Titre : Révélation, chapitre 6 (Revelation part 6)
Auteur : Kajornwan/FayeC
Traduction : Kandamio
Rating : PG-13
Fandom : Finder series
Personnages: Mikhail x Fei Long, Asami x Akihito, Yan, Toh (OC)
Disclaimer : Les personnages appartiennent à Ayano Yamane.
Avertissement : À partir de maintenant, l'action suit celle du manga, alors il y aura des spoilers à chaque chapitre. Vous êtes prévenus.
Merci à toi pour me rappeler de poster la suite, chana06 ! (Le fait est que cette partie de l'histoire n'est pas ma préférée, puisqu'il faut le temps que les choses se mettent en place *frustration*, et que le manga nous en raconte déjà une partie. Mais bon, il y a aussi du neuf ~)
Il commençait à faire sombre, dehors. Akihito se demanda combien de temps il était resté assis ainsi, à tripoter son portable, hésitant quant à savoir s'il devrait ou non passer ce coup de fil. Le Chinois était parti quelques heures plus tôt et il ne savait toujours pas quoi faire. La vie de ses amis, ou bien sa fierté. Le choix était évident. Mais son exécution lui était insupportable.
Mais que dirait-il ? Comment le dirait-il ? Pourrait-il vivre en paix avec lui-même après être ainsi revenu ramper aux pieds d'Asami ? Cela n'aurait pas été aussi difficile s'ils avaient été amants. Mais l'étaient-ils ? Ils se rencontraient de temps en temps, la plupart du temps par hasard. Ils couchaient ensemble, puis se séparaient. Il ne connaissait pas le personnage en dehors de la chambre à coucher et Asami n'avait pas essayé de le connaître au-delà de cela. Leur relation, si elle existait, était simplifiée au maximum. Pas que cela le dérange. Il n'avait pas besoin d'un amant et aurait préféré ne pas être mêlé au monde dans lequel vivait Asami. Peut-être que celui-ci l'avait compris et gardait ses distances, ou peut-être qu'il ne se souciait pas suffisamment de lui pour s'investir plus que cela. C'était une question qui l'embêtait de plus en plus, ces derniers temps. Et c'était sa chance de trouver ses réponses, quelles que soient ces dernières. Il n'était pas le genre d'homme à fuir ses problèmes, et il était assez solide pour supporter la vérité, aussi douloureuse soit-elle.
Il prit une profonde inspiration et appela le premier nom dans la mémoire de son téléphone, laissant échapper un sourire amer face à l'ironie de la situation ; le nom du diable commençait par un A, ce qui le mettait automatiquement en haut de sa liste de contacts. Et pour lui, Asami semblait être en haut de tout, à chaque fois.
« A... Asami... » Akihito s'arrêta et avala avec peine la bile dans sa gorge, en même temps que sa fierté. Il était sur le point de supplier un homme qui l'avait traité comme un sex toy jetable de lui donner quelque chose à échanger contre les vies de ses amis. C'était dur, plus dur que de devoir vivre avec le fait qu'il l'avait laissé jouer avec lui un nombre incalculable de fois. Mais dans ces circonstances, il devait faire ce qui était nécessaire.
« J'ai besoin de te voir, c'est très important... »
Minuit.
Debout à côté du lit, Asami regarda le garçon qu'il avait drogué à l'aide de somnifères et qui gisait inconscient devant lui. Takaba était venu le supplier de lui donner le disque de données pour sauver ses amis des griffes de Fei Long, et il avait délibérément refusé de céder, dans la mesure où il savait qu'il s'agissait d'une menace en l'air et que, naturellement, la vie des amis de Takaba ne représentait rien pour lui. Mais même s'il aurait aimé ignorer tout cela, les choses devenaient hors de contrôle. Il ne s'était jamais attendu à ce que Fei Long revienne dans sa vie de cette manière, et à ce que Takaba se retrouve ainsi pris entre deux feux. Le garçon était jeune, innocent, naïf et ne faisait pas le poids face à quelqu'un de la trempe de Fei Long, pas même à l'époque. S'il le laissait partir, Fei Long pourrait aisément utiliser le garçon contre lui.
