Vous connaissez l'histoire de la meuf qui promet de poster les chapitres qu'elle a sous le coude et qui se retrouve sans internet ? Ben c'est moi. Je peux vous dire que c'est un poil rageant, et quelque peu déstabilisant. Comment faisait-on il n'y a pas si longtemps que cela sans internet pour écouter de la musique, lire, regarder des films et des séries ? Quand on n'a plus ni chaîne hi-fi, ni lecteur DVD/blue-ray, il reste les bons vieux livres, et c'est tout ou à peu près...

Maintenant qu'internet est revenu, je vais pouvoir poster la suite.

Avant cela j'aimerai revenir si des commentaires que j'ai reçu et qui m'ont un peu chafouiné, voire carrément mise en colère. C'est à propos de la perception du personnage de Ginny, et même du reste du casting féminin de l'histoire originale, surtout en ce qui concerne les filles et les femmes qui ont été, sont ou auraient pu être un love interest pour Harry Potter.

Remettons les choses dans leur contexte :

A ce stade de l'histoire Ginny a onze ans. C'est encore une enfant. Elle a grandi dans une société qui place Harry Potter comme sauveur du pays, quasiment comme une figure divine, une sorte de demi-dieu qui aurait abattu Voldemort sans effort, un nouvel Hercule.

Quand j'avais onze ans, certains de mes camarades de classe ne rêvaient que de seulement croiser dans un couloir Lorie, Billy Crawford, Leonardo DiCaprio, Amy Lee (Évanescence) ou Priscilla.

Essayez de vous souvenir de qui vous étiez fans à onze ans, à quel point vous admiriez cette personne. Pas forcément dans le monde de la musique, par ailleurs. Personnellement, j'admirais surtout des auteurs et des autrices : Evelyne Brisou-Pellen, J.K. Rowling (bien sûr), Philip Pullman, Brian Jacques...

Vous avez votre (ancienne) idole en tête ? Imaginez, vous avez onze ans, peut-être un peu introverti.e, et vous la rencontrez. Mieux, cette personne vient vivre quelques jours chez vous. Comment réagiriez-vous ?

J'ai eu la chance de pouvoir rencontrer Evelyne Brisou-Pellen et j'ai le souvenir de m'être sentie cruche à ne plus savoir quoi lui dire. La rencontre/interview par les élèves, a duré une heure à tout casser. J'en garde pourtant un souvenir très intense. Parce que c'était quelqu'un que j'admirais beaucoup.

C'est ça qui arrive à Ginny. Quelqu'un, quasiment divinisé par la société où elle vit, qu'elle admire très profondément, et elle ne sait pas comment interagir normalement avec cette personne. Ajoutons à ça qu'elle se fait posséder par l'esprit de Voldemort, qui l'oblige à commettre des actes horribles dont elle se souvient à peine.

Envoyer un poème à la personne qu'on admire le jour de la saint-Valentin n'est pas du harcèlement.

Le harcèlement est une poursuite incessante causant des désagréments. Il y a une notion de répétitif, que ce soit par une seule personne ou par plusieurs. Or, Ginny n'envoie qu'un seul poème, et ne participe pas à un harcèlement plus général. Le poème est maladroit, risible, ridicule, mais ce n'est pas du harcèlement. C'est l'expression d'une enfant qui admire fortement un camarade d'école.

Elle ne se fait pas de film, et d'ailleurs a tendance à fuir Harry. Elle n'arrive pas à lui parler normalement, donc, ne lui parle pas.

Ce n'est pas une Romilda Vane en puissance.

Par la suite, jamais elle n'insiste auprès de Harry pour être à tout pris dans sa bande d'amis, pour être sa petite amie ou quoi que ce soit. Elle est, jusqu'au 6ème livre, la petite soeur de son meilleur ami, et c'est tout. Il ne se passe rien d'autre. Elle va suivre sa trajectoire de son côté, découvrant l'amour de son côté, comme Harry fait ses propres expériences, avec Cho notamment (on va y revenir, à Cho).

Elle va devenir un personnage fort (mal exploité selon moi), elle va devenir une star internationale de Quidditch, puis une journaliste très connue.

Je n'arrive pas à comprendre pourquoi elle semble être parfois plus détestée que Voldemort ou Ombrage O.o

Quant aux autres personnages féminins autour de Harry, c'est pareil. Elles ne sont pas là pour le dévier d'une trajectoire quelconque. Cho a réellement des sentiments pour Harry, mais elle est aussi traumatisée par la mort de son précédent petit-ami et dépressive très certainement. Elle n'est pas cruche ou quoi que ce soit. C'est une adolescente, avec sa propre histoire, sa propre psychologie et ses propres problèmes. Sa relation avec Harry ne pouvait pas bien se passer, alors que l'un et l'autre souffrent de culpabilité liée à la mort de Cédric Diggory.

J'espère que ce petit laïus vous aura permis de prendre un peu de distance vis-à-vis des personnages féminins, notamment Ginny. J'espère que je ne vous ai pas trop ennuyé.e.s.

Une dernière chose. Les "jeux de mots" sur les noms de famille c'est non. C'est tellement non. J'espère que vous ne faites pas ça dans la vraie vie, parce que ça peut-être très destructeur, même si vous ne vous en apercevez pas. Appeler Ginny "Weaselette" ou "weasel femelle" (weasel signifie littéralement "belette" et figurativement "personne sournoise"), ou désigner les personnages féminins comme des "cruches" c'est non. C'est insultant, c'est sexiste et même si cela désigne un personnage fictif, ça n'en reste pas moins vulgaire. Croyez-moi, vous ne voulez pas vous abaisser à ça, et si c'est pour faire ce genre de réflexions, vous pouvez vous abstenir de commenter.


Chapitre 5 : Antisocial

Antisocial, tu perds ton sang froid.

Repense à toutes ces années de service.

Antisocial, bientôt les années de sévices,

Enfin le temps perdu qu'on ne rattrape plus.

Écraser les gens est devenu ton passe-temps.

En les éclaboussant, tu deviens gênant.

Dans ton désespoir, il reste un peu d'espoir

Celui de voir les gens sans fard et moins bâtards.

Mais cesse de faire le point, serre plutôt les poings,

Bouge de ta retraite, ta conduite est trop parfaite

Relève la gueule, je suis là, t'es pas seul

Ceux qui t'enviaient, aujourd'hui te jugeraient.

Trust - Antisocial

Vous a-t-on déjà dit que plus la voix de Severus Snape était basse, plus vous étiez dans la bouse de Dragon ? Harry se dit qu'il avait franchi toutes les limites connues de la fureur de Snape, car celui-ci ne parlait même pas. Mais ses yeux lui lançaient des Sortilèges mortels.

En remontant de la Chambre des Secrets, Snape les avait emmenés, Ginny et lui, directement chez le Directeur.

