Bonsoir à tous et à toutes.

Comme je viens de passer trois jours pour écrire le chapitre 34, je peux enfin publier un nouveau chapitre.

Je vous remercie pour vos reviews qui m'ont fait très plaisir.

Maintenant, sans plus attendre, la suite :


Chapitre 24

Cela faisait plusieurs jours que Chihiro naviguait à bord du sampan. Quand elle était arrivée au village, elle n'avait eu aucune peine à monnayer une place à bord de l'une de ces embarcation-maisons en échange de son travail. Depuis, elle et les pêcheurs avaient fait du cabotage entre différentes îles de la région. Aujourd'hui, d'après les pêcheurs, elle devait arriver sur un archipel nommé Fushimi et qui était composé de trois îles immenses qu'elle voyait déjà à l'horizon. La plus grande était un sanctuaire important qui était connu pour abriter la divinité du riz, Inari et était interdite d'accès aux humains sans autorisation. La deuxième île abritait des Kitsunes bienfaisants nommés Zenko qui servaient la divinité Inari et autorisaient les visiteurs humains… mais avec prudence. La troisième île abritait d'autres kitsune, les Yakos, plus connus pour leur côté espiègle et leur malice, voir leur malfaisance et qui était donc soigneusement évitée par les âmes humaines.

L'archipel étant sous le contrôle d'Inari, Kami protecteur des champs et plus particulièrement du riz, de nombreuses rizières composaient le paysage de l'île des Zenkos où le sampan où se trouvait Chihiro abordait. Les ports étaient prospères car la pêche était un domaine d'activité sous la protection d'Inari. Les pêcheurs avaient d'ailleurs fait une excellente pêche et se rendait au sanctuaire pour remercier la divinité en présentant des offrandes. A la grande surprise de Chihiro, le sanctuaire grouillait littéralement de renards qui dévorait les offrandes, ce qui ne semblait gêner nullement les adorateurs du temple : en effet, le Kami Inari était connu pour prendre parfois l'apparence de renard donc cela pouvait fort bien être lui qui mangeait les offrandes, selon les fervents croyants qui la renseignaient. Du coup, les renard, animal sacré dans l'archipel, étaient vénérés.

C'était la première fois que Chihiro se trouvait dans un lieu aussi important. La civilisation se montrait par les vêtements, les coiffures et l'architecture qui était ceux du Japon de l'ère Edo. Elle pouvait voir les Kamis qui étaient partout, vivant côte à côte des humains, parfois sans que ces derniers ne le sachent ou ne s'en étonnent. Certains Kamis étaient même mariés à des esprits qui avaient pris forme humaine. Elle voyait aussi des hommes et des femmes renards travailler dans les champs avec les paysans d'origine humaine. Chihiro voyaient les rizières de là où elle était : elles étaient parfaitement entretenues et étaient prospères, comme on pouvait s'y attendre quand on savait qu'Inari était le dieu protecteur des récoltes. Au final, tout ce petit monde vivait en harmonie les uns avec les autres : les âmes humaines respectaient les Kamis et faisaient des offrandes régulières et ces derniers travaillaient à leurs côtés en prodiguant leurs bienfaits.

Chihiro savait qu'il n'y avait pas beaucoup d'endroits qui pouvaient se vanter d'avoir acquis une telle paix entre les hommes et les esprits. Mais elle en connaissait également la raison : cet archipel n'avait pas semblé accepter la modernité ni le progrès occidental et apparemment, il s'en portait plutôt bien. Les gens qui vivaient ici suivaient la tradition et menaient leurs vies sous la direction des esprits qui, dans l'ensemble, se comportaient de façon bienveillante tant qu'on les respectait. Les personnes envoyées ici ou qui s'installaient sur l'île des Zenkos s'étaient généralement très bien comportées au cours de leurs vies, suivant les préceptes de leurs ancêtres. Les quelques âmes humaines envoyés chez les Yakos étaient les samouraïs trop fiers, les marchands cupides, et des roturiers fanfarons, ainsi que ceux qui avaient été punis par les Zenkos qui les exilaient.

