Chapitre 4 : Sheitan

Comment ça ! J'ai pas ma place à ce point !

Je vais m'en faire une avec les poings

car mon ventre déjà criait famine

je finis par avoir mauvaise mine

oui, j'ai fait l'effort pour me sortir du ghetto

mais je me suis entendu dire "c'est trop tôt"

Pour toute caresse j'ai goûté du bâton

alors quand on me touche moi je hausse le ton

devenu susceptible comme un hibou

m'a fallu mettre la terre entière à genoux

quand tous les autres avaient appris l'alphabet

moi j'en étais qu'aux onomatopées...

Zebda - Sheitan

LA CHAMBRE DES SECRETS A ÉTÉ OUVERTE ! ENNEMIS DE L'HÉRITIER, PRENEZ GARDE !

Harry et Drago restèrent tétanisé pendant quelques instants. Puis Harry reprit ses esprits et dit :

"Il faut qu'on aille chercher quelqu'un."

Ils firent donc demi-tour, et se dépêchèrent de rejoindre la Grande Salle. Drago prit les devants et se dirigea d'autorité vers le Professeur Snape.

"Professeur, dit-il d'un ton alarmé. Il faut que vous veniez voir ça !

- Calmez-vous Monsieur Malfoy, claqua la voix de Snape. Que se passe-t-il ?

- C'est la chatte de Rusard ! Elle est accroché à une torchère, elle est toute raide. Et il y a un message à propos de la Chambre des Secrets."

A ces mots, Dumbledore se retourna brusquement vers Drago.

"Où ? Demanda-t-il seulement."

Drago et Harry les conduisirent vers les lieux du méfait, pendant que les autres Professeurs écourtaient le festin et enjoignaient les élèves à retourner à leurs Salles Communes respectives.

Rusard rejoignit le petit groupe formé par Harry, Drago, Snape et Dumbledore.

"Non ! Cria-t-il en apercevant son animal de compagnie. Non ! Elle est morte ! Vous l'avez tué ! S'exclama-t-il en se tournant vers Harry et Drago."

Les deux garçons ouvrirent des yeux choqués.

"Bien sûr que non ! Se défendit Drago. Pourquoi aurions-nous fait une chose pareille ?

- C'est vrai, Argus, essaya de le calmer Dumbledore. Pourquoi auraient-ils fait cela ?

- Ils ont, ils ont découvert que, hoqueta le Concierge. Que je suis un Cracmol.

- Et pourquoi on s'en serait pris à vous pour ça ? Interrogea Harry perdu."

Personne ne prit la peine de répondre. Dumbledore était penché sur le corps de Miss Teigne, agitant doucement sa baguette, pendant que Rusard se tordait les mains en gémissant et en jetant des coups d'œil haineux aux deux Serpentards.

Harry sentit la colère affluer sous le coup de l'injustice, mais il s'efforça de respirer profondément pour la faire descendre.

Ce fut au tour de Snape de lui jeter des regards indéchiffrables, cette fois.

Enfin, Dumbledore se redressa et déclara que Miss Teigne n'était pas morte, mais pétrifiée. A ce moment, les autres Professeurs, qui avaient fini d'accompagner les élèves à leurs dortoirs, arrivèrent. La vue du chat tout raide et le message en lettre rouge sanguin fit grande impression.

McGonagall porta une main à son cœur, Flitwick se mit à jeter des coups d'œil nerveux tout autour d'eux, Chourave se triturait les mains, Lockart se mit à sourire.

"La Chambre des Secrets ! Bien sûr ! Dit-il du ton de celui qui comprend tout. Je savais que quelque chose dans ce goût-là allait arriver, continua-t-il en secouant la tête d'un air navré.

- Que s'est-il passé Albus ? Demanda McGonagall en coupant la parole à son célèbre collègue.

- Miss Teigne a été pétrifiée. Je ne connais pas la cause de tout ceci (il désigna la flaque d'eau géante et le message sur le mur), mais je sais comment redonner vie à ce pauvre animal."

A ces mots, Rusard cessa de gémir entre ses mains et porta un regard plein d'espoir vers le Directeur.

"Pomona, dit Dumbledore en direction du Professeur Chourave. Vous avez bien des Mandragores en ce moment ?

- Oui, Albus, de tout jeunes plants. Je crois savoir où vous voulez en venir, mais avant de pouvoir préparer le filtre, il faut que les plants aient atteint leur maturité, ce qui prend de longs mois.

- Monsieur Rusard prendra son mal en patience, tonitrua Lockart. Je pourrai préparer moi-même ce filtre. J'ai de grandes capacités et connaissances en la matière.

- Le Maître des Potions, ici, c'est moi, cassa Snape d'une voix glaciale.

- Nous verrons cela en temps voulu. En attendant, Argus, nous allons nous occuper de Miss Teigne. Je compte sur vous tous pour en divulguer le moins possible aux élèves, afin de ne pas les alarmer. Ce sera tout."

Les Professeurs commencèrent à se disperser, et Harry et Drago qui n'avaient pas dit un mot voulurent partir dormir, mais Snape les en empêcha.

"Pas vous, dit-il de sa voix froide. Nous avons quelques petites choses à nous dire."

Il les mena jusqu'à son bureau.

"Bien, que s'est-il passé ? Que faisiez-vous au Deuxième étage, devant les toilettes des filles, pendant le Festin d'Halloween ?"

Voyant que les deux enfants semblaient chercher les mots adéquats, il clarifia.

"Vous n'êtes pas en mauvaise posture. J'essaye de retracer une chronologie de la soirée pour tenter de comprendre quand le responsable de cette mascarade a eu le temps d'accomplir son méfait. Et à aucun moment vous n'êtes suspectés, malgré les propos de Monsieur Rusard. Vous n'avez tout simplement pas suffisamment de connaissances et de puissance magique à 12 ans pour être capable d'une telle chose."

Les garçons eurent l'air un peu rassurés.

"On ne se sentait pas très bien pendant le festin, indiqua Drago. Alors, on a voulu aller se coucher.

- J'ai vu de l'eau qui coulait dans les escaliers de l'aile Est, et j'ai décidé de voir de quoi il s'agissait, se dénonça Harry en regardant le sol fixement.

- C'est là qu'on a vu Miss Teigne accrochée et le message. On est tout de suite partis vous prévenir.

- Je vois, dit Snape.

- Professeur, fit Drago d'une petite voix. C'est vrai que la Chambre des Secrets a été ouverte ?

- C'est quoi la Chambre des Secrets ? Demanda Harry immédiatement après."

Le Professeur Snape eut l'air brusquement très las. Il s'assit derrière son bureau et invita les deux garçons à s'installer devant lui.

"Pour répondre à votre question Potter, il faut remonter à l'époque des Fondateurs. Vous n'êtes pas sans savoir qu'une rivalité quasi violente divise les Maisons de Serpentard et de Gryffondor. Cette rancœur date des Fondateurs. A une époque où le Secret Magique n'existait pas et où la plupart des moldus connaissaient la Magie sans pouvoir la pratiquer, la question de Sang-Pur, de Sang-Mêlé et de Né-Moldu ne se posait pas. Malgré tout, Salazar Serpentard avait une vision bien différente des choses."

Il prit une pause, laissant aux enfants le temps d'intégrer le fait que l'histoire allait être longue.

"Serpentard voyait d'un œil mauvais l'expansion de plus en plus importante de la religion Catholique en Grande-Bretagne. Il pensait que la communauté Sorcière devait s'isoler, pour protéger ses secrets et ses membres. Il alla même plus loin dans l'idée, en défendant le fait que la Communauté Sorcière devait vivre en autarcie par rapport aux moldus, et ne plus accepter de membres provenant du monde Non-Magique. Les autres Fondateurs ne comprenaient pas son point de vue, et le partageaient encore moins. Godric Gryffondor en particulier, se disputait très souvent avec Serpentard. L'ambiance entre les Fondateurs se détériora considérablement, si bien que Serpentard prit la décision de quitter l'école. C'est à ce moment-là que les Fondateurs décidèrent de créer le Choixpeau Magique. Ils avaient pris conscience qu'ils ne seraient pas là éternellement pour choisir leurs apprentis au sein de Poudlard.

- Le Choixpeau est si vieux que ça ? Chuchota Drago impressionné sous le regard amusé de son Parrain.

- Oui, il est presque aussi vieux que Poudlard elle-même. Pour en revenir à Serpentard, la légende raconte que lorsqu'il quitta le Château, la haine et la colère le rongeaient tellement qu'il laissa derrière lui quelque chose pour se débarrasser de tous ceux qu'il jugeait impropres à recevoir l'enseignement de Poudlard. On dit qu'il a créé une Chambre Secrète où un Monstre formidable attend le retour de l'Héritier de Serpentard."

