Revelation chapter 8

Auteur : FayeC/Kajornwan

Traduction : Kandamio

Rating : PG -13

Pairings : MxF, AxA

Disclaimer : tous les personnages appartiennent à Ayano Yamane, à part ceux qui n'y apparaissent pas et qui ont été créés par FayeC/Kajornwan.

Note : L'action suit beaucoup le manga, du début à la fin (puis au-delà) donc spoiler pour tout ce qu'il y a avant Naked Truth, et jusqu'à la fin de son arc.

Avertissement de l'auteur : « OOC Aki. Je suis obligée de le rendre plus déprimant, sinon je ne l'aime pas assez pour l'écrire. Voilà Yuri (le vieux ***) et on parle (un peu) du passé de Mikhail. Si vous êtes allergique à Yuri... Je ne sais pas, prenez des médicaments ? *court* »


L'arc « Révélation » comportant 14 chapitres, nous entrons dans sa seconde moitié ! o/


Quand Mikhail passa le portail de l'entrée, il avait déjà commencé à pleuvoir. Le ciel s'illumina une fois, puis le tonnerre gronda, aussi puissant que la colère qui régnait alors dans son cœur. C'était l'un de ces jours où rien ne semblait aller comme il le voulait, où des ennemis apparaissaient sans crier gare, le forçant à poser la dernière carte qu'il lui restait. Ce n'était pas un problème, à ceci près que jouer cette carte pourrait signifier perdre Fei Long pour toujours. Et pour lui, Fei Long était tout.

Une élégante BMW Z4 noire s'arrêta devant la grille. Mikhail jeta un œil au conducteur et entra calmement dans l'habitacle. Il était déjà trempé de la tête aux pieds. Il s'en fichait. Cela valait mieux que d'attendre dans la maison de ce connard suffisant, de toute façon.

« C'est ça pour toi, un véhicule banalisé ? » se plaignit Mikhail sans un regard à l'homme derrière le volant. Il était certain d'avoir mentionné qu'il ne voulait pas que sa réunion avec Toh soit connue du grand public, du moins pas de façon aussi ostentatoire.

« Il est noir, dit Alexei en haussant les épaules. Si tu es si inquiet que ça, tu peux appeler un taxi », ajouta-t-il avec un sourire malicieux et un sourcil haussé, une expression qui lui permettait d'agacer son frère à volonté depuis qu'ils étaient petits.

À la surprise d'Alexei, Mikhail lui répondit par un silence assourdissant, un signe l'avertissant que ce n'était pas le moment d'embêter celui-ci. Quelque chose avait mal tourné dans cette maison, de cela il était sûr.

« Alors, qu'est-ce qu'il a dit ? » demanda Alexei, cette fois sur un ton plus sérieux. Il ne pouvait s'empêcher de se demander ce que Toh avait pu faire ou dire pour mettre son frère dans une humeur aussi affreuse.

« Il veut notre part des actions, répondit Mikhail. Et quelque chose d'autre, que je ne peux pas donner. »

Puisque c'était indiscutablement quelque chose qu'il ne pouvait pas donner. En dépit de ce qu'il avait prétendu dans cette pièce, ce que Toh lui avait demandé était inenvisageable. Il aurait fait n'importe quoi pour éviter d'en arriver là. Fei Long avait déjà été blessé et trahi de trop nombreuses fois, et par presque tous ceux dont il avait été proche. Si Fei Long devait souffrir d'une nouvelle trahison, elle ne viendrait pas de lui.

« De la manière dont je vois les choses, tu ne peux lui donner aucune de ces choses. Macau est à moi ; les actions aussi », l'interrompit Alexei.

Mikhail se tourna pour lancer à son frère un regard qui lui fit souhaiter de n'avoir jamais prononcé ces mots.

« Macau est à toi parce que je te l'ai donnée. Étant à la tête de notre famille, je peux la reprendre tout aussi facilement », répondit-il sur un ton froid et intimidant. Il avait beau être son frère, Alexei devait savoir quelle était sa place dans la famille.

