Usant de ses dernières forces, Juvia déposa lourdement le corps du brun sur le sol froid de la caverne avant de s'effondrer à son tour, genoux au sol. Une grimace vint étirer ses lèvres alors qu'elle tentait vainement de faire craquer son dos, source de douleur incessantes à cause du chasseur qu'elle avait dû porter. Le seul problème était que celui-ci était dix fois plus corpulent qu'elle, et elle avait eu du mal à le porter, et encore plus à le monter dans la grotte. La jeune demoiselle lança un regard dur au Loup qui ne l'aidait même pas à bien installer l'homme correctement. Il se contentait de rester assis sur l'entrée de la grotte. Heureusement, la bête avait aidé la bleue à sortir le lourd corps de leur agresseur du piège, sans quoi elle y serait encore. Malheureusement, elle avait bien senti que Le Loup était frustré par ses propres agissements, et qu'il s'en voulait sans doute d'avoir aidé un humain.

Une plainte sourde, presque étouffée tellement la jeune femme souffrait. Une main se glissa dans son dos, et caressa doucement l'endroit endolori où elle avait mal. L'amoureuse de la nature se massa un moment, lénifiant un peu la douleur qui était apparue dans le bas de son dos, avant de remettre sa crinière indisciplinée en place. Comme elle put, elle tenta de dompter ses boucles et les nœuds de sa toison bleue, mais rien n'y faisait. Ses fils céruléens étaient bien décidés de rester dans leur place qui rendait le tableau plutôt... Moche. Très vite, le regard de la jeune femme se dirigea de nouveau vers le jeune garçon qui grimaçait dans son sommeil plus ou moins voulu. Elle se pencha, et s'agenouilla près de lui.

Son premier réflexe fut de constater l'état de sa cheville. Elle lui faisait peur tellement elle était tordue. La demoiselle de la nature la caressa du bout des doigts mais cela entraîna un sursaut de douleur et un gémissement de la part du blessé qui n'ouvrit toujours pas les yeux. Juvia souffla, se souvenant d'une méthode qui pourrait bien faire souffrir le jeune garçon. Il crierait sûrement de douleur et la bleue ne voulait pas ça. Elle avait vraiment peur de lui faire mal. Alors, elle remit ses mains sur la fourrure du bas de sa robe, se ravisant du geste qu'elle s'apprêtait à exécuter.

La besace autour de la poitrine du garçon semblait lui compresser les poumons, et il se mit à tousser. Délicatement, l'azurée ôta le sac, et grimaça devant son poids. Lourdement, la besace s'écrasa sur le sol gelé de la grotte, et répandit un peu de son contenu dessus. Juvia sursauta et se recula un peu. Elle vit un drôle d'objet noir, ressemblant à une tablette d'ardoise qu'elle avait déjà vu. Mais c'était plus propre, et structuré. Elle regarda l'inscription au-dessus, ne comprenant pas sa signification. Sa...Msung... La bleue arqua un sourcil, cherchant en vain à comprendre. Elle s'empara de l'objet étrange, et appuya sur le petit bouton noir. Très vite, la tablette s'illumina, et Juvia la laissa tomber brusquement, surprise. Cet homme avait des objets étranges. Vraiment étranges et suspects.

Continuant sa découverte, la jeune femme prit précautionneusement la besace et fouilla un peu dans son contenu, retirant hâtivement sa main lorsque celle-ci touchait quelque chose qu'elle ne connaissait pas. Puis, ses doigts délicats et fins rencontrèrent le coin significatif d'une boite en carton. En faisant la grimace, la demoiselle sortit la petite boite du sac. Ses yeux se froncèrent alors qu'elle déchiffrait des mots qui n'avaient pour elle aucun sens. Cachets contre le mal des transports. Déjà qu'elle ne savait pas bien lire, alors si on lui sortait un mot qu'elle ne connaissait pas, c'était le pompon. Pensant qu'il n'avait aucune importance, Juvia posa le carton à côté d'elle, omettant de le remettre dans le sac.

Le garçon toujours endormi sous l'effet de sa chute bougea un peu, grognant lorsque sa cheville bougea avec lui. Elle devait atrocement lui faire mal compte tenu de son état et de sa position. Cherchant encore dans la besace, Juvia trouva une étrange bande blanche, et un flacon de désinfectant. L'amoureuse de la nature afficha une grimace, se rendant compte qu'elle était totalement ignorante, et alla derrière la bouteille de cet étrange liquide pour en lire le contenu et la fonction. Son cerveau fonctionnait à cent à l'heure, les sourcils froncés, ses yeux faisaient un chemin de gauche à droite, s'arrêtant par endroits. Juvia sentit son cœur palpiter d'agacement à chaque fois qu'elle rencontra un mot qu'elle ne connaissait pas. Et puis au bout du compte, elle comprit que ce désinfectant servait à soigner les blessures.