Les deux enfants regardaient leur Professeur avec des yeux ronds. Si Drago savait ce qu'était la Chambre des Secrets, il ne connaissait pas toute l'histoire.

"Pendant des siècles, des centaines de personnes ont tenté de trouver l'entrée de la Chambre en vain. Le Château a été sondé, fouillé, inspecté sous toutes ses coutures, mais rien de probant n'a été découvert. C'est pourquoi j'insiste sur le terme de Légende."

Harry et Drago hochèrent la tête, impressionnés malgré tout.

"Je compte sur votre discrétion à tous les deux, poursuivit Snape en les fixant. Nous ne souhaitons aucune panique chez les élèves, d'autant que nous ne sommes sûrs de rien pour le moment."

Drago hocha la tête, mais Harry fronça les sourcils.

"On peut quand même en parler à Blaise et Daphné ?"

Snape eut un regard sévère, et Harry baissa la tête.

"Dites-leur juste que vous avez trouvé Miss Teigne et que celle-ci s'était fait de toute évidence attaquer, mais ne parlez pas de la Chambre.

- Oui, Professeur, souffla Harry."

ooOOOoo

Le lendemain, les deux camarades durent aller à l'Infirmerie. Ils avaient tous les deux de la fièvre, et une toux sèche très déplaisante.

Jusqu'ici, Harry n'avait jamais pris de Pimentine. Ce fut donc chose faite, et il fut surpris de voir de la fumée sortir de ses oreilles pendant plusieurs minutes. Naturellement, Drago était dans la même situation, si bien qu'ils furent pris d'un fou rire, au grand dam du jeune blond (essayez d'avoir l'air digne en ne pouvant vous empêcher de rire, vous).

En sortant de l'antre de Mrs. Pomfresh, Blaise et Daphné leur apprirent que la nouvelle s'était répandue dans Poudlard : Miss Teigne avait été attaquée la veille. Mais personne ne savait par qui ni par quoi, si bien que les conjectures allaient bon train. La rumeur la plus populaire était qu'un groupe d'élèves avaient voulu se venger de Rusard, et des noms plus ou moins justifiés circulaient, au grand déplaisir des personnes concernées.

Mais Drago et Harry, eux connaissaient l'histoire complète, et les questions se bousculaient dans leur esprits. L'Héritier de Serpentard serait donc à Poudlard ? Qui cela pourrait-il être ? Est-il à Serpentard, ou dans une autre Maison ? Quel Monstre peut pétrifier ainsi ses victimes ?

Le couloir qui menait aux toilettes des filles du deuxième étage fut condamné, attisant la curiosité des uns et des autres. Harry comprit le 2 Novembre pourquoi l'accès avait été interdit aux élèves. Une nouvelle rumeur s'était répandue plus vite qu'un Maléfice. La Chambre des Secrets aurait été ouverte.

La nouvelle viendrait des jumeaux Weasley, qui se seraient faufilés une nuit dans le couloir pour "mener leur enquête". Les inscriptions en lettres rouge étaient toujours là, et les jumeaux avaient répété mot pour mot le message.

Une sorte de psychose envahit l'École en quelques jours. Instinctivement, les élèves circulaient en groupe, surtout les Nés-Moldus. La peur qui contaminait les élèves était telle que le Directeur fut obligé de faire un discours, un soir, pendant le repas, afin d'expliquer les circonstances de l'agression de Miss Teigne. Il insista sur l'aspect légendaire de la Chambre des Secrets en contant l'histoire de sa création. Il mit également l'accent sur le fait que Miss Teigne pourrait être guérie d'ici quelques mois, le temps de préparer le filtre nécessaire.

Harry et Drago sentirent les regards interrogateurs de leurs deux amis mais ils ne dirent rien à table. Plus tard, dans l'intimité d'un recoin de la Salle Commune, ils durent répondre aux questions de leurs amis. Oui, ils savaient à propos de la Chambre des Secrets. Non, ils n'avaient le droit de rien dire, mais ils le voulaient promis juré. Cependant, malgré leur curiosité, les quatre enfants ne purent pas spéculer beaucoup plus que les autres.

Les dommages collatéraux de cette histoire furent les Serpentards eux-mêmes. Malgré l'accentuation du Directeur Dumbledore sur l'aspect légendaire de la Chambre des Secrets et de l'Héritier de Serpentard, les autres Maisons ne l'entendaient pas de cette oreille, et battaient froid (en tout cas plus que d'habitude) à la Maison des Serpentards.

Les plus jeunes tentaient de faire profil bas, mais certains élèves, notamment les plus âgés, devenaient très vite agressifs. Drago n'était pas en reste, et malgré tous les efforts qu'il fournissait pour ne pas se montrer trop insultant, il craqua assez vite. Bousculé assez rudement par Ron Weasley, il se répandit en injures, traitant la famille du rouquin de Traîtres à leur Sang.

Ce nouvel écart lui valut un savon de la part de Daphné, et Harry se montra plus distant.

Heureusement pour le jeune homme blond, Harry et lui étaient obligés de se côtoyer pour leurs entraînements de Quidditch, et Drago présenta ses excuses à Harry.

"Ce n'est pas à moi qu'il faut que tu t'excuses, lui rétorqua-t-il sèchement

- Je ne vais quand même pas, commença Drago en perdant son sang-froid mais il se reprit très vite. Je veux dire, pas devant tout le monde."

Harry le toisa froidement, toujours en colère. Puis il eut un petit sourire méchant.

"Demain après-midi, avec Blaise et Daphné, on va prendre le thé chez Hagrid, dit-il. Il y aura certainement Ron et Londubat. Viens avec nous. Ce n'est pas discutable."

C'est ainsi qu'un Malfoy se retrouva dans la cabane du Garde-Chasse, à regarder partout, sauf vers les personnes présentes.

L'ambiance était très étrange. Daphné et Blaise semblaient très amusés, tandis que Harry était visiblement en colère. Drago était, on l'avait dit, très gêné. Ron semblait circonspect, et Londubat était perplexe.

Hagrid quant à lui, ne semblait rien remarquer, et faisait la conversation, sur la pluie et le beau temps inexistant.

Profitant d'un moment de silence, Harry balança son coude dans les côtes de Drago pour le faire réagir. Celui-ci prit une profonde inspiration, et, mortifié, débita d'une traite une phrase qu'il avait préparé dans sa tête.

"Weasley je suis désolé de t'avoir insulté de Traître à ton Sang ce n'était pas correct de ma part je te prie de m'excuser, dit-il avant de reprendre son souffle."

Daphné cachait son sourire derrière sa main, attendant la réponse du roux avant de faire un commentaire.

"Je, euh … commença Ron dont les oreilles prirent une teinte proche de la tomate, je, d'accord. C'est pardonné."

Mais son visage n'exprimait pas le pardon. Le garçon semblait plus suspicieux qu'autre chose. Daphné donna un petit coup dans l'épaule de son promis et déclara avec un grand sourire.

"Tu vois, ce n'était pas la mer à boire !"

ooOOOoo

Harry se concentra sur sa trajectoire. Les Gryffondors étaient déchaînés, et le match serré. Les rumeurs sur l'Héritier de Serpentard n'étaient pas éteintes et la Maison Rouge et Or se montrait moins fair-play que dans le passé. Leur cible : l'Attrapeur adverse, Harry Potter.

L'équipe de Serpentard n'était pas en reste et le match ressemblait de plus en plus à un pugilat. Le score était très serré, grâce notamment à la nouvelle tête de l'équipe, Drago Malfoy. Plus petit, plus agile que ses homologues, il se glissait facilement entre les autres joueurs, pour se placer parfois à la limite du hors-jeu, et marquer des buts spectaculaire.

Harry zigzaguait au-dessus de la mêlée, conscient de l'attention toute particulière que lui vouait Fred et George Weasley. Les jumeaux avaient beau apprécier le brun, ils n'en étaient pas moins de solides adversaires, avides d'une victoire qui les propulseraient en haut du Championnat. C'est pourquoi Harry slalomait de plus en plus vite, entre les joueurs. Une cible en mouvement est toujours plus dure à atteindre. Mais dans le même temps, Harry avait plus de mal à repérer le Vif d'Or. Celui-ci était introuvable depuis le début du match, et le score grandissait toujours plus, encore plus serré, 100 à 110 pour Gryffondor. Un quart d'heure plus tard, Serpentard rattrapait son petit retard. 120 partout. Harry commençait à sentir l'urgence d'attraper le Vif, pour finir cette partie.

