Bonjour à tous !
Alors, tout d'abord, désolée pour le retard. Je ne vais pas vous raconter ma vie par le menu, mais quelques soucis familiaux m'ont un peu accaparés ces derniers jours. Vous l'aurez compris, ce n'est pas la joie tous les jours. Pour accompagner cette période un peu grise, je suis prise dans un syndrome de la page blanche, ce qui est parfaitement frustrant, d'autant que je sais ce que je veux écrire, mais je ne sais pas comment. J'espère que vous saisissez la nuance.
Comme d'habitude, et avec toute ma reconnaissance, merci à Clhook, qui a corrigé ce chapitre !
Enjoy !
Chapitre 3 : Secret
Got a secret, can you keep it?
Swear this one you'll save.
Better lock it in your pocket,
Taking this one to the grave.
If I show you, then I know you
Wont tell what I said.
Cause two can keep a secret
If one of them is dead.
J'ai un secret, peux-tu le garder?
Jure que tu le tairas.
Tu ferais mieux de le coincer dans ta poche,
Que tu emmèneras dans ta tombe.
Si je te montre, alors je sais que tu
Ne répéteras pas ce que je t'ai dit.
Car deux personnes peuvent garder un secret
Si l'une d'entre elles est morte.
The Pierces – Secret
(Générique de Pretty Little Liars)
Vernon Dursley haïssait l'imprévu. Seulement, depuis que sa femme et lui avaient accepté de prendre sous leur toit l'anormalité, l'imprévu s'était invité dans la vie de Vernon. Il avait cru pendant quelques temps que l'anormalité partie étudier dans cette École de fous, sa vie allait reprendre un cours normal. Il se trompait.
Des anormaux avaient un jour débarqué au 4 Privet Drive, posant des questions, fouillant les lieux, jetant une quantité de s..., non, il ne fallait pas dire ce mot là. Puis ils étaient repartis. Sans donner d'explications.
'C'est la meilleure' avait pensé Vernon au paroxysme de la rage. Ces gens, si tant est qu'on puisse appeler ça des gens, débarquaient sans s'annoncer, prenaient possession de sa maison, faisaient ces trucs, et repartaient sans un mot, sans une explication valable.
Parce que leurs justifications quant à la protection de la maison, Vernon n'y croyait pas une seule minute. Si sa maison avait été protégée, ces personnes n'auraient pas pu ne serait-ce que poser un pied dans l'allée impeccable de son jardin irréprochable. D'abord.
Vernon avait fulminé pendant des semaines, cogitant, étudiant des possibilités, songeant à une manière de redonner une allure normale à sa vie, et rêvant que jamais son neveu ne lui ait été confié.
Puis, un jour, à quelques semaines des vacances d'été, il prit une décision.
Pétunia Dursley pinça les lèvres, signe de contrariété. Son mari avait sorti ses outils de bricolage et cela ne lui faisait pas plaisir. Poussières et sciures de bois allaient inévitablement ruiner son ménage fraîchement fini. Elle allait interroger son époux quand celui-ci prit son bric-à-brac hors de prix (il était directeur d'une fabrique de perceuses ne l'oublions pas) et partit à l'étage. Curieuse, Pétunia le suivit. Quand elle comprit ce qu'il faisait, elle écarquilla les yeux.
- Tu comptes enfermer le garçon, cet été ?
- Il faut bien que l'anormalité soit confinée quelque part, répondit Vernon essoufflé par tous ses efforts.
Après avoir vérifié que tous les verrous étaient bien fixés, il reprit ses outils, attrapa une échelle et entreprit de fixer des barreaux à la petite fenêtre de la chambre.
- Tu as peur qu'il s'envole, ne put s'empêcher d'ironiser Pétunia.
Elle tressaillit quand Vernon la foudroya du regard.
- Pas lui. Son oiseau de malheur.
- La Chouette ?
- C'est avec ça qu'il communique. Et je n'ai pas l'intention de laisser le garçon envoyer des messages aux autres. D'ailleurs, il est hors de question que le garçon garde le contact avec cette bande de... de... avec cette bande ! Il ne remettra pas un pied dans cette école de fou !
Pétunia pinça à nouveau les lèvres, mais n'ajouta rien. Mieux valait ne pas contrarier Vernon quand il était dans cet état là. Elle se dit que cela lui passerait. Mais les jours s'écoulèrent, rapprochant inexorablement le retour du garçon sous leur toit, et Vernon ne changeait pas d'avis.
Un jour avant le retour du garçon, les idées de Pétunia furent distraites par un autre retour, celui de son grand garçon, Dudley. Celui-ci arriva en conquérant dans la maison de ses parents, toujours aussi beau garçon aux yeux de sa mère. Ils fêtèrent tous les trois l'anniversaire, un peu en retard, de leur petit Popkin qui devenait grand. Cette année, la tradition de surenchère de cadeaux fut rompue. Dudley ne reçut que trente-cinq présents, mais en l'absence de son cousin, cela n'avait pas d'importance.
Puis, le lendemain après-midi, Vernon prit la voiture pour aller chercher le garçon à Londres. Il n'aurait pas pris cette peine si, quelques semaines auparavant, le couple n'avait pas reçu un courrier leur indiquant la date et l'heure exacte d'arrivée du train de leur neveu. Craignant toujours d'être observé, Vernon avait pris sur lui, et avait décidé d'aller chercher son neveu à la gare. Une seule chose consolait Vernon ce jour-là. Le garçon allait passer un très mauvais été, et il ne remettrait jamais les pieds dans cette école anormale.
ooOOOoo
Des barreaux et des verrous. Harry les vit tout de suite. Comble de l'horreur, une petite trappe avait été aménagée au ras du sol dans la porte. Pour la nourriture. Son Oncle et sa Tante avait décidé de l'enfermer comme un vulgaire animal pour l'été entier.
