Disclaimer : Les personnages de base de ft sont à Hiro Mashima, les autres ainsi que le loup m'appartiennent.
Tout est sombre, un bruit assourdissant s'élève.
Et une douleur atroce.
Une horrible brûlure au niveau de son cœur, sa cage thoracique est en feu.
Elle essaie de bouger, mais elle est attachée, et des hommes s'assurent qu'elle reste bien en place. La peur s'empare de son être alors que ses yeux restent obstinément fermés.
Elle a peur. Si peur qu'elle en est pétrifiée.
Ses pensées s'emballent, sa respiration devient haletante, et elle se maudit de ne pas arriver à réfléchir correctement.
Et puis une douleur insoutenable s'infiltre dans tout son être, elle crie, hurle même, elle veut juste être libérée.
Pourquoi est-ce que ça doit lui arriver à elle ? Cette douleur lui fait perdre peu à peu son esprit et martèle son corps, elle va bientôt craquer, elle le sait.
Deux larmes coulent sur ses joues tandis qu'elle s'abandonne à son triste sort et crie une dernière fois.
« A l'aide ! »
Juvia se réveilla en sursaut, des perles de sueur sur le front. Sa respiration était beaucoup plus rapide que la normale, et elle tenta de se calmer tant bien que mal. Un horrible songe venait de la terroriser. Elle avait entendu d'horribles cris qui suppliaient d'obtenir de l'aide. Et ce qui était le plus étrange, c'était que cette voix terrorisait ressemblait beaucoup à la sienne.
Mais en plus jeune, peut-être ? Elle n'en savait rien.
Tout était encore flou dans son cerveau.
La jeune femme se redressa, la respiration haletante, elle mit une main sur sa poitrine pour tenter de se calmer. Très vite, elle remarqua qu'elle avait d'étranges vêtements. Un pantalon plus adapté à sa taille, et une veste qui venait couvrir sa large poitrine.
« Hey, tu vas bien ? » S'enquit une voix qui fit sursauter la demoiselle.
La bluette étouffa un cri de surprise et se décala un peu vers la gauche pour remarquer que Gray était nonchalamment assis à côté d'elle. Que faisait-il à ses côtés alors qu'elle dormait ? Où était-elle encore ? Elle toisa le brun qui attendait toujours patiemment sa réponse.
« P-pourquoi Juvia est-elle ici ? Souffla la bleue timidement.
– Parce que hier t'es tombée dans les pommes pendant la soirée ? Tu t'en souviens pas ? »
Juvia arqua un sourcil et tenta de s'en souvenir. Mais elle n'avait aucun souvenir d'une perte de conscience, elle avait juste l'impression de s'être endormie mais elle ne se souvenait plus où et pourquoi. Elle avait l'impression que tous ses souvenirs se mélangeaient avec ce rêve qu'elle avait fait, et elle se sentait vraiment engourdie. C'était très dérangeant, et elle brûlait d'envie de harceler Gray de questions.
« Non. Répondit la demoiselle en soupirant. Où sommes-nous ?
– En route vers la ville. » Répondit le jeune homme le plus naturellement du monde, comme si c'était normal pour Juvia d'être en route d'être en route vers la ville.
L'amoureuse de la nature se figea. Elle remarqua qu'ils étaient effectivement dans un étrange moyen de transport. Gray lui expliqua alors que ses collègues qu'elle avait vus un peu plus tôt dans la soirée venaient le chercher, et qu'ils rentraient chez eux.
Au bout d'un moment, Juvia se débarrassa de sa couverture et se leva. Bien vite, elle fut déstabilisée par le rythme de balancier de la calèche et retomba sur les fesses.
« Qu'est-ce que tu fais ? Demanda le brun, intrigué.
– Je m'en vais, je ne vais pas en ville.
– Je vois, mais tu n'as pas le choix. »
La bleue fut offusquée. Qui était ce Gray pour lui dicter ce qu'il devait faire ? Elle avait juste envie d'être libre, ne pouvait-elle pas l'être ?
« Je ne vous écouterai pas ! Je ne veux pas aller en ville, je n'irai pas !
– Sauf que tu n'as pas l'choix. Répondit Gray, toujours avec son air suffisant. Il y a une règle dans ma guilde qui dit que personne ne doit savoir mon vrai prénom. Or, tu as appris le mien à cause de mes abrutis de collègues. Donc je ne peux pas te lâcher dans la nature avec la conscience tranquille. »
Juvia savait que Gray était bien plus fort qu'elle. Il pouvait la maîtriser sans problème, et s'il avait décidé d'en faire sa prisonnière, elle n'avait pas le choix.
