Et voici ce troisième chapitre, je ne vous parle pas plus que ça, et je vous laisse à la lecture !
Disclaimer : Les personnages (sauf le Loup), ne m'appartiennent pas, mais sont à Hiro Mashima ! L'histoire, en revanche, est à moi.
Juvia attrapa la branche, y mit son pied, et sauta agilement dessus. Son autre main agrippa l'arbre, et comme une acrobate, elle se mit debout sur le chêne, haletante. La demoiselle regarda au loin, s'accrochant à l'écorce qui se décrochait un peu sous l'influence de ses doigts. Ses yeux turquins se perdirent dans le spectacle de couleurs que lui offrait ce paysage. La hauteur du végétal qui lui permettait de voir le plus loin possible. Ses orbes caressèrent le soleil, cet astre qui apparaissait doucement de derrière les montagnes verdoyantes.
Les arbres s'étendaient à perte de vue. Juvia n'en voyait pas la fin. Enfin, si, elle la voyait, cette fin qu'elle redoutait tant, mais elle l'ignorait. Cette fin représentée par la fumée des cheminées qu'elle voyait du coin de l'œil, à droite de son tableau de rêve. L'amoureuse de la nature grinça des dents, grogna, afficha une grimace en s'imaginant des paysages plus déplaisants les uns que les autres. Des immeubles, des maisons sans aucune pointe de véritable nature autour d'elle. Juste du synthétique. Cette perspective navrait la jeune fille qui aimait les buissons, les arbres, l'herbe fraîche plus que tout au monde.
Les routes couvertes de goudron, et les voitures dont les pots d'échappements crachaient de matières absolument dégueulasses dont Juvia se souvenait vaguement. Et puis ces hommes qui oubliaient leurs origines animales, et qui se croyaient supérieurs par rapport à toutes ces espèces. La demoiselle avait des souvenirs flous, mais elle essayait de ne pas trop y penser. Car ses seuls souvenirs lui faisaient horriblement peur, elle en tremblait rien qu'en y pensant. Elle voyait un homme, étrangement bien habillé, et une femme pareillement vêtue à ses côtés.
Cet homme hurlait. Contre elle.
La bleue grimaça, essayant de refouler cette bribe de souvenir qui la traumatisait, littéralement. Le visage de l'homme qui était toujours flou dans sa tête finit peu à peu par disparaître, et elle put enfin respirer, comme si elle était libérée de quelque chose. Elle sentit sa poitrine se vider soudainement de tout son air, et ses poumons demandèrent encore de l'air qu'elle inhala. Encore et encore. Elle haletait. Alors ce simple souvenir lui avait fait oublier ce réflexe si vital qu'était celui de respirer ? Alors que c'était la base de la vie ?
Juvia se demandait pourquoi ses souvenirs refusaient de coopérer, et de gentiment s'éclaircir dans la tête de leur propriétaire. Elle voulait savoir d'un côté, mais elle avait un peu peur. Si son passé était compliqué, et qu'elle était bien trop impliquée dans le monde des hommes, elle se détesterait, et elle aurait peur. Très peur. Elle ne voulait pas ça. Elle voulait courir dans cette forêt, s'amuser, rire avec Le Loup, vivre sans se soucier des soucis humains dans un sens.
Oui, Juvia l'avait toujours su dans un sens.
Elle ne faisait pas partie de ce monde, avec ces arbres et cette plénitude qu'elle chérissait tant. Elle était de ceux qui cassaient le calme, qui détruisait la nature, qui prenaient plus que leur dû. Elle ne faisait pas partie de cette forêt. Mais en même temps elle en était une habitante. C'était tellement contradictoire, et cette contradiction l'effrayait. Et si ses souvenirs décidaient de revenir brusquement ? Que devrait-elle faire ? Rejoindre le siens, abandonner Le Loup ?
Alors que ce monde les hommes l'effrayaient tant ?