Sitôt arrivé, son Oncle lui avait confisqué sa baguette, avec une vitesse ahurissante pour un homme de sa corpulence. Il avait enfermé toutes les affaires magiques de Harry dans le placard sous l'escalier qui servait à peine un an auparavant de chambre au jeune garçon.
Quand la porte claqua derrière lui, et que les verrous furent poussés la colère monta violemment dans le cœur du garçon. Il était beau le Survivant, pensa Harry, enfermé comme une bête dangereuse par sa propre famille. Mais après tout, peut-être n'avaient-ils pas tort, se dit-il quand la colère reflua. 'J'ai tué un homme. Je mérite d'être enfermé.'
Harry s'allongea sur le lit, et soupira. Son Oncle avait bien fait attention de ne rien laisser dans la petite chambre qui puisse distraire le garçon. Et pour brimer Harry, l'Oncle Vernon était très efficace.
Hedwige partageait le sort de son maître, enfermée dans sa cage. Heureusement pour Harry, la chouette avait compris rapidement qu'il était nécessaire pour eux deux de se faire oublier. Elle n'était donc pas trop difficile, et faisait rarement de bruit.
Elle était d'un précieux secours pour Harry qui se sentait moins seul, mais petit à petit, la solitude se fit cruellement sentir. Aussi souvent qu'il y pensait, et à mi-voix pour ne pas être entendu de son Oncle et sa Tante, Harry se mit à se parler à lui-même. L'idée ne lui était pas venue naturellement. C'est quand il parlait à Hedwige qu'il se sentait le mieux. Alors, il prit la décision de parler. Pour ne pas devenir fou.
D'abord, il évoqua tous les souvenirs heureux qu'il avait de ses amis. Son souvenir préféré : quand Drago et Blaise avaient ri la première fois ensemble. Puis, il se mit à s'évoquer des souvenirs moins heureux. Après avoir épuisé le stock de souvenirs qu'il avait en réserve, il se rabattit sur les cours. Étrangement, les leçons dont il se souvenait le mieux étaient celles de potions. Peut-être parce qu'il avait démultiplié les efforts pour ne pas être (trop) pénalisé par Snape. Mais même en répétant encore et encore tout ce dont il se souvenait sur n'importe quel sujet, sans la possibilité de vérifier ou d'accroître ses connaissances, Harry se mit à tourner en rond dans sa tête.
Seul, sans distraction, alimenté deux fois par jour maximum (quand les Dursley n'oubliaient tout simplement pas sa présence), Harry se mit à dépérir. La Magie, même sans baguette, ne pouvait le sauver de l'ennui. Il n'était pas assez puissant pour faire apparaître un objet du néant. D'ailleurs, l'idée ne lui effleura qu'à peine l'esprit. Il envisagea de se servir de la Magie sans baguette pour fuguer, mais pour aller où ? Il n'avait pas d'argent, ni Moldu, ni sorcier pas de moyen de locomotion, à part ses jambes, et même s'il parvenait à s'enfuir, il serait exclu du Collège pour avoir usé de Magie dans le monde Moldu.
Il avait perdu le décompte des jours, après une petite semaine. Son ventre grondait constamment, et il maigrissait presque à vue d'œil. Il espérait juste que l'année passée n'avait pas été un rêve et que ses amis allaient s'inquiéter de son silence. Il espérait juste que quelqu'un vienne le sauver.
ooOOOoo
Severus Snape était un homme rancunier, et présentement, il en voulait beaucoup à son Mentor et supérieur hiérarchique, Albus Dumbledore. Il lui en voulait d'autant plus que la raison de sa colère n'était nul autre que Harry Potter. Le garçon avait eu de nouveau une chance insolente et avait été quasiment encouragé par le Directeur. Dans son immense mauvaise foi, Severus s'était dit qu'il détestait les qualités Gryffondoresques de son élève, et qu'il détestait encore plus que le Directeur les encourage. Si Potter se mettait en danger, grand bien lui fasse. Mais qu'il ne mette pas en danger les autres, encore moins son filleul.
Il ne s'inquiétait pas pour Potter. Jamais.
ooOOOoo
L'ambiance au Manoir Malfoy était tendue. Pour une raison qui lui échappait, le Ministère de la Magie avait décidé de perquisitionner certaines demeures de grandes familles sorcières. Les Malfoy bien sûr, mais aussi les Parkinson, les Goyle et les Nott. Lucius était outré. Pas qu'on puisse le soupçonner de verser dans la Magie Noire, non. Si les gens le pensaient, cela était plutôt bénéfique pour sa réputation d'homme de pouvoir. Ce qui le dérangeait était les perquisitions en elles-mêmes. Jamais les Aurors n'auraient dû pouvoir fouiller sa propriété. Jamais ils n'auraient dû avoir le cran de passer le portail de son Manoir.
Heureusement, jamais non plus quiconque ne soupçonnerait qu'il puisse cacher la moindre chose dans une pièce secrète, dont l'entrée était dissimulée sous l'épais tapis oriental du salon d'hiver.
Malgré tout, une visite dans quelques boutiques de l'Allée des Embrumes allait être nécessaire, pour se débarrasser d'un certain nombre d'objets compromettants. Et quelque autre objet devrait disparaître … différemment.
ooOOOoo
- Ça n'est pas normal Blaise !
- Daphie Jolie, calme-toi. Peut-être qu'il n'est pas au Royaume-Unis pour les vacances.
- Ne sois pas stupide ! Rétorqua Daphné d'un ton sec. Les hiboux peuvent aller à l'étranger. Ils sont tous revenus avec le courrier. Je te dis qu'il se passe quelque chose. Il n'avait pas l'air très heureux de retrouver ses moldus.
