Bonjour, bonsoir à tous.
Un important message pour vous informer de certaines choses à propos de cette histoire.
J'ai encore pas mal de chapitres en réserve, mais je n'ai pas écrit une ligne depuis deux ans. Donc, à défaut d'avancer dans l'histoire, je vais poster tous les chapitres déjà écrits, dans les prochains jours/prochaines semaines.
Je suis navrée pour toutes les personnes qui suivent cette histoire depuis longtemps. C'était un très gros projet pour moi, peut-être trop ambitieux pour l'écrivaine que j'étais il n'y a pas si longtemps. J'ai perdu de vue mes objectifs, je ne me souviens plus vraiment de ce que je souhaitais pour cette fanfiction.
Depuis longtemps, je me dis que je devrais poster les chapitres déjà écrits, pour me "libérer" ou quelque chose du genre, pour que vous soyez au même niveau que moi. C'est un peu se tirer une balle dans le pied en terme de lectorat de dire une chose pareille, mais voilà, je suis totalement passée à autre chose, et je n'ai plus d'inspiration pour cette histoire.
Peut-être qu'un jour, qui sait ?
J'espère que malgré tout, vous apprécierez les chapitres qui seront postés d'ici là.
Chapitre 4bis : Sheitan, partie 2
Le départ des élèves de Poudlard fit un bien fou à Harry qui en avait assez de passer pour une bête curieuse et hautement féroce. Les élèves avaient fait un lien entre ses ennuis avec Rusard et l'agression de Miss Teigne, l'exaspération qu'il ressentait lorsqu'il croisait Colin Crivey avec son appareil photo et la pétrification de ce dernier, et l'incident du serpent et l'agression de Justin Finch-Fletchley. Malgré tout ce que pouvait dire ses amis, et la Solidarité de Serpentard, Harry était d'humeur morose. C'est pourquoi, quand le Château se vida à l'approche des fêtes de fin d'année, il se sentit soulagé.
Il passa du temps avec Drago, Théodore n'étant pas à Poudlard pour ce Noël-ci. Ils firent leurs devoirs, essayèrent de faire des recherches à propos de l'Héritier de Serpentard, mais en vain. Il fallait dire aussi que les deux garçons passaient plus de temps à rire qu'à réellement chercher quoique ce soit.
Le matin du 21 Décembre, Drago réveilla Harry aux aurores pour lui fêter un bon Solstice. Le blond déballa une montagne impressionnante de cadeaux.
Cette année-là, Harry avait choisi de lui offrir une Encyclopédie sur les Serpents. Encore un livre Moldu pour Drago, donc. L'attention fit rire le jeune Malfoy, et il ne put s'empêcher de le feuilleter, impressionné par le papier glacé et la brillance des photos immobiles, jusqu'à ce que Harry lui rappelle qu'il avait d'autres cadeaux à ouvrir.
Avant que les autres ne partent dans leurs familles, Drago avait confié à Daphné son Miroir à Double sens, ce qui permit aux deux garçons de fêter un joyeux Solstice à leur amie. Celle-ci remercia Drago pour son cadeau (un parfum très coûteux qui avait la particularité de sentir bon pour tout le monde) et dit à Harry qu'elle ouvrirait le sien le matin de Noël.
Harry avait offert à Daphné un discman, un lecteur CD baladeur, ainsi que quelques CD de musique, principalement des compilations, avec notamment The Queen, Michael Jackson, Genesis, Prince ou Kiss, mais aussi, Kylie Minogue, Elton John, Gun's and Roses, Metallica …
De la même façon qu'il avait procédé l'année précédente pour le cadeau de Blaise, il avait fait en sorte que l'engin puisse fonctionner à Poudlard (ce qui lui avait valu encore une fois, une sacrée migraine).
Au dernier membre de leur petit groupe, il avait offert toute une collection de friandises Moldues. Des colliers, des sifflets, des têtes brûlées, du chewing-gum en rouleau ou en tube, des sucettes, des crocos, des Schtroumpfs, des œufs, des oursons … de quoi faire une sacrée crise de foie.
Tout comme Drago l'avait réveillé le 21 Décembre, Harry réveilla son ami le matin du 25 pour Noël. Et ce fut au tour de Harry de déballer ses propres cadeaux.
De la part de Daphné, il reçut une Histoire Illustrée du Quidditch dans le Monde. Un pavé de près de mille pages, racontant le Quidditch sur les cinq continents.
Blaise lui avait envoyé un lot de jeux sorciers, dont un jeu du Vocifère, l'équivalent sorcier du jeu de l'Oie, un jeu de bataille explosive, un jeu de Petits Centaures, une sorte de jeu de petits chevaux, et un jeu de Dames sorcières. Le mot de Blaise indiquait que désormais, ils allaient avoir le choix quand ils voudraient se changer les idées.
Mr. et Mrs Weasley avaient envoyé à leur protégé de l'été un pull 'à la mode Weasley' comme Harry avait pu voir sur les épaules des autres membres de la famille, c'est à dire un pull de laine tricoté par la matriarche de la famille. Celui de Harry était vert forêt, orné d'un grand H argenté.
Drago fit semblant de ne pas voir l'émotion qui prit Harry à la gorge.
Enfin, 'last but not least', Drago lui remit son cadeau en mains propres. Harry le déballa et en sortit une longue dague à pommeau d'argent dans un fourreau de cuir.
Le jeune garçon ouvrit de grands yeux.
- Wouah ! Parvint-il à dire. En quel honneur ?
- Elle a plusieurs utilités. D'abord elle te permettra de convaincre quiconque n'y croyant pas encore que tu es bien l'Héritier de Serpentard, puis elle te permettra d'occire tous ceux qui auront l'audace de mettre en doute ton innocence.
Harry éclata de rire.
- Passe-la moi deux secondes, je te montre les spécificités de cette pièce. Alors regarde. Elle est rétractable, de manière à passer pour un couteau. Pratique si tu veux la transporter en toute discrétion. Elle peut avoir la taille d'une dague, et elle peut grandir jusqu'à la taille d'une petite épée. Je t'ai fournis avec des parchemins pour t'enseigner l'art de l'escrime. J'ai moi-même quelques notions, rien d'extraordinaire, mais on pourrait aller dans les toilettes de Mimi Geignarde pour te donner un premier cours ?
Très excité à l'idée de manier une épée, Harry se dépêcha de s'habiller. Drago avait lui-même dans ses affaires une lame qui présentait les mêmes propriétés, et ainsi ils s'initièrent tous deux à l'art du combat. Mimi les rejoignit après une heure de tâtonnements et elle encouragea Harry aux dépends de son adversaire et enseignant temporaire.
Ils furent retrouvés un peu avant le déjeuner par Ron Weasley. Les Weasley n'étaient pas rentrés dans leur famille ce Noël-ci, leurs parents étant partis voir un autre de leur frère, Charlie, en Roumanie.
Ron et Drago ne se supportaient que très mal, c'est pourquoi, ils s'évitaient.
- Joyeux Noël ! Le salua joyeusement Harry.
Le rouquin avisa le pull vert et argent de Harry.
- Toi aussi tu as eu droit au Pull Weasley, dit-il avec un petit sourire désolé.
- C'est très gentil de la part de ta mère, répondit Harry avec un grand sourire ravi.
Drago évita de dire quoique ce soit, ce qui valait sûrement mieux.
Le repas de Noël fut succulent, et même Drago, qui pourtant était habitué aux meilleures tables pour les fêtes de fin d'année, ne trouva rien à redire. Tout le monde était installé à la même table, étant donné qu'il y avait peu d'élèves pour Noël (et la moitié d'entre eux étaient des Weasley).
Des pochettes surprises étaient distribuées aux enfants comme aux adultes, et faisaient un petit bruit d'explosion quand on les ouvrait. Le Directeur était encore plus excentrique que d'habitude. Il avait revêtu une robe dorée, ornée de planètes mauves, et il essayait de convaincre un Snape encore plus sombre que d'ordinaire d'ouvrir une pochette surprise. Le Professeur de Potion lui envoya un regard parfaitement noir, mais prit quand même la pochette tendue par le Directeur.
A côté de Hagrid, McGonagall semblait avoir un peu abusé du lait de poule et souriait d'un air joyeux. Lockart distribuait clins d'œil et petits gestes à tous sans se préoccuper de savoir si les gens le regardaient.
Dès qu'ils eurent finis leurs plats, Drago et Harry quittèrent la table pour retourner s'entraîner à l'épée.