Utiliser le garçon contre lui ? Depuis quand s'était-il autorisé à donner assez d'importance à ce garçon pour que celui-ci puisse être utilisé contre lui ? Ce garçon ordinaire n'avait aucune place dans sa vie, ni ne pourrait survivre dans celle-ci. Et pourtant, il s'était donné la peine de le droguer pour le garder en sécurité. Il était certain que son intérêt pour ce garçon n'allait pas au-delà du sexe, qui, il devait l'admettre, le satisfaisait assez pour le forcer à revenir avoir sa dose. Mais pourquoi faisait-il toutes ces choses qu'il n'avait jamais faites avant ? Pourquoi sa vie commençait-elle à tourner autour de ce garçon ordinaire ? Et même alors, il n'avait en tête que la liste de tout ce qu'il avait fait pour le garder hors de danger. Se pourrait-il que ce soit de l'amour ? Se pourrait-il qu'il soit devenu aussi stupide qu'Arbatov, pour se laisser aveugler de la sorte ?
Non. Asami chassa rapidement cette pensée de son esprit. Takaba n'était rien de plus que l'une de ses possessions. Et il n'était que naturel que son ego ne supporte pas qu'on lui vole un de ses biens. Takaba était à lui, rien de plus.
Il saisit sa veste et se dirigea vers la porte. Il avait un rendez-vous à honorer et une affaire importante dont il devait se charger. Mais pendant un instant, Asami se figea et jeta un regard au photographe derrière lui. C'était une habitude toute nouvelle qui l'irritait ces derniers temps et à laquelle il n'avait trouvé aucune explication. Un homme comme lui ne regardait pas en arrière ni ne luttait contre une décision qu'il avait déjà prise. Et pourtant, le simple fait de sortir d'une pièce dans laquelle se trouvait Takaba était étrangement difficile.
Une partie de lui voulait simplement rester.
Deux heures du matin. Park Hyatt Tokyo
« Mettez-les dans la chambre d'amis. » ordonna Fei Long en entrant dans la suite présidentielle. Il avait donné jusqu'à quatre heures du matin au garçon pour le retrouver au bar avec le disque de données d'Asami. Depuis ce coup de téléphone, le garçon ne s'était plus montré ni n'avait décroché le téléphone. Pourtant, ses hommes lui avaient signalé qu'Asami avait quitté l'hôtel et était en mouvement, ce à quoi il leur avait répondu de suivre le yakuza. Les choses se passaient un peu différemment qu'il ne l'avait souhaité et il avait donc amené les deux amis à l'hôtel avec lui, en attendant de prendre une autre décision. Il aurait du se contenter de les tuer tous les deux, mais cela ne l'aurait en rien avancé dans son plan pour forcer Asami à se montrer. De plus, Takaba Akihito, en garçon ordinaire qu'il était, ne devait pas réaliser que c'était une menace en l'air, et même dans le cas où il le réaliserait, il n'était sans doute pas capable de rester assis à rien faire. Il avait décidé d'attendre un peu plus longtemps.
Las et fatigué, Fei Long passa à côté des gardes du corps qui surveillaient le salon dans lequel ils avaient enfermé les deux otages, et se servit un verre au bar. Dans son état, il ferait mieux de se reposer. Mais le sommeil lui échappait depuis qu'il était à Tokyo. Après sept longues années à porter cet insupportable fardeau dans sa poitrine, il était sur le point de se confronter à l'homme qui l'avait mis dans cette situation, et d'obtenir ses réponses. C'était avec certitude qu'il avait pris la décision de mettre fin à son duel avec Asami, mais c'eut été mentir que de dire qu'il était prêt pour cela.
