Bonjour à tous, me voici de retour pour un nouveau chapitre. Je tiens à remercier ceux ou celles qui m'ont laissée des commentaires. En attendant, je vous souhaite bonne lecture.


Chapitre 21

Quelques mois plus tard, Chihiro et Seita se tenaient ébahis devant le Sereitei et admirait le quartier des privilégiés pour la première fois de leur vie (ou après vie dans le cas de ce dernier). Depuis quelques semaines, ils pouvaient apercevoir de loin le haut du château où vivaient les Shinigamis, mais depuis, ils avaient finalement atteint le district un du Rukongai et ils pouvaient finalement admirer de près ce quartier merveilleux et immense.

Il ressemblait à la vieille ville de Kyoto que Chihiro avait pu admirer une fois avec ses parents, même si elle n'en gardait que fort peu de souvenirs car la fillettes de sept ans qu'elle était alors avait préféré bouder que contempler des vieilles demeures ennuyeuses de son point de vue. Maintenant, elle admirait de loin les belles demeures, parvenant parfois à distinguer les magnifiques jardins zen avec leurs allées bien ratissées, leurs lanternes et leurs rochers disposés harmonieusement selon les lignes de Chi de la terre.

Mais le château des Shinigamis était le plus beau joyau parmi tous ces magnifiques domaines. Il ressemblait au château d'Osaka mais en plus grand et il était encore plus beau que le palais d'Aburaya, chose que jamais la petite Chihiro n'aurait cru possible. Les toits en pagodes recouverts d'or, de jade et de grenat. Les murs étaient recouverts de motifs géométriques exquis grâce à des briques auxquelles était mélangée de la poudre de lapis-lazulis pour leur donner une belle couleur d'un bleu clair vernissé sur le fond rouge. Les portes étaient de bronze ciselé et incrustées de pierres précieuses. Des gardes féroces, accompagnés de Komainu, des chiens-esprits semblables à des lions féroces empêchaient l'entrée aux visiteurs moralement impures.

Pourtant, devant, se trouvaient une foule de personnes qui venaient chaque jour afin de faire juger par les Shinigamis pour obtenir le précieux ticket qui leur indiquerait dans quels districts ils allaient vivre. La foule était immense car il s'agissait de tous les morts de la veille qui venaient d'arriver : elle était composées de vieilles femmes, de vieillards, d'adolescents, d'enfants, d'adultes jeunes ou plus vieux. La majorité des personnes se trouvant là étaient japonaises ou chinoises mais on pouvait en trouver de Corée, du Vietnam. C'était, selon Takezo, parce qu'ils partageaient le même type de croyances envers les Kamis. Certains, surtout parmi les adultes et les jeunes, n'avaient pas compris qu'ils étaient morts et se démenaient pour savoir où ils étaient mais étaient vivement repoussés par les gardes dans la file d'attente. Les personnes âgées, au contraire, se faisaient discrètes ou tentaient d'expliquer à leurs voisins qu'ils étaient bel et bien morts. Chihiro et Seita supposait que c'était plus facile pour eux d'accepter l'idée de leur propre fin que pour ces jeunes gens, qui, hier encore débordaient de vie et n'étaient décédés qu'à la suite d'un accident.

Tous les trois se mirent dans la file d'attente et commencèrent à patienter pendant plusieurs heures. La longue rangée n'avançait que petit à petit et de façon assez étrange : parfois, mais très rarement, une personne qui semblait au service des Shinigamis venait prendre une personne dans la file d'attente en s'inclinant devant elle et l'escortait en personne devant les dieux de la mort. Takezo expliqua à nouveau que c'était parce que cette personne avait fait beaucoup de bien sur Terre et avait respecté les Esprits. Ces personnes là, on ne les faisait pas attendre et qu'ensuite ces hommes ou ces femmes habiteraient sans doute au Sereitei. Seita marmonna que ce n'était pas juste avant que Chihiro ne remarque que, chaque fois que cela arrivait, leur compagnon baissait son chapeau comme s'il voulait ne pas être reconnu. Souriante, elle lui murmura à l'oreille :

« Vous y avez eu droit, vous aussi, n'est ce pas ? »

« Oui. Je crois l'avoir déjà mentionné mais j'ai une demeure ici que je n'utilise jamais. J'ai préféré de loin la vie de Ryoka. Mais si on me reconnaissait, je peux te jurer qu'on me ferait passer avant tout le monde. Or, loin de moi l'idée de passer devant ces pauvres bougres qui passent leurs journée à attendre. »

« C'est gentil de votre part. » Dit Chihiro avant de se remettre à patienter.