« En plus, tu m'es redevable, Alyosha. »

L'étincelle joueuse sur le visage d'Alexei s'éteignit à l'instant où Mikhail prononça ce nom.

Alyosha.

Il savait exactement ce que cela voulait dire. Depuis cet incident, quinze ans plus tôt, Mikhail ne l'avait plus jamais appelé par ce nom. L'entendre à nouveau fit remonter des souvenirs qui à une époque lui avaient donné des cauchemars, même s'il n'avait pas de cicatrices pour s'en souvenir comme son frère. Si Mikhail reparlait de cette histoire, cela signifiait qu'il était vraiment désespéré d'obtenir gain de cause contre lui. Si c'était le cas, alors il ne pourrait jamais lui refuser ce qu'il pourrait lui demander.

« Tu savais que si tu reparlais de cette histoire, je ferais n'importe quoi pour toi », dit Alexei, la voix lourde de culpabilité. Le souvenir de cette nuit, plus de dix ans auparavant, était encore frais dans son esprit, peut-être même plus que dans celui de Mikhail, qui avait tout encaissé à la place de son frère. « Je voudrais simplement que tu me préviennes avant de décider de prendre ce qui est à moi et de le donner, en particulier quand il s'agit d'une affaire qui représente la plus grande partie de mes revenus. »

Il venait de finir sa phrase quand Mikhail se tourna et le fixa avec des yeux qui semblaient le condamner au plus profond des enfers. Apparemment, Alexei avait oublié quelque chose d'extrêmement important — quelque chose pour lequel Mikhail avait pleinement le droit de demander ce qu'il voulait en dédommagement.

« Tu ne m'as pas prévenu avant de coucher avec lui », dit Mikhail sur un ton grave et terrifiant, s'assurant que chaque mot transpercerait sa peau et laisserait sa marque. « Fei Long est toute ma vie. »

Ce ne fut qu'à cet instant qu'Alexei réalisa ce qu'il avait fait. De l'extérieur, son frère semblait incassable. En réalité, il était possible qu'il ne soit composé que de petits morceaux, soudés ensemble par une forte envie de vivre. Mikhail n'avait jamais oublié ce qu'avait fait Alexei, et ne l'oublierait certainement jamais.

« Je l'ignorais », admit doucement Alexei. Il avait cru que Fei Long n'était qu'une passade et que Mikhail l'aurait vite oublié pour passer à autre chose, de la même manière qu'il l'avait fait jadis quand ils se disputaient un jouet. Il lui avait échappé que Fei Long n'était pas un jouet. Pas pour lui, et définitivement pas pour Mikhail.

« Je le sais bien », répondit son frère. Même si Alexei n'était qu'un gamin, Mikhail savait qu'il ne dépasserait jamais volontairement les bornes. Même si ce qui était arrivé quinze ans plus tôt n'était pas de la faute d'Alexei, Mikhail était conscient qu'il s'en sentait responsable, et que c'était également la raison pour laquelle Alexei n'avait jamais paru se soucier du commerce familial — pour être certain que le pouvoir lui revienne, sans conteste. C'était sa façon de régler sa dette. C'était pour cette raison que Mikhail avait toujours accepté le comportement désagréable d'Alexei.

« Bref. Est-ce que tu as contacté Yuri ? » demanda Mikhail, essayant de chasser de sa tête les réflexions inutiles et de se concentrer sur leur problème actuel.

« Il devrait être en chemin pour Macau. »

« Tu penses pouvoir le gérer ? »

« Qu'est-ce que tu veux dire, 'le gérer' ? Où est-ce que tu vas ? »

« Moscou. J'ai des choses à régler. Mais ne t'inquiète pas. Yuri aime les garçons innocents. Maintenant tu es bien trop vieux, sans compter que tu manques totalement d'innocence », le taquina Mikhail avec un sourire narquois. En vérité, il était certain qu'à ce stade de sa vie, Alexei pouvait gérer n'importe qui. Au contraire, c'était Yuri qui devrait faire attention.

« Bien sûr, dans la mesure où tu es plus vieux et encore moins innocent, tu risques encore moins que moi », répliqua l'homme derrière le volant.