Il se tint immobile devant la baie vitrée qui surplombait la baie de Tokyo. Quelque part, là-dehors, Asami s'amusait en compagnie du jeune photographe. Le son de ce garçon, criant avec un plaisir intense tandis qu'il était pris par son amant, avait résonné sans répit dans ses oreilles depuis l'appel qu'il avait passé quelques heures plus tôt. Asami avait dû savoir que c'était lui qui appelait le garçon. Bien sûr qu'il l'avait su. Il pouvait voir tout cela avec netteté, comme si cela se passait juste devant lui. Tout ; le rictus d'Asami qui s'assurait qu'on puisse les entendre, leurs corps dénudés qui se frottaient l'un à l'autre, la peau qui couvrait ce corps masculin et qu'il avait déjà sentie sous ses doigts, les yeux sauvages et ambrés qui avaient un jour parcouru son corps, et le goût de la cigarette qui demeurait dans sa bouche ; tout.
Jusque là, il n'avait jamais réalisé qu'une telle colère habitait son cœur, quand il s'agissait d'Asami. Cette nuit-là,il comprenait finalement. Ce n'était pas la trahison. Cela n'avait rien à voir avec la mort de son père. C'était le fait qu'Asami n'en avait rien à faire, qu'il avait joué avec lui et que tout ce qu'on avait fait croire à Fei Long était un mensonge qu'il refusait d'avaler. Il s'était accroché à son propre déni, à un faux espoir, celui de ne pas avoir été rejeté, une fois de plus, par quelqu'un à qui il avait donné son cœur. Et cette insupportable agitation dans son cœur, ce soir, n'était rien d'autre que de la jalousie. Après tout ce temps, une part de lui appartenait toujours à Asami Ryuichi. C'était cette vérité brutale qu'il avait essayé de nier, pour la bonne raison que la reconnaître lui aurait fait trop mal.
Fei Long se versa un autre verre et marcha jusqu'au grand piano au centre de la pièce. Ses longs doigts délicats pressèrent des touches de manière aléatoire, et la douce mélodie lui rappela un autre homme dans sa vie. Il se figea et regarda son reflet sur l'instrument si nettement poli, ses yeux s'arrêtant sur le bijou argenté qui brillait à son cou.
Et qu'en était-il de Mikhail ? N'était-il qu'un substitut à Asami ? Il y avait entre lui et Mikhail un lien qui ne pouvait être brisé. Il était indéniable que la seule présence de Mikhail le réconfortait, et personne d'autre ne pouvait lui apporter une telle paix en le serrant dans ses bras. Le Russe avait, sans aucun doute, pris une part importante dans sa vie, et il ne voulait pas la perdre. Mais était-ce de l'amour ? Ou était-ce simplement son égoisme qui le forçait à essayer de garder le seul homme qui avait failli vraiment l'aimer ?
Fei Long rit avec amertume en réalisant à quel point il était pathétique de penser à Mikhail dans un moment comme celui-ci. Il était à la poursuite d'un autre homme, et par conséquent, Mikhail lui avait glissé entre les doigts. Il doutait qu'ils puissent jamais avoir la même relation, maintenant. Et il était certain que Mikhail changerait d'attitude après avoir entendu parler de son passé. Celle-ci avait déjà changé. Mikhail était resté planté là et l'avait regardé partir. Ce n'était que justice. On lui avait laissé le choix, et il avait choisi de poursuivre Asami Ryuichi. Mais quoi qu'il se passe et peu importe la douleur qui le traverserait, il était temps qu'il se confronte à Asami. Plus important, il était temps qu'il se confronte à lui-même, à ses sentiments, et à son cœur.
Fei Long finit son verre et jeta un coup d'œil à sa montre. Il était presque quatre heures du matin. Ses hommes essayaient encore de déterminer où Asami était allé depuis qu'ils avaient perdu de vue sa voiture. Si seulement ils avaient été à Hong-Kong, Asami lui aurait été livré d'un simple claquement de doigts. Mais il n'avait aucun pouvoir au Japon, et Asami était maître de celui-ci.