En effet, à l'annonce de la double disparition de Ginny Weasley et Harry Potter, les membres du Conseil d'Administration de Poudlard lui avait demandé de revenir. Dans le bureau, ils trouvèrent Mr. et Mrs. Weasley, effondrés de la perte de leur petite fille. Mrs. Weasley avait poussé une sorte de hurlement étranglé, quand les deux enfants étaient entrés, et les avait serrés contre sa poitrine maternelle jusqu'à les étouffer presque.

Ginny avait alors raconté son histoire, rejoint de temps en temps par Harry qui donnait des précisions. Puis la jeune fille avait été emmenée à l'Infirmerie par ses parents, pour y être auscultée.

Dumbledore s'était alors pratiquement répandu en éloges, octroyant moult points à Serpentard pour la bravoure de Harry. Il avait examiné l'épée offerte par Drago, apprenant au jeune garçon que l'arme avait été fabriquée par les Gobelins.

- Le métal utilisé par les Gobelins, avait dit Dumbledore, absorbe ce qui le renforce. C'est un objet très précieux.

Puis, il avait été renvoyé à son dortoir, et avait quitté le bureau directorial, escorté de Snape, toujours silencieux. Dans le couloir, ils avaient croisé Lucius Malfoy. Les deux adultes avaient échangé quelques politesses, semblant remettre à plus tard les discussions sérieuses.

Mais avant de retourner à la Salle Commune de Serpentard, l'élève et le Professeur firent une halte dans le Bureau du Maître des Potions. Et depuis quelques minutes maintenant, Snape observait Harry de son air le plus impénétrable. Ce qui n'était pas bon signe. Pas bon signe du tout.

- Je suis désolé, Professeur, finit par se repentir Harry d'une voix contrite.

- Vous rendez-vous compte de la chance formidable que vous avez ? Dit Snape d'une voix tellement basse qu'elle n'était plus qu'un murmure.

- Oui, dit très sincèrement Harry en regardant le bout de ses chaussures. Quand Tom a appelé le Basilic, je ne pensais pas m'en sortir.

- Alors, expliquez-moi, Monsieur Potter, pourquoi êtes-vous allé seul dans la Chambre des Secrets, seul, sans en avertir qui que ce soit ?

Harry déglutit et resta silencieux, pensif. C'était intéressant comme question car il n'en connaissait pas la réponse …

- Je crois, hésita Harry, je crois que mon instinct me disait que je savais ce qu'il se passait. Je veux dire, j'étais convaincu que le Journal était la clef de tout ça, mais …

Il s'arrêta, conscient de s'embrouiller, et de ne pas répondre à la question.

- En fait je ne sais pas. Il fallait que je vérifie que j'avais raison, d'une certaine manière. Je ne sais pas pourquoi je suis parti sans rien dire à personne. Après, j'étais devant l'ouverture, et j'ai eu l'impression de ne plus avoir le choix que de continuer. Mimi avait dit qu'un élève avait été enlevé, alors ...

Harry se tut de nouveau. Ce qu'il disait n'avait aucun sens, et Snape le lui faisait bien sentir en continuant de le fixer de son visage de marbre.

- Est-ce que vous êtes blessé ? Questionna Snape quand le silence s'éternisa.

- Je ne crois pas, Professeur, répondit Harry avec soulagement.

Snape lança quand même un Sortilège de diagnostic de base, histoire de vérifier tout de même. A part une grande fatigue et des écorchures au niveau des paumes, il n'y avait rien de notable. Le Maître des Potions prit son air le plus sarcastique pour demander.

- J'espère que vous avez pu, au moins, extérioriser votre colère.

Harry regarda son Professeur avec des yeux ronds, et se rendit compte que oui, en effet, la rage qui le rongeait depuis des semaines avait disparu. Il était plus serein qu'il ne l'avait jamais été depuis des années. Il ne sentait presque plus cette foudre colérique qui était sa compagne depuis si longtemps qu'il imaginait avoir toujours vécu avec. Elle était toujours là, mais si ténue que Harry l'avait presque manqué.

Cependant, quelque chose trottait dans la tête de Harry, quelque chose qui le troublait, le dérangeait.

- Professeur, souffla-t-il après quelques instants de silence. Vous croyez que je suis comme Lui ? Comme Voldemort ?

Après la grimace inévitable due à l'emploi du nom honni, Severus Snape considéra la question avec surprise.

- Qu'est-ce qui vous faire dire ça ? Demanda le Professeur en s'efforçant de prendre un ton doux.

- Nous sommes tous les deux des Serpentards. Tous les deux des Fourchelangs. Tous les deux des orphelins. Nous avons été élevés tous les deux dans des endroits … peu accueillants.

- De quoi avez-vous peur, Monsieur Potter, questionna Snape en décidant de prendre la question dans un autre sens.

- Et si je devenais comme Lui, chuchota Harry terrifié par ses propres paroles.

Ça n'était pas une question, pas vraiment. C'était plutôt une hypothèse. Une hypothèse cauchemardesque, obsédante et menaçante. En parlant avec Tom Jedusor, dans le Journal, Harry s'était trouvé des points communs entre lui et le propriétaire du carnet. Il n'osait pas dire que lui aussi était constamment en colère, qu'il éprouvait une haine dévorante parfois, qui lui faisait peur. Maintenant qu'il savait qui était Tom Jedusor, que ce jeune Préfet, bien fait de sa personne, intelligent et cultivé était en fait le meurtrier de ses parents, Harry se prenait ces points communs en pleine tête. Méritait-il le sacrifice de ses parents ? Méritait-il la dévotion du Monde Sorcier ? Méritait-il les louanges qu'on décernait habituellement au Survivant ?

La réponse était simple, et il la savait au fond de son cœur. Il ne méritait rien de tout cela.

- Avez-vous envie de marcher dans les traces du Seigneur des Ténèbres ? Demanda Snape d'un ton très sérieux.

- Non ! Se récria Harry proprement scandalisé.

- Alors vous ne deviendrez pas comme lui, conclut le Maître des Potions.

- Mais …

- Monsieur Potter, reprit Severus Snape avec patience, le Seigneur des Ténèbres a longtemps caché son jeu. Il présentait au monde un visage angélique de bon garçon, de bon élève. Il était un modèle pour tous et toutes. Mais, en devers cela, il étudiait en cachette la Magie Noire, et il commença très tôt. Avez-vous de la curiosité pour l'utilisation de la Magie Noire ?

- Pas spécialement, Monsieur, répondit Harry.

- Cachez-vous votre vrai visage au monde ?

Cette fois Harry fuit le regard de son Professeur.

- Est-elle là votre vraie peur, Monsieur Potter ? Ces crises de colère que vous n'avez pu refréner ces derniers temps, est-ce que c'est cela le véritable point commun qui vous relie au Seigneur des Ténèbres ?

Snape corrigea sa position dans son fauteuil, cherchant vainement à être plus confortablement installé, laissant quelques instants de réflexion à son élève qui fuyait toujours son regard.