Leur petit manège continua quelques jours, jusqu'à ce que, au matin du Nouvel An ...
- Planque-toi ! Chuchota précipitamment Drago à Harry.
Les deux garçons se tapirent dans une alcôve tandis que Rusard passait devant eux en murmurant des injures à un élève hypothétique.
- … Encore plus de travail pour moi, grognait-il. Comme si j'avais que ça à faire.
Il tourna à droite puis disparut du champ de vue des garçons. Prudemment, Drago proposa de remettre leur entraînement à plus tard. Mais Harry, dont la curiosité était piquée, voulut juste jeter un coup d'œil. Entraînant le jeune aristocrate dans son sillage, Harry voulut entrer dans les toilettes, mais quand sa chaussure fit un bruit proche du 'splotch' il retira vivement son pied, désormais mouillé.
Tout était inondé, peut-être pas autant que le soir d'Halloween, car Rusard avait eu le temps d'éteindre les robinets, mais les toilettes n'étaient plus praticables.
Survolant lentement le désastre, Mimi Geignarde pleurait à chaudes larmes.
- Qu'est-ce qu'il se passe Mimi ? Demanda gentiment Harry au fantôme.
- Oh, c'est vous, dit-elle d'une voix pitoyable. Vous aussi vous venez me jeter quelque chose à la figure ?
- Quelqu'un t'a jeté quelque chose à la figure ? Fit Harry d'une voix révoltée.
- J'étais ici, tranquille, à m'occuper de mes affaires, et voilà que quelqu'un s'amuse à me lancer un livre à la figure.
Harry se doutait que cela n'avait pas dû lui faire mal, mais il savait par expérience que Mimi était très susceptible, mais aussi très sensible à quiconque se montrait un peu empathique avec elle.
- Qui a fait une chose aussi choquante ?
- Je n'en sais rien, pleurnicha Mimi. J'étais tranquillement en train de penser à la mort quand le livre m'est tombé dessus. Il est là-bas.
Elle désigna un carnet de cuir noir, baignant dans l'eau, à terre. Harry s'approcha pour le ramasser quand Drago l'arrêta.
- Attends ! Dit-il. Ne le touche pas à main nue. Après tout, on ne sait pas de quoi est capable ce livre.
- Ce n'est qu'un livre, objecta Harry.
- Peut-être. C'est peut-être aussi le réceptacle d'un Maléfice, ou d'un Sort. On n'en sait rien. Tiens, prends mes gants.
Le jeune blond lui tendit une paire de gants en cuir fin et élégant. Harry se dépêcha de saisir le carnet, l'enveloppa dans son écharpe, et les deux garçons déguerpirent, de peur de voir Rusard arriver.
En prenant mille précautions, ils firent sécher le livre devant la cheminée de leur Salle Commune, puis, le soir, quand le livre fut bien sec, équipés de leurs gants de Botanique, en cuir de dragon, ils feuilletèrent le carnet.
- Toutes les pages sont blanches, constata Drago. Mais ça ne veut pas dire qu'il n'y a rien d'écrit.
Il alla chercher différents objets magiques, une gomme de révélation, un monocle à encre invisible, ainsi qu'un buvard de dévoilement, mais rien ne marcha.
Harry compulsa le livre que Daphné lui avait offert au Noël précédent, et les garçons essayèrent plusieurs sorts, mais le livre resta invariablement vierge.
En désespoir de cause, Harry le manipula, l'observant sous toutes ses coutures, mais tout ce qu'il vit fut un nom en lettres dorées sur la quatrième de couverture. 'T. E. Jedusor'.
- Ce nom me dit quelque chose, hésita Drago. Je crois … je crois que c'est un nom que j'ai vu dans la Salle des Trophées.
- Depuis quand tu retiens les noms des Coupes de la Salle des Trophées, s'étonna Harry.
- L'année dernière quand on a eu nos retenues après le coup du Troll, Rusard a insisté pour qu'on astique une médaille pour service rendu, bien 5 fois de suite. Et, sauf erreur de ma part, c'est à ce Jedusor que la médaille a été remise.
- Tu sais pourquoi il a eu une médaille ?
- A part pour service rendu, je n'en ai aucune idée. En général, Service Rendu, ça veut dire, beaucoup d'argent donné à l'École.
- On n'en saura pas plus ce soir, conclut Harry en s'étirant. Tu as fini ton devoir d'Astronomie ? Je patauge complètement.
ooOOOoo
D'un accord tacite, le groupe hétéroclite de Serpentards et Gryffondors de deuxième année, se retrouva dans les toilettes de Mimi Geignarde dès l'arrivée du Poudlard Express. Granger particulièrement, semblait très excitée.
Dès que tout le monde fut entré, elle s'écria
- Je pense savoir ce qu'est le Monstre de Serpentard !
Tous les enfants lui prêtèrent la plus grande attention.
- J'étais en train de relire la Biographie de Herpo l'Infâme, en fait j'ai relu la plupart des biographies des Fourchelangs connus, mais celle de Herpo l'Infâmei est particulièrement intéressante, parce que c'est le premier à avoir …
- Élevé un Basilic ! S'éclaira Drago. Bien sûr ! Et quoi de mieux …
- Qu'un Serpent mythologique pour animal de compagnie d'un Fourchelang, finit Granger un léger sourire moqueur aux lèvres. Écoutez ça ! De tous les Monstres et Créatures qui hantent nos contrées, il n'en est guère de plus étrange ni de plus mortel que le Basilic, connu également sous le nom de Roi des Serpents.
- Elle récite le livre ? Chuchota Drago éberlué récoltant au passage un regard furieux de la Gryffondor.
- Ce reptile, continua-t-elle sans se laisser perturber, qui peut atteindre une taille gigantesque et vivre plusieurs centaines d'années, naît d'un œuf de poulet couvé par un crapaud. Pour tuer ses victimes, la Créature recourt à une méthode des plus singulières : outre ses crochets venimeux, le Basilic possède en effet des yeux meurtriers qui condamne à une mort immédiate quiconque croise son regard. Il répand également la terreur parmi les araignées dont il est sans nul doute le plus mortel ennemi. Le Monstre quant à lui, redoute plus que tout le chant du coq qui lui est fatal, si d'aventure il lui parvient aux oreilles.
A la fin de l'exposé de Granger, les enfants se mirent à parler tous en même temps.
- Ça explique le comportement des araignées, dit Ron en réprimant un frisson d'horreur.
- Et les coqs morts de Hagrid, dit Londubat en se souvenant des plaintes du Garde-Chasse à ce sujet.
- Je veux bien, contra Blaise, mais un serpent géant, ça se serait vu dans les couloirs de Poudlard.
- J'y ai réfléchit, répondit Granger. Je pense qu'il circule dans les murs, par un système de tuyauterie. Les murs porteurs font plusieurs mètres d'épaisseur, donc c'est tout à fait probable. Il y avait une question plus importante, c'est que normalement, les personnes agressées n'auraient pas dû survivre. Je veux dire, regarder le Basilic dans les yeux suffit à mourir. Alors j'ai réfléchit aux circonstances des attaques. Nick Quasi-Sans-Tête est un fantôme donc il ne peut pas mourir, mais Justin a dû regarder à travers Nick, et donc ne pas regarder directement le Serpent.
- Colin Crivey avait son appareil photo, révéla Harry. D'ailleurs la pellicule était entièrement fondue. Il a dû voir le Basilic par son appareil.
- Et Miss Teigne en regardant dans l'eau, finit Drago. Le reflet du Basilic a suffi pour la pétrifier.
- Il faut en parler à quelqu'un, dit Daphné.
- McGonagall ? Proposa Timidement Londubat.
- Je vais en parler à Snape, dit Drago.
Les Gryffondors grimacèrent.
- Il est très bien avec les Serpentards, le défendit Drago.
Ce fut au tour de Harry de grimacer.
- Harry, tu ne vas pas dire qu'il ne s'est pas amélioré avec toi ces derniers temps, le reprit Drago d'un air sévère.
- Oui, c'est vrai, concéda Harry.
- Bien, c'est réglé. Je vous tiens au courant.
Et Drago partit.
Après quelques secondes de silence un peu abasourdit, Ron ouvrit la bouche.
- Mais, on n'a pas donné notre accord !
ooOOOoo
- C'est tout à fait plausible, dit Dumbledore en caressant sa barbe. Et vous dites que ce sont certains de Serpentards de deuxième année qui auraient fait cette brillante déductions ?