Il ferma les yeux quelques secondes et les ouvrit une fois qu'il fut arrivé à une décision. Il saisit le révolver qu'il avait laissé sur la table avant de se diriger vers la pièce où ses prisnniers étaient retenus. Des yeux sombres, couleur améthyste, se portèrent sur les garçons dont il n'avait pas pris la peine de retenir le nom, tandis que ses subordonnés attendaient ses ordres. Fei Long pointa son révolver vers l'une des deux têtes. Ils ne servaient plus à rien, maintenant, et il avait d'autes moyens d'atteindre Asami.
Un regard aux yeux de leur maître et les gardes du corps surent qu'ils devraient nettoyer un vrai carnage avant l'aube. Liu Fei Long exécutait avec une extrême précision et il le faisait sans gaspiller sa salive. L'un d'entre eux fut assez vif et intelligent pour lui tendre un silencieux. Cela leur donnerait un peu plus de temps pour nettoyer avant que la police ne soit alertée par des bruits de coups de feu.
Avant qu'il n'ait pu presser la détente, son portable sonna. Fei Long décida de répondre à l'appel avant d'abattre ses otages.
« Oui ? » L'appel venait d'un autre groupe de sous-fifres. Il valait mieux pour eux qu'ils aient quelque chose pour lui.
« Fei Long sama, nous avons trouvé l'hôtel où se cache le garçon. »
Enfin, du progrès. Les deux garçons étaient incroyablement chanceux... ou pas, en fonction de la manière dont le jeune photographe réagirait, dès à présent.
« Allez le chercher et passez-lui le téléphone. Je veux savoir où se trouve Asami. » Maintenant qu'il était certain qu'ils étaient intimes, tant qu'il avait le garçon, Asami était entre ses mains.
L'ascenseur s'ouvrit sur le dixième étage du building. Asami se figea une seconde, tandis que ses yeux se portaient sur l'homme qu'il avait pris sous sa protection quelques minutes à peine avant que les hommes de Fei Long ne débarquent pour les chasser tous les deux. Il serra les dents sans montrer d'autre émotion que le feu qui brûlait dans ses yeux d'une intimidante flamme dorée. Chou était un précieux partenaire en affaires, et plus que tout, cet homme avait demandé son aide pour être protégé de Fei Long, qui essayait de se débarrasser de lui. S'il était normal pour Fei Long d'essayer de chasser cet homme, quand il était sous sa protection et sur son territoire, personne n'aurait osé monter une attaque à moins de chercher la guerre. Cela n'avait pas seulement entaché sa réputation ; Fei Long avait osé s'imposer sur son territoire et lui avait craché à la figure. C'était à n'en pas douter le style du personnage. Même jadis, le fils adopté du leader de Baishe était toujours allé au-delà des affaires et s'était laissé troubler par ses émotions. C'était un mauvais mouvement, une sérieuse erreur, et il serait là quand il l'apprendrait.
« Trouvez où est Fei Long. Et amenez tous les hommes qui se trouvent dans le coin. Je veux qu'on le capture et qu'on me l'amène dans les deux prochaines heures », ordonna Asami, sur un ton d'une froideur terrifiante. Fei Long ne voulait pas que les données, il voulait la guerre, et c'était la guerre qu'il aurait.
En moins d'une heure, ses hommes avaient trouvé la planque de Baishe à Tokyo et infiltré le bâtiment avec succès, pour découvrir que Fei Long était déjà parti et que tous ceux qu'ils avaient capturé étaient quelques-uns des hommes qu'il avait laissé derrière lui. Aucun doute, le garçon était devenu un serpent bien vicieux. Fei Long avait dû savoir qu'il ferait cela et fui juste à temps, mais pas sans laisser quelques hommes derrière lui pour leur donner de fausses indications sur sa localisation. Il avait sous-estimé le jeune leader de Baishe. Nul doute que Fei Long était devenu un dur à cuire.