La demoiselle finit par s'asseoir sur la branche de l'arbre. Elle avait l'air d'une sauvage, à savoir grimper dans les arbres de la sorte, à aimer sauter dans les flaques le lendemain d'une averse, et surtout, le soucis, c'était ses cheveux bleus. Pourquoi les avait-elle d'une telle couleur ? Elle n'avait jamais vu de personnes avec de telles chevelures, et le monsieur méchant de ses souvenirs les avait blonds très court. Et la dame derrière lui... Brune, elle n'en était pas sûre, mais c'était à peine ce que Juvia parvenait à voir.
Humain, elle.
Ou peut-être, Humaine ?
Elle n'en était pas totalement sûre encore parce qu'elle ne voulait pas totalement se l'avouer, mais elle savait déjà qu'elle n'était pas un loup. Loin de là. Elle n'avait rien à voir avec son camarade au pelage noir. Elle était différente, et elle le savait depuis qu'elle avait fait la rencontre de ce chasseur. Celui qui vivait avec elle depuis près d'une semaine.
Silver.
Au début, ça avait été compliqué de cohabiter avec un homme tel que lui. Il était désagréable, et ça, Juvia pouvait l'affirmer haut et fort –de toute façons, le brun se fichait de l'avis de la demoiselle sur sa personne. La bleutée avait arrêté de compter le nombre de fois où elle avait dû l'empêcher d'allumer un de ces petits bâtons qu'il sortait du paquet « fumer tue », parce que du coup, la demoiselle savait que c'était dangereux. Silver lui avait dit par la suite que ces bâtonnets étaient des cigarettes, et qu'elles tuaient lorsqu'on en consommait trop.
La demoiselle avait très vite constaté que l'intrus avait de la force. Beaucoup plus de force qu'elle. Et en une petite semaine à peine, l'homme tenait déjà sur sa jambe dont la cheville était blessée, même si la demoiselle savait que ça le faisait souffrir. Il ne voulait pas lui avouer, il était trop fier pour ça. Les deux ou trois premiers jours, il avait attendu dans la grotte, pestant contre son incapacité à se mouvoir, et lorsqu'il en a été un minimum capable, il avait sauté sur ses cannes pour se déplacer comme bon lui semblait.
Et il suivait Juvia.
Il chassait avec elle.
Et la demoiselle avait bien vite remarqué que sans son arme et le monde des hommes, il avait bien du mal à se nourrir. Alors, elle lui avait montré comment trouver des baies, ou des racines –que le brun avait été réticent à ingurgiter au départ. Ils mangeaient rarement de la viande, et le jeune homme qui était à priori habitué à manger beaucoup plus que ça sentait son ventre réclamer de la nourriture absolument tout le temps. Juvia avait donc redoublé les heures de chasse. Elle qui n'appréciait pas ça particulièrement.
Et là, elle pouvait parier qu'il l'attendait en bas de l'arbre, puisque sa cheville lui faisait mal. Elle s'en fichait complètement de le faire attendre d'ailleurs. Elle était bien, plongée dans ses pensées, là, dans son arbre. Elle ne l'aurait quitté pour rien au monde. Enfin, c'était sans compter sur un élément perturbateur qui vint interrompre son moment de tranquillité. Cette voix trempée de désagréable, et d'impatience. Ces mots qui déchirèrent l'air, troublant sa tranquillité qu'elle avait pourtant trouvée, en fin de compte.
« Oh ! L'idiote !»
La demoiselle grinça des dents. Silver était vraiment horrible, surtout avec elle. Elle l'ignora dans un premier temps, et s'efforça de regarder devant elle. Elle devait se concentrer sur autre chose. Ne pas l'entendre, ne pas faire attention à lui, plonger dans sa bulle de bien-être. Elle allait y arriver, elle y était presque.
Oh ! Je sais que tu m'entends !