D'autant que le ciel, qui s'était montré clément jusque-là, recommençait à se couvrir de nuages menaçants.

Alors que la première goutte s'écrasait sur les lunettes de l'Attrapeur Vert et Argent, Harry aperçut un scintillement doré, près de la tribune des Professeurs. N'arrivant pas à déterminer si il s'agissait du Vif d'Or à cause de l'eau sur ses lunettes, il prit le parti de ne pas changer son rythme, et, tout en surveillant du coin de l'œil l'Attrapeuse adverse, il s'approcha du point brillant. D'un geste du bras, il dégagea l'eau de ses lunettes et eut confirmation. Le Vif d'Or était bien là, voletant juste à droite du Professeur McGonagall, occupée à invectiver Lee Jordan, le commentateur du match, qui prenait beaucoup trop position pour sa Maison, Gryffondor. Sans hésiter une seule seconde, Harry poussa son balai à fond, mais un Cognard, judicieusement envoyé par l'un des jumeaux Weasley (lequel, Harry n'arrivait jamais à faire la différence), l'obligea à déboîter de sa trajectoire, perdant de vue le Vif d'Or.

Patricia Stimpson, l'Attrapeuse de Gryffondor, avait senti le danger, et se trouvait maintenant à quelques mètres de Harry, scrutant le terrain et observant attentivement les mouvements de son adversaire.

Harry se remit en chasse, furieux d'avoir laissé échapper une occasion en or.

La pluie tombait de plus en plus drue, limitant considérablement la visibilité de Harry, à cause de ses lunettes, mais les autres joueurs étaient eux aussi sensiblement gênés par toute cette eau.

Soudain, Stimpson accéléra brutalement, obligeant Harry à la suivre, ses yeux fouillant à toute vitesse l'espace en face d'eux pour apercevoir le Vif d'Or. Quand il le vit enfin, il accéléra encore, dépassa Stimpson, évita un Cognard, tendit la main à quelques centimètres du Vif.

Il sentit la fraîcheur de l'objet au moment où il s'en saisit, tandis qu'une violente douleur lui vrilla tout le corps. Harry hurla. Sa propre voix couvrit à ses oreilles l'annonce de la victoire de Serpentard.

Les jumeaux Weasley avaient envoyé coup sur coup les deux Cognards, dans des trajectoires parallèles, mais dans le sens inverse, empêchant Harry de voir la deuxième balle grise voler à toute vitesse vers lui. La balle, qui devait juste lui couper la route, s'était fracassée sur son bras, lui cassant les os aussi sûrement que s'il s'agissait de porcelaine.

Heureusement, le jeune joueur parvint à maîtriser sa douleur, et sans lâcher le Vif d'Or, il put se poser en sécurité au sol. Il s'assit par terre, attendant que le monde tourne moins vite autour de lui. Des dizaines de personnes, s'inquiétant de son état, se précipitaient vers lui, et, en tête du cortège, Lockart.

"Oh, non, pas vous ! S'exclama Harry

- Il divague, dit Lockart d'une voix théâtrale. Montrez-moi votre bras Harry. Je connais un sort qui vous le réparera en deux secondes."

La pluie continuait de tomber doucement, trempant le sol herbeux sous Harry, le frigorifiant en même temps.

"Non, parvint-il à dire malgré le vertige qui le prit. Je veux aller à l'Infirmerie."

Mais Lockart ne prit pas son avis en compte. Un flash éblouit le garçon, qui pensa pendant quelques secondes qu'il s'agissait d'un éclair, jusqu'à ce qu'une petite voix fluette ne le détrompe.

"Regarde-moi Harry ! Criait Colin Crivey en le mitraillant de photo."

Déboussolé, désorienté et nauséeux, Harry ne parvint pas à empêcher Lockart de lancer son sort. Étrangement, la douleur reflua soudainement, suivit d'un grand silence, et d'un recul de quelques pas des personnes entourant Harry.

"Mais qu'est-ce que vous avez fait ! Cria quelqu'un."

Harry identifia Drago qui tentait de s'approcher de lui. Le brun prit son courage à deux mains et regarda son bras.

"Ce sont des choses qui arrivent, se défendit Lockart sans se départir de son ineffaçable sourire. Au moins les os ne sont plus cassés."

Le problème, constata Harry, c'est qu'il n'y avait plus d'os du tout. Un nouveau flash fit voir rouge à Harry.

"Crivey, grogna-t-il en colère. Arrête avec tes photos !"

Le minuscule Gryffondor eut un mouvement de recul face à l'expression agressive de Harry, et se hâta de partir.

"Viens, dit Drago en tendant la main à Harry. Je t'emmène à l'Infirmerie."

Heureusement pour Drago, l'Infirmière avait été prévenue et un lit attendait Harry.

"Non mais vraiment ! Tempêta-t-elle plus pour elle-même que pour son patient. Quelle incompétence ! Je peux ressouder des os en quelques secondes, mais les faire repousser.

- Vous allez y arriver ? Demanda Harry blême d'inquiétude entouré de ses trois amis.

- Bien sûr ! Dit la Sorcière avec indignation. Mais cela va prendre du temps, et ce sera douloureux."

Elle lui tendit une coupe de potion à l'odeur pestilentielle.

"Buvez ça. C'est de la potion Poussos. Cela va faire repousser vos os durant la nuit."

Harry avala difficilement la potion qui avait un goût épouvantable. Dans une dernière grimace, il posa le gobelet sur la petite table jouxtant son lit et souhaita une bonne nuit à ses amis.

L'Infirmière n'avait pas mentit. La douleur était horrible, et maintenait le jeune patient éveillé dans son lit. La nuit était tombée depuis longtemps, mais Harry ne parvenait pas à dormir, ni même à bouger son bras. Il pouvait même sentir ses os remplir progressivement l'étui de peau et de chair qu'était devenu son membre, le dégoûtant et le fascinant en même temps.

Subitement, il y eut du remue-ménage dans le couloir, et Harry se hâta de faire semblant de dormir. Mrs. Pomfresh entra, sa baguette éclairant l'Infirmerie d'une lueur blanche. Elle désigna un lit, et Harry put voir, à travers ses yeux entre-ouverts, le corps d'un élève léviter et se poser sur le matelas. Le corps semblait très raide. Les Professeurs McGonagall et Snape se tenait d'un côté et de l'autre du lit. Enfin, entra le Directeur Dumbledore.

"C'est bien une nouvelle agression, dit Snape d'une voix basse et grave.

- J'en ai peur, malheureusement, soupira Dumbledore.

- Nous n'allons pas pouvoir ignorer que nos élèves sont en danger, fit McGonagall d'un ton ferme. Il faut prendre des mesures !

- Contre quoi ? Grinça Snape. Nous ne savons même pas ce qui peut causer une telle réaction.

- Peut-être que Crivey a eu le temps de prendre en photo son agresseur, suggéra Mrs. Pomfresh."

L'Infirmière se pencha sur son patient, alors que les entrailles de Harry gelaient. Colin Crivey victime du monstre de Serpentard ?

Mrs. Pomfresh avait désormais l'appareil photo du Gryffondor dans les mains, et elle n'attendit pas pour l'ouvrir. Mais la pellicule émit un drôle de bruit.

"Complètement fondue, se désola McGonagall à côté d'elle. Qu'est-ce que cela signifie Albus ?

- Que la Chambre des Secrets est bien ouverte à nouveau.

- Mais par qui ? Chuchota McGonagall d'un ton plus aiguë qu'à l'ordinaire.

- La question n'est pas Qui, dit Dumbledore, mais Comment."

ooOOOoo

Le lendemain matin, après une courte nuit, Harry put constater que le lit abritant Colin Crivey était caché par des rideaux, assurant à l'élève pétrifié un anonymat provisoire.

Sitôt rentré dans la Salle Commune de Serpentard, Harry raconta à ses amis les événements de la nuit précédente. Les trois autres lui apprirent que Dumbledore avait fait une annonce, mais qu'à aucun moment, la Chambre des Secrets n'avait été mentionnée. Bien sûr, aucun élève n'était dupe, et la méfiance envers les Serpentards connaissait des sommets. Cette fois, certains élèves proposèrent d'exclure définitivement tous les Serpentards comme mesure préventive.

Contre tous ceux-là, la Maison au Serpent faisait bloc.