Alors qu'il était sur le point de s'en aller, Suoh entra dans la pièce où les hommes de Fei Long étaient retenus avec le seul garçon qu'il ne voulait pas voir à cet endroit. En voyant l'expression coupable de Takaba, il réalisa soudain qui avait donné à Fei Long l'endroit de son point de rendez-vous à Chou. C'était un manque de précaution de sa part de ne pas avoir pris le garçon plus au sérieux, en pensant qu'il n'aurait pas pu faire plus de dégats.
« J'étais dans le viseur de Fei Long. » Akihito commença sa confession. Il avait peut-être fait quelque chose de mal ou de stupide, mais il était prêt à en assumer les conséquences et à arranger les choses. « C'est moi qui t'ai balancé. »
Asami se figea pour regarder le garçon en face de lui, avec des yeux qui montraient clairement une colère intense, des yeux qui auraient pu changer en pierre n'importe qui dans la pièce plus vite encore que Méduse. Si cela avait été un de ses hommes, il l'aurait abattu sans hésitation. Mais étrangement, toute la colère qui occupait son cœur ne songeait nullement à une punition pour Takaba ; au lieu de cela, il était envahi par une irritation extrême à l'idée d'avoir lui-même laissé les choses tourner si mal, tout cela pour un garçon ordinaire. Les choses avaient pris une tounure telle qu'il devait prendre une décision : abandonner le garçon, ou bien le laisser entrer dans sa vie pour pouvoir contrôler la situation et par conséquent traîner le garçon dans l'enfer où il évoluait. Un homme sage aurait choisi la première option sans y penser à deux fois.
Akihito retint sa respiration lorsqu'Akihito le saisit par le col et le souleva violemment, le forçant à le regarder droit dans les yeux.
« Alors tu as une sacrée dette envers moi », grogna-t-il d'une voix profonde, hautaine, face à cette existence insignifiante. « Cette fois, il n'est plus question que je te laisse en liberté. »
Il était à court de mots quand Asami l'attira dans un baiser tel qu'il lui donna l'impression d'être dévoré tout cru par le diable lui-même.
Il fut surpris de ne pas totalement comprendre les mots qu'Asami avait prononcé avant que leurs lèvres ne se rencontrent.
« Je vais t'emmener avec moi jusqu'au fin fond des enfers. »
Résidence Toh, Shanghai
Il était encore tôt dans la matinée. Le ciel était assez clair pour laisser le soleil levant poser ses rayons sur les arbres et les fleurs qui constituaient l'un des plus élaborés jardins traditionnels chinois de Shanghai, agrémenté d'une petite mare et de ponts qui connectaient la demeure principale au pavillon flottant. Dans ce dernier se trouvait un Chinois dans un cheongsam gris argent, absorbé par la contemplation de l'eau cristalline du point d'eau, où se rassemblait une large foule de carpes colorées.
« Elles ont faim », indiqua une voix douce mais autoritaire dans son dos. Liu Yan Tsui tourna légèrement la tête pour voir, à un mètre derrière lui, le maître de maison. Phillip Toh était là, vêtu d'un cheongsam blanc et glamour de coupe moderne, ses cheveux, qui lui arrivaient aux épaules, attachés dans une nette queue basse pour découvrir un visage plus joli que la moyenne. L'homme s'avança et saisit la nourriture pour poissons dans un bol fait de jade, avant de la saupoudrer au-dessus de ce qui semblait être une rare collection de carpes hors de prix et dignes de bien des récompenses.
« Dzou san », le salua Yan Tsui en s'inclinant lègèrement et rapidement ; juste assez pour reconnaître Toh comme étant le propriétaire des lieux, rien de plus. Il était, après tout, d'un rang égal à cet homme.