Elle se força à rester la plus calme possible. Mais pourtant, son cœur commençait à palpiter de colère tandis qu'un nœud nouait son estomac. Pourquoi, alors qu'elle voulait se détendre, pourquoi avait-il fallu qu'il brise sa petite bulle de bonheur ? Juvia voulait lui crier dessus, comme elle le faisait à chaque fois, mais elle savait qu'il était bien plus grand qu'elle, et que sa crédibilité en prenait un sérieux coup lorsqu'elle lui faisait face. La demoiselle serra les poings, froissant sa robe déjà en piteux état.
Descends de ton perchoir, j'ai trouvé des racines !
La demoiselle craqua. Elle se redressa prestement, et se mit debout sur sa branche. Son regard en disait long sur l'envie de tuer l'homme qui la rongeait. Elle qui aimait tant ces petits moments de bonheur qui pouvaient durer des heures, elle était interrompue pour une raison futile. Les muscles de sa mâchoire se tendirent alors qu'elle toisait l'humain de toute sa hauteur. Celui-ci n'avait toujours pas abandonné son sourire tellement énervant, que la bleue n'arrivait toujours pas à avaler. C'était tout simplement insupportable.
Agilement, elle se servit de l'arbre et de son écorce pour descendre mettre pied à terre. Dès qu'elle eut touché le sol, son regard assassina littéralement l'intrus qui s'empêcha de rire. Les dents de l'ébène pincèrent ses joues pour éviter de s'attirer totalement les foudres de la demoiselle. Il tapota sa tête d'un air supérieur, et lui mit les racines trouvées sous le nez. Juvia ne savait pas vraiment quoi faire de ces dernières, et elle se contenta d'observer le jeune homme, un sourcil arqué tandis que son pied tapait nerveusement le sol.
« Ça suffira pour manger, ce soir ?
– Juvia pense que oui... Souffla la demoiselle. Mais est-ce que Silver aura assez à manger ?
– Mais ces racines ne sont que pour moi. Trouve-en d'autres, c'que tu bouffes, c'est pas mon souci. Rétorqua-t-il, hautain.
L'amoureuse de la nature cilla. Alors qu'elle assimilait les paroles de l'ébéniste dans son cerveau en ébullition, ses sourcils se froncèrent, et elle sentit son estomac palpiter d'énervement. Alors ils n'étaient pas devenus compagnons (temporaires, bien sûr) ? Il la considérait toujours autant comme un guide, rien d'autre ? Mais qu'elle caractère de cochon celui-la alors ! L'envie de Juvia de tuer le jeune homme ne faisait qu'accroître à chaque seconde qui passait.
La bleue prit les racines des mains du blessé, et commença à avancer pour ne pas qu'il l'atteigne si facilement avec sa cheville. Elle se retourna, face à lui, lui permettant d'affronter son regard noir. Oui, Juvia avait l'air d'une tueuse, le jeune homme l'avait véritablement blessée, et elle voulait lui rendre la pareille. Alors doucement, elle leva la main aussi haut qu'elle put, et elle balança les précieuses racines de l'homme parterre, les piétinant puérilement après pour bien faire. Le détenteur des défuntes racines se mit à jurer haut et fort contre la demoiselle qui ignorait ses menaces.
La jeune femme s'approcha doucement de l'ébène à qui elle lança un regard meurtrier. Elle se planta devant lui, plongeant son regard céruléen dans les orbes sombres du blessé.
« Qu'on soit bien d'accord, Silver. Cette forêt, c'est chez Juvia. C'est donc Juvia qui commande, pas vous. Et lorsqu'elle vous a demandé d'aller chercher des racines tout à l'heure, c'était pour nous deux, pas pour vous tout seul ! » Finit-elle en criant.
Et puis soudain, la peur prit le dessus sur sa personne.