D'après ce que Chihiro en avait compris, les Zenkos, Kitsunes sous la guidance d'Inari, respectaient les humains tant que ces derniers les respectaient. Il y avait toujours un côté malicieux en eux, voir farceur mais contrairement aux Yakos, ils n'étaient pas malfaisants avec les âmes humaines simplement pour le plaisir de le faire. Les Yakos étaient beaucoup plus dangereux pour les gens, raison pour laquelle ils évitaient soigneusement leur île. Malheureusement, il y avait toujours une rivalité extrême entre les deux sortes de Kitsunes qui se proclamaient chacun les préférés d'Inaris et cela aboutissait à des conflits entre les deux peuples qui devenaient souvent des guerres acharnées. Selon un habitant, c'était un miracle que le sampan où elle avait voyagé ne s'était pas fait aborder par des pirates Kitsunes appelés les Wo. Heureusement, selon la même personne qui la renseignait, l'île se suffisait à elle même et ils ne dépendaient pas des autres îles de la région, à vrai dire c'était plutôt le contraire.


La seule fois où il y avait la paix était quand venait la fête d'Inari, durant lequel il y avait un cessez-le-feu. Or, Chihiro arrivait alors que la fête allait bientôt commencer sur la plus grande île de l'archipel et chacune des treize tribus de Kitsunes se rendait là bas. La fillette regretta tout haut de ne pas pouvoir assister à la fête qui devait être grandiose. Mais le pêcheur qu'elle interrogeait avait éclaté de rire en lui disant :

« Petite sotte ! Une âme humaine ne peut assister à la fête d'Inari que si elle a été invitée par Inari Lui-même ou si elle fait partie d'un cortège de l'une des grandes tribus de Kitsune ! Et ce n'est pas le cas de beaucoup d'humains. Seuls les meilleurs obtiennent ce privilège ! »

« Je vois, je ne le savais pas » Murmura humblement Chihiro avant de demander : Est ce que vous savez comment on peut accéder à l'île sur laquelle on trouve le Haut Conseil Spirituel ? J'aurais une requête à leur soumettre. »

« Mais ma pauvre enfant, tu ne le sais donc pas ? Seuls les invités des esprits les plus puissants et qui possèdent un ticket d'or peuvent y accéder ! C'est un honneur de pouvoir y entrer ! Aucun bateau n'acceptera de t'y emmener, surtout en ce moment quand les relations entre les humains et les esprits sont si tendues ! Très peu de Kamis acceptent une requête d'une âme humaine. »

« Mais je dois y aller ! C'est le seul moyen pour moi de guérir ma famille ! » Supplia Chihiro d'un air désespéré.

« Tu n'es pas la seule à avoir une bonne raison de tenter d'avoir une audience auprès des plus grands Esprits de ce monde. Même les Kamis ont du mal à en obtenir une. Un conseil, jeune fille, abandonne tout de suite l'espoir d'y aller un jour. C'est impossible. N'importe qui te le dira. Et essayer te mettra encore plus en danger. »

À ce moment là, Chihiro, n'y tenant plus, s'enfuît dans les rues de la ville, les larmes aux yeux. Elle courait avec ses affaires, évitant à peine les personnes sur son passage. Elle ne voyait pratiquement rien tant ses larmes lui brouillaient la vue. Sans s'en rendre compte, elle passa les portes de la ville et courut dans les campagnes jusqu'à ce qu'elle atteignît une rivière limpide. Chihiro, depuis sa rencontre avec Kohaku, s'était toujours sentie en sécurité et réconfortée par la présence de l'eau qui coulait. Finalement, épuisée, elle s'assît au bord de l'eau et la voix balbutiante à cause des sanglots, elle parvint à murmurer le sort de contact par l'eau qu'elle avait appris. Le reflet de Chihiro aux yeux rouges à cause de ses larmes fut remplacé par celui de l'aimable sorcière. Zeniba avait commencé à sourire en voyant l'une de ses apprentis la contacter mais elle comprit rapidement, en voyant le visage défait et découragé de la jeune enfant que quelque chose de grave s'était passé.

« Que se passe t-il mon enfant ? Tu ne m'as pas l'air bien. » Demanda la vieille sorcière, très inquiète pour sa petite protégée.