« Vous n'avez pas le droit de me faire prisonnière. Cracha la demoiselle.
– Ne t'inquiète pas, tu ne le seras pas.
– La ville sera ma prison. »
Elle avait dit ça d'un air si dramatique que Gray en fut lassé. Il soupira bruyamment, et s'allongea dans la charrette.
« La ville n'est pas si terrible que ça. J'comprends pas pourquoi t'en fais tout un plat.
– Où est le Loup ? » Juvia ne l'avait pas du tout écouté, furieuse. Elle voulait savoir où était son ami.
Le brun arqua un sourcil, et la regarda. Avec ses sourcils froncés, mais ses yeux trop bleus, elle n'était pas du tout crédible. Il finit par doucement rire avant d'hausser les épaules.
« J'en sais rien. Tu ferais mieux d'oublier cette bête. »
La jeune femme allait rétorquer lorsque leur charrette fut bousculée. Dans la secousse, Juvia fut projetée sur une des parois en bois du véhicule, et elle grimaça sous l'impact. Elle se releva prestement tandis qu'elle commençait à paniquer.
« Juvia, c'est rien, c'est juste les chevaux qui se sont arrêtés brusquement. » Grogna le brun.
Peu convaincue, la demoiselle convint tout de même de se calmer. Elle souffla en voyant que les bêtes ne gesticulaient plus, mais ce qu'elle vit la glaça littéralement sur place. Elle cessa tout mouvement et son souffle se coinça dans sa gorge.
Devant elle.
Le monde des hommes.
Contrairement à ce qu'elle pensait, il n'y avait pas de...
Elle rejeta le mot qu'elle avait à l'esprit.
Elle allait dire gratte-ciel, mais elle ne savait pas ce que voulait vraiment dire ce mot. C'était sans doute des bribes d'éléments qu'elle côtoyait lorsqu'elle vivait dans le monde des hommes.
Juvia se rendit bientôt compte qu'elle tremblait de peur. Ils étaient dans une rue, vide, et Gray lui avait demandé de sortir de la charrette. Ne sachant pas où elle était, Juvia n'avait pas d'autre choix que de l'écouter.
« Tiens, enfile ça. »
Un des amis de Gray lui avait envoyé une cape longue et lourde. Elle qui voulait se cacher, c'était parfait ! Elle se hâta d'enfiler le vêtement et de rabattre la capuche sur ses cheveux céruléens. Elle vit Gray faire de même, et il faisait presque peur avec ses cheveux corbeaux qui cachaient presque ses yeux, et Juvia aurait pu jurer que ceux-ci brillaient dans le noir.
Cependant, elle se sentait mal. Serait-elle vraiment capable de faire un pas de plus dans ce monde inconnu pour elle ? Serait-elle seulement capable de respirer dans ce monde étouffant et sale ?
Un dérangeant sentiment d'inconfort l'envahit. Son cœur lui criait qu'elle n'était pas à sa place. En fait, elle le savait déjà depuis un moment. Mais là, elle en avait la certitude.
Prenant son courage à deux mains, elle tira légèrement sur la cape du brun qui se tourna vers elle. Elle le regarda d'un regard suppliant –et elle eut horriblement honte de le regarder ainsi, gage de faiblesse.
« Ramenez-moi dans la forêt, s'il vous plaît. »
Le regard de Gray changea, et la pitié embrasa ses orbes. Juvia eut envie de le baffer. Elle détestait qu'on la regarde ainsi.
C'était juste elle qui s'imaginait des choses. Elle avait un espoir, un petit espoir.
Mais son espoir ne fut qu'éphémère.
« Tu sais qu'c'est pas possible, lâcha-t-il d'un coup, écrasant le cœur de Juvia. Il lui prit la main –ses doigts étaient gelés– et il traîna Juvia derrière lui. Tu viens avec moi. »
La bluette voulut se débattre, mais elle avait si peur de se défaire de la main de Gray qu'elle ne fit rien. En arrivant dans la rue principale avec Gray et ses amis, la demoiselle sentit son souffle se coincer dans sa gorge, et elle serra la main de Gray avec toute sa force –elle était prête à parier que ses ongles rentraient dans sa peau.
