour les enfreindre est souvent impitoyable et parfois pire que la mort. Souvenez vous de cela. Le Ryukongai est rassurant pour les fantômes car il est composé d'âmes humaines dans sa très grande majorité, ce qui est rassurant car elles sont plus prévisibles que les Kamis. »
« Je vois… » Dit Chihiro en se souvenant de la punition impitoyable de Yubaba envers ses parents pour avoir simplement mangé sans permission la nourriture des Kamis. Puis elle se souvint que Takezo n'avait pas répondu à sa troisième question et elle décida de la reformuler d'une autre manière :
« Qu'est ce qui pousse certaines personnes à partir à l'aventure ? » Demanda t-elle.
« Chacun a des motifs qui lui sont propres : certains partent en quête de connaissances ou de pouvoirs. D'autres veulent obtenir quelque chose d'un Kami. Pour quelques uns, c'est juste dans leur nature de ne pas rester longtemps au même endroit. Certains motifs sont respectables, d'autres le sont moins. Mais seuls les plus courageux ou les plus téméraires partent voyager sur le continent. » Dit leur compagnon.
« Et pour voyager au delà des mers, sur les autres îles, que faut-il comme qualité ? » Demanda Chihiro.
« Ceux qui voyagent au delà des mers le font souvent parce que un Shinigami le leur a ordonné, le plus souvent, suite à une directive d'un Esprit puissant. Après tout, même les Kamis ont besoin de sujets pour les adorer. » Ajouta Takezo d'un air énigmatique. Pour les Ryokas, il faut avoir une certaine puissance pour être capable d'affronter les épreuves qui se présentent à vous.
« J'ai une autre question, intervint Seita, comment saviez vous que Chihiro était vivante et non une âme humaine ? »
« Par déduction. Ses questions ne sont pas de celles que poserait une personne morte, même depuis peu. Un conseil, jeune Chihiro, parfois tu dois apprendre à cacher ton ignorance si tu ne veux pas te faire repérer. Ton ami Seita a dû te le dire, mais je te le répète, les humains de ton époque sont très mal vus. »
« Je sais, mais je savais aussi que je pouvais vous faire confiance. Et il vaut mieux que j'apprenne de quelqu'un en qui je fais confiance qu'en me trompant face à un Kami puissant. » Déclara naturellement Chihiro.
« Prend garde à ce que ta confiance ne soit pas mal placée. » conseilla Takezo avant d'affirmer qu'il prendrait le premier tour de garde.
A la fin du mois qui suivit cette conversation, Seita parvint finalement à maitriser son cinquième chakra. Il devait cette réussite à Chihiro qui l'avait conseillé sur les qualités à développer et qui, surtout, lui avait recommander d'en parler à son maitre. Seita avait été ébahi d'apprendre que le grand escrimeur, en plus d'être un artiste, était aussi un maitre des arts occultes et c'est avec la plus grande joie qu'il avait appris le cinquième chakra sous la férule exigeante de son maitre. Ce dernier continuait à enseigner à ses deux disciples, même si en magie Chihiro avait pris un peu d'avance, Seita la surpassait encore dans le maniement du Bô. Cela permettait une petite rivalité mais surtout le résultat obtenu était que chacun des deux Sokkes aidait l'autre dans sa faiblesse et vice-versa. Seita commençait à devenir redoutable pour manier son bâton et Chihiro était en train d'apprendre les sortilèges de communication.
Ainsi, en sondant la surface d'une eau calme comme un lac ou une mare, elle pouvait communiquer avec des personnes à des dizaines, voir des centaines de kilomètres plus loin. Elle avait par exemple réussi à voir Zeniba. La vieille sorcière en avait tout de suite averti Setsuko et Sans Visage pour qu'ils puissent voir que le reste du groupe était en bonne santé. Setsuko avait bavardé longtemps avec son grand frère jusqu'à ce que Takezo intervienne et coupe la communication pour ne pas épuiser les réserves de Ki de Chihiro. Seita avait été fou de joie de revoir sa petite sœur qui avait dû être très inquiète par le retard qu'ils avaient pris. Chihiro, le lendemain, était aussi parvenu à contacter Rin et avait appris que cette dernière en était à l'apprentissage du quatrième chakra. Elle donna des nouvelles de Kamaji (toujours surchargé de travail), de Bou (toujours en train d'explorer Aburaya et ses environs) de Yubaba (toujours aussi exigeante et avide) et d'elle même (Toujours ravie d'apprendre la magie.).