- Je suis mauvais, alors, dit Harry à voix basse.

- Qu'est-ce qui vous fait dire cela ?

- Je suis constamment en colère, avoua Harry toujours à voix basse. Et la colère mène à la haine.

'Et la haine mène au côté obscure de la force', compléta Snape dans sa tête avec amusement.

- Et puis, j'ai tué Quirrell.

Severus fronça les sourcils. Le garçon se blâmait encore de la mort de cet imbécile ?

- Harry, dit patiemment Snape d'une voix douce usant pour la première fois du prénom de l'enfant. Suis-je quelqu'un de mauvais ?

- Non ! S'écria le garçon.

Si Severus s'était attendu à une négation polie, il fut surpris de la conviction dans le ton employé.

- Et pourtant, j'ai tué à mon tour de nombreuses personnes.

Harry le regarda avec effarement.

- Pourquoi ?

- Voilà la véritable question à vous poser, Harry. Pourquoi ? Parce que c'était la Guerre, que je n'avais pas le choix. Parce que c'était eux ou moi. J'ai été jugé et reconnu non coupable de meurtre. Maintenant, à vous. Pourquoi avoir tué Quirrell ?

- Parce que Voldemort lui a dit de me tuer, admit Harry du bout des lèvres. Me toucher le brûlait, alors j'ai profité de sa faiblesse. Mais je le haïssais tellement.

- Pensez-vous avoir le droit de haïr l'homme qui voulait vous tuer ?

- Haïr c'est mal, dit Harry avec certitude.

- Pourquoi ?

- Haïr, c'est vouloir la mort de l'autre, chuchota Harry épouvanté par ce sentiment.

- Vouloir la mort de l'autre ne veut pas nécessairement dire le tuer. N'est-il pas normal pour quelqu'un de vouloir que l'autre disparaisse si celui-ci nous veut du mal, nous fait du mal ou nous en a fait ? Est-ce que ce n'est pas plutôt le Seigneur des Ténèbres que vous haïssiez à travers Quirrell ?

Face au silence de son élève, Snape soupira intérieurement. Il n'était ni psychologue, ni philosophe. Mais paradoxalement, il était peut-être le mieux placé dans cette école pour comprendre le jeune Potter. Enfin, Severus Snape prenait en compte toute la mesure du fossé qui séparait James Potter de son fils. Enfin, il touchait du doigt la souffrance du jeune Harry.

- Ce soir, quand vous avez transpercé le carnet du Seigneur des Ténèbres, anéantissant son souvenir, qu'est-ce que vous avez ressenti ?

- De la colère. De la haine. Du soulagement aussi.

- Pensez-vous avoir le droit de haïr l'homme qui a tué vos parents ?

L'instant était vraiment particulier, autant pour l'élève que pour le Professeur. Jamais Harry n'en avait autant révélé sur ses sentiments qu'à Snape à cet instant, même à ses amis. D'autant que Snape était un adulte. Harry n'avait pas confiance dans les adultes, mais Snape n'était pas un adulte comme les autres. Il ne voyait en lui ni l'orphelin éploré, ni le héros courageux, ni même un bon à rien complètement inutile, et c'était rassurant.

Quant au Professeur, peu à peu, il revenait à ses premières considérations. Bien sûr, il avait arrêté de croire que Harry Potter était un enfant pourri gâté, ou bien était la réincarnation de James Potter. Mais petit à petit, Severus Snape se retrouvait dans ce gamin, terrifié par ses sentiments, comme il avait été par les siens envers son père. C'est cette pensée qui amena sa question suivante.

- Est-ce que ce ne sont pas plutôt les sentiments que vous éprouvez pour votre famille qui vous font le plus peur ?

Harry ferma étroitement les yeux se recroquevillant ostensiblement sur lui-même, et Severus sut qu'il avait vu juste. Quand le garçon rouvrit les yeux, le Professeur se dit qu'il avait été trop loin trop vite.

- Je suis fatigué Professeur, je crois qu'avec du sommeil, j'y verrais plus clair.

Snape congédia l'enfant d'un signe de tête, mettant fin à cet instant de confidences et de franchise. Avant de fermer la porte, Harry se retourna une dernière fois.

- Merci de m'avoir écouté Professeur, dit-il d'une voix claire.

- N'oubliez pas Monsieur Potter. Vous n'êtes pas comme Lui, parce que vous avez choisi de ne pas l'être.

ooOOOoo

Dès que Harry posa un pied dans la Salle Commune de Serpentard, il fut alpagué par Daphné et Drago. Menacé par ses amis, il leur raconta de bonne grâce les événements de la soirée à partir du moment où il leur avait faussé compagnie.

Puis Daphné lui hurla dessus. Harry avait bien compris que se mettre en rage était une manière pour la jeune fille d'extérioriser sa peur. Il la laissa donc s'époumoner. Après quelques minutes de ce régime, la voix enrouée, elle s'écria :

- Tu nous as fait peur !

Et elle enlaça son ami.

De son côté Drago foudroyait Harry du regard, ne décochant pas un mot. Harry savait que le blond était bien plus furieux que Daphné et qu'il mettrait bien plus longtemps à lui pardonner. Il leur présenta tout de même ses excuses, expliquant maladroitement qu'il ne savait pas pourquoi il avait agi comme ça, sur un coup de tête.

Le lendemain fut un jour faste pour Poudlard.

D'abord, les élèves apprirent au petit déjeuner la fuite du Professeur Lockart. Apparemment, ses collègues excédés par son attitude vis-à-vis de la situation gravissime de la veille, l'avaient mis au pied du mur et sommé de résoudre la situation. L'imposteur, incapable de trouver l'entrée de la Chambre des Secrets et de vaincre le Monstre mythique qu'elle renfermait, avait préféré prendre la poudre d'escampette.

Ensuite, Madame Pomfresh annonça que les victimes du Basilic étaient désormais réveillées, et étaient en observation à l'Infirmerie pour un jour ou deux avant de pouvoir reprendre leur vie de manière normale. Harry, Daphné et Drago se précipitèrent dans l'aile médicale pour voir Blaise. Ils lui racontèrent tout ce qu'il avait manqué. Celui-ci engueula Harry pour les mêmes raisons que ces deux autres amis. Mais n'ayant pas vécu l'angoisse de Drago et Daphné, il ne lui en garda pas grief. Alors que Drago faisait toujours la tête.

Enfin, au repas du soir, Hagrid revint. Devant l'École au complet (et ceux qui avaient fait les frais des colères du Survivant pouvaient en témoigner) Harry déclara à Hagrid qu'il n'avait jamais douté de son innocence, ce qui émut beaucoup le Garde-Chasse.

La période des examens arriva, amenant son lot de révision, de stress et de crises de nerfs (surtout pour les élèves passant leurs B.U.S.E.s, leurs A.S.P.I.C.s, et Hermione Granger). Et, tout comme l'année précédente, plus la fin de l'année approchait, plus Harry se renfermait. Jusqu'à ce que ses amis craquent.

