Et un nouveau chapitre pour vous ! Bon week-end prolongé à tou(te)s ! :D

J'en profite encore une fois pour vous remercier de votre soutien. Je remercie aussi "visiteur" et "Roronoa Sabrina" qui ont commentés en "anonyme" sur le dernier chapitre. Voici la suite tant attendue ^^


Une odeur de grillé aux accents de café envahissait la petite cuisine. L'arôme s'élevait dans l'air de la pièce puis s'échappait dans la salle par la porte laissée ouverte. La machine brassait les petits grains qui brunissaient doucement, libérant ce parfum que Sanji aimait tant. La torréfaction était tout un art. Il fallait savoir contrôler la température, la durée et même la quantité de café torréfiée à chaque tournée. Sanji avait pris l'habitude de travailler en relativement petites quantités, s'assurant ainsi de ne pas gâcher une commande complète en cas d'erreur. Cela lui permettait aussi de tester, et de produire des cafés plus ou moins doux en fonction du temps de torréfaction. Le café passait en effet de l'acide au sucré, puis à l'amer, à mesure que cette durée augmentait. Le tout était donc de savoir ce qu'on voulait obtenir pour adapter la torréfaction en conséquence.

Ce matin, il torréfiait un Ethiopie qu'il avait reçu quelques jours plus tôt. C'était un café sauvage d'exception qui nécessitait une extrême concentration. Il était en effet très difficile à torréfier correctement et tout se jouait presque à la seconde près. Il s'assurait donc de le faire lorsqu'il savait qu'il ne serait pas dérangé. Il était arrivé plus tôt aujourd'hui et avait immédiatement lancé la machine, sachant qu'il aurait ainsi le temps après pour préparer les pâtisseries du jour.

L'opération ne prenait guère plus de 20 minutes, mais c'était toujours un moment stressant pour lui. Surtout avec un café si cher. Il n'avait pas droit à l'erreur. Pourtant, il pensait à ses clients et à la joie qu'ils allaient éprouver en le buvant. Il avait déjà prévu de réserver la premier tasse à Robin qui, il en était sûr, allait particulièrement apprécier son geste. Il avait hâte d'être à la semaine prochaine pour être témoin de son expression à la première gorgée.

Il en était presque extatique, mais il se força à se concentrer à nouveau. Le moment délicat approchait et il était hors de question qu'il se loupe. Cette journée commençait sous les meilleurs auspices. Il était heureux, pensa-t-il en sifflotant doucement.


Zoro parcourut les derniers mètres entre son arrêt de bus et le coffee shop de Sanji en grandes enjambées. Après le travail, il était rentré chez lui et avait eu juste le temps de lancer une machine de linge et de se changer avant de reprendre le bus pour revenir ici. Ils avaient prévus avec Sanji de passer la soirée ensemble. Zoro ne savait pas encore ce qu'ils feraient, mais si ça ne tenait qu'à lui, ils passeraient les prochaines heures enfermés dans l'appartement de Sanji. Il aimait passer du temps seul avec lui, sans avoir à retenir ses gestes parce qu'ils étaient en public.

Il releva la tête et respira l'air frais du soir. Il faisait encore jour, mais le soleil disparaissait rapidement. Il pouvait même apercevoir une ou deux étoiles commencer à étinceler au-dessus des bâtiments.

Arrivé à destination, il prit quelques secondes avant d'entrer dans la boutique, repérant tout de suite Sanji. Ses cheveux blonds, presque dorés sous la lumière un peu tamisée de l'endroit, attiraient le regard. Il était assis à une table, dos au comptoir. En face de lui, un homme d'une cinquantaine d'année, en costard, lui parlait.

Zoro fronça les sourcils. Il ne savait pas qui était cet homme, mais il supposa que c'était une réunion professionnelle et hésita à entrer. Il ne voulait pas déranger Sanji en plein travail.

