Bonsoir et Joyeux Noël, paix et joie à tous !

Je vous remercie de m'avoir fait atteindre les cent reviews et je dédicace ce chapitre à Amidstsnow, qui a posté le centième commentaire. Mon cadeau de Noël sera ce nouveau chapitre de Retour à la Réalité et j'espère qu'il vous plaira.

LadyA m'a demandé si Chihiro allait grandir dans la fic. Dans le monde des Esprits, il est possible de grandir (ou ne pas grandir) selon son état d'esprit. Par exemple, Bou était un bébé très âgé parce que Yubaba l'infantilisait et l'empêchait de se penser en train de grandir mais il a commencé dans le film à prendre de l'indépendance et a souhaité grandir un peu. Sachant que Chihiro a passé plusieurs années dans le monde des Esprits et a beaucoup grandi en sagesse et maturité, il serait logique qu'elle ait grandi et ce serait même parfois bien plus pratique pour elle. Cependant, elle cherche volontairement à conserver le même âge qu'elle avait en partant car si elle revient auprès de ses parents avec dix ans en plus, ces derniers ne comprendraient pas ou ne la reconnaitrait plus, ce qui réduirait tous ses efforts et espoirs à néant. Cependant, vous lirez dans quelques chapitres une manière pour Chihiro de contourner le problème...

Pour finir, je précise que le Voyage de Chihiro ne m'appartient pas et que le grand Myazaki en est l'auteur et réalisateur.


Chapitre 23

Quelques jours plus tard, la jeune humaine était en train de gravir l'immense montagne qui dominait l'île, espérant que de son sommet, elle pourrait apercevoir toute l'île où elle avait accosté. Depuis qu'elle était parvenue à cet endroit, elle avait aperçut beaucoup plus d'esprits que lorsqu'elle était sur le continent. Mais sachant déjà qu'elle courrait plus de risques dans la partie insulaire du monde des Esprits, elle avait pris soin de se préparer. Ainsi, elle avait acheté une carte de l'île qui montrait les coins à éviter à tout prix car hanté par les Yokais. Elle s'était aussi renseignée, par mesure de précaution, auprès des vieilles femmes du village pour savoir les dernières nouvelles, sachant que les personnes âgées étaient des sources de sagesse ( et des derniers potins) et que cela pouvait toujours être utile d'en savoir davantage.

En réalité, Chihiro avait passé près d'une semaine dans le port où ils avaient accosté. Plusieurs habitants avaient accepté bien volontiers d'héberger les passagers exténués par la longue traversée mais c'était la plus vieille femme du village qui s'était emparée (le terme n'était pas exagéré) de la fillette et l'avait emportée dans sa maison située à l'écart du village. Personne, dans le village, n'avait osé protester et tout le monde s'était écarté rapidement de son chemin. Chihiro eut tout juste le temps de voir du respect mêlé de crainte dans les yeux des villageois avant de sombrer dans les ténèbres.

La jeune humaine s'était ensuite réveillée sous le coup de la douleur et quand elle avait tenté de se redresser, elle avait poussé un gémissement en sentant les courbatures dans son dos et les coupures sur la paume de ses mains. Elle avait alors entendu une voix vieille comme l'hiver lui dire :

« Ne t'agite donc pas comme ça, tu vas rouvrir tes plaies. Ah, ces jeune ! Toujours aussi impatients et incapable de rester calme ! Pas vrai, Kôtôro ? »

Chihiro avait alors entendu un grognement répondre à l'affirmation de la vieille femme et elle avait alors pensé qu'il s'agissait d'un chien, chose qui lui paraissait bizarre car généralement, les seuls êtres ayant l'apparence d'un animal étaient les Kamis. Les animaux domestiques étaient excessivement rares car les Kamis pouvaient facilement les manger. Mais dans ce cas, si cet être était un Kami, alors pourquoi celui-ci ne parlait il pas ? Et que voulait dire ce grognement ? Chihiro chercha du regard pour tenter d'apercevoir le chien mais elle ne put poursuivre son investigation.