Silver avait pris sa robe au niveau du sol, et ses orteils touchaient à peine le sol. Pour le coup, il paraissait vraiment en colère. Il l'avait légèrement soulevée, et la jeune femme se débattait tant bien que mal pour regagner la terre ferme, essayant de se défaire de l'emprise du menaçant chasseur. Déglutissant péniblement, la bleue refoula ses larmes de peur, et affronta tremblotante, le regard de son interlocuteur.
« La forêt, ça fait un moment qu'elle appartient aux hommes. » Cracha le taciturne en appuyant bien sur le dernier mot.
Cette phrase, pourtant si simple, se répercuta chez Juvia comme un choc. Elle regarda l'ébène en face d'elle, tentant de déceler la blague dans son regard, mais il était très sérieux. Mais ce n'était pas vrai, il disait n'importe quoi juste pour l'embêter, c'était toujours comme ça depuis qu'il était là. La forêt appartenait aux animaux, dont elle puisqu'elle y était depuis son enfance. C'était totalement injuste de dire que cette terre de paix, car Juvia l'avait toujours considérée ainsi, appartienne aux hommes. Oui, car eux, ils semaient la désolation et la terreur sur leur passage.
Juvia grogna, et arracha la poigne de Silver de son col.
« Vous avez tout faux. Déclara-t-elle d'une voix froide, et intransigeante. La forêt appartient à ses habitants, comme les loups ou-
– Et donc tu vas m'sortir que t'es un loup, c'est ça ? » Coupa-t-il avec insolence.
Exactement, c'est ce que s'apprêtait à dire Juvia. Mais devait-elle parler à Silver de ses doutes sur elle-même ? Du fait qu'elle ait l'impression d'être différente par rapport à son seul compagnon jusque là, le Loup noir ?
Non, elle ne le devait pas. Silver n'allait pas l'écouter, il allait se moquer d'elle, c'était certain.
Et puis l'ébène se mit à se rapprocher d'elle. Craintive, la demoiselle se mit à reculer, encore et encore, évitant le plus possible le contact avec l'être devant elle dont les airs étaient menaçants. Son dos cogna l'écorce d'un arbre qui se trouvait là, l'empêchant maintenant de s'échapper. Elle mit les mains devant sa poitrine, se protégeant grâce à ce réflexe de survie. Le visage de l'homme se rapprocha de plus en plus du sien, jusqu'à frôler sa bouche. Elle grogna, n'aimant pas cette soudaine proximité, et tenta de le faire reculer, mais rien n'y faisait.
Et puis, il ouvrit la bouche. Pour dire ces quelques mots destinés à détruire son cœur.
« Tu n'es pas un loup. Tu appartiens au monde des hommes, comme moi. »
Le cœur de Juvia s'accéléra. Elle s'en doutait un peu depuis quelques temps. Elle-même avait commencé à comprendre. Mais l'entendre sortir de la bouche du jeune homme lui fit un effet étrange.
Sans s'en rendre compte, Juvia avait arrêté de respirer.
Là, ça lui faisait tellement mal. Dans son cœur.
Comme un poignard qui lui lacérait la poitrine avec sadisme.
Là, ça piquait dans son être.
Au niveau de sa cage thoracique.
Juvia n'arrivait plus à respirer normalement.
Et ses yeux, qui s'emplissaient de larmes salées, encore et encore. Sa vue qui se brouillait. Sa gorge qui se serrait et qui lui faisait mal.
Et sa voix tremblante.
« Vous... Vous mentez. » Affirma-t-elle difficilement.
Non, il ne mentait pas. Il était très sérieux, et la demoiselle pouvait le lire dans son regard. Horrible. Cette tension était absolument insupportable. Et sans s'en rendre compte, la jeune femme avait laissé les larmes courir librement sur ses joues. Silver s'écarta, peut-être content de lui avoir ainsi brisé le cœur. De lui avoir dit que son plus grand rêve n'était qu'une chimère. Oui, peut-être était-il heureux d'avoir agi ainsi. Mais pour l'amoureuse de la forêt, c'était absolument insupportable. Elle était brisée. Et elle se sentait tellement mal. Elle voulait disparaître. Oui, c'était peut-être la meilleure solution.