Il y avait beaucoup de gens par rapport à sa forêt uniquement peuplée d'animaux, et ça la pétrifiait.
Ils les regardaient tous d'une façon étrange, rien de bien suspect puisque le petit groupe était vêtu de capes. L'amoureuse de la nature tremblait de peur, et elle se cramponnait au chasseur avec toutes ses petites forces.
Dans sa forêt, elle avait toujours formulé des hypothèses. Elle pensait que les villes étaient trop grandes, et surpeuplées, mais ce n'était pas le cas de cet endroit. Les maisons étaient petites, et en bois. Il y avait des gens dans les rues, mais pas autant qu'elle se l'était imaginé. Dans ses pensées, elle avait souvent imaginé que les villes étaient tellement bondées de monde qu'il y était impossible de poser un pied devant l'autre. Mais dans ce petit village, cela semblait être différent.
Juvia trouvait cela bien étrange. Tandis qu'elle se faisait tirer par Gray qui ne se gênait pas pour la faire avancer plus vite quitte à lui faire mal, la demoiselle remarqua les boutiques ouvertes dans les rues, les gens qui riaient entre eux, et d'autres qui se baladaient ensemble, main dans la main. Juvia se demandait pourquoi ils avaient tous l'air aussi heureux. Ne se rendaient-ils pas compte qu'ils vivaient dans le monde des hommes et que tout cela était affreusement péjoratif ?
Non, les gens avaient l'air heureux. Pourquoi, ça Juvia ne le savait pas.
Pour la première fois dans sa vie, Juvia était curieuse, et elle voulait savoir.
Le petit groupe pénétra dans une maison un peu plus grande, et un peu plus terrifiante que les précédentes. Alors que Gray tenait toujours sa main, Juvia sentit un frisson lui parcourir l'échine, de sa nuque à ses fesses. Elle entra avec son ravisseur.
C'était une grande pièce, remplie de monde. Juvia était prête à parier que la quasi-totalité de la ville était centrée ici. Gray et ses camarades enlevèrent leurs capuches, et soupirèrent. Juvia allait faire de même lorsque Gray posa sa main sur sa tête, l'empêchant d'agir.
« Garde ta capuche. Ordonna-t-il en un souffle.
– Mais...
– Ne discute pas. » Son ton était sans appel, Juvia garda sa capuche en bougonnant.
Gray se dirigea vers le bar, et la jeune femme le suivit –il avait libéré sa main. Il s'assit nonchalamment au bar, et commanda une bière. Juvia ne savait pas ce qu'était une bière, et elle était curieuse de le savoir. Au bout d'un moment, un monsieur avec une étrange moustache servit à Gray ce qu'il avait commandé avant de regarder Juvia. La demoiselle baissa immédiatement les yeux et réajusta sa capuche, craintive.
« Dis donc Gray, elle est un peu bizarre ta copine.
– Ce n'est pas ma copine. Répondit le brun au tac-au-tac.
– Ouais bah elle est un peu flippante. Elle parle pas, elle garde sa capuche, et elle ne fait même pas attention à ce qui se dit.
– C'est pas l'sujet. Soupira Gray. Où est le maître ?
– En réunion avec les autres guildes. Il reviendra demain je pense. »
Gray grogna de frustration. Il regarda bien la pièce, et ne trouva définitivement pas les personnes de ses pensées. Soudain, il sentit quelqu'un poser une main sur son épaule. Il sursauta, et se retourna prestement pour trouver une belle jeune femme aux cheveux d'un rouge éclatant.
« Erza... Souffla le jeune homme.
– Tu es enfin rentré, on commençait à s'inquiéter. Tu as fait ton rapport au maître ?
– Non, il n'est pas présent. »
Erza regarda son ami et haussa finalement les épaules. Puis, elle remarqua Juvia et la dévisagea. C'était peu courant d'avoir des invités dans cette taverne miteuse, et les membres se connaissaient quasiment tous. Erza était une des plus anciennes, il était donc étrange pour elle de ne pas connaître quelqu'un qui fréquente les lieux.
« Qui es-tu ? » Demanda la rousse de sa voix presque masculine tandis qu'elle la regardait d'un œil implacable.
La bleue eut un sursaut. Cette personne s'adressait à elle directement. Erza parlait à Juvia. Et pour la jeune femme qui n'avait jamais parlé à personne d'autre qu'à Gray, c'était un choc. La rustre se demandait comment lui répondre. Enfin, si elle pouvait lui répondre, pour le moment, elle n'arrivait même pas à ouvrir la bouche, alors former une phrase lui semblait difficile.