- En réalité, répondit Severus du bout des lèvres, c'est une improbable entente entre les Serpentards et les Gryffondors qui a mené Miss Granger à cette conclusion, d'après Drago.
- Comme quoi, mon garçon, quand les élèves arrivent à passer outre les clivages entre les Maisons, ils arrivent à de grandes choses.
- Ne me dites pas Albus, dit Severus en décidant d'ignorer le terme de 'garçon', que vous n'aviez pas une petite idée de ce qui terrifie l'école aujourd'hui.
- En réalité, j'ai très peu considéré la possibilité que ce soit un Basilic, car je n'ai pas pensé que les malheureuses victimes du Monstre aient pu croiser son regard indirectement.
- Comment va-t-on faire pour éviter qu'une nouvelle attaque se produise ? Nous n'allons quand même pas être obligés d'installer des miroirs à chaque angle de couloir ?
- J'ai prévenu le Ministre depuis l'attaque sur Miss Teigne, mais vous connaissez Cornelius, tant qu'il n'y a pas de mort, il va d'abord tenter d'étouffer l'affaire. Je lui ai demander de dépêcher quelqu'un de la Brigade de Contrôle des Créatures Magiques, arguant que Poudlard abritait peut-être une Créature de Catégorie 5, mais le Ministre ne veut rien entendre. J'ai bien peur qu'il n'ait déjà une idée préconçue de l'identité du coupable.
- Il veut faire arrêter Hagrid, déduisit Severus.
- C'est ce qui ressort de nos entretiens. En attendant, le Conseil d'Administration de l'École me met la pression pour que les attaques cessent. Lucius Malfoy, qui est à sa tête, n'attend que l'opportunité de me faire remplacer.
- J'ai bien peur de ne pas pouvoir faire grand-chose, Albus, soupira Snape.
- Je sais mon ami, je sais. J'espère juste que Mr. Malfoy n'arrivera pas à ses fins trop tôt. Parlons maintenant d'un autre sujet, tout aussi important. J'ai mené quelques recherches, et je suis en mesure d'affirmer qu'un frère ou une sœur de sang de Lily Potter pourrait protéger efficacement le jeune Harry, si sa famille ne pouvait plus remplir cette fonction.
Severus fronça les sourcils. Il s'attendait à cette conclusion bien sûr, sinon, il n'aurait pas donné cette information à son Supérieur, mais c'était autre chose que de se l'entendre dire. Quelque part, il avait secrètement espéré que les recherches d'Albus ne donnent rien. Il n'était pas un homme sociable, et il savait encore moins s'occuper d'un enfant. Drago en était la preuve vivante, qui craignait et admirait à la fois son parrain.
- J'aimerais être sûr, Severus, reprit Dumbledore, que si je vous le demandais, vous prendriez Harry chez vous. Je ne souhaite pas vous l'imposer, et je ne vous le demanderai qu'en dernier recours, mais, il me faut votre accord.
- Vous l'avez, Albus, vous l'avez. Vous savez bien que jamais je ne laisserai un enfant en souffrance dans le milieu qui l'opprime.
- Mais il ne faut pas que cela se fasse à votre détriment. Un enfant, cela demande du temps et de l'investissement.
- Croyez-moi, Albus, j'ai connu pire situation.
- Je n'en doute pas, mon garçon, je n'en doute pas.
Severus expira longuement.
ooOOOoo
Harry ne parvenait pas à dormir. Il faisait encore régulièrement des cauchemars, et cette nuit-là était particulièrement éprouvante. Il avait rêvé qu'un Mamba Noir géant pétrifiait ses amis du regard avant de les avaler. La faute à l'Encyclopédie qu'il avait offert à Drago à Noël et que les quatre amis avaient regardé avant d'aller dormir.
Pour passer le temps, Harry avait récupéré le carnet de T. E. Jedusor, et le feuilletait distraitement, jusqu'à ce qu'une idée naisse dans son esprit. Récupérant le plus silencieusement possible une plume et de l'encre, il s'installa dans son lit, et se mit en position pour écrire. Mais alors qu'il réfléchissait à ce qu'il allait écrire, une goutte tomba sur la page. L'encre brilla quelques secondes à la lueur de son Lumos, puis elle disparut, comme bue par le parchemin.
Harry ouvrit de grands yeux, désormais complètement réveillé et alerte.
Levant sa plume, il hésita quelques instants, puis il écrivit.
Mon nom est Harry Potter.
De nouveau, l'encre brilla puis s'effaça. Harry attendit, mais rien ne sembla se produire, jusqu'à ce que …
Bonjour, Harry Potter. Je suis Tom Jedusor.
Harry sentit les battements de son cœur s'accélérer. Le carnet lui répondait.
Qui êtes-vous ? Un élève de Poudlard ?
Je l'ai été, il y a longtemps.
Harry se mordit la lèvre inférieure. Il ne savait pas ce que ce carnet venait faire dans le puzzle des mystères de Poudlard. Peut-être tout, peut-être rien. Mais il devait essayer de le découvrir, sans être trop direct. Après tout, un journal intime qui répond, cela ne devait éveiller que la méfiance.
Je suis curieux, dans quelle Maison étiez-vous ?
J'étais un Serpentard.
Comme moi.
Cela se compliquait. Un Serpentard était par définition retors, et ne se laissait pas embobiner.
Je suis assez intrigué par ce journal. Est-il ensorcelé ?
D'une certaine manière. Autour de mes 16 ans, j'ai décidé de déposer des souvenirs dans ce carnet afin de laisser une trace de moi.
Quand étiez-vous à Poudlard ?
Il y a près de 50 ans.
Élève dans les années 40 donc. Harry chercha dans sa mémoire ce qui avait marqué cette période, aussi bien chez les Sorciers que chez les Moldus. Bien sûr, il y avait la Seconde Guerre Mondiale, mais aussi Grindelwald qui sévissait en URSS, et qui tentait de recruter au Royaume-Uni.
Qu'est-ce que vous êtes devenu par la suite ?
Je crois que je suis parti voyager, à travers le monde. Mais je n'ai pas déposé de souvenirs datant de plus loin que mes années à Poudlard, alors je ne saurais te répondre avec certitude.
Bizarrement, Harry se méfia. Il ne sut pas pourquoi, mais quelque chose lui disait de se tenir sur ses gardes.
Mais parle-moi un peu de toi, Harry Potter. Te plais-tu à Poudlard ?
Oui, répondit très sincèrement Harry. Même si ce n'est pas facile tous les jours.
Pourquoi cela ?
Les élèves sont nombreux à penser que je suis responsable des agressions qui ont eu lieu ici.
Des agressions ? Poudlard n'est-elle pas censée être l'endroit le plus sûr du Royaume-Uni ?
Si, mais apparemment, quelqu'un a ouvert la Chambre des Secrets. Savez-vous ce que c'est ?
Il s'agit de la cachette mythique du grand Salazar Serpentard. A mon époque aussi, il y a eu des agressions. Heureusement, le responsable a été attrapé et puni.
Harry sentit son pouls s'accélérer. Allait-il découvrir l'identité de l'Héritier de Serpentard ?
Pouvez-vous me dire de qui il s'agissait ?
Je peux te montrer si tu veux.
Le garçon hésita quelques secondes.
D'accord.
Une page se tourna d'elle-même, et un petit cadre apparut sur le parchemin. Harry s'approcha pour mieux voir, et tout à coup, il se sentit tomber la tête la première dans l'image qui avait jaillit.
Il échut dans un bureau, que Harry identifia comme étant celui de Dumbledore. Cependant ce n'était pas le vénérable vieil homme qui était assis derrière le bureau, mais un petit homme frêle et très ridé, aux cheveux blancs rares, et filasses. Le petit homme ne sembla pas remarquer la présence de Harry, et continua de vaquer à ses occupations.
- Excusez-moi, dit le garçon d'une voix timide.
Cela n'eut aucun effet. Harry se rendit compte qu'il était invisible et inaudible pour la personne en face de lui, et se résolu à attendre. Il n'attendit pas bien longtemps, car quelques instants plus tard, on frappa à la porte.
Entra un garçon, qui devait avoir 16 ans environ. L'adolescent était beau garçon, les cheveux noirs, des yeux intelligents, des traits réguliers. L'écusson vert et argent renseigna Harry sur son appartenance à la Maison de Serpentard et l'insigne sur sa fonction de Préfet. Il devait s'agir de Jedusor.
- Vous vouliez me voir Professeur Dippet ? Demanda Jedusor en prenant une posture raide, les mains derrière le dos.