- Tu ne vas quand même pas retourner chez ton Oncle et ta Tante ? Demanda Daphné à moitié effarée.

Harry ne répondit pas, faussement concentré sur ses notes pour l'examen d'Histoire de la Magie.

- Il faut que tu parles à quelqu'un de ta situation Harry, insista Daphné. En ne disant rien, et en nous forçant à ne rien dire, tu te mets en danger.

Le garçon foudroya la jeune fille du regard.

- Je ne fais pas confiance aux adultes, dit-il d'une voix froide.

- Pourquoi ?

- Parce qu'ils ne sont pas dignes de confiance.

'Parce qu'ils finissent toujours par me trahir' était plus juste comme réponse, mais Harry n'osa pas le dire.

Drago et Blaise, penchés sur leurs révisions, ne perdaient pas une miette de la conversation. Ils n'étaient pas aussi tenaces que Daphné, mais étaient parfaitement d'accords avec elle.

- Écoute Daphné, soupira Harry conscient d'avoir été trop sec avec son amie. Si vraiment ça va très mal, j'ai le Miroir à Double Sens. J'appellerai Drago et il préviendra Snape ou quelqu'un d'autre. Mais jusqu'à présent, ce n'est pas si horrible. Ça pourrait être bien pire.

'Ça a été bien pire' pensa Harry, mais soucieux de ne pas inquiéter son amie plus qu'elle ne l'était déjà, il n'ajouta rien.

Circonspecte, celle-ci ne lâchait pas le morceau.

- Tu nous le promets ? Si quoi que ce soit arrive, tu préviens Drago et on arrive avec la cavalerie ?

- C'est quoi ça, comme expression ? S'interrogea Drago surprit.

- C'est une expression moldue, expliqua Daphné tout sourire. Je l'aime bien. Je l'ai trouvé dans l'une des Bandes-Dessinées que m'a offert Harry l'année dernière. Lucky Luke, ça s'appelle. J'avais bien aimé celui que tu m'avais offert, Harry, alors j'ai traîné mes parents du côté Moldu et on a acheté d'autres volumes. Alors, vas-y Harry. Promets.

De mauvaise grâce, mais comprenant qu'il en allait autant de sa sécurité que de la tranquillité de ses amis, Harry promit.

ooOOOoo

Harry avait beau avoir promis, son esprit n'avait pas accepté l'hypothèse de demander de l'aide. Heureusement pour lui, on le verra par la suite, ses amis ne l'entendaient pas de cette oreille.

L'Oncle Vernon avait intégré l'idée que son neveu ne pourrait pas rester enfermé. Pour une raison qu'il ignorait, et franchement, il s'en fichait, personne n'était venu le voir pour l'accuser de maltraiter l'enfant qu'il avait à sa charge. Ce qui voulait dire que le gamin n'avait rien dit à personne. Du coup, le gros homme était un peu mieux disposé à l'égard du garçon que l'année précédente. Pétunia y avait été aussi pour quelque chose, puisqu'elle avait décrété qu'elle voulait que le garçon l'aide à faire les tâches ménagères (elle n'allait pas demander de l'aide à son mari qui n'avait jamais fait les poussières de sa vie, ni à son fils qui ne savait pas reconnaître un balai d'une serpillière).

C'est ainsi que Harry revint chez sa seule famille encore en vie. Sa routine, sitôt que l'Oncle Vernon lui eut confisqué sa Baguette et ses affaires scolaires, ressembla à ce qu'il avait toujours connu, le rassurant d'une certaine façon. Il n'allait pas jusqu'à aimer la situation, d'ailleurs la colère et la rage était revenue dès que Harry était entré dans la voiture de l'Oncle Vernon à King's Cross. Il détestait toujours autant servir de factotum dans sa famille. Mais, les choses immuables, ou ce qui semble l'être, ont cela de rassurant qu'elles vous emmènent hors du temps, qu'elles vous gardent de toute évolution possible, en bien ou en mal. Et ici, c'était bien l'évolution en mal qui terrorisait Harry. Alors il acceptait, de mauvaise grâce certes, mais il acceptait quand même, tout ce que sa tante lui demandait de faire.

Précautionneux, tout de même, Harry avait réussi à garder son Miroir à Double-Sens, son Oncle n'ayant pas vu la dangerosité (pour lui) d'un objet aussi commun. Cette bêtise allait lui coûter très cher.

Harry avait en sa possession son Miroir, et n'avait pas prévu de s'en servir... jusqu'à ce qu'il chauffe dès le premier soir où il était rentré à Privet Drive.

- Alors, bien rentré dans ce monde archaïque qu'est celui des Moldus ? Ricana Drago par miroirs interposés.

- Pourquoi tu me contactes ? Demanda Harry en fronçant les sourcils et à voix basse pour que son Oncle ne l'entende pas.

- Tu crois vraiment que Daphné, Blaise et moi on allait se satisfaire d'une promesse que tu ne pourras peut-être pas tenir ? Tu côtoies beaucoup trop de Gryffondors, ça te rends naïf. On va se mettre d'accord pour une heure chaque jour où je prendrai de tes nouvelles. Et n'espère même pas esquiver. Daphné et Blaise attendent mes hiboux pour que je leur résume ta situation.

Harry sourit. Il savait que ce n'était pas un manque de confiance de la part de ses amis, mais bien une réelle inquiétude qui les faisait agir ainsi. Et cela lui fit chaud au cœur.

Harry et Drago parlèrent donc quelques minutes avant de s'arrêter assez brusquement, le brun ayant entendu des bruits suspects dans le couloir.

Les jours passèrent lentement. Tous les soirs Harry et Drago discutaient plus ou moins longtemps. Harry se rendit compte que de ne pas avoir Drago directement en face de lui permettait à sa parole de se libérer. Pas des masses, mais un peu. Il lui parlait de ses journées à faire des corvées. Drago eut une réflexion qui intrigua beaucoup Harry.

- Tu leur sers d'Elfe de Maison !

- Qu'est-ce que c'est ? Demanda Harry.

Drago se tut, conscient que Harry, n'aimant pas l'injustice, allait se récrier à l'écoute du statut de ces Créatures Magiques.

- Ce sont des Êtres, attachés à un Sorcier ou à une Famille, qui les sert, expliqua-t-il en choisissant soigneusement ses mots.

- Comme un domestique ?

- Comme un esclave Harry, lâcha Drago. Les Elfes de Maison sont des Esclaves magiquement liés à leur Maître. Et la plupart s'en contente très bien.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

Drago soupira. Il n'avait pas prévu de faire un cours sur l'esclavage dans le Monde Magique à dix heures du soir, à un Harry horrifié par ce que les hommes sont capables de faire à ceux qu'ils considèrent comme inférieurs.