La jeune fille avait dû, en effet, laisser ses questions en suspend car la vieille femme l'avait forcée à se rallonger sur son futon et elle continua à la soigner. Elle commença par lui ôter les échardes qui s'étaient enfoncées profondément dans la paume de ses mains. Elle procédait avec soin et délicatesse, de sorte que la fillette ne souffrait pas trop. Une fois les épines de bois enlevées de sa chair, la femme tapotait sa blessure avec un linge trempé dans une concoction étrange afin, disait elle, qu'elle ne garde aucune cicatrice sur ses jolies mains. Ensuite, elle avait soigneusement bandé ses mains et ses avant-bras avant de la laisser se reposer. Chihiro ne se plaignît pas, trop heureuse que, pour une fois, quelqu'un prenne soin d'elle, surtout après la terrible nuit passée à la barre de la jonque pendant la tempête.

Quand elle s'était réveillée, elle avait vue une paire de yeux bruns la fixer de très près et un nez humain la renifler. Chihiro avait alors poussé un petit cri de terreur en tentant de se lever mais elle était retombée dans ses couvertures, un peu misérablement, ses jambes étant encore trop faibles pour la porter. Le visage s'était alors écarté et elle avait vu qu'il s'agissait de celui de la vieille femme qui avait pris soin d'elle, excepté que ses expressions semblaient plus…canine. Pendant un instant, Chihiro s'était demandée si elle n'avait pas affaire à un Kami et aussitôt, légèrement effrayée, la jeune fille parvint à se mettre sur ses genoux pour se prosterner respectueusement. Mais la vieille femme éclata d'un rire qui ressemblait étrangement à un aboiement :

« Wawawawa ! Tu me prends pour un Kami, mon enfant ? Allons, redresse toi ! Je ne suis qu'une vieille femme un peu particulière ! Rien de plus, rien de moins !

_ Excusez moi, répondit Chihiro avec le plus de politesse possible, mais qui êtes vous ? Moi, je m'appelle Chihiro. Merci d'avoir pris soin de moi.

_ Mais de rien, mon enfant, j'ai été ravie de le faire. Une vieille dame comme moi n'a pas souvent de compagnie et cela me fait toujours plaisir d'en avoir un peu, surtout d'une petite fille aussi polie ! Les jeunes de ce village ont plus tendance à me lancer des insultes ou des déchets que des remerciements, même si c'est grâce à moi qu'ils peuvent passer l'hiver ! »

Les yeux de Chihiro s'agrandirent d'étonnement en entendant les paroles de la vieille femme. Depuis qu'elle était dans le monde des esprits, elle avait appris à considérer les personnes âgées comme des puits de sagesse qu'on devait respecter. Et pourtant, sa guérisseuse semblait insinuer qu'elle n'était pas bien traitée par le village. Voyant la surprise dans les yeux de sa patiente, la vieille femme éclata à nouveau de son étrange rire comme si elle trouvait sa situation amusante.

« Whawhawha ! Tu as vu cela Kôtôro ? Enfin quelqu'un qui a du respect pour ses ainés ! »

_ Excusez moi, Oba-san, mais à qui parlez vous ? Demanda Chihiro après avoir observé toute la pièce pour apercevoir le mystérieux Kôtôro. Mais à part les deux futons, une petite table basse et quatre coussins autour, il n'y avait personne à part elles deux. Mais dans ce cas, à qui parlait la vieille femme ?

_ Tu veux dire que tu ne sais pas ? Je pensais qu'une sorcière, même aussi petite que toi, aurait compris. » S'étonna l'aïeule en haussant les sourcils. A moins que… Oh, j'ai compris ! Tu es une apprentie-sorcière en voyage initiatique, n'est ce pas ? »

_ C'est à peu près cela, Oba-san. » Répondit Chihiro d'un air hésitant. « La vérité, c'est que je cherche un moyen de guérir mes parents d'une maladie dont ils souffrent. »

_ Oui, mais ça, c'est normal, d'après ce que je sais ! Tous les sorciers sont à la recherche de quelque chose, c'est pour ça qu'ils ou elles veulent devenir des sorciers. Après, cela peut être pour de multiples raisons, même si la tienne me paraît plus noble que bien d'autres. Toujours est il que quand un maitre en sorcellerie te sent prête, ou quand l'élève lui même le sait, mais c'est plus rare, elle peut permettre à son apprenti de partir en voyage initiatique pour en apprendre davantage sur le monde des esprits. » Expliqua clairement la vieille femme.