« Pourquoi ne me l'avez vous pas dit grand-mère ? Pourquoi ne m'avez vous pas dit qu'il était impossible pour les humains d'entrer en contact avec le Haut Conseil Spirituel ? Est ce que tous mes efforts ont été pour rien ? » Demanda Chihiro, l'air agité et presque en colère devant ce qu'elle considérait comme un mensonge.

« Souviens toi de ce que je t'ai dit ce jour là : « Cependant, je pense que cela ne te coûterait rien d'essayer. Après tout, tu es la petite humaine qui a osé demander un travail à ma terrifiante jumelle ! Et à l'époque, tu étais encore une enfant indécise, apeurée et nerveuse alors que je vois maintenant une jeune fille déterminée, calme et courageuse. Je suis convaincue que tu saurais les convaincre si tu parviens à leur montrer ta valeur. » Ce jour là, tu m'as répliqué que tu n'avais aucune valeur. Le pense tu encore après tes nombreux voyages ? » Demanda la vieille sorcière.

« J'ai appris des choses, certes, mais je ne pense pas qu'elles soient suffisantes pour me permettre d'acquérir la plaquette d'or nécessaire pour aller aux sanctuaires divins. On dit que même les Kamis ont du mal à obtenir audience. Tu m'as dit que Kohaku campe encore dans les couloirs de l'Administration Céleste pour obtenir une rivière… » Murmura Chihiro d'un air désespéré.

« Chihiro, je crois en toi. Et je ne suis pas la seule personne qui a cru en toi : pense à Kohaku, à Seita, Setsuko, tes amis du palais des bains, les esprits, les hommes et les femmes, tous ceux que tu as rencontré au cours de tes voyages. Ils sont tous confiants et ils savent que tu es destiné à accomplir de grandes choses. Ne te laisse pas abattre parce que quelqu'un a décrété ton objectif impossible. Tu dois prendre confiance en toi même car toi seule peux accomplir ton objectif. Pas les autres. »

« Mais on m'a dit que pour aller à l'île où se trouve le Haut Conseil Spirituel, il faut être invité par les plus grands Kamis. Et je ne vois pas comment faire ! »

« Je le répète, mon enfant, tu as en toi des ressources insoupçonnées. Continue d'apprendre, utilise tes pouvoirs pour faire le bien autour de toi comme tu l'as déjà fait au cours de ton voyage et je te garantis que tes pas te mèneront là où tu voudras. Ils t'ont déjà mené ici et c'est déjà immense. Maintenant, un dernier conseil, les Kamis ont tendance à aider ceux qui travaillent dur pour mériter leur secours. Je suis certaine que tu tireras tous les bénéfices de mon conseil, mon enfant. »

« Merci, grand-mère. Je me sens un peu mieux. Je vais tout faire pour poursuivre ma route ! »

« C'est le bon état d'esprit, Chihiro. Va ! Et n'oublie pas de nous appeler ! »

L'image se brouilla alors et Chihiro se retrouva seule mais un peu réconfortée par les paroles de la vieille femme. Elle soupira néanmoins avant de reprendre la route vers la ville : c'était dur pour elle de ne pas savoir que faire exactement. Néanmoins, elle décida de suivre le conseil de Zeniba en trouvant du travail et en aidant les gens autour d'elle. C'était, après tout, une constante dans sa vie qui l'avait plutôt bien servie. Elle n'eut aucun mal à trouver du travail : c'était après tout le temps des moissons et les paysans avaient toujours besoin de bras pour aider à la récolte. Chihiro s'accoutuma rapidement au travail des champs et bavardait joyeusement avec les femmes des villages où elle passait. Elle travaillait également dans les nombreux petits ports, chez les pêcheurs et réparait les filets avec eux en échange de l'hébergement et de nourriture. Parfois, elle récoltait également une pièce d'argent ou deux en vendant le produit de sa chasse. Dans l'ensemble, elle se débrouillait plutôt bien.