- Asseyez-vous, offrit le Directeur de l'époque. Je viens de lire la lettre que vous m'avez envoyé.
Jedusor s'assit en face de Dippet, dans une posture qui trahissait un malaise certain.
- Mon garçon, dit le Directeur d'un ton paternaliste. Il m'est impossible de vous autoriser à rester à l'École pendant les vacances d'été. Vous ne voulez vraiment pas rentrer chez vous pour les vacances ?
- Non, répondit aussitôt l'adolescent. Je préfère de beaucoup rester à Poudlard, plutôt que de retourner dans ce … dans ce …
Visiblement, Jedusor exécrait tellement son lieu de vie qu'il n'arrivait pas à le qualifier.
- Je crois que vous habitez dans un orphelinat Moldu pendant les vacances, c'est bien cela ? Dit le plus vieux d'un air curieux.
- Oui, monsieur, répondit faiblement Jedusor honteux.
- Vous êtes né de parents moldus ?
- Moitié, moitié, déclara le jeune homme. Père Moldu, mère sorcière.
- Et vous parents sont tous les deux …
Le mot 'décédés' plana entre les deux protagonistes, mais Jedusor enchaîna.
- Ma mère est morte peu après ma naissance, Monsieur. A l'orphelinat, on m'a dit qu'elle avait vécu juste assez longtemps pour me choisir mes prénoms : Tom, comme mon père et Elvis, qui était le prénom de mon grand-père.
Dippet hocha la tête d'un air charitable.
- Normalement, nous aurions pu nous arranger pour vous garder ici cet été, mais dans les circonstances présentes …
- Vous voulez dire, toutes ces agressions ?
Harry s'approcha de la scène brusquement intéressé.
- En effet, reprit le Directeur. Vous comprenez qu'il serait déraisonnable de ma part de vous autoriser à rester au château à la fin du trimestre, compte tenu de la récente tragédie qui nous a affecté. La mort de cette malheureuse jeune fille … Vous serez beaucoup plus en sécurité dans votre orphelinat. Pour tout dire, le Ministère de la Magie envisage même de fermer l'École. Nous n'avons malheureusement toujours pas réussi à savoir où se situait la … heu … source de ces désagréments.
Le visage de Jedusor se contracta sous le coup de la contrariété, tandis qu'une lueur s'allumait dans ses yeux.
- Et si le coupable se faisait prendre, Monsieur ? Tout serait terminé ?
- Que voulez-vous dire ? Demanda Dippet d'une voix soudainement plus aiguë. Sauriez-vous quelque chose concernant ces agressions ?
- Non, Monsieur.
Et Harry sut avec certitude que Jedusor mentait.
L'entretien étant terminé, Jedusor se leva et quitta le bureau, Harry sur ses talons. Devant la Gargouille gardant l'entrée du bureau directorial, Jedusor s'arrêta et sembla en proie à un dilemme crucial. Les sourcils froncés, les lèvres pincées et le teint pâle, il réfléchit intensément pendant quelques minutes, puis subitement, il sembla prendre une décision, et s'éloigna à grand pas, l'air déterminé. Harry lui emboîta le pas, mais quelques mètres plus loin, ils croisèrent un homme de haute stature, à la longue barbe et aux cheveux châtain, tirant sur le roux. Harry reconnu avec effarement Dumbledore. Celui-ci interpella Jedusor.
- Que faîtes-vous à vous promener si tard dans le Château, Tom ?
- Je suis allé voir le Directeur, Monsieur, répondit Jedusor avec obséquiosité.
- Dépêchez-vous d'aller vous coucher, ordonna calmement Dumbledore en fixant Jedusor de ce regard pénétrant que Harry détestait tant. Mieux vaut ne pas traîner dans les couloirs depuis que ce funeste incident nous a tous endeuillé.
Jedusor fit un signe d'assentiment de la tête, et Dumbledore s'éloigna en lui souhaitant bonne nuit. L'adolescent ne se dirigea pas pour autant vers la Salle Commune de Serpentard, mais se cacha dans une salle de cours, exactement celle que Snape utilisait pour enseigner les potions.
Jedusor fit le guet pendant un temps interminablement long aux yeux de Harry.
Enfin, Harry perçut du mouvement dans le couloir. Une silhouette grande et massive passa devant la porte, et Jedusor la suivit, sa baguette à la main.
L'homme devant eux se glissa dans une pièce sombre. Harry entendit une voix basse et rauque, vaguement familière.
- Allez, viens, dit la voix. Il faut te sortir de là. Allez, viens dans la boîte...
Tout à coup, Jedusor ouvrit la porte, la baguette en avant. Harry et lui surprirent un jeune homme accroupit devant une armoire, une grande boîte ouverte à côté de lui.
- Bonsoir Rubeus, lança Jedusor.
Harry eut la surprise de reconnaître son ami, Rubeus Hagrid, très jeune et quasiment imberbe (ce qui n'était pas un détail).
- Qu'est-ce que tu fiches ici Tom ? Demanda Hagrid sur la défensive en se relevant.
- C'est fini pour toi, déclara le Préfet en s'avançant la baguette toujours pointée vers son vis-à-vis. Je vais être obligé de te dénoncer Rubeus. Ils veulent fermer l'école si les agressions continuent. Après la jeune fille trouvée dans les toilettes, ils n'ont pas d'autre alternative.
- Qu'est-ce que tu …
- Je ne crois pas que tu avais l'intention de tuer qui que ce soit. Mais les monstres ne sont pas faciles à domestiquer. J'imagine que tu as dû le laisser sortir pour se dégourdir un peu.
- Je n'ai jamais tué personne ! Rugit le futur Garde-Chasse en reculant.
Dans l'armoire, on pouvait entendre un drôle de bruissement, ainsi que des cliquetis.
- Allez, viens Rubeus, dit Jedusor d'une voix qu'on prendrait pour approcher un animal sauvage. Les parents de la fille qui s'est fait tuer vont arriver demain. Le moins qu'on puisse faire, c'est d'abattre la chose qui l'a tuée.
- Ce n'était pas lui ! S'exclama Hagrid complètement paniqué. Il n'aurait jamais fait ça ! Jamais !
- Écarte-toi ! Ordonna Jedusor d'une voix froide et calme.
D'un geste de sa baguette magique, il fit jaillir un trait de lumière qui vint heurter l'armoire derrière Hagrid. La porte s'ouvrit avec fracas, projetant le jeune Rubeus au sol.
De l'armoire désormais ouverte sortit une créature qui ressemblait à une araignée, mais grande comme un épagneul. Surpris, Harry laissa échapper un cri d'effroi, tandis que la bête s'échappait à toute vitesse de la pièce où ils se trouvaient. Jedusor tenta plusieurs fois de lui lancer un sort, mais la bestiole parvint à s'enfuir.
Les couleurs et les formes se mélangèrent soudain, et Harry fut éjecté du journal.
Le souffle court, un peu perdu, il réalisa deux choses. Hagrid était accusé, à tort, d'avoir ouvert la Chambre des Secrets, cinquante ans auparavant, ce qui en faisait le suspect idéal aujourd'hui. Deuxième chose, on pouvait rester à Poudlard pendant les vacances d'été.
ooOOOoo
Harry raconta à ses amis, le lendemain matin, ce qu'il avait découvert grâce au journal de Jedusor. Il se fit copieusement engueuler par Drago qui lui avait pourtant recommandé d'être prudent avec les objets magiques inconnus. Ils n'arrivèrent pas à se mettre d'accord sur le fait d'aller dire à Hagrid ou pas, qu'ils savaient qu'il avait été accusé du meurtre d'une jeune fille dans le passé.
Ils n'eurent pas trop le temps d'y songer, car au petit déjeuner, Dumbledore fit une annonce à propos des nouvelles mesures de sécurité.
Les élèves étaient encouragés à ne pas circuler seuls dans les couloirs. Les classes seraient désormais escortées d'un Professeur entre chaque cours, et le couvre-feu était dorénavant fixé à 19h. Pour ceux souhaitant étudier à la Bibliothèque, un système d'inscription le matin pour le soir serait organisé et géré par les Préfets et les Préfètes.
Cela ne donnait plus l'occasion aux deuxième année de Gryffondor et de Serpentard de se retrouver dans les toilettes de Mimi Geignarde, freinant du même coup leurs recherches passionnantes sur l'Héritier de Salazar. Mais ceux-ci s'étaient mis d'accord et transportaient désormais avec eux des miroirs de poche, au cas où ils se retrouveraient seuls dans Poudlard.