- Ne t'inquiète pas comme cela, je suis sûr qu'il a une très bonne raison de ne pas recevoir notre courrier.
- Elle est bien bonne celle-là ! Tu t'inquiètes aussi Blaise !
Blaise ne trouva rien à redire à cela, car c'était vrai.
Il cogita quelques minutes, arborant des moues de plus en plus invraisemblables, puis il lança
- Il nous faut un plan !
Daphné leva les yeux au ciel.
- Et qu'est-ce que tu veux qu'on fasse, Monsieur le Génie ? On a à peine douze ans toi et moi, et on n'a pas le droit de faire de la Magie en dehors de Poudlard. De toute façon, on ne sait pas ce qu'il se passe. La seule chose qu'on puisse faire, c'est parler à un adulte.
- Ok, ce plan me paraît viable. A quel adulte ?
- Mes parents ? Hasarda la jeune fille.
- Et qu'est-ce qu'ils pourraient y faire tes parents ? Ils ont beau être puissants dans le Monde des Sorciers, je ne suis pas sûr qu'ils fassent le poids dans le Monde Moldu.
- Le Directeur Dumbledore ?
Blaise grimaça.
- Trop haut, trop vite, répliqua-t-il.
- Le Professeur Snape alors, soupira Daphné exaspérée par son ami.
- Oui, bonne idée !
- Et on lui dit quoi à Snape ? Désolé de vous déranger pendant vos vacances, mais nous croyons que l'élève de Serpentard que vous détestez le plus a quelques problèmes ? Tout ça parce qu'il ne reçoit pas notre courrier ?
- Ben c'est la vérité, non ?
- Tu es d'un optimisme sans borne Blaise.
- Il faut bien que l'un de nous deux n'ait pas les pieds sur terre, Daphie Jolie.
- D'accord, d'accord. Mais c'est toi qui écrit.
- Tu vas encore soupirer, mais il vaut mieux que ce soit toi. Ta famille est plus prestigieuse que la mienne.
ooOOOoo
Severus Snape tira sur sa cigarette. Il jeta un œil mauvais à la fumée qui envahissait peu à peu la petite chambre. Par la fenêtre, il suivit du regard une petite voiture quitter Spinner's End. Finalement, il l'avait revue, mais elle semblait avoir compris qu'ils n'avaient pas d'avenir ensemble.
Détournant son attention de la fenêtre, il tira une dernière fois sur sa cigarette et l'écrasa impitoyablement sur le bord de l'ancien bureau de son père. Il n'y avait pas de petite vengeance, même posthume. Passant négligemment sa main pour épousseter les cendres, il s'assit au bureau pour répondre à son courrier du jour.
Après avoir rempli le bon de commande de l'apothicaire du Chemin de Traverse pour Poudlard, il prit une enveloppe d'où sortit un parchemin de grande qualité. Fronçant les sourcils, Severus reprit l'enveloppe pour jeter un œil au cachet en cire rouge. Celui-ci était frappé des armoiries des Greengrass. Que pouvait bien lui vouloir la prestigieuse famille de Sang-Purs ?
Professeur Snape,
Nous sommes conscients de vous déranger pendant vos vacances, mais nous ne vous contacterions pas si nous ne nourrissions pas de véritables sentiments d'inquiétude.
Severus leva les yeux au ciel et passa directement à la conclusion, c'est à dire à la signature.
Daphné Greengrass et Blaise Zabini.
Deux élèves. Les inquiétudes de deux élèves. Severus sentait déjà l'exaspération arriver sous la forme d'une migraine.
Nous n'avons pas de nouvelles de Harry Potter depuis que nous sommes descendus du Poudlard Express le 30 Juin dernier. Pire encore, nos hiboux reviennent avec notre courrier, comme s'ils ne pouvaient pas le délivrer.
Severus soupira. Il aurait dû le parier. Même en vacances, ce gamin arrivait à lui gâcher la vie.
Ne trouvant pas d'autre interlocuteur vers qui nous tourner, nous nous en remettons à vous, Monsieur pour, soit nous rassurer, soit découvrir ce qu'il est arrivé à Harry pour qu'il disparaisse ainsi du réseau strigidé.
En vous remerciant de votre attention, nous vous prions d'agréer, Monsieur, l'expression de notre considération distinguée.
Daphné Greengrass et Blaise Zabini.
Severus se sentait prit entre deux envies fortes. La première était la rancœur tenace qu'il nourrissait à l'égard de tout ce qui portait le nom de Potter. La deuxième était cette conscience professionnelle qui l'obligeait à ne pas laisser un élève dans le désarroi. Et quand bien même il ne considérait pas Potter comme l'un de ses élèves à part entière, Zabini et Greengrass l'étaient, eux. Il devait donc faire quelque chose pour eux.
Sans se rendre compte de la mauvaise foi et de la logique tordue de ses pensées, Severus Snape se résolut à en parler au Directeur. Lui seul serait à même de procéder à des vérifications, et d'imposer les mesures nécessaires.
ooOOOoo
Ces vacances d'été étaient les meilleures que Vernon avait eues depuis une éternité. Certes, Pétunia râlait parce qu'elle n'avait plus le garçon pour faire les tâches ménagères, mais c'était un petit prix à payer pour cette paix, cette tranquillité tant recherchées.
Vous l'aurez compris, Vernon était de très bonne humeur. De si bonne humeur, qu'il paya un nouvel ordinateur à Dudley, qu'il offrit une virée sur l'île de Jersey à sa petite famille (après tout, l'anormal pouvait bien jeûner un jour ou deux), et qu'il se mit à manger quatre toasts le matin au lieu de trois. Pétunia n'en revenait toujours pas à propos des toasts. Après tout, il en fallait beaucoup pour bousculer une habitude vieille de trente ans.