Son regard se dirigea alors de nouveau vers le pied droit du brun qu'elle regarda pendant plusieurs secondes. Pour pouvoir mieux regarder les blessures, elle se mit juste à côté, et elle entendit Le Loup grogner, sûrement mécontent de son rapprochement avec l'Homme. Ses doigts frêles, ignorants d'une quelconque expérience, se posèrent sur la chair à vif du blessé qui eut un petit gémissement de douleur tandis qu'il se crispait. Et c'est à ce moment là que l'ignorante compris. Elle s'empara du flacon d'alcool, et en versa un peu dans le couvercle de celui-ci. Et lorsqu'elle fut sûre d'en avoir assez, elle le versa sur les plaies du souffrant qui se mit à haleter, et à serrer les poings, comme pour se contenir. Un coup d'œil. Non, il dormait bel et bien. Rassurée, elle laissa le désinfectant parcourir le sang de la cheville, piquant atrocement le blessé au passage.

Lorsqu'elle décida que le produit avait fait un assez bon travail, elle prit la cheville entre ses mains frêles, ignorant le vain mouvement inconscient du souffrant pour se dégager de sa poigne. La jeune femme avala sa salive avec difficulté tandis que quelques perles de sueur coulaient sur son front. Elle avait déjà exécuté cette méthode, mais sur un animal, et son cri de souffrance était gravé dans sa mémoire. Prenant un moment pour regarder le jeune homme aux yeux clos, elle prit une grande inspiration.

Trois.

Elle revit un peu son geste, jeta des coups d'œil à sa blessure, vérifiant qu'il n'allait pas trop souffrir. Mais si, il allait avoir mal, horriblement mal, c'en était ainsi, et elle ne pouvait pas faire autrement. Elle vit Le Loup qui s'était rapproché d'elle tout en affichant son air désintéressé, sûrement par acquis de conscience. Juvia savait qu'il préférait être à ses côtés pour la protéger.

Deux.

Le souffle toujours logé dans les poumons, Juvia angoissait. Et si elle lui faisait trop mal ? Et si il se réveillait sur le coup et qu'il l'agressait ? Non, non. Juvia fit taire ces réflexions idiotes. Elle allait le sauver. Et il lui serait reconnaissant, c'était sûr. Elle devait prendre son courage à deux mains et soulager la douleur du chasseur dont elle voyait le torse se lever et redescendre à un rythme effréné.

Un.

Juvia raffermit sa prise sur le membre blessé du jeune homme, et afficha un grimace par avance. Toujours en retenant son souffle, elle s'apprêta à faire tourner sa cheville dans le droit chemin. Elle allait arriver, elle allait le faire. Même si inévitablement, elle devait prévoir une réaction assez violente, compte tenu des nombreuses coupures, et de son muscle totalement désarticulé. D'ailleurs, elle doutait que ses petits soins qui consistaient juste à remettre le membre en place suffise. L'humain devrait sûrement aller voir les siens pour se faire véritablement soigner. La demoiselle se concentra, surveillant la moindre petite réaction de celui qu'elle était en train d'aider.

Zéro.

En étouffant un petit cri apeuré, Juvia fit tourner la cheville vers la gauche d'un coup sec. Un grand craquement se fit entendre tandis qu'un cri rauque s'élevait dans l'air. Le cri avait déchiré le silence devenu pesant, et avait fait sursauter la pauvre demoiselle qui avait senti son cœur s'arrêter pendant un bref instant où la peur avait été à son apogée. Gémissant encore de douleur, le brun haletait, faisant descendre et remonter son torse à un rythme effréné. Soulagée que ce soit enfin fini, Juvia ne se fit pas prier pour ôter sa main le plus vite possible du membre encore tremblant à cause de sa propre manipulation. La jeune femme sortit le bandage de la besace, et en entoura la cheville de son invité, si on pouvait le nommer ainsi. Haletante, elle avait enfin fini sa besogne. Et elle était plutôt fière d'elle, avec un peu de chance, l'humain pourrait marcher de nouveau et partir d'ici le plus vite possible. Mais bon, ses illusions devaient se taire si elle ne voulait pas se faire des désillusions, car la cheville blessée ne garantissait rien.