_ Oba-san, êtes vous une sorcière ? » Demanda Chihiro, d'un ton hésitant.

_ Ma foi, mon enfant, mon cas est un peu plus compliqué. Je ne suis pas une sorcière, même si je connais plutôt bien mes plantes et mes herbes. Cependant, j'ai reçu un pouvoir spécial : je suis une inugami-mochi. Ah, je vois que tu ne sais pas ce que c'est. Je vais dont t'expliquer en te racontant mon histoire, tu veux bien ? »

_ Bien sûr, grand mère. » Dit Chihiro en s'asseyant en seiza, prête à écouter le récit de sa bienfaitrice.

_ Quand je suis arrivée ici, dans le monde des Esprits, il y a très longtemps, j'étais semblable à n'importe quel âme humaine. Je n'avais jamais été sorcière, j'étais la simple femme d'un bucheron que j'aimais de tout mon cœur. Mon époux et moi avons eu la chance de mourir ensemble dans notre sommeil, sans doute à cause de fumées mauvaise. Même notre fidèle chien Kôtôro nous avait accompagné par loyauté. Quand nous nous sommes présentés chez les Shinigamis, ils nous ont permis de rester ensemble et nous ont envoyé sur cette île, dans ce village. Pendant des siècles, nous avons vécu tous les trois en paix avec les Kamis. Et puis un jour, le malheur est arrivé : un ôni est venu sur cette île et a commencé à massacrer les villageois, à exiger toujours plus d'offrande, jusqu'à nos maigres réserves. Mon mari, un jour qu'il était dans les bois, fut tué par cet ôni monstrueux et je ne l'ai pas accepté. Ivre de vengeance, j'ai donc décidé de faire un Inugami. »

_ Pardonnez moi, Oba-san, mais qu'est ce qu'un Inugami ? »

_ Un Inugami est un Kami qui peut être créé par des humains ou des âmes humaines. La légende veut qu'un inugami soit créé en enterrant un chien jusqu'au cou et en plaçant de la nourriture autour de lui qu'il ne peut pas atteindre. Le chien agonise alors pendant des jours, pendant lesquels son maître lui répète que sa douleur n'est rien comparée à celle que lui, son maître, endure de son côté. Quand le chien meurt, il devient un inugami. Puisque son dernier souhait était de manger, les aliments placés autour du corps agissent comme une offrande qui apaise son esprit, le rendant du coup obéissant. C'est ce que j'ai fait à Kôtôro, notre chien loyal et fidèle et il est devenu un inugami. Pour satisfaire ma vengeance contre l'ôni, il s'est battu contre lui pendant trois jours et trois nuits à mes côtés et finalement, nous avons gagné. Mais la victoire a été amère car quand je suis revenu au village, loin de me féliciter pour ma décision, j'ai été mise à l'écart en tant que inugami-mochi, une propriétaire d'Inugami. »

_ Cela a dû être dur. Je veux dire, vous avez sauvé le village et ils se montrent si peu reconnaissants. »

_ Oh, il me respecte mais ils me craignent. Les plus jeunes ne savent pas à propos de l'ôni qui terrifiait le village et me voit comme une vieille sorcière et donc me traitent comme tel. C'est le lot de tous les Inugami-Mochi. Mais je viens des îles Oki. Là bas, on dit que les Inugami apportent la bonne fortune et toutes mes offrandes m'ont été rendues avec les intérêts. En échange, je laisse Kôtôro prendre possession de moi. C'est ce qui t'a effrayé tantôt. Parfois, il peut être un vrai curieux. »

_ Oh, je vois. Est ce que je peux le voir de lui même ? » Demanda Chihiro, un peu timide.