« Bonjour », répondit Toh, essuyant ses doigts avec une serviette chaude, qui lui avait été promptement apportée par ses serviteurs sans qu'il n'ait eu à faire le moindre geste. Le personnel de la résidence Toh était impeccable dans ses manières comme dans son service, fidèle à la réputation de perfectionniste qu'avait son maître.
Yan Tsui ne put s'empêcher de garder les yeux fixés sur les mouvements gracieux de ce jeune homme qui lui en rappelaient un autre, bien que les gestes de Toh le fussent bien moins que le garçon de ses souvenirs. Il était certes vrai qu'il y avait quelque ressemblance entre les deux — la même impeccable peau de porcelaine, les cheveux luxuriants semblables à de la soie, la même belle silhouette, un visage plus « joli » que « séduisant » — et pourtant Toh n'égalait en rien le jeune garçon de ses pensées. Dans un tel cadre et malgré tous les efforts de Toh pour avoir l'air d'un dieu, la seule personne qui aurait trouvé place sans effort dans ce magnifique paysage, vêtue du plus somptueux cheongsam, donnant l'impression d'avoir été créée sublime juste pour rendre hommage à son existence, n'était autre que son frère.
« Il est impoli de fixer les gens comme cela », dit Toh en se tournant légèrement vers lui. Ses yeux aquilins étudièrent l'expression de son invité avec une arrogante autorité.
« Vous me rappelez un peu mon frère », répondit Yan Tsui, sans montrer de crainte ni d'inquiétude face à la tentative d'intimidation de Toh.
« Vous voulez dire 'mon' frère », contra Yan Tsui sur un ton calme et égal, regardant son invité du coin de l'œil pour guetter un changement d'expression. Avant qu'il puisse utiliser cet homme comme pion, il lui fallait connaître la profondeur de ce lien fraternel.
« Si vous le considérez comme tel », répondit Yan Tsui, fixant dans les yeux l'homme qui aurait été son ennemi s'il avait encore été à la tête de Baishe.
Lorsqu'il l'entendit, un rictus sardonique apparut au coin de la bouche de Toh ; un sourire qui le rendit presque laid.
« Malheureusement, mon opinion n'a aucun poids en la matière, commença Toh sur un ton froid et irrité, empli de haine et de dégoût. Puisque quoi que je fasse, cet enfant de catin, dont l'existence a conduit ma mère à la folie et mon père à la tombe, a réussi à survivre et à devenir un caillou dans ma chaussure. »
Cela n'était rien de moins que la vérité. Fei Long avait été une malédiction pour sa famille dès l'instant où il était né. Le jour où la maîtresse cachée de son père était morte en couche, le nourrisson avait été apporté aux pieds de son père pour prendre la place qui lui revenait dans sa famille. Apprendre l'adultère de son père avait rendu sa mère folle, ce qui l'avait poussée à faire plusieurs tentatives de suicide jusqu'à ce que le bébé soit recueilli par la famille Liu. Mais sa mère n'avait jamais recouvré de cela, et vingt-et-un ans plus tard, le bébé était devenu un jeune homme qui avait tué son père alors que ce dernier essayait de le reprendre dans la famille. Fei Long était une malédiction, une abomination qui n'aurait jamais dû venir au monde.
« Donc tout cela, c'était une histoire de vengeance ? » demanda Yan Tsui sans changer d'expression. Il ne dévoilerait pas ce qu'il pensait tant que l'autre ne lui révélerait pas ses vraies intentions.
« Aucune règle ne dit qu'on ne peut pas faire des affaires tout en obtenant vengeance », répondit Toh avec un sourire aussi vil et froid que le diable lui-même ; un sourire qui poussa presque Yan Tsui à reconsidérer sa décision de faire affaire avec le personnage.
« Définissez 'faire des affaires' », commanda le véritable héritier de la fortune des Liu. Avant qu'ils ne forment une quelconque alliance, il devait être sûr de ce qu'il avait à y gagner.