Drago avait écrit à son père pour lui demander s'il savait quelque chose à propos de la Chambre des Secrets. Apparemment, elle avait déjà été ouverte dans le passé, et il était fort probable que Lucius en sache quelque chose. Mais la réponse du Chef de Famille fut 'Fais profil bas'. La réaction de son père vexa Drago qui se sentit mis sur le côté. Visiblement, Lucius Malfoy en savait plus long que la majorité des élèves sur les événements dramatiques de ce début d'année, mais il refusait de les partager avec son fils.

Après ce constat, les quatre amis, qui avaient prouvé l'année précédente que leur curiosité n'avait pas de limite, décidèrent de mener l'enquête.

La première chose à faire, dit Daphné, c'est de dresser un portrait du potentiel Héritier de Serpentard, et pour ça, il faut qu'on connaisse les traits de Salazar lui-même pour extrapoler le caractère de son descendant.

"Quelqu'un possède l'Histoire de Poudlard ? Demanda Blaise.

- Oui, moi, répondit Drago. Attendez, je vais le chercher."

Le blond revint avec un ouvrage épais. Le chapitre consacré aux Fondateurs relevait bien plus du Mythe que de la vérité historique (si tant est que la Vérité existe à propos de personnes ayant vécues plus de Mille ans auparavant), mais les Serpentards purent distinguer un certain nombre de choses intéressantes.

"On le savait déjà mais c'est important, Salazar déteste les Nés-Moldus et probablement aussi les Sang-Mêlés, commença Blaise.

- Pas sûr pour les Sang-Mêlés. Ils sont élevés dans la Culture Sorcière et risque moins de la métisser, contra Drago.

- On sait aussi que c'est un homme taciturne, continua d'énumérer Daphné.

- Rien ne dit que son Héritier le soit aussi, répliqua Blaise.

- Eh, pour le moment on fait un portrait de Salazar. On verra son Héritier après, se défendit Daphné. Et trait intéressant, car héréditaire, il était Fourchelang.

- Et des Fourchelangs, ça ne court pas les rues, ajouta Drago.

- Qu'est-ce que c'est ? Demanda Harry.

- C'est posséder la faculté de parler aux Serpents, expliqua Drago.

- C'est grave la classe quand tu es Serpentard, mais dans l'ambiance actuelle, pas trop, rit Blaise. Surtout que c'est un trait souvent donné aux Mages Noirs.

- A tort, répliqua Drago.

- Certes, certes, concéda Blaise, mais Vous-Savez-Qui était Fourchelang, ça n'aide pas à la popularité du don.

- Voldemort parlait aux Serpents ? Demanda Harry en perdant toute couleur alors que les trois autres frissonnaient.

- Ça ne va pas Harry ? S'inquiéta Daphné.

- Euh … Si, si."

Drago haussa un sourcil, clairement pas convaincu.

"Ça pose problème que Tu-Sais-Qui parle aux Serpents ?

- Non, non, bien sûr, c'est juste que...

- Que quoi ? S'impatienta Blaise.

- Vous êtes sûrs que le Fourchelang est un don rare ? Questionna Harry sans finir sa phrase.

- Plutôt oui, dit Drago d'un ton docte. En un siècle, il n'y a eu qu'une cinquantaine de cas répertoriés au Royaume-Uni."

Harry se tordit un instant les doigts, peu sûr de lui. Les regards de ses camarades et amis le mettaient mal à l'aise, mais il savait qu'il leur devait la vérité.

"Quand j'avais 7 ou 8 ans, commença Harry, c'est un serpent qui m'a appris que j'étais un sorcier. Et l'été juste avant ma première année à Poudlard, j'ai aimablement discuté avec un Boa constrictor dans un zoo.

- Trop cool, souffla Blaise."

Drago et Daphné se regardèrent.

"Il ne faut surtout pas que les autres Maisons l'apprennent, déclara Daphné. Tu m'entends Harry, sinon, tout le monde va penser que c'est toi qui est l'Héritier de Serpentard, et tu vas t'en prendre plein la figure.

- C'est ce que je me disais, dit Harry en continuant de triturer ses doigts.

- Dis-nous Harry, le taquina Blaise avec un sourire. Tu n'aurais pas lâché un monstre mythologique et millénaire dans les couloirs de Poudlard, par hasard ?"

Pour toute réponse le petit brun lui donna un coup dans l'épaule, pas très sûr de savoir s'il devait rire ou se fâcher.

"Donc, pour autant qu'on sache, l'Héritier de Serpentard serait un Puriste ou un Suprématiste, et serait Fourchelang, conclut Daphné.

- C'est quoi la différence entre Puriste et Suprématiste ? Interrogea Harry.

- Ça va peut-être te paraître un point de détail, mais ce qui sépare les Puristes des Suprématistes est en fait très conséquent, commença Drago. Les Suprématistes sont, comme leur nom l'indique, pour la suprématie des Sorciers, avec à leur tête, les Sangs-Purs. En dessous, viennent les Sang-Mêlés, et encore en dessous, viennent les Nés-Moldus. Je te parle même pas des Moldus, qui sont considérés par les Suprématistes comme une classe destinée à servir les Sorciers. Mais les Suprématistes considèrent que la prise du pouvoir des Sorciers doit se faire par l'approbation du peuple Sorcier, donc par des élections. Si un jour, nous avons un Ministre Suprématiste, il annoncera au Premier Ministre Moldu la conquête de son fauteuil par lui-même, et ce sera la fin du Secret Magique. Pour les Puristes, c'est plus radical."

Harry grimaça.

"C'était pas assez radical encore ? Grinça-t-il.

- Pas pour les Puristes. Pour eux, les Nés-Moldus sont assimilés aux Moldus et donc ont pour vocation de servir les Sangs-Purs. Les Sang-Mêlés étant l'intermédiaire, et n'ayant pas beaucoup plus de droits. Mais la vraie différence est que non seulement les Sangs-Purs seront à la tête de la Société, mais en plus, ils auront le droit de vie ou de mort sur les autres. Ils auraient le droit de tuer un Sang-Mêlé, un Né-Moldu ou un Moldu, comme ça, sans procès, ni préavis.

- C'est horrible, s'effraya Harry. C'est glauque comme vision de la Société.

- Malheureusement, elle est partagée par un certain nombre de Sorciers importants, dit Blaise en évitant soigneusement de regarder Drago."

L'ambiance déjà pas très joyeuse se fit tout à coup glaciale. Daphné prit la parole pour essayer de détendre l'atmosphère.

"On pourrait aller jeter un œil à l'endroit où a été retrouvée Miss Teigne, proposa-t-elle. Il y a peut-être des indices. Les Professeurs ont ré-ouvert l'endroit."

Les trois garçons acquiescèrent et le petit groupe se mit en marche pour atteindre les toilettes des filles du deuxième étage.

En effet, le couloir n'était plus condamné, même s'il restait un peu inondé, et un grand paravent empêchait les curieux de lire les inscriptions que Harry et Drago avaient pu voir le jour de la fête des Morts.

"Je comprends pourquoi c'est inondé, fit Daphné avec un sourire. Ce sont les toilettes de Mimi Geignarde.

- Qui ?

- Mimi Geignarde. Je ne connais pas son vrai nom. C'est le fantôme d'une élève de Poudlard qui hante les toilettes. Elle est particulièrement déprimante."

Cette description ne donnait pas vraiment envie de faire la connaissance du fantôme en question.

"Je vous rassure les garçons, elle n'est pas méchante, rit Daphné devant leur air méfiant. Cela dit, elle a peut-être vu quelque chose l'autre soir. Ça vaut le coup d'aller lui demander."

En entrant dans les toilettes, les quatre Serpentards entendirent du bruit.

"Y a quelqu'un ? Lança Blaise.

- Oui ! Répondit une voix stridente. Il y a moi !"

Dans une grande gerbe d'eau, le fantôme d'une jeune fille sortit de la cuvette la plus proche. Elle s'arrêta juste au-dessus du petit groupe en croisant les bras et en les foudroyant du regard. L'apparition spectrale était habillée d'un uniforme de Poudlard, à en croire le blason de Serdaigle qui ornait sa poitrine, mais l'habit obligatoire de Poudlard avait dû voir quelques modifications au cours du temps. La jupe noire était bien plus longue que celle portée par Daphné, et à la place des chemises réglementaires, Mimi avait une sorte de blouse gris foncé, recouverte par une cape noire fendue à droite et à gauche au niveau des bras.

"On est désolés de te déranger Mimi, commença Daphné. Tu dois être certainement très occupée."

Mimi lui jeta un regard soupçonneux mais sembla se dérider.