Finalement, le soir commençait à tomber quand leur tour arriva et ce que Chihiro craignait le plus arriva : ils furent séparés entre plusieurs Shinigamis : Seita fut introduit dans un bureau, Takezo fut reconnu comme Miyamoto Musashi et on s'empressa autour de lui, en le traitant avec tous les égards, ce qui semblait ennuyer prodigieusement le meilleur escrimeur du Japon qui semblait détester ce genre de cérémonial. Lui et sa suite eurent tôt fait de disparaître dans un ascenseur. Quant à Chihiro, on la pria de s'asseoir en attendant son tour.

La jeune fille s'assit sur un banc en attendant qu'on veuille bien l'appeler et en profita pour méditer tout en observant les allées et venues des gens autour d'elle : elle voyait des domestiques et des gardes passer devant elle sans lui prêter attention. Tout à coup, elle aperçut enfin un Shinigami : il portait un kimono blanc avec un haori noir. A part ses vêtements, rien ne paraissait le distinguer des âmes humaines à l'exception d'un détail flagrant : il avait en guise de tête un sceau de papier blanc sur lequel était inscrit en belle calligraphie le mot Shinigami, Dieu de la Mort. Une aura étrange semblait émaner de lui. Effrayée, la jeune fille évita le regard de l'Être et contempla ses pieds comme si elle les trouvait fascinant tout à coup.

« Suis moi » ordonna le Shinigami. Et Chihiro le suivit.


Seita avait les mains moites et était assis sur une chaise en face d'un Shinigami qui semblait fort occupé à lire certains papiers. Le dieu de la Mort ne semblait lui prêter aucune attention tant il était plongé dans sa lecture et le jeune garçon aurait pu jurer qu'il lui était possible de partir sans que l'être en face de lui ne le remrque. Non pas que Seita en avait l'intention, bien entendu… Après tout, pour une première visite, cela ne serait pas une bonne chose de se mettre à dos des personnes qui pouvaient l'aider à retrouver sa mère ou le séparer de Setsuko…

« Vous êtes donc Nosaka Seita, n'est ce pas ? » Demanda une voix douce que Seita identifia à sa plus profonde surprise, comme émanant du Shinigami devant lui. Le jeune garçon s'était plutôt attendu à une voix grave et majestueuse et non pas à une voix douce et plutôt féminine. Avalant sa salive, le jeune garçon répondit :

« Oui, c'est bien mon nom, heu, Shinigami sama. »

« Bien, j'ai eu un peu de mal à retrouver ton dossier. Tu es mort il y a si longtemps que nous te pensions mort et réincarné avant d'arriver ici. Je dois te poser une question pour simplifier mes démarches : as tu connaissance de l'endroit où se trouve ta sœur Nosaka Setsuko ? » Demanda le Shinigami poliment.

« Elle n'est pas avec moi en ce moment, Shinigami sama. Elle se trouve à la sixième station, avec quelqu'un qui veille sur elle. Le voyage était trop long pour elle. » Répondit Seita, les épaules très tendue.

« Je vois, avec Zeniba-dôno, du Fond de l'Étang. C'est bien cela, jeune homme ? » Questionna le Shinigami avec un ton plutôt inquisiteur.

« Heu, oui. Elle s'y trouve bien en ce moment mais je suis sûr qu'elle aimerait que nous retrouvions notre famille. » Formula Seita de manière détourné.