En attendant d'en savoir plus, Harry continua à écrire dans le Journal de Tom Jedusor. Le garçon était convaincu que le souvenir mentait et qu'il connaissait l'identité de l'Héritier à l'époque. Pourtant, il ne confronta pas le carnet directement, mais fit comme s'il discutait avec une connaissance. Il racontait sa journée, demandait des précisions sur comment on vivait dans les années 40 à Poudlard, parlait des événements historiques qui avaient eu lieu depuis. Discuter avec Jedusor se révéla enrichissant et cultivant. Tom et Harry partageait une même facilité dans la Défense Contre les Forces du Mal et le journal conseillait régulièrement des lectures à Harry pour développer ses connaissances. Tom était aussi très doué en Potions, et il donna à Harry quelques astuces pour éviter d'attirer la colère de son Professeur.
L'habitant du carnet donna à Harry les procédures pour demander à loger à Poudlard pendant l'été tout en le mettant en garde.
Il faut une très bonne raison pour rester à Poudlard pendant les grandes vacances. Le Directeur va te demander d'être le plus précis possible. Moi, je le pouvais, car je n'avais pas de famille et que le monde Moldu était en guerre.
Cela refroidit un peu Harry qui ne tenait absolument pas à exposer ses problèmes au Directeur de Poudlard.
Au fil des jours, il se développa une sorte de complicité entre le journal et Harry. Même si ce dernier était conscient de la dangerosité potentiel d'un tel artefact, il ne pouvait s'empêcher de trouver des points communs entre Tom Jedusor et lui.
Les journées à Poudlard étaient calmes, aucune autre agression n'était à déplorer, mais les consignes de sécurité restaient en place. Lockart fanfaronnait, comme à son habitude, persuadé d'être la raison de l'arrêt des attaques.
- Le responsable a eu peur que je me charge de l'affaire, entendait-on régulièrement au détour d'un couloir.
Un soir sur deux, Harry s'inscrivait pour travailler à la Bibliothèque. Son assiduité lui valut les louanges d'une grande partie des Professeurs. Le garçon travaillait aussi bien ses cours que les conseils de Jedusor, lui permettant d'approfondir ses connaissances en Défense Contre les Forces du Mal, et en Potions. Ses notes en Potions d'ailleurs s'en ressentirent admirablement, et Snape lui accorda même des points en cours, après qu'il eut réussi parfaitement une potion particulièrement compliquée.
Les jours devinrent des semaines, et Harry devint un peu paranoïaque vis-à-vis du Journal de Jedusor. C'était comme s'il avait peur que quelqu'un d'autre lui parle et que le carnet rapporte ce que le jeune garçon avait pu écrire. Il se mettait à le transporter dans son sac, en cours, à l'emporter avec lui à la Bibliothèque. Il devait se faire violence pour laisser le Journal dans les vestiaires pendant les entraînements de Quidditch.
Un jour, alors qu'il était à la Bibliothèque, à réviser pour un devoir de Botanique, ce qu'il craignait arriva. Il s'était installé un peu à l'écart pour être au calme. Il s'absenta quelques instants pour aller chercher une référence qui lui manquait, mais en revenant, il s'aperçut que le Journal n'était plus là. Il chercha en vain pendant plusieurs minutes, revint sur ses pas pour vérifier qu'il ne l'avait pas pris avec lui, mais ne trouva rien.
Un peu angoissé, il retourna dès qu'il en eut l'occasion dans son dortoir, et retourna toutes ses affaires, en sachant pertinemment que le Journal ne s'y retrouverait pas.
- Tu cherches quelque chose Harry ? Demanda Drago en entrant dans le dortoir.
- Le Journal de Jedusor. Je pensais l'avoir avec moi à la Bibliothèque, mais je ne le trouve nulle-part.
- A la Bibliothèque ? Tu crois que quelqu'un a pu le prendre ?
- J'en suis même persuadé. Je crois que le propriétaire précédent du Journal a profité que je m'absente pour le reprendre.
- Tu es parano, dit Drago en fronçant les sourcils. Comment quelqu'un a pu savoir que tu avais le Journal avec toi, pile aujourd'hui, dans tes affaires ?
- Je n'en sais rien ! S'énerva Harry tout en continuant de chercher. Il l'a peut-être vu par hasard, il m'a peut-être épié, je n'en sais rien !
Il expira bruyamment, et se laissa tomber sur son lit.
- Excuse-moi, Drago, dit-il après une minute de silence. Je crois que j'en fais tout un chaudron pour rien.
- Excuses acceptées, répondit Drago d'un ton désinvolte. Tu viens ? Avec Blaise et Daphné on s'est dit qu'on pourrait faire une partie de Petits Centaures.
- J'arrive.
Harry lança un dernier regard à ses affaires, puis il suivit son ami.
Le lendemain, Harry se réveilla avec un mauvais pressentiment. Il avait la sensation diffuse qu'il allait passer une mauvaise journée.
En premier lieu, il y eut du mal à se réveiller, et même après une bonne douche, il continua à bâiller à s'en décrocher la mâchoire. Ensuite, en entrant dans la Grande Salle, les quatre amis pensèrent quelques secondes qu'ils s'étaient trompés de porte.
Les murs étaient décorés de grosses fleurs d'un rose douteux, et des confettis en forme de cœurs tombaient du plafond enchanté. En atteignant le sol, les confettis s'évaporaient dans une petite fumée rose, si bien que le sol et les tables avaient l'air d'être dans un brouillard digne du pays des Bisounours.
En s'asseyant à la table des Serpentards, Harry se pencha vers sa voisine de gauche, Pansy Parkinson.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? Demanda-t-il.
La jeune fille lui adressa un sourire goguenard.
- Tu ne sais pas quel jour on est ? C'est la Saint-Valentin. Et Lockart a une vision un peu particulière de cette fête.
Harry se tourna vers la table des Professeurs. Entre un Snape qui semblait être à un enterrement et une Chourave consternée, le Professeur Lockart détonait par son sourire encore plus large que d'habitude, et ses robes, du même rose que ceux des fleurs et des confettis.
- On fête la Saint-Valentin chez les Sorciers ? S'étonna Harry.
- Pas dans les vieilles familles, répondit Pansy
Ce qui, dans la bouche d'une grande partie des Serpentards, voulait tout dire.
- Joyeuse Saint-Valentin ! S'écria Lockart quand la Grande Salle fut remplie. Je souhaite commencer par remercier les quarante-six personnes qui m'ont envoyé une carte à cette occasion.
A la tête que faisait les Serpentards, Harry en déduisit qu'aucun d'entre eux n'étaient à compter dans les quarante-six imbéciles qui avaient envoyé leurs vœux à Lockart.
- Comme vous le voyez, continua l'espèce de sucre d'orge qui se voulait Professeur, j'ai pris la liberté de vous faire cette petite surprise, pour vous remonter le moral, par les temps qui courent. Mais ce n'est pas fini !
Il tapa dans ses mains, et une petite porte située derrière la table des Professeurs s'ouvrit et laissa entrer une douzaine de nains, affublés d'ailes dorées et de petites harpes. Le contraste avec leur air grincheux était saisissant.
- Je retire tout ce que j'ai pu dire sur ce prof, dit Blaise d'un air abasourdi. Avoir réussi à persuader des nains mineurs de porter ça, c'est un exploit.
- Voici les Cupidons porteurs de messages, présenta Lockart d'un air réjoui. Ce sont eux qui seront chargés tout au long de cette journée de vous transmettre les messages de Saint-Valentin !
Cette journée fut particulièrement atroce pour tout le monde. Les nains ne semblaient pas avoir la moindre notion de timing et entraient quand bon leur semblait dans les salles de classe pour délivrer leurs messages. Le Professeur Snape fut le plus prévoyant et utilisa un puissant Sortilège de fermeture sur la porte de sa classe avant chaque début de cours, mais assez vite tous les Professeurs en prirent de la graine et firent de même. Snape qui battit un record de mauvaise humeur ce jour-là, jetant des sorts de mutisme sur chaque nain qui faisait mine d'ouvrir la bouche en sa présence.
Mais la présence des nains grincheux et chantant n'était pas vu de la même manière par tout le monde. De nombreux garçons et filles avaient l'air d'attendre avec impatience que l'un des Cupidons s'approchât pour lui réciter quelques vers de la composition de l'être aimé, sur un air de harpe joyeusement massacré.