« Ne te mens pas à toi-même, Juvia. » Entendit-elle vaguement, sur un ton de reproche.
Mais la demoiselle ne faisait déjà plus attention à ce qui l'entourait. Elle avait lentement glissé contre l'arbre, et ses genoux avaient rejoint sa poitrine pour qu'elle se recroqueville. Juvia était pathétique. Elle était adulte, ou quasiment. Mais elle se comportait comme une gamine à qui on aurait pris son jouet préféré. Là, contre cet arbre, elle pleurait tant qu'elle le pouvait tandis que Silver s'éloignait petit à petit. Juvia savait où il allait, mais elle ne voulait pas le suivre. Elle lui en voulait. Qu'est-ce qui avait de drôle à détruire ses rêves les plus chers ? C'était un monstre, rien de plus.
Ne te mens pas à toi-même, Juvia.
Mais elle ne mentait pas ! Elle ne savait rien ! L'ignorance était peut-être ce qui aurait pu la qualifier avec le plus de succès. La demoiselle ne savait rien du monde extérieur. Jamais elle n'était sortie de cette forêt, et un trou figurait dans son cerveau, l'empêchant de raviver ses souvenirs au-delà de ses dix années. Sa seule compagnie était Le Loup qui comptait beaucoup pour elle. Entre eux, il n'y avait jamais eu un amour fou, ni cette relation du maître et de son animal qui se suivent partout où ils vont. Toujours, ça avait été simplement une compagnie. Un compagnon sur qui ils pouvaient compter, tous les deux. Et depuis toujours, Juvia avait eu l'impression de comprendre l'animal. Elle s'était attachée à lui. Alors elle était arrivée à une conclusion. Elle était un loup elle aussi, et c'était pour cela qu'elle se sentait si bien en sa compagnie.
Elle renifla bruyamment sous la pluie battante qui commençait à tomber sur sa tête. La demoiselle s'en fichait, elle laissait la nature se déchaîner sur elle. Après tout, elle faisait partie de cette nature, elle n'avait aucune raison de l'éviter pour aller s'abriter. Alors elle subissait les états d'âme du ciel en colère. C'était étrange, souvent, lorsqu'elle était triste, le ciel pleurait avec elle. Déversant des tonnes et des tonnes de litres d'eau sur la forêt et ce qui l'entourait. Depuis son plus jeune âge. A chaque fois que son cœur avait fait des siennes, l'amoureuse de la nature voyait la pluie tomber. Et ce jusqu'à ce que son chagrin se tarisse. Elle ne savait pas si c'était une simple coïncidence ou non, mais ce n'était pas très joyeux. C'était déprimant, comme disaient les hommes.
Les hommes.
Alors elle était Humaine ? Était-elle réellement comme ces autres monstres dont le seul but était de satisfaire leurs petits nombrils sans jamais penser aux autres ? Pourtant, elle avait l'impression d'aimer les animaux, et d'y faire attention. Elle avait même plutôt l'impression de penser d'avantage aux autres qu'à elle. Elle n'avait pas compté le nombre de fois où Le Loup était rentré dans la grotte, un peu blessé (une bagarre sans doute), et qu'elle s'était inquiétée toute la nuit, pensant qu'il aurait pu y rester. Mais l'animal était robuste, et des petites égratignures n'étaient rien pour lui. Il s'en fichait totalement.
Juvia soupira, et releva un peu la tête, songeuse. Sa peine s'était un peu estompée grâce à ses pensées qui avaient dérivé sur son ami à fourrure. Car grâce à cela, son cœur s'était un peu réchauffé, et elle se sentait mieux. Peut-être devait-elle rentrer chez elle, rejoindre Silver, et Le Loup s'il y était. Mais non, quelle idiote. C'était soit Silver, soit le Loup. Jamais l'un ne traînait avec l'autre. Pour une raison qui était très simple : L'animal craignait le chasseur, ce qui était assez compréhensif. Du coup, il ne se pointait pas très souvent depuis que le brun avait débarqué chez eux.