_ Bien sûr, il en serait ravi. Par contre, il est très à cheval sur la manière de s'adresser à lui, donc, donne lui du « sama », il adore ça ! » Déclara la vieille femme en éclatant de rire. Et soudain, une silhouette à tête de chien se détacha lentement de la vieille femme. Il était vêtu d'un splendide kimono et arborait un sourire canin. Chihiro s'inclina aussitôt devant lui en disant :

_ Bonjour, Kôtôro-sama, je suis honorée de faire votre connaissance. »

_ Tu es bien la première gamine qui me traite avec le respect que l'on me doit. »

Chihiro pensa que le Inugami était un peu arrogant mais ce n'était pas la première fois qu'elle traitait avec ce type de personne alors elle ne s'en vexa pas. Elle se contenta de lui sourire en lui disant :

« Oba-san m'a dit que vous étiez celui qui avait battu l'ôni. Vous avez dû être très fort pour accomplir ce genre d'exploit. »

Ravi du compliment, l'Inugami lui raconta le combat avec force détails, heureux qu'on s'intéresse à lui. Il mangeait beaucoup en faisant cela, un effet secondaire de sa mort par la faim. Chihiro écoutait attentivement, soucieuse de ne pas vexer le Kami domestique. Quand le soir vint, le capitaine de la jonque lui rendit visite pour la remercier d'avoir conduit le bateau à bon port. Il l'informa aussi qu'il repartirait dans quelques mois, le temps de réparer son navire que la tempête avait beaucoup abimé.

Malheureusement, cela ne convenait pas aux plans de Chihiro qui ne prévoyait pas de rester trop longtemps sur cette île, même si on acceptait de l'héberger. Comprenant cela, le capitaine l'informa qu'il y avait un port de l'autre côté de l'île dont les bateaux naviguaient entre les différentes îles. Selon lui, un Sampan partirait dans trois semaines à destination d'un archipel. Cette information intéressa beaucoup la jeune fille qui calcula que cela lui donnerait largement le temps de traverser l'île pour embarquer.


Durant la semaine qui suivit, Chihiro habita chez Inuba-san, la vieille dame au chien, comme elle était ainsi surnommée. Elle profita des quelques jours avant son départ pour confectionner des amulettes qu'elle troqua contre une carte ainsi que des provisions et des affaires pour son voyage à travers l'île. Elle remarqua, un peu peinée, que les habitants la traitaient avec précaution et méfiance, comme si le fait qu'elle ait été soignée par celle considérée comme la sorcière du village rendait la sorcellerie contagieuse. Mais au moins, pendant la semaine passée, elle avait été laissée tranquille et elle avait profité de ce temps pour récolter des simples et autres herbes médicinales qui poussaient sur l'île.

Elle avait aussi beaucoup discuté avec la vieille Inugami-Mochi qui avait beaucoup d'histoires passionnante sur l'île à raconter. Elle lui avait montré sur la carte les endroits à éviter, ceux où il y avait les passages faciles, ceux où elle pourrait rencontrer des esprits bienfaisants. La route qu'elle allait devoir prendre passait obligatoirement par le plus haut mont de l'île mais selon la vieille femme, la vue d'en haut était inoubliable.

Chihiro était partie à l'aube une semaine après son arrivée sur l'île et elle avait seulement fait ses adieux à la vieille Inugami-mochi. Elle ne connaissait personne d'autre sur cette île. Elle avait emporté son bâton, son arc et son carquois rempli de flèches, ainsi que son paquetage rempli par son kimono, des provisions les cadeaux de ses amis et ses herbes médicinales. A son cou et ses poignets, pendaient de multiples talismans et amulette collectés au cours de ses voyages. Dans l'ensemble, elle s'était plutôt sentie paisible pour un voyage accompli seule. Pendant ces quelques jours passés à traverser l'île, elle avait rencontré divers Kamis plus ou moins amicaux : des Kappas avaient voulu lui voler ses affaires (et la manger toute crue) mais elle les avait amadoués en les saluant poliment comme sa vieille bienfaitrice lui avait enseigné, forçant ainsi les petits kamis à lui rendre son salut, vidant ainsi l'eau de leurs cranes et les rendant d'un coup plus paisibles. Elle avait même partagé ses onigiris au concombre, met adoré par les petites créatures.