Depuis qu'elle avait appris à ouvrir son cinquième Chakra, Chihiro avait également appris à créer des Shikigami, ces étranges figures de papiers que Zeniba avait lancé à la poursuite de Haku autrefois. Elle s'en servait pour envoyer des messages à sa grand-mère d'adoption. Elle aurait bien aimé pouvoir communiquer avec Kohaku mais ce dernier devait se trouver à l'autre bout du continent, voir sur l'une de ces îles mystérieuses dont Takuzo avait parlé. Or, c'était trop loin pour les Shikigamis qui s'abimait fort vite au contact des éléments et la jeune fille n'était pas suffisament puissante pour pouvoir en créer beaucoup.
Un jour, alors que Takezo, Seita et Chihiro étaient en train de traverser une ville de moyenne dimension, dans le trente neuvième district, ils entendirent quelqu'un appeler le jeune garçon :
« Seita ? Seita Nosaka! »
Le jeune garçon se retourna et ses yeux s'agrandirent quand il reconnut la personne qui lui parlait : sa tante, la tante qui les avait recueillis, Setsuko et lui, après la mort de leur mère et de chez qui ils s'étaient enfuis pour mener une vie libre et sans entrave. Une vie qui, au final, les avait conduit jusqu'à la mort.
« Oba san ! Si je m'attendais à te retrouver ici ! Tu n'as pas changé ! Es tu morte pendant la guerre, toi aussi ? » Demanda confusément Seita.
« Moi ? Bien sûr que non ! Je suis morte vingt ans après la guerre, jeune homme. Où est Setsuko ? L'as tu attendu ou est elle morte avant toi, comme je le pense ? » Demanda la tante du jeune garçon en l'invitant à entrer pour prendre le thé. Par politesse, Chihiro et Takezo prétendirent qu'ils devaient faire des achats avant de laisser Seita à ses retrouvailles. Ce dernier répondit à la question de sa tante en baissant la tête :
« Setsuko est morte de faim par ma faute et je l'ai vu mourir sans pouvoir rien faire. J'ai tenté de voler des légumes dans un champ et de vieilles nippes dans la ville pour gagner de l'argent. Mais tout a échouer. Je sais aujourd'hui que j'ai échoué en tant que grand frère. J'aurais dû la protéger mieux que ça. »
« Alors pourquoi n'es tu pas revenu à la maison ? Tu aurais reçu une sacrée correction pour t'être enfui et à vivre dans les bois comme un vagabond avec ta petite sœur de trois ans. Mais par égard pour ta mère et ton père, je vous aurais accueillis de nouveau sous conditions, bien sûr, de gagner ton riz quotidien. » Déclara la femme plus âgée sur un ton abrupt tout en lui tendant un bol de thé chaud.
« J'ai été stupide et orgueilleux. J'ai cru que vous ne me pardonneriez jamais de m'être enfuis et j'avais honte d'avoir volé le riz qui aurait pu servir à toute la famille. Aujourd'hui encore, je m'en veux de ne pas être revenu et d'avoir cru que je pourrais me débrouiller tout seul. Mon orgueil a conduit à la mort ma petite sœur et je ne me le pardonnerai jamais. » Déclara Seita en se mettant à genoux, dans une air de supplication que sa tante ne lui avait encore jamais vu. Où était passé le Seita si sûr de lui qui était frondeur et refusait de suivre ses ordres ? Mais au fond d'elle même, la tante savait : Seita ne se conduisait ainsi que quand sa sœur était impliquée.