Le regard brun d'Erza ne la lâchait pas, et Juvia se sentit prise au piège. Elle déglutit tandis que ses mains jouaient nerveusement avec les plis de la cape qu'elle maltraitait.
Ses oreilles commencèrent à bourdonner, et les yeux de Juvia commencèrent à lui piquer jusqu'à ce qu'ils soient vitreux, prêts à verser des larmes. Elle avait si honte de perdre ses moyens pour rien.
Mais en même temps, elle était tétanisée.
Et elle avait besoin d'air.
Prestement, elle se leva, bousculant un autre homme, et elle s'excusa vaguement avant de se précipiter vers la sortie. Elle entendit Gray crier son prénom avant qu'elle ne ferme la porte derrière elle et qu'elle commence à courir. Mais bien sûr, elle tomba au milieu de personnes qui se baladaient dans la rue.
Ses jambes commencèrent à trembler, et elle ne tint plus debout. Ses genoux rencontrèrent bien vite le froid du sol.
Qu'est-ce qui lui avait pris de sortir ? Qu'est-ce qui lui avait pris de sauver ce chasseur, en fait ? C'était clairement la source de ses problèmes. Elle aurait pu être encore dans sa forêt, mais elle était dans la ville.
La ville.
Pourquoi était-elle là en vérité ?
Elle ne se sentait pas à sa place. Elle avait horriblement peur.
Pour la première fois de sa vie, elle sentait son cœur s'emballer, et ses muscles trembler.
« A... A l'aide... » Supplia Juvia, le souffle coupé, et sa gorge douloureuse.
Son trop-plein d'émotions l'avala, la perdit. Elle ferma doucement les paupières, et son corps entama une chute vers le sol.
Des pas vifs se rapprochaient d'elle, mais elle ne percevait plus grand chose.
De grands bras l'entourèrent, et elle sentit qu'on la soulevait. Mais elle n'avait plus la force de se défendre.
Il fait froid et humide.
On lui a dit qu'elle s'appelle Juvia, et que son papa et sa maman l'ont déposée ici temporairement.
Que veut dire temporairement ? Elle l'ignore. Mais elle sait qu'elle est dans ce lieu depuis plusieurs semaines, voir plusieurs mois.
Papa et maman n'ont pas de sens dans son esprit non plus.
Juvia a huit ans. Elle a d'étranges choses aux poignets qui l'empêchent de bouger correctement. De temps en temps, elle a envie de sortir, mais on le lui interdit. Elle ne comprend pas bien pourquoi.
Des hommes méchants viennent la voir. A chaque fois, elle pense qu'ils vont la faire sortir de cet endroit peu accueillant, mais elle se trompe.
« Numéro 413. Souffle un vieillard aux rondes lunettes qui la fixe d'un air mauvais. Viens, c'est à toi. »
Juvia se lève docilement et le suit. Elle sait que c'est elle, le numéro 413, et qu'elle doit obéir. Elle ne lève pas les yeux, elle n'en a pas l'autorisation. Elle suit cet homme jusqu'à une grande pièce. Une fois arrivée, elle sent deux grands bras la saisir pour l'installer sur cette machine.
Immonde.
Elle sent la transpiration des autres passés avant elle. Et elle voit leur sang qui s'incruste sur sa peau ivoire aussi. Des liens la retiennent tandis qu'elle tente de s'enfuir, s'affole.
Non, elle ne veut pas subir ça de nouveau.
Et puis, comme d'habitude, il y a cette grande douleur qui la traverse, et la fait hurler.
Et elle ne sent plus rien, elle tombe dans un état second, subjuguée par cette atrocité qu'on lui fait subir.
De retour dans cet endroit où elle est enfermée, elle est couchée. Ses forces la quittent, mais elle sait qu'elles vont revenir.
C'est comme ça à chaque fois.
Quelqu'un...
Elle voudrait quelqu'un.
Quelqu'un pour la prendre dans ses bras avec affection.
Quelqu'un pour boucher les trous dans sa tête et lui donner des souvenirs heureux.
Quelqu'un pour l'embrasser et l'enlacer.
Mais elle a froid, et elle a peur, allongée sur ce sol gelé.
Quelqu'un. Elle voudrait quelqu'un.