Mais un mouvement attira son attention et il vit Conis lui faire signe d'entrer, son sourire habituel aux lèvres. Il poussa alors la porte et apprécia la chaleur qui l'enveloppa aussitôt. Même s'il faisait de plus en plus beau ces dernières semaines, les températures chutaient encore le soir venu.

Il avança jusqu'au comptoir en jetant un coup d'œil en direction de son petit-ami, puis reporta son attention sur la jeune femme.

— Vous voulez boire quelque chose Monsieur Zoro ? demanda-t-elle poliment.

Il lui avait déjà répété de nombreuses fois de l'appeler seulement Zoro, mais sans succès jusqu'à présent. Il passait de longues heures ici chaque semaine, pourtant la jeune serveuse ne se départait toujours pas de ses bonnes manières avec lui.

— Ça ira je te remercie, répondit-il finalement avec un sourire.

— C'est qui ? demanda-t-il en désignant l'inconnu du menton après un instant de silence.

— Monsieur Bontemps, le comptable de Monsieur Sanji. Ça fait des heures qu'ils sont là…

La jeune femme semblait inquiète. Zoro observa l'homme d'un peu plus près, et il était vrai qu'il avait une expression assez grave au visage. Ses sourcils étaient froncés et son front largement dégarni ne cachait pas les traits d'expression qui s'y trouvaient.

Mais il n'eut pas le temps de se poser plus de question, car ce dernier se leva soudain, serra la main de Sanji, prit ses affaires et sortit en faisant un léger signe de tête dans leur direction.

Sanji n'avait toujours pas remarqué qu'il était arrivé. Il resta assis et Zoro le vit se passer les mains dans les cheveux. Il avait appris que c'était chez lui un signe d'anxiété.

Sans un mot, il avança vers lui et posa ses mains sur ses épaules. Sanji sursauta mais se détendit aussitôt après, le reconnaissant certainement. Il remonta ses mains un peu plus vers son cou et massa doucement ses trapèzes contractés avec ses pouces. Ses gestes un peu maladroits semblèrent appréciés car Sanji bascula sa tête en arrière et la posa sur son ventre, un grand soupir se faisant entendre en même temps.

Zoro continua encore quelques instants, puis il arrêta ses mains et se pencha pour déposer un baiser sur la tempe de son petit-ami.

— Tout va bien ? demanda-t-il d'une voix douce.

— Hmmm, répondit Sanji.

Il lui fallut presque une minute pour reprendre ses esprits. Zoro le regarda avec une pointe d'amusement se redresser vivement sur sa chaise et commencer à rassembler tous les papiers qui traînaient sur la table.

— Désolé, je range tout ça et je suis à toi.

— Rien ne presse, remarqua Zoro en souriant.

Sanji se retourna enfin pour lui lancer un regard et Zoro découvrit qu'il avait les traits tirés.

— Ça va ? répéta-t-il, inquiet.

— Juste fatigué, répondit Sanji en souriant doucement avant de se pencher vers lui.

Zoro se laissa embrasser. C'était décidé, ils passeraient la soirée chez Sanji, blottis l'un contre l'autre dans le canapé ou le lit. Il était hors de question qu'ils sortent si Sanji était vanné.

Il ne restait que dix minutes jusqu'à la fermeture, et Conis annonça qu'elle s'en chargerait, mettant presque son patron à la porte. Il n'y avait déjà plus personne dans le café, alors Sanji ne fit pas d'histoire et ils se retrouvèrent rapidement dans la rue, marchant en silence en direction de l'appartement.

— Tu veux faire quoi ? demanda Sanji en entrant le code de son immeuble.

— Pizza télé ?

— Parfait.


Ils se retrouvèrent rapidement devant la télé en attendant la pizza. Zoro avait mis un DVD qu'il avait amené mais Sanji aurait bien été incapable de dire de quoi il s'agissait. Ses yeux étaient fixés sur l'écran, mais son esprit était complètement ailleurs. Il repensait à ce que Jacques lui avait dit. Sa journée avait si bien commencée, mais elle se terminait de la pire des façons. Même la présence de Zoro à côté de lui n'arrivait pas à lui remonter le moral, alors c'était dire l'état dans lequel il se trouvait.