Comme chaque Sang-Pur, dans une famille traditionnelle et riche, Drago s'était vu attaché les services d'un Elfe à sa naissance. Il était très attaché à cet Elfe, comme un enfant Moldu peut être attaché à sa nourrice. C'était Daphné, encore elle, qui avait mis Drago face à ses contradictions. Elle avait pointé du doigt l'absence totale de liberté qui opprimait les Elfes. Le jeune garçon avait alors réfléchit à la condition de son serviteur.

Drago essaya donc d'expliquer en quelques phrases en quoi consistait le quotidien des Elfes de Maison à un Harry éberlué.

- Mais je ne suis pas comme eux ?

- Ah oui ? Tu fais toutes les tâches de la maison, pour des gens qui ne sont jamais satisfaits. Tu es peu nourri, mais beaucoup mis à contribution. Je suis sûr que tu te prends des taloches, ou pire.

Harry dut admettre en son for intérieur, que même la tortue de Dudley était mieux traitée que lui, dans cette maison.

Parler avec Drago de son quotidien avait permis à Harry de crever certains abcès, et même de se plaindre de temps en temps. Bien sûr, il restait intimement persuadé qu'il méritait d'une manière ou d'une autre ce qui lui arrivait, mais il n'en faisait plus un secret d'état … pour ses amis du moins. Parce que parler à un adulte, ça, il n'en était pas question, et Drago n'arriva pas à le faire changer d'avis.

Toute cette parlotte eut au moins le mérite de faire baisser la colère et le ressentiment que Harry éprouvait pour sa famille.

Un matin de mi-Juillet, alors qu'il faisait revenir le bacon et les œufs seul dans la cuisine, Harry entendit un bruit curieux. Un hibou postal était perché sur le rebord de la fenêtre et tapotait la vitre pour qu'on lui ouvre. Visiblement, le rapace n'avait pu livrer le courrier par la fenêtre de la Chambre de Harry (toujours condamnée par de solides barreaux resserrés), et passait par un moyen détourné. Profitant du fait qu'il n'y ait personne d'autre que lui dans la pièce, Harry ouvrit la fenêtre, délesta l'oiseau de son message et glissa l'épaisse enveloppe dans sa poche. Ni vu, ni connu.

Dès qu'il eut un moment seul, il jeta un œil au contenu de la lettre. C'était un courrier de Poudlard. Il lui donnait officiellement les résultats de ses examens de fin d'année (que les élèves connaissaient déjà, mais le parchemin officiel servait de bulletin de note dans les familles). Il avait de bons résultats dans la plupart des matières. Le système de notation de la Première à la Cinquième année correspondait à ce qu'il avait connu chez les Moldus, c'est-à-dire des notes chiffrées sur vingt. Harry savait que le système de notation changeait à partir de la Cinquième année à cause des B.U.S.E.s et des A.S.P.I.C.s.

Astronomie : 10/20

Botanique :

-Théorie : 12/20

-Pratique : 13/20

Défense Contre les Forces du Mal* :

-Théorie : 15/20

-Pratique : 18/20

Histoire de la Magie : 10/20

Métamorphose :

-Théorie : 13/20

-Pratique : 14/20

Potions :

-Théorie : 14/20

-Pratique : 12/20

Sortilèges :

-Théorie : 14/20

-Pratique : 15/20

Moyenne : 12,7/20

Entrée en Deuxième année : Accordée (mention Acceptable)

*Ces notes sont données à titre indicatif et ne compte pas dans le calcul de la moyenne.

Harry grimaça. Il comprenait pourquoi les notes de Défense Contre les Forces du Mal ne comptaient pas (la défection de Lockart avait laissé un grand trou dans les emplois du temps de toutes les années ne passant pas d'examens nationaux), mais savoir que sa moyenne baissait que presque un point à cause de cela laissait un goût amer dans la bouche du garçon.

Le deuxième parchemin de la lettre était un livret donnant les descriptions des enseignements facultatifs que pouvaient prendre les élèves de Troisième Année, sachant qu'il était obligatoire d'en prendre deux et seulement deux, et que le choix se restreignait à :

-Soins aux Créatures Magiques

-Divination

-Arithmancie

-Étude des Runes

-Étude des Moldus

'Les classes d'Options auront lieux toutes Maisons confondues' précisait la lettre, et Harry sourit en imaginant les Serpentards et les Gryffondors se côtoyer un peu plus toute l'année.

Les options leurs avaient été présentées l'année précédente, quelques jours avant la fin des cours, et Harry et ses amis en avaient parlé pendant un petit moment. Il savait que Daphné voulait faire Étude des Runes et Arithmancie, Blaise et Drago Soins aux Créatures Magique et Arithmancie, mais Harry hésitait.

Le formulaire était à rendre, en dernier délai, le jour de la rentrée. Harry se dit qu'il avait le temps, et n'y pensa plus.

Le troisième parchemin était la liste classique des fournitures dont les élèves devaient se fournir cette année. Harry poussa un soupir. Il allait devoir demander à ses amis de faire ses achats pour lui. Lucide, il savait que son Oncle ne le laisserait jamais aller à Londres pour acheter des choses magiques.

Enfin la lecture du dernier parchemin fit serrer le cœur de Harry.

Cher Mr. Potter,

Vous voudrez bien prendre note que la nouvelle année scolaire commencera le 1er Septembre. Le Poudlard Express partira de la gare de King's Cross, quai n° 9 ¾ à onze heures précises.

Lors de certains week-ends, les élèves de troisième année auront la possibilité de visiter le village de Pré-au-Lard. A cet effet, vous voudrez bien faire signer par un parent ou toute autre personne responsable l'autorisation de sortie ci-jointe.

Vous trouverez également sous ce pli, la liste des livres qui vous seront nécessaires au cours de l'année scolaire.

Avec mes meilleurs sentiments,

Professeure M. McGonagall, Directrice Adjointe.

En bas de la note, il y avait un bandeau pré-rempli d'autorisation de sorties pour ces fameux week-ends à Pré-au-Lard. Harry soupira une nouvelle fois. Il doutait vraiment trouver un moyen pour faire signer son Oncle ou sa Tante.

Le lendemain, l'Oncle Vernon donna une occasion en or à Harry pour prouver qu'il était un Serpentard.

Harry descendait pour préparer le petit déjeuner. Il dit bonjour aimablement à sa Tante quand elle arriva, sans recevoir de réponse. Quelques instants plus tard, Vernon arrivait, et, en attendant que le petit déjeuner soit servi, il alluma la télévision. Le poste se mit à cracher l'image et le son du journal matinal. Le présentateur, tiré à quatre épingles, avait un air grave.

Justice maintenant, les autorités pénitentiaires et les forces de l'ordre sont en alerte depuis hier soir, lorsqu'un prisonnier s'est évadé. Sirius Black, c'est son nom, est accusé de meurtre et avait été condamné à perpétuité. Les autorités précisent que Black est armé et très dangereux. Un numéro vert a été spécialement mis en place pour permettre à toute personne qui apercevrait le fugitif de le signaler immédiatement

L'image du présentateur s'effaça pour laisser la place à une photo d'un homme en tenue de prisonnier.