« Stupide, tu l'as été. Et orgueilleux également. Mais aujourd'hui n'est plus le temps des reproches. Si je ne me trompe pas, tu as eu plus d'un demi siècle pour te repentir de tes fautes. Est ce que Setsuko est avec toi ? J'ai cru apercevoir une jeune fille à tes côtés. »
« Non, elle s'appelle Chihiro. C'est une bonne amie à moi. »
« Tu veux dire que tu ne sais même pas où est ta sœur ?! J'étais persuadée que vous resteriez ensemble même dans la mort ! Me serais je trompée ? » S'interrogea très inquiète la tante du jeune garçon.
« Non ne vous inquiétez pas, je l'ai laissé auprès de mon sensei à la sixième station. Elle est parfaitement en sécurité là-bas, je m'en suis assurée ! » Se récria la jeune garçon en faisant un geste pour la rassurer.
« En es-tu certain ? J'ai entendu des rumeurs à propos de sorcières vivant près de la voie ferrée. On ne peut pas faire confiance à cette engeance là. » Rétorqua la femme sur un ton amer.
« Zeniba sensei ne ferait jamais de mal à Setsuko ! Elle l'aime beaucoup et ne permettrait jamais qu'on lui fasse du mal ! » S'exclama Seita sur un ton passionné.
« Et comment peux tu en être certain ? Demanda sa tante sur une voix aigre. Il ne me semble pas que tu aies fait preuve de beaucoup de discernement jusque là. »
« Je le sais parce que Chihiro connaît les sortilèges de communication par l'eau et que j'ai pu la voir par son intermédiaire. Elle va bien et aux dernières nouvelles, elle jouait avec Totoro sama de la station Forêt de Bambous. Elle a même réussi à faire voler une grue en origami ! » Déclara Seita avec fierté.
« Tu veux dire que tu fraies avec les sorcières ? Et, que veux tu dire par sensei ? Ne me dis pas que tu veux devenir sorcier à ton tour ? Cela ne peut apporter que le malheur ! » Déplora la tante du jeune garçon.
Ce dernier s'exclama sur un ton passionné :
« Si ! Je veux devenir un sorcier afin de pouvoir retrouver mes parents afin que nous soyons à nouveau réunis. Ne me dis pas que c'est un but inutile ! »
« Sais-tu seulement la raison pour laquelle être un sorcier est si dangereux ? Les pratiquants de la magie ne font que se défier entre eux pour éliminer la concurrence ! Résultat, les sorciers sont tellement occupés à devenir plus puissants qu'ils oublient tout ce qui est essentiel, y compris leur but d'origine ! » Expliqua la tante avec désespoir.
« Mon sensei m'a dit que tant que je saurais là où est mon trésor, je saurai aussi où est mon cœur. Et je sais très bien où est mon trésor ! C'est Setsuko, ma famille et mon amie Chihiro. » Dit Seita.
« Alors, dans ce cas, explique moi pourquoi tu es parti et en laissant ta petite sœur ? » Demanda la femme plus âgée en haussant un sourcil.
« Pour plusieurs raisons : afin de protéger mon amie Chihiro pendant une partie de son voyage, pour pouvoir enrichir mes connaissances et la dernière, c'est pour être jugé par les Shinigamis pour savoir où j'aurais été placé si j'avais eu le courage de le faire à mon entrée dans le monde des Esprits. »
« Tu veux dire qu'en plus de cela, tu es un Ryoka, un maléfice errant ? Oh, Seita ! Quelque part, j'aurais dû m'en douter… Tu as toujours préféré mener une vie libre et sans entrave et ta sœur t'a tout le temps suivie. J'aurais tellement préféré que tu mènes une vie simple et sédentaire, je priais les dieux que tu sois avec ta mère, dans une partie calme du Rukongai mais il semble que j'ai prié en vain. Tu ressembles trop à mon frère, ton père était comme ça également.»