Juvia se retourna et son cœur dans sa poitrine ne fit qu'un tour lorsqu'elle tomba nez à nez avec Le Loup qui grognait en sa direction. Remise de sa surprise, elle lui adressa un sourire crispé. L'animal avança alors vers l'inconscient, et le renifla longuement. Il n'y avait pas besoin d'être doté d'une intelligence hors normes pour comprendre que la bête ne portait pas l'intrus dans son cœur. D'ailleurs, Juvia l'en écarta lorsqu'elle sentit Le Loup devenir un peu trop agressif. Il aurait tué l'endormi si ça avait continué, et la demoiselle rit nerveusement.

« Ne lui fais pas de mal, après tout, il n'a rien fait, non ? »

Phrase absurde, et Le Loup la regarda de ses yeux noirs pour le lui faire comprendre. La demoiselle de la nature eut un sourire crispé tout en le regardant. Elle eut un petit mouvement de recul tandis qu'elle abdiquait en étouffant un soupir résigné.

« D'accord, d'accord, il a voulu nous tuer, mais il ne l'a pas fait ! » S'exclama-t-elle très peu convaincante.

Nouveau grognement venant du noir. Il alla se poster à l'entrée de la grotte, et posa son arrière train sur la pierre froide, sans accorder un regard de plus à Juvia. La jeune femme soupira, et décida de le bouder elle aussi, puisqu'il était aussi têtu. Elle croisa les bras sous sa poitrine, et gonfla les joues. En fait, elle ne croyait pas en ses propres paroles. C'était vraiment absurde de dire qu'il n'avait rien fait alors qu'il était prêt à les tuer tous les deux sans hésiter et tout ça pour revenir fier chez lui. Du moins, c'était ce que Juvia imaginait. Elle avait une vision très négative des hommes, et celui-là ne faisait pas exception à la règle, loin de là. Il était comme les autres, puant de vanité, et leurs sourires n'inspirant que le mépris. Juvia trouvait leur soif de richesse permanente insupportable, elle les détestait juste pour ça, et elle haissait plus que tout qu'on détruise sa forêt, chose que les humains faisaient régulièrement.

La demoiselle se maudit, en se perdant dans ses pensées. Que venait-elle de faire ? Ne venait-elle pas de soigner une menace pour cette belle nature déjà en danger ? Et ne venait-elle pas de remettre en état un tueur d'animaux ? Oui, la demoiselle venait de faire une erreur. Une grosse erreur. Sa manie à toujours vouloir aider les autres la perdrait un jour. Il fallait qu'elle se reprenne, car si cet humain tuait un animal de trop, elle se le reprocherait toute sa vie.

Un mouvement du blessé attira son regard. Elle le vit gesticuler, en murmurant un prénom qu'elle n'arrivait pas véritablement à identifier. Il semblait en plein cauchemar, et la bleue ne savait pas quoi faire. Elle soupira, et tourna le dos, s'asseyant aux côtés du loup. De toute façons, ce n'était pas son problème, elle ne devait pas se soucier de cet homme.

La pluie se mit doucement à tomber, recouvrant l'azur du ciel par une horrible masse de nuages, avant de déverser la colère des cieux sur la forêt. Juvia se mit derrière le rideau d'eau que créait la roche et regarda, attentive aux mouvements d'âme de mère nature. La demoiselle avait toujours fait attention à cela, et elle aimait bien la pluie. Son regard s'adoucit alors qu'elle inclinait un peu la tête. Et pourtant, son air calme était vraiment une façade, car à l'intérieur, elle était en pleine réflexion. Surtout par rapport au brun qu'elle avait ramené dans sa grotte. Jamais elle n'avait fait une telle chose, et elle ne savait pas du tout comment le traiter, et comment réagir lorsqu'il se réveillera. De plus, qui ne lui disait qu'il n'allait pas les attaquer ? Certes, elle avait détruit son arme (sans aucun regret), et en avait balancé les débris dans le trou, mais peut-être son sac contenait-il d'autres objets tueurs ? Prise d'une certaine panique, elle se retourna, et examina attentivement la besace qui jonchait le sol.