- Pas la peine de préciser qu'il est dangereux, grommela l'Oncle Vernon. Cela se voit au premier coup d'œil. Tu as vu sa tête ? Tu as vu ses cheveux ?

En effet, l'image était peu flatteuse pour ledit Sirius Black. Il était mal rasé, les traits tirés, des cernes se creusaient sous ses yeux, rendant son visage déjà émacié, un air d'autant plus hâve. Sa coiffure, ou son absence de coiffure, rendait le tableau vraiment effrayant, digne de l'illustration de la couverture d'un thriller de bas étage.

Le journaliste vedette réapparu.

Le Ministère de l'Agriculture et de la Pêche doit annoncer aujourd'hui …

L'Oncle Vernon bondit.

- Eh ! Pas si vite ! Il ne nous a pas dit d'où ce fou furieux s'était échappé ! Imaginez que ce cinglé soit au coin de la rue !

- Quel cinglé ? Demanda Dudley en passant la porte, retenant un bâillement.

Personne ne lui répondit et la Tante Pétunia se précipita à la fenêtre de la cuisine, sûrement excitée d'être la première à appeler le numéro vert.

Harry servit le petit déjeuner, en silence, s'assit à sa place et s'appliqua à manger le plus vite possible, afin que son cousin n'ait pas le temps de lui prendre sa nourriture.

- Quand voudront-ils bien comprendre que seule la pendaison peut nous débarrasser de ces gens-là, tempêta l'Oncle Vernon en s'asseyant et en se servant ses sempiternels toasts.

- Ça c'est bien vrai, approuva la Tante Pétunia toujours occupée à surveiller le potager de la voisine (Pétunia était sûre que le fils des voisins profitait du potager pour faire pousser des plantes illicites, et n'attendait qu'une preuve pour appeler la maréchaussée).

L'Oncle Vernon, contrairement à son habitude, se dépêcha de manger, jetant de temps à autre un regard à l'horloge murale de la cuisine.

- Il ne faut pas que je tarde, dit-il quand il eut finit sa tasse. Le train de Marge arrive à dix heures.

Harry, qui avait déjà fini de manger et commençait à débarrasser la table, faillit faire tomber une petite assiette.

- La Tante Marge ? Demanda-t-il surpris. Elle vient ici ?

La Tante Marge n'était pas la vraie Tante de Harry, mais c'était la sœur de l'Oncle Vernon, et on l'avait forcé à l'appeler 'Tante' dès sa plus tendre enfance.

Marge Dursley méprisait et haïssait Harry, et l'enfant, au fur et à mesure qu'il grandissait, avait appris à lui rendre, en toute discrétion. Le garçon avait des souvenirs vifs de chacune des visites de la Tante Marge. La femme était 'mariée' à ses chiens. Elle avait un élevage de molosses de type dogue. Son chien préféré, Molaire (notez qu'elle n'était pas totalement dénuée d'humour), avait pourchassé Harry dans tout le jardin, un jour où l'enfant de neuf ans à peine, avait eu la malchance de lui marcher sur une patte. Harry n'avait eu son salut qu'en grimpant dans un arbre. A califourchon sur une branche, dans une position totalement inconfortable, il avait attendu minuit que sa maîtresse siffle le chien posté en bas de l'arbre.

Tout ça pour dire que la nouvelle ne réjouissait pas Harry du tout.

- Marge reste dix jours, annonça l'Oncle Vernon. Et puisqu'on en parle, continua-t-il en pointant du doigt Harry qui continuait de débarrasser, c'est le moment de mettre quelques petites choses au point avant que j'aille la chercher.

Dudley ricana, bouscula son cousin et alla s'affaler dans le canapé, devant la télévision, mais de manière à voir quand même Harry se faire rabrouer par Vernon.

- Pour commencer, dit Vernon d'une voix menaçante, je te conseille de tenir ta langue quand tu t'adresseras à Marge.

Harry tenta de contenir la colère qui affluait, et choisit de ne pas répondre.

- Deuxièmement, vu que Marge ne sait rien de ton anormalité, je ne veux surtout pas qu'il se passe quoique ce soit de bizarre pendant qu'elle sera là. Tu vas te tenir convenablement, c'est compris ? Et troisièmement, continua-t-il en plissant méchamment les yeux, nous avons dit à Marge que tu étais pensionnaire au Centre d'éducation des jeunes délinquants récidivistes de St Brutus.

- Quoi ? S'exclama Harry.

- Et tu as intérêt à ne pas démentir cette version ! Rugit l'Oncle Vernon. Sinon, tu auras de sérieux ennuis !

Harry sentit la colère et la rage battre violemment sous ses tempes. Il s'efforça de respirer calmement et de réfléchir comme un Serpentard.

- Tu m'as inscris où déjà ? St Cassius ?

- Au Centre d'éducation des jeunes délinquants récidivistes de St. Brutus, répéta Vernon rouge de colère. Tu as intérêt à le retenir !

- Il y a peut-être quelque chose qui m'aiderait à retenir tout ça, dit Harry avec un calme qu'il ne ressentait pas.

Il jouait avec le feu et il le savait. La brûlure pouvait être mordante.

Dans la cuisine, Pétunia avait arrêté d'espionner les voisins, et Dudley s'était définitivement détourné de la télévision pour fixer la scène avec des yeux ronds.

Voyant que son Oncle ne répondait pas, Harry exposa :

- Les élèves de troisième année de mon école peuvent aller se promener dans le village voisin certains jours. Bien sûr, il faut une autorisation de sortie.

La bouche de Dudley s'ouvrit devant l'audace de son cousin.

- Que tu la signes m'aiderait vraiment à me souvenir du nom de ce pensionnat St. Julius.

- Centre d'éducation des jeunes délinquants récidivistes de St. Brutus, hurla Vernon désormais violet de rage.

- Oui, comme tu dis. Vraiment pas facile à retenir comme nom. Qu'est-ce qu'il se passera si je me trompe ?

- Tu prendras la plus belle correction de toute ta vie ! Beugla Vernon qui commençait secrètement à paniquer.

- La plus belle punition de toute ma vie ne suffira pas à faire oublier à la Tante Marge ce que je lui aurait dit, asséna-t-il. Une simple signature de sortie m'aiderait sûrement à me rappeler le nom de l'établissement où je suis censé être pensionnaire. Et je promets de me conduire parfaitement normalement. Dit-il en conclusion et en croisant mentalement les doigts.

La vie semblait s'être figée dans la grande cuisine dont la Tante Pétunia était si fière. On entendait la tondeuse dans le jardin de leur voisin d'en face.

- Très bien, dit enfin Vernon d'un ton sec et menaçant. Je vais surveiller de très près ton comportement pendant le séjour de la Tante Marge. Si à la fin je juge que tu t'es bien tenu, je signerai ta fichue autorisation.