« Est-ce que tu vas la fermer et conduire, ou est-ce qu'il faut que je largue tes fesses sur le trottoir ? »

Alexei éclata de rire, soulagé d'entendre Mikhail lui parler ainsi. Peut-être que son frère était déjà passé à autre chose — soit cela, soit il était exceptionnellement doué pour dissimuler ses émotions.

« Eh ben tu ferais mieux de revenir vite avant que je ne perde patience et que je ne tabasse ce croûton pour de bon », l'avertit Alexei avec entrain. En vérité, il l'aurait fait sans hésiter si la décision n'avait dépendu que de lui.

« De toute façon, tu ne peux pas partir tout de suite pour Moscou. Fei Long vient de revenir à Hong Kong ; tu devrais lui rendre visite. Il s'est fait tirer dessus, tu étais au courant ? » ajouta-t-il d'un ton nonchalant. Il avait gardé ces nouvelles pour lui quelques jours, mais il était temps d'avertir Mikhail.

S'il y avait bien une chose qu'il savait, c'était qu'aucune force au monde n'aurait pu empêcher son frère de retourner sur-le-champ à Hong Kong, encore moins les affaires qui l'attendaient à Moscou. La plus grande faiblesse de Mikhail Arbatov n'était autre que Liu Fei Long, leader de Baishe. Et Alexei avait raison. À cet instant, le visage de son frère prit la pâleur de la craie.

« Pourquoi tu ne me l'as pas dit plus tôt ? Fais demi-tour, amène-moi à l'aéroport. »


Hong Kong

Les gardes sortirent leurs armes quand la sonnerie de l'ascenseur retentit. Au dernier étage de l'immeuble ne se trouvaient que les quartiers privés de leur maître, et n'y avaient accès que ceux qui avaient l'autorisation préalable de Liu Fei Long lui-même. Ce jour-là, aucune visite de ce genre n'était prévue.

Sortant de la cabine, Mikhail haussa un sourcil, surpris, en découvrant que toutes les armes du couloir étaient braquées sur lui. Cela faisait un certain temps qu'il bénéficiait d'un accès privilégié à Baishe. Simple malentendu ou changement de protocole, la situation l'énerva.

« Hors de mon chemin », dit-il en avançant dans le couloir sans faire attention aux revolvers pointés vers lui de toutes parts. Il n'avait pas fait le chemin jusqu'à Hong Kong sur un maudit vol commercial pour être arrêté par ces idiots.

« Vous n'avez plus d'autorisation d'accès, Mikhail Arbatov », glissa une voix familière derrière lui.

Mikhail se tourna pour faire face à Yoh qui se tenait en plein milieu du hall et dont l'expression excluait la possibilité d'une blague. C'est à cet instant qu'il réalisa que tout ce tapage n'était pas un malentendu. Si Yoh, qui tenait directement ses ordres de Fei Long, était au courant de cela, c'est qu'il n'y avait pas d'erreur possible.

« Qui a décidé de cela ? » demanda Mikhail, le regardant droit dans les yeux, attendant que le garde lui donne une réponse qu'il connaissait déjà.

« Fei Long-sama n'autorise plus vos visites impromptues. Je crains que vous n'ayez maintenant à prendre rendez-vous », répondit Yoh avec son habituelle expression neutre. Il ne comprenait pas vraiment les raisons qui justifiaient une telle décision, mais depuis que Fei Long était revenu du Japan, il avait été très clair : on ne devait plus donner accès à ses quartiers à Mikhail Arbatov. La croyance générale était que leur histoire s'était mal terminée, mais Yoh avait passé assez de temps avec son maître pour savoir que quelque chose se cachait derrière l'expression froide de son maître.

« Eh bien, tu vas devoir me tirer dessus », dit Mikhail, irrité, avant de forcer le passage dans le couloir. Il savait que personne n'oserait lui tirer dessus. À moins, bien sûr, que Fei Long n'ait voulu le voir mort. Auquel cas, il n'aurait de toute façon plus de raison de vivre.