Dans l'ensemble, la grande majorité des esprits de la nature l'ignorait et se contentait de l'observer cachée sous l'apparence des plantes ou d'animaux, retrouvant une apparence à peu près humaine pendant quelques secondes pour s'assurer qu'elle n'était pas un danger. Elle avait aussi rencontré un bonze de feu nommé Abura-bô qui vaquait à ses affaires tranquillement mais qui, en la voyant, la poursuivît pendant une heure. Il s'avéra qu'il voulait simplement s'amuser en jouant au shôji et Chihiro perdît trois parties avant de se remettre en route. Un esprit du brouillard chercha à l'égarer pour la conduire dans un nid de yokai mangeurs d'hommes mais ils l'avaient sous-estimée et Chihiro parvint, après un rude combat à s'enfuir et à retrouver le sentier.

Et c'est ainsi qu'elle était parvenue en haut de la montagne de l'île au coucher du soleil. Le paysage était splendide depuis les hauteurs et l'île toute entière était baignée de reflets rouges et dorés. De là haut, elle pouvait voir les deux villages principaux de la région. Chihiro, en admirant cette vue, comprît rapidement que cette île n'était pas très importante dans le monde des esprits car elle ne comportait aucune ville, ni grande et belle demeure abritant des esprits très importants. D'ailleurs, le capitaine de la jonque n'avait il pas dit que leur course avait été déviée par la tempête ? Dans ce cas, cela voulait dire qu'elle se trouvait sur une île peu fréquentée et qu'elle ne devait pas rater le prochain sampan. Mais elle avait au moins dix jours pour arriver à l'autre village alors elle devrait y arriver sans problème. Décidant qu'elle pouvait tout aussi bien se coucher ici et admirer le lever du soleil le lendemain.


Quand l'aurore apparut, Chihiro était déjà éveillée et elle admira encore une fois l'île baignée par les lueurs rosées de l'aube. Puis elle ramassa son paquetage et elle commença à descendre la montagne. Alors qu'elle entamait une descente difficile dans un passage étroit, elle aperçut une maison isolée dans les bois. Au même moment, des cris retentissaient :

« Nous sommes maudits ! »

_ Ce maudit Kami a encore tué un de nos bœufs ! »

_ Comme si nos poulets ne lui suffisaient pas ! »

Chihiro apparut alors en dégringolant pratiquement de la hauteur où elle se trouvait et atterrit devant le rassemblement de toute la maisonnée qui sursauta à l'unisson. Un homme qui paraissait avoir une trentaine d'année la regarda bouche bé avant de demander :

_ Es tu, heu, je veux dire, êtes vous un Kami ? »

_ Heu, non, je suis une simple voyageuse… » Répondit Chihiro, un peu perplexe qu'on la méprenne avec un kami.

_ As tu des pouvoirs magiques ? Es tu une sorcière ? »

Chihiro hésita à répondre par l'affirmative, sachant que les sorciers étaient plutôt mal vus par les âmes humaines. Mais son temps d'hésitation avait déjà donné la réponse que voulait son interlocuteur. Ce dernier se tendît et la regarda avec méfiance jusqu'à ce qu'une femme vêtue traditionnellement posa la main sur celui qui devait être son époux en disant :

« Ce n'et peut-être pas elle la responsable. Elle semble jeune et puis nos ennuis ont commencé il y a plus d'un an… »

« Je suis arrivée ici il y a deux semaines et je ne suis qu'une apprentie sorcière. »

« Débarrassez vous de cette engeance ! Brulez la ! » Glapît la voix d'une vieille femme emmitouflée dans plusieurs yukatas et qui la regardait d'un air malveillant. Chihiro frémit devant ce regard d'une méchanceté pure et craignit que les habitants de la grande maison n'écoutent l'ancienne mais par chance, la voix d'un homme jeune intervint :

« Non, il n'est pas question de tuer une fillette innocente, cela ne ferait qu'apporter le malheur sur notre maisonnée. »

Chihiro se sentit soulagée qu'une personne soit de son côté. Mais elle continuait de tenir fermement son bâton, prête à se défendre au cas où ses interlocuteurs ne voudraient pas entendre raison. Elle n'était pas vraiment prête à être sacrifiée comme ça… L'homme qui était intervenu pour lui éviter un sort funeste était grand et portait la coiffure d'un ronnin bien que ses vêtements étaient la tenue simple d'un paysan. Il portait un hakama brun et un yukata gris. Il semblait parler avec autorité au sein de la famille et tous, sauf la vieille femme, s'arrêtèrent pour l'écouter.