Il fit volte-face, et sortit de la maison en claquant la porte si fort que toutes les fenêtres du rez-de-chaussée tremblèrent.

Harry fit mentalement une danse de la victoire et continua de débarrasser et laver la table. Dudley, la surprise passée, s'était réinstallé devant la télévision, et zappait de chaîne en chaîne, attendant l'heure de son émission favorite de la matinée. La Tante Pétunia commençait à inventorier ce qu'il lui fallait pour préparer le repas du midi, et quand Harry eut finit de ranger la vaisselle, elle lui donna une liste de corvée.

La première d'entre elles était de préparer la chambre d'ami. L'existence de cette chambre était l'une des raisons de l'aigreur de Harry vis-à-vis de ses parents et tuteurs. Quand il vivait dans un placard, sous l'escalier, Dudley avait deux chambres, dont l'une (celle occupée par Harry désormais) ne servait qu'à ranger les jouets cassés de Dudley dont il ne voulait plus. Une chambre entière pour ranger des jouets inutiles. Et il y avait cette chambre inhabitée, sauf quand la Tante Marge venait une fois par an, maximum, souvent pendant des vacances scolaires, pour qu'elle puisse 'profiter de son Dudley adoré'.

Harry s'appliqua donc à faire le lit, passer l'aspirateur, laver la Salle de Bain attenante (un lavabo et une douche dans un espace plus que réduit), faire les carreaux et les poussières. Quand il eut finit, il entendit du bruit dans l'entrée.

Il descendit les marches et eut le souffle coupé quand une énorme valise entra en collision avec ses côtes. La Tante Marge venait de lui jeter ses affaires dans les bras, ne s'embarrassant même pas d'un bonjour. Seul Molaire, le vieux bouledogue agressif, salua Harry d'un grognement dangereux. Harry ne dit rien et monta la valise, alors que Dudley supportait avec un large sourire les embrassades gênante de la Tante Marge. Harry savait exactement pourquoi son cousin aimait ses embrassades, car elles étaient la promesse d'un cadeau sous la forme d'un gros billet qu'il tenait dans sa main.

Dire que Harry n'avait jamais rien reçu de la Tante Marge aurait été mentir. Elle lui avait fait des cadeaux bien sûr. Quand Dudley recevait une voiture téléguidée, Harry recevait une boîte de gâteaux pour chiens. Quand Dudley recevait une nouvelle console de jeux, Harry recevait une écharpe en mauvaise laine d'un marron hideux qui grattait horriblement. Vous avez compris l'idée.

Harry reprit donc sa liste de tâches, mais avant d'avoir pu commencer la suivante, à savoir passer une couche de lasure sur le portail, la Tante Pétunia appela à table. La mort dans l'âme, Harry descendit donc et dressa la table, avant de s'asseoir à sa place habituelle. Les membres de la famille s'assirent quelques minutes après, et la Tante Marge le regarda pour la première fois.

- Alors ? Toujours là toi ? Dit-elle du même ton que son frère quand il était énervé par quelque chose.

- Oui, répondit Harry espérant qu'elle s'en tiendrait là.

- Ne dis pas 'oui' sur ce ton désagréable, grogna-t-elle. Tu peux t'estimer heureux que Vernon et Pétunia te garde sous leur toit. Moi, je ne l'aurais jamais fait. Si c'était devant ma porte qu'on avait abandonné ton berceau, tu aurais directement filé à l'orphelinat.

Harry se dit qu'il aurait préféré, mais se reprit très vite avec un frisson glacé. Tom Jedusor était allé à l'orphelinat, lui. Et on voyait ce qu'il était devenu. Non, Harry ne voulait pas d'un nouveau point commun avec Lord Voldemort.

L'abandon de Harry et son envoi ou non dans un orphelinat était un des sujets de conversation préféré de la Tante Marge. Ça et le fait que pour elle, James Potter était un chômeur alcoolique.

- Et puis, ne sois pas si insolent, continua-t-elle. Je vois que tu n'as fait aucun progrès depuis la dernière fois que je t'ai vu. J'espérais que l'école t'apprendrait un peu les bonnes manières.

Elle avala une grosse bouchée de rôti de veau, et reprit.

- Dans quel collège l'as-tu envoyé Vernon ?

- A St. Brutus, répondit aussitôt le gros homme. C'est un excellent établissement pour les cas désespéré.

- Je connais, dit Marge avec un air de connaisseur. Est-ce que les châtiments corporels sont toujours en usage à St. Brutus mon garçon ?

- Oui, répondit Harry avec un visage qu'il voulait humble. Nous recevons beaucoup de coups de canne.

Il eut une pensée pour Rusard et la collection de chaînes qu'il entretenait en prévision d'une ré-adoption des châtiments corporels à Poudlard.

- C'est très bien, dit-elle avec satisfaction. J'en ai assez de ses mollassons qui voudraient qu'on abolisse les châtiments corporels. Dans quatre-vingt-dix-neuf pour cent des cas, tout s'arrangerait très bien avec une bonne correction. Et toi, tu reçois beaucoup de coups de canne ? Demanda-t-elle avec un air suspicieux.

- Oh, oui, répondit Harry d'un ton neutre. Des tas.

- Vu le ton que tu prends, ils ne doivent pas taper assez fort ! Décréta-t-elle. Pétunia, si j'étais toi, j'écrirai au Directeur de cette école en insistant pour que ce garçon soit fouetté sans la moindre faiblesse.

Harry resserra violemment sa prise sur son couteau et sa fourchette, alors que la colère assombrissait ses yeux. L'Oncle Vernon lui jeta un coup d'œil un peu affolé et décida d'entraîner sa sœur sur un autre sujet.

- Tu as entendu les nouvelles ce matin, Marge ? Qu'est-ce que tu en penses de cette histoire de prisonnier évadé ?

- C'est ce que je disais ! S'emporta Marge. Aujourd'hui dans les prisons, ils n'ont plus le droit de torturer les prisonniers. Regarde ce que ça donne ! Une délinquance en hausse, et même des évasions !

Harry se garda de dire que s'il y avait des évasions, c'était bien parce que les conditions de détentions étaient détestables.

Le soir même, Harry raconta à Drago l'affreuse surprise que lui avait fait sa famille.

- Elle est si horrible que ça ? Demanda Drago.

- Quand elle est là, je me dis que finalement c'est pas si mal de vivre chez les Dursley, sans elle.

- Ah, d'accord. Tu es sûr que tu veux prévenir personne ?

- Ce n'est que dix jours Drago, dit Harry alors que lui-même ne savait pas s'il pourrait tenir jusque-là. De toute façon, je suis obligé de la supporter pour que mon Oncle signe mon autorisation de sortie pour aller à Pré-au-Lard cette année.

- Du chantage ?