Juvia se réveilla en sursaut, étouffant un cri d'épouvante. Ses muscles se crispèrent, et elle essaya d'oublier ce qu'elle venait de voir et d'entendre. Comment se faisait-il que ses souvenirs qu'elle avait jusque là perdus se manifestent d'un coup ? Ces bribes la laissaient dans la peur et l'incompréhension. Pour elle, cela n'avait aucun sens.
Elle se rendit compte qu'elle était dans un lit soigneusement fait. Elle ne se souvenait pas avoir déjà dormi dans un lit auparavant. Et elle vit Gray à sa gauche, assis sur un tabouret, il la regardait. Méfiante, elle se décala un peu mais le brun l'empêcha de trop bouger.
« T'es enfin réveillée. Est-ce que ça va ? T'as mal quelque part ? S'enquit-il sans pour autant quitter son air froid et détaché habituel.
– N-non, Juvia va bien. Hésita la demoiselle.
– Tant mieux. T'as faim ?
– Un peu...
– Bouge pas, j'reviens. »
La bleue vit Gray sortir de la pièce, la laissant seule. Elle en profita pour regarder les lieux. Elle était dans une petite pièce assez basique. Les murs étaient bleus clairs, ou même gris, elle ne savait pas vraiment. Elle avait un peu mal à la tête, et ses idées étaient embrouillées.
Gray revint quelques minutes plus tard. Il tenait un récipient fumant dans ses mains qu'il déposa sur une petite table près du lit.
« Tiens. C'est de la soupe. Annonça-t-il de la manière la plus naturelle du monde.
– De la soupe ? Répéta la bleue, septique.
– Ouais. C'est très bon, tu peux manger. C'est mon père qui l'a faite, et il n'y a que des légumes dedans. »
Voyant que la jeune femme était encore très méfiante, Gray prit la grosse cuillère en soupirant. Il remplit le couvert de bouillon sur lequel il souffla très légèrement avant de l'avaler. Il soupira d'aise, et regarda Juvia qui l'avait observé lorsqu'il avait engloutit la nourriture.
« Tu vois ? Il n'y a aucun piège, et c'est bon. Il vit Juvia hocher la tête avant de s'emparer à son tour de la cuillère. Attention, c'est chaud. » Prévint-il préalablement.
La demoiselle imita l'humain. Elle prit un peu de soupe, et souffla dessus en fronçant légèrement les sourcils, se concentrant au maximum pour imiter les gestes de Gray. Celui-ci en fut d'ailleurs amusé, et il ne put s'empêcher de sourire discrètement.
Juvia avala le contenu de la cuillère.
Gray regarda attentivement son visage. Elle eut l'air de bien savourer le goût de la cuisine de son père. Ses traits se tordaient alors qu'elle passait de la surprise à la joie. Le brun fut soulagé qu'elle aime ce repas, il se doutait bien qu'elle était plutôt méfiante : pas étonnant pour quelqu'un qui n'avait connu que la forêt dans sa vie.
Finalement, Juvia mangea le tout.
« Merci pour le repas... Souffla la demoiselle timidement.
– Y'a pas d'quoi. Tiens, enfile ça. C'était des vêtements à ma soeur, mais... Disons qu'elle ne les utilise plus. »
La demoiselle regarda les vêtements que le brun lui présentait. Il y avait des collants chauds, une robe à manches longues qui avait l'air lourde, et des chaussettes. Juvia hocha la tête, et enleva la veste sans vraiment réfléchir à la présence de l'homme à côté d'elle et celui-ci se mit à rougir. Elle ne portait aucun sous-vêtement, et il n'avait jamais été aussi gêné.
« Heu... Tu veux qu'je sorte ? Balbutia le jeune homme sans camoufler ses rougeurs.
– Pourquoi ça ? »
Gray ne réfléchit pas longtemps et annonça d'une voix presque solennelle.
« La pudeur.
– Qu'est-ce que c'est ? »
Après quelques réticences, le brun accepta de lui expliquer le principe de la pudeur. Pourtant, la jeune femme n'était toujours pas gênée. Au bout d'un moment, il remarqua une grosse cicatrice en dessous de ses côtes, bouffant la moitié de son ventre. Il arqua un sourcil, et demanda.
« C'est quoi, la cicatrice sur ton ventre ? »
La bleue parut surprise, puis, elle regarda elle aussi dans la même direction que Gray. Du bout des doigts, elle toucha timidement la trace de son passé.