Drago eut le droit à trois de ces messages stridulés, louant tour à tour son prestige, son nom, et sa beauté (Harry se rendit brusquement compte que son ami aristocrate était beau). Drago expliqua à Harry que, malgré l'accord nuptial entre sa famille et la famille Greengrass, de nombreux parents rêvaient de voir cet arrangement rompu, et de marier leur fille avec l'Héritier Malfoy. D'ailleurs, Daphné n'était pas en reste, puisqu'elle reçut pour sa part, quatre poèmes plus ou moins charmants.
Harry, quant à lui, était toujours considéré comme indésirable dans Poudlard. Il n'eut donc pas de soucis à se faire à propos d'un quelconque nain nasillard, jusqu'à ce que, à la fin de la journée, l'un des Cupidons lui tire la manche.
- C'est toi Harry Potter ? Demanda le nain mineur d'un air colérique.
Harry tenta de s'échapper, mais ses 'amis', le retinrent, un sourire gouailleur aux lèvres.
- J'ai message musical à transmettre à Harry Potter en personne, déclara le nain d'un air important en brandissant sa harpe comme s'il s'agissait d'une arme.
Une arme de destruction auditive, en effet, et Harry en fit les frais.
Ses yeux sont verts comme un crapaud frais du matin
Ses cheveux sont noirs comme un corbeau, il est divin
C'est mon héros et c'est mon roi
Je voudrais tant qu'il soit à moi
Celui qui a combattu et vaincu
Le Seigneur des Ténèbres à mains nues.ii
Harry aurait donné toute sa fortune pour disparaître du couloir, effacer la mémoire des témoins et la sienne, afin que ce moment de pure gêne soit totalement oublié.
Évidemment, il ne le put pas, et dût se résoudre à entendre ses 'amis' (les traîtres!) spéculer sur l'identité de l'auteur(e) du poème. Blaise n'en pouvait plus de réciter les vers à tout bout de champ, s'écroulant de rire systématiquement sur 'Je voudrais tant qu'il soit à moi'.
Après quelques heures, les bruits de couloir colportèrent l'identité présumé de la poète en herbe : Ginny Weasley. Harry avait un souvenir d'une Ginny rougissante à chaque fois qu'elle se trouvait en sa présence pendant les vacances d'été, mais il s'aperçut qu'il l'avait peu côtoyée depuis la rentrée.
En outre, il menaça Blaise et Drago de représailles si ceux-ci s'avisaient d'aller embêter la timide première année.
Lockart était peut-être un Professeur nullissime, mais on ne pouvait pas lui ôter le mérite de la réussite de cette journée de Saint-Valentin. Les jours qui suivirent eurent en effet une ambiance plus détendue, et élèves comme Professeurs semblaient beaucoup moins préoccupés. Mais un soir de début Mars, alors qu'il suivait le groupe d'élèves n'allant pas à la Bibliothèque ...
- Tuer … Sang, déchirer … écorcher … tuer …
Harry poussa un cri proprement apeuré. Le Professeur Snape qui conduisait le petit groupe d'élèves, toutes années confondues, se retourna vivement.
- Qu'y a-t-il Monsieur Potter ? Interrogea vertement Snape une lueur inquiète dans le regard.
- Je l'ai entendu Professeur, parvint à dire Harry le cœur battant la chamade. Dans les murs, il est passé pas loin.
Le Professeur fit se hâter les élèves et leur ordonna de rester dans leur dortoir ou dans la Salle Commune. Puis il partit en courant, laissant les enfants dans l'expectative.
De longues minutes passèrent, les élèves affluents toujours plus nombreux dans la Salle Commune. Le mot était passé entre eux que Harry Potter avait entendu quelque chose qui avait affolé leur Directeur de Maison. Les élèves, tentaient d'en savoir plus auprès du célèbre garçon, c'est pourquoi, Drago, Harry et Daphné s'étaient cantonnés dans le dortoir des garçons de deuxième année, avec Théodore Nott. Ils attendaient avec crainte et impatience que Blaise arrive de la Bibliothèque.
Mais il n'arriva jamais.
ooOOOoo
Il était plus de 2 heures du matin quand Daphné finit par s'endormir d'épuisement, roulée en boule sur le canapé en face de la cheminée de la Salle Commune. Drago n'avait pas décoché un mot de toute la soirée et Harry culpabilisait en soutenant Daphné secouée de sanglots.
Blaise avait été victime du Basilic. Heureusement, son miroir de poche lui avait sauvé la vie ainsi qu'à la Préfète qui l'accompagnait, Pénélope Deauclaire. Les deux nouvelles victimes reposaient désormais à l'Infirmerie, sous la garde de Mrs. Pomfresh.
Les jours qui suivirent, passèrent dans le plus grand chaos. Dès le lendemain, on apprit coup sur coup la mise à pied de Dumbledore et l'arrestation de Hagrid. Les élèves étaient sous le choc. Qu'on puisse demander au Directeur de laisser la place, face à ce cuisant échec de protection des élèves, Harry l'entendait bien. Mais que le Conseil d'Administration ne choisisse personne pour le remplacer, ça, il avait plus de mal à le concevoir.
Les Professeurs tiraient tous une tête de six pieds de long, à part Lockart. Celui-ci semblait convaincu que Hagrid ayant été arrêté, les attaques allaient cesser immédiatement. Il passait ses journées à raconter comment il avait deviné qu'il s'agissait de lui, à l'aide de sa perspicacité légendaire. Harry bouillait intérieurement à chaque fois, et ses deux amis étaient obligés de le contenir pour l'empêcher d'agresser l'affabulateur.
Pour s'empêcher de penser, Daphné et Drago s'immergeaient totalement dans leurs études, alors que Harry se morfondait de plus en plus. Il était en colère contre lui-même, car, il savait au plus profond de lui que le Journal de Jedusor était la clef de l'énigme, même s'il ne savait pas comment.
Les semaines passèrent, sans qu'aucune agression ne vint perturber la routine de l'École, confortant Lockart et une partie des élèves dans l'idée que Hagrid était bien le responsable des attaques, même si, aux yeux de Harry, cela n'avait aucun sens. Son grand ami n'avait ni le mobile, ni le moyen de commettre de telles exactions, ni même parfois, l'opportunité.
Harry se rendit à peine compte que Poudlard avait cessé de le prendre pour le coupable, étant donné que Blaise était une victime lui aussi. Il passait ses journées à repenser aux éléments qu'il avait en sa possession sur la Chambre des Secrets, et sur l'Héritier de Serpentard, en vain. Drago et Daphné, s'ils s'étaient rendus compte de l'obsession de Harry, ne dirent rien. Celui-ci était sujet à des crises de colère dès que quelqu'un le contredisait, et personne ne voulait en être la cible. Seul le Professeur Snape avait encore de l'emprise sur le jeune Potter et parvenait à le calmer. Deux ou trois fois, Snape avait embarqué Harry, manu militari dans son bureau, après l'avoir surpris en train de hurler sur un autre élève. Le jeune garçon était alors obligé d'écrire 'Je dois rester calme en toute circonstance' jusqu'à ce que son Professeur obtienne satisfaction.
Étrangement, écrire la même chose encore et encore permettait à Harry de se recentrer sur lui-même et de faire baisser la colère. Il ne se rendit pas compte qu'il inquiétait fortement l'équipe enseignante de Poudlard.
Harry massa son poignet douloureux. Snape l'avait encore récupéré dans un couloir, à vociférer contre un première année de Serdaigle, qui avait eu le malheur de qualifier Hagrid de 'Psychopathe dangereux' alors que ses amis et lui passaient par là. C'était la quatrième fois en trois semaines que Harry était consigné dans le bureau de Snape, à écrire 'Je dois rester calme en toute circonstance', et s'il était honnête avec lui-même, Harry savait qu'il méritait cette punition. Mais cette fois, la colère ne voulait pas se calmer, et il lançait fréquemment des coups d'œil furibonds à son Professeur. Pour une raison qu'il ne s'expliquait pas, depuis le matin même, une sorte d'angoisse sourde lui étreignait la gorge, faisant monter la colère et le ressentiment envers tous ce qu'il considérait comme injuste. Le Professeur McGonagall avait pourtant annoncé que le Filtre de Mandragore pourrait être bientôt préparé, mais, malgré la joie et le soulagement réels ressentis par Harry, l'angoisse était toujours là.
- Que se passe-t-il, Monsieur Potter ? Finit par demander le Maître des Potions exaspéré par l'attitude furieuse de son élève.