- Euh, plutôt du donnant-donnant. Si je me tiens bien, il signera mon autorisation de sortie à la fin du séjour de la Tante Marge.

- C'est vraiment ta tante ? Demanda Drago

- Non, rit Harry. C'est la sœur de mon Oncle. On est affiliés par alliance.

Les jours qui suivirent furent difficiles pour Harry. Il évitait autant que faire se pouvait de se retrouver dans la même pièce que la Tante Marge, mais celle-ci prenait un malin plaisir à l'alpaguer dès qu'elle le voyait pour lui dire tout un tas de méchancetés, ou pour ajouter telle ou telle tâche à sa liste déjà trop longue.

Le garçon serrait les dents, pensait à l'autorisation de sortie, récitait dans sa tête une ou deux recettes de potion (ça c'était assez efficace) mais ne pouvait empêcher la haine le gagner progressivement.

Drago de son côté se montrait de plus en plus inquiet. Il ne cessait de conseiller à Harry de prévenir quelqu'un, persuadé (à juste titre) que Harry ne lui disait pas tout.

Bien sûr, Harry n'avait pas dit à Drago l'ampleur des tâches qu'il avait à effectuer, ni que la Tante Marge, sous prétexte qu'il devait être dressé, lui donnait des tâches humiliantes à faire. Par exemple, elle avait laissé à dessein son chien enfermé dans la chambre d'amis, alors que les Dursley et elle étaient partis au cinéma en spécifiant bien à Harry de ne pas entrer dans sa chambre. En revenant, elle avait sérieusement engueulé le garçon, resté pour faire ses tâches, parce que Molaire avait fait ses besoins sur la moquette, envoyant une gifle à l'adolescent, et lui intimant de tout nettoyer.

A quatre pattes, en frottant énergiquement avec une brosse dure et du produit nettoyant, Harry avait essuyé les sarcasmes de la femme qui 'inspectait son travail'. Il avait alors senti la haine l'envahir et l'eau sale qu'il utilisait pour rincer la brosse était brusquement devenue bouillante. Il s'était alors exhorté au calme, avait respiré profondément, et s'était appliqué à réciter dans sa tête les Lois Fondamentales de la Métamorphose d'objets.

Harry soupira en taillant la haie. Heureusement que Marge ne s'était aperçu de rien.

Mais après une semaine, à deux jours de l'anniversaire de Harry, les choses se gâtèrent sérieusement pour lui.

Alors qu'ils étaient à table, presque rendus au dessert, la Tante Marge, qui avait bu un peu trop de vin, se remit en boucle sur son sujet préféré : la délinquance de Harry.

- Ce n'est pas toi qui est responsable, dit-elle d'un air très sérieux à Vernon. Lorsqu'il y a quelque chose de pourri à l'intérieur, personne ne peut rien y faire.

Harry tenta de se concentrer sur l'énumération des différentes constellations de l'hémisphère nord et des noms de leurs étoiles les plus brillantes. Mais la haine aurait pu se lire facilement dans ses yeux s'il les avait levés.

Marge prit son verre de vin rouge et le porta à ses lèvres.

- C'est l'un des principes de base de toute éducation, poursuivit-elle. On le voit très bien dans l'élevage des chiens. S'il y a quelque chose de tordu chez la mère, on retrouvera la même tare chez les chiots. Je ne dis pas ça pour toi, Pétunia, tes parents étaient charmants, mais parfois, il y a un truc qui cloche, et ta sœur...

Elle ne put pas aller plus loin dans son raisonnement car son verre lui explosa dans la main. Toute la table sursauta, et Harry déglutit péniblement. Il avait perdu le contrôle, encore une fois. Du vin maculant son visage et ses vêtements, la Tante Marge s'ébroua comme un chien.

- Marge ! Couina la Tante Pétunia. Tu t'es fait mal ?

- Non, non, c'est rien, dit-elle en s'essuyant avec sa serviette. J'ai dû serrer le verre trop fort. Ça m'est arrivé une fois, chez mon ami, le Colonel Courtepatt, l'autre jour. Ne t'inquiète pas Pétunia, j'ai une forte poigne. Un jour, j'ai même brisé un doigt d'un affreux bonhomme qui m'avait manqué de respect, et …

Elle s'interrompit en regardant sa main.

- Ah, si, fit-elle placidement, je me suis écorchée.

Le regard de Vernon fit frémir Harry. Le garçon se dépêcha d'aller chercher la trousse à pharmacie dans la salle de bain. Mais dès que le repas fut terminé, alors que Marge était passée au salon, prendre un digestif, l'Oncle Vernon prit Harry par le colback et le fit monter de force à l'étage. Arrivés dans la chambre de Harry, il ferma violemment la porte, et lança son poing dans la figure de son neveu.

Harry, qui ne s'était pas attendu à avoir si mal, poussa un cri de douleur, et un deuxième cri quand sa tête heurta le sol. Vernon l'avait lancé à terre.

- Tu l'as blessé ! Dit-il d'un ton contenu pour que personne ne l'entende. Tu ne blesseras plus jamais quelqu'un de ma famille !

Abrutis par la douleur, Harry put voir Vernon s'activer autour de lui, puis ce fut le noir et il entendit la porte se refermer.

Harry parvint à tâtons à se hisser sur son lit. Il sentait le sang couler de son nez, mais à l'aveuglette il put constater que ses lunettes étaient intactes.

Puis il se rendit compte de la situation. Sa peur du noir l'envahit à nouveau, mais il arriva à la calmer, tant bien que mal, en se disant qu'il n'était pas réellement seul, qu'il pouvait contacter Drago, si les choses empiraient.

Il y eut un cri, en bas. Le mot 'hibou' fut prononcé.

Avec effroi, Harry entendit quelques instants plus tard un pas lourd remonter les marches de l'escalier. Les verrous qui l'enfermaient dans sa chambre furent tirés et l'Oncle Vernon apparut dans le halo de la lumière du couloir.

Harry eut peur.

D'après ce qu'il put comprendre, une lettre du Ministère de la Magie venait d'arriver, par hibou postal, informant Mr. Harry Potter qu'un acte magique en présence de personnes non-magiques avait été commis, et qu'en cas de récidive, il serait exclu de Poudlard.

Là, Vernon fit une pause et reprit d'une voix sadique.

- Marge n'est pas seulement écorchée, elle a besoin de points de suture. Pétunia et Dudley sont partis l'accompagner à l'hôpital.

Harry comprit avec effroi qu'il était seul avec son Oncle, fou de rage.

Loin de là, Harry ne savait pas que des choses s'était enclenchées et que des hommes étaient prêts à le faire sortir de là.


Voilà, voilà

Je vous rassure, la suite arrive très vite.

J'aimerais quand même savoir si vous avez lu mon petit laïus un peu plus haut, et ce que vous en avez pensé, et bien sûr, vous pouvez me dire tout le mal que vous pensez de moi pour conclure ce chapitre de cette manière.

Love :D