« Pour le moment, c'est de toi qu'il s'agit, jeune homme, répliqua fermement le dieu de la mort avant de s'emparer d'une liste de papier. « Voyons voir la liste de tes fautes les plus graves: tu as commis une désobéissance envers ta tante qui t'a conduit à fuir sa maison en enlevant ta sœur Setsuko. Durant cette fugue, tu as volé le riz de la famille, des légumes d'un fermier, des vêtements pour tenter de subvenir aux besoins de ta petite sœur mais sans résultat puisqu'elle est morte de malnutrition et de sous-nutrition quelques jours avant toi. »

« Oui, c'est bien ça. » Murmura Seita rouge de honte avant d'ajouter « Je n'ai aucune excuse, j'ai été complètement idiot en ne me conformant pas aux souhaits de ma tante et à cause de mon orgueil, ma sœur l'a payé de sa vie. »

« Très bien. J'ajoute sur la partie de ton dossier que le pénitent a exprimé des remords authentiques et sincères. Je note aussi qu'il reconnaît les fautes exactes il a commises durant sa vie. » Déclara le Shinigami d'une voix neutre comme s'il ou elle s'adressait à la feuille de papier. « Néanmoins, je note quelques circonstances atténuantes : jeunesse et manque d'expérience, volonté de bien faire, amour fraternel très fort. Tu as également quelques bonnes qualités comme de la piété filiale très forte envers tes parents. »

« Merci Shinigami sama… » Dit Seita, les oreilles encore rouges.

« Ne me remercie pas, je ne fais qu'exprimer la vérité que ton dossier de vie comporte. Ton dossier de mort, en revanche, nous n'avons rien dessus puisque tu ne t'es pas présenté dès ta fin de vie au Jugement des Shinigamis. » Lui dit le ou la Shinigami sur un léger ton de reproche.

« Pardonnez moi, Shinigami sama. J'avais peur d'être séparé de Setsuko que je venais de retrouver et quelqu'un m'a dit que vous sépariez les familles. Alors j'ai pris peur et j'ai décidé de rester pendant un temps dans le monde des humains. »

« Tu viens de dire la vérité, dit le Shinigami avant d'expliquer : « ces carnets ne peuvent montrer que l'exacte vérité concernant tes actes et tes pensées. Cela prend bien sûr en compte tes impressions sous la forme de « je pensais que… ». Pour le moment, tu n'as fait que dire la vérité. Continue, s'il te plait. »

« Heu, oui… Après quelques dizaines d'années passées là bas à chercher Papa sans succès, Setsuko et moi nous sommes retournés dans le monde des Esprits pour essayer de retrouver nos parents puisque nous étions certains qu'ils étaient là. On a passé plusieurs années à les chercher un peu partout mais en vain. On a appris quelques petites choses sur le monde des Esprits et là, j'ai appris que si je devenais un sorcier, j'aurais l'espoir de retrouver Maman et Papa. J'ai donc essayé de m'entrainer pendant longtemps jusqu'à ce que je rencontre Chihiro qui m'a présenté à Zeniba sensei qui a accepté de me former. J'ai suivi son enseignement pendant un an et là, Chihiro a exprimé son souhait d'aller à Rukongai et j'ai décidé de l'accompagner d'une part pour la protéger du danger et d'autre part pour me faire juger, maintenant que j'avais suffisamment de courage. On a pris presque un an avant d'arriver ici et me voilà maintenant. » Acheva d'expliquer Seita.