Que Fei Long ait déjà changé d'avis, ou qu'il ait retrouvé ce jeune garçon qu'il avait été et dont le cœur avait été volé par ce Japonais qui était maintenant à Tokyo — dans l'esprit de Mikhail, cela ne changeait rien. Quelque soit la raison derrière cet acte, il aurait menti en disant qu'il l'avait vu venir depuis le début. Même s'il n'avait aucune intention d'abandonner Fei Long, la chose la plus importante était de s'assurer que l'homme qu'il aimait était sain et sauf. Leur relation devrait attendre que tout ait été réglé.

Mikhail poussa la porte et trouva Fei Long assis dans son siège préféré, entouré par des subordonnés qui attendaient leurs ordres. Dans ses mains se trouvaient des documents quelconques qui montraient qu'il se trouvait en plein travail. Mikhail souffla, soulagé. Le Chinois, qu'il s'était précipité de venir voir, avait l'air de bien aller. C'était tout ce qu'il avait besoin de savoir.


Akihito sauta hors de son lit en entendant le bruit de la porte. Fei Long l'avait déjà envoyé chercher par son garde du corps à de nombreuses reprises, mais il n'arrivait toujours pas à s'y habituer. Il était appelé au moins une fois par jour pour satisfaire les besoins du chef de triade. De manière assez ironique, il n'avait pas encore vu de satisfaction sur le visage de celui-ci. Ils ne couchaient même pas ensemble. Son ravisseur ne s'investissait jamais dans l'acte, à part pour lui donner des ordres. À certains moments, on aurait dit que Fei Long avait simplement besoin d'évacuer du stress ou de garder son esprit occupé. À d'autres, Akihito était certain qu'il le faisait simplement pour se venger. L'acte sexuel avec Fei Long n'était pas dégoûtant — il était étouffant et déprimant, et le garçon le redoutait encore plus que la première fois qu'Asami l'avait violé.

Yoh entra dans la pièce et déverrouilla les chaines autour des poignets et des chevilles d'Akihito. Le garde du corps personnel de Fei Long ne parlait pas beaucoup, et son expression ne changeait jamais. À l'exception du petit garçon, Baishe ne comptait que des personnes déprimantes qui avaient beaucoup à cacher, et qui cochaient les jours avant que tout n'explose. Même une personne enfermée dans une pièce vide aux murs dénudés, comme lui, pouvait sentir la tension dans l'air.

« Dépêche-toi. Le patron attend », dit Yoh sur son habituel ton monocorde, qui seyait à merveille à son expression indifférente. D'après Akihito, cet homme était comme son maître. Ensemble, ils donnaient au monde une apparence effrayante.

Akihito suivit sagement, sans se plaindre. Ce n'était pas comme s'il avait le choix ; il était presque impossible de s'échapper de cet endroit. Il s'arrêta et prit une profonde inspiration en approchant de la porte de la chambre de Fei Long, se préparant pour l'atmosphère suffocante qui entourait toujours le personnage. Liu Fei Long était trop intimidant, froid, et réservé pour qu'Akihito puisse jamais se sentir à l'aise en sa présence.

« Est-ce qu'il y a ne serait-ce qu'une chose qu'il aime ? » demanda Akihito à cet homme qui, selon lui, devait avoir la réponse. Savoir qu'il y avait au moins une partie de Fei Long qui était humaine l'aurait aidé.

« Cela ne te regarde pas. Entre », dit vite Yoh pour changer de sujet. Il était préférable de ne pas laisser ce garçon tisser de liens émotionnels avec Fei Long, et de ne pas causer plus de complications qu'il y en avait déjà. Même si Yoh n'était pas sûr que cela puisse être évité. Il lui suffisait de regarder dans le miroir pour contempler un échec de ce type. Même Asami Ryuichi, réputé pour être insensible, avait échoué et payait le prix fort pour son erreur. Comme une phéromone extrêmement puissante, quelque chose chez Fei Long attirait jusqu'aux hommes les plus disciplinés sur la planète. Pour ce qu'en savait Yoh, il était possible que toute cette maudite organisation ait un lien émotionnel avec Fei Long. Et malheureusement, le résultat s'en révélait plus triste que satisfaisant.