« Je ne sais pas.
– Tu ne sais pas ? S'étonna l'homme.
– Non. Lorsque je me suis réveillée dans la forêt il y a quelques années, Le Loup se tenait à côté de moi, et il reniflait mon ventre. Je ne comprenais pas vraiment pourquoi, et après, j'ai remarqué qu'il regardait ma blessure. Je saignais, et je ne ressentais pratiquement rien. Peut-être était-ce parce que j'étais allongée dans la neige... Mais parfois, elle me fait mal. »
Le brun arqua un sourcil. Il se rassit correctement sur sa chaise, se rendant compte qu'il s'était petit à petit affaissé. Puis, il souffla.
« Mal comment ?
– Je ne sais pas.
– J'ai l'impression que tu ne sais pas grand chose.
– Non. »
C'est à ce moment là, et entendant sa voix fébrile et en voyant ses yeux dévier vers la couverture qu'elle serrait qu'il se rendit compte que ce n'était pas simplement une jeune femme fuyant les hommes. Elle avait un véritable mal-être, celui de ne pas connaitre ses origines. Et elle avait peur, même si elle ne voulait sûrement pas l'avouer.
Gray soupira bruyamment.
Juvia se réveilla quelques heures plus tard sans aucun souvenir de s'être endormie. Elle se frotta rapidement les yeux, et regarda autour d'elle. Ainsi, ses souvenirs lui revinrent, elle était chez Gray, et il lui avait donné une soupe –c'était très bon, d'ailleurs, et elle se promit de lui demander de lui en refaire une.
Même si c'était l'hiver et qu'une épaisse couche de glace recouvrait la ville, Juvia constata qu'elle n'avait pas froid du tout. Elle se sentait bien au chaud, et c'était agréable. En regardant les rues peu animées, Juvia se surpris à penser que la ville n'était peut-être pas si terrible que ça, après tout. Il y avait des choses agréables, et même si elle avait peur de lui la première fois qu'elle l'avait vu, Juvia devait admettre que Gray s'occupait bien d'elle.
La jeune femme n'avait jamais aimé rester en place, et elle avait toujours apprécié de pouvoir bouger librement dans la nature. Sauter, courir, rire, sauter, grimper, elle avait adoré ça. Et son cerveau était en ébullition quand elle se demandait pourquoi Gray l'avait bien emmenée avec lui. Il lui avait dit que c'était parce qu'elle connaissait son identité. C'était une hypothèse fort probable, mais quelque chose clochait. Si ça l'embêtait tant que ça qu'on connaisse son prénom, il aurait pu la tuer pour s'assurer de son silence. Et puis, pourquoi ses camarades avaient-ils révélé son identité si ils étaient camarades, justement ? C'était stupide. Alors combien de temps comptait-il la garder avec lui ?
La demoiselle se leva et mit la veste que Gray lui avait donné avec la robe. Elle sortit prudemment de la chambre, découvrant un long couloir contenant plusieurs portes dont elle ne connaissait pas l'utilité. Après tout, elle ne se souvenait même pas être entrée dans la maison.
Juvia entendit du bruit en bas, et elle déglutit, se faisant plus discrète. Il y avait une autre voix que celle de Gray, masculine, qu'elle ne connaissait pas.
La demoiselle s'agenouilla pour mieux voir qui était dans la pièce du bas. A travers les barreaux de l'étage, elle put voir un homme plus âgé que Gray, mais qui lui ressemblait étrangement. Les deux hommes discutaient calmement autour d'un café, et Juvia ne put entendre ce qu'ils se disaient. Et sans qu'elle ne s'y attende, elle éternua, et deux têtes se tournèrent vers elle. Confuse, elle mit une main sur sa bouche, mais c'était trop tard, les yeux de l'homme étaient déjà figés dans les siens.
« Tiens, tu as de la compagnie ? Fit le doyen avec un sourire qui sous-entendait beaucoup de choses, et Gray leva les yeux au ciel.
– Ouais. Viens Juvia. N'aie pas peur. »
Bien qu'anxieuse, la demoiselle finit par descendre les escaliers dans un rythme lent. Elle se planta non loin de Gray, et regarda l'homme en face d'elle qui la regardait avec un grand sourire.
« Juvia, voici Silver, mon père. Papa, je te présente Juvia.
– Enchanté, Juvia. » Sourit Silver en tendant la main à Juvia, et la jeune femme la serra maladroitement.