Toh sourit d'un air rusé avant de faire signe à ses serviteurs de les laisser seuls. Une fois que cela fut fait, il se rendit jusqu'à la table et leur versa deux tasses de kung fu cha qui avait été disposé de façon impeccable. Et une fois de plus, Yan Tsui ne put s'empêcher de se souvenir des doigts longs et élégants de son frère qui manipulaient théière et tasses comme s'ils étaient de précieux objets destinés à l'empereur de Chine. Voir Fei Long faire la cérémonie du thé était un privilège que seuls lui et son père avaient. Ses mouvements simples mais furieusement beaux avaient fait palpiter son cœur un bon nombre de fois. Fei Long avait toujours été son bien le plus précieux, un bien qu'il n'avait aucune intention d'abandonner.
« Une fois que vous m'aurez officiellement transmis les attestations de droits du casino, je vous fournirai les hommes et l'argent dont vous avez besoin pour récupérer Baishe », commença Toh en sirotant son thé oolong de qualité. « Une fois que Baishe sera sous votre contrôle, nous formerons une alliance. Toutes nos voies d'échange devront être partagées. »
Toh se figea et prit une autre tasse minuscule sur le plateau, guettant un changement d'expression sur le visage de son aîné tout en buvant son breuvage. « Et vous me livrerez le fils de cette catin, à genoux à mes pieds. »
Son aîné l'écouta en silence, saisissant une tasse et la portant à ses lèvres, inhalant son arôme avant d'en boire le contenu. De toute évidence, Toh savait faire des affaires. Et peu lui importait cette offre moins qu'avantageuse, tant qu'il pouvait reprendre le contrôle de Baishe. Il n'y avait qu'un problème.
« Et si je refuse ? » demanda calmement Yan Tsui.
« Cela dépend, répondit Toh d'un air songeur. Préférez-vous que je vous tue ou que je vous laisse mourir ? »
Cette fois-ci, Yan Tsui éclata de rire. Toh devait avoir perdu l'esprit pour penser que ce genre de menaces fonctionnerait sur lui. S'il n'avait pas tant tenu à récupérer Baishe, cette conversation n'aurait jamais pris place, même s'il avait été poursuivi par toutes les mafias du monde. Il n'avait jamais été question de sauver sa propre vie. Ce qu'il désirait, c'était le pouvoir et Fei Long.
« Je vous transmettrai mes droits sur le casino et nous pourrons partager les routes, déclara Yan Tsui sur un ton égal. Mais Fei Long reste à moi, sans quoi vous devrez me tuer et trouver un autre moyen d'obtenir votre vengeance. »
Sa réponse avait pris Toh par surprise. Il haussa les sourcils en essayant de décrypter le sens qui se cachait derrière ces mots. Puis, une fois qu'il eut réalisé cette vérité que les yeux de Yan Tsui ne pouvaient dissimuler, il ne put s'empêcher de laisser échapper un gand éclat de rire, qui n'était destiné qu'à lui-même.
« Il vous a ensorcelé, vous aussi, c'est cela ? » demanda le jeune leader d'un ton amusé, même s'il était déjà certain de savoir ce qu'il en était. Les choses se présentaient mieux qu'il ne s'y était attendu et il avait du mal à en croire sa chance. Comment avait-il pu passer à côté d'un fait aussi évident ? Liu Fei Long n'était pas qu'un frère, pour Yan Tsui.
Incroyable. Deux hommes qui étaient tous deux frères de Fei Long et souhaitaient tous deux ne pas l'être.
« Alors je vous en prie, gardez-le. Et quand vous en aurez fini avec lui, je prendrai mon tour », accepta Toh avec un sourire tordu. Rien n'égalait l'horreur d'un enfant qui assistait aux tentatives de suicide à répétitions de sa mère. Durant des années, il avait dû vivre avec celle-ci, ainsi qu'avec le traumatisme qui dévorait son esprit. Cet affreux souvenir était toujours vivace dans son esprit. Il serait bien trop facile de tuer Fei Long. Non. Il préférait le voir disgrâcié et réduit au rang de petite salope pour Yan Tsui jusqu'à ce que l'enfer lui semble préférable.