Pendant tout un mois, elle voyagea uniquement sur les côtes et dans les plaines où se trouvaient des rizières car, d'après ce qu'on lui avait dit, il était interdit pour les âmes humaines d'aller à l'intérieur des terres sans autorisation des Kitsunes régnant sur l'île. Selon les habitants, six familles de Kitsunes vivaient là bas, dans de splendides demeures, avec leurs sujets et les quelques humains qu'ils acceptaient comme invités, comme à la cour des empereurs. Chihiro grimpaient parfois aux arbres pour tenter d'apercevoir dans le lointain ces magnifiques palais mais elle n'en voyait jamais que les toits de tuiles jaunes et rouges. Elle savait seulement que ces châteaux devaient être très élevés pour surmonter les forêts. Chihiro n'avait pas encore osé trépasser les limites représentées par des toris sur les chemins et par des statues de pierres en forme de renard dans les campagnes, bien au courant qu'il pouvait y avoir des barrières magiques. Donc, elle s'était un peu résignée à l'idée qu'elle ne verrait jamais de près les belles demeures ni les Kitsunes qui y vivaient.

Cependant, on ne devrait jamais dire jamais, surtout dans le cas de Chihiro.


Un jour que Chihiro était dans les bois en train de méditer ses chakras, le calme de la forêt fut troublé par des bruits d'épées et des cris ainsi que des appels à l'aide. La jeune humaine sortit brutalement de sa méditation et tourna son regard vers l'intérieur de l'île où il était interdit aux humains d'entrer sous peine d'une grave punition. Il lui semblait que les bruits de lutte provenaient de là bas. Saisissant son arc et son carquois, Chihiro se leva et se précipita vers la frontière, hésita l'espace d'une seconde avant de franchir la limite et continua sa course vers l'endroit d'où provenaient les cris et hurlements de renards. Enfin, elle finît par arriver sur les lieux et s'arrêta net devant la scène qui se déroulait devant elle.

Elle pouvait voir un palanquin richement orné pris d'assaut par des renards aux multiples couleurs et aux nombreuses queues. Dans le filanzane se trouvait une belle renarde blanche à huit queues qui poussait des cris de terreur tandis que les porteurs et des gardes (des kitsunes également) tentaient en vain de contenir l'offensive menée par des renards armés jusqu'aux dents et dont le but semblait de s'emparer de l'occupante du palanquin. Déjà des renards roux et bleus cherchaient à enlever la Kitsune blanche et parvenait à lui lier les mains.

Chihiro n'hésita pas une seconde en voyant cela et tira une flèche dans la patte du renard à neuf queues qui paraissait mener l'assaut. Ce dernier glapît de douleur et tous, assaillants et assiégés, tournèrent leur attention vers la nouvelle venue. La jeune fille soutint leurs regards d'un air ferme et encocha une nouvelle flèche dans son arc, tirant cette fois dans l'une des queues de celui qui maintenaient les bras de la princesse Kitsune. Cela ne pouvait être qu'une princesse à en juger par le splendide kimono et la couronne finement ciselée qu'elle portait. Le chef de la bande de renards rugît en foudroyant Chihiro de ses yeux rouges injectés de sang :

« Comment oses tu te mettre en travers de notre chemin, misérable humaine ! »

« J'ose si ça signifie protéger des innocents ! » Cria Chihiro en retour en visant à nouveau le Kitsune à neuf queues.

Ce dernier cracha une boule de feu qui réduisit en cendres la flèche de Chihiro. Les autres Kitsunes aux nombreuses queues imitèrent leur chef et commencèrent à cracher des flammes pour tenter de bruler la jeune fille. Apparemment, le combat allait prendre une forme magique. Chihiro se concentra et envoya des boules d'eau qui trempèrent les renards ennemis comme des soupes. Devant l'air éberlué des Kitsunes, la jeune fille ne put retenir un petit sourire moqueur : ils n'étaient pas les seuls qui pouvaient utiliser la magie !