Dès qu'Akihito passa le seuil de la porte, l'odeur capiteuse de l'opium parvint à ses narines. À chaque fois que le garçon entrait dans la chambre du patron, Fei Long avait une pipe à la main, ses sombres yeux améthyste regardaient dans le vide, et quelqu'un ou quelque chose au loin semblait occuper son esprit. La rumeur disait que l'opium apaisait la douleur et aidait à se détendre. De ce qu'en voyait Akihito, le baron du crime avait dû abuser de cette substance assez longtemps pour y avoir développé un niveau de résistance assez élevé. « Se détendre » n'était pas vraiment le terme adéquat pour décrire l'état d'esprit de Fei Long. On aurait dit que la drogue lui permettait seulement de se noyer dans ses pensées sans ressentir trop de douleur.

Fei Long lui ordonna de s'avancer vers le lit et dénoua son peignoir, un geste qui indiqua à Akihito qu'il devait essayer de le satisfaire avec sa bouche. Le jeune homme n'avait jamais compris l'intérêt de lui ordonner un tel acte quand son destinataire s'y montrait indifférent. Mais ce jour-là, la pipe vit frapper le crâne d'Akihito et Fei Long, pour la première fois, se plaignit du peu de talent du garçon. Akihito se souvint de l'agitation non loin de sa cellule, dans la matinée. Peut-être que quelqu'un ou quelque chose avait touché Fei Long et l'avait poussé à chercher du plaisir.

Fei Long lui banda les yeux et lui dit d'essayer mieux que cela. C'était la première fois que le personnage s'investissait et lui disait quoi faire. Avec le bandeau, l'acte devenait plus réel et plus répugnant, mais Akihito entendit Fei Long pousser un petit gémissement. Le bandeau se détendit, et le cœur du garçon accéléra en voyant l'homme qu'il servait trembler et gémir devant lui. Même si ces yeux améthyste étaient fermés et qu'Akihito savait que Fei Long ne pensait pas à lui en cet instant, son corps répondit avec empressement à ce qui devait être le spectacle le plus érotique qu'il avait jamais vu. Quand le masque de dureté et de froideur de Fei Long se brisait, il était d'une beauté incomparable.

Akihito poussa un petit cri quand la main de l'autre homme se referma sur ses cheveux et que le corps sous ses lèvres ondula un peu. Quand Fei Long jouit dans sa bouche, Akihito crut entendre un nom franchir les lèvres du leader. Il ne saisit pas vraiment lequel, mais il était certain que ce n'était pas celui d'Asami. Non, quelqu'un d'autre avait donné ce plaisir à Fei Long, à une époque. Et peut-être que si cet homme avait encore été là, les choses auraient pris une tournure différente. Cependant, Fei Long se reprit rapidement et chassa les pensées qu'il aurait pu avoir. Akihito pouvait presque le voir se mordre les lèvres en pensant à l'illusion qui avait occupé son esprit, quelle qu'elle ait pu être.

Ce jour-là, Fei Long lui posa une question qui le hanterait pour les années à venir, au sujet d'Asami. Le garçon n'aurait su dire si la question lui avait été posée par jalousie ou par curiosité, ou s'il s'agissait d'une question à laquelle Fei Long avait cherché une réponse pour lui-même, après tout ce temps. C'était aussi une question à laquelle Akihito lui-même ne pouvait pas répondre.

« Est-ce qu'il t'a dit qu'il t'aimait ? »

Et cette fois, même s'ils ne la formulèrent pas à voix haute, tous les deux ne connaissaient que trop bien la réponse à cette question.


Villa Arbatov, Macau

Mikhail dénoua sa cravate et posa sa veste sur le bar avant de se verser un verre. Trente heures sans dormir l'avaient vidé de toute son énergie. Et pourtant il y avait encore des choses à faire, sans compter qu'il devait partir pour Moscou le plus vite possible.