La petite virée se passa admirablement bien. Même Dudley ne se plaignit pas de rater son feuilleton préféré à la télévision, et il se passa pendant une trentaine d'heures de son ordinateur. Ils marchèrent ensemble le long de la côte de l'île, louèrent des vélos (seule Pétunia s'en sortit sans d'atroces points de côté), et mangèrent au restaurant de l'hôtel.
Ils retrouvèrent pendant un petit week-end un vrai esprit de famille, normale, sans histoire et sans secret.
Tout cela était trop beau pour durer, Vernon aurait dû s'en douter. Un matin, alors qu'il mordait allègrement dans son deuxième toast, le regard fixé sur la télévision qui lui annonçait que la journée allait être chaude et ensoleillée, la sonnerie de la porte d'entrée retentit.
Pétunia se hâta à la porte, suivit de près par son mari, curieux de savoir qui les dérangeait par cette belle matinée.
Se tenait derrière la porte un homme de taille moyenne, de teint légèrement hâlé, comme s'il travaillait en extérieur. Il était habillé tout à fait correctement selon les critères de la famille Dursley, même si sa veste légère s'abîmait aux coudes. Ses yeux bruns, vifs, passèrent rapidement de Pétunia à Vernon.
- Bonjour, dit l'homme. Je m'appelle Edward Tonks.
- Que voulez-vous ? Demanda Pétunia d'un air pincé.
- Je viens chercher le jeune Harry pour le reste des vacances scolaires. La rentrée étant dans moins d'un mois, le Directeur Dumbledore …
- Entrez, dit sèchement Vernon.
Il n'était pas question qu'ils aient cette conversation sur son perron, au vu et au su de tout le quartier.
L'homme, ce Tonks, les remercia et pénétra dans la maison. Les trois adultes n'allèrent pas plus loin que le hall d'entrée.
- Puis-je voir Harry ? Demanda Edward Tonks.
- Il ne retournera pas dans cette école, déclara Vernon le plus calmement qu'il put.
- Si ce n'est pas indiscret, puis-je savoir ce qui vous a fait prendre une telle décision ? Questionna Tonks avec une curiosité polie.
Vernon en frissonna d'indignation. Bien sûr que si c'était indiscret !
- Il ira apprendre un métier dans une école du Comté. Ces absurdités de magie ne lui serviront à rien. Complètement inutile. Non, ce qu'il faut à ce garçon, c'est de pouvoir trouver un travail et gagner sa vie rapidement.
- Je comprends vos inquiétudes, déclara Tonks d'un ton tranquille. Mes parents avaient les mêmes quand j'ai intégré Poudlard.
- Vos parents ? Ils étaient normaux ? Ne put s'empêcher de demander Pétunia.
- Si par normaux vous entendez 'dépourvus de pouvoirs magiques', oui, ils étaient normaux. Ma mère était notaire et mon père avocat du côté de Birmingham. Ils avaient pour moi des projets d'avenir qui se sont effondrés quand je suis entré à Poudlard. Il est normal que vous ayez peur.
Un silence inconfortable s'en suivit. Vernon ne voulait vraiment pas laisser le garçon s'en aller, mais d'un autre côté, il était effrayé par ce que cet homme pourrait lui faire s'il refusait avec plus de véhémence. Vernon était observateur, et il avait bien vu le petit renflement de la poche arrière gauche du pantalon de l'homme en face de lui. Il savait ce que cette chose pouvait faire, ou en tout cas il l'imaginait très bien.
- Harry est-il ici ? Fit l'homme d'un ton badin.
- Je … euh, oui. Il est encore dans sa chambre. Vous savez ce que c'est les adolescents en vacances, bredouilla Vernon.
Finalement, il rendit les armes, et monta prestement chercher le garçon. Il entendit en bas Pétunia faire passer l'homme dans le salon, sachant fort bien qu'il faudrait faire sortir toutes les affaires du garçon du placard sous l'escalier.
Prenant une grande inspiration, Vernon déverrouilla la porte et entra abruptement.
- Lève-toi, dit-il sèchement. Tu t'en vas. Quelqu'un est venu te chercher.
Le garçon sursauta, ouvrit de grands yeux surpris. Vernon se rendit compte qu'il avait maigri, mais cela ne le choqua pas plus que cela. L'enfant sauta sur ses pieds, vacilla brièvement, rassembla les vêtements qu'il y avait dans la petite chambre et suivit docilement son Oncle.
Vernon dévala bruyamment les marches et sortit toutes les affaires du garçon du placard. Puis il entra dans le salon et annonça
- Il est prêt.
Edward Tonks avait bien compris qu'il n'était pas le bienvenu, d'un coup de baguette magique, il fit disparaître les affaires de Harry. Puis il remercia chaleureusement ses hôtes qui le vécurent comme une insulte et partit, Harry sur ses talons.
Enfin quand ils furent dans la rue, l'homme se tourna vers Harry et se présenta.
- Je suis désolé d'avoir été si impoli, mais je pensais qu'on pourrait mieux bavarder en l'absence de ton Oncle et de ta Tante. Je m'appelle Edward Tonks, mais tout le monde m'appelle Ted.
- Enchanté, je suis Harry Potter. Mais vous devez déjà le savoir.
Ted rit.
- Pourquoi vous êtes venu me chercher ? Questionna Harry curieux et n'en croyant pas sa chance.
Il essaya de ne pas paraître suspicieux.
- Le Directeur Dumbledore pensait que tu pourrais passer le reste de tes vacances ailleurs qu'à Little Whinging. Comment se passent tes vacances jusqu'ici Harry ? Demanda Ted en commençant à marcher. Nous allons prendre le bus.
- Euh, d'accord. Mes vacances … sont un peu ennuyeuses mais, ça pourrait être pire.
Oui, ça pourrait être bien pire, pensa Harry rien qu'en songeant à toutes les corvées inutiles qu'il n'avait pas dû faire cette année.