Mais Chihiro retrouva vite son sérieux quand l'un des renards tira un jet d'éclairs dans sa direction. Le combat n'était pas encore gagné et ses adversaires étaient plus nombreux que ses alliés et elle même. Elle roula sur elle même pour échapper à la foudre qui laissa un trou fumant dans le sol puis Chihiro lança un poing d'air en visant systématiquement le chef. Si elle parvenait à l'abattre, alors peut-être les autres Kitsunes abandonneraient ils le combat…

Malheureusement, ses adversaires étaient acharnés et rendus enragés par les coups portés à leur chef. Ils se précipitèrent vers elle et Chihiro ne put échapper aux violentes morsures qu'en jouant de son bâton qui frappa violemment les crânes de deux renards. Elle faisait des grands cercles avec son bâton, tout en criant des sorts à haute voix pour essayer d'empêcher ses ennemis d'approcher d'elle. Du sang jaillissait des coups qu'elle parvenait à porter mais elle-même commençait à saigner là où les Kitsunes l'avaient griffée. C'était douloureux mais pas insurmontable.

Quand elle jeta un coup d'œil autour d'elle l'espace d'un instant, elle vit que les gardes de la princesse fuyaient, emportant avec eux cette dernière. Les autres soldats renards tâchaient d'empêcher les poursuivants de la suivre, n'hésitant pas à se sacrifier pour cela. Songeant que des renforts seraient la bienvenue, Chihiro sacrifia quelques précieuses secondes pour lancer une feu rouge au dessus de la forêt, espérant que cela attirerait l'attention des habitants du plus proche palais. Maintenant qu'elle y songeait, elle aurait dû commencer par cela mais elle avait tant été concentrée par la pensée de secourir la Kitsune qu'elle avait oublié que dans ce genre de cas, il était préférable d'appeler d'abord de l'aide avant de jouer les héros.

Chihiro cria de douleur quand elle sentit un Kitsune la mordre au bras et elle l'en récompensa en lui administrant une volée de coups, ainsi qu'une boule de feu dans sa gueule de canidé. La jeune fille devenait désespérée : ses ennemis étaient toujours plus nombreux et désormais, sachant que leur embuscade avait échoué, ils se battaient par pure vengeance, espérant tuer celle qui les avait empêcher de kidnapper la princesse Kitsune. Tant que les secours ne viendraient pas, ils en profiteraient pour se battre tant qu'ils pouvaient. Chihiro était épuisée et ses réserves de magie s'amenuisaient à chaque sort lancé : elle n'en pouvait plus et priait les Kamis que des renforts arrivent et vite.

Les esprits devaient avoir entendu ses prières car tout à coup, le bosquet où elle et les survivants de la garde s'étaient réfugiés fut envahi de soldats Kitsunes qui combattirent férocement leurs ennemis à coup de crocs et de magie. Quand ces derniers battirent en retraite, tous poussèrent des cris de joie. Mais Chihiro n'en avait plus la force : sa magie était épuisée, ce qui voulait dire qu'elle n'avait même plus assez d'énergie pour tenir sur ses jambes. Et c'était sans compter sa perte de sang. Elle s'effondra sur le sol, lâchant son bâton qui roula par terre et tout s'obscurcit à ses yeux.


Quand Chihiro se réveilla, elle se trouvait dans une chambre, allongée sur un confortable futon avec des couvertures épaisses pour la tenir au chaud. La jeune fille se redressa et observa la pièce où elle avait dormi : c'était une chambre assez spacieuse de neuf ou dix tatamis qui étaient disposés d'une façon harmonieuse. Le mobilier était sobre mais de bon goût et sans aucun doute cher à en juger par le bois précieux utilisé pour l'élégante petite table à sa droite et par les couvertures finement tissées. La décoration était spartiate mais respectait la tradition japonaise : elle pouvait voir un bonsaï posé sur une tablette ainsi que des feuilles de papier de riz sur lesquelles étaient calligraphiées d'élégantes formules et des Haïkus souhaitant la santé et la paix à celui ou celle qui était souffrant. Chihiro en conclut, après avoir vu son environnement, qu'elle se trouvait dans une pièce attenante à une apothicairerie, destinée à accueillir les malades ou les blessés de haut rang.