La jeune femme se releva doucement, et soupira. La pluie se calmait un peu. Cependant, Juvia n'avait aucune envie de revoir le brun. Il avait voulu s'aventurer dans cette forêt pour une raison quelconque, qu'il y reste. Juvia ne l'aiderait plus. Elle regarda le chemin qui menait à la grotte, et commença à marcher dans le sens inverse.
A force de marcher, Juvia avait pensé de nouveau aux récents événements. Il était évident que Silver allait se moquer d'elle, et elle n'en avait pas envie. En fait, elle voulait fuir son regard méchant. Tant pis si elle devrait aller s'installer autre part, tant pis si elle devait abandonner sa grotte à elle. Elle voulait trouver Le Loup, et partir en sa compagnie pour trouver un nouveau lieu où s'établir.
Non, plus de Silver.
Elle redeviendrait libre, sans la pression des hommes sur son dos. Parce que Silver lui administrait cette pression, en lui prouvant qu'elle était humaine. Et la jeune femme détestait ça. Elle voulait courir, rire, sauter dans les flaques, sourire, encore et encore. Elle ne voulait plus pleurer. Elle ne voulait plus être faible. Et sa faiblesse, c'était les hommes.
Les pieds nus de la bleutée écrasaient l'herbe tout fraîchement arrosée par la pluie. Ses yeux cobalts recherchaient inlassablement la fourrure noire de l'animal sauvage, mais ce dernier était introuvable. La demoiselle avait passé un moment à le chercher, mais il ne se montrait pas malgré ses appels. C'était plutôt étrange dans la mesure où il venait toujours à sa rencontre lorsqu'elle l'appelait.
Durant un instant, elle grogna, se rendant compte que sa robe lui collait à la peau et la gênait plus qu'autre chose, à cause de la pluie. Aucunement gênée par le principe d'être pudique, la femme de la forêt ôta le vêtement qu'elle laissa tomber au sol. Nue, elle s'étira, retrouvant une certaine aise, et se remit en route. Elle s'enfonçait toujours plus dans la forêt dense qui la perdait un peu. Sa peau fut coupée par une feuille au niveau de ses hanches, et elle grogna de désagrément. Heureusement, ce n'était qu'une petite égratignure, rien de grave.
La jeune femme essuya le sang, et se remit à marcher. La nuit n'allait pas tarder, et elle commençait à se fatiguer. Elle devait trouver un endroit où s'abriter, et il fallait qu'elle retrouve le Loup le lendemain. Sinon, elle risquait de tomber de fatigue, et ce n'était peut-être pas la meilleure manière de retrouver son compagnon. Alors, ses pas redoublèrent d'ardeur.
Au détour d'un arbre qu'elle reconnut à cause d'une étrange marque bleue dessus, la demoiselle trouva un cadavre d'un chasseur, comme Silver quelques jours plus tôt. Stupeur. Elle se figea, horrifiée par ce corps sans vie. Deux trous figuraient dans sa poitrine, sûrement des balles. L'amoureuse de la nature se pencha, et commença à frissonner de froid. Puisque la pluie tombait de nouveau de plus en plus, elle ne pouvait pas nier que nue, elle avait froid. Elle regarda la lourde besace de l'homme et ce qu'elle contenait. Par chance, elle tomba sur un t-shirt (bien trop large pour elle, mais elle l'enfila quand même) ainsi qu'un pantalon comme celui de Silver.