- Être le seul sorcier de sa famille amène souvent à l'isolement, dit Ted Tonks sans attendre de réponse.
Il enchaîna rapidement.
- Tu as dû envoyer beaucoup de courrier à tes amis pour ne pas te sentir trop seul.
Voilà, on y était. La raison de la présence de Ted Tonks, de l'inquiétude de Dumbledore.
- Pas vraiment, admis l'enfant. Mon Oncle et ma Tante ne sont pas très … compréhensifs, et ils n'ont pas voulu que je fasse sortir ma Chouette. Ils avaient raison d'une certaine façon. Une chouette qui ferait des allers-retours, cela ce serait remarqué dans le quartier.
- Et tes amis n'ont pas eu l'air inquiets dans leurs lettres, de voir que tu ne leur répondais pas ?
Harry se sentit piégé. Personne ne devait savoir comment sa famille se comportait avec lui. C'était trop humiliant, principalement parce qu'il le méritait. Harry avait bien vu les hiboux tenter de passer à travers les barreaux de sa chambre, il se doutait que ses amis s'étaient inquiétés, sûrement.
- Je ne sais pas, je n'ai pas reçu de courrier, dit Harry le plus simplement possible sans émettre la moindre émotion.
- Et tu n'as pas trouvé cela bizarre ?
- Un peu au début, et puis je me suis dit qu'ils étaient peut-être occupés, ou dans un autre pays.
- Les hiboux postaux peuvent parcourir de très grandes distances tu sais. Les frontières ou les mers ne sont pas un problème pour eux.
- Ah ? Je l'ignorais.
Ted Tonks décida de ne pas essayer d'approfondir, même si la situation lui paraissait suspecte.
- Ah, voici notre bus.
L'homme monta, paya deux tickets et en tendit un à Harry qui le composta.
- Où allons-nous ? Questionna Harry.
- Je ne te l'ai pas dit ? J'en suis désolé. Je t'emmène dans une famille sorcière pour le reste des vacances. Ils habitent dans un petit village, dans le Devon.
- Pourquoi est-ce vous qui êtes venu me chercher alors ?
- Eh bien parce que mes parents sont des moldus, et que j'ai l'habitude de vivre dans ce monde. Les Weasley sont bien trop atypiques pour se fondre dans la masse.
- Ah, je vais chez les Weasley.
De nouveau, Harry utilisa une voix dénuée de toute émotion.
- Tu connais peut-être déjà les Weasley ? Tenta Ted.
- Je connais un peu Ronald Weasley. Il est dans la même année que moi à Poudlard, mais à Gryffondor.
- Tu es dans quelle maison ? Demanda Ted par curiosité.
- A Serpentard, déclara le jeune Harry avec fierté.
- Je vois, dit simplement l'homme. Ce n'est pas le grand amour entre les Weasley et toi j'imagine, ils sont tous passés par Gryffondor.
- Oh, je ne les déteste pas. Weasley, je veux dire Ron, est plutôt sympathique, mais un peu idiot parfois. On se croise souvent chez Hagrid.
- Tu es un ami de Hagrid ?
- Oui, répondit Harry avec sincérité. C'est lui qui est venu me chercher l'année dernière.
- Ton Oncle n'a vraiment pas l'air d'accord pour que tu ailles à Poudlard, hein ?
- C'est vrai. Mais jusqu'ici il a cédé.
Ted Tonks décida de ne pas mener l'interrogatoire plus loin, pour le moment, et de réserver cela pour le voyage en train. Mais au moment où il posa le pied en sortant du dernier bus qui les avait mené à Loutry Sainte Chaspoule, il s'aperçut que Harry n'était pas un Serpentard pour rien. Loin d'être taciturne et renfermé, l'enfant avait mené la conversation de bout en bout, l'empêchant de comprendre pourquoi le jeune garçon ne recevait pas son courrier.
Malgré tout, Ted n'était pas bête et n'avait pas ses yeux dans sa poche. Il avait noté plusieurs choses qui le mettaient mal à l'aise. D'abord, il avait bien vu que les Dursley avaient quelque chose à cacher. Ils ne voulaient pas qu'il aille plus loin que le hall d'entrée, et brusquement la femme l'invitait dans le salon. Étrange. D'autant que Ted n'avait pas entendu la pesante malle de Harry descendre les escaliers. Ensuite, il n'avait pu que constater la quasi-maigreur de l'enfant et les lourdes cernes qui se creusaient sous ses yeux. Harry Potter n'avait pas l'air en bonne santé.
Désormais, l'enfant et l'adulte marchaient côte à côte, en silence. Harry regardait de tout côté avec cette air émerveillé et vaguement surpris du citadin qui découvre la vie bucolique de campagne pour la première fois. Le jeune garçon semblait tout trouver fabuleux, toucher une vache ou un mouton en faisant attention de ne pas déchirer ses vêtements aux fils barbelés, chiper des cerises directement dans l'arbre dans un pré, caresser les épis de blés en train de mûrir au soleil de début Août. Il resta un long moment à contempler d'un air triste un jeune poulain en train de téter sa mère, et il resta bouche bée devant la plus étrange maison qu'il eut jamais vu.
En effet, l'habitation, d'allure modeste, n'en avait pas l'air moins grande, et penchée. Si penchée, qu'on eut dit qu'elle tenait debout par magie, ce qui était sûrement le cas. A côté, la Tour de Pise faisait figure de colonne inébranlable. Elle semblait faite d'un amoncellement de cubes pas très réguliers, empilés les uns sur les autres, et tenus ensemble par le seul revêtement des murs. L'empilement était surplombé d'un toit d'allure ronde, orné de deux ou trois cheminées. Enfin, une basse cour et une jungle se disputaient le terrain autour de la maison.