Elle s'examina alors elle même pour découvrir que ses bras étaient (à nouveau) enrubannés dans des bandages de lin. Cela commençait à devenir une de ses mauvaises habitudes de se faire blesser à cet endroit là mais ici, au moins, les plaies n'était pas fatales. D'après ce dont elle se souvenait, ses blessures étaient surtout des brulures causées aussi bien par les boules de feu de ses adversaires que par ses propres sorts. Elle avait également été beaucoup griffée, voir mordue par les renards malfaisants qui ne l'avaient pas épargnée. Elle remarqua également que ses vêtements avaient été changés et elle portait le dessous d'un kimono en lin blanc, très simple mais très confortable également. Ses affaires avaient été récupérées et rangées dans un coin de la pièce : elle pouvait voir d'ici son arc et son carquois, son bâton de combat, ainsi que son bagage. Elle était heureuse qu'ils n'aient pas été oublié par ses hôtes.

Chihiro tourna ensuite sa tête vers la droite : les shojis, ces panneaux de bois coulissants, étaient ouverts et lui permettaient d'avoir une vue parfaite sur un jardin intérieur de toute beauté. C'était un jardin zen avec des empilements de roches, des allées parfaitement ratissées et au centre, un petit plan d'eau dans lequel nageaient des grosses carpes Koi rouges et blanches et qui parfois bondissaient au dessus de l'eau. Dans l'étang, se trouvaient également des nénuphars, en son bord, des tiges de bambou et un vieux saule dont les feuilles retombaient pour toucher la surface cristalline de l'eau. Des grues se tenaient là, sans bouger ni chercher à attraper les grosses carpes Koi. Chihiro courba la tête pour tenter de percevoir le message caché dans ce jardin. En suivant des yeux les allées, les roches et les fleurs, elle pouvaient lire des caractères, comme pour le jardin traditionnel de Aburaya. Ici elle pouvait lire :

« Kazunori, loi de l'harmonie et de la paix. » Déchiffra Chihiro à voix haute.

« En effet, mon enfant, déclara une vieille renarde à neuf queues qui venait d'entrer dans la pièce. « Il a été conçu en mémoire de Kazunori-dono, l'époux défunt de Kuro-hime dono. »

« Je vois. Il est magnifique. » Répondit Chihiro, ne sachant trop quoi ajouter. Elle se sentait encore fatiguée et pas totalement remise.

« Maintenant, recouche toi. Tu n'es pas encore remise pour un entretien avec Kuro-Hime-dono. »

Chihiro obéit et s'endormit finalement en observant la vieille renarde remplacer ses bandages par d'autre trempés dans une décoction de ginseng et de ginkgo.


Deux jours plus tard, Chihiro se tenait assise en seiza devant une Kitsune noire à neuf queues qui la contemplait avec intérêt. Elle était vêtue d'un splendide kimono noir avec des motifs dorés cousus sur la soie fine. Chihiro, quant à elle, portait le beau kimono avec des motifs bleus et roses offert par Zeniba : il aurait été mal vu de se vêtir avec ses vêtements de tous les jours quand on rencontrait une personnalité importante, selon l'Oka-san de Aburaya. La reine renarde noire entama la discussion en inclinant la tête dans un signe de profonde gratitude, venant de la haute noblesse.

« Je voulais te remercier, mon enfant, pour avoir sauver la vie de ma fille, la princesse Hakuko. Sans ton intervention, il est fort probable qu'elle aurait été enlevée par le clan de Kuko, le renard aérien et je ne l'aurais plus jamais revue. »

« J'ai juste fait ce qui me paraissait juste, Hime-dono. N'importe qui aurait fait la même chose que moi. » Répondit humblement Chihiro.

« Sottise ! Bien des gens n'auraient pas osé franchir la limite magique de nos terres par peur des répercussions, ce que tu as fait sans hésitation, mais toi, tu l'as franchie pour aider l'un des miens, raison pour laquelle tu n'as souffert d'aucun mal. De plus, bien peu de personnes auraient eu le courage de se battre face à des Kitsunes venant d'un clan de Yako. Enfin, peu de monde peuvent se vanter des pouvoirs magiques. Je trouve cela rassurant de voir qu'il existe encore des sorcières humaines prêtes à faire le bien. La plupart des sorciers sont obnubilés par la quête de pouvoir.» Rétorqua la belle renarde noire.