« Je vois, tu as été honnête dans tes explications, Nosaka Seita », accorda le dieu de la mort sur un ton bienveillant. « Maintenant, passons à tes souhaits. Tu veux retrouver tes parents mais il se trouve que le cas de ta mère n'a pas été traité soigneusement et je suis donc dans l'incapacité de te dire où elle est. Quant à ton père, en tant que pratiquant du Bushido et soldat, il a été appelé comme beaucoup de ses compatriotes à rejoindre un conflit, au delà de la mer des esprits. »

Seita semblait dévasté mais le Shinigami rajouta :

« Tu as le choix. Soit tu peux aller tenter de retrouver ton père en allant par delà les mers, soit tu peux retourner au Fond de l'Étang pour veiller sur ta petite sœur Setsuko. »

« Je suis désolé, Shinigami-sama, mais je choisis de retrouver ma petite sœur Setsuko. Même si j'ai appris des sorts et le maniement du Bô, je sais que je ne suis pas encore assez fort pour partir à la guerre. De plus, je sais que mon père est capable de veiller sur lui même mais pas ma petite sœur. C'est donc mon devoir, en tant que grand frère de veiller sur elle. » Affirma Seita d'un ton ferme.

« C'est exact. D'autant plus que tu n'aurais pas eu le droit, de toute façon, d'embarquer pour le lieu des combats en emmenant ta sœur. Ton autre choix t'aurait fait poursuivre une chimère et tu aurais perdu en retour la garde de ta sœur. Je te félicite pour ton choix qui a su prendre en compte les vrais besoins de ta sœur et je t'assigne à la sixième station, Fond de l'Étang, en espérant que Zeniba-dono te forme bien. » lui répondit chaleureusement le dieu de la mort.

« Merci, Shinigami sama ! Puis je vous demander, en ce qui concerne mes autres amis qui sont ici ? »

« Non. Chaque jugement est personnel et confidentiel, Seita. Quant au sort de ton amie, Chihiro, son cas est beaucoup plus difficile que le tien. Je t'accorde l'autorisation de lui faire tes adieux. Bonne chance dans l'Après-vie, Nosaka Seita, voici ton ticket de train à usage unique. »


Pendant ce temps, du côté de Miyamoto Musashi, ce dernier était enfin parvenu à se débarrasser de la horde de domestiques et d'admirateurs qui l'assaillaient de toutes parts et il était entré dans le bureau du Shinigami qui lui était assigné. C'était la quatrième fois qu'il le voyait et, à chaque fois, rien ne semblait le distinguer des autres si ce n'était sa voix qui était celle d'un puissant vieillard.

« Miyamoto Musashi, je vois que tu as fait un bon usage de la jeunesse qui t'a été rendue. Tu es devenu encore plus fort que lors de ta vie sur Terre et tu es resté fidèle aux principes du Bushido. Tu aurais mérité une après-vie paisible mais tu as de toi-même refusé ce type de vie et tu as choisi celle de Ryoka afin de toujours te perfectionner. »

« Je le reconnais, Shinigami-sama, que je ne recherche pas une vie paisible. Je suis un guerrier accompli mais il me reste encore tant à apprendre que je ne peux rester assis tranquillement sans rien découvrir de nouveau ou sans transmettre mon savoir. Et si pour ça il me faut mener l'existence d'un Ryoka, alors ainsi soit il. »

« Toujours aussi obstiné. Et bien ? As tu découvert des disciples qui se sont révélés prometteurs ? As tu pu leur transmettre une partie de ton immense savoir ? » Demanda le Shinigami comme s'il connaissait déjà la réponse à ses propres questions.

« J'ai transmis mon savoir à de nombreux Sokkes comme vous me l'aviez demandé. Tous se sont révélés prometteurs mais beaucoup n'ont pas su suivre la voie du vrai guerrier. Certains ont abusé de leur pouvoir sur les autres et j'ai dû leur ôter la vie. D'autres n'ont pas poursuivi leurs efforts et se sont reposés sur leurs lauriers sans chercher à en apprendre plus. Quelques uns sont partis avant que leur entrainement ne soit terminé et se sont fait tuer par plus fort qu'eux. En vérité, j'ai formé bien peu de bons guerriers pour le conflit à venir, Shinigami-sama. »

« Ce n'est pas grave, Miyamoto Musashi. Tu nous as donné que la fine fleur de ton entrainement qui est plus exigeant que ceux des autres et nous t'en remercions. Maintenant, j'aimerais savoir, Miyamoto Musashi, qu'as tu pensé de l'enfant que tu as formé ? »