En fait, il ne réalisait pas encore complètement. Il était sous le choc et il se sentait tourner au ralenti. Bien sûr ce n'était pas la première fois que ça se passait, les débuts avaient été difficiles. Mais tout allait si bien ces derniers temps qu'il s'était cru à l'abri de ce genre de choses dorénavant. Il s'était trompé.

Sa sonnerie stridente retentit tout à coup et il sursauta. Le temps qu'il réagisse, Zoro s'était déjà levé pour aller ouvrir. En temps normal, il aurait essayé de l'en empêcher, ou au moins de payer la moitié de la note, mais maintenant… Une décharge glacée le traversa et il se dégoutta lui-même. La situation n'était pas si catastrophique, et quand bien même, il se refusait à se servir de Zoro et de sa générosité !

Il lui sourit difficilement lorsqu'il revint s'assoir près de lui en espérant que Zoro ne remarque rien. Celui-ci se contenta d'ouvrir la boîte en silence et de leur servir une part chacun, puis de lui tendre son assiette. Sanji le remercia tandis que Zoro remettait le film en marche et ils continuèrent la soirée en silence.


Zoro reposa son assiette sur la table basse après sa troisième part engloutie. Le film se rapprochait de la fin, pourtant il n'arrivait pas à se concentrer dessus. C'était pourtant un film d'action alors il ne fallait pas non plus une concentration énorme pour arriver à suivre.

Il s'inquiétait pour Sanji. Il lui lançait des regards en coin de temps en temps, et chaque fois il le trouvait dans la même position, presque figé. Ses yeux étaient posés sur l'écran, mais il semblait bien loin de là. Il ne savait pas ce que son comptable lui avait dit tout à l'heure, mais ça ne s'annonçait pas très bien. Il ne savait pas quoi faire pour lui remonter le moral, et il se décida à essayer de le faire parler sitôt le film terminé. Ça lui permettrait peut-être de mieux accepter les choses et ils pourraient peut-être trouver une solution ensemble.

Alors dès l'apparition des premières lignes du générique, il attrapa la télécommande et éteignit tout avant de se tourner vers Sanji.

— Si tu veux en parler je suis là, lui dit-il gentiment.

Sanji sembla se réveiller et tourna la tête vers lui. Il paraissait surpris. Il ouvrit la bouche comme pour lui dire que ce n'était rien et que tout allait bien, avant de la refermer aussitôt. Il devait avoir compris qu'il était évident dans son comportement que quelque chose n'allait pas et qu'il était inutile de mentir. Zoro lui laissa le temps d'organiser ses pensées, patient.

— Ce n'est pas grand-chose, finit-il par dire. Je me fais sûrement du souci pour rien mais…

Il prit quelques secondes avant de se lancer, le regard braqué sur ses genoux comme s'il avait honte de parler de ses inquiétudes.

— Jacques m'a dit que mon chiffre d'affaire avait baissé ces deux derniers mois, expliqua-t-il. Il a dit que pour l'instant ce n'est pas trop grave, mais qu'il va falloir faire quelque chose pour inverser la tendance, sinon…

Il ne termina pas, mais Zoro comprit. Il était un peu dans le métier. Il avait fait des études là-dedans. Il savait qu'un commerce comme celui de Sanji pouvait s'effondrer très rapidement et souvent pour très peu de chose. Il comprenait que Sanji soit inquiet. C'était l'inconvénient d'être son propre patron. Tout ce stress.

Une idée lui vint soudain et il se sentit pâlir.

— Deux mois ? demanda-t-il pour être sûr.

— Oui, répondit Sanji en relevant la tête vers lui.

Il le regardait étrangement, comme s'il se demandait ce qu'il pouvait bien penser.

— C'est de ma faute, réalisa Zoro avec effroi.