« Laoban. » Un serviteur approcha son maître par derrière, à contrecœur, et l'arracha à ses pensées. « I l'entrée un homme qui demande à vous voir, Monsieur. »
Toh le congédia d'un geste de la main. « Je n'attends aucun invité. Dites-lui de partir. »
« Mais Monsieur, dit le serviteur avec réticence. Il a dit s'appeler Mikhail Arbatov. »
Étonnamment, ce nom manqua de faire bondir le jeune meneur hors de son siège.
« En êtes-vous sûr ? » voulut confirmer Toh en se levant.
« C'est ce qu'il a dit, Monsieur, répondit le serviteur. Il a les cheveux blonds et bouclés, des yeux bleus, et il a bien l'air russe. »
Toh garda le silence et réfléchit quelques secondes. Il semblait bien s'agir de lui. Mikhail Arbatov était connu pour être sans pitié en affaires, et il préférait généralement faire face à son adversaire plutôt que de tourner autour du pot. Cependant, il ne s'était attendu à être approché de cette façon ni si rapidement, ni même dans sa propre demeure.
« Demandez-lui d'attendre dans la salle du Lotus. J'y serai dans quelques minutes. »
EDIT : Alors, vu que la question m'a été posée, je rappelle au cas où toute l'histoire familiale de Fei Long, qui est mentionnée dans le volume 2 de la série. Attention, c'est un peu compliqué et j'explique mal. Pour les frères :
- Yan Tsui/Yancui : fils de la famille Liu (donc frère adoptif de Fei Long), il était en compétition avec Fei Long pour être le prochain dirigeant de Baishe (Fei Long considérait que ce poste ne lui revenait pas, en tant que fils adoptif, mais beaucoup de gens-clés voulaient que le rôle lui revienne ; Yan Tsui a fait abattre ces personnes par Fei Long qui ignorait cela) et était attiré par Fei Long sans oser l'assumer (d'où une relation assez tendue avec lui). Il y a une petite ellipse dans le livre mais on peut supposer que c'est lui qui a tué son père, sans doute par passion pour Fei Long, que son père voulait éloigner de lui. Il a disparu ensuite pour ne pas être condamné, mais Asami gardait apparemment un œil sur lui.
- Toh (pas de prénom précisé, pour le moment) : fils de la famille Toh (donc demi-frère naturel de Fei Long, puisqu'il est le fils de l'épouse de Toh; Fei Long est le fils d'une concubine), il hait Fei Long qu'il tient pour responsable de la folie de sa mère ainsi que de la mort de son père.
Pour l'histoire, en gros : le vieux Toh (politicien) a abandonné Fei Long et l'a confié à Liu (leader de Baishe). À la mort de celui-ci, il a voulu que Fei Long reprenne Baishe pour pouvoir avoir l'organisation sous contrôle à travers lui. Fei Long a refusé (il le tenait responsable de la mort de Liu, qu'il considérait comme son seul père) et a voulu tuer le vieux Toh ; Asami a pris la défense de celui-ci (il était son allié à l'époque), donc Fei Long a baissé son arme ; le vieux Toh a tiré sur Fei Long parce qu'il ne lui servait à rien s'il était contre lui, et du coup Asami a tué Toh. Yan Tsui s'est enfui, Fei Long a fait un peu de prison (c'est là qu'il a rencontré Yoh), avant de se motiver à sortir et à reprendre Baishe quand le 3e du groupe a voulu l'éliminer en prison et qu'Asami a refait surface dans la région.
Si quelqu'un a un meilleur résumé des choses ou que je me suis trompée quelque part, n'hésitez pas !