« Celle pour laquelle vous êtes venu me demander de revenir au Rukongai de manière si pressante ? La première fois, vous m'avez dit de prendre mon temps mais les choses se sont précipitées il y a environ deux ans, n'est ce pas ? Même pour vous, les Shinigamis qui vivez, si l'on peut dire, si en dehors du temps. »

« Ta déduction est juste. La venue d'humains dans le monde des esprits a toujours perturbé la manière dont le temps s'écoule dans ce monde. C'est parce que pour les humains, la vie est tellement brève qu'ils la vivent de façon intense mais trop rapidement. Ils ne savent pas prendre le temps de vivre pleinement le peu de vie qui leur est offert. Mais nous ne pouvons pas nous passer d'eux car sans les humains, ce monde serait immuable, sans changement et le changement est ce qui permet d'avancer. » Déclara le Shinigami d'une voix grave.

« Est ce l'enjeu de la guerre qui s'annonce ? » Demanda prudemment Takezo. « Accepter ou non le changement introduit par les hommes ? »

« Non. Pas exactement. Les enjeux du conflit sont plus graves que ça. Il consiste à savoir si les Esprits doivent retourner dans le monde des Esprits pour y imposer leur présence. Pour d'autres, il consiste également à décider si les âmes humaines doivent être toujours acceptée dans le monde des Esprits. »

« Mais c'est de la folie ! S'affola Takezo. « Les esprits ont décidé de laisser les hommes libres de croire ou de ne pas croire en eux, à charge pour eux d'accepter les conséquences de leur choix dans l'au delà ! Et s'ils interviennent dans le monde des vivants, cela va être le chaos ! Beaucoup d'esprits vont vouloir se venger des manquements des humains et ces derniers ne connaissent plus grand-chose aux usages d'autrefois. »

« En effet. Depuis des dizaines d'années, les humains ne croient plus dans les Kamis et ils n'ont recours à eux que pour suivre la tradition sans vraiment penser qu'ils existent. Ils ne pensent même plus à prier pour les esprits de leurs ancêtres. Du coup, certains Kamis parmi les plus bellicistes ont décidé de retourner dans le monde et de s'y imposer par la force afin d'obliger à nouveau les hommes à les adorer. Or, il s'agit de la branche la plus modérée du parti antihumain de la guerre à venir. Certains veulent carrément fermer le monde des Esprits aux hommes. Dans les deux cas, les conséquences seront les mêmes et vous savez lesquelles, n'est ce pas ? »

« Je n'ose l'imaginer. » Murmura le rônin en frissonnant.

« Un déséquilibre entre le monde des Vivants et celui des Esprits. Il faut imaginer ces deux mondes comme les deux plateaux d'une balance. S'il y a trop d'esprits, que ce soit des Kamis ou des âmes des défunts, dans le monde des Vivants, ce plateau va finir par s'alourdir et les monde des Esprits submergera celui des Vivant, conduisant à la fusion des deux mondes, comme dans les anciens temps. Il n'y aura plus ni vie, ni mort et finalement la Terre redeviendra une mer sans fin où tous les esprits nageront indifférenciés comme au temps des origines. »

« Ce serait la fin des mondes tels que nous les connaissions. »

« Exactement. Par chance, certains Kamis de l'Administration des Esprits ont pris connaissance de ce danger et feront tout pour empêcher cela d'arriver. Ils recrutent les Kamis favorables aux humains et des hommes suffisamment courageux pour se battre au delà des mers des Esprits afin de sauvegarder les mondes, celui des Vivants et celui des Esprits. D'immenses armées sont en train de se constituer de part et d'autre. »

« Dans ce cas, je dois y aller moi aussi. » Décida Miyamoto Musashi d'une voix ferme. « Cependant, j'ai une question avant de partir : quel rôle doit jouer Chihiro dans tout cela ? »

« Elle est une humaine dans le Monde des Esprits. Elle seule peut déterminer la façon dont elle agira. Son choix pourra faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre. » Déclara le Shinigami d'un air énigmatique.