« Je suis désolé, ma tante. Mais si j'arrive à retrouver toute ma famille, je m'installerai tranquillement avec elle et je crois que je serais heureux. » Dit Seita.
« Ne fais pas de promesses que tu ne pourras pas tenir. Un jour ou l'autre, tous les sorciers veulent voyager et découvrir ce monde pour apprendre toujours plus. Te connaissant, tu ne pourras pas y échapper. C'est pourquoi ce sont souvent les Ryokas, les maléfices errants, qui cherchent à devenir des sorciers. » Soupira sa tante.
« Pourquoi nous appelle t-on maléfices errants ? » Demanda Seita en fronçant le nez, n'aimant pas cette appellation péjorative.
« Parce que vous bouleversez l'ordre établi en ne vous conformant pas aux préceptes divins. Au lieu de vous contenter de demeurer à votre place, vous persistez à en chercher une qui vous conviendrait mieux. C'est ce qui fait de vous des parias, un peu comme les rônins, les samouraïs sans maitres. »
« Cela ne me dérange pas. L'homme qui m'accompagne est un rônin et il m'apprend beaucoup de choses ! » Déclara Seita en finissant son thé.
« Du moment qu'il respecte le code du Bushido, je lui fais confiance pour te guider sur la bonne Voie. Je te souhaite bonne chance, Seita et je te souhaite également de ne jamais oublier où se trouve ton cœur. » Déclara sa tante en se levant pour raccompagner son neveu dans la rue où l'attendaient Chihiro et Takezo.
« Merci, ma tante. Un jour, je te rendrai visite avec toute ma famille réunie. Cette promesse là, je jure de la tenir ! » Déclara solennellement Seita en s'inclinant devant son aînée.
Et sous le regard de la femme, le trio s'éloigna en discutant joyeusement.
Et me revoilà pour la minute d'information :
Le bushido1 est le code des principes moraux que les samouraïs japonais étaient tenus d'observer2.
(武家諸法度).
Bushidō (武士道?) est un mot japonais provenant du chinois wu shi dao (武士道) signifiant littéralement « la voie du guerrier » :bushi signifie « brave guerrier » et dō la voie. On divise parfois bushi en deux termes qui signifieraient bu « stopper » (mettre fin à la violence par les armes), et shi « celui qui a obtenu son savoir par l'apprentissage » (comme le guerrier).
Ce code de vie a emprunté au Bouddhisme l'endurance stoïque, le respect du danger et de la mort; au Shintoïsme, le culte religieux de la Patrie et de l'Empereur au Confucianisme, une certaine culture littéraire et artistique ainsi que la morale sociale des « relations » : parents-enfants, maître et serviteur, époux, frères, amis. Mencius fut également une grande source d'inspiration pour le bushido.
La plupart des samouraïs vouaient leur vie au bushido, un code strict qui exigeait loyauté et honneur jusqu'à la mort. Si un samouraï échouait à garder son honneur il pouvait le regagner en commettant le seppuku (suicide rituel), que l'on connaît mieux en occident sous le terme de « hara-kiri » ou « l'action de s'ouvrir le ventre » (hara : le « ventre », siège duki (puissance, énergie) et kiri : « coupe »). Cependant, il faut noter une différence non négligeable entre seppuku et hara-kiri. Le seppuku permettait à un guerrier vaincu de se donner la mort et de pouvoir ainsi mourir avec son honneur (le vainqueur abrégeait ensuite ses souffrances). Le hara-kiri était une façon de se donner la mort qui permettait de retrouver son honneur suite à un événement considéré comme déshonorant (lâcheté, traitrise...)
Le bushido a servi également de base spirituelle aux kamikazes pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour cette raison, plusieurs arts martiaux enracinés dans le bushido ont été interdits par les Américains pendant l'occupation d'après-guerre, et de nombreux sabres japonais, anciens ou récents, ont été détruits.
J'espère que ce chapitre vous a plu, si c'est le cas ou que vous avez des questions, n'hésitez pas à me laisser des reviews. Je vous souhaite un bon week-end !