Les mains agiles de la demoiselle souleva l'objet, et en renversa tout le contenu sur la pierre froide. Ses petits yeux méfiants balayèrent son contenu, et elle repéra un étrange objet. En activant son bouton, une flamme en jaillit, et Juvia l'éteignit immédiatement. Elle avait déjà vu le feu, et savait ce que ça pouvait faire à la nature, et à ses habitants. Elle le remit dans le sac, tout au fond, avant de sortir une petite boite contenant d'étranges bâtons orangés, dont le bout était blanc. Juvia le compara avec un de ses doigts, il en faisait la taille. Haussant les épaules, elle lut l'inscription sur le paquet. Fumer tue. Son sourcil se leva, et elle regarda l'endormi. Si cette chose tuait, pourquoi en avait-il dans son sac ? Peut-être ne le savait-il tout simplement pas ? Qui sait, peut-être s'en fichait-il ?

Elle reposa l'étrange paquet dans la besace. Il n'y avait rien d'autre, si ce n'était qu'une lampe, et la bleutée remarqua bien vite que c'était cette lampe qui donnait son poids au sac. Juvia n'eut pas envie de se faire mal, et elle la remit à sa place. La jeune femme commençait à s'impatienter, elle qui n'avait pas vraiment l'habitude d'attendre. D'habitude, elle bougeait, affrontait la forêt et ses dangers, chantait, riait, courait, mais là, elle était obligée de rester au chevet de ce chasseur. Pourquoi ne se réveillait-il pas ? Était-il mort ? Son oreille se colla hâtivement contre la poitrine du jeune homme, et elle entendit avec soulagement les battements réguliers de son organe vital.

Soudain, Juvia qui avait toujours l'oreille collée au torse du blessé sentit celui-ci se tendre, et retenir sa respiration. La jeune femme arqua un sourcil, et intriguée, elle releva doucement la tête. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle remarqua que le jeune homme avait les yeux ouverts, et la regardait. Sans plus attendre elle se recula en bredouillant des excuses tandis que Le Loup, qui avait entendu l'agitation, tira prestement Juvia en arrière à l'aide de son vêtement, pour ensuite de poster devant elle, et grogner contre le tout récent réveillé. Celui-ci eut un mouvement de recul, mais se stoppa net en gémissant de douleur lorsqu'il sentit que sa cheville était salement amochée, mais étrangement, il était soigné. Il bougea un peu le pied avant de constater qu'il lui fallait vraiment du repos, et ainsi, ses orbes noires se posèrent sur Le Loup, et la jeune femme un peu en retrait dans la pièce.

L'homme regardait les deux amis de la nature à tour de rôle. La jeune femme semblait apeurée. Il y avait une lueur que le brun ne sut décrire dans le regard de la demoiselle. Elle était étrange, vraiment étrange. Elle avait l'air apeurée, et en même temps intriguée par le brun. Celui-ci se releva pour s'asseoir en grognant de douleur. La bête au pelage noire avança immédiatement en sa direction, prête à lui sauter dessus pour défendre Juvia, coûte que coûte.

« Calme le toutou... » Fit le jeune homme avec un sourire crispé.

Le rictus qui représentait la bouche de la bluette se crispa encore plus pour s'aligner, et venir former une parfaite ligne horizontale. Elle regarda d'un air lassé l'homme au fusil qui reculait encore un peu pour éviter le prédateur menaçant. Ce chasseur était-il fou ? Suicidaire ? Voulait-il véritablement mourir à provoquer ainsi celui qui régnait sur ces lieux ?

Le Loup grogna de plus belle et sa patte avant vint s'élever dans les airs, prête à s'abattre sur le pauvre homme qui ne pouvait pas se défendre. Le brun grimaça, s'apprêtant à encaisser un coup qui pourrait lui être fatal. La bête devant lui semblait enragée, elle le haïssait. Ses yeux ne désiraient qu'une chose, le tuer. Le condamné commençait sérieusement à avoir peur, comme pouvait en témoigner la goutte de sueur qui coulait le long de sa tempe, quand la jeune femme aux cheveux bleus s'interposa entre Le Loup et l'homme qui arqua un sourcil. Pourquoi le protégeait-elle ?

« Laisse-le, Loup. Il n'a rien fait. »

La bleue toisa son compagnon d'un regard noir. Elle l'incitait à reculer. La respiration haletante, précipitée du brun redevint petit à petit normale. Le noir regarda son amie humaine, et émit un grognement sourd pour ensuite se reculer doucement, et reprendre sa place près de l'entrée de la grotte. Un soupir de soulagement s'échappa des lèvres rêches de la demoiselle de la nature qui se tourna ensuite vers le chasseur qui la regardait, sans comprendre. Se rendant compte qu'elle était étrangement proche du jeune homme, elle se recula, et s'assit en tailleur face à lui, avec deux bons mètres qui les séparaient.