« Que dois je lui dire ? »

« Rien. Jusqu'au dernier moment où la guerre éclatera, la jeune Chihiro devra rester aussi innocente et ignorante du danger que possible. Elle doit rester la pure jeune fille qui cherche un remède au mal qui afflige ses parents, une jeune fille en quête d'autre chose que de guerres ou de conflits.

« Je vois. Mais n'est ce pas dangereux pour elle de la laisser vagabonder seule, à la merci du danger, si elle est si précieuse pour le salut des deux mondes ? » Demanda Takezo

« Sa quête a besoin d'être menée par elle même. Cette humaine doit suivre sa propre Voix, comme tu as su si bien le lui rappeler. Ce n'est pas à nous de décider pour elle car elle est vivante et donc libre de faire ce que bon lui semble. » Répondit le Shinigami avant de se relever.

'' Toujours la politique non interventionniste, hein ?'' Pensa Miyamoto Musashi en se relevant à son tour. Puis il sortit en songeant à toutes les préparatifs qu'il devait entamer pour se préparer à entrer en guerre. Il se demandait s'il devait vraiment laisser la jeune fille ignorante des dangers qui l'attendaient mais finalement se résolut à suivre les consignes du Shinigami. Après tout, ils avaient peut-être raison en laissant la jeune fille aussi pure qu'elle était à son arrivée dans le monde des Esprits. Chihiro semblait toujours trouver la troisième Voie au milieu des deux Voies opposées. Peut-être que ce don lui serait utile.


Pendant ce temps, Chihiro entrait dans le bureau du Shinigami responsable de son cas et elle s'assit en seiza, le dos droit, attendant patiemment qu'on veuille bien s'occuper d'elle. Finalement, un Shinigami entra avec un dossier assez épais mais avec un sceau dessus avec le mot « Vie » calligraphié avec soin. Elle en distingua un autre, complètement vide, sur lequel était inscrit le mot « Mort ». Elle se demanda perplexe ce que tout cela signifiait quand une voix qui semblait mélanger celle de Zeniba et celle de Yubaba émana de l'emplacement du « visage » du Shinigami :

« Tu te demandes ce qu'il y a dans ces dossiers, n'est ce pas ? Le premier contient toute ta vie et nous, les Shinigamis, n'avons pas le droit de l'ouvrir avant ta mort. Le second contiendra tes faits après ta mort. Tout ce qui est en rapport à toi se trouve et se trouvera dans ces dossiers que tu contemples. Et tu sais quoi ? Le fichier de ta vie est déjà ridiculement gros pour une fillette aussi menue ! »

« D'après ce que je comprends, Shinigami-sama, nous sommes coincés tous les deux, n'est ce pas ? Vous ne pouvez pas ouvrir le dossier de ma vie et me juger avant ma mort et moi, je ne peux pas attendre ici indéfiniment. Or, vous m'avez quand même invité ici. Cela signifie donc que vous avez une proposition à me faire. Laquelle ? » Demanda Chihiro d'une voix qui ne tremblait pas, à son immense soulagement.

« Si nous comprenons bien, tu as besoin de partir quelque part. Nous avons décidé que si tu avais une quête à accomplir, le mieux serait que tu prennes la mer. Nous t »accordons donc un ticket qui te permettra d'embarquer à bord d'un bateau à destination des îles des esprits. Après cela, il te faudra te débrouiller seule. En attendant, tu peux dire tes adieux à tes amis. »

Chihiro hocha la tête même si en son for intérieur, elle était peu rassurée. Elle allait, comme au début de son second voyage, devoir partir seule, sans aide. Jusqu'à présent, elle avait toujours eu la chance de se faire des amis lors de ses déplacements dans le monde des Esprits. Elle devait donc faire preuve d'optimisme : après tout, nul ne disait qu'elle ne rencontrerait pas des personnes amicales dans les îles des Esprits et peut-être se ferait elle même de nouveaux amis. Par contre, ce qui lui faisait peur, c'était de dire adieu à ses amis Takezo et surtout Seita. Le rônin lui dirait sans doute de ne pas être attristé par les séparations mais elle n'était pas un samouraï, elle ! Elle ne pouvait quitter ses amis sans verser une larme.