Silver gloussa sans aucune raison apparente et proposa un verre d'eau à Juvia, sermonnant légèrement son fils de ne pas avoir proposé à Juvia de boire quoi que ce soit. La demoiselle rit simplement en réponse, et elle s'assit près de Gray avec son verre d'eau. Les deux hommes parlèrent un instant de choses auxquelles Juvia ne s'intéressait guère. Elle préféra s'intéresser à la décoration du salon. C'était plutôt chaleureux, avec une jolie cheminée et es fauteuils tournés en sa directions, sur lesquels ils étaient assis. Soudain, une phrase de Silver l'interpella, et elle tourna la tête vers les deux hommes.
« Tu peux t'occuper de ma jambe, fils ? Fit le doyen. Ul n'est pas là en ce moment.
– Ouais, je m'en occupe. » Répondit Gray en se levant pour se diriger vers son père.
Curieuse, la bluette observa les deux hommes. Silver grimaça de douleur, et quelques secondes plus tard, elle découvrit avec stupeur que la jambe du doyen était sectionnée au niveau du genou, il n'y avait plus rien après. Gray posa la prothèse qu'il venait d'ôter, et il prit une crème dans le sac de son père. Celui-ci bougea un peu le reste de sa jambe de haut en bas, comme s'il ne l'avait pas fait depuis longtemps.
« Elle te fait mal ? Demanda Gray alors qu'il commençait à masser le moignon dans des gestes circulaires et répétés.
– Un peu. Au niveau de la cicatrice, surtout. Sinon, ça se remet bien. Ul m'a expliqué que ça prendrait du temps. » Expliqua Silver d'un air détendu, laissant son fils faire son travail.
Gray sembla un peu détendu alors qu'un sourire étrangement béât s'affichait sur sa figure.
« Ul... Souffla-t-il, pensif. Où elle est encore passée celle-là ? Juvia jura entendre qu'il pouffait à la fin de sa phrase.
– Oh, tu sais, elle voyage, comme d'habitude. Fit Silver en riant. Elle ne peut pas tenir deux secondes en place, c'est une vraie pile électrique. »
Cette fois Juvia en était certaine : Gray souriait bel et bien.
« Il faudrait que je prenne un peu de ses nouvelles quand elle revient dans la région. Songea-t-il à haute voix alors que Silver acquiesçait.
– Bonne initiative, fils ! S'exclama le vieux avec enthousiasme. Depuis que tu as fini tes études, tu ne l'as pas revue, je suis persuadé qu'elle sera heureuse de savoir ce que tu es devenu. »
Juvia vit le visage de Gray se fermer alors qu'il s'arrêtait un instant de masser son père qui arqua un sourcil. Quelques secondes plus tard, il recommença pour ne pas recevoir de questions désagréable sur son soudain changement d'humeur.
L'amoureuse de la nature se demandait pourquoi Gray avait soudainement changé d'humeur à la mention de son orientation. N'était-il pas content de faire partie de Fairy tail ? Il avait pourtant l'air d'être un bon agent, et pourtant, il était là, à masser son père d'une manière si précise que Juvia en était étonnée. Et doucement, cette situation commença à l'intéresser, elle était curieuse de savoir beaucoup de choses. Elle se racla la gorge, et Silver tourna la tête vers elle –Gray semblait bien trop absorbé par sa tâche.
« Juvia est curieuse, et c'est un mauvais défaut. Cependant, elle voudrait savoir pourquoi Silver n'a plus sa jambe ? Et qui est Ul ? »
Juste après avoir prononcé sa réplique, Juvia se mordit méchamment la langue. Jamais elle n'aurait dû poser ces questions ô combien idiotes ! Son hôte pourrait la prendre pour quelqu'un d'irrespectueux, et elle ne voulait pas ça.
« Pour ma jambe, c'est très simple. Commença Silver toujours en souriant, ses lèvres semblaient scotchées vers ses oreilles, et Juvia se surpris à commencer à apprécier le doyen. J'ai perdu ma jambe lors d'une mission qui consistait à tuer un Loup. Mais la bête était très rapide et féroce, et je n'avais même pas le temps de décocher une balle qu'elle bougeait, c'était impressionnant ! Et pour se défendre, elle a littéralement déchiqueté ma pauvre jambe. Heureusement que Gray était là, je serais sûrement mort sans lui.