Le blessé semblait sur ses gardes, prêt à se défendre, même avec son membre en piteux état. D'ailleurs, Juvia posa une main méfiante dessus, tentant d'oublier le sursaut du méfiant qui grinça des dents.

« Est-ce que ça va ? S'enquit-elle.

– Ouais, ça peut aller. » Répondit l'intéressé en enlevant sèchement la main de la demoiselle.

Cette dernière fut vexée, elle qui voulait uniquement lui venir en aide. En fronçant les sourcils, elle se recula encore un peu. Le jeune homme la toisait comme s'il lui était supérieur, et Juvia n'aimait pas ce comportement. Elle n'avait qu'une envie ; lui faire ravaler son arrogance. Mais elle sortit vite de ses pensées, le brun tentait de se lever, et se mit chancelant sur une jambe. La jeune femme se leva, et mit une main sur son torse.

« Restez allongé, vous êtes trop faible pour tenir debout... Souffla la demoiselle, forçant à s'asseoir en appuyant sur son torse.

– Et rester dans c'trou pommé dont j'connais même pas l'nom ? Non merci, j'passe mon tour. » Rétorqua le concerné en sifflant avec dédain.

L'habitante du trou pommé gonfla les joues et ses sourcils se froncèrent. Elle regarda l''homme dans les yeux, le défiant de dire quoi que ce soit. Pour se venger de sa remarque, elle donna un léger coup dans sa cheville, arrachant une grimace de douleur à l'arrogant. Fière d'elle, elle releva son menton, et son buste, affichant un sourire supérieur.

Le brun n'appréciait pas du tout d'être traité de la sorte. Il grimaça, et afficha un regard sombre, noir. Tueur.

« Je peux au moins savoir où je suis ? S'enquit-il tandis qu'il perdait son sang froid.

– Dans la forêt de Mikage. Vous avez essayé de nous tuer, mon compagnon et moi, et vous êtes tombés.

– Ah ouais, c'te saleté d'loup. » Fit le jeune homme en regardant ledit Loup au fond de la grotte.

Le concerné se retourna vers l'ébène et se mit à grogner. Juvia trouvait ça étrange, toute sa vie elle avait été persuadée que Le Loup ne comprenait pas les dires des humains, et là, il avait l'air de comprendre parfaitement le chasseur. Peut-être la comprenait-il aussi ? La bleue se perdait un peu dans ses pensées, et elle n'arrivait pas à en sortir une conclusion satisfaisante.

« Heu, t'es toujours parmi nous ? »

La phrase résonna en Juvia comme un réveil, en sursautant, elle sortit de ses songes, et elle mit un petit moment à reprendre complètement ses esprits. Devant elle, le chasseur. Elle se souvint de quoi ils parlaient, mais elle ne se souvenait pas quelle question le jeune homme venait de lui poser, parce qu'elle était sûre qu'il venait de lui parler. Elle arqua un sourcil, et lui demanda de répéter. La bleutée étouffa un petit rire lorsqu'elle vit l'air médusé du blessé.

« Il est où, mon fusil ? »

A l'entente de ce mot, la bleue frémit. Et elle se souvint de ce que Le Loup et elle avaient fait un peu plus tôt. Après la chute du brun dans le piège, la bête nocturne avait d'abord refusé d'approcher Juvia pour l'aider à remonter le brun. Bien sûr, la demoiselle de la nature n'avait pas vraiment compris son comportement dans l'immédiat, mais elle avait compris par la suite, que c'était l'arme qui lui faisait peur. Alors, avec l'aide d'une pierre, elle l'avait cassée avant d'en jeter les débris au fond du trou, avec son propriétaire. C'était à ce prix là, que Le Loup avait daigné l'aider pour lui sauver la vie.

Mais que devait-elle faire alors ? Etre honnête et lui dire qu'elle avait cassé son précieux fusil ? Ou lui mentir pour lui promettre qu'il retrouvera bientôt son bien ? La demoiselle l'ignorait. Elle n'avait qu'une seule peur en cet instant ; que l'humain ne devienne agressif et lui fasse du mal. Après tout, il avait bien voulu la tuer, et ce sans aucune vergogne. Alors oui, ses craintes étaient parfaitement justifiées, et ses tremblements aussi par la même occasion. Et pour le coup, elle ne pouvait à priori pas compter sur Le Loup qui était figé depuis un bon moment devant le rideau d'eau, sans rien dire.