- Rien, Professeur, répondit Harry en se replongeant dans ses lignes.
- Manifestement, il n'y a pas 'rien', contra Snape. Vous êtes intenable depuis des semaines, et aujourd'hui vous n'arrivez même plus à vous calmer. Donc je repose ma question, que se passe-t-il ?
- Je ne sais pas, finit par grogner Harry. Je ne suis pas de bonne humeur, c'est tout.
- Ce n'est plus de la mauvaise humeur à ce stade, Monsieur Potter, c'est de la misanthropie pure et simple.
- Je vous assure, Professeur, reprit Harry d'une voix plus calme. Je ne sais pas ce qu'il m'arrive. Depuis que Blaise est … depuis ça, je crois que je pète les plombs.
- Eh bien, dorénavant, si vous pouviez 'péter les plombs', comme vous dites, plus discrètement, toute l'École vous en sera grée.
Harry se renfrogna. Il n'avait pas du tout envie de se cacher dans les toilettes de Mimi Geignarde pour extérioriser sa colère.
Les toilettes … Après la jeune fille trouvée dans les toilettes, ils n'ont pas d'autre alternative avait dit Jedusor dans son souvenir. Et si la fille y était toujours dans les toilettes.
Mais pile au moment où Harry ouvrit la bouche pour raconter à Snape ce qu'il venait de comprendre, la voix magiquement amplifiée de McGonagall se fit entendre.
- Tous les élèves doivent immédiatement regagner leurs dortoirs. Les Professeurs sont attendus dans leur Salle. Dépêchez-vous s'il vous plaît.
Le front de Snape se barra d'un pli soucieux, et il raccompagna Harry à son dortoir. A Serpentard, les rumeurs allaient bon train. On racontait qu'il y avait eu une nouvelle attaque, un mort cette fois, ou que le monstre était revenu finir le travail avec les pétrifiés de l'Infirmerie, les mangeant tout simplement.
Harry rejoignit Daphné et Drago mais ils ne semblaient pas en savoir plus. Après un moment de réflexion, le jeune brun décida de faire son 'Gryffondor'.
Prétextant une grande fatigue, il monta dans son dortoir, heureusement vide. Il ferma les rideaux de son lit, pour faire croire qu'il dormait, mais à la place de s'allonger pour se reposer, il prit sa dague, son miroir à double sens, et la Cape d'Invisibilité léguée par son père et la revêtit.
Il redescendit dans la Salle Commune, se posta à la porte, et saisit sa chance de passer furtivement quand deux retardataires de quatrième année entrèrent.
Harry se précipita littéralement dans les toilettes du deuxième étage. Le plus discrètement possible, il appela le fantôme des lieux.
- Mimi ? Mimi ? C'est Harry, Harry Potter. Tu es là ?
Après quelques secondes de silence, Mimi Geignarde fit son apparition.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda-t-elle. Je croyais que les élèves devaient être dans leurs Salles Communes, parce que le Monstre a enlevé une élève ?
- Le Monstre a enlevé une élève ? Répéta Harry horrifié. Alors c'est encore plus urgent. Écoute Mimi, ce que je vais te demander est de la plus haute importance. Je dois absolument savoir, comment tu es morte.
Le fantôme de la jeune fille eut l'air positivement ravi.
- Eh bien, commença-t-elle les joues fonçant de plaisir. C'était abominable. C'est arrivé ici même. Je suis morte dans cette cabine (elle désigna une cabine de toilette en particulier), je m'en souviens très bien. J'étais venue me cacher ici, parce qu'Olive Hornby s'était moquée de mes lunettes. La porte était fermée à clef et j'étais en train de pleurer quand j'ai entendu quelqu'un entrer. Quelqu'un qui parlait une drôle de langue. Mais c'est surtout la voix qui m'a frappée, parce que c'était un garçon qui parlait. Alors, j'ai ouvert la porte pour lui dire de filer et d'aller dans les toilettes des garçons et c'est à ce moment-là (Mimi se gonfla d'importance et rayonna), que je suis morte.
- Comment ? Demanda Harry qui pensait en avoir une petite idée.
- Aucune idée, répondit Mimi en chuchotant sur le ton de la confidence. Je me souviens seulement d'avoir vu deux grands yeux jaunes. Tout mon corps s'est engourdi et je me suis sentie partir dans les airs … Et puis, je suis revenue, conclut-elle.
- A quel endroit tu les as vu, ces yeux ?
- Quelque part par-là, dit-elle en montrant du doigt un lavabo.
Harry s'approcha prudemment. Il commença à chercher un indice, une indication, quelque chose qui permette de conclure que ce lavabo en particulier était l'entrée de la Chambre des Secrets. Il essaya d'allumer l'eau, mais rien ne se passa.
- Il n'a jamais fonctionné, dit Mimi sur le ton de la conversation.
Étrange pour de la robinetterie magique.
En se penchant, Harry put distinguer une petite gravure en forme de serpent sur le robinet, usé par le temps.
C'était là.
Harry se concentra, imaginant qu'il parlait à un vrai serpent, et siffla
- Ouvre-toi !
Aussitôt, il y eu un bruit de mécanisme rouillé et le lavabo s'enfonça dans le sol, dévoilant un trou béant.
Se disant qu'il n'avait pas trop le choix, Harry prit son courage à deux mains et sauta dans le trou. Il eut juste le temps d'entendre Mimi lui signaler que, en cas de décès, elle lui ferait volontiers de la place avec elle dans ses toilettes.
Harry tomba dans un tuyau très long et très large. Enfin, après une chute qui lui sembla infinie, il atterrit rudement. Il perdit l'équilibre et se retrouva sur les genoux, les mains au sol. La douleur lui fit comprendre qu'il s'était certainement écorché les paumes. Le sol était boueux, et de petits objets qui ne ressemblaient pas à des cailloux le jonchaient. Harry tira sa baguette et jeta un Lumos. Les choses par terre étaient en réalité des os. De rats, de ragondins et d'autres bestioles que Harry ne put et ne voulut pas identifier.
Prudemment, le jeune garçon commença à marcher, les yeux mi-clos, prêt à les fermer totalement en cas de rencontre inopinée avec un Basilic millénaire. Il se fit une grosse frayeur en passant à côté d'une mue proprement gigantesque. Puis, le tunnel, qui, jusqu'ici était taillé grossièrement dans la roche, déboucha devant un grand mur lisse, où deux serpents entrelacés étaient gravés. Leurs yeux, sertis d'émeraudes, luisaient à la lueur de la baguette de Harry. Ne sachant pas vraiment ce qu'il allait trouver derrière, Harry prit son courage à deux mains (malgré les écorchures), et siffla.
- Ouvrez !
Immédiatement, la gravure se scinda en deux, telle une porte automatique de magasin, et coulissa. Le courageux Serpentard entra dans une salle, tout en longueur, avec un plafond très haut, soutenu par des colonnes ouvragées, où des serpents de pierre s'enroulaient paresseusement. Quelques torches s'allumèrent au passage de Harry, projetant des ombres inquiétantes. Les yeux toujours à moitié fermés, Harry avançait avec précaution. Tout au bout de la rangée de colonnes, au sol, Harry aperçut une forme allongée et une silhouette debout. Les deux personnes étaient aux pieds d'une immense statue de Salazar Serpentard, en pierre grise.
En s'approchant, Harry reconnu les deux silhouettes. Il refréna ses émotions, sentant que plus il se montrerait Serpentard, plus il aurait de chance de s'en sortir vivant.
- Salut Tom, dit-il comme si la silhouette vaguement fantomatique était un camarade d'école, alors qu'en réalité, la colère grondait dans son cœur.
Tom Jedusor lui lança un sourire narquois.
- Elle est morte ? Demanda Harry sur le ton de la conversation en désignant Ginny Weasley du menton.
- Pas encore, mais cela ne saurait tarder.
- Comment est-ce que tu fais ça ? Interrogea Harry véritablement curieux.
- La petite Ginny s'est confiée sans compter au Journal qu'elle a trouvé dans ses livres de classe, après les avoir achetés. Elle a déversé tant de sentiments, de ressentis, d'espoir, et de peur, que son âme s'est ouverte à moi. J'ai pu dès lors la contrôler, pour lui faire ouvrir la Chambre de mon illustre ancêtre, afin de continuer son œuvre rédemptrice.
- Je savais bien que ton Journal était la clef de tout ça ! Triompha Harry avec un sourire. Pourquoi tu n'as pas fait pareil avec moi ?