« Si c'est une sorcière, elle n'est pas innocente. Et l'Ancienne pense qu'on devrait la bruler ! Peut-être que cela apaisera le mauvais esprit ! »

« À ma connaissance, tuer des enfants ne fait qu'attirer les Kamis vengeurs : ils détestent plus que tout ceux qui s'en prennent aux innocents. Violer les lois de l'hospitalité ne donnerait pas une très bonne image de nous. Je propose donc que nous lui offrions le gite et le couvert pour deux jours. Qui sait ? Peut-être ses dons nous permettront de découvrir ce qui s'en prend à notre demeure. »

« Tu es d'une arrogance folle, Meito. Pour quelqu'un qui a pris le nom de notre famille en épousant ma fille, tu outrepasses clairement tes limites ! »

« Je me conforme aux règles de l'hospitalité, aïeule sama. Peut-être les avez vous oubliées depuis que votre maladie vous force à demeurer recluse dans votre chambre. » Répliqua le beau fils de la vieille femme odieuse.

Puis sans un mot, il conduisit Chihiro par le bras dans une chambre d'ami et lui prépara un futon avant de lui faire couler un bain chaud. Chihiro, voyant que le fils adoptif de la maison s'apprêtait à partir, le retint en lui demandant pourquoi il avait pris sa défense. L'homme lui répondît avec franchise :

« Pour plusieurs raisons. Tout d'abord, tes vêtements de Miko indiquent que tu es une shaman, donc, tu peux sans doute sentir les esprits ou du moins, avoir une certaine expérience avec comment les déceler. Ensuite, il est fort probable que le Kami malfaisant va frapper cette nuit ou demain soir car il se sentira menacé par ta présence. C'est donc la meilleure occasion de frapper. J'ai mes doutes sur la question mais je ne veux pas risquer de t'influencer. Bien entendu, tu es libre de partir si tu ne veux pas… »

« …Servir d'appât ? Acheva Chihiro sur un ton calme. Je l'ai déjà fait une fois. Je vous dois bien cela pour m'avoir défendu devant votre famille d'adoption. Je vous aiderai donc. Mais j'aurais besoin de m'entretenir avec mon maitre. C'est une sorcière puissante qui est bien plus expérimentée que moi. »

« D'accord. Mais avant cela, je peux te suggérer d'observer la maisonnée afin que tu recueilles des indices. »

Chihiro parcourut donc la maison, fort curieuse. Elle se demandait quel genre d'indices elle pourrait bien trouver et surtout, si elle saurait les interpréter. Elle interrogea tout le monde, sauf l'aïeule qui la haïssait. Elle apprit ainsi par la fille de la maison que la matriarche était tombée malade quand le kami avait fait son apparition sur leurs terres et tout le monde pensait que c'était la manifestation du mauvais Kami qui la poussait à rester cloitrée dans sa chambre. De la part des servantes, elle entendit des plaintes comme quoi l'huile des lampes s'épuisait plus rapidement en ce moment, mais elles ne savaient pas si c'était la faute de l'esprit malfaisant ou si c'était parce que tous craignaient l'obscurité. Elles parlaient aussi de la disparition du vieux chat de l'aïeule qui avait sans doute été dévoré par le yokai bien que ce dernier ne semblait pas dévorer ses proies entières mais jouer avec. Tout le monde semblait heureux de la disparition du vieux matou qui était vicieux et n'était aimé que par sa maitresse.

Chihiro fronça les sourcils et décida que c'était le moment de contacter Zeniba. Le soir, elle se pencha au dessus de l'eau claire comme un miroir et parvint à établir un contact avec la vieille sorcière.