« Eh ben mon gars, t'as l'air d'une loque », commenta Alexei en entrant dans la pièce pour découvrir que son frère, habituellement plein d'énergie, s'était changé en rescapé de guerre. Le cadet des Arbatov était arrivé à Macau dans l'après-midi et avait réalisé que Mikhail avait filé à Baishe sans s'arrêter à la maison avant ; ce qui expliquait pourquoi il avait l'air aussi fatigué.

« J'ai l'impression d'être une loque », répondit Mikhail avec un profond soupir, passant sa main dans ses cheveux qui étaient déjà bien ébouriffés. « Est-ce qu'il est là ? »

« J'ai déjà prévenu Yuri de venir me voir ici. Je vais gérer ça. Toi, va dormir un peu », conclut Alexei. Il ne pensait pas que ce soit une bonne idée de les laisser se rencontrer quand Mikhail était dans un tel état de fatigue.

« Contente-toi de t'assurer que l'avion soit prêt pour moi après cela. Je dormirai plus tard », dit Mikhail en ignorant l'inquiétude de son frère. Autant qu'il reste un peu plus longtemps pour s'assurer que tout se passe bien. Pour lui, Yuri n'était pas un problème. Plus maintenant, du moins.

Quelques instants plus tard, un homme qu'ils n'avaient pas vu depuis quinze ans entra dans la pièce. Mikhail lui jeta un regard et s'alluma une cigarette. Cela était peut-être un geste normal pour n'importe quel homme, mais pour ceux qui le connaissaient, le fait que Mikhail fume une cigarette signifiait que quelque chose l'inquiétait grandement, en dépit de ce qu'il était disposé à montrer. Cette réaction seule poussa Alexei à retenir son souffle en observant silencieusement la tension qui régnait dans la pièce, espérant que les cauchemars qu'ils avaient vécus une décennie plus tôt ne reviendraient pas.

Yuri n'avait pas beaucoup changé, à part les rides qui trahissaient son âge. Son apparence montrait qu'il travaillait dans le même domaine qu'avant, même maintenant qu'il avait été complètement rayé de la famille. Le vieil homme se tenait fièrement au milieu de la pièce, fixant Mikhail droit dans les yeux sans une trace de honte ni de regret.

« Bonjour, mon oncle », glissa Mikhail pour saluer cet homme qu'il avait jadis considéré comme un membre de sa famille, d'un air badin et inaffecté. « Bien sûr, tu te souviens de moi et d'Alexei ? »

« J'ai bien failli ne pas vous reconnaître. Vous n'étiez que des enfants la dernière fois que je vous ai vus », répondit Yuri. Si Alexei était devenu la version adulte d'un joli garçon, Mikhail, lui, était devenu un homme que Yuri n'aurait jamais vu dans le même garçon quinze ans plus tôt. À l'époque, l'aîné de la famille Arbatov était une calamité — un réel fauteur de troubles, têtu et borné à l'extrême — qui faisait de lui l'échec de la famille aux yeux de tous, à cause de son caractère incontrôlable et de ses tendances à briser toutes les règles sur son chemin. Mikhail Arbatov, avec sa trentaine, bien que d'une apparence toujours joueuse, semblait être un homme doté d'un contrôle et d'un pouvoir considérables, ainsi que d'une présence intimidante pour tous ceux qui le croisaient. Apparemment, les rumeurs que Yuri avait entendues au sujet de son neveu se révélaient fondées, en fin de compte.

Mais il y avait quelque chose dont Yuri devait s'assurer, avant toute chose.

« Comment va Vladimir ? »

« Il ne sait pas que tu es ici, si c'est ta question », répondit Mikhail d'un ton brusque. La première chose que le vieil homme voulait savoir était s'il était hors de danger ou non. C'était une chance parfaite pour Mikhail de clarifier que si son père devait découvrir que Yuri s'était rapproché de sa famille, il lui ferait sans doute payer ce qu'il avait fait.