« Je ne suis qu'une apprentie sorcière, Hime-dono. Vous me faîtes là un trop grand honneur. » Répondit très poliment Chihiro en s'inclinant à son tour plus profondément puisque son statut était inférieur à celui de son hôte.

« Dans ce cas, je suppose qu'une apprentie sorcière de ton acabit est partie en quête de quelque chose. Je serais curieuse de savoir comment et pourquoi une humaine est partie du monde des mortels pour venir dans celui des Esprits. Veux tu bien me raconter ton histoire ? » Voyant l'air étonné sur le visage ouvert de Chihiro, elle ajouta : « je sens que tu es une humaine et non une âme humaine. Nous avons dû enlever ton talisman pour te soigner et sans lui, nous sentons encore un très léger effluve du monde des vivants. »

Chihiro se décida alors à raconter sa très longue histoire en commençant par comment elle et ses parents s'étaient aventurés par mégarde dans le monde des Esprits, les péripéties qu'elle avait vécu lors de son premier voyage puis le retour dans le monde des vivants et comment son père et sa mère avaient perdu la raison. A cet instant du récit, la reine renarde commanda du thé pour toutes les deux à ses serviteurs et Chihiro, après s'être désaltérée, pu continuer à raconter ses nombreuses aventures arrivées durant son second voyage dans le monde des Kamis. Elle narra comment elle avait appris la magie pour l'aider dans sa quête, les esprits qu'elle avait rencontrés, les amis qu'elle s'était fait, les endroits qu'elle avait visités et son objectif d'aller sur l'île des grands Kamis pour sauver ses parents. Quand elle eut terminé, la nuit commençait à tomber. La Kitsune noire l'avait écoutée attentivement, semblant réellement intéressé par le récit de la jeune fille et l'interrompant même quelques fois pour demander des éclaircissements. Chihiro, quant à elle, se sentait soulagée d'avoir pu raconter son histoire à un esprit bienveillant.

« Hélas, mon enfant, je n'ai pas le pouvoir de soigner tes parents par moi même sinon, crois moi, je l'aurais fait sans hésiter pour te récompenser de ton acte d'héroïsme envers ma fille. Malheureusement, tu as raison quand tu affirmais que seuls les grands Kamis du Haut Conseil Spirituel pourrait t'aider. »

« Est ce que cela rend vraiment mon objectif impossible ? D'un côté, j'ai entendu dire que les humains ne sont pas acceptés à moins d'être invités mais de l'autre, on m'a dit de ne jamais abandonner. »

« Il y a un moyen pour toi d'aller sur l'île des grands Esprits : la solution serait que tu fasses partie d'une escorte d'un Kami se rendant sur cette île. Personnellement, je serais prête à te donner cette place dans l'une de nos maisons, notamment celle de ma fille qui aurait bien besoin d'avoir plus de plomb dans la tête. Mais il te faudra la mériter car en tant qu'humaine, on attendra de toi la quasi-perfection et on ne peut permettre à ce qu'une personne de notre cortège soit médiocre. J'estime qu'il te faudra environ cinq ans pour devenir une demoiselle de compagnie de ma fille qui soit acceptable mais cela te demandera beaucoup d'efforts. Après cela, tu seras amenée à voyager sur des îles difficiles d'accès aux humains, tu pourras, qui sais, visiter même les grands sanctuaires spirituels de la région. J'espère que tu es prête à cela. »

« J'y mettrais tout mon cœur, Hime-dono et même si cela ne suffit pas, je persévèrerais dans mes efforts afin de ne pas vous faire honte. Je vous le promets.