La demoiselle déglutit, affrontant le regard plus que noir de son adversaire qui commençait à se douter de quelque chose.

Le brun avait commencé à s'approcher d'elle autant que le sa cheville lui permettait, abordant un air menaçant. Il pouvait l'étrangler, avec ses grandes mains ! Ou pire, l'attraper pour l'envoyer valdinguer à l'autre bout de la grotte ! La demoiselle sentait ses membres trembler dangereusement, si bien qu'elle sentait qu'elle n'allait plus tenir sur ses jambes si ça continuait. Elle détestait la présence de cet intrus chez elle, elle voulait qu'il s'en aille. Mais avec sa blessure, où pourrait-il aller ?

« C-cassé... Bredouilla la jeune femme tellement bas qu'elle-même eut du mal à s'entendre.

– Pardon ? Tonna le chasseur, certain d'avoir mal entendu.

– Juvia vous a dit que votre arme était cassée ! » S'écria la demoiselle dont l'agacement naissait au creux des entrailles.

L'homme se raidit sous les paroles de la demoiselle. Comment sa précieuse arme, ce qui lui permettait de vivre, comment son fusil pouvait-il être brisé ? Non, non, non ! Ce n'était pas possible ! Qu'allait-il faire, maintenant ? Rentrer voir les siens et leur annoncer tout simplement qu'il ne pouvait plus gagner sa vie ? Leur dire qu'il quittait leur association secrète que personne n'avait le droit de quitter sous peine de représailles ? Le brun déglutit alors que tout son monde s'écroulait, et tout cela pour un simple fusil.

Il grogna sous la douleur de sa cheville, et s'assit alors péniblement sur le sol froid. Ses dents se serrèrent alors qu'il cherchait désespérément une solution. Mais il était totalement perdu. Sa situation était tellement étrange, et dérangeante. Il était perdu dans un endroit reclus du monde avec une folle au loup et justement, un loup qui ne voulait qu'une chose ; sa mort.

Le poing du jeune homme s'abattit brusquement sur le sol tandis qu'un couinement de frustration s'échappait de sa gorge.

Juvia dont les jambes l'avaient instinctivement éloignée du garçon recula encore. Ses mains s'enlacèrent entre elles, et vinrent se serrer contre sa poitrine tremblotante. Cet humain était vraiment terrifiant lorsqu'il le voulait. Sa respiration s'accéléra, au même titre que son organe vital qui dansait à un rythme effréné dans le corps de la demoiselle, dans tous ses états. Elle déglutit difficilement, et regarda la chasseur, guettant la moindre de ses actions.

Le jeune homme se sentait perdu. Il ne savait pas vraiment où il se trouvait, et il ne connaissait pas sa mystérieuse sauveuse qui avait apparemment veillé sur lui durant sa convalescence. Un coup d'œil à sa cheville pour en constater le mauvais état. Sa chaussure n'était plus à son pied, et un immense bandage entourait l'ensemble des plaies, maintenant par la même occasion la rupture de son os. L'endroit le plus meurtri le lançait en permanence, dégageant des vagues de chaleur dans son membre. Le plus désagréable était peut-être sa chair à vif contre le bandage rêche. Il ne savait pas réellement qui lui avait prodigué ces soins de qualité douteuse même s'il en avait sa petite idée, mais cette histoire commençait vraiment à l'énerver .

Son regard de jais se reporta une fois de plus sur la bleutée qui le toisait avec méfiance. Ses petits poings étaient là en cas de défense, et le brun esquissa malgré lui un sourire moqueur. Il savait que s'il décidait de l'attaquer, même blessé, il aurait largement l'avantage sur son adversaire. Le brun s'adossa aux parois froides de son abris provisoire, et plongea ses iris dans ceux de la fille au loup.

« Juvia, c'est ton prénom, c'est ça ?

– O-oui. » Hésita la jeune femme encore un peu craintive.

Un sourire narquois étira ses lèvres mutines de part leurs écorchures du chasseur. La lueur d'amusement seule régnait dans ses yeux dorénavant. Il eut un petit rire de réjouissance quant au teint légèrement rosé que prenait le visage de son interlocutrice. Il était content de la gêner ainsi. Lorsque soudain, elle décida d'un peu lui tenir tête, et soutint tant bien que mal son regard malicieux.