- Voici le Terrier, annonça Ted Tonks. C'est ici que vivent les Weasley.
- C'est … atypique, parvint à dire Harry.
- Les Weasley sont une famille très respectable, Harry, dit Ted d'un ton sévère.
- Je n'ai pas dit que ça ne me plaisait pas, balbutia le garçon.
- Allez viens, allons te présenter à Mr. et Mrs. Weasley.
L'accueil que réservèrent les parents Weasley à Harry l'ébranla autant qu'il lui plut. Arthur Weasley semblait très désireux de l'entendre expliquer comment fonctionne un bus, et Molly Weasley l'étreignit et l'appela 'mon chéri', dès que les présentations furent faites, comme s'il était son propre fils, ou au moins un neveu ou un cousin aimé et chéri.
Mr. et Mrs. Weasley lui présentèrent le reste de la famille, du moins, la partie qui vivait encore chez eux. Il y avait Ron, bien sûr, que Harry avait côtoyé dans la cabane de Hagrid, Fred et George, des jumeaux plutôt turbulents qui avaient une réputation de semeurs de trouble à Poudlard, Percy, Préfet de Gryffondor, et Ginny, la petite dernière, qui devint rouge pivoine quand elle lui murmura un 'bonjour' presque inaudible et qui allait entrer en première année à Poudlard.
Harry apprit que les Weasley avaient deux autres fils, tous deux adultes. Bill, l'aîné, travaillait pour Gringotts en Égypte et Charlie, le second, était dragonnier dans une réserve roumaine. Harry avait été très impressionné par les photos que lui montra Ron, d'un charmant jeune homme, tenant dans ses bras un bébé dragon qui tentait de lui mordiller une oreille où pendait ce qui ressemblait à un crochet de serpent.
Il y avait aussi une goule dans la maison, sous le toit, qui aimait faire du bruit quand elle trouvait la maisonnée trop calme. Quand Harry demanda ce qu'était une goule, on lui répondit tranquillement qu'il s'agissait d'une créature magique souvent malfaisante. Apparemment celle-ci s'était prise d'affection pour la grande famille (surtout pour les jumeaux qui n'avaient pas peur d'aller la voir) et ne quittait plus les combles où elle avait élu domicile.
La vie au Terrier ne ressemblait à rien que Harry eut connu. Tout le monde était très gentil avec lui. Mrs. Weasley insistait à chaque repas pour qu'il reprenne de chaque plat, Mr. Weasley était très sympathique, quoiqu'un peu exubérant dès qu'on abordait le sujet des inventions Moldues, et Ron, qui partageait sa chambre avec le célèbre Harry Potter, lui faisait découvrir les aspects méconnus de la vie de famille sorcière.
Tout le monde était gentil, prévenant. Très gentil, très prévenant. Trop gentil, trop prévenant. Harry, qui n'était pas habitué à recevoir autant d'affection, avait d'abord trouvé cela agréable et généreux, puis il avait revu son opinion et avait trouvé cette sollicitude un peu mièvre et cela le mettait mal à l'aise. Maintenant, il trouvait cela juste étouffant et ressentait une sorte d'étrange désarroi, comme s'il n'avait pas le droit de se retrouver autant entouré.
D'ailleurs, il savait qu'il n'y avait pas le droit. Après tout, il était un garçon haineux, qui avait tué un homme. Malgré cela, il n'arrivait pas à dire à ces gens si gentils, quelle mauvaise personne il était.
ooOOOoo
Arthur Weasley était soucieux. Après que Harry eut été présenté au reste de la famille, ils s'étaient entretenus, Molly et lui, avec Ted Tonks. Celui-ci leur avait fait part de ses craintes quant au traitement que recevait le garçon chez son Oncle et sa Tante, confirmant les impressions de Dumbledore sur ce sujet. De plus, il leur avait raconté son voyage avec Harry, et le fait que l'enfant était très doué pour éviter certains sujets et détourner les conversations.
D'un commun accord, ils avaient décidé de ne pas questionner eux-mêmes Harry, laissant ce privilège au Directeur de Poudlard.
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- Prends une pincée de Poudre de Cheminette et jette-la dans les flammes, expliqua Molly Weasley à un Harry un peu tendu. Puis, entre dans la cheminée et énonce clairement ta destination. Aujourd'hui, nous allons sur le Chemin de Traverse.
Harry avait beau se dire que voyager pas cheminée était peut-être plus sûr et plus rapide que de voyager par balai, il n'arrivait pas à se rassurer. Il ne pouvait pas empêcher son cœur de faire des embardées à chaque fois qu'il laissait son imagination gamberger et visualiser son corps sortant d'une autre cheminée, quelque part, dans un nuage de suie, cuit comme une dinde de Noël.
Quand il jeta la pincée de poudre blanchâtre, les flammes de l'âtre virèrent au vert, et Harry entra avec appréhension dans la cheminée. Mais il ne ressentit qu'une légère chaleur qui lui léchait les mollets.
- Chemin de Traverse ! Dit-il d'une voix forte.
Aussitôt, Harry eut l'impression, à la fois d'avoir passé le mur du son (il n'en était pas sûr, mais il se dit que ce devait être cette sensation qu'éprouvait les pilotes) et à la fois d'être de retour dans le wagonnet de Gringotts. Tout allait tellement vite que les formes et les couleurs se mélangeaient dans un méli-mélo qui aurait pu déclencher une migraine chez un aveugle. Harry choisit prudemment de fermer les yeux.
Soudain, il y eut de nouveau un sol sous ses pieds. Le choc fut si violent, que Harry trébucha et s'étala de tout son long aux pieds de Mr. Weasley qui avait fait la démonstration du réseau de Cheminette juste avant Harry. Le père de famille aida le jeune garçon à se relever et avec des gestes énergiques, il entreprit d'épousseter la suie qui maculait les vêtements de son protégé temporaire.