"C'est vrai, dit-elle. Je suis très occupée. Qu'est-ce que vous voulez ?

- On voudrait te questionner à propos de la soirée de Halloween, expliqua Daphné. Savoir, si tu avais vu quelque chose d'inhabituel."

Il y eut un chuintement suivit d'un bruit sourd dans l'une des cabines. Mais les enfants n'y firent pas attention.

"Le soir où l'horrible chatte est morte ? Demanda Mimi d'un ton sadique.

- Miss Teigne n'est pas morte, mais oui, c'est ce soir-là, intervint Harry un peu perturbé par l'apparition.

- Oh, fit le fantôme avec une petite moue déçue. Dommage.

- Alors ? Tu te souviens de quelque chose ? Insista Daphné.

- Pas vraiment. J'étais comme d'habitude, en train de penser à la mort, je n'ai pas fait très attention. Mais il me semble que j'ai entendu une voix de fille. Enfin, je ne sais pas trop, parce que, quand j'ai voulu vérifier, il n'y avait personne. Alors j'ai fait déborder les lavabos."

Harry ne comprit pas la relation de cause à effet, mais il tint sa langue.

"Merci beaucoup Mimi, dit poliment Daphné. Une dernière question, quelqu'un d'autre est venu te poser des questions ?

- Oh, oui, dit-elle d'un ton de conspiratrice. Le Directeur lui-même est venu. Je lui ai dit pareil qu'à vous.

- Et la semaine dernière ? Demanda Harry avec un éclair d'inspiration"

De nouveau, il y eut du bruit dans l'une des cabines. Cette fois, Drago fronça les sourcils et se rapprocha silencieusement de l'origine du bruit.

"La semaine dernière ? Dit Mimi Geignarde surprise.

- La nuit où Colin Crivey s'est fait attaquer, tu as remarqué quelque chose ? Explicita Harry.

- Je n'étais pas ici, avoua le fantôme alors que deux tâches grises fonçaient ses joues. J'étais dans la Salle de Bain des Préfets.

- Les Préfets ont une Salle de Bain ? S'étonna Blaise. La chance !

- Tu espionnais qui ? Demanda Daphné elle aussi rosissante.

- Marcus Flint, dévoila Mimi.

- Il n'est pas Préfet, contra Blaise.

- Mais il est Capitaine de Quidditch, et il retrouve Gemma Farley dans la Salle de Bain, devina Daphné. Ils sont ensembles depuis quelques semaines. Alors Mimi, il a une belle musculature Marcus ?

- Daphné ! Se révoltèrent Blaise et Harry alors que Drago esquissait un sourire.

- Oh, oui, répondit Mimi. Désolée, mais il faut que j'y aille."

Et sans prévenir, elle passa la tête la première dans la cuvette la plus proche, la même par laquelle elle était venue, éclaboussant tout le monde.

"Yeurk, fit très justement Blaise."

Mais Drago lui fit signe de se taire.

Sans bruit, il se rapprocha d'une cabine et l'ouvrit brusquement. Il y eut des cris de surprise et de peur, et deux garçons sortirent de la cabine, tout penauds.

Ron Weasley et Neville Londubat, rouges pivoine, se tenaient devant eux, gênés.

"Pourquoi vous vous cachiez ? Demanda Harry sincèrement interloqué

- On savait pas que c'était vous, répondit Ron. Au départ, on se cachait de mon frère Percy. C'est le Préfet de Gryffondor et il est très pointilleux sur le règlement. Il estime qu'on a rien à faire dans le couloir des toilettes des filles. Mais on était juste curieux. Fred et George nous ont dit que l'inscription sur le mur était flippante. On voulait voir."

Londubat sembla s'enhardir.

"Vous n'auriez pas une idée de qui pourrait être l'Héritier de Serpentard ? Demanda-t-il.

- Non, répondit Drago.

- Aller, vous êtes bien dans la même Maison que lui, il n'y a personne qui semble plus satisfait que les autres de ce qui se passe ? Tenta Ron."

Quatre regards glacés lui répondirent.

"Réfléchis deux secondes Weasley, rétorqua Blaise avec condescendance. Si tu étais l'Héritier de Serpentard, tu crois vraiment que tu te vanterais de tes exploits alors que tu risques Azkaban ?"

Ron était désormais rouge brique, mais Harry lui sauva la mise.

"C'est quoi Azkaban ?

- C'est la Prison des Sorciers, explicita Blaise.

- Les Sorciers ont une prison ? S'étonna Harry.

- Et tu veux qu'on les mette où les criminels ? Se moqua gentiment Drago. Un Sorcier dans une prison Moldu, il est dehors en quelques sorts.

- Ah, oui. C'est vrai.

- Pour répondre à Weasley, reprit Daphné, on a quelques indices, mais rien de probant.

- Quoi donc comme indice ? Demanda avidement le Gryffondor.

- Rien qui ne te concerne, le rembarra Drago d'un ton sec.

- Oh, Drago, le tança Daphné. Je ne serais pas contre un peu d'aide dans cette histoire. Si ça se trouve, ils pourront être utiles. Ou au moins garder l'œil ouvert dans leur propre Maison.

- Pourquoi on devrait faire ça ? Demanda Londubat un peu perdu.

- Parce que, commença Daphné, rien ne nous dit que l'Héritier de Serpentard est effectivement à Serpentard.

- Mais, commença Drago...

- Ce qu'elle dit n'est pas dénué de sens, le coupa Blaise. Un Serpentard vraiment rusé se fera répartir dans une autre Maison pour ne pas attirer l'attention."

A la tête que tirèrent les deux Gryffondors et Drago, il était clair qu'ils n'avaient pas pensé à cette éventualité.

"Comment faire pour le démasquer alors ? Demanda Londubat un peu blanc à l'idée que l'Héritier de Serpentard puisse se trouver entre leurs rangs.

- On essaye d'établir une liste de traits de caractère ou d'aptitudes qui pourraient nous mener jusqu'au responsable, mais il faut prendre tout ça avec des pincettes."

Daphné exposa aux Gryffondors les conclusions provisoires des Serpentards, en omettant toute fois de parler du don de Fourchelang de Harry.

A la fin de la conversation, ils n'étaient pas beaucoup avancé, si ce n'est que Mimi Geignarde les avait mis sur la piste d'une fille. Mais là encore, ce n'était pas sûr.

"L'écriture sur le mur est celui d'une fille, affirma Ron.

- Et qu'est-ce qui te fait dire ça ? Demanda Drago d'un ton dédaigneux.

- C'est une écriture ronde, expliqua Weasley. Les filles ont une écriture ronde.

- N'importe quoi Weasley, rétorqua Drago de sa voix la plus méprisante possible. Ma calligraphie est ronde, je n'en suis pas une fille pour autant.

- Alors tu es un suspect, répliqua Ron buté. Après tout, tu es un Serpentard, d'une vieille famille, tu méprises les Nés-Moldus. Rien ne nous prouve que tu ne parles pas Fourchelang d'ailleurs. Tout le monde sait que ta famille trempe dans la Magie Noire, et le Fourchelang est une qualité de Mage Noir, tout le monde sait ça.

- Weasley ! S'exclama Blaise. Réfléchis trente secondes au lieu de dire des conneries plus grosses que toi !"

Que ce soit Blaise et non Daphné qui défende Drago surprit tout le monde.

"D'une part, le Fourchelang n'est pas une caractéristique des Mages Noirs, continua-t-il avec un ton plus calme en redonnant les chiffres. En un siècle, il n'y a eu qu'une cinquantaine de cas répertoriés au Royaume-Uni et seulement un est un Mage Noir reconnu, puisqu'il s'agit de Vous-Savez-Qui. Alors que des Mages Noirs, il y en a eu un peu plus.

- Mais, parler aux serpents ce n'est pas... humain, se défendit Ron

- Et alors ? Il y en a bien qui parlent à l'oreille des chevaux, répliqua Harry en haussant les épaules."

Ron resta perplexe. Aux oreilles des chevaux ?

"Et pour ta gouverne, Weasley, reprit Drago toujours méprisant, ma famille ne trempe pas dans la Magie Noire. Elle est spécialisée dans l'étude de l'Art Sombre. C'est complètement différent.

- C'est pareil ! S'exclama Ron vexé.

- Bien sûr que non, Weasley. Pour information, Dumbledore est lui aussi un spécialiste de l'Art Sombre.

- Je ne te crois pas !

- Et comment tu vas te défendre de quelque chose que tu ne connais pas, dis-moi, Weasley ?