La demoiselle ignora vainement son cœur qui tambourinait dans sa poitrine. L'effet qu'il lui avait fait en prononçant son prénom était tellement... Étrange. Jamais personne ne l'avait appelée, puisqu'elle n'avait jamais connu de compagnie avant lui. Elle sentait une douce chaleur gagner ses joues sans savoir qu'elles se coloraient couleur carmin.

Là, de sa bouche était sorti Juvia. Il avait prononcé son appellation exactement comme il le fallait. C'était déconcertant, exaltant. Sans savoir véritablement pourquoi, elle se sentait heureuse de pouvoir enfin avoir de la discussion avec un être vivant qui la comprenait, et lui répondait Elle ne savait pas encore bien comment réagir à cela, mais elle avait au moins un compagnon pour tuer le temps, bien sûr jusqu'à ce qu'il parte –ce qui ne sera pas trop mal non plus.

Bien sûr elle aimait les arbres, ou les végétaux en tout genres, et bien sûr les animaux, mais elle ne devait pas oublier qu'elle n'était peut-être pas un loup. Que pourrait-elle bien être alors ? Aucune des races présentes dans cette forêt n'avait les même capacités qu'elle, à savoir pouvoir communiquer avec un autre être vivant autrement que par des couinements ou des cris. Elle parlait, formait des phrases, et en plus de ça, la jeune femme ne comprenait pas vraiment le langage des animaux.

Elle regarda une nouvelle fois l'Homme, et l'examina avec attention. Il avait deux jambes parfaitement attachées à son torse, et bien sûr, des chevilles au bout de ces cannes qui lui permettaient de tenir debout. Elle se regarda, et ne trouva aucune différence si ce n'était que leur couleur de peau et leur niveau de musculature. Juvia semblait aussi plus fine et arrondie que lui dont les hanches ne formaient aucun arrondi semblable au sien. Ses bras étaient aussi similaires à ceux du garçon, et comme elle, il avait la tête bien ancrée sur ses épaules et un buste posé sur son ventre.

Il était comme elle.

Mais c'était un Homme, et elle n'en était pas un.

La demoiselle grogna en repensant au fait qu'elle lui avait révélé son prénom. Puisqu'il connaissait Juvia maintenant, n'avait-elle pas le droit de connaitre son prénom à lui ? Oui, elle en avait le droit. Elle ne devait pas se laisser impressionner par ce tas de muscles bon juste à se moquer d'elle. Non, elle devait se reprendre, et cesser d'être si docile. Elle arrêta progressivement les petits tremblements de ses cuisses et de ses bras pour ensuite se planter devant le brun qui arqua un sourcil en la voyant ainsi déterminée.

L'amoureuse de la nature ne cilla pas, et ne se laissa surtout pas impressionner lorsqu'il se leva lui aussi (sur une jambe tout de même), et qu'il la toisa de toute sa hauteur.

« Et v-votre prénom ? » Demanda-t-elle, se maudissant d'avoir ainsi bégayé alors qu'elle s'était juré de ne plus avoir peur.

L'ébène était à priori assez satisfait de la peur qu'il lui inspirait. Il se sentait moins vulnérable lui-même, et se sentait supérieur. Il détestait qu'on lui tienne tête de toute façons, et pétrifiée comme elle était, elle ne semblait pas capable de le faire. Puis, ses sourcils se froncèrent, et il regarda un peu mieux la dénommée Juvia pour prendre sa question en considération.

Le brun faisait partie d'une guilde de chasseurs très réputée, Fairy Tail. Mais depuis peu, des agissements étranges renversaient petit à petit l'organisation, et des forces sombres prenaient le pouvoir. Leur maître était porté disparu depuis un petit moment, et des membres au fond mauvais intégraient ce qui était autrefois sa famille. Des règles avaient été instaurées. Plus personne n'avait le droit de quitter l'organisation sous peine de mort. C'était devenu presque une dictature.

Non, c'en était une.

Et en plus de cela, une des règles instaurées voulaient qu'on ne révèle pas sa véritable identité pour plus de sécurité. Mais la jeune femme en face d'elle n'était-elle pas la plus ignorante de toutes ? Cependant, cela voulait-il dire qu'il pouvait totalement lui faire confiance ? Rien n'était moins sûr, il ne la connaissait pas, il ne savait absolument rien sur elle. C'était une parfaite inconnue.

Il devait respecter la règle.

Le jeune homme passa une main dans ses cheveux, et leva doucement les yeux au plafond, réfléchissant à une fausse identité. Il se gratta le menton où naissait une barbe de quelques jours, creusant au plus profond de ses méninges quand il eut l'illumination. Il sourit, satisfait, et reporta son regard sur la bleutée qui commençait à se demander si elle connaîtrait l'identité du blessé.