Quelques instants plus tard, la famille Weasley au complet (ou presque) se tenait devant la cheminée de transit du Chemin de Traverse. Percy, le Préfet, partit de son côté faire quelques achats nécessaires et privés. Les jumeaux demandèrent l'autorisation d'aller retrouver Lee Jordan, un de leurs amis, ce à quoi les parents acquiescèrent tout en leur rappelant de ne pas s'approcher de l'Allée des Embrumes.
- C'est quoi, l'Allée des Embrumes ? Demanda Harry.
- Oh, c'est une rue à côté du Chemin de Traverse, mais elle est mal famée. Les jumeaux ont toujours eu un côté aventureux, c'est pourquoi nous leur rappelons toujours de ne pas traîner dans ce coin là.
Le petit groupe que composaient Harry, Ron, Ginny et leurs parents, se dirigea vers Gringotts. A l'intérieur, devant le coffre de la grande famille, Harry se sentit assez mal à l'aise. Le coffre, de petite taille, ne contenait pas grand chose, et Mrs. Weasley prit soin de prendre tout ce qu'il y avait à l'intérieur. En comparaison, le coffre de Harry était très grand et très remplit. Rouge grenat, le garçon prit quelques poignées de pièces au hasard sans se soucier du montant, afin de refermer très vite la source d'embarras.
- Tu n'as pas à te sentir honteux, lui glissa M. Weasley discrètement. Nous n'allons pas te juger parce que tes parents t'ont laissé de l'argent.
Harry fut silencieusement reconnaissant à Arthur Weasley d'être si compréhensif, mais l'embarras de Harry ne diminua pas. Surtout quand il croisa le regard surpris et envieux de Ron.
- Bien, dit Mrs Weasley en sortant de Gringotts. Voyons ces listes de fournitures. Ginny, ma chérie, va avec ton père pour acheter tes uniformes, et de nouveaux habits, tu en as besoin. Les garçons et moi, nous nous chargeons de la Librairie.
- Tu es sûre de vouloir aller acheter les livres maintenant Molly ? demanda Mr. Weasley. Il y avait un monde fou quand nous sommes passés devant tout à l'heure.
- Oui, oui, je sais, dit Mrs Weasley à son mari. C'est parce que Gilderoy Lockart fait une séance de dédicace.
- Je vois, fit Mr. Weasley d'un air malicieux.
- Maman est amoureuse de Lockart, glissa Ron à l'oreille de Harry.
- Je suis amoureuse de ton père Ron pas de Gilderoy Lockart. Je ne l'ai jamais rencontré, dit Mrs. Weasley d'un ton sévère.
- Qui est Lockart ? Demanda Harry un peu perplexe.
- C'est un auteur à succès. Apparemment, il n'écrit que des autobiographies où il sauve les gentils et terrasse les méchants, expliqua Ron. Il est vraiment très connu.
Harry sourit et jeta un œil à la liste de livres à acheter.
- En tout cas, le nouveau Professeur de Défense doit être un fan inconditionnel. On doit acheter presque tous les livres de ce Lockart, fit remarquer le jeune garçon.
- Et ce n'est pas donné, soupira Mrs. Weasley.
Le malaise de Harry revint au grand galop.
Dans la Librairie Fleury et Bott, c'était la cohue. Des dizaines de sorciers soupirant tentaient d'écarter leurs voisins pour se rapprocher au plus près de leur idole. Quelques journalistes tentaient de se frayer un passage, récoltant des regards noirs et des remarques acerbes de la part des femmes (et des hommes !) qui faisaient la queue sûrement depuis des heures.
Harry écarquilla les yeux, pas très sûr de vouloir entrer dans la boutique. Mrs. Weasley, Ron et lui, parvinrent tout de même à se frayer un chemin pour accéder aux rayonnages du magasin. Mais très vite, ils se rendirent compte que, pour acheter les livres de Gilderoy Lockart, il fallait faire la queue.
Poussant un soupir, mi-résigné, mi-impatient, Mrs. Weasley se dévoua pour attendre dans la foule de clients. Mais alors que Harry allait proposer à Ron de sortir pour attendre sa mère, un journaliste le bouscula.
- Eh ! S'écria Ron. Vous ne pourriez pas faire attention !
Le journaliste s'apprêtait à lui répondre vertement quand il posa les yeux sur le garçon qu'il avait heurté par mégarde.
- Ma parole, dit-il d'une voix forte. Mais c'est Harry Potter !
Harry déglutit péniblement quand la totalité des personnes se trouvant dans la boutique se tournèrent vers lui.
- Laissez passer ! Tonna une voix qui se voulait joviale. Mais oui, c'est bien lui !
L'homme qui fendait la foule d'un pas sûr était habillé de robes lilas, qui se mariaient plus ou moins bien avec des yeux bleus clairs et des cheveux blonds ondulés. Le sourire Colgate® qu'il adressait à Harry fit craindre le pire au jeune garçon. L'homme, qui devait être le célèbre écrivain dont on lui rabâchait les oreilles depuis une heure, l'attrapa par le bras et l'entraîna de force à côté de la table installée spécialement pour les dédicaces.
Sur la table trônait un exemplaire du nouveau livre de Lockart 'Moi, le Magicien', où une image de l'homme tout sourire adressait des clins d'œil à la foule.
Lockart se mit alors à déblatérer sur l'immense honneur et félicité que lui apportait cette rencontre fortuite avec le fameux Survivant, tandis que les photographes s'en donnaient à cœur joie, et mitraillaient ce duo de vedettes. Puis, alors que Harry se creusait désespérément la tête pour trouver une échappatoire, Lockart lui offrit la totalité de ses livres, dédicacés, et claironna:
- C'est le moment idéal pour vous faire à tous une annonce de la plus haute importance. Cette année, j'aurais l'incommensurable honneur de devenir Professeur de Défense Contre les Forces du Mal au sein de la magnifique école qu'est Poudlard !