- C'est là que cela devient étrange. Je n'ai pas pu, et j'ignore pourquoi. Tu m'intéressais depuis longtemps, Harry Potter. Ginny me parlait sans arrêt de toi. Comment, alors que tu étais un bébé tu as vaincu le plus grand Sorcier de tous les temps. Comment l'année dernière tu as empêché ce même sorcier de revenir en te lançant à sa poursuite. Elle te voue un culte. Enfin, te vouait. Bref, tu m'intéressais. J'ai jubilé quand tu m'as trouvé dans les toilettes, je pouvais enfin te parler. J'ai bien compris que mon petit souvenir de ce lourdaud de Hagrid ne t'avait pas convaincu. J'ignore pourquoi exactement.
- On savait déjà que le monstre était très certainement un Basilic, le coupa Harry.
- Ah, en effet. J'aurais mieux fait de te montrer l'arrestation de Hagrid par les autorités.
- Tu étais un Partisan de Voldemort ? Demanda Harry en masquant l'animosité de sa voix dans une curiosité non feinte.
Tom Jedusor éclata de rire.
- Je vais te montrer, dit-il simplement.
Il se pencha et attrapa la Baguette Magique de Ginny Weasley. Il était désormais suffisamment consistant pour interagir avec l'environnement.
Il traça des lettres dans les airs, formant son nom complet. Tom Elvis Jedusor. Puis avec un petit coup de poignet, les lettres se réorganisèrent.
'Je suis Lord Voldemort'.
La colère grondante se transforma en haine. Harry fit de son mieux pour la cacher.
- C'est pour ça que tu étais si intéressé par moi, comprit Harry. Parce que je t'ai vaincu, enfin, ton futur toi.
- Je voulais te faire accomplir ce que Ginny faisait jusque-là, mais cela n'a pas marché. J'ignore pourquoi, mais il m'est impossible de te posséder. Cela n'a pas beaucoup d'importance désormais, puisque tu vas mourir ce soir.
- Je ne comprends pas pourquoi tu veux absolument me tuer, dit Harry pour gagner du temps.
- Ce serait trop long de t'expliquer, mais une des raisons est cette chance insolente qui te qualifie, et qui met en doute mon pouvoir.
- Tu vas appeler le Basilic, comprit Harry en se mettant immédiatement sur ses gardes.
- Exactement.
Jedusor leva la tête vers l'immense statue de Salazar Serpentard et se mit à siffler.
- Parle-moi, Serpentard, le plus grand des quatre de Poudlard.
Harry vit la bouche de la statue s'ouvrir lentement. Paniquant de plus en plus, il dit d'une voix précipitée.
- Mais je ne t'ai rien fait ! Je ne t'ai pas attaqué, jamais. Je ne suis pas un danger !
- Par bien des manières, tu l'es pourtant, prit la peine de dire Jedusor avant de siffler à nouveau. Viens à moi Roi des Serpents, et obéis-moi !
Harry ne prit pas le temps d'attendre l'arrivée du Basilic, il prit ses jambes à son cou. Il avait repéré à sa droite l'entrée d'un tunnel et il s'y précipita. Le tunnel était en fait un labyrinthe de boyaux, comportant autant de culs-de-sac qu'un véritable dédale se doit de posséder. Harry courut encore et encore dans les couloirs, entendant le corps massif de son poursuivant sur sa trace.
Par un hasard inouï, une dernière bifurcation le ramena dans l'immense salle de la Chambre des Secrets. Épuisé, mais pas défaitiste, Harry saisit son épée dans sa poche. Sa main toucha le Miroir à Double Sens qu'il avait pris avec lui. Une idée complètement suicidaire germa dans son esprit. Il évalua ses chances et en conclut que soit il ne faisait rien, et mourrait, soit il tentait quelque chose, et mourrait quand même. Il décida de tenter quelque chose.
Il se posta devant l'entrée du tunnel, les yeux fermés, attentif à l'extrême sur les sons qui en provenaient. Il se tenait prêt à mobiliser toute sa force magique. Derrière lui, il entendait les sarcasmes de Tom Jedusor sur sa décision de mourir, mais il ne voulait pas y prêter attention. Il nourrit sa détermination de sa colère, de sa rage, de sa haine.
Soudain, ce fut le moment. Le Basilic chargeait vers Harry dans un sifflement furieux. Harry lança le Miroir devant lui et usant de toute sa concentration le fit grandir, s'élargir. Il y eut un bruit sourd, puis un hurlement.
- NON ! Hurla Tom Jedusor. Ce n'est pas possible !
Harry se risqua à ouvrir les yeux.
Lui oblitérant la vue, son miroir, magiquement agrandit et en suspension dans les airs, et derrière, la masse figée du Basilic fixant son propre reflet.
Harry fit extrêmement attention à ne pas croiser le regard du Serpent Mythologique, même figé, et se hissa sur son crâne. Il fit tournoyer brièvement son épée, et transperça les écailles du monstre. Du sang noir coula un peu, mais la créature, désormais morte, restait figée. Harry prit également soin de crever ses yeux, ne voulant pas tenter Mordred. Harry prit son temps, tandis que Jedusor, dans sa fureur, lui lançait toutes sortes d'imprécations. Il récupéra son miroir, se dirigea vers Ginny et prit son pouls. Celui-ci était très faible, mais encore existant. Il se leva et fixa Jedusor. Son regard laissait deviner tout son ressentiment, son exécration, sa haine, contre le (futur) meurtrier de ses parents.
- Quand j'étais enfant, mon Institutrice m'a fait le cadeau d'un livre sur les Contes et Légendes du Monde. L'une d'entre-elles relatait la fin de la Gorgone Méduse, vaincue par son propre reflet.
Et d'un geste faussement nonchalant, comme s'il s'appuyait sur une canne, Harry transperça de la pointe de son épée, le Journal de Jedusor.
Le souvenir se mit à hurler de douleur, alors que de l'encre bouillonnante jaillissait du Livre maléfique.
Puis, plus rien. Le silence.
Harry, encore choqué par les événements, et abasourdis par sa propre chance, mit plusieurs minutes à se ressaisir. Il avait tué, encore une fois. Mais étrangement, il n'en ressentait que du soulagement. Il avait vaincu deux monstres en une bataille, et sauvé des vies. Un toussotement le fit sursauter. Ginny Weasley se réveillait.
Harry calma la crise de nerf de la jeune fille, et lui expliqua succinctement ce qui venait de se passer.
- Ça tombe bien que tu te réveilles, dit-il, parce que j'ignore totalement comment nous allons sortir de là.
Devant l'air perdu de Ginny, Harry comprit qu'elle non plus n'en avait pas la moindre idée. En pleurant de honte, la jeune fille raconta à Harry qu'elle n'avait pas de souvenirs précis de ses actions tout au long de l'année. Elle ne savait pas trop quand, ni comment et encore moins pourquoi.
Harry l'aida à se relever, et c'est cahin-caha, qu'ils arrivèrent au pied du toboggan qui menait aux toilettes de Mimi Geignarde.
Le jeune garçon prit son Miroir à Double-Sens et dit.
- Drago Malfoy.
Après un instant d'attente, le visage de son ami apparut.
- Putain Harry ! T'es où ? S'exclama l'aristocrate dans une attitude parfaitement non-aristocratique. On te cherche partout ! Tu étais censé être allé te coucher.
- Pas le temps d'expliquer, Drago, le coupa Harry. Vas chercher Snape et passe lui ton miroir. Maintenant !
La suite fut d'une succession d'images plutôt floue, pour enfin, se stabiliser plusieurs minutes après. Le visage sévère du Professeur de Potions s'afficha.
- Potter ! Aboya le Professeur. Où êtes-vous ?
- Dans la Chambre des Secrets, Professeur, expliqua Harry. Le Basilic est mort. Je suis avec Ginny Weasley et on ne sait pas sortir. Normalement l'ouverture n'est pas …
- Quoi ?
- Il y a sûrement un autre moyen d'en sortir, mais on ignore où, et on a pas le temps de chercher. L'entrée est dans les toilettes des filles du deuxième étage. Si l'entrée est fermée, vous pourrez détruire le lavabo qui la condamne.
Estomaqué, le terrible Professeur suivit les directives données par son élève et parvint à faire remonter Harry et Ginny dans Poudlard même. Mais à l'expression du Maître des Potions, Harry sut qu'il allait passer un mauvais quart d'heure.
i. Encore une fois, je n'invente rien.
ii. Le concept de Spotted importé à Poudlard, en somme.