- Les garçons, les interrompit Daphné. On peut en revenir à nos moutons ? Bien, je récapitule. L'Héritier est certainement Fourchelang, c'est peut-être une Héritière, et c'est sûrement quelqu'un qui a des idées Suprématistes, voire Puristes mais qui s'en défend. Maintenant, la question est de savoir quelles autres pistes nous pouvons explorer.

- Il faudrait faire des recherches à la Bibliothèque sur les Fourchelangs déclarés, dit Blaise. Comme il s'agit d'un trait héréditaire, on s'apercevra peut-être qu'un descendant d'un illustre inconnu est parmi nous."

Tous grimacèrent de concert, absolument pas emballés à l'idée de s'enterrer sous des montagnes de grimoires et de parchemins poussiéreux.

"On peut peut-être demander à Hermione de nous aider, suggéra Londubat.

- La Miss-Je-Sais-Tout ? Granger ? Fit Drago.

- Elle est très forte en recherches bibliographiques, et comme elle passe son temps à la Bibliothèque, en plus ça sera discret, expliqua Londubat.

- Ok, dit Daphné. Weasley et toi, vous vous chargez de lui expliquer la situation. Le maître mot est discrétion, bien sûr. Je propose qu'on se réunisse ici une fois par semaine pour mettre en commun ce que nous avons trouvé."

C'est ainsi que régulièrement, un groupe plutôt disparate se réunissait en secret dans les toilettes des filles du deuxième étage. Si, au départ, Mimi Geignarde ne fut pas très collaborative, il s'avéra qu'elle avait le béguin pour Harry et lui concédait tout.

Hermione Granger fut mise dans la confidence et rejoignit le groupe dès leur deuxième réunion. Elle apporta avec elle la liste des Fourchelangs reconnus des cinquante années précédentes, ainsi que le début de leur généalogie.

"Tu as fait ça en une semaine ? S'étonna Blaise impressionné. Et tu as eu le temps de faire le devoir de Potion, celui de Métamorphose et celui de Défense Contre les Forces du Mal ?

- Oui, répondit simplement Granger en rosissant."

Mais malgré toutes leurs recherches, malgré la liste exhaustive des élèves de l'école (volée par Ron et Neville chez Rusard), malgré la persévérance d'Hermione, les enfants n'avancèrent pas beaucoup plus dans leur enquête. D'autant qu'ils n'avaient pas que ça à faire. Leur devoirs respectifs leur demandaient du temps et de l'investissement, et Drago et Harry avaient leurs entraînements de Quidditch.

A passer du temps ensemble, ainsi, ils apprirent des choses sur les uns et les autres.

Ron, par exemple était arachnophobe, ce qui était un sujet de moqueries sans fin pour Drago. Le petit groupe découvrit la peur du jeune rouquin un soir où ils s'étaient réunis dans les toilettes. Ron s'était accoudé à une fenêtre, mais après quelques minutes, il avait fait un bond en arrière en poussant un glapissement.

Tout le monde s'était retourné vers lui, et il avait montré une véritable colonne de petites araignées qui fuyait les toilettes pour le dehors, les unes derrières les autres.

Ron avait alors expliqué que les jumeaux avaient un jour transformé sa peluche préférée en grosse araignée repoussante. Depuis, il n'aimait plus ni les araignées, ni les peluches.

Le comportement étrange des arachnides avait rendu Granger véritablement perplexe, et elle était restée pensive pendant le reste de la soirée.

Granger qui semblait être d'une timidité maladive, s'animait brusquement quand il fallait défendre son point de vue. Elle pouvait même aller jusqu'à l'agressivité, puis rougir et se taire, avant de reprendre sa diatribe d'un ton plus posé.

Il était évident pour tous que Drago faisait de gros efforts pour côtoyer Granger et Weasley. Il était perpétuellement désagréable, méchant, mais il n'était pas insultant, ce qui aidait les deux Gryffondors à prendre sur eux. Daphné était enchantée par les progrès fulgurants de son promis et même Blaise avait reconnu que Drago était plus social qu'à l'ordinaire.

ooOOOoo

Les semaines passèrent, et un matin, en se levant, les élèves purent admirer le parc de Poudlard, figé, sous la neige. Le Professeur Snape prit les noms de ceux qui désiraient rester à l'École pendant les vacances de Noël. Harry fut l'un des premiers à s'inscrire, et cette année, une fois n'était pas coutume, Drago restait pour Noël.

"Mes parents sont en visite chez des amis russes, Expliqua le blond. Je n'avais pas très envie de retourner en Russie, surtout en hiver."

Mais peu avant les vacances de Noël, il y eut de l'agitation dans Poudlard. Un club de Duel avait ouvert ses portes et se tiendrait le jeudi soir, à huit heure. La curiosité de tous fut piquée, et les élèves se pressèrent nombreux ce soir-là, dans la Grande Salle, transformée pour l'occasion en Salle de Duel.

Une estrade beaucoup plus longue que large avait été montée en plein centre de la Salle, et recouverte d'un tapis bleu nuit. Sur l'estrade se tenait déjà Lockart, tout sourire, attendant patiemment que les élèves finissent d'arriver, adressant à telle élève un clin d'œil, à tel autre un petit signe de la main. Aux premiers rangs se pressaient des demoiselles soupirantes et des damoiseaux rêvant d'aventures (à moins que ce ne soit l'inverse), ce qui était, aux yeux des quatre amis de Serpentard, parfaitement ridicule.

Quand le flot d'élèves s'interrompit, et que les conversations s'éteignirent, Lockart prit la parole.

"Approchez ! Approchez ! Lança-t-il comme s'il était présentateur d'une attraction dans une foire. Tout le monde me voit ? Tout le monde m'entend ? Très bien. Le Directeur m'a donné l'autorisation d'ouvrir ce petit club de duels pour vous apprendre les Sortilèges de base pour vous défendre contre une possible agression, comme cela m'est arrivé de nombreuses fois. Pour plus de détails, je vous invite à consulter ma bibliographie."

Il fit une pause sourire, puis reprit.

"Pour m'assister dans cette tâche, j'ai avec moi le Professeur Snape."

Le Professeur en question monta les marches de l'estrade, et adressa à l'assistance un regard noir. Visiblement la place d'assistant ne l'enchantait guère.

"Si seulement Snape pouvait tuer Lockart, grinça Drago récoltant au passage un coup de coude de Daphné."

Lockart se lança dans la démonstration des positions réglementaires de combat, avec de grands gestes, tandis que Snape le foudroyait du regard.

Enfin, vint le moment de la démonstration. Lockart et Snape s'éloignèrent d'une distance de dix pas chacun, se saluèrent et se mirent en position.

"Comme vous le voyez, soliloquait Lockart, nous tenons nos baguettes dans la position de combat réglementaire. Lorsque nous auront compté jusqu'à trois, nous jetterons le premier sort. Bien entendu, ni l'un ni l'autre ne cherchera à tuer l'adversaire.

- Je n'en suis pas si sûr, ricana Harry.

- Un … Deux … Tr...

- Expelliarmus ! Dit Snape d'une voix forte et claire."

Il y eut un éclair rouge qui propulsa Lockart en arrière et sa baguette s'envola pour atterrir dans la main tendue de Snape.

"Première leçon, dit Snape d'une voix forte alors que Lockart se relevait péniblement. Votre adversaire n'attendra jamais que vous lui donniez le feu vert pour vous attaquer. Soyez toujours sur vos gardes.

- Excellente démonstration Professeur, reprit Lockart d'une voix joviale qui n'avait rien de naturelle. Il s'agit là d'un sortilège de Désarmement. Comme vous le voyez, j'ai perdu ma baguette. C'était une excellente idée de leur montrer cela, Professeur Snape, mais sans vouloir vous offenser, j'avais tout de suite deviné ce que vous aviez en tête, c'était évident. Et si j'avais voulu vous en empêcher, je n'aurais eu aucun mal à le faire. Mais j'ai pensé que cette petite démonstration serait très instructive."

L'intégralité des Serpentards présents arboraient des sourires méprisants, et aucun d'entre eux ne fut dupes. La plupart étaient même très content de l'humiliation de Lockart, Harry le premier.

"Le Spectacle est terminé ! S'exclama Lockart. A vous de jouer maintenant ! Je vais passer parmi vous pour vous mettre deux par deux. Professeur Snape, si vous voulez bien m'aider…"

Harry se trouva face à Gregory Goyle, Drago face à une Serdaigle, Blaise à un Poufsouffle et Daphné face à Millicent Bullstrode.