A ces mots, ils y eut moult applaudissements, et Harry put s'échapper, encombré par la demi douzaine de livres plus épais les uns que les autres que Lockart lui avait offert.
A l'extérieur du magasin, Harry retrouva Mr. Weasley, Ginny et Ron.
- Tiens, dit-il à Ginny. Je te les offre. Je n'ai que faire d'exemplaires dédicacés et je veux payer mes livres.
La jeune fille se contenta de hocher la tête mais elle s'empourpra violemment.
- Alors Potter, lança une voix traînante derrière eux. Tu ne peux pas faire trois pas dans une boutique sans faire la une des journaux ?
- Laisse-le tranquille Malfoy ! S'écria Ginny toujours aussi rouge.
Drago Malfoy haussa un sourcil narquois.
- Tu t'es trouvé une petite amie pendant les vacances ?
- Drago, soupira Harry. Tu es désespérant.
- Harry a raison, fit une voix féminine.
- Daphné ! S'écria le-dit Harry. Comment vas-tu ?
- Très bien. Et toi ? On s'est inquiétés tu sais ! Avec Blaise.
Harry parut mal à l'aise.
- Je vous expliquerai, promis, fit-il d'un air un peu penaud.
Daphné allait répliquer, mais heureusement, Drago lui sauva la mise.
- Alors ? Comment est le légendaire Gilderoy Lockart ?
- Il a une étrange passion pour les superlatifs, répondit Harry avec un petit sourire.
Daphné éclata de rire et Ron se mit à pouffer le plus discrètement possible.
- Vous faites vos courses pour la rentrée ? Demanda Harry désireux de ne pas s'attarder sur le sujet Lockart.
- Drago oui, moi je l'accompagne. J'ai fait les miennes la semaine dernière avec mes parents.
Bizarrement, les mots de Daphné semblèrent figer les Weasley présents.
- Harry, Ron, dit Mr. Weasley d'un ton pressé. Est-ce que vous ne voudriez pas aller voir du côté de chez Mrs. Guipure ? Je suis sûr que vous avez besoin de nouveaux uniformes et de nouveaux vêtements.
Les deux garçons n'eurent pas le temps de répondre, qu'une voix froide et traînante s'éleva.
- Eh bien, si ce n'est pas une coïncidence ? Arthur Weasley.
Drago ressemblait tellement à l'homme qui venait de faire irruption dans la conversation, que Harry sut tout de suite qu'il s'agissait de son père. Ils avaient la même forme de visage, plutôt pointu, la même couleur de cheveux, même si ceux de Mr. Malfoy lui tombaient sur les épaules, les même yeux gris glacials et le même maintien aristocratique.
- Père, commença Drago d'un air subitement guindé, je vous présente Harry Potter. Harry, voici mon père, Lucius Malfoy.
- Ravi de faire votre connaissance, Monsieur Potter, dit Lucius Malfoy de sa voix froide sans avoir la moindre trace de joie sur le visage.
- Euh, moi de même Monsieur, répondit Harry bien qu'il soit sûr du contraire.
A ce moment, il y eut de l'agitation dans le magasin tout proche et une dizaine de personnes en sortirent, mis à la porte par le gérant de la boutique. Cela créa une bousculade. Harry fut malmené par une femme rondelette furieuse et son champ de vision fut obstrué par les robes mauves du mari de la femme. Quand le calme revint, le garçon put constater que Ginny Weasley était tombée par terre et que le contenu de son chaudron était éparpillé sur le sol. Harry se précipita à son aide, tout en notant la disparition des Malfoy et de Daphné.
ooOOOoo
Lucius Malfoy était satisfait. Il avait pu se débarrasser d'un certain nombre d'objets compromettants chez Barjow et Beurk, pour un prix tout à fait raisonnable. Mais surtout, il avait pu glisser dans les affaires de la plus jeune des Weasley, l'élément le plus accablant de sa collection. Son seul regret était de ne pas connaître les particularités de l'affaire, le privant ainsi d'une planification à plus long terme.
Sortant de ses pensées, Lucius prêta plus attention aux messes basses qu'échangeaient son fils et sa promise. Le patriarche Malfoy était ravi de l'accord qu'il avait passé quelques années plus tôt avec la famille Greengrass. La jeune fille était jolie, blonde (ce qui n'était pas un détail pour les Malfoy), intelligente, et plus le temps passait, mieux elle s'entendait avec Drago. La preuve en était les chuchotements et les murmures que ces deux là échangeaient depuis leur rencontre avec la tribu Weasley.
- Il a intérêt à nous dire la vérité cette fois, souffla Daphné d'un air contrarié. On s'est beaucoup inquiétés. Blaise aussi.
- Je sais, dit Drago d'un ton qui se voulait apaisant.
- Tu as vu comme il a maigri ? Et puis, qu'est-ce qu'il faisait avec les Weasley ?
- Je n'en sais rien Daphné. Ça ne sert à rien de te mettre dans des états pareils. Attends quelques jours, il nous racontera sûrement tout dans le Poudlard Express.
Lucius n'arrivait pas à savoir si l'amitié qu'entretenait Drago avec le rejeton Potter était une bonne chose pour lui, ou pas. Certes, la présence de l'enfant prodige du Monde Sorcier à ses petites réceptions ne pouvaient qu'asseoir son autorité (et éviter le désagrément de prochaines perquisitions), mais c'était aussi le garçon qui avait réduit à néant tout projet d'un Monde Magique plus pur. Et ça, Lucius, malgré son opportunisme, n'était pas près de l'oublier.
A dans un mois !
Review !