« Grand mère, j'aurais besoin de vos lumières au sujet d'un esprit malfaisant. J'ai une petite idée de ce que cela pourrait être mais j'ai peur de me tromper. »

Et elle expliqua sa situation, toute l'histoire de la maisonnée qui était harassée par un Kami depuis un an, les différents indices qu'elle avait récoltés et enfin son hypothèse. Elle attendit ensuite que Zeniba lui donne la réponse mais cette dernière secoua la tête en lui disant :

« Je ne peux te donner la réponse que tu souhaites, mon enfant. Dans la vraie vie, tu dois parfois prendre le risque de te tromper. Écoute ton intuition et n'oublie pas de veiller. »

Durant la nuit, Chihiro resta éveillée mais il ne se passa rien, comme si le Kami craignait un piège. Il était donc intelligent, ce qui confirmait les craintes de la jeune fille. Pendant toute la journée qui suivit, elle aida la maisonnée autant qu'elle put puis, la seconde nuit, elle resta là encore éveillée tout en étant allongée sur son futon.

Ce fut à ce moment là que l'attaque survint, rapide comme un éclair, une masse se jeta sur elle et Chihiro eut à peine le temps de saisir son bâton et de repousser la créature avec furie. Elle aurait bien voulu invoquer un feu mais dans les maisons en bois traditionnelles, c'était demander pour un incendie. Alors elle se saisit de son arc et tira plusieurs traits qui manquèrent leurs cibles de peu. Entendant des bruits d'une course, le kami malfaisant bondît hors de la chambre de Chihiro et s'enfuit dans les couloirs de la demeure. Chihiro se mit aussitôt à le poursuivre, bientôt rejointe par Maito, armé d'un katana. Au détour d'une coursive, le Kami disparut d'un seul coup. Chihiro ouvrant ses sens, se laissa guider jusqu'à une pièce dont elle ouvrit le panneau brutalement.

Dans un coin de la pièce, la silhouette sombre de l'aïeule enveloppée de ses kimonos les observait de ses yeux jaunes.

« Avez vous vu le Kami, Oba-sama ? Ou bien est ce vous qui le cachiez tout du long ici ? » Demanda Maito avec perspicacité et prudence.

_ Non, c'est pire que ça, Maito san, le Kami que vous recherchiez est un Bakeneko qui a prit possession du cadavre de l'aïeule. C'était sans doute auparavant le chat de la maison mais quand il a eu treize ans, sa queue s'est séparé en deux et il est devenu un Kami malfaisant car il était détesté de tous ici. Il a donc vraisemblablement tué sa maitresse et a pris sa place. Il restait cloitré dans la pièce pour que nul ne remarque ses manières de chat et c'était lui qui consommait l'huile des lampes à cause de l'odeur de poisson. »

_ Dans ce cas, nous devons le tuer et venger la mort de l'aïeule. » Déclara froidement Maito.

_ Je n'ai encore jamais tué d'esprits, Maito san ! » S'exclama Chihiro en continuant à viser la silhouette qui prenait désormais une forme monstrueuse.

_ Tu n'as pas le choix. Autant tuer un Kami neutre ou bienfaiteur ne se fait pas, autant il est du devoir des hommes d'affronter le mal sous toutes ses formes, y compris quand elle prend la forme d'un Kami. »

Chihiro leva les yeux vers Maito qui venait de lui donner une nouvelle leçon de vie et visa le Nekomata sans que ses traits ne le touche. Le chat monstrueux commença à tirer des boules de feu mais Chihiro les contra à l'aide de globes d'eau qui aspergèrent le félin fantôme. Se souvenant de ses leçons de Bô, elle parvint à coincer le chat sous son bâton et Maito sortit son katana et trancha la tête du Kami qui avait dupé si longtemps la maisonnée. Tous les habitants de la demeure avait assisté au combat final et avait crié d'horreur en voyant la tête coupée prendre l'apparence d'un chat tandis que le corps conservait une forme humaine. Et Chihiro dût à nouveau expliquer ce qu'il s'était passé et tous comprirent que le cauchemar était enfin terminé.