« Je me nomme Silver. » Annonça-t-il finalement.

Voilà, une simple information lancée comme ça, annoncée avec ce sourire narquois tellement accroché au visage du chasseur. La jeune femme en face de lui le dévisagea un moment en assimilant l'information. Alors, c'était ainsi que cet humain s'appelait. Silver. Elle n'avait pas vraiment d'avis sur ce prénom. Après tout, elle ne devait pas juger, ce n'était pas à elle de le faire. Juvia releva son visage vers l'homme, et lui sourit. N'ayant jamais vraiment eu de relations avec d'autres personnes dotées de la parole, elle ne savait pas vraiment réagir et restait là bêtement à attendre.

Le brun, lui, commençait à se demander à quoi elle pensait. Son silence était trop long et il commençait à s'en agacer. Pour bien faire, et pouvoir gagner la confiance de l'habitante de la nature plus facilement, le chasseur lui tendit sa main droite, pour qu'elle la serre, comme pour nouer une entente. Après tout, s'il devait se rétablir dans la forêt pour pouvoir rentrer chez lui, il devait acquérir la confiance de la demoiselle, c'était tout à son avantage. Et pourtant, même avec sa main tendue, elle ne bougeait pas d'un pouce. N'était-il pas évident qu'elle devait serrer sa main à son tour ? A quel point était-elle sauvage et ignorante ?

Le civilisé avança encore sa main vers la bleue qui reculait, méfiante. Moqueur, Silver avança encore plus sa main jusqu'à ce qu'elle soit juste à côté de celle de la jeune femme. Il ouvrit la bouche simplement pour se moquer d'elle.

« Il faut que tu me serres la main. C'est comme ça qu'on fait chez nous pour se dire bonjour ou pour conclure une entente. Tu sais, chez les gens normaux, civilisés... » Sa voix froide se répercuta chez Juvia comme un électrochoc.

Vexée, la demoiselle fronça les sourcils et ses yeux tournèrent au noir. Elle toisa l'homme avec mépris, et s'empara brusquement de sa main sans aucune délicatesse, sûrement à cause de sa colère. Au lieu de gentiment la serrer, elle essaya plutôt de lui briser les os, même si sa petite main ne pouvait rien faire contre celle musclée du chasseur qui ne bougea pas d'un poil, nullement impressionné, et plutôt navré de sa force presque inexistante.

« Juvia savait qu'il fallait vous serrer la main ! S'exclama-t-elle furieuse.

– Espèce de menteuse. » Rétorqua l'homme plutôt amusé, et nullement perturbé par l'humeur massacrante de son interlocutrice.

L'amoureuse de la forêt serra les dents pour contenir l'immense flot de sensations qui l'assaillait, lui donnant envie de cracher au chasseur toutes ses vérités au visage sans retenue. Cet homme était arrogant, il se croyait le meilleur, il pensait être au dessus de tout, et considérait la forêt juste comme un endroit où il pouvait se servir à manger.

Finalement, il était comme tous les autres.

Mais elle allait lui montrer que dans cette forêt c'était elle qui commandait, et qu'il n'avait pas son mot à dire. Elle était bien décidée à le rabaisser, et à le réduire à l'état de ce qu'il était ; un pauvre crétin sans cervelle. Elle allait lui montrer qu'il ne devait pas tout se permettre et qu'il devait respecter ce qu'il y avait autour de lui. Il devait comprendre qu'il n'était pas le roi du monde.

Dans la forêt, et le temps de sa convalescence, ce serait Juvia aux commandes.


Et voilà, ce second chapitre est enfin fini ! A peu près 5,500 mots, je ne pensais pas écrire autant pour un chapitre. Mais bon, il est là, et il n'est pas trop mal. J'espère que vous arrivez bien à cerner les deux personnages, j'espère vraiment que ce n'est pas trop brouillon. J'espère également que ce chapitre qui n'est composé que du réveil de Silver et de sa "rencontre" avec Juvia ne vous a pas trop ennuyé. A partir du chapitre prochain, tout va se mettre en place petit à petit, et il y aura -normalement- plus d'action. Je pense aussi que cette fiction va partir loooiiiiiin au bout d'un moment parce que j'ai pas mal d'idées pour finir, et pour résoudre les multiples problèmes de cette fiction. Bref, je vais me taire, et vous verrez ça plus tard !

Merci d'avoir lu !

Juvia.