« Donc la décision vient de toi ? »

« Je suis à la tête de la famille, à présent. Toutes les décisions viennent de moi », confirma Mikhail, s'assurant que son interlocuteur comprenait bien le message qui se cachait derrière. « Tu travailleras directement sous mes ordres. Si cela ne te pose pas problème. »

« Ce n'est pas un problème », répondit Yuri après un temps de silence. Se réinsérer dans la famille avait été sa première priorité. Et puisque Mikhail ne semblait plus avoir de problème avec lui, travailler sous les ordres de son neveu n'était pas un souci.

« Alors c'est réglé », conclut Mikhail en se versant un autre verre. « Je suis pressé. Alors je vais aller droit au but. »

« Je t'écoute. »

« Je veux les parts de Baishe dans le casino de Macau », commença Mikhail. Un homme avec les compétences de Yuri n'avait pas besoin de plus d'explications. Son passé et son expérience avaient fait de lui un allié efficace qui pouvait rapidement se mettre au travail. « Le véritable propriétaire de cet acte de propriété est Liu Yan Tsui. Il est retenu prisonnier par Phillip Toh. Trouve-le et tue-le. »

Yuri acquiesca. C'était la même tâche qu'il avait effectuée un nombre incalculable de fois — trouver et tuer.

« Dans le même temps, dis à tes hommes d'infiltrer Baishe et de voler ce document », continua Mikhail.

« Cela ne devrait pas être trop difficile », confirma Yuri avec un rictus. Il avait entendu dire qu'à la tête de Baishe se trouvait un jeune homme avec une jolie frimousse. S'il s'y prenait bien, cette mission serait du gâteau.

« Pendant que je serai ailleurs, tu seras sous les ordres d'Alexei, qui contrôle toutes les affaires de Macau. Si tu as besoin de savoir quoi que ce soit sur le travail, demande-le à Nikolai. »

« Nikolai ? » répéta Yuri pour s'assurer qu'il avait bien entendu. Nikolai avait toujours été un subalterne de bas rang, qui travaillait directement sous les ordres de Boris. La seule façon qu'il aurait eue de gagner des galons dans l'organisation aurait été que son supérieur démissionne. Ce qui voulait dire qu'une question se présentait à lui. « Où est Boris ? »

« Boris était un homme bien. Malheureusement, il travaillait pour mon père », expliqua Mikhail, ses yeux bleus assez froids pour faire descendre un frisson le long de l'échine de Yuri.

« Je comprends », répondit Yuri, confirmant que le message avait bien été reçu. Mikhail n'était effectivement plus un garçon qu'il pouvait maltraiter. « Je dois admettre que je n'aurais jamais cru que le petit Misha deviendrait aussi impressionnant. »

Mikhail posa calmement son verre et fixa son aîné dans les yeux avec une expression qui fit souhaiter à Yuri de ne jamais être entré dans la pièce.

« Yuri », le reprit le nouveau leader de la maison Arbatov d'une voix grondant comme le tonnerre. « Tant que tu resteras sur mon territoire, tu t'adresseras à moi avec le respect qui m'est dû. Me suis-je bien fait comprendre ? »

« Bien sûr », articula Yuri en ravalant avec difficulté la bile dans sa gorge. La situation avait clairement changé. Et pendant un instant, il ne fut plus vraiment sûr que fréquenter les deux frères soit aussi inoffensif qu'il l'avait cru. Il était peut-être de la famille, mais ce lien avait été coupé il y avait bien longtemps. Si leur défunte mère ne s'y était pas opposé, il savait qu'il serait déjà mort. Mais il n'était pas désolé pour ce qu'il avait fait. Il fallait qu'il punisse les garçons pour leur crime.

« Tu peux t'en aller », ordonna Mikhail.

Alexei laissa échapper un immense soupir de soulagement une fois que Yuri eut quitté la pièce. La présence du vieil homme et la façon dont Mikhail y réagirait avaient été ses plus grands sujets d'inquiétude. Étonnamment, et heureusement, Mikhail y avait semblé indifférent et tout s'était bien passé — trop bien passé, d'après Alexei. Cependant, un détail dans les instructions de Yuri le laissait plus que perplexe.

« Tu réalises bien que voler l'acte de propriété de Fei Long va faire de toi son ennemi ? » demanda-t-il pour s'assurer que ses oreilles ne l'avaient pas induit en erreur.