– Ul était là aussi. Juvia vit Gray monter les yeux au ciel. Je n'ai rien fait d'autre que de stopper le sang.
– Rien que ça. Ironisa Silver. Si tu n'avais pas arrêté le sang, je serais mort. »
Dans un grognement, Gray décida de ne pas répondre à son père, et il arrêta de le masser pour essuyer son genou et ses propres mains.
« Lève-toi. » Fit simplement Gray en tendant les mains pour que son père s'en saisisse.
Silver s'exécuta et à l'aide de son fils, il se mit sur sa jambe valide. Gray put ainsi constater ce qu'il voulait et il grimaça en faisant rasseoir son père. Il prit la prothèse et l'examina.
« T'es sûr que Pollyussica te l'a faite à la bonne taille ? T'as un petit décalage de la hanche gauche par rapport à la droite qui est plus haute. Affirma le plus jeune.
– Tu oses remettre la parole de Pollyussica en doute, fils ? S'exclama Silver d'un air incrédule. Serais-tu suicidaire ? Fou ?
– Très drôle. Grogna Gray. En attendant, ton décalage des hanches est bien présent. »
Silver eut un sourire satisfait alors qu'il regardait son enfant.
« Ul t'a très bien enseigné le métier. Elle devrait être fière. Et les paroles de Silver firent rougir son fils d'embarras.
– Enseigner ? Répéta Juvia en penchant légèrement la tête sur le côté.
– Oui. Souffla Silver comme un secret. Ul est une excellente infirmière, et elle a servi de professeur à Gray. Mais après, Gray a du rejoindre Fairy tail. Cependant, c'est toujours un aussi bon médecin. »
Gray émit un grognement alors que Juvia le regardait, admirative. Elle ignorait que les hommes savaient aussi soigner et prendre soin des autres comme le faisait Gray avec son père. Peut-être se trompait-elle depuis le début ? Car elle en avait la preuve sous les yeux : Gray venait de soigner son père, et elle ne pouvait pas le nier. Même si Juvia était encore craintive, elle était de plus en plus à l'aise avec lui. Il n'avait pas l'air si méchant que ça.
Juvia sourit et ses pensées se dirigèrent vers son ami à la fourrure noire. Elle se posa mille questions à son sujet, inquiète. Il fallait absolument qu'elle le retrouve pour s'assurer qu'il se porte bien. Mais elle savait pertinemment que la bête ne s'approcherait pas de la ville même si elle y était.
Juvia soupira, lassée.
Gray finit de s'occuper de son père et il sourit. Il se retourna vers Juvia et la regarda. La jeune femme, elle, se contenta de se lever.
« Tu as faim ? » Demanda Gray en regardant la jeune femme.
Celle-ci chercha ses mots quelques instants avant de répondre.
« La soupe m'a bien rassasiée, merci. »
Gray hocha la tête, compréhensif.
« Tu veux aller dormir alors ? »
Contre toute attente de la part du jeune homme brun, Juvia refusa son offre.
« Non, j'ai beaucoup de questions à poser. »
Exactement comme Gray s'y attendait.
Après environ 3 000 ans, la suite est postée ! Bon, j'ai quelques excuses comme les suivantes : mon ordi m'a lâché (je ne l'ai toujours pas), et je suis occupée avec les cours, mais sachez que je serai toujours très lente dans la publication : j'ai mon brevet blanc le 3 et le 4 avril, et je suis assez angoissée donc je révise beaucoup. En plus, je suis prise par le tennis, mais je vais essayer de publier beaucoup plus souvent, j'ai enfin fini de planifier cette fiction jusqu'à la fin !
Je tiens tout d'abord à préciser qu'il y a bel et bien une raison valable pour que Gray ait emmené Juvia avec lui (pas sa stupide excuse de l'identité), mais vous découvrirez la raison dans les prochains chapitres.
Bon, pour une fois, je suis à peu près satisfaite d'un chapitre que j'ai écrit ! Je n'ai pas eu à trop le modifier, et je suis contente. J'ai hésité à le réécrire par rapport au début, mais ça aussi, il y a une raison plus tard. En fait, il y aura une explication à pas mal de choses au fil des chapitres (c'est le but d'une fiction, de toute façons...)
J'espère que vous lisez les notes de l'auteure, ça m'arrangerait pas mal, j'avoue.
Je remercie toutes les personnes qui ont continué à m'envoyer des reviews, ça fait toujours super plaisir.
Juvia