Quand le signal fut donné, et même un peu avant de la part des Serpentards, ce fut le chaos le plus total. Les sorts les plus divers furent lancés dans tous les sens, empêchant une concentration maximum pour les duels, et même causant des incidents ici ou là. Harry parvint à désarmer Gregory facilement grâce à l'Expelliarmus et regarda autour de lui. Il fit bien, car il évita de justesse un rayon de lumière violet qui arrivait par sa gauche.

Drago se battait toujours contre la Serdaigle, qui devait avoir un an de plus que lui. Le deuxième année s'en sortait plutôt bien, malgré son souffle de plus en plus court. Daphné et Millicent avaient finis leur duel et discutaient aimablement se moquant parfois d'untel ou unetelle. Blaise n'était nulle-part en vue.

Harry fronça les sourcils, cherchant son ami dans la foule, mais à ce moment, Lockart siffla la fin des duels.

"Hou lala ! Fit théâtralement Lockart en prenant conscience du désordre occasionné par les petits duels. Je crois que je ferais mieux de vous apprendre à neutraliser les mauvais sorts. Tenez, Harry, montez sur l'estrade."

Harry, qui n'avait pas du tout envie de se mettre ainsi en avant, eut un mouvement de recul. Mais Drago, ce traître, le poussa dans le dos avec un sourire sardonique.

"Monsieur Malfoy, fit la voix glaciale de Snape. Puisqu'apparemment vous tenez tant à ce que votre camarade fasse partie de la démonstration, je vous invite à le rejoindre."

Comme il ne s'agissait nullement d'une invitation, mais bien d'un ordre, Drago obéit en traînant les pieds.

Lockart décida à l'unanimité avec lui-même (son ego comptant pour deux), que les deux garçons allaient se battre en duel pendant deux minutes, et qu'il allait expliquer les contre-sorts après. Dans un élan paternaliste, le célèbre écrivain donna des astuces à Harry qui n'en tint absolument pas compte. Par contre le jeune garçon avait vu Snape chuchoter quelque chose à Drago qui avait les sourcils froncés.

Le blond se mit en position et lança à Harry un regard désolé qui décontenança ce dernier. Tous deux en position, ils attendirent le signal de Lockart, et Harry prit Drago de vitesse et lança un Rictusempra. Le blond esquiva l'attaque grâce à un réflexe fulgurant, et riposta en lançant 'Serpensortia'.

Il n'y eut aucun jet de lumière coloré, seulement de la brume qui sortit paresseusement de la baguette d'Aubépine du garçon. La brume sembla se solidifier, et un énorme serpent en tomba.

Malheureusement, Drago ne semblait pas savoir contrôler le sortilège, si bien qu'au lieu de se diriger vers Harry, le Serpent s'intéressa au public. Un garçon de Poufsouffle, Finch-Fletchley regardait avec horreur le serpent se contracter.

Harry comprit que le Mamba Noir allait attaquer le pauvre Justin Finch-Fletchley sans que personne n'intervienne. Sachant qu'il pouvait sauver son camarade, Harry s'avança doucement en sifflant.

"Ne l'attaque pas, il n'est pas dangereux."

Le serpent se tourna aussitôt vers lui, mais ne répondit pas.

"Personne ne te veux de mal, continua Harry en continuant d'avancer prudemment."

A ce moment-là, Harry comprit son erreur. Il était devant le serpent le plus dangereux d'Afrique, un des plus rapide aussi, et il était beaucoup trop près désormais. Le Serpent l'avait vu aussi et contracta ses anneaux, prêt à bondir.

Harry se figea, pas très sûr du comportement à adopter alors que sa respiration devenait irrégulière et que ses mains devenaient moites. Il déglutit, prêt à essayer de raisonner le serpent, quand un jet de lumière mauve frappa la bête et la fit disparaître.

Finalement, le Professeur Snape était le premier à avoir repris ses esprits et la première chose qu'il avait fait était de jeter un 'Finite Incantatem' sur le dangereux reptile.

Il lança un regard noir aux alentours.

"Potter ! Aboya-t-il. Dans mon bureau. Tout de suite."

La sortie du Professeur et du Fourchelang nouvellement identifié, causa un brouhaha d'enfer dans la Grande Salle, et Harry fut soulagé de la quitter. Soulagement qui ne dura pas longtemps, remplacé par l'angoisse de ce qui l'attendant dans le bureau de son Directeur de Maison. Le petit brun était presque obligé de courir derrière Snape pour ne pas se laisser distancer (d'autant que l'homme était particulièrement grand et que son pas était très rapide).

En entrant dans le bureau, Snape lui désigna un siège où Harry s'assit docilement. Le Maître des Potions prit place dans son fauteuil professoral, posa les coudes sur le bureau, croisa les mains, se pencha en avant et, avec son regard le plus acéré, demanda.

"Je vous écoute. Que vient-il de se passer."

Harry, encore sous le choc, ne prit pas le temps de réfléchir à sa réponse et débita d'un seul coup.

"Il allait s'en prendre à Finch-Fletchley, Professeur, s'écria-t-il. Je ne pouvais pas laisser faire ça !"

Snape ferma les yeux de lassitude et se pinça l'arête du nez.

"On va reprendre depuis le début Potter, dit-il en détachant ses mots. Depuis quand savez-vous que vous êtes Fourchelang ?

- Quelques semaines, répondit Harry. Enfin, je connais le terme depuis quelques semaines. J'ai découvert que les serpents parlaient autour de mes huit ans."

Le garçon baissa les yeux.

"C'est une Coronelle Lisse qui m'a appris que j'étais un Sorcier, révéla-t-il le feu aux joues.

- Je vois, dis simplement Snape. Et ce soir ?"

De nouveau Harry s'enflamma.

"Je ne comprends pas pourquoi Drago a fait apparaître un Mamba Noir ! S'écria-t-il. C'est le serpent le plus dangereux d'Afrique !

- Vous vous y connaissez en serpent ? S'étonna le Professeur.

- Un peu, admit Harry. Quand j'ai su que je pouvais parler aux serpents, j'ai fait des recherches à la bibliothèque municipale et il y avait un livre sur les serpents les plus dangereux du monde. Je me suis entraîné à les reconnaître. Mais celui-là, il était pas comme les autres.

- De quelle manière ?

- Tous les serpents avec qui j'ai discuté, ils me répondaient, ils comprenaient. Celui-là, non. Il avait l'air de comprendre ce que je disais, mais il ne répondait pas.

- Ce n'était pas un vrai serpent Potter, tenta d'expliquer Snape. Il s'agissait d'un sortilège. Or, ce sortilège avait une mission : attaquer. Il est malheureux que Monsieur Malfoy n'ait pas su invoquer le bon serpent et n'ait pas su le contrôler. Néanmoins, vous avez quand même réussi à dévier le serpent de son idée première : attaquer Finch-Fletchley. Pour cela j'accorde vingt points à Serpentard."

Harry regarda le Professeur Snape avec des yeux ronds. Snape lui donnait des points. Il devait être tombé dans une dimension parallèle.

"Malheureusement, j'ai bien peur que toute cette histoire ait des retombées désagréables, et pour vous Potter, et pour la Maison de Serpentard.

- Tout le monde va croire que je suis l'Héritier de Serpentard, conclut sombrement l'enfant.

- C'est en effet ce qu'il risque de se passer."

Snape pinça les lèvres. Puis il dit brusquement.

"L'êtes-vous ?

- Bien sûr que non ! S'insurgea Harry.

- Très bien. Je vous crois. Je vais vous raccompagner dans votre Salle Commune."

En entrant dans la Salle Commune de Serpentard, Harry rencontra une marée de regards tournée vers lui. Mais, un Snape se tenant à ses côté, une main sur son épaule et fusillant tout le monde du regard, suffit à ce que personne ne dise un mot. Dans un silence quasi religieux, Harry descendit dans son dortoir.

Blaise et Drago s'y trouvait déjà accompagnés de Daphné. Théodore était sur son lit, lisant un livre. Quand Harry entra il leva les yeux.

"Si vous voulez, je peux partir, proposa-t-il.

- Non, c'est bon, répondit Harry. Pas besoin. De toute façon, il n'y a pas grand-chose à dire.

- Comme d'habitude quand il s'agit de toi, grinça Daphné entre ses dents, il n'y a jamais grand-chose à dire.

- Parce que c'est vrai, répliqua Harry. J'ai expliqué la situation à Snape. Il me croit, en tout cas c'est ce qu'il m'a dit. Mais franchement, Drago… Un Mamba Noir ?

- Qu'est-ce que c'est ?