Les vêtements étaient lourds, mais ils lui tenaient déjà un peu chaud. La demoiselle continua alors sa route, ignorant la puanteur des lieux. Elle devait lutter pour ne pas vomir à cause du mort qui pourrissait adossé à l'arbre. Finalement, ses pieds la menèrent plus loin, non loin d'un lac qu'elle n'avait jamais vu. D'ailleurs, elle s'étonna d'être aussi éloignée de sa grotte.
Non, ce n'était plus sa grotte. Elle devait se mettre ça en tête.
Soudain, elle entendit des branches craquer sous des pas. Tous ses sens se mirent en alerte. Que se passait-il ? Qui se rapprochait d'elle ? Juvia commença à paniquer, elle retint sa respiration, et elle se décala vers un arbre et s'y cacha. Bientôt, elle vit une troupe d'hommes armés se rapprocher du lac. Ils devaient être cinq ou six.
Juvia hoqueta, c'était des chasseurs.
La demoiselle remarqua que la pluie avait finalement cessé, néanmoins, l'atmosphère restait humide, et Juvia frissonna. Elle observa les hommes monter petit à petit leur camp, et allumer un feu sous une tante qu'ils avaient construite. La bleue se demandait ce qu'ils faisaient là, et pourquoi ils campaient près de ce lac. Pourquoi ils campaient tout court, aussi.
Et puisque Juvia était maladroite, elle eut un geste non-voulu, et elle écrasa une brindille. Toutes les têtes se retournèrent immédiatement vers elle et elle se figea. Puisqu'elle était derrière l'arbre, ils ne l'avaient normalement pas vue. En plus, elle était abritée derrière un chêne centenaire, et le végétal était très large.
« Y'a quelqu'un ? » Demanda la voix rauque d'un des chasseurs.
Le coeur de la demoiselle s'emballa. Puisqu'elle n'était pas un animal, ne pouvait-elle pas se montrer ? Mais peut-être que ces hommes la tueraient quand même ? Dans le doute, la jeune femme resta planquée derrière son arbre.
Mais des pas approchaient.
« Je sais qu'il y a quelqu'un, montrez-vous ! » Ordonna une voix forte.
Juvia essaya de rester cacher même si ses muscles tremblaient fortement et qu'elle étouffait des soupirs terrorisés. Elle qui n'avait jamais eu de contact avec des hommes autre que Silver, elle était servie. Elle redoutait la mort plus que tout à ce moment précis, et pour la première fois de sa vie, elle haïssait sa solitude.
Soudain, la bleue sentit qu'on lui attrapait violemment le bras. Sans être consentante, l'homme la tira vers lui, un sourire malsain aux lèvres. Ses camarades le regardaient, tous plus terrifiants que les autres pour l'ignorante.
« Bah alors ma jolie, t'essayais de te cacher ? Qu'est-ce que tu fais là toute seule ? » Sa voix avait une étrange consonance malsaine.
Juvia refoula ses larmes et essaya d'ignorer le mal de ventre insupportable qui la tiraillait. Elle avait envie de s'enfuir le plus loin possible, d'échapper à la poigne de ce chasseur. Elle ressentait de la peur.
« Viens t'amuser avec nous, voyons. »
La femme de la nature essaya de se débattre d'un brusque coup, tentant de ramener son bras prisonnier vers elle, mais ça ne fit qu'aggraver son cas : le chasseur la tira vers lui et la jeta vulgairement parterre, comme si ce n'était qu'un objet, une vulgaire chose avec laquelle il avait le droit de s'amuser comme il avait le droit de la jeter.
Juvia tenta de se reculer, et son dos heurta un arbre. Entre temps, les autres chasseurs s'étaient levés et s'approchaient dangereusement d'elle.
Juvia avait si peur, elle voulait que quelqu'un lui vienne en aide.
Tout de suite.
Le chasseur lui saisit de nouveau le bras sans aucune douceur pour la forcer à s'allonger. Juvia ne put que s'exécuter, fébrile et totalement terrifiée. Qu'allaient-ils lui faire ? Pourquoi les hommes étaient tous si mauvais ? Elle ferma les yeux, prête à subir.