Mikhail sourit, amusé, en voyant la curiosité sur le visage de son frère. Bien sûr que cela ferait de lui son ennemi. Mais au vu de la situation, il n'avait pas d'autre choix.

« Fei Long n'est pas idiot, Alexei. Yuri n'obtiendra jamais cet acte de propriété. Mais cela va contraindre Baishe à renforcer sa sécurité et à éliminer les taupes dans l'organisation. Dans le cas où nous ne mettrions pas la main sur Yan Tsui, Fei Long sera préparé contre une attaque. »

« Et c'est pour cette raison que tu envoies délibérément nos hommes au casse-pipe ? »

Mikhail se tourna et adressa un sourire narquois à son frère. « Tu veux dire les hommes de Yuri ? »

À cette réponse, Alexei se figea une minute entière en réalisant quel était le plan de son frère. Mikhail Arbatov était incroyablement brillant.

« C'est pour cette raison que tu l'as appelé. »

« J'ai besoin d'hommes que je puisse sacrifier », répondit-il en haussant les épaules.

« Et c'est moi qu'il traite de connard absolu », ricana le jeune frère en se rappelant des mots de Fei Long. Lui, au moins, ne possédait pas la moitié de la sournoisie de l'homme qui se trouvait en face de lui.

« Ça, tu l'es. Fei Long a toujours raison, tu sais ? » acquiesca Mikhail avec fierté. Ses yeux bleus, que la fatigue avait usés, se ranimèrent immédiatement en pensant au seul homme qui le tenait par les couilles.

« Tu me donnes la nausée », se plaignit Alexei. Il était effrayant de voir ce que l'amour pouvait faire à un homme. Dans le cas de son frère, cela avait changé un redoutable baron du crime en chiot affectueux. Il aurait aimé que Fei Long soit là pour voir ce sourire ridicule de fierté sur le visage de Mikhail. Il était malheureux que le vœu de son aîné de finir ses jours avec Fei Long aient si peu de chance de se réaliser.

« Prépare simplement l'avion pendant que je prends une douche rapide » dit Mikhail, ignorant les remarques que son frère semblait prendre plaisir à multiplier pour se moquer de lui. Cela ne le dérangeait pas. D'après lui, un vrai homme devrait être assez courageux pour avouer ses sentiments sans honte. Et aimer Fei Long était la meilleure chose qui lui soit jamais arrivée. Pourquoi ne devrait-il pas en être fier ?

Mikhail partit rapidement après leur conversation et se dirigea vers la chambre principale, au second étage. Il ôta sa chemise et la jeta sur le fauteuil à côté du lit avant d'entrer dans la plus grande des salles de bain marbrées de la maison. Sur son passage, le miroir en pied refléta les cicatrices sur son dos, le figeant un instant devant celui-ci.

Cela faisait un moment qu'il avait complètement oublié ces cicatrices. Parfois, la douleur gravée dans sa mémoire l'avait hanté jusque dans son sommeil. À chaque fois que Fei Long se réveillait en criant en pleine nuit, la douleur de Mikhail revenait avec un souvenir qu'il avait laissé derrière lui près d'une décennie auparavant. Fei Long ne pensait pas que Mikhail comprendrait. La vérité était qu'il ne le comprenait que trop bien pour laisser une personne chère à son cœur marcher sur ses traces. Mais cela ne dépendait pas de lui. Fei Long devait réaliser tout seul qu'il devait se sauver lui-même. Mais Mikhail s'assurerait qu'il y arrive, même si cela devait leur coûter leur relation pour le moment. Tant que Fei Long ne serait pas en paix avec lui-même, ils n'auraient aucun futur ensemble.


Le chapitre 9 est plus long, donc il y aura sans doute un peu plus d'attente (sauf si je décide de fuir de nouveau la vraie vie) ^^!

PS : Suis-je la seule à déplorer mon manque d'imagination quand on voit la nouvelle histoire que l'auteure est en train de bâtir en suivant les éléments donnés par le manga?