A l'extérieur du château, elle retrouva ses amis. Seita lui apprit qu'il allait retourner au Fond de l'Étang pour poursuivre son entrainement avec Zeniba. Quand il deviendrait un sorcier suffisamment fort, il partirait à la recherche de sa mère puis ils attendraient ensemble le retour de son père. Takezo déclara énigmatiquement qu'il allait devoir renouer avec les conflits et qu'il partait comme tant d'autres pour les îles des Esprits. Chihiro ne put s'empêcher de frissonner en pensant aux dangers qu'il courrait. Apparemment, peu de personnes en savaient beaucoup sur ce conflit et elle se demandait ce qui avait pu pousser son compagnon à prendre parti. Mais de toute manière, la jeune fille ne voulait pas se voir mêler à une guerre entre Kamis pour la possession d'un quelconque territoire : voir Aka Inu et le Shishigami se battre férocement lui avait amplement suffi.

Ils s'échangèrent des cadeaux avant de partir : Takezo offrit à Seita son propre Bokken et tout le monde éclata de rire quand ils virent que Seita lui offrait son propre bâton de marche, magnifiquement sculpté au cours de la marche. Chihiro offrit à Takezo une grande amulette tissée avec trois cent vingt fils provenant de chaque district de la Cité des âmes Errantes pour lui rappeler leur périple dans le Rukongai. Elle offrit à Seita un couteau dont elle avait sculpté le manche pour représenter (sommairement) Setsuko portant une fleur de lotus. Elle y avait aussi rajouté des symboles de protection de manière à en faire un talisman. Seita lui offrit le deuxième talisman qu'il avait sculpté durant le séjour de Chihiro chez Yubaba. Takezo lui offrit un présent d'une grande valeur en lui donnant un carnet de voyage de trois cent vingt pages, chacun des feuillets représentant un paysage du quartier du Rukongai. Chihiro, qui ne savait pas dessiner, fut émue aux larmes à la pensée d'avoir des souvenirs de son voyage dans le Rukongai.

Elle fit ses adieux avec ses compagnons avec stoïcisme, comme elle l'avait fait avec Kohaku lors de sa première visite dans le monde des Esprits. De toute manière, elle avait déjà décidé qu'il s'agissait d'un au revoir et pas d'un adieu définitif. Elle était confiante qu'elle les reverrait, de son vivant ou après sa mort, elle ne laisserait rien se mettre sur le chemin de ses retrouvailles. Et quand ses amis se furent retourné, elle laissa simplement échapper deux larmes pour ses amis avant de se retourner pour prendre le bateau qui la conduira vers des horizons lointains et nouveaux.


La minute d'information

Je me suis inspirée de Bleach concernant le concept d'équilibre entre la Soul Society et le monde des Vivants.

Les komainu (狛犬・胡麻犬?) sont des paires de statues de créatures semblables à des lions qui gardent l'entrée ou le honden (sanctuaire intérieur) de nombreux sanctuaires shinto à moins qu'ils ne soient eux-mêmes gardés dans le sanctuaire intérieur d'où ils ne sont pas visibles par le public. Le premier type, apparu durant l'époque d'Edo, est appelé sandō komainu (参道狛犬?, chiens coréens de la route en visite), le deuxième type beaucoup plus ancien jinnai komainu (陣内狛犬?, komainu à l'intérieur du sanctuaire)[1]. Ils se trouvent parfois aussi dans les temples bouddhistes, dans les résidences de la noblesse et même dans des domiciles privés.


J'espère que vous avez apprécié ce chapitre. Voilà Chihiro qui se retrouve propulsée à son insu sauveuse des deux mondes, la pauvre, elle a encore beaucoup de travail.

Si vous avez des questions, des remarques ou autres commentaires, n'hésitez pas à me laisser une review, cela fait toujours plaisir.