Mais alors qu'elle pensait qu'elle allait subir des choses atroces, Juvia sentit que quelqu'un se plaçait devant elle. Elle ouvrit les yeux, peu confiante.
Silver était devant elle, et venait de pousser les hommes le plus loin d'elle possible, s'interposant entre eux et elle. Elle se figea, la bouche ouverte de surprise. Cependant, les chasseurs ne paraissaient pas surpris. Ils souriaient à Silver, un peu moqueurs sur les bords.
« Bah alors, Gray, c'est ta copine ? Excuse-moi, je ne savais pas, tu n'en ramènes tellement jamais au village des canons comme ça. » Ricana le plus dodu d'entre eux.
Gray ? Qui était Gray ? La jeune femme était confuse. Pourtant, elle était quasiment sûre qu'ils s'étaient adressés à Silver, alors pourquoi l'avoir appelé Gray ? Cela n'avait aucun sens ! La demoiselle se releva, couverte de boue, elle faisait peine à voir. Elle se recula encore un peu.
« La ferme. Grogna Silver, visiblement mécontent. Qu'est-ce que vous faites là d'abord ? Je croyais que le maître m'avait personnellement confié cette mission, alors pourquoi êtes vous ici ?
– C'est tout simple, arrête de t'énerver. Comme tu mettais du temps à rentrer, le maître nous a envoyé te chercher. Expliqua le chef de la bande.
– Tu mens. Cracha Silver. Il y a autre chose. J'te connais. Alors te fous pas d'ma gueule, et crache le morceau. »
L'homme sembla hésiter, sans pour autant quitter son cher sourire narquois qui était à priori bien trop attaché à sa face de crétin.
« On sait que t'as abandonné ta mission, Gray. On est venu tuer le loup noir. »
Un loup noir. Juvia espérait que ce ne soit pas son ami. Et Gray ? Pourquoi persister à le nommer comme ça puisqu'il s'appelait Silver. Juvia se leva, et fit face aux chasseur.
« Il s'appelle Silver, pas Gray. » Dit-elle simplement.
Comme réponse, le chasseur éclata de rire. Juvia ne comprenait pas. Qu'avait-elle dit de drôle ? Pourquoi ce chasseur riait-il ?
« Me dis pas que t'as appliqué les règles de la guilde avec cette nana, Gray ? » Articula l'homme en riant.
En réponse, celui qui se nommait Gray émit un grognement mécontent. Le chasseur regarda Juvia, narquois.
« Il t'a menti. Son prénom est Gray, pas Silver. Silver, c'est le prénom de son père. »
Juvia se sentit trahie. Elle pensait que Gray avait été honnête avec elle. Et là, elle se rendait compte qu'il ne lui racontait que des mensonges. Pourquoi fallait-il que parmi tous les hommes, elle tombe sur le pire ? Elle tourna la tête vers Gray, se forçant à sourire, énervée.
« Pourquoi mentez-vous, Gray ? »
Après cela, elle ne lui adressa plus la parole.
NDA : Après plusieurs semaines d'attente, voilà enfin le chapitre trois de la fille au loup. Je l'ai fini il y a un moment déjà, mais je n'arrivais pas à en être satisfaite. Je l'ai relu encore et encore, et pourtant, je n'arrive toujours pas à l'aimer pleinement, il y a toujours quelque chose qui ne va pas du tout. Peut-être la réaction trop excessive de Juvia ? Le fait qu'il n'y ait pas le loup dans ce chapitre et que Juvia soit encore à sa recherche ? Ou alors le fait que le moment où on apprend que Silver s'appelle Gray soit à chier. Bref, j'suis pas trop satisfaite, même pas du tout. J'espère quand même que l'histoire vous satisfait toujours. Une petite review ?
Un grand merci à Namuria et à Scorpon pour leurs reviews :')