— Quoi ? Bien sûr que non !

— Deux mois c'est à peu près au moment où je suis rentré dans ta vie, lui rappela-t-il.

— Peut-être mais ça n'a rien à voir, tenta de le rassurer Sanji. Je ne vois pas comment tu aurais pu influer sur mes ventes.

Il avait un sourire attendri, presque taquin aux lèvres.

— T'arrête pas de me dire de ne pas m'asseoir sur le comptoir ! Et… et ça m'arrive de t'embrasser aussi… et…

— Zoro ! s'écria Sanji.

Il se tut aussitôt et attendit les reproches. Il se força à regarder Sanji dans les yeux, prêt à accepter son destin.

— Arrête de paniquer, ce n'est pas de ta faute.

Son ton déterminé le convainquit presque.

— Ça n'a rien à voir. C'est déjà arrivé, même avant que je te connaisse. Mais ça faisait longtemps, je pensais que tout ça était derrière moi maintenant. J'ai été stupide de me reposer sur mes lauriers.

— Alors ce n'est vraiment pas de ma faute ?

— Bien sûr que non ! s'exclama Sanji en souriant.

— Okay…

— Il va falloir que je trouve une solution, que je réduise mes dépenses, et tout ira bien. Et dire que j'ai commandé ce café à pas de prix l'autre jour… si j'avais su…

Sa voix avait baissé sur la fin, comme s'il se parlait à lui-même. Zoro le regarda en silence. Que pouvait-il faire pour lui ? Il avait quelques idées. Des idées qu'il avait eues il y avait quelques temps de ça quand il lui avait parlé de sa pendule, pendule qui avait d'ailleurs disparu dès le lendemain. Il n'avait pu s'empêcher de penser à toutes ces choses qui pouvaient être changées, améliorées, et qui, il en était sûr, pourrait lui rapporter des clients supplémentaires. Peut-être était-il temps de se pencher sérieusement sur la question ? Il pouvait faire quelques recherches, mettre en ordre ses idées, mettre en place un plan de bataille. Son esprit tournait déjà à mille à l'heure, organisant dans sa tête tout ce qu'il aurait à faire.

Mais il décida de ne pas lui en parler pour l'instant. Il fallait qu'il ait tout ça au propre, qu'il ait une idée du budget nécessaire, qui, il le savait, allait devoir être le plus bas possible… Il avait beaucoup de travail devant lui, mais il était motivé à bloc !

— Ça va s'arranger, se trouva-t-il finalement à dire après un silence un peu long. Je te promets que tout ira bien.

Sanji lui sourit, probablement touché par sa confiance. Zoro passa un bras autour de son cou et l'attira à lui. Il déposa un baiser sur son front avant de le serrer contre lui. Sanji entoura sa taille de ses bras et se laissa aller contre lui. Il paraissait se détendre un peu, et Zoro se sentit fier de lui. Il tenait toujours ses promesses et il était prêt à tout pour tenir celle-ci. Il avait hâte d'être au lendemain pour se mettre au travail.

Mais pour l'heure, il décida qu'il était temps qu'ils aillent se coucher. Ils passèrent chacun leur tour dans la salle de bain puis se retrouvèrent dans le lit. Zoro avait rapidement pris l'habitude de laisser des vêtements ici. C'était tellement pratique d'habiter juste en face de son travail. Sans compter qu'il avait en plus, et surtout, l'occasion de passer ainsi la nuit avec son petit-ami. Il était peut-être un peu tôt pour parler d'habiter ensemble, alors il se contentait de quelques jours par semaine pour l'instant. Pourtant les nuits passées ici étaient celles où il dormait le mieux.

Il soupira de bien-être et attira Sanji contre lui. Il se laissa faire et bientôt ils trouvèrent leur position, blottis l'un contre l'autre, la tête de Sanji posée sur son épaule. Ils ne trouvèrent pas le sommeil tout de suite, mais la respiration douce de l'autre les y emmena doucement.