- C'est le Serpent que tu as invoqué. C'est le serpent le plus dangereux d'Afrique ! Rends-toi compte enfin ! S'énerva Harry. Si je n'étais pas intervenu, il aurait mordu Finch-Fletchley ! Et il serait mort d'asphyxie !

- Enfin, je ne suis pas assez puissant pour invoquer un serpent de cette dangerosité, se défendit Drago.

- Eh bien, je ne sais pas, tu as peut-être trop forcé sur ton sort, mais c'était beaucoup trop dangereux. Pour ta gouverne, quand un serpent se contracte, c'est qu'il va attaquer. Et c'est exactement ce que faisait le Mamba Noir."

Les enfants présents semblaient tous perturbés. Drago qui se rendait peu à peu compte qu'il avait mis en danger toutes les personnes présentes au Club de Duels. Daphné et Blaise eux avaient compris que Harry s'était mis encore une fois en danger pour sauver quelqu'un d'autre. Théodore lui semblait plus intrigué que perturbé.

"Tu sembles en connaître un rayon sur les serpents, Harry, dit-il de sa voix nonchalante.

- Quand j'ai compris que je pouvais parler aux serpents, je me suis renseigné sur eux, éluda Harry."

La conversation fut interrompue inopinément par l'arrivée bruyante de Crabbe et Goyle.

"Wouah, Harry, s'exclama Vincent. Tu fais très fort ! En une soirée, tu te mets l'intégralité de Poudlard sur le dos, et tout de suite après, Snape te met sous sa protection !

- Quoi ! S'exclama Drago. Qu'est-ce que c'est cette histoire ? Demanda-t-il à Harry.

- Je n'en sais rien, répondit le garçon très franchement surpris.

- Tu rigoles Harry, renchérit Gregory. Snape qui entre en même temps que toi dans la Salle Commune, une main sur ton épaule… Autant te dire que les plus âgés se sont empressés d'expliquer ce que ça veut dire. Le maître mot des prochains jours, c'est Solidarité Serpentarde."

ooOOOoo

"Vous avez entendu la nouvelle Albus ? Questionna Severus d'entrée de jeu en pénétrant dans le Bureau Directorial.

- Harry Potter est Fourchelang, dit platement Albus.

- Cela ne semble pas vous surprendre, grimaça Severus.

- C'était une possibilité, répondit calmement Dumbledore. Après tout, Voldemort (nouvelle grimace de Severus) était connu pour être Fourchelang. Sans vouloir hâter mes conclusions, je pense que la nuit où Voldemort a essayé de tuer Harry, il lui a transmis une partie de ses capacités."

Il y eut une pause dans la conversation, durant laquelle Dumbledore proposa un bonbon à l'Enseignant. Celui-ci refusa poliment.

"La véritable nouvelle, continua Dumbledore après avoir pioché une friandise au citron (ses préférés!), c'est votre protection offerte à Harry Potter.

- Je ne lui ai pas offert ma protection, corrigea Severus. J'ai simplement rappelé aux Serpentards qu'ils doivent être solidaires en toute circonstance.

- Si vous le dites mon garçon.

- Je ne suis pas votre garçon !"

Cependant le Directeur ne dit rien sur les circonstances qui avaient permis la création d'un serpent dangereux. Et Severus s'en fit la remarque.

ooOOOoo

La Solidarité Serpentarde se confirma dès le lendemain. Harry ne s'était jamais vraiment habitué aux chuchotements sur son passage, aux doigts tendus le pointant, ni aux regards appuyés, mais il arrivait le plus souvent à passer outre. Cette fois, l'effet qu'il faisait en entrant dans une pièce serait risible si le pauvre garçon n'en souffrait pas autant.

Dès le petit déjeuner, en arrivant dans la Grande Salle, Harry comprit ce que Vincent avait voulu dire. Toutes les conversations s'éteignirent d'un coup, alors que les élèves le dévisageaient sans pudeur. Harry sentit le rouge de la colère lui monter aux joues quand les conversations reprirent sous forme de chuchotements anxieux.

Preuve que la soirée de la veille avait donné des idées à tout le monde, le Professeur Lockart fit un cours spécial sur les Serpents dès la première heure de cours. Évidemment, il ne donna pas les caractéristiques des Serpents les plus dangereux du monde, ni ne donna de précisions sur les espèces magiques, il se contenta de narrer ses fabuleux et fumeux exploits.

Harry fut également abordé de tous côtés. Entre ceux qui l'insultaient, ceux qui voulaient avoir la confirmation qu'il était l'Héritier et qui venaient lui poser la question directement, et ceux qui avaient tellement peur de lui qu'ils poussaient des cris rien qu'à sa vue, Harry se mit à détester l'entièreté des élèves de Poudlard.

Heureusement, dans la journée, il fut soutenu par les Serpentards. Les élèves de son année se relayaient autour de lui pour faire comme un bouclier humain. Mais ce bouclier ne fut pas suffisant pour arrêter les jumeaux Weasley.

"Alors Harry ! Lança joyeusement Fred (à moins que ce ne fut George). Comme ça tu parles la langue des Serpents et tu ne nous en dis rien ?

- Nous sommes très déçus, rit George (qui pourrait bien être Fred).

- Mais une chose est sûre …

- Tu ne peux pas être l'Héritier de Serpentard.

- Tu es...

- Bien trop mignon !"

Et les jumeaux de lui ébouriffer les cheveux en riant.

En fin d'après-midi, le cours de Botanique fut annulé, pour cause de blizzard. Harry, Daphné et Blaise en profitèrent pour braver le temps détestable et aller boire le thé chez Hagrid.

En préparant une théière de Oolong, Hagrid se plaignait dans sa barbe d'un animal qui tuait ses coqs.

"Il y a des coqs à Poudlard ? S'étonna Daphné qui n'en avait jamais vu aux abords de l'École.

- Oui, répondit Hagrid, il y a un enclot à volailles, mais il n'est pas visible du Château. Il est à proximité de la Forêt Interdite.

- Pourquoi y aurait-il un élevage de volailles à Poudlard ? Questionna Blaise.

- C'est une tradition, répondit Hagrid. Et puis, parfois, le Professeur Brûlopot me demande un poulet ou deux pour appâter un animal qu'il veut présenter en cours."

Il posa sur la table la grande théière et une assiette de petits gâteaux faits maison.

Alors que les enfants tentaient de faire ramollir les gâteaux dans leur thé afin de ne pas se casser les dents, Hagrid entama la conversation sur ce qui passionnait Poudlard depuis deux jours.

"Alors Harry, qu'est-ce que ça fait d'être l'Héritier de Serpentard ? Demanda-t-il d'un ton taquin."

Harry savait pertinemment que le Garde-chasse plaisantait, mais cela ne l'empêcha pas de se renfrogner sous le regard amusé de ses amis.

"Ça pourrait aller si les autres élèves voulaient bien arrêter d'agir comme si j'allais les agresser subitement, grogna-t-il.

- Ça leur passera, dit philosophiquement Hagrid. En rentrant des vacances, la moitié de l'École aura oublié que tu es potentiellement dangereux et pensera à autre chose. Et puis, si j'ai bien compris, tu es soutenu à Serpentard.

- Oui, ça au moins c'est appréciable. Ce le serait encore plus si tous les Serpentards étaient sincères.

- On est des Serpentards, Harry, dit Daphné avec un sourire. Il ne faut pas s'attendre à des miracles."

Hagrid raccompagna les enfants au Château, car le blizzard ne faiblissait pas. Mais alors qu'ils entraient dans le Hall, ils découvrirent une étrange animation.

Un élève de troisième année de Serdaigle les pointèrent du doigt en criant 'Le voilà !'.

Bizarrement, cela eu le mérite de ramener le calme immédiatement.

"Que se passe-t-il ? Demanda Hagrid d'une voix forte mais aucun élève ne répondit."

Ce fut quand McGonagall arriva, légèrement essoufflée, que le petit groupe eut une réponse.

"Il y a eu une nouvelle attaque, expliqua-t-elle plus à Hagrid qu'aux enfants. Sir Nicholas de Mimsy-Porpington et Justin Finch-Fletchley sont les victimes.

- Ils ne sont pas …

- Oh, non, Sir Nicholas étant un fantôme, il ne peut plus mourir, et le jeune Finch-Fletchley est pétrifié comme les autres victimes."

Hagrid fronça les sourcils.

"Harry ne peut pas avoir fait ça. Il était avec moi depuis la fin de ses cours."

Mais McGonagall ne l'écoutait déjà plus et était partie disperser un groupe de Poufsouffles qui désignaient Harry de coups de mentons agressifs.