Chihiro et Maito durent aller se purifier dans les bains pour se débarrasser de la souillure laissée par la Kami infernal. Chihiro tremblait encore en sortant du bain et en enfilant ses vêtements propres. Une main réconfortante se posa sur son épaule et l'ancien rônin lui dit d'une voix grave :

« Merci d'avoir aider ma demeure aujourd'hui. Je me doutais que l'aïeule cachait quelque chose mais jamais je n'aurais imaginé la vérité. Tu as accompli un bel exploit aujourd'hui en nous débarrassant de cette malédiction. Sois en remercier. Et ne te sens pas coupable d'avoir mis fin à la vie de ce Kami. Le mal doit être combattu et l'ignorer ne peut provoquer à long terme que plus de victimes. Souviens toi de cela et n'hésite jamais à frapper si une occasion pareille à celle ci se présente. »

_ Merci pour vos conseil, Maito San.

Et le lendemain, elle partit avec assez de provisions pour lui durer jusqu'au village et partit après avoir fait ses adieux à l'étrange maisonnée où elle avait passé deux nuits.


Et le moment Mystérieuses Cités d'Or avec le petit documentaire de fin de chapitre :

Le Bakeneko :

Le Bakeneko que nous avons croisé dans ce chapitre était bien différent de celui croisé en forme de bus et qui était bien plus bienveillant. Voici plus d'explications sur le sujet :

Le chat fantôme hante son foyer en menaçant la maisonnée et projetant des boules de feu. Il est souvent décrit comme se dressant sur ses pattes arrière prenant alors forme humaine. Il se peut également qu'il finisse par dévorer son maître dans le but de prendre sa place. Comme il est en apparence un chat tout à fait ordinaire, on ne laissait pas approcher les chats des cadavres car la légende veut que le bakeneko ait le don de réanimer un corps sans vie en sautant sur celui-ci, le ramenant ainsi à la conscience.

Parmi les autres légendes sur le bakeneko, on note qu'ils adoraient laper de l'huile de lampe (ce qui fait que beaucoup de chats aient pu être accusés à tort, cette huile étant alors faite à partir de graisse de poisson) ou que leurs cadavres avaient la taille de celui d'un homme.

Une autre de ces légendes est liée à Takasu Genbei, un homme dont la mère aurait subitement changé de personnalité après la disparition de son chat. Les années qui suivirent cette disparition virent le repli de la mère sur elle-même, refusant la compagnie de sa famille et amis allant jusqu'à prendre ses repas seule dans sa chambre. Un jour, en observant à travers la porte entrouverte de sa chambre, Takasu surprit une silhouette monstrueuse vaguement ressemblante à celle d'un chat, portant les vêtements de sa mère et dévorant la carcasse d'une proie. Assailli par le doute, il trancha le corps de la chose qui reprit la forme du chat disparu le lendemain.

Nous croisons également un Inugami :

Dans la mythologie japonaise un inugami (犬神, « dieu chien »?) est un type de Shikigami émanant et ressemblant habituellement à un chien. Généralement, il exécute une vengeance ou agit comme gardien si l'inugami-mochi, ou « le propriétaire de l'inugami », le lui ordonne. Les inugami sont extrêmement puissants, capables d'exister indépendamment de leur propriétaire et même de se retourner contre lui. Ils peuvent aussi posséder un être humain.

Dans les îles Oki, l'inugami joue le même rôle qu'occupe le kitsune dans plusieurs autres régions du Japon. On croit qu'un inugami-mochi (le posseur d'un inugami) bénéficierait d'une grande chance et que les faveurs qu'il accorde lui seraient rendues avec intérêt. En contrepartie, les inugami-mochi sont évités par les autres et ont beaucoup de mal à se marier; ils doivent aussi être prudents afin de ne pas offenser leur inugami, de peur de déclencher son courroux, car à la différence du kitsune, un inugami ne suit pas simplement les voeux de son maître, mais agit aussi selon ses propres impulsions.

On considère que beaucoup de petits villages au Japon ont au moins une vieille dame avec le pouvoir de l'inugami-mochi.


Voilà, c'est tout pour le moment, j'espère que vous avez aimé ! Si c'est le cas, ou si vous avez des questions, n'hésitez pas à les poser !