La Kitsune sourit : non seulement sa fille avait été sauvée sans demander de lourdes compensations, mais en plus, elle venait de gagner une servante dévouée et travailleuse qui permettrait peut-être à sa fille capricieuse de s'assagir un peu. Elle avait lu, pendant que Chihiro se reposait la lettre de recommandation de Yubaba : la vieille sorcière n'était pas connue pour délivrer des compliments et le fait qu'elle se soit sentie obligée d'écrire une telle lettre en disait beaucoup sur son ancienne employée. De plus, le récit de la jeune fille l'avait touché. Néanmoins, si elle pouvait obtenir un avantage en aidant cette fillette, elle n'hésiterait pas à saisir sa chance. Après tout, n'est pas Kitsune qui le veut. Demain, la jeune humaine commencerait son entrainement pour devenir dame de compagnie. Les Kamis veuillent qu'elle ait suffisamment de patience pour supporter sa dernière fille ainsi que ses nombreux petits-enfants… Elle en aurait besoin !


Maintenant, le petit moment de culture japonaise :

Le sampan (chinois 三板 sānbǎn "trois bords") est un bateau chinois à fond plat, à voile unique, servant aussi d'habitation. Il est utilisé principalement en Asie du Sud-Est pour le cabotage.

Inari (稲荷神?) est initialement le kami shinto des céréales, puis des fonderies et du commerce, ainsi que gardien des maisons (yashikigami).

Progressivement le culte d'Inari rejoint les deux grandes traditions religieuses du Japon : le Shinto et le Bouddhisme. Inari rassemble la religion institutionnelle et le courant chamanique Inari est souvent symbolisé par le renard que celui-ci soit considéré comme son messager ou comme la divinité elle-même.

Au sanctuaire shinto de Fushimi, Inari est considéré comme la divinité de la montagne qui réside sur le mont sur lequel est construit le sanctuaire. Divinité protectrice des prostituées et des pompiers, Inari est vénéré également pour sa fertilité, pour la naissance et pour l'annonce de certains dangers. Cependant, Inari est aussi redouté par les hommes, car il peut les ensorceler et même les posséder en prenant l'apparence de moines bouddhistes ou de jeunes femmes séduisantes.

Aujourd'hui, la notion originelle de fertilité agraire est associée à d'autres secteurs de l'économie tel que le commerce et plus récemment la pêche.

Ambivalente, bénéfique ou maléfique, parfois mâle souvent femelle, Inari est essentiellement complexe. En effet, il y aurait autant de cultes dédiés à Inari que de pratiquants, chacun construisant sa propre image d'Inari et élaborant son propre culte.

Les Kisunes :

Les Kitsune possèderaient une intelligence supérieure, une longue vie et des pouvoirs magiques. Ils sont un type de yōkai ou d'entité spirituelle, et le mot kitsune est souvent traduit par esprit renard. Cependant, cela ne signifie pas que les kitsune sont des fantômes, ni qu'ils sont fondamentalement différents des renards normaux. Car le mot esprit est utilisé pour refléter un état de connaissance ou d'illumination, tout au long de leur longue vie, les renards gagnent des capacités surnaturelles.

Il y a deux classifications communes de kitsune. Les zenko (善狐?, littéralement les bons renards) sont des renards célestes bienveillants associés au dieu Inari; ils sont quelques fois simplement appelé les renardes d'Inari. De l'autre côté, les yako (野狐), littéralement les renards des champs, aussi appelés nogitsune) tendent à être espiègles voire malicieux. les traditions locales ajoutent d'autres types. par exemple, un ninko est un esprit renard invisible que les êtres humains ne peuvent percevoir seulement quand il les possède. Une autre tradition classifie les kitsune dans un des treize types définis par les capacités surnaturelles que possède le kitsune.

Physiquement, les kitsune sont connus pour avoir jusqu'à neuf queues. Généralement, un grand nombre de queues indique un renard plus vieux et plus puissant; en fait, quelques contes populaires disent que le renard n'aura des queues supplémentaires que lorsqu'il aura plus de 100 ans. Une, cinq, sept, neuf queues sont les nombres les plus courants dans les histoires populaires. Quand un kitsune gagne sa neuvième queue, sa fourrure devient blanche ou dorée, Ces renard à neuf queues(kyūbi no kitsune,九尾の狐) gagne la capacité de voir et d'entendre ce qui arrive n'importe où dans le monde. D'autres récits leur attribuent une sagesse infinie (l'omniscience).


J'espère que ce chapitre vous aura plu, si c'est le cas, n'hésitez pas à laisser des commentaires ou à poser des questions.